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Idées, Histoire, Culture & Civilisation

  • « Amo de moun païs… »

    par Louis-Joseph Delanglade 

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    « L'âme du pays perdure grâce à sa dimension tellurique ... » 

    Certains s’extasient sur les prestations fortement médiatisées de la jeune Greta Thunberg, laquelle, après Davos et l’Elysée, a de nouveau été exhibée le 15 avril, à Strasbourg cette fois et devant les députés européens : spectacle pathétique de cette adolescente suédoise sans doute manipulée par son entourage familial et certainement instrumentalisée par des groupes de pression écologistes pour lesquels le « renouvelable » est un business comme les autres. Tout se passe désormais comme si un catéchisme vert avait remplacé le défunt catéchisme rouge, celui-là même que brandissaient naguère ceux dont les plus ardents des activistes climatiques d’aujourd’hui sont les héritiers. Prophètes de l’apocalypse, rien ne les arrête, surtout pas l’échec probable ou avéré, à tout le moins l’impasse évidente, des solutions qu’ils proposent, de l’éolien au solaire en passant par la voiture électrique. 

    image.jpgOn se souvient du fameux « Notre maison brûle » de M. Chirac (Johannesburg, 2002) : belle image (sans doute inspirée par l’étymologie grecque, « oïkos », du mot écologie) mais de peu d’effet politique car chacun habite d’abord chez soi. Certes, les frontières n’ont pas arrêté le nuage de Tchernobyl, mais, s’il est des problèmes qui nécessitent de solides accords internationaux, cela n’a rien à voir avec ces grands-messes du messianisme vert, comme l’Accord de Paris sur le climat (2016), à la suite desquelles l’engagement contracté fait l’objet d’un respect inversement proportionnel à la foi et à l’émotion orchestrées par leur mise en scène. Qu’on le veuille ou non certains Etats, au demeurant peu nombreux, ont le pouvoir de faire la pluie et le beau temps. Et ces Etats, jaloux de leur souveraineté, c’est-à-dire d’abord de leurs frontières, restent maîtres de l’avenir écologique. 

    Mieux, ces frontières qui perdurent, ces limites qui déterminent l’en deçà et l’au-delà de chaque pays, restent à ce jour le meilleur moyen de se protéger des pollueurs, prédateurs, indésirables et envahisseurs de tout ordre. Voilà sans doute qui dérange nos écolos dont l’approche mondialiste minore fortement la dimension proprement humaine et enracinée d’une authentique écologie. Pour parler de la seule France, on ne peut nier que paysages, villages et villes ont acquis au cours des siècles et hors progressisme industriel une apparence forcément liée à nos cultures provinciales et à notre civilisation. Qui n’en veut plus de ces différences essentielles si ce n’est l’idéologie mondialiste basée sur la finance et les flux migratoires, idéologie pour laquelle les frontières nationales et l’enracinement local qu’elles permettent constituent des obstacles à abattre ? Voilà donc nos écolos, quoi qu’ils puissent prétendre par ailleurs, complices objectifs d’un libéralisme débridé, qui s’accommode fort bien de leurs options sociétales. 

    588451919895_m.pngLes mondialistes de tout poil font ainsi cause commune dans une sorte de libéralo-libertarisme dont le seul adversaire reste les tenants de la souveraineté nationale, garante de frontières à l’intérieur desquelles vivent ces subdivisions territoriales léguées par l’Histoire que d’aucuns (un Mistral, un Barrès, un Maurras) dénommaient si joliment les petites patries. Relisons les premiers vers du Calendau de Frédéric Mistral (la fameuse « invocation ») : l’âme du pays, en l’occurrence de la patrie provençale, incarnée dans les hommes et les événements historiques, cette âme perdure grâce à sa dimension tellurique : elle est la terre elle-même, au sens large, la « terro maïre » (la terre mère). Cette âme, Mistral, grand admirateur de Lamartine, nous dit qu’elle est dans le fleuve, le vent, la forêt ou encore les calanques de sa Provence. Peut-il y avoir message plus écologique que celui qui fait de la nature, donc de la défense de son intégrité par tous les moyens, le siège de l’âme de la patrie ?   

  • Livres & Histoire • Révolution française : Un pavé dans la mare !

    Par Jean Sévillia

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    Entre 1986 et 1989, environ 8OO livres ont paru à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française.

    Trente ans plus tard, l'enthousiasme n'est plus au rendez-vous : les parutions nouvelles sur la période 1789 -1799 sont en proportion peu nombreuses, et rares sont les livres qui sortent du lot. En voici un, au moins qu'on n'oubliera pas : ne craignant pas de détoner, l'ouvrage, tranquillement, ouvertement, est une charge contre la Révolution française.

    Directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen, Claude Quétel est un spécialiste du XVIIIème siècle qui s'est intéressé à l'histoire de la folie et de la psychiatrie. Puis ses activités l'ont conduit à écrire sur la Seconde Guerre mondiale. Mais de n'être pas un spécialiste de la Révolution française lui confère, précisément, une précieuse liberté vis-à-vis des gardiens du Temple. Elle lui permet, en l'occurrence, d'aboutir à une conclusion qu'il énonce sans ambages dès l'introduction : « La Révolution française fut un épisode exécrable, de bout en bout, de l'histoire de France. Elle ne fut pas le magnifique soulèvement de tout un peuple mais une folie meurtrière et inutile, une guerre civile dont la mémoire continue aujourd'hui encore à diviser fondamentalement les Français. »

    Claude Quétel connaît trop bien le métier pour s'aventurer sans biscuits. Outre l'abondante bibliographie qui signale ses sources, l' « essai historiographique critique » situé à la fin du volume prouve que ce prétendu non-spécialiste maîtrise fort bien son sujet. De la prise de la Bastille à la conquête du pouvoir par Bonaparte, son récit montre donc la part essentielle de la violence dans le phénomène révolutionnaire (Crois ou meurs), une violence qui, commencée en 1789, n'a pas attendu la Terreur de 1793 pour se déployer. La Révolution, certes, a eu le mérite de faire aboutir des réformes que la monarchie n'avait pas su mener à bien. Elle a cependant inventé les droits de l'homme pour les violer tous, et inauguré la dictature des minorités radicales sur la majorité silencieuse, gouvernant au nom du peuple mais sans lui, et souvent contre lui.

    Un livre iconoclaste, à lire d'urgence.   ■ 

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    Crois ou meurs ! Histoire incorrecte de la Révolution française de Claude QUETEL, Tallandier, 2019, 512 pages, 21,9 €

    Source Figaro magazine, 29 mars

  • Cinéma • Le vent de la liberté

    Par Guilhem de Tarlé     

    À l’affiche : Le vent de la liberté, un film de Michael Bully Herbig.

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    Je ne l’ai vraiment pas fait exprès, mais il se trouve qu’après deux DVD avec Rithy Pahn dans le Cambodge de Pol Pot, une montgolfière m’a ramené au cinéma en République Démocratique Allemande.

    Nous y retrouvons la pensée unique (le « politiquement correct ») à laquelle tout le monde a l’obligation d’adhérer, la Stasi qui espionne chacun de nos gestes et de nos propos, les enfants formatés qui dénoncent leurs parents… Bref la liberté interdite aux « ennemis de la liberté ». 

    Le_Vent_de_la_liberte.jpgLe Mur de Berlin, le « rempart antifasciste » - comme ils l’appelaient - a été construit en 1961, et Mourre comptabilise 79 allemands de l’Est qui furent tués en tentant de le franchir, sans compter ceux qui ont été arrêtés – et sans doute exécutés – en préparant leur évasion…

    Un film était déjà sorti, en 1982, La nuit de l’évasion, nous racontant l’histoire des familles Strelzyk et Wetzel qui avaient construit une montgolfière pour passer à l’ouest. Contrairement à mon épouse, je ne crois pas l’avoir vu.

    Ce Vent de la liberté est donc un remake sur la persévérance de gens « désespérés » qui bravent tous les dangers pour fuir un enfer socialiste. Cette histoire vraie s’est produite en 1979, dix ans avant la chute du Mur (27 novembre 1989), la réunification de l’Allemagne et l’effondrement de l’Union soviétique (29 décembre 1991)…

    ep_1248_11401.jpgDe Gaulle avait fait référence – et révérence - au « sens de l’histoire », et notre génération ne croyait pas que ces événements puissent arriver, en tout cas qu’elle les connaîtrait… Comme quoi Maurras avait raison : « Tout désespoir en politique est une sottise absolue ». 

    On se souvient de Kennedy qui dénonça ce « mur de la honte » : « Ich bin ein berliner » (26 juin 1963).

    Je rappellerai aussi Jean-Pax Méfret, le « Chanteur d’Occident , en 1980,  dans Véronika :

    « A Berlin Est, elle balayait les allées ;
    Elle a voulu s’évader ; aujourd’hui il ne reste rien de Veronika…
    Un peu de terre, une petite croix de bois
    La rose rouge et l’œillet sont fanés près de ce mur droit

    de ce mur froid ».    

    PS : vous pouvez retrouver ce « commentaire » et plusieurs dizaines d’autres sur mon blog Je ciné mate.
  • Nous rebâtirons Notre-Dame ? C’est plutôt elle qui nous rebâtira !

    Par Gabrielle Cluzel 

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    Abandon. Il en va de l’incendie de Notre-Dame Paris comme du décès d’une grand-mère. Comme on l’a toujours connue, vaillante et debout, on a fini par la croire immortelle.

    On s’occupait à peine d’elle, la visitant distraitement de loin en loin. Et puis, soudain, on apprend, coup de tonnerre dans le ciel clair, qu’elle est en train de disparaître. On plaque tout pour aller la veiller. Comme des centaines de catholiques, je suis allée à Notre-Dame dans la nuit. Tout autour des cordons de policiers, des catholiques chantaient, récitaient le chapelet, debout ou agenouillés, les yeux rivés sur les points encore embrasés, ils ne se connaissaient pas mais ils partageaient leur écran de téléphone pour retrouver des couplets oubliés de vieux cantiques, ne s’interrompant que pour applaudir au passage des camions de pompiers. Une de ces soirées où le temps est suspendu et dont on se souvient trente ans après.

    Inquiétude. La rumeur a couru toute la soirée : avait-on eu le temps de mettre à l’abri la couronne d’épines ? Des informations contradictoires circulent. L’oncle du voisin de la belle-sœur de la cousine pense que oui, non, ne sait pas, ne sait plus.

    Cet incendie en début de Semaine sainte prend une dimension eschatologique. Si, en sus, cette relique de la Passion rapportée par Saint Louis et offerte à la vénération à cette période de l’année venait à disparaître, c’est toute notre génération qui semblerait maudite. On apprend, enfin, avec soulagement que le père Fournier, aumônier des pompiers de Paris, est allé sous bonne escorte sortir la couronne d’épines… et surtout le Saint-Sacrement. L’écrin est consumé mais le bijou est sauvé. Même le coq-reliquaire qui surplombait la flèche aurait été retrouvé.

    Interrogation. Pour tous les médias, l’origine ne fait pas un pli : accidentelle. Même le Parquet semble connaître la conclusion avant même le début de l’enquête évoquant un « incendie involontaire ». Sans doute a-t-il en sa possession des éléments que nous n’avons pas pour être aussi catégorique. Qu’il en fasse, dans ce cas, état pour rassurer les catholiques qui, eu égard aux multiples églises récemment vandalisées, sont légitimement en droit de se poser des questions.

    Honte. Pour notre temps, qui se croit si malin, si tatillon avec le sacro-saint principe de précaution, qui impose au moindre pavillon son détecteur de fumée, au plus petit hôtel ses extincteurs et son système de sécurité dûment contrôlés… et a été incapable de conserver, comme un enfant trop gâté qui ne prend pas garde à ses jouets, ce que huit siècles et demi lui avaient confié. Si la cause est bien accidentelle, il y a de lourdes responsabilités. Partagées, notamment, par des gouvernants bien négligents pour notre patrimoine. Et il se dit que ce sont les inénarrables embouteillages dans Paris qui auraient retardé l’intervention des pompiers…

    Évidence. On se grattait la tête, on dissertait à l’infini pour savoir comment recoller les morceaux d’un pays disloqué, pour faire France, comme on dit pour faire chic, à quelle « poudre de perlimpinpin » Emmanuel Macron allait accommoder les Français pour les rabibocher… C’est cette identité méprisée de fille aînée de l’Église, soudain ranimée, qui l’a doublé par la droite pour enfin rassembler. Qu’est-ce qu’être français ? C’est être meurtri par ce spectacle de Notre-Dame embrasée.

    Colère. Contre les remugles ricanants remontant des bas fonds des réseau sociaux. L’UNEF, notamment, rendra-t-elle des comptes ?

    Espérance. Les dons – modestes ou spectaculaires – affluent. On se sent pousser une âme de bâtisseur de cathédrale. C’est la matrice de notre culture, cette mission divine confiée « pour toujours » à l’Occident qu’évoquait, il y a quelques jours, sur Boulevard Voltaire, le cardinal Sarah. Lorsque les portes ont été poussées ce mardi matin, au loin, derrière les décombres, est apparue la Croix. Lumineuse, brillante, intacte. Après la Passion, la résurrection. Nous rebâtirons Notre-Dame… ou peut-être est-ce elle qui nous rebâtira. L’ami qui m’a soufflé ces mots se reconnaîtra.  

    Ecrivain, journaliste
  • Pierre Boutang : La communication propre aux communautés de naissance

     

    3335254573.jpg« Le cœur, sous la forme plus étroitement politique du courage, est le moteur de l’histoire. » Pierre Boutang

    Dans l’Europe des salons déjà invinciblement entraînée par la révolution cartésienne et par la force d’arrachement des idées neuves, La Fontaine comprend que les fables tiennent le fil des valeurs héroïques et parlent encore ce qu’il appelle la «  langue des dieux  ». À travers les siècles de fer qui s’annoncent, et qui emporteront non seulement le roi –  le chêne de la fable – mais le roseau pensant,  la fable a le pouvoir de transporter ces royaumes engloutis dans le cœur vivant d’un peuple.

    3718279773.jpg« Il semble que l’heure, bonne et sévère, soit venue de reconnaître nos erreurs sur la figure de la force, et de sauver ce qu’elle a de divin – d’en implorer le salut : la seule réelle force politique sera désormais, si nous ne nous laissons pas écraser par le cadavre des derniers siècles, la communication propre aux communautés de naissance qui choisiront héroïquement d’y situer principalement leur salut (…) 

    Je ne dis plus seulement que ma patrie c’est la langue française, mais que c’est l’enseignement et la tradition de cette langue dans son intégrité. Tous les autres biens passent effectivement par celui-là ; c’est en lui que l’intérêt, et les intérêts deviennent par une métamorphose quotidienne, le bien commun national. Ainsi chaque fois qu’un enfant apprend sa langue, il imite et prolonge l’aventure capétienne du rassemblement d’une terre dans l’unité de sa parole maîtresse. »   

    PIERRE BOUTANG

    La Fontaine politique. (LIEN.)

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    La Fontaine Politique,
    Pierre Boutang
    Éd. Les Provinciales. 352 p. 26 €
  • NOTRE-DAME PAR-DELÀ LE DRAME

     

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    Les Français ont donc ressenti le terrible incendie de Notre-Dame comme un drame national.

    Mais plus qu'un drame comme un autre, plus qu'un drame comme tant d'autres. Une peine collective. Une tristesse partagée. Le regret et le sentiment d'une perte matérielle et plus encore immatérielle : celle d'un bien très précieux venu d'une France très lointaine, et où se sont pourtant déroulés quelques-uns des événements essentiels de notre histoire récente. Des événements du temps présent qui parlent à nos mémoires personnelles et émeuvent le cœur de tous. Cette permanence de Notre-Dame dans le temps long, le fait qu'elle témoigne toujours de l'héritage des siècles, dressée comme immuable au cœur de la Ville aux bouleversement inquiétants, le fait qu’elle demeure si singulièrement présente à la vie des Français d’aujourd’hui,  qu’elle soit vivante après tant de siècles dont elle garde toutes les gloires et toutes les beautés, est source de respect, d'admiration, et même d’une sorte d'affection, partagée par un très grand nombre de Français, jeunes ou vieux, pauvres ou riches, chrétiens ou non. On a vu, depuis hier, Notre-Dame apparaître comme un bien commun par excellence, dans un pays qui semble n'en avoir plus guère. Ainsi, hier mardi, l'excellent site Atlantico résumait l'événement en titrant un article de Bertrand Vergely : « Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité ». Cette irruption, éclipsant tout, est aussitôt devenue le centre du débat public.      

    Reporté le discours d'Emmanuel Macron de lundi soir que l'on attendait religieusement depuis des jours. Reportée sa conférence de presse prévue ce mercredi. Le sort de Notre-Dame a pris naturellement le pas dans l’esprit et le cœur du pays sur les paroles contingentes que l’on y aurait entendues. La survie de Notre-Dame de Paris s’est révélée instantanément d’une dimension tout autre. Et le Président de la République, en radicale contradiction avec nombre de ses propos offensants pour la France, a eu raison de déclarer que Notre-Dame est « au centre de notre destin profond ». Ainsi, nous aurions un « destin profond » !   

    La France ressemble à Notre-Dame. Elle est en flammes, fissurée, fragilisée, effondrée, torturée. Peut-être trahie. Spontanément, la France retrouve dans l'instant le sens de son destin profond. Pas n'importe lequel. Celui que définit son histoire. Il est possible qu'elle ne demande, elle aussi, sans trop le savoir, qu'à être redressée, restaurée, reconstruite. Qu'à se retrouver. Il n'est pas interdit de persévérer dans cette espérance.  ■  Gérard POL - lafautearousseau

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  • L’ANNÉE PIERRE DEBRAY

    Aux Baux de Provence avec Pierre Chauvet et Gustave Thibon

    Philippe-Lallement.jpgEntretien avec Philippe Lallement 

    Le Bien Commun a posé quelques questions à Philippe Lallement, initiateur de l’année Debray, animateur des causeries catholiques du Café Histoire de Toulon, collaborateur de la Nouvelle Revue Universelle (NRU) et fondateur de la Revue Royaliste qui deviendra La Place Royale. 

    Vous animez le projet « 2019 - année Pierre Debray », pouvez- vous rappeler qui fut Pierre Debray ? 

    LBC-N6-archive-A4 8.jpgIl fut le grand intellectuel du maurrassisme orthodoxe qui à partir de 1954 assuma la difficile succession de Pierre Boutang à Aspects de la France. Durant la guerre d’Algérie, il anima aussi L’Ordre Français, une brillante revue laboratoire d’idées. Après une tentative avortée avec les gauchistes de la Nouvelle Action Française, il fut jusqu’en 1985, la tête pensante du mensuel royaliste Je Suis Français. Parallèlement il mena une intense activité catholique à partir de 1965. Il est mort en 1999, après avoir pris la parole au congrès d’Action française de 1998. 

    Il passe pour un maurrassien atypique… 

    Pour son parcours surtout. Issu de l’anarcho-syndicalisme   anti-chrétien, il se convertit à 20 ans. Choqué par le port de l’étoile jaune, il entre en résistance active. Il est membre du comité directeur des Jeunes Chrétiens Combattants. Il devient critique littéraire à La France Catholique, Témoignage Chrétien et d’Esprit avant de rejoindre les directions d’obédience stalinienne de France-U.R.S.S. et du Comité Mondial Pour la Paix.

    4135539289.jpgVous imaginez bien qu’en 1954, son transfert d’allégeance vers le maurrassisme sidéra le monde politique. Pour l’A.F. Ce fut une très belle prise de guerre et il devint l’idole des jeunes militants, grâce à ses dons d’orateur, sa pédagogie, son tempérament militant, son souci stratégique et surtout sa capacité à appliquer l’empirisme organisateur aux problématiques de la société de consommation. 

    Pouvez-vous présenter le projet orchestré par la Nouvelle Revue Universelle ? 

    Rappelons que la Revue Universelle a été fondée en 1920 par Jacques Bainville. Son actuelle équipe rédactionnelle s’est lancée dans une série de numéros spéciaux approfondissant le maurrassisme et son héritage. En 2016 ce fut Boutang, cent ans  ; puis Maurras, le blessé de Dieu en 2017, car la condamnation religieuse fut remise d’actualité par le monde catholique ; inutile de rappeler comment le Ministère de la culture imposa en 2018 un Maurras, l’homme de la politique. C’est donc assez naturellement que la NRU décida de prolonger cette série d’études par 2019 année Pierre Debray.

     Pourquoi naturellement  ? 

    2235704335.jpgSimplement car depuis quelques années, plusieurs acteurs s’étaient rendu compte de l’intérêt de retrouver ce maître oublié. Citons le blog La Faute à Rousseau, mais aussi Gérard Leclerc. 

    Pour ma part j'avais été étonné de constater comme les grandes problématiques étudiées par Debray, il y a quarante ans, revenaient systématiquement dans les préoccupations du public catholique du Café Histoire de Toulon. Voilà pourquoi le rédacteur en chef de la NRU a immédiatement soutenu ce projet. 

    S'agit-il d’un devoir de mémoire ? 

    Certainement pas uniquement. Bien entendu il est impératif de rendre justice à celui qui a su prolonger la pensée de Maurras durant les Trente glorieuses. Pour cela je vous conseille de lire le magnifique témoignage (NRU n° 56 de l’été) que Gérard Leclerc a prononcé lors de votre Université d’été 2018.

    3177063034.jpgEn revanche l’ambition  du  projet  est  ailleurs. Avec la grande réaction de la Manif Pour Tous, les promoteurs ont compris que l’espoir changeait de camp et qu'une génération Maurras 2.0 se levait. Sa réintégration doctrinale de Pierre Boutang, constituait une première étape devant être complétée par la redécouverte des travaux de Debray. Ce maître oublié pouvant constituer le chaînon maurrassien-catholique permettant à la génération des jeunes néo-conservateurs issus de La Manif Pour Tous de trouver la doctrine, sans laquelle leurs espoirs tourneront court. En 2018, la lecture de Debray vous fera découvrir qu’il a annoncé l'actuelle crise des Gilets jaunes depuis 1985. Sa lecture permettra de comprendre comment il a anticipé la crise économique, l’immigration musulmane, le déclin démographique, la crise identitaire et même l’intelligence artificielle. Faut-il d’autres arguments ? Il ne vous reste plus qu’à plonger dans les témoignages et les études d’universitaires qui ont accepté de participer au projet. 

    Illustrations

    1. À Montmajour en 1969
    2. Aux Baux de Provence [À gauche, Ohilippe Legrand]
    3. Aux Baux de Provence en 1973 [À gauche, Michel de Saint-Pierre, Guy Rérolle] 

    Propos recueillis par Axel Tisserand

    Pages de LBC-N6-archive-A4.jpg
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  • Société • Bock-Côté dans Le Journal de Montréal : À la défense de Blanche-Neige

    Par Mathieu Bock-Côté 

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    Cette tribune de Mathieu Bock-Côté - de celles que nous reprenons souvent pour leur pertinence - est parue dans le Journal de Montréal du 13 avril. Qu'on le lise ! Tout simplement. LFAR  

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    « Non à la grande purge ! » 

    Quiconque s’intéresse au mouvement des idées à notre époque est obligé de constater que nous sommes les témoins, en même temps que les victimes, d’une grande purge culturelle, comme s’il fallait purifier notre existence et la délivrer du mal.

    Le monde intellectuel, ou plus exactement, ses élites intellectuelles et médiatiques sont engagées dans un grand mouvement de déconstruction culturelle et sociale qu’elles assimilent à la lutte contre les préjugés qui pollueraient notre culture et pousseraient à la reproduction de structures sociales inégalitaires en plus de contribuer à l’exclusion des minorités. Pour que le paradis diversitaire advienne, pour qu’un nouveau monde arraché à l’ancien puisse enfin naître, il faudrait aller jusqu’au bout de la déconstruction. 

    Cette logique folle se manifeste dans tous les domaines de l’existence, même les plus improbables. On a pu le constater encore une fois il y a une dizaine de jours dans la presse européenne qui rapportait la publication d’une étude universitaire britannique dénonçant... les dessins animés de Walt Disney! Blanche neige, La belle et la bête, Aladdin et Le roi lion sont notamment ciblés. Sans surprise, on les accuse ... de racisme ! Car y a-t-il une seule œuvre aujourd’hui qu’on ne trouve pas moyen d’accuser de racisme ? Ce terme dont la définition ne cesse de s’étendre ne veut à peu près plus rien dire. On accuse aussi ces films de sexisme, La belle et la bête, apparemment, poussant même... à la violence conjugale ! Les œuvres plus récentes de Disney, toutefois, feraient la promotion de bonnes valeurs et on pourrait les recommander aux enfants. Fiou ! En d’autres mots, il faudrait considérer ces œuvres comme autant d’instruments de propagande devant faire la promotion de la vision recommandée de la société, sans quoi on aura la tentation de les proscrire. Comment ne pas constater que les savants à l'origine de ces études sont en fait des idéologues militants ?

    Ne nous contentons pas d’en rire. Ces idées progressent. Il s’agit chaque fois de purger tel ou tel pan de notre culture en l’accusant d’être contaminé par un passé honteux. Rien ne sera épargné. Nos déconstructeurs sont des fanatiques. Mais on aurait envie de demander aux idéologues qui veulent tout brûler du passé de nous laisser vivre et de cesser d’aborder le monde avec la perspective d’un enquêteur maniaque, toujours convaincu de dévoiler une chanson démoniaque derrière une berceuse, un agresseur derrière un homme qui complimente une femme et un raciste derrière celui qui aime son pays.  ■ 

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    Illustration du conte de Grimm

    Le-nouveau-regime.jpgMathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (éd. VLB, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (éd. Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille (éd. Boréal, 2007). Ses derniers livres : Le multiculturalisme comme religion politiqueaux éditions du Cerf [2016] et le Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).   
  • Patrimoine cinématographique • Le discours d’un Roi

     

    Par Pierre Builly  

    Le discours d’un Roi de Tom Hooper (2010)

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    Le miracle de la fonction  

    Un scénario en or, équilibré entre le drame personnel et la situation historique. Des acteurs extrêmement bien choisis, sans outrances, sobres et exacts. Une période suffisamment proche de nous et suffisamment étrangère aux préoccupations d’aujourd’hui.

    De là à mériter une pluie d'Oscars ? Tant que ça... ? Pour l'originalité de l'histoire et pour le contexte politique, assurément ; mais davantage ?

    Le-roi-son-therapeute-et-la-reine_width1024.jpgPour qui est interrogatif, comme je le suis, sur la nature du Pouvoir, la charge épouvantable, imméritée, indésirée qui pèse sur ceux qui la reçoivent sans l'avoir revendiquée, qui la prennent comme une fatalité (voir Que la fête commence ou Marie-Antoinette) le film de Tom Hooper est une médiation superficielle, mais intelligente. George VI n'a pas davantage envie que son frère aîné Édouard VIII d'assumer la responsabilité qui lui incombe et dont il est comptable devant la Nation britannique à une des périodes les plus angoissantes de l'Histoire : en décembre 1936, date de son accession au Trône, les difficultés économiques nées de la Crise mondiale de 1929 sont bien loin d'être retombées et l'Europe toute entière commence à percevoir les soubresauts d'un volcan qui va la ravager.

    le-discours-dun-roi-e1532182391789.jpgLe film de Tom Hooper mixe intelligemment le drame personnel et familial du duc d'York, affligé par un irrépressible bégaiement, et sa conjonction avec la montée des périls. Le point culminant en est évidemment le discours prononcé devant le Royaume tout entier recueilli, inquiet et grave lors du déclenchement de la Guerre, le 3 septembre 1939.

    Lediscoursdunroi3.jpgDiscours d'une grande force, d'une grande hauteur de vues (rédigé par qui, au juste ? Le Premier ministre, Neville Chamberlain, sans doute), mais dont la dramaturgie est accentuée par l'incertitude qui pèse sur la difficulté pour le Roi de le prononcer ; images très émouvantes d'un peuple qui ne sait pas encore qu'il supportera tout seul, une longue année terrible, entre juin 40 et juin 41, le sort du monde civilisé et qui le fera impeccablement.

    L'hommage rendu à la Grande-Bretagne est justifié et remarquable et j'ai bien du regret que notre bel aujourd'hui français ne cherche pas dans notre propre histoire d'aussi remarquables moments d'émotion et de fierté, au lieu de se perpétuellement scarifier et rouvrir les plaies, dans une course à la honte et à la culpabilité, réelle ou prétendue. Mais ceci est une autre histoire, comme disait le grand Kipling, Anglais exemplaire.

    arton4580.jpgDonc les acteurs. Ils sont pour beaucoup dans le succès mérité du Discours d'un Roi ; j'avoue bien volontiers n'en connaître aucun, n'avoir jamais vu un de leurs films, et être admiratif devant leur tenue, là aussi toute britannique ; une mention spéciale pour Ève Best, incarnation physique à peu près parfaite de la diabolique Wallis Simpson ; je suis assez vieux pour avoir eu la tête farcie, pendant mes années de jeunesse, par les images du couple princier, duc et duchesse de Windsor, dont les hebdomadaires étaient emplis et qui étaient des figures hautement symboliques du Paris mondain qui n'était pas encore celui de la Jet-Set, mais celui d'une aristocratie décavée et pourrissante, bien élevée, morbide. Mais des bravos pour les deux acteurs principaux, Colin Firth, George VI aux capacités limitées, mais conscient de sa mission et Geoffrey Rush, l’orthophoniste fêlé qui se prend au jeu.

    Le film serait un très bon film s'il était mieux filmé ; ça n'a manifestement pas été la préoccupation principale de Tom Hooper ; abus de gros plans, de travellings sans raisons d'être ; image jaunâtre comme celle du Fabuleux destin d'Amélie Poulain, jaune et verte, comme si l'hommage à la couleur sépia des anciennes photos était devenu le pertuis obligé pour nous faire prendre conscience du passage des années...  

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    DVD autour de 10 €     

    Retrouvez l'ensemble des chroniques hebdomadaires de Pierre Builly sur notre patrimoine cinématographique, publiées en principe le dimanche, dans notre catégorie Culture et Civilisation.
  • Livres & Société • L’essai du mois. Pour une anthropologie contraire

    Par Matthieu Baumier

    Le dernier essai d’Alain de Benoist n’est pas un ouvrage de plus sur le libéralisme mais un livre percutant contre le libéralisme.

    La nuance est de taille : le penseur, dont il est devenu difficile pour le monde intellectuel officiel de faire l’économie, après l’avoir tenu à l’écart durant près de 40 ans, entre ici en confrontation directe avec ce qu’il identifie comme étant l’idéologie dominante, en même temps que celle de la classe dominante. Comment donner tort à Alain de Benoist sur un tel sujet ?

    Une critique féroce de l’anthropologie libérale

    La question n’est pas d’analyser l’un des nombreux aspects du libéralisme mais d’en remarquer les effets anthropologiques. Il ne s’agit donc pas de savoir si le libéralisme a apporté des libertés, un accroissement du niveau de vie… mais de saisir combien être contre le libéralisme est une nécessité vitale quand il est contre l’humain. Détaché de tout lien, de toute communauté, de tout enracinement, rejetant la culture à laquelle il appartient (« il n’y a pas de culture française », disait l’actuel DRH de la République), l’homo libéral est un individu hors sol et non plus une personne, pas plus une personnalité, tant il est interchangeable. C’est le rejeton de l’idéologie de la modernité et de la croissance progressiste, dans un monde au bord de la catastrophe.

    Penser avec, c’est débattre

    Alain de Benoist procède ici par étapes, de façon très structurée, pédagogique même, à l’excellent sens de ce terme : après avoir posé ce qu’est le libéralisme en tant qu’anthropologie, l’auteur en confronte les attendus avec d’autres conceptions – les communautariens, nés aux États-Unis en tant que courant de pensée contre le libéralisme, particulièrement de John Rawls, et en débat avec le républicanisme d’un Skinner par exemple, le concept d’identité, la figure du bourgeois, la problématique de la démocratie, le capitalisme, le conservatisme, la critique de la valeur… Un essai qui part dans tous les sens, là aussi de façon positive : de Benoist apporte de quoi penser à son lecteur, il ne lui demande aucun assentiment. Bien sûr, l’auteur ne croit pas possible que l’on soit libéral en économie (et sur un plan tactique), conservateur sociétalement, identitaire en profondeur. C’est le point d’orgue du débat actuel.

    Il est donc possible de partir de la définition du libéralisme donnée par l’auteur : une unité profonde qui « réside dans son anthropologie, une anthropologie dont le fondement est, indissociablement, l’individualisme et l’économisme ». En effet, avec l’individu comme absolu dans une économie intégralement ouverte et hors de contrôle, elle-même conçue comme absolutiste, nous avons là une définition juste du libéralisme contemporain.

    Cependant, la question sera aussi celle de la mise en œuvre d’une anthropologie autre, dans un futur politique concret. La première étape à laquelle s’attache de Benoist pose un fondement : quelle est l’idéologie à combattre ? demande-t-il. La dernière étape sera celle d’une anthropologie contraire mise en œuvre dans le réel. Entre les deux ? Il est possible de croire en une révolution qui viendrait, comme un acte de foi ; il est sans doute plus probable d’envisager une seconde étape passant par une victoire dans le cadre électoral actuel et débouchant sur un retour aux économies d’avant l’ouverture effrénée des frontières, ce qui ne fonctionnait pas si mal finalement.

    Cette seconde étape ne demandera pas de compromis avec le libéralisme, juste d’accepter que « la nation puisse encore être un cadre révolutionnaire provisoire », ce qu’une Chantal Mouffe, par ailleurs lue par Alain de Benoist, a très bien compris. De cette façon, « la nation pourrait être le meilleur chemin vers un retour à l’identité de l’Europe ». Demain, au fond, cela nécessite aussi une stratégie.  ■

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    Matthieu Baumier 

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    Alain de Benoist, Contre le libéralisme, éditions du Rocher, 2019, 340 p., 19,90 €

  • SOCIÉTÉ • LE CORBUSIER, LE FASCISME ET LES FÂCHEUX

    Le Corbusier

    Par Jean-Christophe Buisson

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    ... Faire de la place pour les aigris se piquant d'écrire et de penser. 

    Une poignée d'intellectuels-procureurs à peu près tous inconnus et appelés à le demeurer réclament au ministre de la Culture de ne plus soutenir l'oeuvre de l'architecte Le Corbusier (1887-1965), à qui la commune de Poissy projette de consacrer un musée.

    Motif ? Ses rapports ambigus au fascisme et à l'Etat français du maréchal Pétain. Ce type de procès n'est pas nouveau. Régulièrement, on ressort les vieux dossiers de ceux ayant frayé, il y a 80-90 ans (!), avec l'Action française, Vichy ou le fascisme. Quitte à mettre tout le monde dans le même panier.

    XVMca828a5e-72b9-11e7-8bbb-ff6842e638f6.jpgChiche ? Dans ce cas, brûlons les livres du conununiste Aragon qui fut l'ami (voire plus) de Drieu la Rochelle.

    Déchirons l'ceuvre du pape du radicalisme, le philosophe Alain, coupable d'éloges appuyés d'Adolf Hitler à la fin de .sa vie. Cessons les fouilles archéologiques, qui obéissent à la loi de 1941 portant le nom du ministre de Vichy Jérôme Carcopino. Crachons sur les poèmes de Paul Claudel, qui chanta Pétain, et maudissons Henri Pourrat et François Mitterrand, décorés de la Francisque.

    Quant à Proust, Apollinaire, Malraux, Bergson, Blanchot ou Gide, admirateurs de Maurras, les extirper des bibliothèques et des programmes scolaires semble un minimum. Cela ferait de la place pour les aigris se piquant d'écrire et de penser.   

    Source : Figaro magazine, dernière livraison. 

    Jean Christophe Buisson est écrivain et directeur adjoint du Figaro Magazine. Il présente l'émission hebdomadaire Historiquement show4 et l'émission bimestrielle L'Histoire immédiate où il reçoit pendant plus d'une heure une grande figure intellectuelle française (Régis Debray, Pierre Manent, Jean-Pierre Le Goff, Marcel Gauchet, etc.). Il est également chroniqueur dans l'émission AcTualiTy sur France 2. Son dernier livre, 1917, l'année qui a changé le monde, vient de paraître aux éditions Perrin.

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    1917, l'année qui a changé le monde de Jean-Christophe Buisson, Perrin, 320 p. et une centaine d'illustrations, 24,90 €.
  • Cinéma • Rebelles

    Par Guilhem de Tarlé     

    A l’affiche : Rebelles, un film français d’Allan Mauduit, avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy et Simon Abkarian.

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    « On fait rarement dans la dentelle
    Quand on a une âme rebelle  »

    Etre Rebelle, Jean-Pax Mefret le chante dans Les galères, et je me le sens pleinement.

    C'est donc vraiment pour ce titre Rebelles que je suis allé voir ce film car si le casting est tentant la bande-annonce vue sur allo-ciné ne l'était pas.

    Mais oui  je suis rebelle, et l'ai toujours été depuis un certain 21 avril 1961... Il paraît même qu'à 9 ans, en 1956, je l'étais déjà !

    Et je le suis de plus en plus avec, en permanence, mon gilet jaune sur le tableau de bord de ma voiture.

    maxresdefault.jpgRebelle, c'est à dire contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre... Vaste programme comme disait l'Autre, celui précisément contre lequel j'ai forgé mon « âme rebelle ».

    Etre rebelle, c’est dénoncer la novlangue et le politiquement correct, c’est appeler un chat, un chat, et Macron, un fripon.

    5118033.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-4113012.jpgC’est défendre la culture de vie contre la culture de mort, défendre le mariage de l’homme et de la femme et ignorer les paires ; c’est contre l’invasion et le Grand Remplacement prôner la recolonisation de l’Afrique ; c’est affirmer que les ères climatologiques (réchauffement et glaciation) sont aussi vieilles que le monde et refuser les taxes écolo et la dénaturation de nos paysage par les éoliennes ; c’est constater que « l’insécurité routière » - comme ils disent – est moindre que l’insécurité hospitalière avec les maladies nosocomiales…

    C’est, contre la laïcité laïciste maçonnique, continuer à dire : « France, fille aînée de l’Église » en rappelant que la véritable laïcité est paradoxalement chrétienne : « Rendre à César, ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu ».

    C’est rappeler, face à « la deuxième religion de France », dite « de paix et d’amour » : « Hors de l’Église, point de Salut ».  etc… etc… etc…  

    rebelles-albertine-productions-854x570.jpgRien de tout cela, malheureusement, dans la réalisation d’Allan Mauduit, et le titre Rebelles me paraît usurpé, et même fallacieux avec le message subliminal, au début et à la fin, des « aérogénérateurs » qui dominent la ville de Boulogne sur Mer.

    Ces prétendues Rebelles nous livrent néanmoins une comédie amusante, même si, violente, scabreuse et peu morale, elle ne fait précisément pas « dans la dentelle ».    

    PS : vous pouvez retrouver ce « commentaire » et plusieurs dizaines d’autres sur mon blog Je ciné mate.
  • 500è anniversaire de la mort de Léonard de Vinci : le comte de Paris recevra le Président de la République à Amboise

    Photo : la première et la dernière image du dossier

     

    La page Facebook du Prince a diffusé hier matin l'information suivante : « Aujourd'hui paraît dans L'Express, un grand dossier de 10 pages sur le comte de Paris, retraçant son parcours, évoquant ses perspectives et son projet pour notre pays. » 

    C'est au fil de ce grand dossier que l'on apprend que Le 2 mai prochain, le chef de la Maison royale de France, Monseigneur le comte de Paris, recevra au château d’Amboise, le Président de la République, Emmanuel Macron et le président italien Sergio Mattarella, pour les célébrations du 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci.

    comte-de-paris-express-2.jpgL’Express consacre dans son édition de cette semaine (Photo de couverture), un dossier complet de 10 pages au nouveau comte de Paris, le prince Jean d’Orléans. Dans ce portrait, le chef de la Maison royale de France se livre sur sa famille, son parcours, évoque ses perspectives et son projet pour notre pays. 

     

    Le château royal d'Amboise

    chateau-amboise.jpg

  • TV Libertés • Charles MAURRAS : Entretien de Philippe CONRAD avec le professeur Olivier DARD

     

    Entretien sur Charles Maurras, le nationaliste intégral [Passé Présent n° 230]

    [De 29,40 ' à la fin].

     

    27 minutes

    La présentation de TVLibertés

    Dans ce nouveau numéro de Passé-Présent, Philippe Conrad reçoit le Professeur Olivier Dard qui réédite sa biographie de Charles Maurras : Charles Maurras, le nationaliste intégral. (Editions Echo). Grande figure intellectuelle du XXè siècle, Maurras grandit en Provence. Orphelin tôt, sourd dès l'enfance, autoditacte (il ne peut suivre aucun cours), boulimique de lectures, ambitieux, il correspond avec Maurice Barrès mais, contrairement à son aîné, rejette le systême républicain. Il voyage en Grèce en 1896 à l'occasion des Jeux Olympiques, se mobilise dans l'affaire Dreyfus, crée l'Action française en 1908, journal qui connaîtra un écho profond pendant des décennies. Théoricien de la décentralisation, il proposera une restauration monarchique, mais fondamentalement élitiste il ne comprendra pas l'influence des masses. De sensibilité gréco-latine, il n'assimilera jamais le culte de la force, ni de la guerre, et observera toute sa vie une germanophobie exarcerbée. Pendant l'occupation, le père de l'Action française sera confronté à des dissidences parmi ses proches, avant d'être victime d'un procès politique en 1945. Il s'éteindra sept ans plus tard à la clinique de St-Symphorien-lès-Tours. 

  • Tocqueville : « l’espèce d’oppression, dont les peuples démocratiques sont me­na­cés »

     

    Publié le 20 mars 2017 - Actualisé le 12 avril 2018

    « Je pense que l’espèce d’oppression, dont les peuples démocratiques sont me­na­cés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde. [...] Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nou­velle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

    Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

    Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. il est absolu, détaillé, régulier, pré­voyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

    C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à tou­tes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.    

     

    Alexis de Tocqueville 

    Le Despotisme démocratique - Carnets de l'Herne - 2009