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Actualité France

  • Vacances marseillaises

     

    En deux mots.jpgOn peut dire de Marseille, sans exagération, qu'elle est une capitale en même temps de l'enracinement et de la diversité. Peut-être est-ce là la raison du choix du couple Macron.

    Ce double caractère de la Cité Phocéenne n'est pas nouveau. Il parcourt les siècles et même - au minimum - deux millénaires.

    Maurras, parmi d'autres, comme Pagnol, a écrit de fort belles pages sur Marseille. On en trouvera trace dans ses Œuvres Capitales  (« Marseille en Provence* »). Nos lecteurs, s'ils ne les connaissent pas, pourront s'y reporter, et ce serait tout bénéfice pour les Macron que de les lire. 

    Du côté des racines, Maurras, quant à lui, les affirme montagnardes : « Peu ou prou, nous sommes tous Gavots ». Selon lui, « la montagne est mère des hommes » et les plus anciennes familles marseillaises, il est vrai, en sont issues. D'où le solide fond de traditions populaires qui perdure à Marseille. Malgré tout, car, ouverte sur la mer et le monde, Marseille, avec ses navigateurs, ses marins et ses commerçants, partis au loin, avec ses arrivants de tous les coins du monde, a toujours été ouverte à la diversité. Elle en est aujourd'hui envahie - ce qui est bien différent - au point d'être devenue méconnaissable pour ses plus anciens habitants.

    On a surabondamment rappelé dans les milieux d'Action française, le jugement de Madame de Sévigné sur Marseille, parce que Bainville aimait à le citer, à le dire et redire à ses amis et admirateurs marseillais : « L’air, en gros, y est un peu scélérat ». A cet égard, il est patent que les choses n'ont guère changé, démentant ceux qui ne croient pas, en Histoire, aux permanences. 

    collage-macron-la-buzine-exclusif.jpgEmmanuel et Brigitte Macron, aux premières heures de leur séjour, se sont rendus au château de la Buzine. C'est le Château de ma mère, dont Marcel Pagnol a parlé en termes si délicats, souvent émouvants, toujours très vivants, en homme de théâtre et de cinéma qu'il fut toujours**. Et Pagnol, c'est, par excellence, un écrivain, un mémorialiste, un dramaturge, un cinéaste, et même, tel Virgile dont il a traduit, en vers, les Bucoliques, un poète des racines et des traditions populaires. Celles d'un peuple provençal, marseillais souvent, qui, aujourd'hui, n'existe plus. C'est miracle qu'il en subsiste encore nombre de traces, dans le magma diversitaire de la nouvelle démographie marseillaise et au-delà.

    Mais aucune société humaine ne subsiste longtemps sans enracinement, sans conscience de son identité, sans le sentiment de former une communauté, de vivre un même destin, de participer d'une identique appartenance. L'idéologie dite diversitaire, multiculturaliste, multiethnique, se casse les dents sur ce besoin profond, anthropologique, ontologique. Simone Weil a écrit que ce besoin est, pour l'homme, le premier et le plus important de tous. 

    Ainsi les sociétés qui ont perdu leurs racines propres, leurs traditions anciennes, ont tôt fait d'en reconstituer ou de s'en laisser imposer de nouvelles, comme c'est le cas de Marseille, qui s'islamise, se recommunautarise à vitesse grand V.

    Le Marseille que visitent les Macron, n'est plus celui de Pagnol que pour une fraction de ses habitants. Le château de la Buzine est un musée, le bar de la Marine est toujours là, vivant, comme d'autres institutions du même type, comme nombre de traditions, mais un autre Marseille lui fait face, fait ses courses au Marché Soleil, ou habite dans ces Cités impénétrables, presque intégralement islamisées, à la fois radicalisées et mafieuses, qui sont un mixte d'Islam radicalisé et de trafic de drogue - leur économie non pas du tout secrète, mais souterraine.

    Si Emmanuel Macron s'imagine que ces deux mondes pourront coexister toujours, ou même longtemps, nous pas,

    Nous n'ignorons pas que, si dans la communauté issue de l'immigration, de nombreux musulmans, qui y sont largement majoritaires, se sont, pour le meilleur et pour le pire, plus ou moins intégrés à ce qu'il nous reste de mœurs et de traditions indigènes, ils ne sont pas les plus voyants, ni les plus actifs, ni les plus décidés. A Marseille comme ailleurs, on a fait la fête les soirs d'attentats, dans certains quartiers ...

    De l'autre côté, celui des Marseillais de souche - plus ou moins lointaine - la colère gronde, s'amplifie ...

    Telle est - à trop grands traits - la situation de la métropole marseillaise où le Chef de l'Etat et son épouse auront passé leurs premières vacances présidentielles. Qui sait, s'il y en a, de quoi seront faites les prochaines ?

    Ces simples aperçus montrent tout de même les limites de la pensée complexe selon Macron. Les limites du désormais fameux en même temps

    Toutes les conciliations ne sont pas possibles ni souhaitables. Arrive l’heure des affrontements, des choix, que les lourdes nécessités, les situations tragiques, finissent par imposer à qui n'a pas voulu ou n'a pas eu le courage de les décider à temps par la réflexion et l'expérience. •

    Marseille en Provence, Suite provençale, Œuvres capitales, tome IV, Flammarion, 1954 

    ** Souvenirs d'enfance : La Gloire de mon père (1957) - Le Château de ma mère (1958) - Le Temps des secrets (1960) - Monte-Carlo, Pastorelly

  • Macron-Défense : l’affaire Villiers n’est pas qu’une question de chiffres

     

    Par Roland Hureaux

    Au delà des chiffres et des budgets, Roland Hureaux se livre ici [Causeur - 16.08] à une fine et exacte analyse du rapport personnel de l'actuel président de la République avec nos Armées. Rappelons que Roland Hureaux fut l'un des participants au colloque d'Action française du 7 mai 2016, à Paris, « Je suis royaliste, pourquoi pas vous ? »    LFAR

     

    1871659358.jpgPour beaucoup, le différend qui a opposé le président Macron au général Pierre De Villiers, chef d’état-major des armées, pourrait être ramené à une question de chiffres, ce qui serait après tout normal s’agissant d’un président issu de I’Inspection des finances. Mais une telle approche serait bien réductrice.

    Question de chiffres : Macron avait promis dans son programme électoral de remonter le budget de la Défense à 2 % du PIB. Une promesse qu’avaient d’ailleurs faite aussi Marine le Pen et François Fillon. Comment Emmanuel Macron, adepte inconditionnel de l’OTAN, aurait-il pu proposer autre chose que le minimum que cette organisation a fixé et qui a été rappelé récemment par le président Trump. Mais 2%, c’est beaucoup, environ 44 milliards ; à un budget actuel de 32 milliards, il faudrait donc en ajouter 12.

    Autre chiffre, le déficit autorisé par l’Union européenne : 3 % du même PIB, soit 66 milliards qui sont déjà une tolérance, assortie de la promesse française de le ramener à zéro, jamais respectée par le gouvernement Hollande (dont Macron était le ministre des Finances). Ce n’est pas en effet en accumulant des déficits (et donc avec un supplément d’endettement de 3 % l’an) que l’on réduira une dette qui atteint aujourd’hui les 100 % du PIB. Il reste qu’Emmanuel Macron, qui a voulu entrer en fanfare sur la scène européenne, et pour qui les consignes de Bruxelles, comme les souhaits de Berlin,  sont la Loi et les prophètes, veut à tout prix, pour assurer sa crédibilité, redescendre à ce niveau. Il lui manque pour cela 8 milliards. L’habitude de Bercy dans ce cas-là est de ponctionner les ministères régaliens, à commencer par la Défense à qui, au lieu d’accorder 12 milliards, on demande 850 millions tout en gelant 2,7 milliards.

    Cette logique n’explique pas seule que le mécontentement des armées justement exprimé par leur chef d’état-major en commission de la Défense soit devenu une affaire d’Etat.

    Au-delà des chiffres, le choc des cultures

    On est surpris du degré de mépris dont le président Macron fait l’objet sur la toile dans de nombreux  textes, anonymes ou pas, issus de la communauté militaire. Nicolas Sarkozy et François Hollande, que les militaires n’aimaient pas beaucoup, n’ont jamais essuyé pareille hostilité. Et surtout pas moins de trois mois après leur prise de fonction.

    On peut faire la part des maladresses du nouveau président, de son absence de sensibilité militaire : même s’il fanfaronne ici ou là au milieu des troupes, il est le premier président à n’avoir pas fait de service militaire. La génération X-Y !

    Il faut cependant aller plus profond. La personnalité d’Emmanuel Macron rebute bien des gens, surtout dans les armées. Il porte avec lui un air de légèreté qui n’est pas vraiment le genre de la maison. Depuis la République romaine et sans doute avant, le chef militaire, confronté chaque jour à la mort, réalité ultime, est un homme grave. C’est cette gravitas, signe d’une maturité accomplie, que les militaires attendent du chef de l’Etat qui est aussi le chef des armées. Le moins qu’on puisse dire est que le nouveau président a, en la matière, des progrès à faire. Beaucoup, dans le grand public, ont été par exemple choqués par sa visite à Oradour-sur-Glane où il multipliait de tous côtés les poignées de main à la Chirac semblant confondre ce lieu de mémoire tragique avec un comice agricole.

    Sans doute sa vie privée n’appartient-elle qu’à lui. Mais pour exercer l’autorité, il faut donner le sentiment d’une personnalité accomplie. Or Jacques Lacan nous l’a enseigné, c’est la résolution du complexe d’Œdipe qui ouvre douloureusement le sujet au monde réel. Nous ne dirons pas qu’Emmanuel Macron ne l’a pas résolu. Mais en politique, seules les apparences comptent.

    Militaires contre idéologues

    Il y a plus : sur presque tous les sujets, Emmanuel Macron a fait campagne sur les marqueurs idéologiques qui, depuis 15 ans, définissent ce qui est politiquement correct :  Europe, libre-échange, dépassement de la nation (la France étant accusée par lui de « crime »), mépris des considérations   culturelles et ethniques par l’ouverture à l’immigration, antiracisme, non-discrimination, hyper-écologie, théorie du genre, vaccins à tout va, etc. Sur aucun sujet Macron n’a pris la moindre distance par rapport à la doxa dominante. Il s’est bien gardé aussi de désavouer celles qui ravagent des secteurs comme l’Education nationale (méthode globale) ou la justice (culture de l’excuse). Non pas parce que cela plaisait à ses électeurs, bien au contraire. Mais parce que cela plaisait à ces prescripteurs essentiels que sont les gens de médias, largement inféodés à l’idéologie.

    Presque tous les ministères ont aujourd’hui la leur, qui suscite généralement l’ire de populations pas toujours conscientes de ce qui leur arrive: l’Intérieur veut à toutes forces supprimer 30 000 petites communes, l’équipement veut interdire toute construction hors des périmètres déjà construits, quelles que soient les traditions locales, la Santé veut fonctionnariser la médecine libérale etc. Le ministère de la Défense n’est pas entièrement exempt de telles idéologies (qui ne sont généralement pas beaucoup plus que des idées simplistes jamais remises en cause), mais seulement en manière d’organisation, où les civils ont leur mot à dire : ainsi les bases de défense, répondant à la culture du regroupement, ont mis plus de désordre qu’elles n’ont fait d’économies. Mais dans l’ensemble le ministère de la Défense demeure relativement préservé de l’idéologie. La raison : les engagements opérationnels multiples dans lesquels nos armées sont impliquées permettent un retour d’expérience constant, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des administrations civiles. « Quand le canon tonne, les cons se taisent », dit un vieux dicton militaire. Les idéologues aussi, l’idéologie ayant pour caractère de faire perdre le sens du réel, éminemment nécessaire au combat.

    Il semble que l’idéologie et le déficit œdipien aillent ensemble. C’est l’immaturité qui explique le succès des idéologies, particulièrement dans une classe intellectuelle ou médiatique plus à l’abri que le peuple du contact direct avec le réel, parfois si dur. Sur ce chapitre, Emmanuel Macron est bien un enfant du siècle.  

    est essayiste.
  • Passionnant entretien de Péroncel-Hugoz dans le mensuel islamo-gauchiste marocain Din wa Dunia (Religion & Monde)

     

    « L'Etat est par définition un monstre froid, seule peut l'humaniser une famille royale digne. »

    JEAN-PIERRE PÉRONCEL-HUGOZ Journaliste, écrivain et essayiste de renom, membre de la Société des rédacteurs du journal Le Monde et ancien correspondant du célèbre quotidien français en Egypte, en Algérie et au Liban, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, 77 ans, partage aujourd'hui sa vie entre la France et le Maroc. Ce grand connaisseur du monde arabo-musulman et du Maroc est l'auteur de nombreux essais sur les pays du Sud et a édité quelques 70 ouvrages d'auteurs tiers autour notamment de l'histoire de France et des anciennes colonies européennes. Rencontre avec une encyclopédie vivante.

    PROPOS RECUEILLIS PAR JAOUAD MDIDECHDÎN WA DUNIA N°21-22 • AOÛT-SEPTEMBRE 2017

    Untitled_Page_2 - Copie.jpgDepuis Le Radeau de Mahomet, paru en 1983, et jusqu'à présent, dans vos écrits, on ressent une certaine peur de l'Islam, comme d'ailleurs chez d'autres intellectuels occidentaux. Cette religion est-elle si dangereuse que cela ?

    D'abord, permettez-moi de préciser qu'à mon sens, l'Islam n'est pas seulement une religion mais aussi une idéologie, un droit, une vision du monde, une façon de vivre, en somme un tout difficile à scinder. Par ailleurs si, depuis un quart de siècle, la grande majorité des attentats meurtriers commis à travers la planète étaient le fait, par exemple, de bouddhistes ou d'esquimaux, même si tous les membres de ces catégories n'étaient pas des terroristes, les gens auraient tous plus ou moins peur des Esquimaux ou des Bouddhistes... La peur est une réaction spontanée qui ne se commande pas. On peut seulement la nier et c'est ce que font bon nombre d'élites occidentales au nom du « pas d'Islamalgame ! », mais la méfiance demeure au fond d'eux-mêmes contre l'ensemble de l'Oumma. Certains Européens, qui n'osent parler que de « terrorisme », sans le définir, doivent avoir honte de leur pusillanimité quand ils entendent l'écrivain algérien Boualem Sansal fulminer contre les « djihadistes » ou le roi du Maroc, dans son discours du 20 août 2016, dénier la qualité même de musulmans aux auteurs de crimes anti-chrétiens, en France ou ailleurs.

    En dehors des tueries, une autre raison nourrit de longue date craintes et doutes à l'égard de l'Islam : c'est le sort discriminatoire que celui-ci réserve en général aux non-mahométans, même reconnus comme « Gens du Livre », à l'instar des chrétiens d'Orient. Pour les chrétiens du Maroc, cette dhimmitude, car c'est de ce statut inférieur qu'il s'agit, n'existe pas dans la mesure où ces chrétiens ne sont pas autochtones, ont le statut d'étrangers et seraient sans doute défendus, si besoin était, par leurs pays d'origine. Néanmoins, tout chrétien, croyant ou pas, qui veut, en terre islamique, Maroc inclus, épouser une musulmane, est obligé de se convertir d'abord à l'Islam ! Imaginez qu'une telle contrainte existe dans un Etat chrétien, et aussitôt on défilerait un peu partout contre cet Etat qu'on accuserait d'être « anti-musulman ».

    Pourtant vous travaillez au Maroc. L'Islam marocain vous fait-il moins peur ?

    En effet, je travaille au Maroc depuis plus de 10 ans, et auparavant j'y vins pour des dizaines de reportages sous le règne de Hassan II. Je me sens davantage en sécurité ici qu'en France, où la police est plus laxiste. Ce fut un peu la même situation dans d'autres nations mahométanes, comme l'Egypte, où j'ai longtemps travaillé pour Le Monde. L'art de vivre, l'hygiène de vie des Arabo-turco-persans me conviennent mieux que l'american way of life. Leur confiance en Dieu, leur optimisme foncier, leur patience dans l'adversité m'impressionnent ; étant en outre originaire d'un continent où règnent aujourd'hui l'incroyance et la confusion des genres, j'apprécie les sociétés où demeure en vigueur la loi naturelle, c'est-à-dire tout simplement que les hommes y sont des hommes et les femmes des femmes. Last but not least, les sociétés musulmanes, contrairement aux sociétés occidentales, continuent d'honorer les notions de décence et de pudeur — Lhya, hchouma, âoura —, valeurs auxquelles je reste attaché. Ce contexte m'a permis de vivre jusqu'ici en harmonie parmi des musulmans. Du moment qu'on admet l'existence d'Orientaux occidentalisés, il faut reconnaître qu'il y a également des Occidentaux orientalisés, qui ne sont pas toujours islamisés pour autant. Je peux très bien comprendre, cependant, que la jeune convertie russe, Isabelle Eberhardt (1)jadis, se soit bien sentie « dans l'ombre chaude de l'Islam » ...

    Cependant, il existe une haute civilisation musulmane, avec ses grands hommes. Et de tout temps, il y a eu du fondamentalisme, même au sein des deux autres religions monothéistes, non ?

    boumédienne-hassan ii.jpgMême mes pires détracteurs, je crois, reconnaissent que je n'ai cessé, tout au long de mes reportages et de mes livres, de décrire les réussites historiques des cultures islamiques, de l'Indus au Sénégal via le Nil ou la Moulouya, sans m'interdire pour autant de critiquer ce qui me paraissait devoir l'être car, selon le mot de Beaumarchais, « sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ». Hélas, cette civilisation musulmane a peu à peu décliné jusqu'à ne plus vivre que de ses souvenirs ; et si elle est en train de renaître à présent, je crains que ce ne soit sous une forme politico-religieuse radicale qui a déjà commis de nombreux dégâts...Quant aux autres « fondamentalismes », ils font bien pâle figure de nos jours, sauf peut-être, il est vrai, sous forme d'interventions militaires euro-américaines en pays d'Islam. Et c'est d'ailleurs pour cela que, tel le philosophe français indépendant Michel Onfray, j'ai toujours été hostile aux expéditions occidentales, notamment françaises, à l'étranger, sauf ponctuellement lorsqu'il s'agit uniquement de sauver nos ressortissants. La comparaison entre les attentats islamistes aveugles et nos bombardements anti-djihadistes qui tuent également des civils au Levant, en Libye ou en Afrique noire, n'est pas du tout infondée. Il faut laisser les Musulmans vider entre eux leurs querelles, tout en leur proposant évidemment nos bons offices diplomatiques.

    Estimez-vous qu'aucune cohabitation n'est possible entre Islam et laïcité française ? La démocratie en Europe est-elle si fragile ?

    Cette « cohabitation », d'ailleurs pas toujours harmonieuse, existe de facto et certains Etats européens ont fourni de grands efforts pour donner de la place aux musulmans venus s'installer chez eux. Deux des principales villes d'Europe, Londres et Rotterdam, ont des maires musulmans. En France, la liste est longue des musulmans occupant ou ayant occupé des positions de premier plan dans maints domaines : le benjamin du premier gouvernement de la présidence Macron est un jeune Marocain spécialiste du numérique ; l'acteur le plus populaire en France, et le mieux rémunéré, est aussi marocain. Le principal prix littéraire parisien est allé deux fois à des Marocains, etc. Quand on pense qu'en Egypte, le plus brillant diplomate du monde arabe au 20e  siècle, Boutros Boutros-Ghali, n'a jamais pu être ministre des Affaires étrangères à part entière, à cause de sa qualité de chrétien indigène ! Quant à la fameuse démocratie, dont Churchill disait qu'elle est « le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres », je me demande si beaucoup de musulmans ont envie de la voir s'installer en Islam, du moins sous sa forme européenne actuelle. Car il faut avoir à l'esprit que la démocratie signifie la primauté des lois conçues par les hommes sur la loi divine, à laquelle l'immense majorité des croyants mahométans paraissent prioritairement attachés. Au Maroc par exemple, tout le monde sait que le peuple n'a aucune considération pour les politiciens et pour la plupart des partis politiques, et bien des Marocains ne craignent pas de dire qu'il vaudrait mieux augmenter les pouvoirs de Sa Majesté chérifienne plutôt que de les diminuer.

    Vous êtes un monarchiste invétéré : la royauté apporterait-elle, à votre avis, plus de sécurité, de liberté, de bonheur que la république ?

    Je suis royaliste comme on respire, à la fois de conviction, de tradition et de raison, mais je le suis pour .la France, comme le furent Lyautey ou De Gaulle. Car pour les autres nations cela n'est pas mon affaire, même si j'aime à voir fonctionner la monarchie exécutive marocaine de manière tellement plus efficace, plus moderne et en même temps plus authentique que la république algérienne voisine, où je fus correspondant du Monde sous la dictature militaire de Houari Boumédiène (2). L'Etat est, par définition, un « monstre froid ». Seule peut l'humaniser une famille royale, incarnant la pérennité nationale, et à condition, bien sûr, que cette famille soit digne. Sous le monarque marocain actuel, l'affection populaire qui s'élève vers lui semble parfois, du moins pour les observateurs occidentaux, franchir la limite du rationnel. Mohamed VI, en effet, malgré ses efforts et sa bonne volonté, n'a pas encore réussi à régler les deux principaux problèmes qui se posent au Maroc depuis des décennies : les karyane ou bidonvilles d'une part ; l'imbroglio saharien, d'autre part, dû surtout, il est vrai, à la jalousie de l'Algérie pour les progrès d'un Maroc pourtant moins riche qu'elle.

    Au sujet du match République-Royauté, feu l'opposant marxiste à Hassan II, Abraham Serfaty, répondait que « l'Histoire avait prouvé la supériorité des républiques ». Eh bien non justement, car, comme disait Lénine « les faits sont têtus », et le 20e siècle, sans remonter plus loin, a vu les plus grands crimes contre les peuples, être le fait, comme par hasard, de deux républiques, celle d'Hitler et celle de Staline...

    Existe-t-il, selon vous, un point faible pouvant expliquer, du moins en partie, les problématiques liées actuellement à l'Islam ?

    J'ai parfois l'impression que nombre de musulmans, adossés à leur certitude coranique d'être « la meilleure des communautés » et à leur dogme égocentrique selon lequel seuls les fidèles de Mahomet pourront entrer au Paradis, se trouvent ainsi dispensés d'être soumis à la critique ou à l'autocritique. En 1987, je rencontrai en France un opposant alors quasi inconnu au régime tunisien, le docteur Moncef Marzouki, qui me séduisit par l'audace critique d'un texte intitulé Arabes si vous parliez ... Je le publiai et ce fut un succès à Paris, Bruxelles ou Genève. Ce livre est une charge puissante et argumentée, par un Arabe contre les Arabes, trop enclins à trouver ailleurs que chez eux, par exemple chez les anciens colonisateurs européens, des responsables à leurs maux contemporains. En 2011, par un retournement politique inattendu, Si Moncef devint le chef de l'Etat tunisien. En accord avec lui, je décidai de republier sans y changer un mot Arabes si vous parliez..., à Casablanca cette fois-ci. Ce texte, qui repose sur l'idée que « l’autocritique est l'autre nom de la maturité », fut cette fois un échec éditorial, surtout en Tunisie... Disons quand même, à la décharge des musulmans, que les menaces des djihadistes contre ceux des « vrais croyants » qui seraient tentés par l'autocritique, peuvent expliquer les silences actuels de l'Oumm (3). En juin 1992, au Caire, Farag Foda, musulman modéré et éminent acteur de la société civile (4), osa réprouver publiquement les traitements discriminatoires dont sont traditionnellement victimes les Coptes, chrétiens autochtones. Très vite, Foda fut abattu devant son domicile par un commando djihadiste (5), après avoir été qualifié, rien que ça, d’ « ennemi de l'Islam », simplement pour avoir pointé une situation scandaleuse, mais que personne, parmi les musulmans de l'époque, n'avait jusqu'alors osé dénoncer en public.

    « Un seul juste dans le pèlerinage rachète tout le pèlerinage ! » Est-ce que ce hadith prêté jadis à Mahomet peut s'appliquer à Marzouki ou à Foda ? C'est à leurs coreligionnaires de répondre. Et d'agir. Sinon, les gens d'Al Qaïda, de Boko Haram et de Daech risquent de s'imposer un peu partout...  

     

    1. Ecrivaine suisse (de parents d'origine russe et devenue française par mariage avec Slimane Ehni) née en 1877 et installée en Algérie à partir de 1897, où elle vécut au milieu de la population musulmane. Ses récits de la société algérienne au temps de la colonisation française seront publiés après sa mort, survenue le 21 octobre 1904 durant la crue d'un oued à Aïn Sefra (nord-ouest de l'Algérie).

    2. Houari Boumédiène (1932-1978) : chef de l'État-major général de l'Armée de libération nationale de 1959 à 1962, puis ministre de la défense de Ben Bella, il devient président du Conseil de la Révolution (et chef de l'État) le 20 juin 1965 suite à un coup d'Etat, et président de la république algérienne du 10 décembre 1976 jusqu'à son décès le 27 décembre 1978. Aucune opposition politique n'était autorisée sous son règne, Boumédiène cumulait les fonctions de président, premier ministre, ministre de la Défense et président du FLN, alors parti unique.

    3. Oumma, du mot arabe « oum », mère, la communauté universelle des musulmans.

    4. Farag Foda (1946-1992) : professeur d'agronomie, il était également écrivain, journaliste et militait en faveur des droits humains et de la sécularisation de l'Egypte.

    5. L'assassinat, perpétré le 8 juin 1992, a été revendiqué par le groupe salafiste Gamaa al-Islamiya, en référence à la fatwa d'al-Azhar du 3 juin de la même année, accusant Farag Foda d'être un ennemi de l'islam. Huit des treize accusés sont acquittés et d'autres relâchés en 2012 sur ordre du président Mohamed Morsi.

  • Idées & Société • Alain de Benoist : Bataille des idées ? La gauche a perdu, mais la droite n’a pas gagné !

    Manuel Valls déclare que « la gauche a perdu la bataille des idées » 

     

    Publié le 23 juillet 2017 - Actualisé le 13 août 2017 

    Par Alain de Benoist

    Cet entretien donné à Boulevard Voltaire [22.07] dit avec justesse, lucidité et pertinence ce qu'il faut savoir de la situation des idées en France, à l'heure actuelle. Nous partageons cette analyse qui met en lumière a contrario le travail restant à accomplir pour qu'il y ait vraiment bataille des idées et qu'elle conduise à une réelle rupture avec la doxa dominante à droite comme à gauche. La première Action française nommait cela contre-encyclopédie. Peut-être devrions-nous parler aujourd'hui d'une anti-doxa.  LFAR   

     

    3650118671.7.pngManuel Valls déclare que « la gauche a perdu la bataille des idées ». C’est une bonne nouvelle ?

    Quelle bataille ? Il est vrai que la gauche n’a plus rien à dire, mais la bataille des idées dont parle Manuel Valls n’a jamais eu lieu. Non parce que cette gauche devenue muette reste largement hégémonique dans les médias, et qu’elle n’apprécie pas qu’on cherche à la contredire, mais parce que la droite n’avait ni le désir, ni la volonté, ni les moyens de participer à une bataille de ce genre. La droite n’avait tout simplement rien à dire – ou peu s’en faut. Le domaine des idées n’obéit pas au principe des vases communicants. Vous avez vous-même cité François Huguenin : « La droite a refusé le combat des idées car elle n’en a plus. » C’est ce que Pierre-André Taguieff remarquait lui aussi récemment : « La gauche a perdu la bataille des idées, mais la droite ne l’a pas gagnée. »

    On pourrait, ici, faire un parallèle avec la fin du système soviétique. L’URSS ne s’est pas écroulée sous les coups de boutoir du « monde libre » mais sous l’effet de ses propres contradictions internes. Si la gauche n’a plus rien à dire, si elle a perdu son identité en désertant le combat culturel, ce n’est pas que la droite a réfuté ses idées, c’est que ses idées ont épuisé le cycle de leurs virtualités possibles, et surtout qu’elle a délibérément abandonné le socle idéologique qui faisait sa force, et nourrissait son imaginaire, en se ralliant plus ou moins honteusement au libéralisme économique et au système du marché.

    Depuis la Manif pour tous, il y a quand même une indéniable effervescence intellectuelle à droite. Épiphénomène ou lame de fond ?

    Il y a, en effet, quelques ébranlements ici ou là, mais on est loin du compte. Où sont les Taine, les Tocqueville et les Renan du XXIsiècle ? La droite n’aime déjà pas beaucoup les intellectuels, ces coupeurs de cheveux en quatre qui ont la faiblesse de croire que les révolutions culturelles ont des conséquences plus durables que les révolutions politiques. Les partis politiques, eux, pensent que les idées divisent et qu’entretenir le flou est la meilleure manière de rassembler. La droite d’aujourd’hui est idéologiquement déstructurée. Dans le passé, elle s’est laissée gagner par les idées de ses adversaires sans les reconnaître pour ce qu’elles étaient. Elle n’a jamais conçu de stratégie culturelle, car elle ne sait même pas ce que cela veut dire. Elle a cru qu’elle deviendrait « respectable » en multipliant les concessions. Elle cède aujourd’hui plus que jamais aux modes idéologiques qui ont historiquement affaibli toutes ses défenses immunitaires, à commencer par l’universalisme philosophique, l’idéologie des droits de l’homme et l’idéologie du progrès. 

    La recomposition politique à laquelle on assiste actuellement annonce-t-elle aussi une recomposition idéologique ?

    Ce serait une excellente nouvelle, à condition qu’on puisse y croire, mais je doute que la scène politique soit propice à une refondation idéologique. Par nature, elle entretient plutôt la confusion. Il paraîtra sans doute excessif à beaucoup de dire que, lorsqu’on a telle ou telle position politique, on doit savoir aussi comment interpréter les plus récents acquis de la physique théorique ou de la biologique moléculaire. Et pourtant, il n’y a pas de conception du monde qui n’englobe pas tous les domaines de connaissance et de pensée. Mais sans aller si loin, on pourrait au moins exiger qu’en matière anthropologique, on ait un minimum de cohérence. Quelle idée se fait-on de l’homme ? Une idée philosophiquement classique ou une idée idéologiquement moderne ? Celle d’un être politique et social par nature ou celle d’un individu porteur de droits qui ne serait sur terre que pour maximiser son meilleur intérêt ? La société s’explique-t-elle par la sociabilité naturelle de notre espèce ou n’est-elle qu’un agrégat d’atomes individuels régi par le contrat juridique et l’échange marchand ?

    L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, qui symbolise la réunification du libéralisme sociétal de gauche et du libéralisme économique de droite, pourrait en principe favoriser une clarification en faisant comprendre une fois pour toutes que le libéralisme est intrinsèquement « progressiste » et non pas conservateur, pour reprendre un mot qui revient à la mode. C’est ce qu’explique très bien Guillaume Bernard : « La combinaison du libéralisme et du conservatisme peut, de prime abord, apparaître séduisante : le libéralisme pour l’économie, le conservatisme pour la société. Mais c’est méconnaître la doctrine libérale, qui s’appuie sur l’individualisme et le subjectivisme. C’est en soi et par soi que chacun détermine son bien. Il n’existe pas de valeur objective, mais uniquement des consensus issus de la rencontre de volontés. Le libéralisme porte en lui la destruction des traditions sociales, alors qu’il n’est nullement nécessaire de s’y adonner pour combattre la spoliation fiscale des familles et des entreprises. » C’est ce qu’il faudrait comprendre si l’on veut gagner la « bataille des idées ». Les Républicains, eux, se veulent les représentants « de la droite et du centre ». Encore un oxymore !  

    Intellectuel, philosophe et politologue

     
     
    Entretien réalisé par Nicolas Gauthier
  • Société • Pourquoi Brigitte Macron aurait-elle besoin d'un statut de première dame ?

    D'Yvonne de Gaulle à Valérie Trierweiler : les femmes de l'Élysée

     

    2910916609.3.jpgNi Michèle Auriol, l'épouse du président Vincent Auriol - que les royalistes de l'époque, liaison oblige,  appelaient Tauriol -  ni Germaine Coty, dont René Coty fut veuf au début de son septennat, ni Yvonne De Gaulle, malgré sa réputation de pudibonderie et de raideur, ni Claude Pompidou, la moderne, ni la précieuse Anémone Giscard d'Estaing, ni Danielle Mitterrand, malgré ses pulsions révolutionnaires sud-américaines, ni Bernadette Chirac, l'épouse modèle et trahie, n'eurent besoin de « statut » pour être chacune selon son style, de dignes premières dames. Simplement, selon le cas, elles remplissaient, comme toute épouse,  le rôle de maîtresse de maison, qui accueille, reçoit, bichonne ses invités, ou de femme accompagnant son mari dans ses voyages, dans ses rencontres avec ses homologues où d'autres épouses seront présentes, y tiendront le même rôle. ; les unes et les autres participeront encore à diverses cérémonies où leur présence sera bienvenue, ira de soi. Ainsi, les chefs d'entreprise, les chefs militaires, les hommes de tout rang et toute responsabilité, sont-ils très généralement et très naturellement accompagnés, assistés, de leur femme. Elles n'ont le plus souvent pas de statut.

    Au fond, jusqu'à nos jours, le rôle de première Dame n'était réglé, défini, délimité, que par l'usage et les moeurs.

    Les choses ont connu quelques complications sous Sarkozy où il y eut deux premières dames successives, une rupture, un départ, puis une liaison, un remariage (« Avec Carla, c'est du sérieux »...) et même, une naissance élyséenne. Il n'y eut pas une première dame mais deux, sur fond de crise puis d'idylle sentimentale. La seconde était de grande famille italienne et chanteuse de music-hall. Du pas très sérieux, en vérité ...

    Sous Hollande, jamais marié, complication accrue : il ne pouvait y avoir de première Dame. Fut alors ressuscité le singulier statut de concubine, comme dans la Cité Interdite, où le Fils du Ciel, l'empereur, avait plusieurs épouses et plusieurs concubines. Hollande n'eut pas d'épouse, mais une première concubine qui aspira à devenir première Dame, avant que le président ne lui préfère une seconde concubine, dans ce cas une actrice, qui n'eut ni le temps ni peut-être l'envie, de briguer le rôle tenu jadis par les femmes de président. Qu'elle n'était pas. Sous Hollande, ni Valérie Trierweiler  - qui écrivit un brûlot fort lucratif contre son amant - ni Julie Gayet ne furent premières Dames. Il n'était d'ailleurs pas absolument évident qu'Hollande fût vraiment Président.

    brigitte-trogneux-and-emmanuel-macron-38a2-diaporama.jpgMalgré la disparité assez inhabituelle de leurs âges, Emmanuel et Brigitte Macron forment, à ce qu'il semble, un couple stable et légalement constitué, semblable aux ménages présidentiels d'antan, dont nous avons évoqué certains.

    Les épouses y tenaient leur rôle sans statut. Simplement en tant que telles. En tant qu'épouses.

    Qu'Emmanuel Macron veuille un statut pour son épouse, un statut de Première Dame, témoigne seulement d'une rupture de tradition, d'usage, de moeurs, qui appelle une sorte de compensation par la loi.

    Ainsi le procédural remplace moeurs, usages et traditions et cela est plus grave sans-doute que le président de la République est capable de l'imaginer, le mesurer. Tout simplement, le comprendre. Et ce n'est pas réjouissant du tout.  

  • GONZAGUE SAINT BRIS, C’ÉTAIT QUAND MÊME QUELQU’UN !

     

    Par Nicolas Gauthier
     
    C’était un aristocrate selon mon goût, c’est-à-dire passablement fêlé de la théière, accroché au château de ses ancêtres comme une bernique à son rocher  (Repris de Boulevard Voltaire - 10.08 - cet excellent article pour saluer Saint-Bris).

    24ec62c3705f165c45cada17f039cf3b.pngGonzague Saint Bris n’est plus. Ce mardi, il s’est tué en voiture, contre un arbre. Triste journée, car moi, j’aimais bien Gonzague Saint Bris. C’était un aristocrate selon mon goût, c’est-à-dire passablement fêlé de la théière, accroché au château de ses ancêtres comme une bernique à son rocher. Mais aussi capable de consacrer un livre à Michael Jackson tout en traversant les Alpes à dos de mulet, en hommage à Léonard de Vinci et son périple jadis effectué pour répondre à la très royale invitation de François Ier.

    Écrivain, essayiste, homme de presse et de radio, éphémère chargé de mission au ministère de la Culture, de 1986 à 1988, Gonzague Saint Bris était aussi conseiller municipal de Loches (ville rendue fameuse par « Les Grosses Têtes » et la non moins célèbre madame Bellepaire), tant il était viscéralement attaché à sa Touraine natale. En 1978, il fonde le mouvement des Nouveaux Romantiques, petit souffle d’air frais en ces temps de technocratie giscardienne triomphante, avec des camarades à peu près aussi ébouriffés que lui, quoique à demi-chauves pour la plupart : Patrick Poivre d’Arvor, Francis Huster, Étienne Roda-Gil, Frédéric Mitterrand et Brice Lalonde.

    Tout cela ne mène évidemment pas à grand-chose, on s’en doute. Même pas à une intronisation par trois fois repoussée à l’Académie française. Dommage pour cet auteur prolifique – une cinquantaine d’ouvrages au compteur, ce n’est pas rien – qui, en 2016, reçoit le prix Hugues-Capet pour l’ensemble de son œuvre. Juste réparation pour cet homme qui, à l’instar d’un Max Gallo, ne fut jamais véritablement accepté par la communauté très fermée des historiens « officiels » ; un peu comme un Stéphane Bern ou un Lorànt Deutsch. Historiens du dimanche ? Pas du tout, ces personnes ayant le don de populariser l’Histoire de France à heures de grande écoute télévisuelle et de la vulgariser de la manière la plus intelligente qui soit.

    Certes, ils vont droit à l’essentiel, résument plutôt que de se perdre dans les détails, ne prétendent pas au savoir universel, mais commettent finalement moins d’erreurs factuelles que nombre de leurs confrères universitaires. C’est l’école Alain Decaux, qui fut à l’Histoire ce que Jean Vilar était au théâtre : tous pour la culture et, surtout, la culture pour tous ! Il était donc logique qu’un Stéphane Bern salue la mémoire de son illustre devancier en la matière.

    Non content d’être un passeur, Gonzague Saint Bris était, de plus, un homme exquis. Je me souviens de lui, au début des années 1990. Je travaillais à l’hebdomadaire Minute. Entre première guerre du Golfe et psychose collective de la profanation du cimetière de Carpentras, l’ambiance était, comment dire, des plus chaudes… Désireux de m’entretenir avec le bonhomme, je finis par dénicher son numéro de téléphone personnel. Et là, je cite de mémoire :

    – Allo, Gonzague Saint Bris ? Nicolas Gauthier, de Minute ! Ce serait pour une interview…
    – 
    Minute ? Quelle bonne surprise ! Inattendue, surtout…
    – Ça ne vous dérange pas de me parler ?
    – Et pourquoi donc, je vous prie ? Je lis souvent votre journal, fort bien écrit au demeurant…
    – C’est un compliment ?
    – Tout à fait, et dit sans malice…

    La vérité m’oblige à dire que je ne me souviens plus très bien de la suite, si ce n’est que nous avions parlé de la France et de son histoire. La première, il en était éperdument amoureux. La seconde, il déplorait que son enseignement, dispensé à des têtes de moins en moins blondes, devienne peu à peu passé en pertes et profits.

    À l’époque sévissait un autre chevelu à chemise blanche au col perpétuellement ouvert été comme hiver – Bernard-Henri Lévy. Qu’il me soit permis, en termes de look, de gentillesse et d’intelligence, de préférer celui-ci à celui-là.

    Sacré Gonzague !  

     
    Journaliste, écrivain
  • Herrou et ses pareils ne sont pas des Tartuffes mais des ennemis déclarés !

     

    Par Jean de Maistre 

    Les commentaires se suivent et même se complètent sur Lafautearousseau. Celui-ci du jeudi 10 août fait suite aux commentaires reçus à propos de notre publication « Bravo, l'Italie ! Pas pour Saint-Nazaire ! Pour la Méditerranée ! ». Notamment celui d'Antiquus repris ici hier, en réponse à un commentaire d'Hugues Noël, auquel on devra se reporter ainsi qu'à notre article. (Lien ci-dessous).   LFAR

    3142485460.jpgUn excellent commentaire en effet. L'humanisme n'a pas grand chose à voir avec ce soutien à l'invasion migratoire et aux mafias qui l'organisent. On assiste à une volonté délibérée de détruire l'Europe, son identité, sa culture par l'installation d'une masse migratoire de plus en plus importante, issue des pays arabes et africains, immigration dont on sait aujourd'hui qu'elle refuse de plus en plus l'assimilation et constitue des enclaves ethniques sur le sol national, hostiles aux sociétés d'accueil.

    Cette volonté est à la rencontre de plusieurs courants, le gauchisme qui veut punir l'Europe de ses '' fautes '' passées, de la colonisation et qui cherche vainement un prolétariat de substitution pour jeter à bas la société, depuis que le prolétariat de souche a accepté le monde tel qu'il est. Ce prolétariat de substitution, le gauchisme le trouve dans l'immigré, nouvelle divinité devant échapper à toute critique. Un autre courant est le libéralisme qui veut au nom de la mondialisation détruire les vieilles nations, seul cadre où les peuples peuvent encore avoir un semblant de contrôle sur leur destin. C'est la rencontre du gauchisme internationaliste et de la mondialisation libérale, voilà qui ne manque pas de sel.

    Aux USA, les partisans les plus acharnés de l'immigration sans contrôle sont les libertariens, c'est-à-dire les ultra-libéraux, qui ne rêvent que de privatisation de tout, y compris de l'espace public, et de la destruction des frontières, afin d'avoir à disposition une main d’œuvre bon marché, comme lorsque les Anglais faisaient venir au XIX° siècle dans les usines de Manchester les irlandais chassés de leur île par la famine.

    On remarquera que les richissimes émirats du golfe ont fermement déclaré qu'ils n'accepteraient aucun migrant. C'est à l'Europe et à elle seule de supporter le poids de l'invasion migratoire. Dans l'esprit des islamistes (ce n'est pas moi qui le dit, c'est eux ! ) l'arrivée de millions d'immigrés musulmans participe de la stratégie de la conquête de l'Europe déjà considérée par certains d'entre eux comme Dar al Islam, terre d'islam. Et l'on voudrait que les européens ne réagissent pas ? Si l'on veut installer dans nos vieilles nations qui n'en peuvent mais les prodromes de futures guerres civiles, il n'y a qu'à continuer ainsi.  

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    Bravo, l'Italie ! Pas pour Saint-Nazaire ! Pour la Méditerranée !

  • Cédric Herrou : derrière l'humanisme, une dangereuse remise en cause de l'Etat

     

    Par Gaël Nofri

    Cédric Herrou a été condamné ce mardi en appel à quatre mois de prison avec sursis pour avoir aidé des migrants. Dans cette tribune sur figarovox du 9 août, Gaël Nofri, élu municipal de Nice, démontre avec pertinence que cette condamnation qui demeure symbolique est surtout une publicité pour les actions contestables d'activistes qui remettent en question l'idée même de frontière. On peut en débattre mais Lafautearousseau partage cette analyse.  LFAR

     

    Le premier mot qui vient à l'esprit lorsque l'on évoque l'affaire Herrou c'est tristesse.

    Tristesse d'abord, parce que derrière tout cela il y a, quoique l'on veuille bien en penser, de la misère humaine et que la misère humaine est toujours triste.

    Tristesse ensuite, parce qu'il y a souvent aussi beaucoup de bêtise dans les propos les plus simplistes tenus, à l'emporte-pièce, par les plus radicaux des deux camps qui s'affrontent, et que la bêtise humaine aussi est triste.

    Tristesse enfin, par ce que cette affaire nous dit beaucoup de la crise qui traverse l'Etat en France aujourd'hui, de sa remise en cause et des doutes qui accompagnent son action. Or pour tout observateur de la vie politique française, cette misère de l'Etat est une incontestable source de tristesse, mais aussi de préoccupation quant à l'avenir.

    La condamnation de Cédric Herrou à une nouvelle peine, plus sévère, est certes un bon signe, mais, s'agissant de prison avec sursis, elle ne réglera en rien le problème qu'a fini par incarner l'agriculteur azuréen: l'Etat va continuer son jeu du chat et de la souris. Celui-ci ne cache pas en effet son intention de réitérer ses actes, de «mieux s'organiser pour mieux agir» et ses appels à la désobéissance sont constants. Avec une certaine lucidité il déclare lui-même «Ils n'ont qu'à me mettre directement en prison». Depuis des mois en effet les arrestations et les gardes à vue succèdent aux libérations et aux violations de la loi selon un schéma désormais assez bien rodé, qui n'a d'autre bénéficiaire que la publicité rendue à sa cause.

    Car le combat entre Hérrou et les autorités n'est pas l'histoire d'une action, il est un combat de fond entre celui qui entend «se substituer à l'Etat» et un Etat qui doute de sa propre légitimité à agir. Tout se passe comme si, sur cette affaire comme sur bien d'autres hélas, l'Etat avait honte de lui-même, peur de son autorité, n'était pas certain de son bon droit. «L'Etat, c'est-à-dire la société où il y a des Lois» disait Montesquieu, qui ne jugeait sans doute pas en son temps nécessaire de compléter sa formule par «et dont on assure le respect effectif» est en crise. Cette crise, qui trouve sans doute ses racines françaises cinquante ans en arrière dans le triomphe des idées de mai 68, témoigne de la défiance de notre époque et de notre société vis-à-vis de l'autorité, des institutions, de l'Etat-Nation ; par là même, elle fournit un argument supplémentaire à ses détracteurs.

    En matière migratoire, il faut convenir que la Loi du 31 décembre 2012 a ouvert une voie dangereuse dans ce sens. Alors que l'aide à un migrant dans le cas d'un danger grave et imminent était déjà exclue de toute poursuite depuis 2003 - ce qui s'entend -, le texte porté par le Gouvernement de Gauche a introduit dans la Loi le fait de ne plus poursuivre l'assistance à une personne en situation illégale, c'est à dire qu'il légalise l'assistance à la violation des lois… un Etat qui légalise la violation de ses propres Lois, voilà bien la preuve d'un trouble profond ! Pire, non content de l'ouvrir à des citoyens, cette Loi a élargi l'immunité à des organisations entières, faisant dès lors de la violation des Lois un droit et une activité du dimanche. Dans l'indifférence générale, des structures se montent et s'affirment donc afin d'entraver l'action de l'Etat, de faire échec à ses politiques publique, d'empêcher l'application des choix arrêtés par les autorités légales et légitimes du pays... mais il est vrai que l'on parle là d'associations qui se sont auto-proclamées «pro-migrants» !

    Encore conviendrait-il de réévaluer ce titre. Car il ne serait pas inutile de s'interroger en quoi est-il moins favorable, digne et humain pour les migrants d'attendre à Vintimille plutôt que de l'autre côté de la frontière ? Le vrai terme, le vrai combat, la motivation véritable de ces associations n'est pas tant dans le sort des migrants que dans la dénonciation de la frontière, jugée coupable de tous les maux… La Justice ne s'y est pas trompée lorsque, justifiant la condamnation de Cédric Hérrou malgré la Loi de 2012, elle exprime son sentiment que celui-ci inscrit l'accueil des migrants non dans une action de solidarité individuelle mais dans le cadre d'une «contestation globale de la loi (…), une cause militante» qu'il entend ainsi servir.

    Dénoncer la frontière, attaquer l'Etat, voilà le programme bien connu qui se cache, ici, sous les apparences d'un humanisme radical et de bons sentiments portés en bandoulière. Mais il faut avouer que les habits de l'humanisme radical permettent beaucoup de choses, notamment de faire oublier que c'est justement la déstabilisation des Etats du sud de la Méditerranée en Egypte, en Lybie, en Tunisie et la disparition effective de leurs frontières qui seuls ont permis ses grands mouvements migratoires, transformant la Méditerranée en un vaste linceul…

    Méfions nous donc de l'avenir que certains nous promettent. Car les critiques et les attaques contre l'Etat et les frontières peuvent paraître belles, nobles et généreuses vu de loin, mais elles sont un luxe que ne peuvent se permettre que ceux qui vivent à l'abri de ces mêmes frontières, encore protégés par l'Etat qu'ils prétendent abattre… réaffirmons le ensemble: non la Libye n'est pas une perspective enviable!

    «Si l'État est fort, il nous écrase. S'il est faible, nous périssons» rappelait Paul Valéry.   

    Par Gaël Nofri 

    Gaël Nofri est conseiller municipal et métropolitain de Nice et président du Groupe des élus niçois indépendants (DVD).

  • Bien-sûr que les soutiens des migrants agissent par idéologie !

    Le Karaboudjan du capitaine Haddock alias l'Aquarius

     

    Par Antiquus

    Excellent commentaire, du mardi 8 août, à propos de notre publication « Bravo, l'Italie ! Pas pour Saint-Nazaire ! Pour la Méditerranée ! ». En réponse à un commentaire d'Hugues Noël, auquel on devra se reporter ainsi qu'à notre article. (Lien ci-dessous).   LFAR 

     

    3142485460.jpgBien sûr que c'est par idéologie. Il y a de nombreuses catégories d'idéologues qui favorisent l'immigration de masse. 

    D'abord il y a ceux qui veulent dynamiter la société et la culture européenne, dans une vision trotsko-gramsciste, afin de rendre la révolution inévitable. C'est à cette catégorie qu'appartient Cédric Herrou.

    Ensuite il y a ceux qui, au nom d'un christianisme dévoyé, reprennent pour argent comptant les paroles de certains papes récents qui considèrent que l'immigration et la suppression des frontières font partie du plan de Dieu. Ils savent que c'est suicidaire pour l'Europe mais pensent que l'Europe a fait son temps.

    Il y a les cercles puissants de financiers comme Soros, qui fournissent de l'argent à ces associations sans cacher un but double: faire sauter les frontières qui sont un obstacle à la poursuite de la mondialisation, et fournir une main-d'oeuvre pas chère qui permet de bloquer les salaires qui, je vous le rappelle, ont baissé en valeur restituée depuis 40 ans. Ont partie liée avec ces cercles les organes dirigeants de la communauté européenne, et les néoconservateurs américains qui sont justement responsables des guerres un peu partout. Un général américain concluait un exposé à l'OTAN il y a quelques années: "malheur aux peuples qui refuseront de se métisser!"

    Conclusion, si vos bons sentiments provoquent chez vous des remontées stomacales, vous êtes priés de ne pas nous en faire profiter.  

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    Bravo, l'Italie ! Pas pour Saint-Nazaire ! Pour la Méditerranée !

  • Les cent jours d'Emmanuel Macron

    18 brumaire an VIII 

     

    2910916609.3.jpgTrois mois auront donc suffi - c'est ce que nous apprennent médias et sondages - pour que la popularité d'Emmanuel Macron - supposée plus que réelle, orchestrée plus que sincère ou spontanée - prenne le chemin de celle de ses prédécesseurs. Le chemin des profondeurs.

    Nous doutons qu'il y ait jamais eu pour lui, de la part des Français, ni véritable adhésion, ni empathie, respect ou affection.

    Mais plutôt une sorte de sidération mêlée de quelque respect pour la soudaineté et la fulgurance de son ascension, une certaine admiration pour la prise de pouvoir à marche forcée de ce trentenaire inconnu hier, enfin, disons-le une forme de délectation pour l'audacieuse façon dont ont été éliminés en trois petits mois la plupart des vieux briscards de l'ancien régime chiraquien, sakozyste ou hollandais. Ministres, députés, partis dits de gouvernement ont été brisés, éclatés, et, selon le mot en vogue,« dégagés ». Ainsi, Lucien Bonaparte avait-il évacué en moins de deux, pour le compte de son frère, le Conseil des Cinq-Cents, au 18 Brumaire, et mis en fuite désordonnée les conseillers en panique. Toutes proportions gardées, il y a de cela dans la prise de pouvoir de Macron. Et il n'y a pas eu grand monde pour plaindre les exclus.

    Est venu ensuite ce qui a plu, presque à tout le monde. En vrac : un style plus digne dans l'exercice de la fonction présidentielle : après Sarkozy et Hollande, il est vrai que ce n'était pas très difficile ; mais il est vrai aussi que, tout à trac, avec Macron, les Français n'ont plus eu honte de leur président. Les journalistes tenus en respect, remis à leur place, cela a plu aussi, tant les Français ont de mépris pour cette caste orgueilleuse et monochrome, trop uniformément orientée pour être crédible. Il y a eu ensuite la rencontre virile avec Trump à Taormine; la réception royale de Poutine à Versailles, où fut lavée la stupide gaffe de Hollande, refusant de recevoir le président russe pour l'inauguration de la nouvelle cathédrale orthodoxe de Paris... Positif encore de la part d'Emmanuel Macron, du moins pour nombre d'observateurs, le refus des « Etats faillis » tels la Libye et, le cas échéant, la Syrie, raison pour laquelle, Macron, à juste titre, ne fait plus du départ de Bachar El Assad un préalable à une solution politique en Syrie. Sans entrer dans le détail, de nombreux Français comprennent que ce sont là des positions de bon sens.

    Eh bien, cela ne suffit pas à asseoir une popularité, ne garantit pas sa durée ; n'empêche pas son effondrement.

    La loi travail est impopulaire, si l'on peut dire d'origine, car elle ne fait que prolonger la loi El Khomri ; les 5 Euros / mois rabotés sur les APL ont fait monter la colère ; surtout, le traitement autoritaire, injuste et brutal réservé au général de Villiers, et, à travers lui, à nos armées, a soulevé l'indignation. Les Français aiment l'autorité mais détestent l'autoritarisme ; ils ont de l'affection et du respect pour l'armée qui les protège et qui défend le pays. Enfin, il détestent l'injustice et ont désapprouvé celle, manifeste, qui a frappé nos soldats.

    En quelques jours, peu de chose, la chute de la popularité d'Emmanuel Macron a reposé la lancinant problème de la gouvernabilité du pays. Comment faire, si l'élection présidentielle ne garantit jamais à l'élu qu'un minimum de popularité de quelques très courts mois ?

    La vérité est que - du moins en France - l'élection présidentielle ne confère au vainqueur désigné par le suffrage plus aucune légitimité. Seulement une maigrichonne légalité. Et que, tout simplement, dans de telles conditions, même si l'on s'emploie à sauver les apparences, la France n'est plus ni gouvernée ni gouvernable.  

  • Fake news : la preuve par Macron !

     

     
    Par Nicolas Gauthier
     
    Intéressante chronique parue dans Boulevard Voltaire le 8 août, où Nicolas Gauthier tourne en dérision le projet d'Emmanuel Macron d'installer des hot spots en Libye. A-t-il raison ? Eventuellement, on en débattra. LFAR
     

    745791051.pngLes journalistes – le dernier venu le sait – lavent plus blanc que blanc ; quitte à devenir transparents, pour paraphraser le défunt Coluche. Ne cherchez pas, ils savent le vrai, le bon, le bien et le beau. Ce sont des vigies morales et ceux qui les tiennent pour vigiles de la brigade des mœurs démocratiques ne sont rien que de mauvais coucheurs.

    Ainsi entendent-ils redresser à la fois les torts et les informations. Logique : eux, ils savent. Et nous, non ; moi y compris, qui pourtant fait partie de cette aimable confrérie. D’où inlassable traque à ces « fake news », naguère surnommées « bobards », ici ou là dénichées sur les réseaux sociaux. D’où, encore, ces « Décodex », rubriques consistant à « décoder » les « news » plus ou moins « fake ». Autant dire qu’il y a du travail sur la planche et que les premiers à décoder à plein tube sont généralement ces mêmes journalistes.

    À leur décharge, il convient de reconnaître que l’exemple peut venir de haut. Emmanuel Macron, par exemple, qui, pour lutter contre l’immigration de masse venue du sud de la Méditerranée, annonce : « L’idée est d’ouvrir des “hotspots” [déjà, rien que ce vocable… NDLR] en Libye afin d’éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu’ils ne sont pas tous éligibles à l’asile. Je compte faire cela dès cet été. »

    Inutile d’attendre la fin de ce dernier pour constater que la bise est venue avant terme par la voix de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, qui s’empresse de préciser : « Ce type d’initiatives ne peut pas actuellement être envisagé en Libye, compte tenu de la situation du pays. »

    Il s’agissait donc d’une « fake news » sur laquelle, par révérence peut-être, les médias ne se sont pas rués, alors qu’elle était « fakissime ». Ouvrir une antenne française pour réfugiés en Libye ? Pourquoi pas inaugurer une succursale de Pôle emploi à Kaboul pour y développer l’industrie locale du strip-tease ?

    Si l’on y réfléchit mieux, le silence de ces mêmes médias, à l’exception notoire de notre confrère Marianne, n’a rien d’anodin, la caste journalistique étant le premier grossiste en matière de « fake news ». De charniers roumains à Timișoara, de profanation de cimetière à Carpentras, de bébés égorgés dans les couveuses koweitiennes par la soldatesque irakienne, d’armes de destruction massive dissimulées à Bagdad et dans ses proches environs, de génocides en ex-Yougoslavie, de révolutions colorées en Ukraine et autres printemps arabes. Sans évidemment négliger les parallèles spécieux visant à, aujourd’hui, assimiler les régimes russes, vénézuéliens ou hongrois aux heures les plus sombres d’un stalinisme ou d’un hitlérisme décidément recyclables jusqu’à l’infini et l’au-delà.

    Et c’est là où les nouveaux chevaliers de l’information excellent, puisqu’ils finissent, vingt ans après, par rectifier leurs propres erreurs, tout en nous faisant la morale au passage ; logique, ils incarnent le camp du « bien ». Et s’ils se sont trompés, c’était de bonne foi et pour la bonne cause. Pratique. Quant à leur chasse aux « fake news », elle consiste le plus souvent à pinailler sur les détails tout en négligeant l’essentiel. Tel ou tel journal plus ou moins dissident affirme que deux cent mille migrants vont déferler sur nos côtes avant la rentrée ? Faux ! Car ce sera cent cinquante mille tout au plus… Mais à cinquante mille près, il n’empêche que l’invasion est bel et bien réelle, et que là constitue l’information majeure.

    En l’occurrence, qui publie la « fake news » ? Celui qui exagère ou minimise l’information ? Ou celui qui la nie tout bonnement ? Dans le cas d’Emmanuel Macron, c’est un peu plus sournois. Cette information majeure (la submersion migratoire), il fait mine de la prendre en compte tout en faisant croire qu’il la réglera, tout en sachant bien que ce tour de passe-passe ne saurait longtemps faire illusion, même pas auprès de ses plus proches ministres.

    Ce n’est plus Jupiter, c’est Garcimore.  

    Journaliste, écrivain
  • La question scolaire en France. Partie 1 : L'hypocrisie et les blocages de l'Education nationale.

     

    Par Jean-Philippe Chauvin 

     

    1345578492.2.jpgLors des émeutes de l'automne 2005, j'avais proposé au proviseur du lycée Hoche de Versailles d'échanger pour les mois suivants quelques heures de mon service avec des collègues de mon ancien collège des Mureaux, en zone défavorisée, pour soulager un peu ceux-ci et leur montrer un autre visage de l'enseignement tandis que j'espérais que mon expérience passée de « professeur de ZEP » (neuf ans au collège Jean-Vilar des Mureaux) servirait à dénouer temporairement quelques soucis. C'était aussi un moyen d'affirmer une solidarité active, tant avec les professeurs et les administrations des établissements considérés comme « difficiles » qu'avec des élèves souvent persuadés que la France les a rejetés parce qu'ils étaient nés là ou au loin, et qui se sentent, pas totalement à tort, marginalisés par l’Éducation nationale, plus injuste encore qu'inégalitaire...

     Si l'idée d'un tel échange a tout de suite plu aux autorités du lycée et à quelques enseignants des deux établissements éloignés d'une poignée de kilomètres, le rectorat et l'inspection académique m'ont tout de suite fait savoir, oralement et assez sèchement, qu'une telle initiative était impossible, non seulement à mettre en place, mais aussi à proposer ! Les textes étaient clairs, les consignes étaient strictes : il m'a été ainsi répondu que si je voulais donner des heures de cours aux Mureaux, il fallait demander ma mutation là-bas, ce qui n'était pas mon intention puisque je ne souhaitais y donner que quelques heures (j'avais proposé six heures, soit un tiers de mon service), et que c'était la même perspective pour les quelques collègues du lycée qui avaient accepté de me suivre dans ce projet malheureusement administrativement et légalement impossible. Ainsi m'apparaissaient encore plus nettement l'un des nombreux blocages de l’Éducation nationale et la froide logique d'un système à la fois jacobin et kafkaïen, apparemment incapable de cette nécessaire souplesse qui, pourtant, pourrait résoudre moult problèmes sans défaire l'ensemble. J'en ai conçu une amertume et une colère encore plus fortes que d'ordinaire, et l'hypocrisie d'un système qui ne cesse de parler de justice sociale, d'égalité des chances ou de bien-être scolaire pour éviter d'avoir à les pratiquer, m'a poussé à reprendre, pour ce qui était de cette École-là, deux formules, l'une d'origine familiale, l'autre d'origine plus politique : « L’Éducation nationale, c'est « grands principes, petite vertu » » et « Delenda Schola » (« Il faut détruire l’École », si l'on en suit le sens général, en tant qu'institution centralisée, une proposition du royaliste Pierre Debray, jadis étalée en couverture du mensuel monarchiste Je Suis Français...). Bien sûr, ces formules un peu abruptes nécessitent explication et nuance, mais elles méritent tout autant attention et réflexion et, au-delà, fortes propositions ! 

    Contrairement aux belles pages de l'éducation civique et morale qui emplissent les manuels de cette matière plus justificatrice du « Système » en place que de la réflexion libre et argumentée, l’École ne garantit, malheureusement, aucune des promesses qu'elle continue de vanter année après année, échec après échec. Cela serait sans doute pire si elle n'existait pas, mais certains de mes collègues en sont de moins en moins sûrs, preuve d'une perte de confiance indéniable et, peut-être, d'un fatalisme qui ne cesse de s'étendre ces dernières décennies, au détriment de l'esprit d'initiative et de justice réelle.

    Ainsi, l'égalité des chances (qui ne doit en aucun cas être confondue avec l'égalitarisme qui en est, en réalité, la négation) est devenue un leurre : selon que vous serez scolarisé dans un collège de banlieue défavorisée ou dans un établissement de centre-ville plus huppé, les conditions d'étude ne seront évidemment pas les mêmes et les motivations des enseignants, comme leur travail, ne seront pas semblables. Cela a d'ailleurs toujours été le cas, au moins contextuellement parlant, mais il y avait jadis l'idée que les moyens mis en œuvre par les autorités scolaires pour les écoles dites publiques permettaient un certain rééquilibrage et une forme d'équité scolaires, et aucune zone éducative ne semblait « abandonnée », ne serait-ce aussi que parce que la motivation des « hussards noirs de la République » était de type missionnaire comme celle des religieux qui tenaient les écoles privées avant que la République ne leur fasse une guerre qui, en certains lieux, n'est pas totalement achevée... Aujourd'hui, les enseignants nommés dans les établissements de ZEP ne pensent, à quelques exceptions près, qu'à en partir, malgré des dispositions financières parfois avantageuses. Souvent, ce ne sont pas les élèves en eux-mêmes qui découragent les collègues, mais c'est bien plutôt l'impression d'impuissance devant une situation de plus en plus compliquée qui motive le départ des professeurs vers d'autres zones moins conflictuelles : l'usure des bonnes volontés est une triste réalité qui ne trouve pas de réponse ni de réconfort dans les politiques des rectorats et du ministère central...  

    (à suivre)

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin

  • Le petit soldat

     

     

     Par François Marcilhac

     

    364574047.jpgL’élection d’Emmanuel Macron devait ouvrir une ère nouvelle : elle se contente d’aggraver les défauts de l’ancienne sans qu’il faille attendre du nouveau pouvoir la volonté de répondre aux défis qui se posent à notre pays. Entre enfumage et brutalité, le but désormais avoué est au contraire d’achever la société française dans son équilibre traditionnel, de plus en plus précaire.

    Les couacs ou les polémiques dont Jupiter rendrait responsables, dans les milieux bien informés, ses différentes équipes, qu’il s’agisse de ses collaborateurs directs, du Gouvernement ou de La République en marche, sont avant tout le fruit du malentendu qui s’est installé entre lui et les Français. Non seulement ils ne l’ont jamais adoubé comme un sauveur, puisqu’il est le plus mal élu de tous nos présidents, mais ils se sont aperçus très vite que loin de représenter une rupture, son élection était un aboutissement. C’est comme des fruits pourris, c’est vrai, que les vieux partis de gouvernement sont tombés au printemps dernier. Sonnées, les vieilles équipes vont prendre quelque temps avant de se reconstituer et de faire le nécessaire travail de recomposition idéologique, mais les partis sont parties prenantes d’une Ve République qui a été la première à leur attribuer dans la Constitution un rôle spécifique, puisque, selon l’article 4, ils « concourent à l’expression du suffrage ». D’où la bâtardise de La République en marche, conçue comme une sorte de mouvement poujadiste pour CSP++, que le chef de l’État cherche désormais à faire entrer dans le cadre vermoulu de nos institutions – le seul qui demeure pour l’instant opératoire –, fût-ce au corps défendant de ceux qui ont vraiment cru que leur élection représentait enfin la disparition du décalage entre le pays légal et le pays réel. La République en marche, n’est-ce pas la société civile enfin représentée par elle-même à l’Assemblée ? Peu importe que les membres de la nouvelle majorité soient à ce point coupés des Français ! Ils croient d’autant plus volontiers à leur mission novatrice qu’ils prennent leur absence de culture politique pour un défi au vieux personnel et aux vieilles pratiques : Macron ne les a-t-il pas appelés pour faire de la France une jeune pousse ? Ne se sentent-ils pas tous promis à cette révolution qui consiste à larguer les lourdeurs de modèle politique pour l’efficacité du modèle de la start-up ?

    Bercy prend le pouvoir

    Macron est un aboutissement, avons-nous dit. Jusqu’à présent cohabitaient à la tête de l’État un personnel politique hérité de la tradition républicaine et les intérêts de l’oligarchie, qui, à la faveur de la construction européenne, a pris le dessus sur nos exécutifs. Certes, cette domination n’a pas pu être possible sans la trahison par nos élites de leur mission politique, que la prise du pouvoir par la rue du Louvre en 1974 a amorcée et que celle par Bercy en 2017 a achevée. De Giscard à Macron, il n’y a pas de solution de continuité. Il y a seulement l’aboutissement d’un double projet technocratique et mondialiste – Giscard est déjà l’homme qui regarde la France de l’extérieur et réduit notre pays à 1 % du monde. Le personnel politique, durant ces quarante-cinq ans, loin de lutter, comme c’était son devoir, contre une évolution qui n’avait rien d’inéluctable – il n’y a pas de sens de l’histoire, il y a seulement des tendances lourdes qui se succèdent au fil des rapports de forces successifs –, a au contraire cherché à l’accompagner, dans l’espoir non pas de l’encadrer ou d’en limiter les effets, mais d’y survivre en en devenant un des partenaires. Le double septennat de Mitterrand fut de ce point de vue catastrophique. Ancien militant politique de droite sous la IIIe République, politicien opportuniste sous la IVe République, concurrent socialiste malchanceux de De Gaulle et de Giscard sous la Ve, Mitterrand avait tout de l’homme politique ancienne mode. Las ! Exception faite des deux premières années, du reste malheureuses, de son premier mandat, Mitterrand mit bientôt la France à l’heure européenne, ou plus exactement allemande, il suffit de relire un acteur de l’époque, Chevènement. Car le traité constitutionnel de 2005 – dernière fois où les Français purent se prononcer en tant que peuple politique –, la forfaiture de Lisbonne en 2008 ou celle du traité budgétaire en 2011 ne furent possibles que parce que Mitterrand avait engagé, en 1992, la disparition de la France comme acteur politique par le traité de Maëstricht, tout en entamant la dissolution de la France comme être politique via le remplacement de l’idéologie socialiste, encore trop politique, par l’antiracisme, aggravant du point de vue de l’identité nationale la politique migratoire inaugurée sur le plan démographique par Giscard.

    Médiocrité croissante à l’Élysée

    Comment s’étonner que la classe politique, génération après génération, ait perdu progressivement le sens même de la nation, et avec celui-ci, le sens de l’État ? La médiocrité croissante de nos chefs d’État de Mitterrand à Hollande correspond à la perte progressive de la notion même du politique chez nos élites. C’est en ce sens que Macron est un aboutissement et non une rupture : celui du mouvement né avec le retour du saint-simonisme en 1945 et porté sur les fonts baptismaux par un Jean Monnet et toute sa clique sous la IVe République. Et si les débuts de la Ve ont pu faire illusion avec le retour de De Gaulle au pouvoir, qui a marqué une pause dans le projet européen, celui-ci repartit de plus belle après son départ et surtout après 1974, la mondialisation financière décidant du rapport de forces.

    Le rejet, au printemps dernier, des partis politiques traditionnels au profit, tout relatif, compte tenu du taux d’abstention inédit, de La République en marche, est celui d’acteurs fondés sur une forme ancienne – les partis de la IIIe République – discrédités d’avoir accompagné et même favorisé la prise de pouvoir par l’oligarchie alors que leur mission, au moins théorique, était d’en protéger les Français. La création de La République en marche a eu pour fonction de remplacer ces vieilles outres, rendues obsolètes par Hollande et Fillon, par une outre nouvelle, totalement connectée sur le nouveau monde, dont le nouveau parti, « en marche » perpétuelle, comme le temps de la finance, doit être, et est, en quelque sorte, une représentation fidèle. Ce nouveau parti a toutefois besoin d’être encadré, car la « société civile », même tronquée, n’a, par elle-même, aucune unité. On comprend qu’une partie du vieux personnel politique se soit recasée auprès de Macron pour assurer cette délicate mission dans un cadre encore politique et constitutionnel. Nous sommes donc toujours dans une situation bâtarde. La prochaine étape sera le dépassement même de ce cadre. D’où les velléités de réforme constitutionnelle vers un régime parlementaire encore plus raisonné et efficace. Comprenez, encore plus docile et inefficient. Car c’est bien vers un affaiblissement du rôle du Parlement que s’oriente Macron, comme le montre la prétendue réforme de moralisation qui vise à achever de discréditer le parlementaire comme tel tout en s’orientant vers un parlement chimiquement pur, sur le plan idéologique, puisque désormais, il faudra être antiraciste, immigrationniste et militant LGBTIXYZ pour être élu.

    L’État livré à l’oligarchie

    Devrions-nous nous en réjouir, nous, qui à l’Action française, n’avons cessé, à juste titre, de dénoncer les défauts irrémissibles du régime des partis ? Malheureusement, le but de Macron n’est pas de redonner à un exécutif véritablement indépendant le pouvoir souverain de décision. Non, il est d’achever le processus en livrant définitivement l’État ou, plutôt ce qu’il en reste, à l’oligarchie internationale, dont il est le petit soldat.   

    L'Action Française 2000 du 03 Août 2017.

  • Sport • Neymar, Paris 2024 : les drôles de priorités d’homo festivus

     

     

    Sur l'affaire Neymar, notamment, Aurélien Marq a donné dans Causeur [3.08] un point de vue qui nous semble avoir sa pleine justification. Le cas échéant, les sportifs donneront leur avis.  

    La Défense vient de perdre 850 millions d’euros. La mission sécurité, c’est à dire la police et la gendarmerie, en perd 200. Soit plus d’un milliard d’euros de moins pour la sécurité de la France et de ses habitants.

    Pendant ce temps, Paris se réjouit à l’idée d’accueillir des Jeux Olympiques qui n’ont plus grand’chose à voir avec l’esprit de l’Antiquité, mais dont les récentes versions se sont avérées des gaspillages presque caricaturaux. Et les clubs de foot s’apprêtent à s’échanger des joueurs aux salaires démesurés pour des sommes colossales.

    Bien sûr, l’argent du football n’est pas de l’argent public. Même si au fond, les grands clubs ne doivent leur richesse qu’à l’engouement général pour ce sport, nourri par un réseau de clubs amateurs bénéficiant de subventions et de terrains de foot installés jusque dans les plus petites communes aux frais du contribuable.

    Neymar = 1200 militaires

    Mais prenons le cas médiatisé dernièrement de Neymar . 30 millions d’euros de salaire net estimé par an, 222 millions de coût de transfert pour rejoindre le PSG. D’un strict point de vue économique, rien à redire. La loi de l’offre et de la demande. Et il n’est pas choquant qu’un homme talentueux dans son domaine monnaye son travail à la hauteur de ce que son employeur espère en retirer. Tant mieux pour lui, et que les jaloux essayent de faire aussi bien au lieu de critiquer.

    Pourtant, que pouvons-nous penser d’une société dont les membres se plaignent de manquer de soldats, de gendarmes, de policiers, et qui néanmoins verse pour un seul joueur de foot l’argent qui lui permettrait d’avoir environ 1200 militaires supplémentaires ? Car cet argent vient bien de quelque part ! Des abonnements, des droits de diffusion, de la publicité parce qu’elle est rentable et donc de nos achats, etc.

    L’air du temps est celui que nous expirons

    Oh, ce n’est pas la décision d’un chef d’Etat, ni d’un gouvernement. Personne, à vrai dire, n’a un jour eu à arbitrer entre ces deux options : la France a-t-elle plus besoin, aujourd’hui, d’un excellent joueur dans un club appartenant à un pays dont les liens avec le terrorisme sont pour le moins ambigus, ou de 1200 militaires, gendarmes et policiers chargés de combattre ce terrorisme ?

    Il n’en demeure pas moins que ce choix a été fait, collectivement. Il est la conséquence naturelle d’un climat, d’une ambiance, d’un « air du temps ». Et il dit quelque chose de ce que nous sommes.  •

    Aurélien Marq

  • Théâtre & Cinéma • Pauvre de nous : Claude Rich n’est plus

     

    Par Nicolas Gauthier

    Voici un bien bel article [Boulevard Voltaire, 22.07] d'évocation de Claude Rich, disparu il y a déjà deux semaines. Le rédacteur de ces lignes-ci se souvient d'avoir vu Claude Rich jouer Faisons un rêve au théâtre, à Marseille ou à Paris, et que c'était un enchantement, bien-sûr  à cause de l'art de Guitry mais aussi à cause de l'art, personnel, sans imitation aucune, de Claude Rich. Il ne faut jamais juger les artistes à raison de leurs idées politiques, religieuses ou autres, mais seulement de l'intensité de leur art. Celui de Claude Rich, cependant, se ressentait de son attachement à la France de la Tradition, notamment catholique. Et cela n'est pas indifférent.  Lafautearousseau.  

     

    745791051.pngMaintenant que Claude Rich nous a quittés, Venantino Venantini demeure le dernier des Tontons flingueurs à ne pas avoir été flingué par la Camarde.

    Claude Rich, dans le film de Georges Lautner, c’est l’insupportable Antoine, soupirant de la jolie Patricia, filleule de l’irascible Fernand, incarné par Lino Ventura ; un Antoine compositeur de l’espèce bruitiste, connu pour signer concertos pour robinets qui fuient et sonates pour pneus crevés.

    Claude Rich va enfin atteindre « l’anti-accord absolu », quand Fernand assure à Patricia que « ton Antoine commence à me les briser menu ».

    Claude Rich, dans l’Oscar d’Édouard Molinaro, c’est Christian, le comptable indélicat et plus insupportable encore, qui arnaque son futur beau-père, le tout aussi irascible Louis de Funès. « Vous connaissez ma fille depuis combien de temps ? » « Un an et demi. Mais je suis aussi son amant… » « Depuis combien de temps ? » « Un an et demi… » « Eh bien, vous, le moins qu’on puisse dire est que vous ne perdez pas de temps ! »

    Claude Rich, c’est un phrasé inimitable, une longue silhouette, souple et dégingandée, des yeux qui riaient tout seuls, une classe naturelle et incomparable.

    Claude Rich, ce sont des dizaines de films et plus, encore, de pièces de théâtre. C’est aussi le roué Talleyrand qui affronte le terrible Fouché, Claude Brasseur, dans Le Souper, sublime pièce de Jean-Claude Brisville, transposée sur grand écran par Édouard Molinaro. 

    Claude Rich, c’est également ce vieillard aussi pingre qu’atrabilaire dans Le crime est notre affaire, fort joli film de Pascal Thomas, très librement inspiré d’un roman d’Agatha Christie. Même en ignoble bonhomme, il parvient à inspirer de la tendresse, à faire transpirer l’humanité de son personnage, au coin d’un sourire, au travers d’un regard. 

    Claude Rich, c’est l’homme qui sait tout jouer, l’acteur qui peut tout jouer ; à l’exception, peut-être, de ce rêve à jamais inassouvi ? Incarner le père Charles de Foucauld, l’ermite du Hoggar, dont il conserva longtemps la photo dans son portefeuille, fasciné qu’il était par son « besoin d’absolu ».

    Claude Rich, en effet, est un catholique de conviction, espèce assez rare en un show-biz désormais envahi de Michaël Youn et de Jamel Debbouze. Se définissant comme un « chrétien pitoyable », il affirmait au passage : « Je ne suis pas un très bon chrétien. Je n’étudie pas beaucoup ma religion, mais je crois en l’amour de Dieu. De la même façon que l’on ne sait pas toujours pourquoi on aime une personne, j’aime Dieu. Je le fréquente tous les dimanches. Lorsqu’il m’arrive de confier à quelqu’un mon intention d’aller à la messe le dimanche et que mon interlocuteur me fait part de son étonnement, je lui dis que c’est moi qui suis étonné qu’il n’aille pas à l’église ! »

    Claude Rich est malgré tout assez bon chrétien pour signer des deux mains le manifeste de « total soutien » au pape Benoît XVI, quand ce dernier remit à l’honneur la messe tridentine.

    Claude Rich fut donc un drôle de paroissien. Qu’il nous soit ainsi permis de le saluer, humblement et chaleureusement, en ces colonnes, pour tout le bonheur qu’il nous a donné, et surtout les moments d’émotion et les fous rires avec lui partagés.

    À Dieu, Claude Rich. À Dieu en deux mots, tel qu’il se doit ; pour vous dire ce qui n’est qu’un au revoir.   

    Journaliste, écrivain
     
    A lire aussi un autre très bel article sur la disparition de Claude Rich  ...
     
    Claude Rich, le prince s’en est allé par Thomas Morales  -