mardi, 29 juillet 2014

Détour par la littérature, avec Verlaine, pour donner de l'altitude à notre critique du Système

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Un médiocre fait-divers (une Marianne insolite et obscène exposée puis retirée de la mairie de Quimper), un article amusé et sans grand intérêt d'une certaine Jany Leroy, dans Boulevard Voltaire, ont amené le site de l'Action française à rappeler ce sonnet de Verlaine, qui insulte Marianne dans des termes, en effet, fort gaillards, comme seul un poète y est autorisé. Terrible poème, anti-républicain à l'extrême. Le fait-divers médiocre a provoqué une redécouverte littéraire et poétique, voire politique, que nous avons quelque plaisir, avouons-le, à remettre sous les yeux de nos lecteurs. Lecteurs courageux de cet été d'où la poésie est plutôt absente. Nous y reviendrons en reparlant de Baudelaire, lui aussi, peu ami du régime sous lequel nous vivons, et peu ami de la modernité ...  

 

Buste pour mairies

Marianne est très vieille et court sur ses cent ans,
Et comme dans sa fleur ce fut une gaillarde,
Buvant, aimant, moulue aux nuits de corps de garde,
La voici radoteuse, au poil rare, et sans dents.
 
La bonne fille, après ce siècle d’accidents,
A déchu dans l’horreur d’une immonde vieillarde
Qui veut qu’on la reluque et non qu’on la regarde,
Lasse, hélas ! d’hommes, mais prête comme au bon temps.
 
Juvénal y perdrait son latin, Saint-Lazare
Son appareil sans pair et son personnel rare,
A guérir l’hystérique égorgeuse des Rois.
 
Elle a tout, rogne, teigne… et le reste et la gale !
Qu’on la pende pour voir un peu dinguer en croix
Sa vie horizontale et sa mort verticale. 

 

Paul Verlaine, sonnet, Invectives, Buste pour mairies (1881) 

 

Quelques précisions, à propos des publications de lafautearousseau, pour mettre nos pendules à l'heure

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Pour répondre à des questions qui nous ont été plusieurs fois posées, voici quelques informations concernant notre fonctionnement et nos nouveautés :

m  Les lundis de Louis-Joseph Delanglade (politique intérieure et extérieure généralement alternées) sont suspendus pour ces vacances, à compter du 15 juillet, jusqu'au début de septembre. Mais vous pouvez consulter l'ensemble des chroniques déjà parues, en cliquant sur l'icône les lundis de Louis-Joseph Delanglade où elles se trouvent regroupées. (Page d'accueil, colonne de gauche, en partie haute). 

m  Le Journal inédit de l'année 14, de Jacques Bainville, couvrira, à partir du 2 août, chaque jour du mois d'août, à l'exception du 14 et du 27 août. Il s'étendra jusqu'au 31 décembre. A ne pas manquer, bien-sûr ! Donc, à lire à partir du 2 août.  

m  Notre blog annexe lafautearousseau, grands auteurs ou acteurs de l'Histoire, est disponible (nouveau !). Il s'enrichit, chaque semaine, de pensées et réflexions dignes de votre intérêt. N'hésitez pas à le consulter ! (Icône en page d'accueil, colonne de gauche, en partie haute). 

m  Nos pages Vimeo vous offrent une sélection exceptionnelle de 128 vidéos (Documents d'archives, conférences anciennes et récentes, débats, cafés politiques, évènements et activités, etc.). Vous pouvez maintenant y accéder directement en cliquant sur Vimeo. (Icône en page d'accueil, colonne de droite, en partie médiane).  

m  Enfin, que les amateurs de réseaux sociaux, ne manquent pas de participer à la vie très active de notre page Facebook et de notre compte Twitter. L'un et l'autre sont en plein progrès.  

m  Dernier point : Pour nous adresser un courriel, vous pouvez cliquer directement sur notre adresse de messagerie  lafautearousseau@outlook.fr (Page d'accueil, colonne de gauche, en partie haute). 

Bonne lecture à vous tous !

 

Pour garder le contact, notre lettre de diffusion

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Actuellement, notre lettre de diffusion est envoyée tous les deux jours. Elle récapitule les notes parues les deux jours concernés. 

 

Ephéméride du 29 juillet

1656 : La Reine Christine de Suède débarque à Marseille.

 

           http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ca...

 

C'est un personnage tout à fait hors du commun (excentrique, disent certains...) qui entame un voyage en France qui sera, comme toute sa vie, marqué par le surprenant :

 

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Très cultivée, elle avait convaincu Descartes de venir en Suède, et correspondait avec Pascal, Gassendi ou Madeleine de Scudéry.

Pour Louis XIV, il ne fit aucun doute qu'il fallait recevoir magnifiquement cette reine d'un pays nordique protestant : l'importance diplomatique de sa "visite" ne peut se comparer qu'à la traversée de la France par Charles Quint, sous François premier.....

Elle causa un grand scandale lorsque, au cours de son séjour, à Fontainebleau, elle fit assassiner son écuyer et amant, Monaldeschi (1657)...

 

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Christine de Suède et sa cour (partie droite du tableau).
La Reine écoute Descartes faisant une démonstration de géométrie, en présence du Prince de Condé, d'Elisabeth de Bavière (princesse Palatine) et du père Marin Mersenne.

Louis Michel Dumesnil (1680-1746), Musée national du Château de Versailles.

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lundi, 28 juillet 2014

PRINCE JEAN DE FRANCE, duc de Vendôme, "De Poissy à Bouvines : 1214, an de grâces"

2716942376.jpgIl y a huit cents ans, dans la Famille de France, l’an 1214 fut d’abord marqué par une naissance : celle du futur saint Louis, à Poissy. Le père, alors encore Dauphin – il ne deviendra Louis VIII que neuf ans plus tard -, avait 26 ans. C’est pour fêter cet anniversaire, que, le jour même du 25 avril, près de cent de mes amis sont venus au Domaine royal de Dreux pour assister, autour de la princesse Philoména, nos deux enfants et moi, à une messe, recueillie et priante, célébrée dans la chapelle Saint-Louis aux intentions de tous les enfants de France. Le dîner qui suivit, d'inspiration orientale - rappelant tout ce qui a relié saint Louis à l’Orient – fut un moment de rencontre amicale et paisible, ouverte et bienveillante, entre Français de tous horizons venus de Dreux, de Paris ou d'ailleurs. 

Le surlendemain, à Poissy, c'est toute une foule qui remplissait la collégiale autour du Comte de Paris, en présence du maire de la ville, pour assister à la messe concélébrée par l'évêque cle Versailles et le curé de Poissy. Une cérémonie a suivi, mettant à l’honneur la statue de saint Louis érigée devant la collégiale. 

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Commémorant cette naissance historique, la Famille de France ne pouvait cependant oublier le grand-père du nouveau-né, le roi Philippe II, qui, trois mois plus tard, allait remporter la bataille de Bouvines, er mériter le nom que lui a conféré la postérité : Philippe Auguste. Car au moment même où l’on se réjouissait de l’heureux évènement, les ennemis du royaume de France méditaient sa perte : les Anglais dc.Tean sans Terre avaient débarqué à La Rochelle, et les impériaux d’Otton IV constituaient en Flandre une imposante armée. Leur objectif était de se retrouver à Paris. Le roi Philippe envoya son fils le prince Louis, tout jeune père, à la tête d’une armée qui, le 2 juillet 1214, à La Roche-aux-Moines près d’Angers, mit en fuite le roi anglais. Le futur Louis VIII était devenu Louis le Lion. 

Trois semaines plus tard, le roi Philippe, sachant - comme le saura Napoléon - qu'il ne faut pas se battre sur un terrain choisi par l’adversaire, attire Otton IV là où ses forces, supérieures en nombre, perdront de leur efficacité. 

Ce 27 juillet 1214, avant la bataille, au bord dc la rivière Marque, près du pont de Bouvines, le roi donne l‘accolade aux chevaliers de sa maison. Puis il va se recueillir dans une église proche, placée sous l‘invocation de Saint Pierre : « Seigneur je ne suis qu’un homme, mais je suis roi de France ! Vous devez me garder sans manque. Gardez-moi et vous ferez bien car, par moi, vous ne perdrez rien. Or donc, chevauchez, je vous suivrai, et partout après vous j'irai..." Il pense à son fils, Louis, auréolé de sa récente victoire, et appelé à lui succéder aujourd’hui même sous le nom de Louis VIII, si lui, Philippe, venait à périr sur le champ de bataille. Et comment ne penserait-il pas à l’autre Louis, dont la naissance trois mois auparavant avait rempli son cœur de joie : la continuité dynastique était assurée sans que nul ne puisse encore se douter qu'elle serait assurée par un saint.  

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Gentils et méchants manifestants

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Au lendemain de la manifestation de soutien aux Palestiniens du 23 juillet, la presse unanime insistait lourdement sur le fait que cette manifestation s'était (enfin !) déroulée dans le plus grand calme. "On y a même chanté", précisait un journaliste visiblement rassuré. Au demeurant, silence quasi total sur la bande de "jeunes" qui, à l'issue de la manifestation, agressait les forces de l'ordre.

Quelle différence de traitement médiatique avec les "Manifs pour tous" pour lesquelles on avait monté en épingle le moindre incident de parcours entre "l'extrême droite" et la police!

Ainsi, il y aurait de gentils et de méchants manifestants. Mais le comble c'est que pour ceux qui nous donnent à longueur d'année des leçons d'antiracisme et de laïcité, le critère semble tout simplement ethnique et religieux. Il y a ceux à qui il ne faut surtout pas déplaire -ils seront bientôt encore plus nombreux à voter- et ceux contre qui tout est permis.

Et cela avec une bonne dose d'exagération dans les deux sens.

 

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Les mouvements royalistes et mouvements proches, informations

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cliquez sur l'image...

Vous trouverez ici une information détaillée sur les mouvements royalistes, leur presse, leurs sites et blogs, leurs organisations à Paris et en province, leurs manifestations, réunions, conférences, expositions, activités diverses. Principaux mouvements présents : La Restauration nationale, le Centre Royaliste d'Action Française, la Nouvelle Action royaliste, Dextra, le Groupe d'Action Royaliste, le Centre Charles Péguy etc. Mais aussi d'autres activités diverses qui, si elles n'émanent pas de groupes ou mouvements royalistes, vont néanmoins dans le sens de notre action...

Cette rubrique est ouverte aux mouvements royalistes et organisateurs d'activités ! N'hésitez pas à nous adresser vos annonces.   

Ephéméride du 28 Juillet.

1659 : Départ de Louis XIV pour Saint Jean de Luz.

 

L'une des clauses du Traité des Pyrénées, en cours de signature avec l'Espagne, stipule en effet que le Roi de France doit épouser la fille du Roi d'Espagne.

En réalité, les pourparlers et la signature du Traité traînant en longueur, le voyage durera presque un an, le Roi ne rentrant à Paris que le 13 juillet 1660. Il en profitera pour faire un long détour dans les provinces du Sud Est et y consolider son autorité... 

 

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dimanche, 27 juillet 2014

27 juillet 1914, Journal de Jacques Bainville : Jamais la situation n'a été aussi grave...

1914-le-destin-du-monde-de-max-gallo-927903138_ML copie.jpgJamais la situation n'a été aussi grave, parce que jamais on n'était encore arrivé aussi près d'une opposition  complète des deux systèmes d'alliances : Triple-Entente et Triplice, en tant que systèmes d'alliances. Mais par quelle folie aussi avait-on pu s'imaginer qu'une Europe constituée en deux groupes de puissances formidablement armées et rivalisant d'armements offrait à la paix des bases solides ! Il apparaît aujourd'hui, et peut-être bien tard, que l'équilibre européen par la Triple-Entente et par la Triplice n'était qu'un mot, un mot qui cachait la réalité des choses et dont les ministres et les orateurs du gouvernement de la République auront dangereusement abusé.  

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* Journal de Jacques Bainville (1901/1918) - Tome I - Plon 1948

 

Les 800 ans de la bataille de Bouvines, c'est aujourd'hui ! Joyeux anniversaire, la France ! par Georges Garnier-Rousseau, étudiant *

L'on trouve, dans Boulevard Voltaire, - c'est la physionomie de ce site ami - des prises de position diverses, souvent, même, contradictoires; mais surtout de bonnes analyses, de saines réactions. Dont celle que nous publions ici : la bataille de Bouvines vue par Georges Garnier-Rousseau, étudiant. Nous reviendrons sur Bouvines, notamment au travers des contributions du prince Jean de France et de Pierre de Meuse que la Nouvelle Revue universelle vient de publier.    

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Alors que l’on s’apprête à célébrer le centenaire de la grande boucherie qui fit tant de mal à l’Europe, ainsi que la victoire de l’Allemagne sur l’empereur (et je ne parle pas de la Coupe du monde), il me semble que passe un peu à la trappe un souvenir certes plus lointain, mais bien moins douloureux pour les Français qui, ces derniers temps, auraient bien besoin d’une ou deux vraies victoires à commémorer.

Bouvines, 27 juillet 1214 (il y a de cela 800 ans), s’apprête à vivre le moment le plus intense qu’on ait vu dans les Flandres. Une coalition germano-anglo-flamande, au mépris de la trêve voulue le dimanche, marche en direction de l’armée du roi de France Philippe II Auguste. Il est vrai que les coalisés n’en sont plus à une première entorse aux règles. Leur chef, l’empereur germanique Otton, du Saint Empire romain, a été excommunié. Quant à Ferrand de Flandre, il a trahi son suzerain, le roi de France. C’est un ange comparé à Renaud de Dammartin, parjure et traitre multirécidiviste. Honte suprême, leur armée est composée, en plus de la noblesse flamande et germanique, de mercenaires brabançons et saxons. Troupes efficaces mais peu recommandables, voire plus ou moins illégales.

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Violation des conventions de la guerre par les coalisés et excommunication du chef adverse, voilà qui fait de Philippe II le défenseur de la chrétienté et du pape. Par ailleurs, ses troupes comprennent deux ecclésiastiques renommés, dont l’évêque de Beauvais. Celui-ci, ne pouvant faire couler le sang de ses ennemis chrétiens, brisera leurs membres à la massue. Il capturera notamment Guillaume Longue-Épée, frère batard du roi d’Angleterre et chef du contingent anglais.

Les coalisés, en supériorité numérique et dotés d’une puissante infanterie, imagineront un temps pouvoir obtenir la victoire : le centre français est enfoncé, le roi Philippe jeté au sol, puis sauvé de la mort in extremis par ses chevaliers qui, ameutant les soldats autour de leur souverain, déclenchent une contre-offensive alors même qu’Otton, l’empereur excommunié, manque d’être tué et doit fuir à pied, sa monture ayant reçu le coup fatal qui lui était destiné.

Le centre coalisé est en outre fragilisé par l’effondrement de l’aile gauche, qui s’est enfuie à l’annonce de la capture de Ferrand de Flandre qui la dirigeait. Ne reste que l’aile droite qui, d’abord victorieuse aux prémices du combat, se retrouve encerclée du fait de la débâcle de ses alliés. Ses deux chefs, Guillaume Longue-Épée et Renaud de Dammartin, sont pris après de durs combats. La bataille est finie, la victoire est totale. Otton perd sa couronne, Renaud et Ferrand leur liberté, le roi Jean une part de son autorité sur ses barons…

Voilà une bataille aux conséquences énormes, qui assoira la dynastie capétienne comme force dominante en Europe occidentale. Alors si, pour ses 100 ans, la Grande Guerre a droit à documentaires et commémorations, la bataille de Bouvines mérite bien un petit rappel de ses 800 ans. Joyeux anniversaire !

Hollande, roi fainéant, président potiche : Valeurs actuelles ne l'a pas raté ! Sourire de ce dimanche...

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Image de couverture du dernier numéro de Valeurs Actuelles

 

Ephéméride du 27 Juillet.

1214 : Victoire de Bouvines.

 

Ce triomphe est, de fait, la première manifestation publique de la réalité de la Nation Française.

 

En un peu plus de deux cents ans, en partant de presque rien, les Rois Capétiens ont créé un État fort, qui leur a permis, en retour, de commencer à créer réellement et durablement la France. Quoique très incomplète, elle existe déjà: à l'intérieur, comme conscience nationale librement voulue et vécue; à l'extérieur, comme le premier royaume de l'Occident.

 

C'est en quelque sorte la valeur de l'oeuvre des capétiens prouvée par l'Histoire...

 

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L'église de Bouvines, dont les vitraux racontent la bataille.
 

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samedi, 26 juillet 2014

Réédition de La Politique de Pierre Boutang, l'analyse d'Axel Tisserand : le nationalisme comme éthique

9782912833341.jpgEn rééditant La Politique, de Pierre Boutang, les éditions Les Provinciales ont rendu un service inappréciable à l’intelligence française en ces temps troublés où le souci politique même de l’homme — tel est le sous-titre de l’ouvrage — est remis en cause, notamment par ce monstre froid, l’Europe, qui veut, conformément au souhait saint-simonien, remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses.  

Or ce remplacement, en niant la dimension fondamentale du citoyen, fait de l’homme même une chose — un risque que prennent naturellement nos belles démocraties au nom d’un humanisme et d’un universalisme dont l’instrumentalisation trahit l’objectif affiché. Comme le remarquait déjà le jeune Boutang — le livre est paru en 1948 —, «  l’humanisme éternel, auquel se réfèrent les plus honnêtes des “moralistes” comme Albert Camus, n’a d’autre tort que de rejeter la politique, au lieu de l’assumer et de la transformer. » Aujourd’hui nos moralistes ne sont plus honnêtes : leur cynisme technocratique leur sert d’éthique.

Car ce livre se veut avant tout une réflexion sur la nature politique de l’homme, que le philosophe découvre dans la figure du père, une figure que la révolution attaquera dans celle du Roi, avant que notre époque contemporaine, brouillant les repères fondamentaux de la famille elle-même, ne l’attaque plus radicalement encore en s’en prenant à l’enfant lui-même, légalement devenu objet d’un désir indéfini, voire monstrueux, en même temps que le citoyen se voit dépouillé de toute réalité. « [L’autorité], où l’enfant la découvrirait-il sinon dans son père [...] A l’origine, l’idée du père (et elle seule) donne son sens et sa valeur vivante aux interdictions [...] La réflexion politique ne pouvait alors me trouver désarmé. [...] Qu’y avait-il dans l’enseignement officiel d’une démocratie, dont la fonction première eût dû être de former des citoyens, qui permît vraiment de choisir ? Mais la politique ne pouvait justement être pour moi affaire d’opinion ni de préférence. Une idée était venue mesurer toutes les autres. La métaphysique même, où je m’élançais joyeusement à l’entrée de la classe de philosophie, ne pouvait déterminer la politique : c’est, au contraire, la politique, pour autant qu’elle prolongeait ma réflexion sur le rapport au père, sur cette situation idéale et non-choisie, qui avait mesuré, limité, la métaphysique naturelle [...] Le nationalisme, dont je trouvais les lignes claires, dessinées dans l’œuvre de Charles Maurras, ne m’était pas une doctrine à laquelle je dusse adhérer de volonté : il était une éthique, une manière d’agir exprimant mon rapport à une communauté de naissance que je n’avais pas choisie, pas plus que je n’avais choisi mon père. »

C’est sur cette figure, trois fois fondatrice — comme Créateur, père et Roi —, que dès lors Boutang fait reposer le paradoxe constitutif du souci politique de l’homme, qui « se trouve à la jonction de l’universalité et de la singularité empirique : l’homme naît dans une communauté qu’il n’a pas choisie. Cet événement contingent et relatif constitue pour lui un engagement nécessaire et absolu, [...] un absolu que consacre l’Eglise lorsqu’elle commande de rendre à César ce qui est à César. »

Ecrit en un temps où se disputaient deux matérialismes dont Boutang récusait la fausse querelle — le marxisme et le libéralisme : le second est encore vivace ! —, ce livre majeur, comme le note Michaël Bar-Zvi dans sa postface, « nous raconte, comme dans un récit, ce que peut et doit être la politique dans la vie d’un homme, de sa naissance à sa mort ». Oui, plus encore qu’un traité, ce livre est un récit, qui fait sa part à la légitimité de l’être politique de l’homme non pas comme identité close, qu’il est toujours possible de travestir — c’est le mensonge démocratique au semble-citoyen des Etats modernes — mais comme totalité vivante et paradoxale, engagée dans l’histoire, une histoire où chacun doit faire son salut sans que celui-ci s’y réduise (c’est le mensonge du marxisme : quant au libéralisme, c’est l’idée même de salut qu’il récuse). Car c’est par l’histoire que «  l’homme n’est pas “jeté dans le monde” mais qu’il s’y reconnaît, y retrouve son sens par le soin qu’il accorde aux jardins, aux saisons et aux cités mortelles. »

Ou quand la politique devient souci existentiel.

Axel Tisserand

L’AF 2890

Pierre Boutang, La Politique, la politique considérée comme souci, avec une postface de Michaël Bar-Zvi, Les Provinciales, 2014, 160 pages, 15 euros. En vente à LA LIBRAIRIE DE FLORE

 

A parir de demain, nous allons suivre, presque au jour le jour, le déroulement de la première année de la Grande Guerre, avec Jacques BAINVILLE

1914-le-destin-du-monde-de-max-gallo-927903138_ML copie.jpgUne exclusivité de lafautearousseau ? Oui, à partir de demain, 27 juillet et jusqu'au 31 décembre 2014. Nous suivrons, presque jour par jour, le terrible déroulement de l'année 14 à travers le Journal inédit (1914) de Jacques Bainville. Bainville, à la fois témoin et analyste exceptionnel du grand conflit qui, pendant près de cinq longues années, allait ensanglanter l'Europe. Son évocation nous effraie aujourd'hui encore, à la fois par ce qu'il fut, en soi-même - une horrible guerre civile européenne - et par les conséquences qu'il eut sur la suite de notre histoire; conséquences qui s'étendent jusqu'à nous : l'affaiblissement durable de l'Europe, les voies qu'il a ouvertes au développement et à la puissance d'autres Etats et continents, devenus, aujourd'hui largement plus puissants que nous, Français, et nous, Européens. Le Journal inédit (1914) a été publié chez Plon, en 1953, dix-sept ans après la mort de Bainville et après, dans l'intervalle, la seconde guerre mondiale ! Ce ne fut pas une édition à grand tirage. En donnant à lire ce journal à nos lecteurs, au long de cette année de commémoration, nous avons donc conscience de faire œuvre utile. Sans-doute, parfois, on lirait aujourd'hui, les évènements objets de ce journal, autrement que ne le fit Jacques Bainville, écrivant dans les feux d'une guerre franco-allemande sans merci. Après un siècle, nous avons tendance à y réagir avec nos yeux d'aujourd'hui. Il n'empêche : lire Bainville, presqu'au jour le jour, du 27 juillet jusqu'à fin décembre 1914, sera un précieux moyen de compréhension et de réflexion sur la Grande Guerre. Ajoutons, pour être précis, que dix des textes que nous publierons seront extraits du Journal de Jacques Bainville, tome I (1901-1918), Plon, 1948. Ils seront signalés comme tels.

 

Parution du numéro d'avril-mai-juin de La nouvelle revue universelle

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Nous reviendrons sur cette nouvelle livraison de la Revue universelle où nous avons lu, en tout premier lieu, une contribution du prince Jean de France, De Poissy à Bouvines, 1214, an de grâces, à quoi succède immédiatement un extraordinaire récit de Pierre de Meuse, Bouvines, 27 juillet 1214. Autres contributions : lire le sommaire ci-dessus. 

Abonnements : La nouvelle revue universelle, 7 rue Constance, 75018 PARIS - 4 numéros par an - Tarif : m Normal, 1 an, 70 €  m Soutien, 1 an 100 €  m Normal, 2 ans, 130 € m Réduit, 1 an (étudiants, chômeurs) 40 €.