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Les Lundis de Louis-Joseph Delanglade

  • On ne saurait penser à tout

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    On sait bien aujourd’hui que l’arrivée à l’Elysée  de M. Macron ne relève pas du conte de fées mais a bien été voulue, décidée et programmée par la confluence d’intérêts financiers relayés par l’ensemble de médias forcément aux ordres.

    Même si, complexité des choses et des gens oblige, M. Macron a pu faire illusion par certains propos et comportements de début de mandat, on ne peut que constater, pour le condamner, que sa politique actuelle répond aux voeux des élites mondialisées et des oligarques qui l’ont porté au pouvoir,  pour qui la France en tant que telle n’est qu’un pion parmi d’autres. Sa décision d’apposer sa signature au bas du pacte mondial sur les migrations n’en est que le dernier exemple. L’élection en mai 2019 des soixante-dix-neuf députés français au Parlement de Strasbourg constitue à l’évidence une prochaine étape, essentielle, de son engagement en faveur de la (dés)Union européenne. Une rhétorique binaire oppose déjà explicitement mais grossièrement les auto-proclamés « progressistes », dont M. Macron serait le héraut, aux « nationalistes » et autres stigmatisés et vilipendés de tout poil que sont populistes et eurosceptiques.

    une-macron_co_web.jpgLa ficelle est un peu grosse, aussi M. Macron a-t-il besoin pour l’emporter de ratisser large, ce que montre le repas secret à l’Elysée, mardi 20 novembre, auquel assistaient le gratin des européistes (MM. Bayrou, Juppé, Raffarin, Moscovici, etc.) ; ce que prouve aussi son entêtement, jusqu’ à ces derniers jours, à conduire au pas de charge une « transition écologique » au plus près des moindres délires et exigences du clan écolo-européiste. 

    Tarbes-Manifestation-GiletsJaunes-24Novembre-Nov18.jpgMais le rationalisme technocratique des équipes de M. Macron, qui devaient penser avoir tout prévu, s’est heurté à l’inimaginable, à l’impondérable, à l’imprévu : le facteur humain. Et voici nos ploucs de la France profonde (des territoires de l’hexagone diront certains) qui entrent en rébellion. Les premières reculades en forme d’annonces n’ont pas pour l’instant vraiment calmé les esprits. L’honnêteté intellectuelle conduit à dire qu’un mouvement aussi diffus, aussi foisonnant, aussi désidéologisé, un mouvement aussi contradictoire même dans ses revendications peut conduire à tout ou à rien : essoufflement d’une réaction minée par les violences, contre-attaque victorieuse du gouvernement sous prétexte de restaurer l’ordre, récupération politicienne par les boutefeux de M. Mélenchon, crise politique et dissolution de l’Assemblée, etc. Analystes et commentateurs se perdent en conjectures, de la jacquerie à la crise de régime : le vrai est qu’on n’en sait rien. 

    Salvini-Macron-elections-europe.jpgReste quand même que la position de M. Macron sur la scène internationale, européenne surtout, semble pour l’instant plutôt affaiblie. Et pour un moment. Son ambition européenne, fortement liée au succès de ses réformes intérieures, risque de pâtir de ces scènes d’émeute et de ces reculades gouvernementales qui ternissent son image. « Macron n’est plus un problème pour moi, c’est le problème des Français » a ironisé M. Salvini.  Quelle que soit l’issue du mouvement des Gilets jaunes, il faudra du temps pour restaurer les images conjointes du président en France, de la France en Europe. On peut même espérer que soit mise en sourdine son agressivité verbale à l’égard de ceux qui ne confondent pas Europe et Union européenne. M. Macron, pour avoir privilégié le schéma idéologique euro-mondialiste et du coup ignoré la colère populaire contre ce même schéma, serait alors en situation d’échec au niveau européen. Si c’était le cas, on pourrait remercier les Gilets jaunes.  

  • Un pont trop loin

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    L’arraisonnement musclé de trois navires de guerre ukrainiens dans le détroit de Kertch, dimanche 25 novembre, a immédiatement suscité l’ire des médias et politiciens « occidentaux ».

    915bf4d87237d27ecff2449dd013119fbe1dea1c.jpgM. Poutine, forcément dans le mauvais rôle, est accusé d’avoir « annexé » la Crimée en 2014, puis construit un pont de 18 km entre Taman et Kertch, pont qui a pour effet visible de clore la mer d’Azov et de faire de celle-ci une sorte de mer intérieure aux côtes contrôlées aux trois-quarts par la Russie. Remarquons d’abord que personne ne s’émeut des ponts turcs qui enjambent déjà le Bosphore ou de celui qui sera ouvert en 2023 dans les Dardanelles - mais il est vrai que la Turquie est dans l’Otan, du bon côté donc. Rappelons surtout que la Russie n’a pas occupé et annexé unilatéralement un territoire étranger : c’est bien la majorité des Criméens (les deux tiers) et de leurs représentants qui ont initialement fait sécession d’une Ukraine à laquelle un décret soviétique de 1954 avait rattaché leur péninsule, la séparant ainsi arbitrairement de la mère patrie russe. 

    XVM2088b270-f199-11e8-aaaa-72154de5404a.jpgExiste une seconde interprétation, qu’il est difficile, même pour les moins objectifs, de passer sous silence. Il s’agirait en fait d’une énième provocation de Kiev, après de nombreux incidents maritimes. Les autorités ukrainiennes incitant même à dynamiter le fameux « pont de Crimée », on peut comprendre que les garde-côtes russes se soient montrés intraitables : on peut passer mais à certaines conditions, la première étant de ne pas pénétrer sans autorisation dans les eaux territoriales russes. Cette interprétation est d’autant plus plausible que le président ukrainien, M. Porochenko, donné archi-battu à l'élection présidentielle de mars prochain, peut voir dans l’incident l’occasion d’endosser la tenue toujours valorisante de chef militaire. C’est sans doute pourquoi il dramatise la situation, prédisant une « invasion terrestre », voire une « guerre totale » et  faisant en conséquence instaurer la loi martiale pour trente jours dans les zones frontalières.  

    M. Porochenko est un oligarque multi-milliardaire qui bénéficie d’un régime de faveur dans les médias occidentaux. Est avérée dans la gestion des événements successifs qui ont agité l’Ukraine depuis le début du siècle sa proximité avec M. Soros, ce financier apatride et ultra-mondialiste qui ne déteste rien tant que tout ce qui pourrait rappeler notre bonne vieille Europe. Dans les faits, l’Ukraine n’a bien évidemment pas les moyens d’une guerre totale avec la Russie. Excellent prétexte pour en appeler à l’Otan. Après tout, la stratégie de cette organisation, aux ordres des Etats-Unis qui la financent pour l’essentiel, est toujours la même : hostilité à Moscou, alors que l’Union Soviétique n’existe plus. D’où cet étau qui, des pays baltes à la Turquie enserrerait la Russie, n’étaient Biélorussie, Moldavie et Ukraine, lesquelles forment un glacis protecteur. Cet étau est le résultat de l’adhésion à l’Otan de la quasi totalité des pays de l’ex-« Europe de l’Est », et ce en dépit des promesses de MM. Busch (père) et Clinton au bien naïf M. Eltsine. 

    Dans un entretien accordé au quotidien allemand Bild-Zeitung, M. Porochenko demande donc l’intervention de l’Otan en général, de l’Allemagne en particulier, pour faire face à la Russie en mer d’Azov. France et Allemagne ont jusqu’à présent cherché à apaiser les choses, appelant les parties à la modération. M. Trump a lui aussi fait un geste : par solidarité avec l’Ukraine, il a d’abord annoncé qu’il renonçait à discuter avec M. Poutine lors du G20 de Buenos Aires, pour finalement le rencontrer mais « brièvement » (Reuters). Une intervention militaire « occidentale » paraît donc pour l’instant peu probable. De toute façon, M. Le Drian, faute de diriger une politique étrangère cohérente et indépendante, ne pourra que suivre le mouvement, par exemple sur de nouvelles sanctions contre la Russie - même si celles de 2014 ont eu pour effet une baisse d’un tiers des parts de marché françaises en Russie, à comparer avec une petite augmentation des parts de l’Allemagne… 

    guide-kiev.jpgOn sait que le récit national russe fait de Kiev (photo) le berceau historique de la Russie. M. Poutine, d’abord préoccupé par la sécurité de son pays, considère que l’Ukraine ne peut pas être alliée d’une organisation militaire dirigée contre la Russie. Il n’a nullement besoin de jouer les matamores pour être pris au sérieux. Comme le déplore manifestement M. Haski, le chroniqueur de France Inter (géopolitique, 8h17), l’armée russe est « une armée en état de marche »  et la Russie « une puissance majeure qui sait se faire respecter » - ce qui est, convenons-en, plutôt rassurant pour les Russes. L’avenir dira si M. Porochenko a eu tort de penser qu’il pouvait aller trop loin, un pont trop loin en quelque sorte, en envoyant ses navires titiller les garde-côtes russes.   

  • A nos arrière-neveux

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Vendredi 23, 8h20, l’invité  du « Grand Entretien » de France Inter est M. Bourg, philosophe et professeur à l’Université de Lausanne.

    On apprend très vite qu’il a quitté la fondation de Nicolas Hulot (dont il était vice-président) pour s'engager en politique aux côtés de l'ancienne ministre socialiste de l'Écologie Mme Batho, avec laquelle il va présenter « très probablement » une liste pour les élections européennes en mai prochain. Intello et écolo : cela a le mérite d’être clair et on peut s’attendre au pire. Et ce fut le pire.

    46519025_1790347791075305_8373125128229224448_o.jpgNon pas sur le fond (on peut même trouver pertinente sa proposition d’un I.S.F. vert pour financer la transition écologique) mais dans le ton employé à l’égard de ceux qui, si peu que ce soit, n’entrent pas tout de suite et sans barguigner dans le moule de l’écologie militante - en l’occurrence, au vu de l’actualité, les fameux « gilets jaunes ». Mépris et condescendance pour ceux que le « sachant » qu’il est considère à l’évidence (même si les mots ne sont pas employés) comme des ploucs, des beaufs, des ringards. 

    Toute personne sensée préférera évidemment respirer un air pur et entendre le chant des petits oiseaux mais quand l’écologie devient religieuse, qu’elle constitue, à travers ses grands-prêtres (MM. Cohn-Bendit et Hulot), ses évangélisateurs (ce M. Bourg par exemple), ses sectateurs prétendument sincères (peut-être les plus dangereux, comme Mme Duflot ou M. Goullet de Rugy) ou opportunistes (tous ces politiciens convertis, comme MM. Hamon, Mélenchon, Juppé…Macron), une forme d’obligation morale que l’on entend imposer à tout prix, sans vouloir prendre en compte ses effets collatéraux, elle est insupportable. Cette écologie-là, qui relève du fanatisme, refuse bien entendu de voir dans les principes révolutionnaires  démocratiques la cause des maux qu’elle prétend combattre.  

    N’en déplaise pourtant aux « élites » (terme désormais péjoratif), il existe bel et bien des « Gaulois réfractaires » qui veulent d’abord survivre. Dernier avatar du « pays réel », la « France périphérique » des sociologues contemporains ne veut pas mourir. Elle a plus ou moins compris que le libéralisme économique et culturel, l’immigration de masse, la mondialisation, la mettent en danger de mort. Ces gens-là ont le tort d’être d’ici et de vouloir vivre au pays : péché impardonnable dans le paradis mondialisé, multiculturel et aseptisé qu’on veut nous faire rejoindre à marche forcée. 

    fontaine-03.jpgSauver la planète est le nouveau credo : mais pour quoi, pour qui, sauver la planète, donc accessoirement la France ? Réponse : c’est l’héritage que nous transmettrons à nos enfants. On respirera peut-être mieux mais on peut craindre que ce soit dans une France exsangue : ne pouvant plus accéder à des logements de centres-villes « gentrifiés », ne voulant plus supporter l’impossible cohabitation dans des cités submergées par les vagues migratoires, les « Gaulois » se sont réfugiés dans la périphérie des métropoles urbaines et les petites villes de province, parfois même à la campagne. La guerre fiscale menée par l’Etat les condamne à terme. Plus d’école, plus de gare, plus de commerces… bientôt le désert. Si rien ne change, que vont-ils devenir ? Leur sort ne semble pas intéresser M. Bourg. « Mes arrière-neveux me devront cet ombrage » écrit La Fontaine : l’ombrage y sera peut-être, mais peut-être pas les arrière-neveux.   

  • I.E.I.

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Voilà donc commémoré l’armistice de 1918.

    L’événement a quelque peu occulté la première réunion à Paris, mercredi 7, des pays signataires de l’« Initiative européenne d’intervention » (I.E.I.).  Ils sont désormais dix : neuf pays membres de l’Union européenne (France, Allemagne, Danemark, Belgique, Pays-Bas, Espagne, Estonie, Portugal, Finlande) auquel il faut ajouter le Royaume-Uni (hors U.E. de jure, le 29 mars 2019), l’Italie ayant préféré rester dans une prudente expectative. 

    logo-long-dgris_a_la_une.jpgSi c’est à Luxembourg qu’a été signée une « lettre d’intention » par les ministres de la défense de neuf pays européens (25 juin 2018), c’est bien une fois de plus la France qui est à l’origine de cette initiative avec le discours de M. Macron à la Sorbonne (26 septembre 2017). L’ambition est grande, si l’on en croit la D.G.R.I.S. (Direction Générale des Relations Internationales et de la Stratégie) du Ministère des Armées : créer « les conditions préalables pour de futurs engagements coordonnés et préparés conjointement » par des « États européens ayant démontré leur volonté politique et leur capacité militaire d’assumer un engagement en opérations ». 

    Alors que M. Trump conserve à l’évidence, suite aux résultats des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le pouvoir de persévérer dans une politique étrangère de désengagement, l’affichage d’une telle volonté « politique » peut sembler de bon augure.  Pour l’Europe en général, cela va de soi, grâce au rapprochement franco-britannique. Mais aussi pour la France, laquelle dispose d’atouts de premier ordre dans le domaine de la défense (sa force de dissuasion et sa présence outre-mer, par exemple). Cependant, on peut avoir quelques inquiétudes, à tout le moins quelques doutes. Ainsi, mardi 6 (soit la veille de la réunion de Paris), M. Macron déclare sur Europe 1 : «  On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. » Cette dernière dénomination peut surprendre. 

    5b328a8809fac2f5058b4568.jpgQu’est-ce en effet qu’une « armée européenne », si ce n’est une armée unique qui remplacerait les armées nationales ? Or, on se rappelle l’échec de 1952 (Communauté européenne de défense) et même celui de 1999 (Force d’intervention rapide). C’est que les Etats existent et que la défense relève de leur souveraineté - ce que l’U.E. elle-même admet dans un texte de 2016, tandis que le document de la D.G.R.I.S. se contente de noter, à propos de l’I.E.I., sa « forte compatibilité avec l’Otan et/ou l’U.E. ». Il est donc plus réaliste d’envisager une solide alliance fondée sur un engagement sérieux (et financier) de la part d’une Allemagne toujours frileuse dans ce domaine depuis la fin de la seconde guerre et de quelques autres partenaires jusqu’à présent confortablement à l’abri sous le parapluie américain. 

    Croyant sans doute y trouver une bonne justification à ses propos, M. Macron affirme par ailleurs, le même jour sur la même radio, que la Russie représente un danger. On doit, certes, regretter que la situation géopolitique actuelle et l’hostilité manifeste de l’Otan à son égard tiennent la Russie éloignée de la communauté des nations d’Europe. Mais la nommer comme le premier de nos ennemis potentiels est chose grave. D’abord parce qu’elle ne nous menace pas vraiment, ensuite et surtout parce qu’elle a naturellement vocation à faire partie de la véritable Europe, pas celle de l’U.E. évidemment. 

    On soulignera enfin, car c’est une donnée politique très importante, que le Brexit ne devrait avoir aucune incidence sur le processus d’alliance militaire enclenchée par l’I.E.I. Les Britanniques quittent l’Union mais se rallient à l’I.E.I. : cela prouve que l’Union européenne, qui se reconnaît bien incapable de promouvoir quoi que ce soit en matière de défense, est tout simplement hors jeu. Redit de façon différente : ce sont bien des Etats, certes membres pour la quasi totalité de l’U.E., qui se rapprochent militairement, en dehors de la technostructure de Bruxelles. 

    Le possible grand retour des Etats et l’affichage des souverainetés nationales : M. Macron aura peut-être été, sans le vouloir, l’initiateur d’un processus fécond pour l’Europe. Affaire à suivre.   

  • Un président ne devrait pas dire ça

     En sommes-nous là ? Impasse comparative ?

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Alors qu’il commence son « itinérance mémorielle » à l’occasion du centenaire de 1918, M. Macron vient de prouver qu’il est décidément fâché avec l’Histoire.

    Il faut quand même une bonne dose de méconnaissance ou de mauvaise foi ou d’esprit partisan, ou des trois,  pour se dire « frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres » (Ouest-France, mercredi 31). M. Macron nomme ainsi les dangers qui menaceraient l’Europe : d’abord « les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique » ; ensuite « celui de se démembrer par la lèpre nationaliste et d'être bousculée par des puissances extérieures. Et donc de perdre sa souveraineté » (sic). Commençons par là : en quoi l’Union européenne (car c’est d’elle, et non de l’Europe qu’il s’agit) est-elle souveraine ? Hormis dans le domaine de la monnaie unique dont les bienfaits et les méfaits sont encore discutables, l’Union ne dispose d’aucun des attributs de la souveraineté réelle : elle n’est même pas capable de tenir ses propres frontières. La souveraineté ne relève de toute façon que des Etats et c’est seulement leur entente directe qui peut permettre de fonder une défense commune, au sens large du terme. 

    Pour le reste, et suivant la formule de Mme Lefebvre (Le Figaro, jeudi 1), il s’agit d’une « impasse comparative » ; nous ajouterons : une manipulation scandaleuse de l’Histoire à des fins politiciennes. Dans les années trente, existaient en effet en Europe deux grandes puissances impérialistes et sur-militarisées, l’Allemagne et l’Union soviétique. Des alliances, des blocs, des pays hostiles que tout poussait vers la guerre : rien de cela, aujourd’hui, aucun pays européen ne menaçant un autre pays européen. S’il existe bien une tendance hostile, c’est la réaction commune et légitime contre ce qui est perçu par tous les peuples d’Europe comme le même ennemi : l’islam. Au lieu d’ânonner que « le nationalisme, le populisme l-annee-1929.jpgc’est la guerre », le chef de l’Etat aurait dû ajouter pour dire la vérité « la guerre à l’islam conquérant » qui nous agresse tous. Curieusement, M. Macron n’y fait pas allusion ; pas plus qu’il ne voit de similitude - lui qui aime pourtant les comparaisons -  entre le rôle du capitalisme financier et spéculatif dans la crise de 1929 et celui de ce même capitalisme financier et spéculatif aujourd’hui. 

    Mais il s’agit pour notre président de revendiquer son appartenance au camp « progressiste » (dénomination qui porte sa propre condamnation quand on voit où la religion du progrès nous a menés) et d’opposer dans un manichéisme historique insensé les camps du bien et du mal. Pire qu’une réduction caricaturale, ses propos constituent une insulte inadmissible pour certains de nos voisins, amis et alliés d’Europe. En laissant croire qu’on peut les comparer aux nazis ou aux bolcheviks, dont on sait tout le mal qu’ils ont pu faire ; en les traitant de lépreux, même s’ils ne sont pas nommés. Nommons-les donc : MM. Orban, Salvini, Kurtz, Morawiecki, etc. et les peuples de Hongrie, d’Italie, d’Autriche, de Pologne, etc.. Pour les avoir anathématisés ainsi, M. Macron mérite l’opprobre : lui, le moraliste hypocrite, vient de mettre ses pas dans les pas des tricheurs de 2005, ce pays légal européiste, politiciens de droite et de gauche confondus, qui refusa de respecter le « non » du peuple au référendum sur la Constitution européenne ; il est, écrit encore fort justement Mme Lefebvre, « l'homme de ce système : la société ouverte, inclusive, du village global, des flux sans contrôle de marchandises et des hommes - catégories bientôt synonymes. » Il est donc l’homme d’un système qui porte l’entière responsabilité de l’enchaînement des causes et conséquences ayant conduit l’Union, et avec elle l’Europe, au bord du précipice : invasion migratoire, assujettissement aux marchés financiers, refus de tout ce qui devrait faire notre fierté d’être l’Europe et impuissance induite d’envisager de nous défendre sérieusement. 

    870x489_maxpeopleworld973046.jpgMais M. Macron a quand même compris quelque chose : l’échec de son parti aux élections européennes du printemps prochain pourrait bien lui causer de très gros soucis. S’il tord le cou à l’Histoire, c’est donc bien pour la mettre de son côté. Cette instrumentalisation ne trompe pourtant personne, sauf certains journalistes particulièrement incultes. Pour se rassurer, M. Macron pourra toujours se dire qu’il a le soutien de M. Hollande, lequel vient de dénoncer (Rennes, jeudi 1) le « moment très grave pour la démocratie » que constitue la « vague » populiste actuelle. « Il ne faut jamais croire que la démocratie peut être irréversible », a-t-il ajouté. M. Hollande a parfois du bon sens.  

  • Massacre à la tronçonneuse

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Rejeton d’une richissime famille d’origine ottomane, très proche dans un passé récent des services secrets séoudiens, des Frères musulmans et même de son compatriote Ben Laden, M. Khashoggi s’était exilé au Etats-Unis pour pouvoir mieux critiquer le régime de Riyad.

    Ce 2 octobre à Istanbul, il s’agissait donc somme toute d’un banal règlement de comptes. Or, l’élimination physique de M. Khashoggi par une équipe de barbouzes séoudiens a pris une dimension médiatique et internationale disproportionnée. Il faut dire que les pieds nickelés venus de Riyad n’ont pas fait preuve de discrétion ; ils auraient même démembré, certains ont dit et écrit « tronçonné », leur victime. Il faut dire surtout que M. Khashoggi était journaliste au Washington Post et que les journalistes, on le sait bien, constituent une corporation redoutable. 

    On a donc assassiné un journaliste et voilà les chefs d’Etat et de gouvernement des pays « occidentaux » sommés de prendre position contre un pouvoir décidément moyenâgeux. En Europe, comme lors de l’invasion migratoire, comme après l’accident de Fukushima, c’est encore l’Allemagne qui a pris les devants, unilatéralement (mais où est l’ « union » tant vantée par les européistes ?), en demandant la cessation de toute vente d’armes à l’Arabie séoudite : les « humanistes » niais feront valoir que Mme Merkel est décidément une bonne fille de pasteur, les économistes conséquents que l’Allemagne est moins bien positionnée sur le créneau des armes que sur d’autres, les analystes politiques que les relations de Berlin sont bien meilleures avec l’Iran qu’avec l’Arabie séoudite. L’initiative allemande agace et embarrasse la France. M. Macron semble vouloir gagner du temps et on peut le comprendre : l’Allemagne vend quatre fois moins d’armes à l’Arabie séoudite que la France et dispose d’un excédent commercial proche de deux cent cinquante milliards d’euros, excédent qui ferait rêver du côté de Bercy et qui, en tout cas, permet bien des choses. Donc, Paris s’est pour l’instant contenté d’un simulacre de boycott du « Davos du désert », M. Le Maire s’abstenant d’y participer.

    M. Trump, quant à lui, n’a pas ces états d’âme. Sans nier aucunement qu’il a bien dû se passer quelque chose de peu recommandable, il réaffirme son alliance avec Riyad, partenaire pétrolier et militaire incontournable pour les Etats-Unis, et exhibe fièrement les fabuleux contrats passés avec son allié séoudien (plusieurs centaines de milliards de dollars, paraît-il). Comment ne pas lui donner raison ? D’ailleurs on voit bien que tous ceux qui, de près ou de loin, ont quelque intérêt dans la région, entendent profiter au mieux de la situation. C’est le cas, à des degrés divers de l’Iran, de la Turquie et même de la Russie. Le discrédit jeté sur Riyad ne peut que profiter d’une façon ou d’une autre à Téhéran l’ennemi juré. Ankara, maître du jeu dans cette affaire Khashoggi, a un cruel besoin d’argent frais et de pétrole, besoin Affaire-Khashoggi-l-Arabie-saoudite-cede-a-la-pression-et-reconnait-le-meurtre-premedite-du-journaliste.jpgque l’Arabie séoudite pourrait aider à satisfaire. Moscou, enfin, qui s’est bien gardé de boycotter le tout récent « Davos du désert » (photo), a au contraire profité de l’occasion pour signer contrats (exemple : grand projet gazier dans l'Arctique russe pour cinq milliards de dollars) mais aussi accords y compris d’ordre culturel (exemple : ouverture d’une annexe du musée de l’Hermitage à Riyad). 

    Rééquilibrer et étendre sa présence dans la région comme le fait la Russie, voilà de la bonne politique. M. Macron devrait y réfléchir, plutôt que d’obéir aux injonctions de Mme Merkel ou de céder à la pression médiatique.   

  • La fureur et la contrition

     
    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    MM. Macron et Mélenchon se seront donc, chacun à sa façon, exprimés la semaine dernière. Mardi, c’est le chef de l’Etat qui, sur le ton de la contrition, rappelle les fondamentaux de sa politique. Mercredi, c’est le chef de la France insoumise qui, de manière violente, s’oppose aux représentants de la force publique venus perquisitionner son appartement puis le siège de son parti. Pain bénit pour les commentateurs patentés qui, dans les deux cas, se seront surtout intéressés à la forme des deux événements. 

    DptgzjGXcAMsP1e.jpgOn s’empresse ainsi de relever, avec une ironie gourmande, l’ambiance et le décor de l’intervention télévisée de M. Macron : un éclairage « crépusculaire », des notes « raturées », un ton « dramatique », etc. Peut-être, mais c’est oublier que toute apparition ou intervention officielles d’un chef de l’Etat a forcément un côté théâtral et fait l’objet d’une sorte de mise en scène plus ou moins réussie. Quand on sort de ce cadre, on risque le dérapage, à preuve ces « selfies » récents de M. Macron avec des personnes peu recommandables. Derrière ce qui n’est que de la « com » aux yeux de certains, derrière les inévitables « éléments de langage » (autant dire langue de bois), M. Macron a quand même tenu des propos politiques sur l’Europe, la République ou l’écologie - des propos qui confirment la poursuite d’un engagement déjà critiqué dans ces colonnes. 

    DppjaJDU4AALACK.jpgOn reproche par ailleurs à M. Mélenchon son emportement, tant verbal (« Je suis un parlementaire. La République, c’est moi ! Ma personne est sacrée… ») que physique (quand il porte la main sur policier et procureur). Mais il avait prévenu son monde. Qui ne se rappelle en effet ce dimanche de novembre 2010 où M. Mélenchon hurlait sur une estrade : « je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas » ? De deux choses l’une : ou il est d’un naturel bouillant ou il joue la comédie ; dans ce second cas, n’est-il qu’un « cabotin » (Mme Delarue, Boulevard Voltaire, 19 octobre), n’est-il pas plutôt un excellent comédien, parfaite illustration du Paradoxe sur le comédien de Diderot ? L’important reste pourtant que, en se référant régulièrement à Robespierre ou à Fidel Castro, en se comportant comme un conventionnel excité ou en soutenant ouvertement le régime de M. Maduro, il fait de la politique. 

    marine-le-pen-jean-luc-melenchon_2386222.jpgS’il est un grand animateur de notre vie publique, parfois même sympathique grâce à une bonne dose de parler vrai, M. Mélenchon ne constitue cependant pas un danger. En revanche, les propos de M. Macron, parce qu’il détient le pouvoir, sont inquiétants : vilipendant « populistes » et « nationalistes », il vient de réaffirmer qu’il ne changerait pas de politique européenne. Or, les élections européennes approchent et un échec des partis européistes, dont celui qui soutient le président de la République française, est aujourd’hui plausible si ce n’est probable. Cet échec, s’il devait advenir - ce que nous souhaitons -, pourrait avoir des conséquences politiques certainement très importantes. Dans cette perspective, on comprend mieux l’acharnement, largement médiatisé, d’une Justice à l’indépendance impossible contre les opposants « eurosceptiques » au pouvoir, Mme Le Pen et maintenant M. Mélenchon étant des cibles prioritaires.   

  • Et pourtant…

     
    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    A Colombey-les-Deux-Eglises, ce jeudi 4 octobre, M. Macron cherchait, paraît-il « à se placer dans les pas du général de Gaulle » (Le Monde).

    Intention louable certes car cela devrait d’abord l’inciter à (re)prendre de la hauteur, évitant ainsi la stérile critique purement politicienne et surtout la condamnation justifiée d’indignes écarts de conduite. En cette période de grande incertitude internationale, M. Macron pourrait donc, nous le lui suggérons, s’inspirer des fondamentaux de la politique étrangère gaullienne. On connaît sa double obsession, multilatéraliste et européiste. Cependant, le multilatéralisme ne se décrète pas et, on le voit avec M. Trump, ce qui compte 5ab4d641e1a44766cfb5fd8cb18a1487-colombey-les-deux-eglises-emmanuel-macron-celebre-les-60-ans-de-la-ve-republique_0.jpgd’abord c’est la puissance. La puissance justement, c’est bien ce qui manque à l’Europe version U.E., que sa nature même et ses « valeurs » vouent à l’impuissance. De Gaulle l’avait bien compris, lui pour qui l’Europe était d’abord une réalité géographique et historique permettant l’association et la coopération d’Etats désireux d’être plus forts ensemble. 

    L’arrivée au pouvoir de M. Trump a, c’est un fait, bousculé la mondialisation enragée qui tenait lieu de credo à la plupart des chefs d’Etat occidentaux et asiatiques. En signifiant clairement que les Etats-Unis ne voulaient plus être floués, M. Trump n’a fait que mettre en oeuvre, sans aucun ménagement, une politique dictée à l’Amérique par son instinct de survie. La menace chinoise, fondée sur une stratégie du long terme, ne fait en effet plus aucun doute pour personne. Menace commerciale et industrielle, mais aussi financière et technologique - et pourquoi pas militaire le moment venu ? Or, le slogan « America first », s’il contredit toutes ces « valeurs » que nous aimons tant à exhiber de ce côté-ci de l’Atlantique, se trouve bel et bien conforté par une réalité très simple, à savoir que les Etats-Unis restent la puissance mondiale dominante : une puissance toujours capable d’imposer sa volonté aux quatre coins de la planète, comme le montre l’exemple des décisions concernant l’Iran. 

    Ce faisant, M. Trump a toutefois ouvert un boulevard à une réelle ambition politique et militaire européenne, soulignant a contrario l’impuissance de l’Union a être autre chose que ce qu’elle a toujours été : une association de comptables et de gestionnaires. M. Macron, sans doute le plus fervent des chefs d’Etat européistes, peut-être par ambition personnelle, doit bien l’admettre : l’Union reste inerte, traumatisée qu’elle est par le Brexit, freinée par une Allemagne vieillissante que contrarie le protectionnisme américain, minée de l’intérieur par la montée d’une légitime colère populaire. 

    CzpmCIaXAAA5Kmo.jpgL’occasion était - et reste - belle de refonder l’Europe, sur ses propres réalités - au premier chef historiques et culturelles - et de proposer comme base nécessaire une véritable configuration politique. Et pourtant M. Macron ne change ni de discours ni de politique européenne, s’en tenant à une variante de celle dite du « cabri ».    

  • Quand la mémoire flanche

    Alger, 1957 ... 
    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Pendant la campagne présidentielle, de passage à Alger, M. Macron avait cru bon de condamner moralement la présence « coloniale » française en Algérie - condamnation évidemment inadmissible notamment au vu du contexte.

    Un peu plus tard, dans une interview au Figaro, il avait rééquilibré son propos : « Nous devons réconcilier des mémoires fracturées : celle des harkis, celle des pieds-noirs, celle des Français d'origine algérienne, celle des binationaux . » Cette fois, il s’agissait de traiter sur un pied d’égalité, en leur accordant à toutes la même légitimité aux yeux de l’Etat, des « mémoires » dont le rapport à la France n’est pas le même : harkis et pieds-noirs ne sont ni des immigrés ni des binationaux ; la mémoire des premiers fait partie de la mémoire française, celle des seconds est une mémoire étrangère et la conception mémorielle égalitariste de M. Macron n’est pas satisfaisante. 

    Or, voici que ce dernier vient de commettre une double faute en reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la disparition à Alger en I957 de Maurice Audin. La première faute est de faire passer pour une innocente victime celui qui, au nom de son engagement communiste, n’aura été qu’un porteur de valises pour le compte du F.L.N., organisation terroriste avant l’heure en guerre contre la France. La dixième division parachutiste commandée par le général Massu n’a fait que son devoir en gagnant la bataille d’Alger, mission dûment confiée par le pouvoir politique. Quand on sait les atrocités commises par les combattants du F.L.N., quand on veut bien comprendre que ces atrocités constituaient un mode de combat, on voit mal comment nos soldats auraient pu répondre efficacement, sauf à utiliser tous les moyens. Celui qu’il faut bien appeler un traître a sans doute été arrêté et interrogé pour obtenir des renseignements visant à éviter des dizaines d’attentats perpétrés contre des civils. M. Macron n’avait donc pas à demander pardon à Mme veuve Audin. 

    La seconde faute aura été le moment choisi, quelques jours seulement avant le 25 septembre, « journée nationale d’hommage au harkis ». Il se trouve que, outre quelques décorations et quelques millions d’euros de mesures en leur faveur (le tout bien mérité, convenons-en), Mme Darrieusecq, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Armées, a annoncé pour décembre « une initiative mémorielle d’envergure […] une reconnaissance pleine et entière » de l’engagement puis du calvaire de ces soldats français en Algérie et en France même. Très bien. Mais comment ne pas penser que M. Macron, encore et  toujours soucieux de « travailler sur l'apaisement des mémoires » semble vouloir ainsi faire l’équilibre entre un Audin complice des terroristes et tortionnaires du F.L.N. et ces soldats français trahis et abandonnés par certains de leurs chefs ?  S’il y a eu faute de l’Etat voire de l’Armée, ce n’est pas pendant la bataille d’Alger, c’est plutôt lors du dénouement tragique de 1962.

    M. Macron se souvient mal et mal à propos. A force de vouloir faire du « en même temps » une sorte de méthode opératoire, il participe à un nivellement mémoriel inacceptable.   

  • Une France orpheline

     
    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    La Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 (publication du ministère des Armées) voit dans « la menace djihadiste » la « menace la plus immédiate et la plus prégnante », la situant ainsi parmi les priorités de défense de la France. Le site France Diplomatie explique que la lutte contre le terrorisme est un des quatre objectifs fixés à l’intervention militaire française en Syrie. Objectif concret, quantifiable même, en rapport avec la sécurité directe de la population et du territoire français. On sait que des résultats ont été obtenus. On peut le penser d’autant plus que M. Hollande lui-même aurait autorisé en 2015 des exécutions ciblées de terroristes présumés en Syrie. Et, si l’on en croit les « indiscrétions » réitérées du partenaire américain, indiscrétions immédiatement reprises par la presse française (dernière en date : cette photo, exhibée par France 24 le 13 septembre, d’un véhicule militaire français dans l’est de la Syrie face à des okok_8.jpgcombattants islamiques, à Deir Ezzor), les forces spéciales françaises sont bien présentes sur les différents théâtres d’opérations. Libre aux naïfs de s’imaginer qu’il s’agit d’aider les amis kurdes de M. Lévy ; nous préférons penser avec M. Lacoste (LFAR, 19 septembre) que les propos de Mme Parly, ministre des Armées de M. Macron (Europe 1, 15 octobre 2017 : « S’il y a des djihadistes qui périssent dans ces combats [pour la libération de Raqqa, alors tenue par les forces de l’Etat islamique], je dirai que c’est tant mieux. ») ces propos sont « courageux » et, ajouterons-nous « prémonitoires ». 

    Objectif spécifique sans doute atteint donc et pourtant la France devrait en toute logique connaître un véritable revers politique et diplomatique. Si l’on considère en effet les trois autres objectifs assignés à l’intervention, on peut dire du quatrième (« poursuite d’une solution politique ») qu’il est d’une niaise évidence et des objectifs deux et trois (« protection des populations civiles » et « lutte contre l’impunité des crimes de guerre ») qu’ils relèvent d’un humanitarisme benoît qui explique le fiasco auquel il faut s’attendre désormais. Dès 2012, et plusieurs fois par la suite, M. Fabius alors ministre des Affaires étrangères avait cru bon d’affirmer que « Bachar ne peut pas être l’avenir de la Syrie ». M. Fabius s’est alors trompé deux fois : la première dans la forme, c’est certain, en traitant un chef d’Etat étranger avec une familiarité ironique totalement déplacée ; la seconde sur le fond, c’est désormais plus que probable, en s’imaginant que la solution serait celle qu’il souhaitait conjointement avec M. Hollande et la quasi-totalité du microcosme politico-médiatique. On sait ce qu’il en est aujourd’hui : la chute d’Idlib, dernière enclave d’importance où se regroupent les factions islamistes, et paraît-il démocratiques, hostiles à l’Etat syrien, est inévitable ; ailleurs, de-ci de-là, notamment dans l’est du pays, subsistent quelques poches tenues par des combattants de l’Etat islamique et promises à une disparition encore plus rapide. 

    BHL-Syrie.jpgBien entendu, ni M. Fabius, ni M. Hollande, aveuglés par leur approche idéologique de la situation, ne pouvaient imaginer que l’affaire pût se terminer par un succès de M. Assad, bien soutenu par ses alliés russe et iranien. Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Macron, malgré une certaine dose de réalisme dans l’approche politique, on n’a pas vu grand-chose. Aujourd’hui, la France est bien le seul Etat participant à la guerre dont on ne voit pas très bien ce qu’il peut encore espérer retirer de celle-ci. On comprend ce que veulent Israël, l’Iran, la Turquie ou la Russie. Même les Etats-Unis, pourtant tiraillés entre le désir de M. Trump de se désengager et celui du Pentagone de rester jusqu’au bout, pourront du fait de leur stature internationale faire entendre leur voix. 

    Bien incapable d’avoir seule les moyens de sa politique étrangère démocratique et humanitariste, Paris va devoir payer le prix fort pour ses errements. On n’imagine pas en effet que la diplomatie française puisse se rétablir au point de peser sur l’après-guerre. Parce qu’elle n’aura ni su ni voulu mener une vraie politique régionale, la France est « orpheline d’une stratégie syrienne », selon l’expression de M. Haski, le successeur de M. Guetta sur les ondes de France Inter (chronique de géopolitique, lundi 17 septembre).   

  • La fabrique de l’islamisme

    La Grande Mosquée de Paris 
     
    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Les médias le présentent comme un proche de M. Macron dont « il aurait l’oreille ». Le titre seul de son rapport de 2016, Un islam français est possiblerelevait déjà de l’utopie et de la provocation. Voici qu’aujourd’hui M. El Karoui, brillant intellectuel à la solide formation universitaire, passé lui aussi par les guichets de la banque Rotschild, récidive avec La fabrique de l’islamisme. Toujours pour le compte du très libéral et très bien-pensant  Institut Montaigne qui le publie sur son site. 

    thumb.jpgOn aurait aimé pouvoir créditer M. El Karoui (photo) d’avoir franchi, d’un rapport à l’autre, le pas lexical qui va d’islam à islamisme et attendre en conséquence de lui certaines vérités. M. El Karoui décrit certes fort bien les modalités de propagation de la lèpre salafiste qui gangrène les si mal nommées « cités » par un maillage très intelligent, lequel allie embrigadement intellectuel par internet et embrigadement physique dans les salles de sport. Les résultats sont épouvantables comme le montrent deux exemples fournis par le quotidien La Provence du 11 septembre : 20 à 25% des musulmans de Marseille seraient salafistes ; vingt-et-un mille personnes seraient inscrites en France au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. Mais la dénonciation du salafisme reste insuffisante si, comme le fait M. El Karoui, on refuse d’aller au bout de la chaîne des responsabilités. Sans doute parce qu’il pense lui aussi que l’immigration, c’est-à-dire cette immigration-là, est « une chance pour la France », il se garde bien d’identifier la responsabilité première : celle-ci incombe à tous les gouvernements (droite et gauche confondues) qui depuis un demi-siècle ont tous voulu et facilité une immigration de masse, essentiellement islamique. se montrant bien incapables d’empêcher l’entrée et l’installation définitive des indésirables et de lutter efficacement contre les agissements délictueux et terroristes d’une minorité de musulmans ; or, ces derniers, toujours plus nombreux et dangereux, n’existent, qu’on le veuille ou pas, qu’à travers leur communauté d’origine. 

    20180910113305115-0.jpgRien d’étonnant, dès lors, si les principales propositions du rapport pèchent par hypocrisie et/ou par angélisme. Ainsi en est-il du renforcement de l’apprentissage de l’arabe dans les écoles, collèges et lycées sous prétexte qu’au cours des dernières années « le nombre d'élèves qui apprennent l'arabe au collège et au lycée a été divisé par deux [mais] multiplié par dix dans les mosquées. » La langue arabe est certes une langue digne à tous égards du plus grand intérêt, une langue que l’on doit pouvoir apprendre au même titre que plusieurs autres. Cependant, en proposer très précisément l’enseignement aux enfants de la communauté musulmane, c’est d’abord - quelle ironie ! - les stigmatiser en les renvoyant à leurs origines ; c’est aussi feindre d’ignorer que l’arabe est avant tout, pour des musulmans qui ne sont pas tous, tant s’en faut, « arabes », la langue du Coran. Il serait légitime, d’offrir aux élèves de France la possibilité d’apprendre une langue étrangère au même titre que d’autres ; avec M. El Karoui, on risque plutôt, vu le contexte et l’esprit de la mesure proposée, de conforter une population d’origine étrangère dans son « étrangèreté », lui permettant de se perpétuer davantage encore en tant que communauté étrangère. Peine perdue, de toute façon, car les parents ont donc déjà choisi l’arabe de la mosquée, c’est-à-dire celui de l’islam-isme. 

    Selon l’A.F.P., la « mesure phare » serait la création d'une Association musulmane pour l'islam de France. Avec pour objectif, selon M. El Karoui, « de créer une organisation neutre, indépendante des pays d'origine, indépendante de ceux qui tiennent aujourd'hui les mosquées  pour prélever une toute petite somme d’argent [dite « taxe halal »] sur chaque acte de consommation et réinvestir cette somme d'argent dans le travail théologique, parce que c'est la mère de toutes les batailles. » M. El Karoui veut ignorer la toute nouvelle Association pour le financement et le soutien du culte musulman, laquelle a pourtant deux avantages décisifs sur son projet : celui d’exister déjà contrairement à la sienne et celui d’avoir été créée par des musulmans et non par le gouvernement français. On n’en finit 000_FP1IK.jpgpas en effet, dans ce pays, de vouloir s’ingérer dans le modus vivendi de la communauté musulmane. Ainsi viennent de s’achever, ce samedi 15, les « assises territoriales de l'islam de France » : messieurs les  préfets de la République étaient invités à « faire émerger des propositions inédites » pour permettre au pouvoir exécutif de donner au plus tôt « à l'islam un cadre et des règles garantissant qu'il s'exercera partout de manière conforme aux lois de la République » (propos de M. Macron devant le Congrès). Comment ne pas être sceptique ? On sait bien que n’ont été un succès ni le Conseil français du culte musulman fondé par M. Sarkozy ni la mission de M. Chevènement à la tête de la Fondation des œuvres de l'islam de France. 

    Pour combattre l’islamisme, on prétend donc réguler l’islam et promouvoir un islam de France. L’islam en tant que religion « totalitaire », les musulmans en tant que communauté de plusieurs millions de personnes, accepteront-ils vraiment, sauf à se renier, de renoncer à « un mode de vie régi par les lois religieuses » (formulation de M. Zemmour), à des façons d’être et de vivre souvent incompatibles moins avec les « valeurs de la République » qu’avec celles d’une culture millénaire qui n’est pas la leur ? En clair : si des musulmans, dispersés ou en communauté(s) réduites et discrètes, peuvent peu ou prou vivre en France, l’idée qu’il puisse exister, globalement, un « islam de France », composante de la nation française, paraît une contradiction dans les termes. Si c’est bien au nom de cet utopique islam que M. El Karoui veut combattre l’islamisme, il y a fort à parier que son rapport restera lettre morte ou donnera naissance à une usine à gaz supplémentaire et que la situation continuera d’empirer.   

  • Le roi danse

    Le 3 juillet, dans une boîte de nuit de Lagos 

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

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    Aujourd’hui à Versailles, M. Macron se propose de « dévoiler le cap de son quinquennat devant députés et sénateurs » (Le Huffpost, 1er juillet).

    M. Ruffin, cocasse député de La France insoumise, a cru bon de déclarer, à propos du congrès de ce 9 juillet, qu’il « ne [voulait] pas aller écouter le Roi Soleil à Versailles » (France 3, 1er juillet). Il eût mieux fait de garder pour lui sa piteuse métaphore. Le pis est qu’il n’a pas été le seul. D’autres ont surenchéri, MM. Corbière et Mélenchon entre autres, jusqu’aux communistes assurant dans un communiqué ne pas vouloir aller « à Versailles adouber le monarque présidentiel ». Leur fait écho, en donnant lui aussi dans la caricature facile, M. Legrand, lequel commence son éditorial politique de vendredi 6 sur France Inter en dénonçant le « petit parfum monarchique » qui flotterait au-dessus de l’Elysée, « le château ». Reprenant les poncifs de la presse à sensation, M. Legrand ne se grandit pas en rabaissant l’institution monarchique à l’aune des caprices et fantaisies du couple Macron. 

    Pourtant n’est pas Louis XIV qui veut, même en dehors du champ politique. M. Macron, qui n’est ni roi ni soleil, est plutôt ridicule que resplendissant quand il s’exhibe. Certes, on ne saurait lui reprocher de ne pas avoir trouvé dans son entourage un Molière ou un Lully. Fallait-il pour autant, lui, chef de l’Etat, s’afficher le soir de la Fête de la musique (21 juin) avec une brochette d’exotiques danseurs « transgenres » et se contorsionner maladroitement quelques jours plus tard (3 juillet) dans une boîte de nuit de Lagos ? Pas très louis-quatorzien, tout de même. Rien d’étonnant, dès lors, que son gouvernement ait, à son image, l’opposition qu’il mérite : pitoyable, si ce n’est scandaleux, le comportement de ces « élus du peuple » qui rabaissent  à leur petit niveau politicien ce qui devrait, pour eux au moins, être un moment de rassemblement républicain (et, faisons bonne mesure, « citoyen »). On aurait presque envie d’en rire. 

    Les choses sont pourtant plus sérieuses qu’il n’y paraît car, au delà des guignols, c’est de la France qu’il s’agit. Si le pays s’est à peu près satisfait des actuelles institutions, il ne faut pas oublier que, dans les partis et factions de la gauche surtout mais aussi du centre et parfois même d’une droite un peu extrême, la Cinquième République a été volontiers vilipendée. « Fascisme », « coup d’Etat permanent », « déni de démocratie », les attaques n’ont pas manqué, avec au fond, comme point commun, le regret d’un parlementarisme débridé - dont l’Histoire nous enseigne les méfaits pour notre pays. M. Legrand, encore lui (France Inter, 4 juillet), ne le cache pas : « La rénovation de la politique viendra […] de la prise de conscience des parlementaires qu’en fait, s’ils le veulent, s’ils le prennent, ils ont du pouvoir. » Allons plus loin : ce qui prête à sourire aujourd’hui, car relevant de la farce avec les histrions de La France insoumise dans les principaux rôles, pourrait tourner au tragique demain pour le pays si les velléités de certains devaient se concrétiser par l’instauration d’une Sixième République.

    M. Macron peut bien danser, il n’est pas Louis XIV - ça se saurait. Ses proches prétendent cependant qu’à défaut de les reconnaître, il tient compte de ses erreurs. On peut donc encore espérer, si ce n’est penser, qu’il répondra mieux, si peu que ce soit, à l’attente manifeste des Français qui aspirent à une restauration et à une incarnation du pouvoir politique, préservant au moins ainsi le pays d’une dangereuse régression institutionnelle. ■ 

  • Le vent tourne-t-il ?

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

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    L’Union européenne peut bien prendre des mesures lors de son « sommet » de Bruxelles des 28 et 29 juin. Elles n’engagent à rien puisque l’accueil des bateaux de migrants dans des centres contrôlés, puis leur répartition et leur délocalisation « se feront sur la base du volontariat ».

    Quant aux « plateformes de débarquement » hors Europe, c’est-à-dire en Afrique du Nord, elles relèvent de la souveraineté des éventuels pays d’accueil, apparemment très réticents, si ce n’est hostiles. L’Union a peut-être sauvé la face mais surtout prouvé une fois de plus sa médiocrité. 

    M. de Villepin peut bien répondre de façon incantatoire à une question sur ce qu’aurait été son attitude dans la récente affaire de l’Aquarius détourné vers Valence (France Inter, 27 juin) : « C'est une occasion unique de respecter à la fois nos valeurs et le droit maritime […]. J'accueille l'Aquarius, et je prends la parole devant les Français pour expliquer ce qui est en jeu derrière l’Aquarius.» M. Legrand, éditorialiste politique militant, approuve au nom de « l’identité historique et philosophique de la France » (France Inter, 28 juin). On l’a compris, l’expression « nos valeurs » ne signifie rien d’autre ici que faire passer l’intérêt des autres avant le nôtre. Quant au droit maritime, rappelons deux choses : il fait certes obligation de secourir un navire mais un navire en danger, ce qui n’était pas le cas de l’Aquarius ; ce secours incombe par ailleurs au pays le plus proche mais, curieusement, l’Aquarius fait toujours en sorte que ce soit l’Italie et non la Tunisie géographiquement bien plus proche des côtes libyennes. La manoeuvre est trop grossière et Mme Le Pen a raison : il faut mettre sous séquestre au plus vite ce navire irresponsable. 

    MM. Toubon et Lévy peuvent bien faire mentir les chiffres de l’Insee et déclarer que le nombre des migrants diminue année après année. C’est ignorer volontairement et que la notion de « solde migratoire » n’est pas, pour l’Insee, en rapport avec la nationalité et qu’il existe toujours un nombre considérable d’entrées illégales et donc non comptabilisées. C’est, de toute façon, refuser d’aller à l’essentiel, à savoir que, depuis bientôt un demi-siècle, la France a été victime de vagues migratoires incessantes, avec la complicité des autorités politiques, économiques, médiatiques et religieuses. Vivent donc en France des millions de personnes, soit dans l’illégalité, soit dans la légalité et même avec des documents d’identité français, en formant une ou plutôt des communautés avant tout soucieuses de rester elles-mêmes c’est-à-dire étrangères à ce que nous sommes. Dès lors, même s’ils ne sont que mille de plus, que cent de plus à arriver, c’est la goutte d’eau… Voilà le ressenti des Français. 

    M. Macron vient quand même de reconnaître que le navire Lifeline  fait « le jeu des passeurs » en échappant volontairement aux garde-côtes libyens pour se diriger en toute illégalité vers l’Europe. Et M. Larcher, président du Sénat, déclare tout haut ce que tout le monde sait mais qu’on se garde bien de dire : « Des Aquarius, il y en aura des dizaines et des dizaines. » Ces propos dénoncent bien un trafic d’êtres humains fondé sur la complicité objective des « humanitaires » et des « passeurs » : ceux-ci pour de l’argent et ceux-là par idéologie visent le même objectif, entretenir le flux migratoire. C’est au fond ce que nous écrivions il y a un an et demi, le 28 novembre 2016 exactement, dans ces colonnes*. Ça commence donc enfin à bouger au sommet de l’Etat. Le vent est peut-être en train de tourner.  ■ 

    * Le mouvement perpétuel

  • « Le peuple souverain s’avance »*

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

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    On le savait adepte du « en même temps », voilà que M. Macron pratique maintenant le ni-ni.

    Alors que l’Union européenne est « fendue en deux blocs sur les migrants » (La Croix, 21 juin) et/ou « s’écharpe sur la question migratoire » (Le Figaro, 22 juin), il vient ainsi de renvoyer dos à dos et le « nationalisme qui renaît » et les « donneurs de leçons ». Mais, s’il tombe sous le sens que ces derniers ne sont que des utopistes dangereux, prêts à accueillir tout le monde et à n’importe quel prix, ce qui n’est tout simplement pas possible, la métaphore insultante utilisée par M. Macron pour jeter l’anathème sur les « populismes » européens ne constitue en aucun cas un argument recevable. Il eût été plus responsable, donc plus politique, donc plus conforme à sa fonction de chef de l’Etat, d’admettre que ce populisme honni est d’abord la conséquence de la violence, migratoire mais pas seulement, faite aux peuples européens.

    M. Macron et Mme Merkel veulent s’en tenir à leur « triptyque » (action dans les pays d'origine, renforcement du contrôle aux frontières européennes et révision du système d'asile européen). Fort bien. Mais, outre qu’on a déjà trop attendu, cela restera toujours insuffisant. S’il n’y a pas débat et consensus au niveau même de l’Union européenne, ce qui est le plus probable malgré les éventuels replâtrages de façade, ladite Union aura vite fait d’atteindre ses limites, celles de l’antiphrase. Le débat souhaitable et les mesures indispensables ne devraient en effet pas porter seulement, comme c’est au fond le cas actuellement, sur la forme (comment gérer l’immigration sauvage ?), mais aussi sur le fond (quel est l’intérêt de l’immigration pour l’Europe et quelle doit en être la nature ?). 

    Comme l’explique M. Védrine (France Inter, 21 juin), le divorce entre les peuples d’Europe et les [prétendues] élites remonte au moins à une trentaine d’années. A titre d’exemple, rappelons qu’en France la quasi-totalité des partis et médias du pays légal se sont coalisés en faveur de l’Union à l’occasion de deux référendums : l’adoption du traité de Maastricht ne l’emporte pourtant que de justesse (51,04% des suffrages exprimés) en septembre 1992 ; treize ans plus tard, 54,67% des votants rejettent le projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe. On connaît la suite et M. Macron aussi, qui ferait donc mieux de ne pas s’ériger à son tour en donneur de leçons dans ce domaine. 

    Les populismes sont plutôt une fièvre salutaire, la manifestation organique d’un désir, parfois inconscient mais toujours irrépressible, de survie. Il faut y voir d’abord la crainte, le refus et la dénonciation du changement radical dont rêvent certaines « élites » qui souhaitent par idéologie une transformation profonde de la nature même de la population de l’Europe. M. Macron se serait donc grandi en faisant preuve de plus de discernement et d’honnêteté intellectuelle.   

     

    *Marie-Joseph Chénier, « Chant du départ » (strophe 1)

  • En force !

    Charlevoix (Quebec) 8 juin 2018. Donald Trump : « La France « est un pays merveilleux, spécial ! Et vous avez un président spécial, je vous le dis ! »

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

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    Faut-il vraiment s’étonner des foucades de M. Trump et de son slogan America first ! ?

    Celui-ci et celles-là ne sont que la façade conjoncturellement spectaculaire des tendances lourdes et profondes des Etats-Unis d’Amérique. A commencer par cette « soif maintenant multiséculaire de richesse et de puissance » (LFAR, « En deux mots », vendredi 8 juin). Ce faisant, M. Trump s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs lointains ou immédiats. On peut même dire que son manque d’empathie pour l’Europe rappelle fortement MM. Bush (« junior ») et Obama. 

    Ainsi n’en finit-il pas de prendre des décisions qui déplaisent aux autres, alliés ou pas : dénonciation des accords de Paris (sur le climat) et de Vienne (sur le nucléaire iranien), ouverture d’une ambassade à Jérusalem, taxation des importations d’acier et d’aluminium, etc. On ne sait pas ce qui agace le plus ses adversaires : qu’il fasse ce qu’il avait dit ou que, l’ayant fait, il affirme qu’il sera « inflexible ». Face à lui, donc, en principe les six autres membres du G7, en réalité surtout MM. Macron et Trudeau. Leur déclaration préalable commune prônant « un multilatéralisme fort, responsable, transparent » leur aura valu une réplique cinglante du président américain sur tweeter, qui pis est pour eux non dépourvue d’un humour presque inquiétant : « Hâte de les voir demain » !

    M. Macron avait quand même tenu à son endroit des propos d’une grande fermeté (De Gaulle lui-même n’aura jamais fait preuve à l’égard des Etats-Unis d’une telle véhémence). Rendant M. Trump seul responsable du désaccord, il prévenait que les « six » ne signeraient pas n’importe quoi car ils constituent un marché « plus grand que le marché américain ». Cet argument est malheureusement plus fallacieux que dirimant, nul ne semblant pour l’instant en mesure de concurrencer des Américains disposant des atouts maîtres qui fondent leur suprématie financière, économique, militaire et, in fine, politique.

    M. Trump, en bon réaliste, ne fait pas mystère de ne considérer que la force supposée de son adversaire. Les Chinois l’ont bien compris : cet autre empire, quasi-monarchique, a d’excellents arguments qu’il ne se prive pas de faire valoir. Et ce n’est pas un hasard si, dans le bras de fer sino-américain, M. Trump vient de lever les sanctions qui frappaient l’équipementier téléphonique chinois ZTE, pourtant accusé de violation de l'embargo sur l'Iran et la Corée du Nord. D’ailleurs, là où leur faiblesse contraint les Européens à subir le diktat de l’embargo américain, en l’occurrence en Iran, les Chinois s’empressent de les remplacer. 

    Estimer, comme l’a fait M. Macron, que la position américaine « permettait de reforger l’Europe » et même de « renforcer l’accord entre les six et de construire une alliance plus large pour éviter que le monde ne soit déstabilisé » risque fort de rester un voeu pieux. On ne peut en tout cas penser sérieusement que le salut de la France passe par une Union européenne en l’état, ni même refondée, c’est-à-dire, dans l’esprit des européistes, confortée et renforcée sur la base des mêmes « valeurs » et principes qui ont présidé à sa fondation. Cette caricature d’Europe, M. Zemmour vient une fois de plus, et avec raison, d’en dénoncer l’« inanité » (RTL, jeudi 7) : tout le monde voit bien qu’elle est « bloquée, divisée, impuissante ». 

    7261f4f_31450-1rd7w9j.xuaz.jpgOn nous avait promis un G7, glacial dans la forme, rugueux sur le fond. Ce fut sans doute le cas si l’on en croit certains témoignages. Arrivé le dernier, M. Trump est reparti le premier, sans attendre la photo : tout un symbole. Il a même retiré sa signature d’un communiqué final qui n’engageait pourtant à rien. Ni les propos bravaches de M. Macron ni la coalition de tout ou partie des six ne semblent avoir produit d’effet. Comme annoncé, M. Trump, offensif et accusateur, est resté intraitable sur l’essentiel : s’ils veulent continuer de dialoguer sur le commerce international, les Européens devront donc finalement accepter de discuter « avec un pistolet sur la tempe » contrairement à ce qu’ils avaient claironné. 

    En fait, aucun droit supranational ne fera jamais plier un Etat fort, sûr de soi et décidé à faire primer son intérêt. M. Macron finira peut-être par comprendre que si l’Union, telle qu’elle est, nous condamne à la faiblesse, une autre Europe est possible, celle de certains Etats, fondée cette fois sur une volonté de puissance dûment assumée.