Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les Lundis de Louis-Joseph Delanglade

  • Une chanson douce

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    « A rêver… » 

    « La nuit tombe sur la rive, les lumières faiblissent déjà. Bateau ivre à la dérive. Gouvernail et rames de bois. Pas grand-chose pour qu’il chavire au beau milieu du détroit. Il n’était pas fait pour dix. Ils sont trente entassés là. A rêver… » 

    474149.jpgEn écrivant les paroles de cette chanson, intitulée « Lampedusa », Mme Belkacem (son patronyme de sujette du roi du Maroc) continue donc d’œuvrer pour ce qu’elle appelle « la bonne cause » (toujours cette moraline chère à la militante et politicienne de gauche qu’elle est restée). Il se trouve qu’à peu près au même moment, un Italien d’origine sénégalaise, M. Sy, a tout fait, mais fort heureusement échoué dans sa tentative, pour immoler par le feu, dans le bus scolaire qu’il conduisait, une cinquantaine de collégiens milanais. Lors de son arrestation, M. Sy a affirmé avoir voulu « faire un geste éclatant pour attirer l’attention sur les conséquences des politiques migratoires ». Ce serait donc, selon le bel oxymore de Mme Delarue une sorte de « terrorisme humanitaire » (Boulevard Voltaire). En tout cas, malgré trente ans en Italie, mariage à la clé, rien n’y a fait et la tripe africaine est restée la même, justifiant en quelque sorte le lapsus intéressant de ceux qui ont parlé d’un « Sénégalais de nationalité italienne ». 

    Sans doute est-ce la (bonne) raison qui a poussé M. Salvini à rappeler qu’il fallait durcir l’acquisition de cette nationalité italienne : « La nationalité italienne est précieuse et pour cela La Ligue a dit non à la nationalité comme cadeau : on peut la donner mais aussi l’enlever. »

    arton3500.jpgLe pis est que, à défaut de ne pouvoir soutenir franchement M. Sy, certaines têtes de la gauche bien-pensante, comme l’ex-ministre de sensibilité communiste Mme Turco (au nom prédestiné), disent maintenant « comprendre [son] geste », allant jusqu’à mettre nommément en cause M. Salvini « qui a quelques torts en cela ». Peut-être ont-ils tout simplement, en tout cas M. Sy et Mme Turco, écouté les paroles de la chanson écrites par Mme Belkacem, devenue de facto inspiratrice de l’apprenti-assassin. 

    Après tout, cela viendrait conforter Mme Belkacem dans sa conception de la chaîne des responsabilités. C’est elle en effet qui, au lendemain du massacre de Christchurch (décidément, encore un nom évocateur), accusait en les nommant et en reproduisant titres et images, tous les organes de la presse française qui avaient utilisé les mots islam ou musulman en rapport avec le terrorisme, le jihadisme ou encore l’immigration. Elle s’est ainsi attiré une réponse en forme de volée de bois vert bien méritée mais surtout parfaitement argumentée - citons notamment Mme Polony (Marianne), MM. J.-Y. Camus et Goldnadel (Le Figaro), M. A. del Valle (Valeurs Actuelles). Nous sommes d’accord sur l’essentiel avec eux, c’est-à-dire pour dénoncer l’indignation sélective de ceux qui, comme l’écrit le dernier nommé, « refusent tout “amalgame” entre la charia islamique et les attentats jihadistes et qui, en revanche, n’hésitent pas à faire l’amalgame entre les attentats anti-musulmans et les partis ou penseurs hostiles à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée ». 

    Elle aurait bonne mine avec sa chanson douce, Mme Belkacem, si l’indigné de Milan était parvenu à ses fins. 

  • Archipel à la dérive

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    « Où allons-nous ? » 

    Quand on se saisit du dernier essai de M. Fourquet, analyste politique reconnu, c’est d’abord le bandeau rouge surajouté par l’éditeur (Seuil) qui frappe : « où allons-nous ? ».

    A cette interrogation inquiétante sur l’avenir de la France semble répondre par avance le sous-titre affirmatif de l’ouvrage : « naissance d’une nation multiple et divisée ».

    9782021406023-200x303-1.jpgQuant au titre, L’archipel français, il évoque de façon métaphorique la réalité d’une France brisée, disloquée, écartelée, que tout le monde connaît. Cartes, tableaux et graphiques à l’appui, sont ainsi rappelées quelques évidences. Celle-ci d’abord, qui ne fait pas forcément plaisir : différents indices (le rapport à la mort, aux animaux, à la sexualité, etc.) montrent la dislocation du « socle judéo-chrétien » et, par voie de conséquence, de la « matrice catho-républicaine » de la France contemporaine. De même, M. Fourquet, en écho au mouvement des Gilets jaunes qui s’en trouve justifié, rappelle la « sécession des élites » :  regroupées dans certains quartiers des grandes métropoles urbaines, elles « ignorent » tout simplement la majorité de la population française dite « périphérique ». Mais, au fond, tout cela on le savait et M. Fourquet lui-même en avait parlé dans d’autres ouvrages ou sur les ondes. L’intérêt du livre est ailleurs. 

    prenom.pngD’abord, M. Fourquet établit que 18% des prénoms donnés en France chaque année sont désormais des prénoms « arabo-musulmans » (au sens large : sont concernés Maghreb, Turquie et Afrique subsaharienne). Or, lui-même cite volontiers MM. Besnard et Desplanques, sociologues : « Un prénom doit permettre de s’identifier à ceux dont on essaie de se rapprocher et de s'éloigner de ceux dont on essaie de se différencier » (Un prénom pour toujours). Se rapprocher ou s’éloigner : 7898682_5d8f1ccc-be68-11e8-bd58-3e3e477d3eac-1_1000x625.jpgvoilà qui donne indirectement raison à M. Zemmour, lequel avait reproché en septembre dernier, avec sa franche brutalité mais aussi tout son talent de polémiste, à Mme Sy, chroniqueuse de télévision franco-sénégalaise, de se prénommer « Hapsatou », prénom fort exotique s’il en est. 

    Ensuite, M. Fourquet contourne l’interdiction des statistiques ethniques. Celles-ci constituent un des tabous du politiquement correct, que M. Lançon définit excellemment comme « une forme de puritanisme renouvelé par les sirènes du progressisme et la colère des minorités » (Le 640_lancon.jpgLambeau). Dans ce contexte, ce 18% a de quoi inquiéter. Il est en effet avéré que, si les courbes démographiques observées depuis l’an 2000 ne s’inversent pas, alors, et mécaniquement par le seul jeu du renouvellement des générations, la proportion des populations d’origine arabo-musulmane sera vite de 20%, puis de 25%, puis de… Certains ont nommé cela « le grand remplacement ». 

    La France serait donc peut-être en passe de devenir au mieux (?) comme le Brésil, ou même les Etats-Unis ; au pis (?) comme le Liban, ou l’ex-Yougoslavie. Retour donc, in fine, à LA question, celle du bandeau rouge : où allons-nous ? Le 12 mars, les journalistes de R.M.C. qui recevaient M. Fourquet lui ont demandé, dans leur inimitable langue médiatique, « comment, dans ces conditions, faire nation ». Comme s’il y avait un mode d’emploi ou une notice pour procéder au montage de ce qui sera une nation. On avait déjà la nation-contrat, on a maintenant la nation-ikea. M. Goldnadel, présent ce jour-là, a quand même relevé la contradiction quasi-insurmontable soulignée dans le sous-titre de l’essai de M. Fourquet (« naissance d’une nation multiple et divisée »). 

    InvasionClandestinsTerriblePhotoExc-448x270.jpgOn pourrait peut-être espérer pouvoir réconcilier les parties de la population qui ont, malgré tout, encore quelques points de référence en commun - ne serait-ce que la langue, le drapeau, le territoire, ou encore les noms propres, la littérature, la gastronomie, etc. Mais comment se concilier avec une trop grande partie de ceux qui sont venus, d’au-delà des mers et bien récemment, avec d’autres références religieuses et/ou socioculturelles, références qu’ils entendent conserver si ce n’est imposer ? Les promoteurs de l’immigration de masse ont eu raison, semble-t-il, de l’homogénéité ethnoculturelle du pays. Tout n’est sans doute pas encore perdu. Ce qui est sûr, c’est que sur la « dislocation des références culturelles communes », sur les ruines de la France, il y aura(it)  on ne sait quoi mais certainement plus la France.  

  • La Chute de la maison Trudeau ?

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    « Certains ont voulu voir en lui l’Obama blanc, d’autres un rempart contre le populisme. » 

    Il est beau, jeune, cultivé, intelligent, pas pauvre à défaut d’être très riche. Certains ont voulu voir en lui l’Obama blanc, d’autres un rempart contre le populisme. Il ne s’agit pas de M. Macron, mais de son cousin d’outre-Atlantique, M. Trudeau, Premier ministre du Canada depuis novembre 2015. Cet héritier d’une famille « franco-anglaise » embourgeoisée est surtout l’héritier politique de son père Pierre Elliott Trudeau qui fut au vingtième siècle chef du Parti libéral, député, ministre et Premier ministre. Peut-être pour dépasser son père, Justin en fait beaucoup, même un peu trop, comme, un certain temps, alterner phrases en français et en anglais dans ses discours - posture linguistique qui prouve simplement sa fatuité. Fatuité : c’est là sans doute le trait principal du personnage, archétype du « politiquement correct », qu’il a décidé de nous jouer. 

    1309d89fa015f37fba614586e498e-1024x577.jpgJustin, donc, arbore comme il se doit la panoplie du parfait gaucho-bobo : il est multiculturaliste, féministe, libertaire, promoteur des minorités, etc. Il cherche toujours à se faire remarquer : grand admirateur de Fidel Castro, il rend à la dépouille de ce dernier un hommage outrancier ; fasciné par l’islam-isme, il se fait le défenseur de l’islamo-terroriste salafiste et « canadien » Omar Khadr. (Photo ci-dessous) Il affiche un amour inépuisable pour les autres. Surtout s’ils sont 150527_7j469_omar-khadr_sn1250.jpgafro-asiatiques (il les gratifiera alors d’un mot dans leur langue, voire de quelques pas d’une danse traditionnelle) ou « membres » de la communauté L.G.B.T.etc. (il arborera dans les Gay Pride des chaussettes ac-en-ciel) ; ou, encore mieux, s’ils sont migrants-immigrés-réfugiés (il accueillera 40 000 Syriens, se déplaçant en personne à l’aéroport pour distribuer des manteaux). Bref, un grand communicant « humaniste » qui sait soigner son image. 

    Cependant, si distiller sa petite moraline à tout le monde est chose relativement facile, faire de la politique, y compris étrangère, sur des bases morales, l’est beaucoup moins. M. Trudeau  est en train de l’apprendre à ses dépens.

    téléchargement.jpgIl y a d’abord cette affaire de vente d’armes à l’Arabie séoudite : le Canada a critiqué la situation des femmes séoudiennes et la guerre menée par Ryad au Yémen, subi en conséquence les foudres et les mesures de rétorsion de Ryad ; mais M. Trudeau se montre plutôt embarrassé et pas vraiment décidé à aller jusqu’au bout c’est-à-dire à renoncer aux quinze milliards de dollars d’un contrat d’armements, sans compter les pénalités. Puis cette autre affaire de construction d’oléoducs, à travers Alberta et Colombie britannique, pour un « pétrole lourd et visqueux » particulièrement polluant et dangereux pour les populations autochtones : celui qui s’est fait le champion nord-américain des accords de Paris sur le climat refuse pour l’instant de renoncer à ladite construction, peut-être pour des raisons stratégiques. Et puis Il y a cette affaire de corruption : l’entourage le plus proche du Premier ministre est fortement soupçonné de collusion avec le géant SNC-Lavalin, groupe d'ingénierie canadien (dont le siège au Québec se confond il est vrai avec la circonscription de M. Trudeau), groupe lui-même accusé sur des bases solides des pires malversations avec la Libye de Kadhafi. 

    7790190826_sophie-gregoire-et-justin-trudeau-a-new-york-le-20-septembre-2017.jpgVoici donc notre gentil Justin en pleine tempête médiatique et politique. Les démissions se succèdent, notamment celles des deux ministres de la Justice et du Budget, Mmes Wilson-Raybould et Philpott, deux dames donc, dont une Amérindienne, et deux démissions pour des raisons « morales » : un comble ! Sa côte est du coup en chute libre : en moins de trois mois, elle est tombée de 44% à 33%. Comme l’écrit, de façon un peu sentencieuse, M. Castonguay, journaliste canadien : « Qui est élu grâce à son image périra par son image » (L’actualité, 7 mars). Certains même pensent que le gouvernement libéral ne survivra pas aux prochaines élections, le 21 octobre. On ne s’en plaindrait pas.  

  • Sont-ils tous irresponsables ?

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    « Sortir de l’euro serait très risqué ; y rester dans les conditions actuelles l’est sans doute tout autant. » 

    Une étude du Centre de Politique Européenne (CEP), un think tank allemand européiste et libéral, vient de confirmer, en le chiffrant, ce que tout le monde sait mais qu’il ne faut pas dire : la monnaie européenne nous a appauvris.

    En effet, la disparition du franc aurait coûté, de 1999 à 2017, 56 000 euros à chaque Français. A comparer avec les deux extrêmes : l’Italie (perte de 73 605 euros par habitant pour avoir abandonné la lire) et l’Allemagne (gain de 23 116 euros pour avoir « renoncé » au mark). Les auteurs de l’étude soulignent volontiers la part de responsabilité de la France elle-même, de ses gouvernants donc qui ont privilégié la dévaluation (jusqu’en 1986) puis favorisé une désindustrialisation massive du pays avant et après le passage à l’euro, l’affaiblissant ainsi au point de le rendre incapable de profiter de la force de la nouvelle monnaie unique. 

    ECH20548039_1.jpgOn peut en effet se demander pourquoi, devant bien en prévoir les exigences, les gouvernements français, qui se sont succédé sous les présidences de MM. Mitterrand à Chirac dans les années 90, ont fait le choix de l’euro. Que ce soit illusion sur notre capacité de résilience ou idéologie européiste, le résultat est le même. On a voulu penser que l’Allemagne, soucieuse de sa réunification, donnait ainsi des gages en sacrifiant son mark sur l’autel de l’union alors qu’en réalité, vu la solidité structurelle de son tissu industriel, elle ne pouvait que profiter de la nouvelle donne - gagnant ainsi sur les deux tableaux. Aujourd’hui, la France est dans le piège : sortir de l’euro serait très risqué ; y rester dans les conditions actuelles l’est sans doute tout autant. 

    mike-poon.jpgCertains penseront que ce sont là les inconséquences fâcheuses d’un temps politique révolu. Qu’on se détrompe. Nous avons un exemple très actuel et très inquiétant pour l’avenir, car cela pourrait aussi nous coûter très cher. En janvier, l’annonce du désengagement de Casil Europe, l’actionnaire chinois (49,99%) de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, lequel actionnaire prétend désormais récupérer 500 millions d’euros (soit un gain d’environ 200 millions par rapport au prix d’achat de 2015), a prouvé que l’opération de privatisation (avalisée en son temps par M. Macron, alors ministre de l’Economie) risque de tourner au fiasco. L’inquiétant est que la leçon n’en soit pas tirée au plus haut niveau de l’Etat puisque M. Macron, nouvelle loi PACTE à l’appui, persiste dans son idéologie libérale de désengagement de l’Etat en privatisant d’autres sites stratégiques comme (et ce n’est qu’un exemple) Aéroports de Paris. L’opération de concession à un groupe privé pour soixante-dix années constituerait non seulement un non-sens économique et financier (pour quelques milliards d’euros, l’entreprise florissante qui rapporte jusqu’à 200 millions par an à l’État profitera à des investisseurs privés qu’il faudra encore dédommager à terme), mais aussi un non-sens sécuritaire (Aéroports de Paris est avec cent millions de passagers par an notre plus importante frontière et on ne peut raisonnablement imaginer que l’opérateur privé, qui ne recherche que le profit, ne privilégiera pas le commercial au détriment de la sécurité). Ce fol entêtement idéologique et libéral se cache derrière une motivation apparente dérisoire (gain immédiat de quelques milliards d’euros pour l’Etat). 

    1280px-MarkRuttePHKBX.jpgQu’on le veuille ou non, l’État reste le seul garant possible des intérêts nationaux, comme vient de le rappeler fort à propos le gouvernement du royaume des Pays-Bas qui a fait ce qu’il fallait pour garder la main sur le stratégique aéroport d’Amsterdam-Schipol. (Photo : Mark Rutte, 1er ministre des Pays-Bas)

    Désengager l’État de certaines missions régaliennes constitue donc plus qu'une faute politique grave, une sorte de trahison ; tout comme, à l’inverse et en son temps, l’engager dans une voie monétaire douteuse et de toute façon exigeante sans s’en donner les moyens.  

  • Allah reconnaîtra les siens

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    Si la nouvelle de sa disparition est avérée, M. Clain pourra, post mortem, remercier les Américains de l’avoir expédié au paradis d’Allah par drone interposé.

    téléchargement.jpgLe personnage avait déjà été condamné en 2009 à cinq ans de prison pour ses activités. Mais, Allah est grand, notre Etat de droit lui a permis de sortir dès 2012, de rejoindre l’Etat islamique et de pouvoir ainsi revendiquer en 2015 les attentats de Paris, dans une vidéo sur fond de chants religieux psalmodiés par son illuminé de frère. En revanche, la mort violente de cet islamo-terroriste patenté est (serait) quand même navrante pour tous ceux qui espéraient son prochain retour en France, un nouveau procès, une nouvelle condamnation-incarcération-libération et, cette fois peut-être, la rédemption à travers une réinsertion-réintégration réussie : on est des humanistes quand même ! 

    7467041.jpgL’élimination pure et simple de M. Clain est pourtant un exemple de ce qu’est la meilleure des solutions. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir quels problèmes pose le sort des huit cents « ressortissants européens » prisonniers de la coalition en Syrie. Que faire de ces huit cents personnes ? La question embarrasse, peu ou prou, tous les pays concernés. Les Belges restent sceptiques. Leur ministre des Affaires étrangères, M. Reynders (photo), estime avec le plus grand sérieux qu’« en attendant une solution, il faut collecter des preuves » : c’est peut-être le début d’une (mauvaise) histoire belge. La France, qui promet la justice et menace de prison tous ceux qui ont rejoint le groupe terroriste, semble plutôt décidée à « rapatrier » les siens, obéissant ainsi à l’injonction de M. Trump. 

    5c6dcd15d8ad5878f0df541f.jpgDu coup, la presse française croit pouvoir souligner l’inconséquence de ce dernier qui, outre des frappes ciblées pleinement assumées, refuse le retour aux Etats-Unis de Mme Muthana (photo), vraie Yéménite mais Américaine suspecte, celle-là même qui, sous le pseudonyme d’Oum Jihad (Allah la bénisse) appelait « à faire couler le sang américain » et se félicitait des attentats de Paris. M. Trump prouve plutôt ainsi que la sécurité de son pays lui importe au premier chef et dénonce en creux l’inconsistance politique de ses détracteurs. Il est d'ailleurs, pragmatisme anglo-saxon oblige, imité par nos voisins britanniques : pour 6uU.1280x720.jpgl’empêcher de revenir de Syrie, Londres veut déchoir de sa nationalité Mme Begum, (photo) d’origine bangladaise, fervente admiratrice des décapitations d’infidèles (Allah soit béni) - « pratique autorisée par l’Islam » argumente-t-elle, ce qui devrait retenir l’attention de nos partisans du droit (qu’Allah les éclaire). Certains prétendent voir une Antigone dans chacune de ces deux jeunes femmes ; il est à souhaiter qu’elles 000795164.jpgsubiront son châtiment et que, pour le bien de la Cité,  Créon aura le dernier mot. Dans les deux cas, malheureusement, des arguties juridiques sont brandis par les tenants de l’Etat de droit, qui obtiendront peut-être gain de cause mais démontreront ainsi que le respect aveugle du « droit » est contraire au sens commun le plus élémentaire. 

    Puisqu’on peut penser raisonnablement que les frappes ciblées ne suffiront pas à résoudre le problème et que le gouvernement français finira par rapatrier combattants, génitrices et progéniture, il faut exiger la plus grande rigueur.

    2016-04-05-marie-christine-arnautu.jpgDans cette perspective, on salue les propos, somme toute modérés, de Mme Arnautu (photo), député(e) RN au Parlement européen de Strasbourg, ce 12 février : « Déchoyons [sic] de leur nationalité les islamistes qui ont une double nationalité et expulsons-les. Quant aux convertis de chez nous qui n’ont qu’une seule nationalité, rétablissons pour eux la peine de mort ou le bagne. Ce sont des traîtres, qu’ils soient jugés et condamnés comme tels ! » Allah est généreux et miséricordieux : il reconnaîtra les siens.  ■

  • Incohérence dangereuse

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    Oubliant les insultes de M. Macron contre la « lèpre » illibérale, nationaliste et populiste, le Quai d’Orsay vient d’accuser l’Italie de « provocations » et d’« ingérences ».

    Le piquant de l’affaire est que M. Macron fait l’objet de la même accusation de la part de M. Maduro. Or, si France et Italie sont tellement proches depuis toujours qu’elles peuvent bien se disputer, le Vénézuéla nous est terre lointaine, en termes géopolitiques et économiques, et cela même si nos Antilles ne sont qu’à quelques centaines de kilomètres de Caracas. Nous faisons donc nôtre l’analyse de M. Aliot, selon laquelle il ne faut pas confondre les régimes et les Etats : on pense ce qu’on veut (et plutôt du mal, en l’occurrence) du régime de M. Maduro mais ce qui se passe au Vénézuéla est « une affaire qui ne nous concerne pas » (BFMTV et RMC, mardi 5 février). 

    5EE89F20-A533-4AF9-9DD7-8AEA7EF51DC3_cx14_cy7_cw86_w1023_r1_s.jpgCependant, eu égard à « la violation des principes de démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme », en accord avec d’autres pays européens et avec la bénédiction de l’U.E., la France de M. Macron a cru intelligent de se prévaloir d’un prétendu droit d’ingérence qualifié d’« humanitaire » et de «  démocratique » pour lancer un ultimatum à M. Maduro. Ultimatum dont le rejet prévisible a souligné l’incohérence de la démarche. En effet, il faut se rappeler que les Européens, dont la France, à qui personne ne demandait rien, avaient d’abord posé aux médiateurs entre MM. Guaido et Maduro en créant un « groupe de contact » (huit pays européens et cinq latino-américains) afin d’aider à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Groupe dont la réunion de jeudi dernier à Montévidéo a accouché des habituels voeux pieux de circonstance. Or, en prenant de front M. Maduro, les Européens, dont la France, se sont de fait ralliés à M. Guaido. 

    Mais pas seulement à lui et notre incohérence fait les affaires de gens plus cohérents. C’est que les difficultés de M. Maduro constituent pour les Etats-Unis une belle occasion de remettre la main sur le Vénézuela : M. Trump évoque même sans ambiguïté la possibilité d’une « intervention militaire ».

    painting-of-officials-creating-monroe-doctrine-by-clyde-o-de-land.jpgLa politique américaine dans la région a, elle, le mérite de la constance : fondée sur une interprétation impériale de la doctrine de Monroe (1823), elle fait de la mer des Caraïbes une chasse gardée en raison de son importance stratégique. Avoir secondé l’hégémonisme américain, quel beau succès en perspective pour la diplomatie française ! Mais ce n’est pas tout et il y a pis encore. Le simple bon sens montre en effet que le précédent vénézuélien pourra servir à toute remise en cause de tout régime, partout dans le monde, donc là où nous avons encore quelque influence et beaucoup d’intérêts (politiques, économiques, militaires et culturels). Ce serait par exemple le cas pour le Congo ex-Léopoldville où la récente élection présidentielle a sans doute manqué de transparence. En attendant le reste, ou presque, de l’Afrique. 

    En se mêlant de ce qui ne la regarde pas vraiment, la France a pris deux risques : celui de favoriser un impérialisme américain forcément hostile dans une région où elle possède encore quelques territoires et celui de se mettre elle-même en grande difficulté dans certaine(s) région(s) où elle est directement impliquée.  ■

  • La justice ou la guerre

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    « Ils vont revenir » (10 juin 2013), « Daesh intra muros » (23 septembre 2014), « Guerre totale » (14 mars 2016) : ces trois titres, extraits de la liste des articles que nous avons consacrés à l’islamo-terrorisme dans ces colonnes, sont déjà une réponse au sujet redevenu brûlant du terrorisme.

    Aujourd’hui, en effet, une échéance se précise puisque Mme Belloubet, ministre de la Justice, vient de confirmer et la prochaine sortie de prison d’une « trentaine » de jihadistes et le « rapatriement » de cent-trente individus prisonniers en Syrie. Les arguments fallacieux de M.  Castaner, ministre de l’Intérieur (« ce sont d’abord des Français avant d’être des jihadistes ») et de M. Le Drian, ministre des Affaires étrangères (« les enfants [feront l’objet d’un] traitement spécial, au cas par cas, en relation avec la Croix-Rouge internationale et sous le contrôle des autorités judiciaires françaises ») peuvent donner bonne conscience à certains mais ne tromperont que ceux qui veulent bien l’être : que ces cent-trente soient français ou pas, enfants ou adultes, ce n’est pas la question. La seule question est : comment se débarrasser de cette engeance ? 

    ee6db5c_12442-1h4gjjm.4fly.jpgLa judiciarisation du terrorisme de guerre revient, dans les faits, à privilégier l’Etat de droit, c’est-à-dire à considérer le pouvoir judiciaire supérieur au pouvoir politique. En l’occurrence, cela nous conduira à quelques aberrations insupportables. On va ainsi juger, condamner et incarcérer quelques dizaines d’individus qui rejoindront les trop nombreux terroristes surpeuplant déjà nos prisons, soutenus par des familles et un entourage communautaire fanatisés, dans l’attente d’une sortie inévitable puisque forcément programmée par notre système judiciaire. Interrogé sur Europe 1, M. Kepel, spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain, décrit ces « revenants » (« les durs des durs […] auréolés de gloire ») ; il reconnaît que leur retour et la succession de procès qui s’ensuivra seront mal acceptés par l’opinion publique ; il affirme d’ailleurs que ni la Justice ni l'administration pénitentiaire n’ont pris la vraie mesure du problème posé ; mais il estime en fin de compte que ce sera la moins mauvaise des solutions. Résignation.

    Tonalité différente sur France Inter, radio militante. Qu’on nous permette une citation un peu longue de M. Legrand, éditorialiste politique : «  Bien sûr, plus personne ne croit en une déradicalisation certaine des individus, bien sûr le jihadisme prolifère en prison… Mais la France se doit d’offrir (avec la rigueur de la loi) un procès équitable, même à ses pires ennemis, une fois qu’ils ne sont plus en état de nuire. Il est une évidence en perte de vitesse, en ces temps d’illibéralisme rampant : on ne défend pas la démocratie avec les armes de la tyrannie… Sinon, les jihadistes, même du fond de leur prison ou de leurs tombes, auront partiellement gagné… » (7/9, 1er février). Notre réponse : la France se doit à elle-même et ne doit rien à ses pires ennemis ; elle n’a pas pour mission de défendre la démocratie et ce n’est qu’une fois mort qu’un jihadiste cesse d’être en état de nuire.

    M. Delahousse, grand reporter à L’Obs, auteur de La chambre des coupables, propose enfin, devant caméras et micros, une approche très « gauche chrétienne » de la question. L’alternative serait simple : « la justice ou la guerre ». La guerre, cela a pu consister dans des « assassinats ciblés », option sans doute efficace mais devenue difficile voire impossible [rappelons ici les dires exactement contraires, et tout à son honneur, de M. Dumont, député LR]. En fait, « il faut militer pour que la justice trouve son chemin », aussi bien pour les « rapatriés » de Syrie que pour les milliers de radicalisés connus vivant sur notre sol. M. Delahousse ne nie certes pas que beaucoup de jihadistes sont des fanatiques irrécupérables et très dangereux. Il ne nie pas non plus que notre Etat de droit fait ce qu’il peut mais qu’il est pris de court : il y a un « trou dans la raquette» dit-il - métaphore inquiétante pour la sécurité nationale. Néanmoins, ce qui le motive, ce sont les quelques « brebis égarées ». Amen. 

    le-ministre-francais-de-l-interieur-gerard-collomb-a-decines-charpieu-pres-de-lyon-le-20-mai-2017_5884351.jpgVous ne voulez pas la guerre ? Vous l’aurez quand même car ceux d’en face la veulent, quelque forme qu’ils lui donneront (ce sont eux qui ont la main). Mieux vaudrait admettre cette évidence et accepter d’utiliser tous les moyens à disposition d’un pays en guerre. A s’y refuser, on court le risque encore plus grand de l’ouverture d’un « front intérieur ». Ce serait non seulement la guerre, mais la pire des guerres. 

  • Aveuglement et entêtement

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    Alors même qu’il n’était pas encore signé par M. Macron et Mme Merkel, le traité d’Aix-la-Chapelle était dénoncé par « le camp souverainiste ».

    Comme d’habitude, les chroniqueurs de France Inter ont été parmi les premiers et les plus zélés défenseurs de M. Macron contre Mme Le Pen et M. Dupont-Aignan, parlant « d’exagérations et de fausses informations » (M. Haski, 21 janvier), voire de « délires » (M. Legrand, 23 janvier). Certes, ces chroniqueurs avaient raison de rappeler que ledit traité ne prévoyait ni la cession de l’Alsace-Lorraine à la Prusse ni le partage du siège de la France au Conseil de sécurité de l’Onu. En affirmant le contraire, Mme Le Pen et M. Dupont-Aignan ont donc donné du grain à moudre à leurs détracteurs et, peut-être, desservi leur cause, à moins que leur calcul politicien de procès en « trahison mondialiste » ne se révèle payant en cette période de campagne pré-électorale. 

    traite-elysee-1963-mae.pngOn peut bien sûr benoîtement penser que M. Macron est allé signer un traité bilatéral visant à renforcer une alliance équilibrée, c’est-à-dire une alliance où chacun des partenaires trouve son compte : ce faisant, il se serait inscrit dans la conception gaullienne de coopération entre nations souveraines, de Gaulle lui-même ayant signé avec Adenauer le fameux « traité de l’Elysée » (22 janvier 1963). Si l’on se donne la peine d’aller au fond des choses, on doit pourtant admettre que le traité d’Aix-la-Chapelle n’est pas si anodin que cela - on le prétendait même « symbolique » à l’Elysée. Derrière les mots se cachent des réalités. 

    Voici donc un traité qui vise explicitement à renforcer la convergence et l’harmonisation des économies française et allemande, d’abord de part et d’autre de la frontière, zone choisie pour l’application stricte de toutes les directives et réglementations édictées par la techno-structure bruxelloise, ce laboratoire géographique constituant le début d’un processus élargi. Ce traité, dans l’esprit de la philosophie transfrontalière qui le sous-tend, vise en fait la diminution et si possible à terme l’effacement des souverainetés nationales, conformément à une logique « impériale », très germanique (rappelée le 21 novembre par Mme Merkel elle-même) mais radicalement étrangère à notre Histoire. 

    l_allemagne-indice-zew-repli-octobre.jpgPosons donc les bonnes questions. Que pèsera, face au mastodonte allemand, une France industriellement exsangue dans une « zone économique franco-allemande dotée de règles communes » ? Comment Paris gardera-t-il la main sur des « eurodistricts » bénéficiant de compétences supranationales ? Est-il raisonnable d’envisager ne serait-ce que des fiançailles avec un pays à la balance commerciale duquel la monnaie commune rapporte bon an mal an près de deux cent cinquante milliards quand elle nous en coûte près de soixante-dix ? 

    Il est douteux que nous obtenions des réponses satisfaisantes. La démarche germanophile de M. Macron, fondée sur un dangereux cocktail d’aveuglement et d’entêtement euro-fédéralistes est plutôt suspecte ; elle justifie en tout cas les critiques dont elle est l’objet, même s’il vaut mieux se garder de toute outrance. ■

  • La voie étroite

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    On se rappelle qu’à la suite de l’échec de la conférence de Rambouillet (6 février - 22 mars 1999), l’Otan avait déclenché une campagne de frappes aériennes pour faire plier la Serbie et lui faire accepter l’inacceptable indépendance du Kosovo.

    Preuve était faite que l’organisation, ayant perdu son essentielle raison d’être depuis la fin de l’Union soviétique, n’était plus qu’une force au service de la politique étrangère américaine. Dix ans après, M. Sarkozy, dit « l’Américain », commettait la faute impardonnable, puisque rien ne le justifiait au regard de notre intérêt national, de nous faire revenir dans le commandement intégré de l’Otan. 

    15581327.jpgAujourd’hui, ironie de l’Histoire, voilà que les Etats-Unis, par la bouche de leur erratique président, semblent remettre en cause leur propre appartenance à l’Otan. Cette organisation, ce sont les Etats-Unis plus vingt-huit autres Etats membres. Les arguments comptables de M. Trump sont parfois contestables mais, finalement, il est exact que ce sont bien les Etats-Unis qui financent l’Otan pour l’essentiel (25% du budget de l’organisation et jusqu’à 70% de ses dépenses d’intervention). Arguant de cet état de fait, M. Trump vient donc d’évoquer la possibilité d’un retrait pur et simple si les autres membres ne se décident pas à payer davantage. Cela aurait pour première conséquence de laisser les Européens en tête-à-tête avec la Russie de M. Poutine : inutile de préciser que cette perspective ne déclenche pas de ce côté-ci de l’Atlantique les habituelles moqueries médiatiques à l’encontre du président américain. Il s’agirait en fait d’un véritable séisme géopolitique résultant de la simple mise à nu de la vérité : il n’existe pas de défense européenne, l’Union ayant toujours été incapable de sortir de sa matrice commerciale et financière. Plus de « parapluie nucléaire » américain donc, sauf pour la France et la Grande-Bretagne. 

    star-wars-1728x800_c (1).jpgIl faut toutefois comprendre que cet éventuel retrait américain, ou pas, de l’Otan est l’option basse et qu’existe aussi une option haute car, avec M. Trump, les choses ne sont pas aussi simples que peuvent le penser les simplistes commentateurs de la presse française. En réalité, en bon manager, M. Trump menace un peu pour peut-être obtenir encore plus : il vient en effet d’annoncer également son intention de relancer la fameuse « guerre des étoiles », cette idée de feu M. Reagan, abandonnée après la chute de l’URSS car jugée chère et inefficace. Ce serait la seule option stratégique propre à protéger efficacement les Etats-Unis et… les alliés qui accepteraient de payer encore davantage que pour la seule appartenance à l’actuelle Otan. Option basse ou option haute, l’alternative pour la France est la même : en passer par les exigences de M. Trump ou envisager une solution plus conforme à l’idée que nous pouvons nous faire de l’indépendance nationale.

    Force-de-dissuasion-nucleaire-quel-est-le-projet-de-Hollande.jpgLa voie est étroite et c’est au pouvoir politique qu’est dévolue la tâche essentielle de conjuguer au mieux alliances et souveraineté. Pour l’instant, l’Allemagne reste l’horizon indépassable de l’Elysée. M. Macron retrouvera ainsi Mme Merkel à Aix-la-Chapelle, demain, 22 janvier, pour la signature conjointe d’un nouveau traité franco-allemand, cinquante-six ans après celui de l’Élysée (on n’a pas beaucoup avancé depuis). Ce énième traité est très critiqué alors qu’on nous le certifie avant tout « symbolique » ; sa seule innovation résiderait dans la création d’un Parlement franco-allemand, un parlement sans pouvoir (tant mieux) mais un parlement de plus (à quoi bon ?). M. Macron devrait au plus vite se  rappeler que, s’il n’est ni Jupiter ni Louis XIV, il reste le chef de l’Etat français et qu’à ce titre il est le chef des armées et le décisionnaire ultime et quasi monarchique en matière de dissuasion nucléaire, ce qui l’ « oblige » en quelque sorte. ■

  • L’arroseur arrosé

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    La faute de M. Macron dans cette affaire est d’avoir pensé qu’il pouvait critiquer voire insulter des hommes politiques étrangers en raison de leurs idées alors même qu’ils exerçaient le pouvoir.

    Ce faisant, il s’en prenait de fait à des pays, à des peuples, à des États. On se rappelle ainsi qu’en juin dernier, dans une vie politique antérieure à l’avenir plutôt serein et prometteur, il avait choisi l’Italie comme tête de Turc, notamment à propos de l’Aquarius, ce navire qui satisfaisait conjointement négriers et bobos humanistes. Déjà, la réaction de Rome l’avait obligé à mettre un bémol. Il y eut par la suite les attaques misérables de M. Moscovici, commissaire européen certes mais Français tout de même et surtout très proche de M. Macron. Attaques traitées à Rome par le mépris qu’elles méritaient. 

    640_000_15j3yz.jpgToutefois, les Italiens ont la dent dure et sont intelligents. A l’image de M. Macron, c’est-à-dire dans un subtil mélange de politique intérieure (on sait la rivalité des deux partis de la coalition au pouvoir) et de politique européenne (faire de l’Italie l’avant-garde du mouvement populaire qui agite toute l’Europe), MM. Di Maio et Salvini, les deux vice-présidents du Conseil des ministres italien, proclament lundi 7 janvier leur soutien au mouvement des Gilets jaunes.

    maxresdefault.jpgDu coup, Mme Schiappa, en réponse à sa propre question à propos de la cagnotte des Gilets jaunes (« Qui finance les violences, qui finance les casseurs ? Il faut savoir si des puissances étrangères financent ces casseurs. » - France Inter, jeudi 10) Mme Schiappa donc nomme explicitement et prioritairement l’Italie. C’est peut-être vrai, cela relève peut-être de ce délire complotiste qui semble s’être emparé du gouvernement (on se rappelle les premiers propos de MM. Castaner et Darmanin, début décembre, sur les « factieux » et la « peste brune » en parallèle aux images de ces Gilets jaunes défilant au cri de « Salvini ! Salvini ! »). C’est à coup sûr une nouvelle version de la faute commise par M. Macron. 

    XVM8153c940-f72e-11e5-b1ee-e22b0efeb22d.jpgQuoi qu’il en soit, l’ambition européenne de celui-ci se retrouve ainsi fortement compromise. Pour « refonder l’Europe » (Sorbonne, septembre 2017), il lui faut, selon sa propre feuille de route, obtenir une victoire éclatante aux élections de mai 2019, de façon à favoriser l’émergence au Parlement européen du groupe central à vocation majoritaire qu’appellent de leurs voeux les Bayrou, Juppé, Raffarin et autres vieux crabes de l’européisme militant. D’où le retour à des listes nationales, mode de scrutin  jugé plus favorables aux « marcheurs » ; d’où l’exacerbation du clivage progressisme-populisme qui avait plutôt bien fonctionné lors de la présidentielle. Mais cela, c’était avant. Avant la succession de problèmes et déconvenues du second semestre de l’année 2018. Désormais, le scrutin de mai, en raison même du mode choisi, risque fort de virer au référendum pour ou contre M. Macron, bien loin donc d’être gagné 1482558-madrid-nombreux-drapeaux-espagnols-ornent.jpgpour le président. Quant aux attaques visant les pelés, les galeux (M. Macron lui-même parlait de « lèpre » - Quimper, juin 2018), elles sont contre-productives : non seulement le populisme continue de monter un peu partout en Europe (dernier exemple : la percée en Andalousie du parti Vox, ouvertement de « droite réactionnaire », percée qui le place dans une position incontournable) mais, désormais, à l’initiative de M. Salvini, les populistes tentent de s’organiser au plan européen dans la perspective du prochain scrutin, faisant ainsi du Macron contre M. Macron, lequel risque de se retrouver dans la fâcheuse situation de l’arroseur arrosé. ■

  • Incertitudes

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    En ce début d’année, rien n’autorise à penser que le pouvoir a pris la bonne mesure du problème posé par l’existence même du mouvement des gilets jaunes.

    Malgré les mesures chiffrées de décembre, malgré l’ouverture de cahiers de doléances, malgré l’annonce d’une grande concertation, le malaise demeure. L’idée d’une crise de régime poursuit sourdement son chemin. 

    jean-michel-aphatie-ne-souhaite-pas-prendre-cette-affaire-serieusement_6141356.jpgCependant, même si le mouvement est susceptible d’avoir des conséquences sur, voire contre, le système, ceux qui pensent pouvoir le récupérer au moins en partie se font sans doute des illusions car il est essentiellement hors système. Les tentatives politiciennes sont grossières (M. Philippot qui dépose l’appellation « gilets jaunes »), ridicules (M. Mélenchon qui croit voir en M. Drouet la réincarnation du terroriste robespierriste de Varennes), ou simplement bien naïves (MM. Jardin ou Lalanne qui sont tentés par l’aventure électorale). Ceux-là n’ont pas compris l’essentiel d’un mouvement dont le surgissement incongru et les manifestations a-politiques sont plutôt le signe d’une réaction salutaire du fameux, mais bien mal en point, « pays réel » et dont le mot d’ordre, pour reprendre la formule de M. Zemmour, serait : « On ne veut pas mourir ! » M. Berger, secrétaire général de la CFDT, ne s’y trompe d’ailleurs pas lorsqu’il déclare sur les ondes de France Inter (6 janvier), que le mouvement est essentiellement « réactionnaire ». 

    e093d72f016017025a97fd18d7dd8cd8-qui-est-stanislas-guerini-le-nouveau-patron-de-la-republique-en-marche.jpgHors système, donc, ce mouvement qui remet en cause le régime de la démocratie dite bien à tort  « représentative », véritable captation de la réalité populaire qui permet à de faux « corps intermédiaires » et autres élites médiatiques et politiques de parler et de penser pour tous les autres sans jamais les consulter vraiment sur les choix civilisationnels et politiques  fondamentaux - ou de ne pas tenir compte de l’avis exprimé, comme ce fut le cas lors du référendum de 2005 (55% de « non » au traité établissant une constitution pour l’Europe), ou même de refuser ouvertement l’idée d’en tenir compte, comme ce M. Guerini (photo), délégué général de La République en marche, qui justifie son hostilité au RIC par le refus de voir les Français décider par exemple de rétablir la peine de mort (BFMTV, 17 décembre). 

    Mais si leur existence est d’abord une remise en cause de cette supercherie, il est cependant évident que les Gilets jaunes ne peuvent apporter au pays la nécessaire re-mise en ordre.  Nous aurons peut-être une crise de régime mais, dans ce cas, l’issue en sera forcément politique et rien ne dit qu’elle soit positive. Aujourd’hui divisées, les « élites républicaines » peuvent se ressouder dans un de ces compromis historiques destinés à permettre la survie du régime, quitte à procéder à un ravalement de façade. Pour l’instant, l’avancée « politique » du mouvement des Gilets jaunes, et elle n’est pas négligeable, est d’avoir fragilisé les certitudes idéologiques du chef de l’Etat, obligé d’admettre explicitement que s’est manifestée une « colère légitime » et peut-être de revenir en conséquence et si peu que ce soit sur son catéchisme euro-libéral.   ■

  • Le vent tourne

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    Les choses commencent à bouger. Au moins dans les paroles, ce qui est déjà un signe. Mme Lagarde : « il faut que les bienfaits de la mondialisation soient partagés par tous et non pas par quelques-uns » (F.M.I., mardi 4) : c’est reconnaître que la mondialisation a produit des méfaits. M. Macron : « Aucun pays n'avance s'il n'entend pas aussi cette part de colère légitime de nos peuples » (Sommet européen, jeudi 13) : c’est reconnaître la légitimité de la poussée populiste en Europe. 

    C’est l’heure du désenchantement pour M. Macron. Surnommé « l’Européen », un peu trop vite, après son élection, en raison de l’engagement explicite de vingt-six de ses propositions de campagne ; porté aux nues pour ses discours dans des lieux hautement symboliques (la colline de la Pnyx face à l’Acropole, le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, le parlement de Strasbourg, le Bundestag) ; récompensé enfin par le prix Charlemagne dans la salle du couronnement de l’Hôtel de ville d’Aix-la- Chapelle… M. Macron a(vait) foi en l’Europe de Bruxelles et l’Europe de Bruxelles a(vait) foi en M. Macron. Mais, confronté à la réalité des choses en France même, en l’occurrence la révolte de Gilets jaunes qui dénoncent une situation, dont on sait qu’elle est en grande partie la conséquence de l’européisme militant auquel il s’était rallié, M. Macron doit en rabattre un peu. 

    Un peu ? C’est selon… Quand l’Italie « populiste » - celle de de MM. Conte, Di Maio et Salvini - présente un budget à 2,4% de déficit, elle s’attire les foudres excommunicatrices de la commission de Bruxelles et le mépris d’un M. Moscovici qui, ministre des Finances de François Hollande (jusqu’en mai 14) avait proposé des budgets en déficit d’environ 4% (et, rappelons-le, une augmentation des impôts de 52 milliards d’euros, dont les 2/3 tiers pour - mieux vaudrait dire « contre » - les ménages des classes moyennes). En revanche, quand la France « progressiste » de M. Macron s’apprête, sauf ultime tour de passe-passe technocratique, à franchir sans vergogne la barre des 3% (on parle de 3,4), cela devient pour le même M. Moscovici « envisageable ». Mansuétude suspecte quelles que soient les contorsions justificatrices. 

    Et preuve évidente que l’idéologie est le fondement même de cette Union aux dogmes pourtant chiffrés. C’est pour ne l’avoir pas compris que M. Macron est en situation d’échec. Le Président français était déjà incapable de convaincre ses partenaires dans sa vision régénératrice d’une Union européenne essoufflée. Il comptait, mais ce fut en vain, sur un soutien allemand. Echec « majeur » donc d’une relation franco-allemande qui devait pallier le départ de la Grande-Bretagne et « redonner du sens à la construction européenne ». En effet, l’Allemagne reste essentiellement soucieuse de préserver ses intérêts commerciaux et financiers. Un seul exemple, précis et d'actualité : son refus de taxer au niveau européen les fameux « GAFA » par crainte de mesures de rétorsion états-uniennes qui pénaliseraient ses propres exportations de véhicules automobiles ; Mme Merkel préfère un très hypothétique « impôt minimum mondial » dont on imagine mal qu’il puisse voir le jour. Du coup, sachant que la Grande-Bretagne envisage une taxe dès 2020, des voix s’élèvent en France qui suggèrent des mesures concertées avec Londres qui, à cette date, ne fera plus partie de l’Union : cherchez l’erreur. 

    A six mois des élections européennes, les autres pays s’interrogent avec inquiétude sur la France. Si Berlin reste sur une prudente réserve, la presse d’outre-Rhin, et c’est significatif, critique violemment « le chaos » français et dénonce une « nouvelle Italie » (Die Welt). Voilà donc notre président fortement décrédité. On ne s’en plaindra pas car cela pourrait lui permettre de se recentrer sur la France, de comprendre que l’Europe mérite mieux que sa caricature européiste de Bruxelles et de renoncer à sa vision manichéenne et moralisatrice de deux camps (progressiste et populiste). Sinon, il risque fort de recevoir un nouveau camouflet lors des élections européennes de mai 2019, comme le laisse entendre un tout récent sondage.  

  • On ne saurait penser à tout

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    On sait bien aujourd’hui que l’arrivée à l’Elysée  de M. Macron ne relève pas du conte de fées mais a bien été voulue, décidée et programmée par la confluence d’intérêts financiers relayés par l’ensemble de médias forcément aux ordres.

    Même si, complexité des choses et des gens oblige, M. Macron a pu faire illusion par certains propos et comportements de début de mandat, on ne peut que constater, pour le condamner, que sa politique actuelle répond aux voeux des élites mondialisées et des oligarques qui l’ont porté au pouvoir,  pour qui la France en tant que telle n’est qu’un pion parmi d’autres. Sa décision d’apposer sa signature au bas du pacte mondial sur les migrations n’en est que le dernier exemple. L’élection en mai 2019 des soixante-dix-neuf députés français au Parlement de Strasbourg constitue à l’évidence une prochaine étape, essentielle, de son engagement en faveur de la (dés)Union européenne. Une rhétorique binaire oppose déjà explicitement mais grossièrement les auto-proclamés « progressistes », dont M. Macron serait le héraut, aux « nationalistes » et autres stigmatisés et vilipendés de tout poil que sont populistes et eurosceptiques.

    une-macron_co_web.jpgLa ficelle est un peu grosse, aussi M. Macron a-t-il besoin pour l’emporter de ratisser large, ce que montre le repas secret à l’Elysée, mardi 20 novembre, auquel assistaient le gratin des européistes (MM. Bayrou, Juppé, Raffarin, Moscovici, etc.) ; ce que prouve aussi son entêtement, jusqu’ à ces derniers jours, à conduire au pas de charge une « transition écologique » au plus près des moindres délires et exigences du clan écolo-européiste. 

    Tarbes-Manifestation-GiletsJaunes-24Novembre-Nov18.jpgMais le rationalisme technocratique des équipes de M. Macron, qui devaient penser avoir tout prévu, s’est heurté à l’inimaginable, à l’impondérable, à l’imprévu : le facteur humain. Et voici nos ploucs de la France profonde (des territoires de l’hexagone diront certains) qui entrent en rébellion. Les premières reculades en forme d’annonces n’ont pas pour l’instant vraiment calmé les esprits. L’honnêteté intellectuelle conduit à dire qu’un mouvement aussi diffus, aussi foisonnant, aussi désidéologisé, un mouvement aussi contradictoire même dans ses revendications peut conduire à tout ou à rien : essoufflement d’une réaction minée par les violences, contre-attaque victorieuse du gouvernement sous prétexte de restaurer l’ordre, récupération politicienne par les boutefeux de M. Mélenchon, crise politique et dissolution de l’Assemblée, etc. Analystes et commentateurs se perdent en conjectures, de la jacquerie à la crise de régime : le vrai est qu’on n’en sait rien. 

    Salvini-Macron-elections-europe.jpgReste quand même que la position de M. Macron sur la scène internationale, européenne surtout, semble pour l’instant plutôt affaiblie. Et pour un moment. Son ambition européenne, fortement liée au succès de ses réformes intérieures, risque de pâtir de ces scènes d’émeute et de ces reculades gouvernementales qui ternissent son image. « Macron n’est plus un problème pour moi, c’est le problème des Français » a ironisé M. Salvini.  Quelle que soit l’issue du mouvement des Gilets jaunes, il faudra du temps pour restaurer les images conjointes du président en France, de la France en Europe. On peut même espérer que soit mise en sourdine son agressivité verbale à l’égard de ceux qui ne confondent pas Europe et Union européenne. M. Macron, pour avoir privilégié le schéma idéologique euro-mondialiste et du coup ignoré la colère populaire contre ce même schéma, serait alors en situation d’échec au niveau européen. Si c’était le cas, on pourrait remercier les Gilets jaunes.  

  • Un pont trop loin

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    L’arraisonnement musclé de trois navires de guerre ukrainiens dans le détroit de Kertch, dimanche 25 novembre, a immédiatement suscité l’ire des médias et politiciens « occidentaux ».

    915bf4d87237d27ecff2449dd013119fbe1dea1c.jpgM. Poutine, forcément dans le mauvais rôle, est accusé d’avoir « annexé » la Crimée en 2014, puis construit un pont de 18 km entre Taman et Kertch, pont qui a pour effet visible de clore la mer d’Azov et de faire de celle-ci une sorte de mer intérieure aux côtes contrôlées aux trois-quarts par la Russie. Remarquons d’abord que personne ne s’émeut des ponts turcs qui enjambent déjà le Bosphore ou de celui qui sera ouvert en 2023 dans les Dardanelles - mais il est vrai que la Turquie est dans l’Otan, du bon côté donc. Rappelons surtout que la Russie n’a pas occupé et annexé unilatéralement un territoire étranger : c’est bien la majorité des Criméens (les deux tiers) et de leurs représentants qui ont initialement fait sécession d’une Ukraine à laquelle un décret soviétique de 1954 avait rattaché leur péninsule, la séparant ainsi arbitrairement de la mère patrie russe. 

    XVM2088b270-f199-11e8-aaaa-72154de5404a.jpgExiste une seconde interprétation, qu’il est difficile, même pour les moins objectifs, de passer sous silence. Il s’agirait en fait d’une énième provocation de Kiev, après de nombreux incidents maritimes. Les autorités ukrainiennes incitant même à dynamiter le fameux « pont de Crimée », on peut comprendre que les garde-côtes russes se soient montrés intraitables : on peut passer mais à certaines conditions, la première étant de ne pas pénétrer sans autorisation dans les eaux territoriales russes. Cette interprétation est d’autant plus plausible que le président ukrainien, M. Porochenko, donné archi-battu à l'élection présidentielle de mars prochain, peut voir dans l’incident l’occasion d’endosser la tenue toujours valorisante de chef militaire. C’est sans doute pourquoi il dramatise la situation, prédisant une « invasion terrestre », voire une « guerre totale » et  faisant en conséquence instaurer la loi martiale pour trente jours dans les zones frontalières.  

    M. Porochenko est un oligarque multi-milliardaire qui bénéficie d’un régime de faveur dans les médias occidentaux. Est avérée dans la gestion des événements successifs qui ont agité l’Ukraine depuis le début du siècle sa proximité avec M. Soros, ce financier apatride et ultra-mondialiste qui ne déteste rien tant que tout ce qui pourrait rappeler notre bonne vieille Europe. Dans les faits, l’Ukraine n’a bien évidemment pas les moyens d’une guerre totale avec la Russie. Excellent prétexte pour en appeler à l’Otan. Après tout, la stratégie de cette organisation, aux ordres des Etats-Unis qui la financent pour l’essentiel, est toujours la même : hostilité à Moscou, alors que l’Union Soviétique n’existe plus. D’où cet étau qui, des pays baltes à la Turquie enserrerait la Russie, n’étaient Biélorussie, Moldavie et Ukraine, lesquelles forment un glacis protecteur. Cet étau est le résultat de l’adhésion à l’Otan de la quasi totalité des pays de l’ex-« Europe de l’Est », et ce en dépit des promesses de MM. Busch (père) et Clinton au bien naïf M. Eltsine. 

    Dans un entretien accordé au quotidien allemand Bild-Zeitung, M. Porochenko demande donc l’intervention de l’Otan en général, de l’Allemagne en particulier, pour faire face à la Russie en mer d’Azov. France et Allemagne ont jusqu’à présent cherché à apaiser les choses, appelant les parties à la modération. M. Trump a lui aussi fait un geste : par solidarité avec l’Ukraine, il a d’abord annoncé qu’il renonçait à discuter avec M. Poutine lors du G20 de Buenos Aires, pour finalement le rencontrer mais « brièvement » (Reuters). Une intervention militaire « occidentale » paraît donc pour l’instant peu probable. De toute façon, M. Le Drian, faute de diriger une politique étrangère cohérente et indépendante, ne pourra que suivre le mouvement, par exemple sur de nouvelles sanctions contre la Russie - même si celles de 2014 ont eu pour effet une baisse d’un tiers des parts de marché françaises en Russie, à comparer avec une petite augmentation des parts de l’Allemagne… 

    guide-kiev.jpgOn sait que le récit national russe fait de Kiev (photo) le berceau historique de la Russie. M. Poutine, d’abord préoccupé par la sécurité de son pays, considère que l’Ukraine ne peut pas être alliée d’une organisation militaire dirigée contre la Russie. Il n’a nullement besoin de jouer les matamores pour être pris au sérieux. Comme le déplore manifestement M. Haski, le chroniqueur de France Inter (géopolitique, 8h17), l’armée russe est « une armée en état de marche »  et la Russie « une puissance majeure qui sait se faire respecter » - ce qui est, convenons-en, plutôt rassurant pour les Russes. L’avenir dira si M. Porochenko a eu tort de penser qu’il pouvait aller trop loin, un pont trop loin en quelque sorte, en envoyant ses navires titiller les garde-côtes russes.   

  • A nos arrière-neveux

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    Vendredi 23, 8h20, l’invité  du « Grand Entretien » de France Inter est M. Bourg, philosophe et professeur à l’Université de Lausanne.

    On apprend très vite qu’il a quitté la fondation de Nicolas Hulot (dont il était vice-président) pour s'engager en politique aux côtés de l'ancienne ministre socialiste de l'Écologie Mme Batho, avec laquelle il va présenter « très probablement » une liste pour les élections européennes en mai prochain. Intello et écolo : cela a le mérite d’être clair et on peut s’attendre au pire. Et ce fut le pire.

    46519025_1790347791075305_8373125128229224448_o.jpgNon pas sur le fond (on peut même trouver pertinente sa proposition d’un I.S.F. vert pour financer la transition écologique) mais dans le ton employé à l’égard de ceux qui, si peu que ce soit, n’entrent pas tout de suite et sans barguigner dans le moule de l’écologie militante - en l’occurrence, au vu de l’actualité, les fameux « gilets jaunes ». Mépris et condescendance pour ceux que le « sachant » qu’il est considère à l’évidence (même si les mots ne sont pas employés) comme des ploucs, des beaufs, des ringards. 

    Toute personne sensée préférera évidemment respirer un air pur et entendre le chant des petits oiseaux mais quand l’écologie devient religieuse, qu’elle constitue, à travers ses grands-prêtres (MM. Cohn-Bendit et Hulot), ses évangélisateurs (ce M. Bourg par exemple), ses sectateurs prétendument sincères (peut-être les plus dangereux, comme Mme Duflot ou M. Goullet de Rugy) ou opportunistes (tous ces politiciens convertis, comme MM. Hamon, Mélenchon, Juppé…Macron), une forme d’obligation morale que l’on entend imposer à tout prix, sans vouloir prendre en compte ses effets collatéraux, elle est insupportable. Cette écologie-là, qui relève du fanatisme, refuse bien entendu de voir dans les principes révolutionnaires  démocratiques la cause des maux qu’elle prétend combattre.  

    N’en déplaise pourtant aux « élites » (terme désormais péjoratif), il existe bel et bien des « Gaulois réfractaires » qui veulent d’abord survivre. Dernier avatar du « pays réel », la « France périphérique » des sociologues contemporains ne veut pas mourir. Elle a plus ou moins compris que le libéralisme économique et culturel, l’immigration de masse, la mondialisation, la mettent en danger de mort. Ces gens-là ont le tort d’être d’ici et de vouloir vivre au pays : péché impardonnable dans le paradis mondialisé, multiculturel et aseptisé qu’on veut nous faire rejoindre à marche forcée. 

    fontaine-03.jpgSauver la planète est le nouveau credo : mais pour quoi, pour qui, sauver la planète, donc accessoirement la France ? Réponse : c’est l’héritage que nous transmettrons à nos enfants. On respirera peut-être mieux mais on peut craindre que ce soit dans une France exsangue : ne pouvant plus accéder à des logements de centres-villes « gentrifiés », ne voulant plus supporter l’impossible cohabitation dans des cités submergées par les vagues migratoires, les « Gaulois » se sont réfugiés dans la périphérie des métropoles urbaines et les petites villes de province, parfois même à la campagne. La guerre fiscale menée par l’Etat les condamne à terme. Plus d’école, plus de gare, plus de commerces… bientôt le désert. Si rien ne change, que vont-ils devenir ? Leur sort ne semble pas intéresser M. Bourg. « Mes arrière-neveux me devront cet ombrage » écrit La Fontaine : l’ombrage y sera peut-être, mais peut-être pas les arrière-neveux.