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Ephéméride du 1er juillet

L'Université d'Avignon, aujourd'hui [fondée le 1er juillet 1303]

 

802 : Charlemagne reçoit l'éléphant blanc offert par Haroun-al-Rachid

 

http://lesitedelhistoire.blogspot.fr/2011/03/abul-abbas-lelephant-blanc-de.html 

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Fresque romane, Musée du Prado, Madrid

C'est évidemment, dans la perspective d'une vision géopolitique ambitieuse qu'il faut replacer les contacts noués entre Charlemagne et le lointain sultan; tout comme la tentative - avortée... - d'épouser l'Impératrice Irène de Constantinople : en réalité - et comme l'a très bien montré Jacques Bainville - les deux premières dynasties franques - la Mérovingienne (Clovis...) et la Carolingienne (Charlemagne...) - souhaitaient restaurer l'Empire romain, et se sont - en partie - épuisées à courir après cette chimère. A quoi il faut ajouter la terrible plaie des partages du royaume, à chaque décès du souverain. Voilà pourquoi les deux premières dynasties, malgré des débuts brillants, ont toutes deux échoué : c'est à la troisième - celle des Capétiens - qu'il reviendra de réussir, dans la tâche plus modeste, certes, mais plus réaliste qu'elle s'était fixée : construire la France.

 

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1303 : Fondation de l'Université d'Avignon

 

C'est Boniface VIII qui, très peu de temps avant de mourir (des suites de son conflit avec Philippe le Bel et de "l'affaire d'Agnani"...) fonda l'Université d'Avignon, six ans à peine avant que son successeur, Clément V ne vienne installer la Papauté dans la ville.

Boniface VIII voulait concurrencer la Sorbonne, jugée trop proche du pouvoir de son ennemi juré, le roi de France, Philippe le Bel. Les écoles qui existaient déjà (médecine, théologie, arts grammaticaux…) furent fédérées autour de quatre facultés et connurent très vite un grand développement, avec la présence des papes en Avignon : rivalisant avec les universités de Montpellier et Toulouse, l'Université toute récente accueillit 17.000 étudiants ! 

En 1608, une jeune fille, venue de Barcelone, Juliana Morell y fut reçue Docteur en Lois, devenant ainsi la première femme docteur d'Europe.

L'idée novatrice du Pape était que, pour obtenir ses diplômes, un étudiant devait avoir fréquenté sinon toutes, du moins les principales Universités européennes d'alors (Bologne, La Sorbonne, Oxford, Salamanque...). Cette intuition sera, en quelque sorte, à la base du projet d'échanges inter-européen d'étudiants qui verra le jour, à la fin du XXème siècle, sous le nom de Projet Erasmus...

 

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http://www.univ-avignon.fr/fr/presentation/reperes/histoire.html

 

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1374 : Mort de Thévenin de Saint-Légier

 

Pendant près de trois siècles, il y eut, à la Cour de France, des Fous du Roi, dont l'emploi était un véritable Office.


On ne connaît pas le nom des premiers Fous de la Cour, mais on les connaît à partir de Charles V : celui-ci écrivit en effet aux maire et échevins de la ville de Troyes que, son Fou étant mort, ils lui en envoient un autre, "suivant la coutume".

Charles V eut, à partir de ce moment deux Fous : le premier fut inhumé à Saint-Germain-l'Auxerrois, mais son tombeau n'existe plus. Par contre, on voit toujours, à Saint-Maurice de Senlis, la tête de Thévenin de Saint-Légier, avec cette épitaphe :

 

 Cy gist Thévenin de Saint-Légier, fou du roi notre sire, qui trépassa le premier Juillet 1374 : priez Dieu pour l’ame de ly.

 


Henri IV eut quatre Fous : Sibilot Chicot, maître Guillaume, Angoulevant, et Mathurine; ceux d'Henri II étaient Brusqui et Thoni.


Le Fou le plus connu de tous fut celui de François 1er : Triboulet, paysan de son état, qui s'appelait en fait Févrial ou Le Feurail, toujours coiffé de sa marotte (bonnet de plusieurs couleurs avec des grelots).

 

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Triboulet, fou de Louis XII et de François 1er, Chantilly, musée Condé
(Fonds: Dessins) par Jean Clouet, 1545 (crayon noir/sanguine)

 

Rabelais le décrit comme "Proprement fol et totalement fol, fol fatal, de nature, céleste, jovial, mercuriel, lunatique, erratique, excentrique, éthéré et junonien, arctique, héroïque, génial...".

Un jour, l'amiral de Chabot l'ayant menacé de coups de bâton, François 1er intervint et lui dit : "Ne crains rien, si quelqu'un osait porter la main sur toi, je le ferais pendre dans le quart d'heure qui suit.". A quoi Triboulet répondit : "Ah Cousin (il appelait le roi ainsi), ne pourriez-vous pas, je vous prie, le faire pendre un quart d'heure avant qu'il m'étripe".

Une autre fois, risquant d'être exécuté pour avoir offensé une maîtresse de François 1er, celui-ci lui laissa le choix de sa mort; Triboulet dit alors : "Bon sire, par Sainte Nitouche et Saint Pansard, patrons de la folie, je demande à mourir de vieillesse". 

 

 

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Le dernier Fou de cour - à l'époque de Louis XIV - fut l'Angely, venu des Pays-Bas. Plein d'esprit et de talent, il touchait par an 25.000 écus ! Boileau à écrit de lui :

 

"Et l’esprit le plus beau, l’auteur le plus hardi
N’y (à la cour, ndlr) parviendra jamais au sort de Langely."

 

Mais ses railleries incessantes finirent par le faire chasser de la Cour : avec lui s'arrêta, donc, cette période d'environ trois siècles où, à ces personnages burlesques, tout était permis, y compris d'apostropher les Grands, et le monarque lui-même !

 

https://books.google.fr/books?id=B8JPAAAAMAAJ&pg=PA487&lpg=PA487&dq=L%27ANJeLi+DERNIER+FOU+OFFICIEL+LOUIS+XIV&source=bl&ots=1K2G4HZpO1&sig=ktoo5Jb8g8RwkJBCgxaODr0piTA&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=L%27ANJeLi%20DERNIER%20FOU%20OFFICIEL%20LOUIS%20XIV&f=false

 

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1914 : 19.240 tués : Le jour le plus meurtrier de la Grande Guerre pour l'armée britannique...

 

Souvent appelée - à juste titre... - "le Verdun des Britanniques", la bataille de la Somme, qui débute ce premier juillet 1914, et qui devait briser le front allemand, se révèle très vite être un échec cuisant : 19.240 soldats du Royaume Uni et du Commonwealth seront tués en cette seule journée, 2.082 seront portés disparus, 35.493 seront blessés... Et tout cela, au bout du compte, pour une avancé territoriale dérisoire ! :

 

 http://geopolis.francetvinfo.fr/la-bataille-de-la-somme-le-1er-juillet-1916-le-verdun-des-britanniques-110885

 

(Pour l'armée française, le jour le plus meurtrier de la guerre fut le 22 août 1914 : 27.000 tués ! Voir l'Ephéméride du 22 août)...

 

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A Thiepval, le Mémorial de la Bataille de la Somme...

 

 

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1942 : Mort de Léon Daudet
 
 
Lorsqu'il disparaît, ce premier juillet 42, Léon Daudet, qui avait déjà souffert de plusieurs attaques cérébrales, est toujours, officiellement le directeur politique de L'Action française, ce quotidien fondé en 1908, en partie grâce à un don de 100.000 francs fait par son épouse, Marthe Allard, qui venait de les hériter de Madame de Loynes. Mais le quotidien n'a plus que trois ans à vivre (voir l'Ephéméride du 24 août)...
 
Né en 1867, Léon Daudet avait alors 36 ans. Il aura donc passé quasiment la moitié de sa vie en dehors du royalisme, et l'autre moitié dedans... : il venait en effet de rencontrer Charles Maurras deux ans auparavant, et aussi le jeune Jacques Bainville; et seule la mort séparera ces trois amis, que pourtant - du point de vue de la personnalité - tant de choses séparaient !...
 

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Que trois hommes aussi différents et, chacun, d'une personnalité aussi affirmée aient pu durant toute leur vie - à partir du moment où ils se sont rencontrés - être et rester amis au quotidien, dans le même mouvement et les mêmes locaux, sans la moindre "dispute" notable, voilà qui constitue une exception remarquable dans l'histoire politique...

Lorsqu'on parle de Charles Maurras, de Léon Daudet et de Jacques Bainville, c'est  peut-être la première chose qu'il convient de signaler (voir l'Ephéméride du 9 février - naissance et mort de Jacques Bainville; l'Ephéméride du 20 avril - naissance de Charles Maurras; l'Ephéméride du 1er juillet - mort de Léon Daudet; et l'Ephéméride du 16 novembre - naissance de Léon Daudet et mort de Charles Maurras)...

 

Ce cas unique d'amitié a été magnifiquement évoquée par Jacques Bainville dans les quelques mots de remerciements qu'il prononça au siège du journal, à l'occasion de son élection à l'Académie française :

 
 

De tradition familiale, par le grand-père paternel notamment - Vincent -, la famille Daudet était royaliste; mais, après l'échec de la restauration du Comte de Chambord, Alphonse Daudet, sans jamais toutefois être républicain militant - et encore moins révolutionnaire... - s'était détaché de cette tradition; le jeune Léon, à ses débuts politiques, semblait promis à une brillante carrière dans la classe politique républicaine d'alors : il épousa même la petite-fille de Victor Hugo, mariage malheureux, qui ne dura pas.

Mais il se remaria vite - pour un mariage heureux cette fois - avec sa cousine, Marthe Allard, déjà royaliste; puis, un jour il rencontra Charles Maurras, et il renoua alors définitivement avec la tradition royaliste de sa famille, mais à 37 ans seulement : on verra tout cela - et bien d'autres choses encore... - dans notre Album :

 
 
que nous avons souhaité le plus complet possible, à la fois sur sa vie privée (son enfance, sa famille...) et  sa vie publique, à partir du moment où il rencontra Charles Maurras, puis Jacques Bainville...
 
           
Frappé d'hémorragie cérébrale dans la nuit du 29 au 30 juin, Daudet meurt le lendemain, à 17h28, dans son mas de Provence, à Saint-Rémy, où il s'était retiré depuis deux mois. Il y était voisin de la famille Mauron, qui habitait alors le mas d'Angirany. Sa mère venait de mourir deux ans auparavant, à l'âge de 96 ans, après une vie bien plus longue que celle de son père, le grand Alphonse Daudet, emporté, lui, prématurément, à 57 ans...
 
Député pendant quatre ans et demi, il a droit, comme tout parlementaire, à sa notice dans la Base de données officielle de l'Assemblée nationale :
 
 
 
 
 
 
Voici, à partir de plusieurs sources différentes, un essai de rapide évocation de celui que Marcel Proust comparait à Saint Simon...
 
 
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1. Kléber Haedens, préfaçant la réédition des Souvenirs littéraires, en 1968, écrivait : 

         

"Léon Daudet est un homme si extraordinaire que nous ne pouvons nous faire encore aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans après sa mort, qu’une faible idée de son œuvre et de sa vie. Il faudrait allumer un grand feu de mots, à la manière du Rabelais qu’il aimait tant, pour donner la première image de ce qu’il fut.

Journaliste, romancier, tribun, polémiste, conférencier, critique, essayiste, biographe, mémorialiste, médecin, député, voyageur, philosophe, etc. Il s’est battu quatorze fois en duel, a vu son fils assassiné, a été jeté en prison, s’est évadé d’une manière à la fois joyeuse et retentissante, a connu l’exil et le retour, les plus grandes joies comme les plus grandes douleurs..."

 

 

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2. Michel Toda a probablement dit une vérité profonde en écrivant :

 

"Sans la rencontre de Charles Maurras dont la pensée rigoureuse le brida et le disciplina pour son plus large profit, Daudet, emporté par son trop plein d’énergie, par sa surabondance de vie, n’aurait pas évité les abîmes. C’est tout à fait certain, et l’on peut croire qu’il trouvera là les éléments d’une règle de conduite qui l’endiguèrent sans le contraindre ni l’appauvrir..."

 

 

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On connaît l'épitaphe célèbre de La Fontaine écrite pour son ami Molière, et gravée sur son tombeau, au Père La Chaise :

"Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence
Et cependant le seul Molière y gît.
Leurs trois talents ne formaient qu'un esprit
Dont le bel art réjouissait la France..."

On peut appliquer à la lettre ce bel épitaphe à l'amitié littéralement extra-ordinaire qui unit, toute leur vie durant, ces trois amis si dissemblables en tous points que furent Bainville, Daudet et Maurras : une amitié que seule la mort vint interrompre, et qui dura envers et contre tout parce qu'elle était fondée sur l'essentiel, sur les choses de l'esprit : "Eadem velle, eadem nolle, ea est vera amicitia", devait rappeler Léon Daudet le jour des obsèques de Bainville, parti le premier en 1936 alors qu'il était le plus jeune. Daudet devait mourir six après lui, en pleine guerre; et Maurras encore dix ans après en 1952.

Aventure extra-ordinaire que celle de L'Action française et de l'amitié de ces trois grands français : oui, vraiment, "leurs trois talents ne formaient qu'un esprit,
dont le bel art réjouissait la France..."
 

              

 

3. Voici un extrait de Charles Maurras et son temps (Ernest Flammarion, 1930) dans lequel Daudet restitue quelque chose de l'amitié qui réunissait les trois figures de proue de l'Action française, Bainville, Maurras et lui-même, Daudet (montage photo ci-dessus). Une amitié intellectuelle, certes, fondée sur l'accord des esprits, mais aussi, on va le voir, une amitié qui ne se limitait pas à l'intellectuel.

 

Cet extrait a le mérite de rendre un peu de la réalité vivante, de la chaleur de ce que fut l'entente de ces trois amis. Et, au-delà des habituels développements sur leurs qualités intellectuelles, de nous les restituer dans ce qu'ils avaient d'humain, de bien vivants, en chair et en os si l'on peut dire...

 

 

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"En septembre 1925, nous avions décidé, nos amis Bainville, ma femme et moi, de nous rendre à l’invitation de Maurras à Martigues et de lui amener, comme il le désirait, Hervé Bainville, jeune homme de quatre années et son très jeune filleul François Daudet. Cette mémorable expédition commença mal : le train rapide faillit télescoper, près de Sens, un expresse qui le précédait, et, à partir de là, tel le bateau ivre, dériva de Sens à Saint-Germain-des-Fossés, à Montluçon, à Bourges, à Ganat, à Tarare, à Lyon et vers quelques autres villes encore ; si bien qu’au lieu d’arriver à Marseille le matin à neuf heures, comme il se doit, nous n’y parvînmes, après mille détours et péripéties, qu’à onze heures du soir. Soit quatorze heures de retard, et pas de pain, ni de victuailles dans le wagon restaurant ! Ma femme eut une inspiration très heureuse :

 

 - Je suis sûre, nous dit-elle, que Maurras aura préparé à souper. Ne restons pas ici. Sautons, avec nos bagages, dans ces deux automobiles, et allons tout de suite à Martigues !

 

Sitôt dit, sitôt fait. Après quarante kilomètres avalés dans la nuit chaude et blanche de poussière, nous débarquions, vers minuit, dans la célèbre demeure du chemin de Paradis. Maurras, balançant une grosse lanterne, nous conduisit aussitôt dans la salle à manger, au milieu des rires et des cris d’appétit des enfants bien réveillés.

 

 

 

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Une jeune dame de beaucoup d’esprit a défini ainsi Maurras : "Un maître de maison". Ce grand politique, ce poète admirable, ce redresseur de l’ordre français s’entend comme personne à régaler ses amis. Son hospitalité fastueuse avait combiné, ce soir-là, un festin de Pantagruel ou de Gamache, lequel commençait par une bouillabaisse classique, exhaussée de la "rouille" traditionnelle, qui met la soupe de soleil à la puissance 2 ; se continuait par des soles "bonne femme" et des loups grillés ; atteignait au grandiose et au sublime avec un plat d’une douzaine de perdreaux de Provence, demeurés tièdes et dorés, sur des "lèches" de pain, comme on ne les obtient que dans la vallée du Rhône – pardonne-moi, ô Bresse – et arrivés à la consistance du baba. Chaque enfant mangea son perdreau. Celui qui écrit ceci, comme disait Hugo, mangea deux perdreaux, pécaïre, toute une sole, le tiers de la bouillabaisse, et le reste à l’avenant, suivi de près par Jacques Bainville, romancier, journaliste, historien et financier des plus gourmands.

 

Maurras ne cessait de nous encourager et de nous verser à boire, car j’aime autant vous dire tout de suite que sa cave est à la hauteur de sa table et qu’il est un des très rares amphitryons de France sachant vider, dans les grands verres, quelques bouteilles de vin du Rhône. Il nous en ouvrit, cette nuit-là, de prodigieuses. La conversation roula sur la poésie, le langage et la Provence, dans une atmosphère à la Platon. Les enfants, gonflés de nourriture et de sommeil, étaient allés se coucher, bien entendu, et dormirent douze heures d’affilée.

 

 

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Le lendemain, Maurras nous emmenait tous faire quelque deux cents kilomètres en automobile dans cette région enchantée qui est entre les Alpes et la mer, où l’on ne peut faire dix pas sans rencontrer un grand souvenir, un vers de Mistral, ou une belle fille élancée, au teint mat et aux yeux noirs. Ainsi passaient et couraient les douces heures claires de l’amitié et de la fantaisie. Ne croyez pas ceux qui vous diront que les gens d’A.F. sont des censeurs ou docteurs moroses ; ou qu’ils ont mauvais caractère. Depuis vingt-trois ans que je vois quotidiennement Maurras, je n’ai cessé de découvrir de nouvelles raisons de l’admirer et de l’aimer...

 

De ce dispensateur de lumière, la grande caractéristique, la "dominante", comme disait mon père, est la bonté. A toute heure, en toutes circonstances, l’ami de Maurras peut compter sur Maurras, son temps, cependant si précieux, sa peine, son intrépidité. Menacés de mort, l’un et l’autre, pendant des années, par les influences allemandes de la police politique républicaine, - qui comprit, dès 1911, l’importance de la partie engagée- nous n’avons échappé jusqu’à présent à cette conjuration criminelle que par la grande question de la Sûreté Générale : "lequel des deux ?"

 

Or, pendant ce jeu alterné, Maurras n’a jamais cessé de chercher à dériver le risque sur lui. Mais ceci n’est rien. Sur ce bras fort et le seul capable de soutenir l’Europe défaillante, je me suis appuyé, le dimanche 25 novembre 1923, date fatale, devant le corps de mon petit Philippe, lâchement assassiné par la police, à l’âge de quatorze ans et demi. Sans rien nous dire autrement que par l’échange de regards, nous scellâmes, en ce jour et à cette heure, un serment qui sera tenu..."             

 

4. Pierre Gaxotte, dans le numéro de Candide du 8 juillet suivant, évoqua celui dont il fut le collaborateur : Daudet vu par Gaxotte.pdf 

             

5. Daudet, vu par Pivot : Daudet vu par Pivot.pdf 

             

 

6. Et un dernier passage, montrant ces amis de chair et d'os, tiré, cette fois du Journal Inédit 1914 de Jacques Bainville; il s'agit d'un très court extrait de la note du 24 septembre : non sans humour, elle exprime, encore plus que l'amitié, la tendresse réelle, bien que pudique, qui existait entre ces amis :

 

"24 septembre : La Roche. - Léon Daudet se remet de son grave accident d'automobile, survenu exactement le 1er août, le jour où l'ordre de mobilisation était lancé. Il est remis, mais la boîte crânienne est encore à nu sur plusieurs centimètres. Chose étrange : le jour même de la déclaration de la guerre en 1870, Alphonse Daudet s'était cassé la jambe. J'ai dit à Philippe Daudet, qui a six ans :

- Le jour de la déclaration de guerre de 1947, tâche de rester bien tranquille chez toi..." 

           

 

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En juillet 1942, lorsque Daudet mourut, dans le cimetière de Saint Rémy de Provence, Maurras, "fit à son ami, à son frère, des adieux pathétiques, le tutoyant pour la première fois…" (Henri Massis).

 

Quel déchirement ce dût être pour lui de voir partir un ami à la fois si proche et si différent ! Cela au moment de la défaite et de l’occupation d’une France qu’ils avaient si passionnément aimée, et pour laquelle, avant cette guerre comme avant la précédente, ils avaient donné ensemble les avertissements nécessaires contre l’Allemagne. 

 

 

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Les livres, les articles, les enregistrements sonores mêmes, attestent de cette clairvoyance. Ainsi, Léon Daudet écrivait dès 1934 :

 

"La motorisation et l’aviation joueront le premier rôle dans la guerre de demain. La guerre motorisée portera forcément ses ravages dans l’intérieur du pays sur une assez grande profondeur. Les Allemands chercheront à gagner la mer pour tenir l’Angleterre en respect, soit par la vallée de la Somme, soit par celle de la Loire. Il est certain que l’Allemagne ne saurait, même avec le concours de l’Italie, soutenir une lutte contre la France, l’Angleterre et les Etats-Unis."

 

Mais, il tenait la défaite finale de l’Allemagne comme inévitable : "Le propre du dictateur c’est de s’aveugler sur ses succès et du fait de ses succès. C’est alors qu’on croit dominer qu’on ne domine plus son propre destin."

 

Daudet clôt ainsi son livre sur Maurras :

 

"Je crois aux intentions, non seulement de la Providence, mais aussi de la nature organique, intellectuelle, sociale et politique, qui n’administre pas une personnalité marquante de telle et telle manière sans une raison, sans un but. Chaque grand homme a sa mission ici-bas."

 

 

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Commentaires

  • Grand polémiste, grand pamphlétaire et aussi fine gueule. Un grand et vrai Français.

  • Grand talent totalement occulté par le système maçonnique, qui le cache à la jeunesse française.

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