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Actualité France

  • Pierre-André Taguieff : « Macron c'est de la com', encore de la com', toujours de la com' »

     

    Par Alexandre Devecchio

    Ce long entretien d'Alexandre Devecchio avec Pierre-André Taguieff [Figarovox, 17.09] à l'occasion de la parution de son dernier livre, Macron : miracle ou mirage, est une réflexion de fond, en soi fort intéressante, sur le macronisme.  Nous pourrions en discuter tel ou tel point. Le lecteur découvrira lesquels. Nous sommes toutefois d'accord sur l'essentiel de ces analyses.  LFAR

     

    3743843301.jpgTrois mois seulement après son élection, alors même qu'il commence à peine à mettre en œuvre son programme, Emmanuel Macron est déjà confronté à une chute vertigineuse dans les sondages. Le nouveau président de la République peut-il être considéré comme un « mirage » pour reprendre le titre de votre livre ? 

    C'est le prix à payer pour avoir bénéficié d'une opération publicitaire réussie dans un contexte politique ultra-favorable, qui, aux yeux des plus naïfs, lui a donné la figure d'un envoyé de la Providence ou d'un ange descendu du ciel. Le prétendu miracle, l'avènement imprévisible d'un « sauveur » de la France, aura eu le statut d'une apparition furtive. Nous sommes passés en quelques mois d'un événement improbable, perçu sous le signe du merveilleux, à la prise de conscience qu'il s'agissait d'un simple mirage en train de se dissiper. Les principaux thèmes du mythe macroniste, le héros combattant les « forces du monde ancien » qui veulent « faire échouer la France », le sauveur qui allait stopper le déclin de la nation, ont perdu leur attractivité. Mais la fascination a été telle que la dissipation du mirage peut durer un certain temps. Les croyants et les énamourés tiennent à leurs illusions. Quant aux intéressés, à tous ceux qui vivent ou bénéficient du nouveau pouvoir, ils tiennent à ce que les autres ne perdent pas leurs illusions et mettent toute leur énergie à les entretenir. De la com' à la com' en passant par la com': c'est à cette petite histoire stationnaire que se réduit le moment « révolutionnaire » que Macron s'est efforcé d'incarner.

    Dans le grand entretien qu'il vient d'accorder au Point, Macron explique qu'il est absurde de prétendre le juger au bout de cent jours seulement … N'est-il pas trop tôt pour être conclusif ?

    Si les sondages lui étaient favorables, il dirait le contraire. Il s'agit d'un faux problème. Dans le roman de Balzac, Le Père Goriot (1835), Eugène de Rastignac voulait conquérir Paris : « À nous deux maintenant ! », s'écriait-il. Macron est plus ambitieux : c'est la France qu'il a voulu conquérir. Dans Révolution, revenant sur sa découverte passionnée de Paris, à l'âge de seize ans, il fait cet aveu : « J'étais porté par l'ambition dévorante des jeunes loups de Balzac. » Le stratège machiavélien d'âge mûr semble avoir réalisé les rêves de l'adolescent : accéder aux sommets, être « grand » et reconnu comme tel en France et surtout ailleurs.

    « Nous sommes en train de payer le prix de cette bêtise collective qui consiste à croire en la fin de l'Histoire », explique Macron au Point. Sur les questions régaliennes et sur le plan de la politique étrangère, Macron a tout de même surpris …

    Parole en l'air, car personne ne croit plus à la légende néo-hégélienne de la fin de l'Histoire, lancée par Francis Fukuyama en 1989. Depuis au moins le 11-Septembre, la légende s'est dissipée. Macron est mal informé sur la question : il en reste à ses souvenirs d'étudiant de la fin des années 1990. Macron s'adapte à chaque public en lui offrant ce qu'il attend, dans un contexte donné. C'est pourquoi il enfonce si souvent des portes ouvertes, et donne, « sans rien céder » (l'une de ses formules figées), dans les clichés ou les lieux communs, comme à la fin de son interview du Point : « Dans ce monde de changements profonds, la France a tout pour réussir, avec un objectif : être plus forte et réduire les inégalités.» Il y en a pour tout le monde, et à la portée de tous. Il lui fallait justement surprendre pour tenter de remonter la pente de son impopularité. Question, encore, de com'.

    Il faut frapper fort pour frapper les esprits, quitte à rester allusif : « Nous devons renouer avec l'héroïsme politique propre au monde républicain, retrouver le sens du récit historique. » Suit un appel lyrique aux « héros », à l'esprit conquérant contre « l'esprit de défaite ». Une bouffée de gaullisme pour faire oublier Hollande. On admire la capacité de métamorphose du héros réformiste. Tel un caméléon, il prend la couleur du lieu où il se trouve, épouse les valeurs de ses interlocuteurs, change de discours au gré des sondages. On l'a connu déguisé en aviateur, en boxeur, en footballeur, en tennisman, etc., on l'a même aperçu muni d'une raquette en fauteuil roulant, on le trouve dans les habits du visionnaire dissertant sur les affaires du monde et sur l'avenir des relations internationales. Il est vrai qu'on ne pouvait attendre d'un Sarkozy ou d'un Hollande des propos d'une telle hauteur de vue, s'inscrivant dans le noble projet d'inventer un « nouvel humanisme ». Encore qu'il ne faille pas oublier l'ambitieuse « politique de civilisation » évoquée par Sarkozy en 2008, ni la « Nouvelle société » colberto-centriste de Jacques Chaban-Delmas (1969). Le cimetière des idées mortes est plein de ces chimères réchauffées et de ces utopies avortées.

    Le président-héros est décidé à mettre fin à « trois décennies d'inefficacité » par la grande et profonde « transformation » qu'il annonce. Parmi les travaux herculéens en cours, la réforme du droit du travail joue le rôle d'une baguette magique. Une « révolution copernicienne », ose-t-il dire de sa « réforme globale ». Poudre aux yeux : il n'y a là qu'une modeste refonte destinée pour l'essentiel à accroître le pouvoir du chef d'entreprise. Bref: ni « casse », ni «transformation profonde». Un petit pas à droite (version néolibérale), dans lequel on ne saurait sans ridicule voir la preuve d'un quelconque « héroïsme politique ».

    La victoire de Macron a été analysée comme une recomposition du système politique. Vous émettez l'hypothèse que son élection serait à l'inverse le produit d'une décomposition, un symptôme plutôt qu'un remède. Cela expliquerait la rapidité de sa chute ?

    Dans mon livre, j'examine en effet les trois grandes hypothèses censées expliquer la victoire électorale de Macron. La première se réduit au récit d'un miracle historique, qui a toujours ses adeptes candides et enthousiastes. La deuxième est celle de l'action habilement menée d'un fin stratège qui a su exploiter à son profit l'état de décomposition du système politique français. Voilà qui donne à Macron la figure d'un produit du système, dont il connaît tous les rouages et les dysfonctionnements. En jouant le rôle d'un candidat anti-système crédible (au contraire de Mélenchon) tout en misant sur la respectabilité (qui manquait à Marine Le Pen), il s'est conféré un supplément d'attractivité. Un trublion anti-système qui séduit les retraités (qui vont regretter leur vote pro-Macron), un « révolutionnaire » qui n'effraie personne : un tel être hybride ne peut que plaire aux Français qui rêvent de révolution tout en exécrant le désordre et la violence.

    La troisième hypothèse est celle du mirage, de l'illusion que Macron incarne, et qui se dissipe peu à peu. La rhétorique du « renouvellement » et de la « recomposition » est de la poudre aux yeux. Comme la comique entreprise de « moralisation » de la vie politique, dernier avatar de l'utopie de la «transparence».

    Vous analysez la polémique avec le général de Villiers comme sa première faute. Pourquoi cette affaire a-t-elle cristallisé autant de défiance ?

    La légitimité était à l'évidence, pour la majorité des citoyens français, fixée sur le général de Villiers, symbole de ce qu'il y a d'éminemment respectable dans l'armée. Dans cette affaire, Macron s'est comporté et a été perçu comme incapable de rassembler les Français. Disons simplement que le masque « jupitérien » est tombé.

    Plutôt qu'à un renouvellement des élites, assiste-t-on à un rajeunissement des élites ?

    Rajeunir à tout prix n'est pas une politique. Le jeunisme affiché, ostentatoire, relève du politiquement correct et d'une forme de démagogie clientéliste. Tout comme le spectacle de la parité ou de la « diversité ». L'ennui, c'est que cette politique-spectacle ne tient pas compte de l'expérience ni de la compétence des personnes nommées. Après la démission contrainte de Sylvie Goulard, spécialiste des affaires européennes, Macron a nommé ministre des Armées une spécialiste des dossiers budgétaires, Florence Parly. À cet égard, le contraste avec le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, grand connaisseur du système d'enseignement en France, est maximal.

    Dans mon livre, j'analyse la redéfinition de la démocratie dans l'optique macronienne : le pouvoir des jeunes, par les jeunes, pour les jeunes, un pouvoir incarné par « le plus jeune président » d'un pays européen, et « optimiste » comme il convient à tout jeune de l'être. Il déclare vertueusement vouloir « redonner une place et un avenir à notre jeunesse ». Qui pourrait être contre ? Mais point de juvénophilie sans gérontophobie. Ce qui revient à opposer les générations entre elles : les jeunes en quête d'emploi contre les retraités, scandaleusement « aisés ». Macron divise et conflictualise ainsi, subrepticement, la société française, en opposant aussi ceux qui ont un « statut » (les « protégés ») et les autres (les « exclus »), ceux qui sont « pour l'ouverture » et les autres, ceux qui « regardent vers l'extérieur » et les héritiers supposés de « la France de Pétain », érigée en paradigme de la France « figée » et « crispée », alors même qu'elle regardait beaucoup du côté de l'Allemagne hitlérienne, qui construisait alors une Europe à sa botte. Le bon « extérieur » de Macron n'est autre qu'une globalisation qui s'accélère et une Europe toujours plus intégrée. Il ne voit l'avenir de la France que sous l'angle d'une adaptation croissante à la marche du monde, réduite à sa composante économico-financière. Le « progrès » selon Macron consiste à combattre ce qu'il appelle les « forces du monde ancien », non les forces du monde présent.

    Est-ce finalement le triomphe de la technocratie sur la politique » ?

    Le macronisme est une tentative de faire entrer la France dans la mondialisation techno-marchande, en dépolitisant les enjeux fondamentaux. Mais le chantre de la mobilité planétaire n'assume pas sa thèse fondamentale, et multiple les dénégations du type: « Le but, ce n'est pas de s'adapter à la mondialisation, c'est de réussir, d'être des leaders. » Le seul message macronien non ambigu est que « l'économie est notre destin », selon la célèbre formule de Walther Rathenau. Cet économicisme chasse le politique, qui se réduit à un décor, à un blabla démagogique empruntant ses clichés à n'importe quelle source idéologique.

    Macron risque-t-il d'être à son tour victime du « dégagisme » ?

    Le processus a déjà commencé. L'aveuglement et l'engouement du printemps 2017 n'auront été qu'un phénomène de mode. Il aura été, le temps d'un printemps, le suborneur d'une France déçue et désorientée. Il a mis son intelligence et sa culture au service de son désir effréné d'ascension sociale. Disons qu'il est un Cagliostro de la politique postmoderne. Mais le dégrisement général fera probablement de lui une étoile filante. Ce qui veut dire qu'il prendra sa place dans cet ordre normal des choses qu'il a prétendu bousculer. L'énarque frotté de littérature et de philosophie reste un énarque.

    Dans l'affrontement « progressistes » / « conservateurs » théorisé par Macron ou dans la confrontation « mondialistes » / « patriotes » définie par Marine Le Pen, n'y a-t-il pas, malgré tout, un véritable clivage idéologique peut-être plus tangible que le traditionnel clivage droite  /gauche …

    Ces nouveaux clivages imposés par les macronistes et les marinistes relèvent du discours de propagande. Il va de soi que le mot « conservateur » fonctionne comme un mode d'illégitimation, voire comme une insulte dans le parler macronien. Synonyme de « réactionnaire », il fait partie des mots destinés à disqualifier tous ceux qui ne se rallient pas à l'étendard du grand leader bien-aimé. De tels termes sont des opérateurs d'amalgames polémiques, et, à ce titre, ils n'ont pas de pertinence conceptuelle. En outre, les deux couples d'opposés ne se recouvrent pas: des « patriotes » peuvent se dire ou être dits « progressistes » ou « conservateurs ». 

    Si le clivage droite /  gauche est usé, s'il ne permet plus de définir sans équivoque des identités politiques distinctives, il garde une relative valeur fonctionnelle. Mais les critères et les repères qu'il présuppose et propose sont brouillés. Si la grande vague populiste d'orientation nationaliste commencée dans les années 1980 signifie quelque chose, c'est avant tout la mise en place d'une opposition entre le haut et le bas, entre les élites et le peuple, ou, si l'on préfère, entre les classes supérieures déterritorialisées et les classes moyennes et populaires se reconnaissant dans une appartenance nationale. Outre cette opposition sur un axe vertical, on constate l'existence d'un conflit d'intensité croissante entre la vision républicaine de la communauté des citoyens et la vision multiculturaliste ou multicommunautariste de la « société des individus » instaurée par la mondialisation. La France découvre, longtemps après le monde anglo-saxon, la « politique des identités », identités ethniques ou culturelles, religieuses ou linguistiques, sexuelles ou de genre, qui, par leurs rivalités et leur mise en concurrence, divisent et conflictualisent le champ social. Il est vrai que les élites de l'économie et de la culture tendent à soutenir la vision multiculturaliste d'une démocratie idéalement cosmopolite, tandis que les classes moyennes et populaires restent attachées à la vision républicaine de la nation.

    Mais ces clivages qui se chevauchent sont eux-mêmes recoupés par d'autres clivages: par exemple, entre les défenseurs d'une stricte laïcité et les partisans d'aménagements divers du principe de laïcité, ou entre les chantres du productivisme, de la croissance ou de l'innovation technologique et les défenseurs de telle ou telle forme de limitation du « progrès technologique ». N'oublions pas non plus le clivage entre les adeptes de la religion irénique du « vivre ensemble », qui postulent notamment une différence de nature entre l'islam (religion d'amour et de paix) et toutes les formes de l'islamisme, et les partisans d'une vision réaliste de la menace salafiste-djihadiste, qui appellent à une vigilance permanente face au communautarisme islamique. La nouvelle vision politiquement correcte de la laïcité est un « coexistentialisme », variante simplifiée du multiculturalisme normatif. Dans Le Point, Macron caractérise la France comme un pays « de catholiques, de protestants, de juifs et de musulmans », c'est-à-dire comme une nation multicommunautaire à base religieuse, jetant le reste de la population dans le gouffre du « rien ». C'est là sa conception de l'identité de la France. Il l'a réaffirmée le 13 septembre 2017, à l'occasion de la «victoire historique» de Paris pour les JO 2024 : « Défendre les valeurs de l'olympisme, c'est aussi œuvrer pour plus d'équilibre et plus de multiculturalisme. » Et Anne Hidalgo, la « gagnante » s'écriant à Lima « C'est immense ! » ou « C'est magique ! », d'appliquer le modèle multiculturaliste en l'illustrant : « Je pense à la Seine-Saint-Denis, à cette jeunesse très cosmopolite qui va là pouvoir se projeter dans quelque chose de fort. » L'avenir de la France, c'est le multiculturalisme et le jeuno-cosmopolitisme.

    Quant aux « révolutionnaires » en peau de lapin qui se multiplient à droite, à gauche, aux deux extrêmes et au centre macronisé, le mieux à faire est de les laisser bavarder entre eux. Dans les démocraties occidentales, la « révolution » est depuis longtemps un argument publicitaire. L'âge de la réforme permanente et inoffensive a chassé celui des révolutions violentes. Je ne suis pas de ceux qui regrettent Robespierre, Lénine, Staline, Mao ou Castro. Mais je ne saurais me satisfaire de vivre dans ces démocraties satisfaites, aseptisées, droguées aux médias et soumises au politiquement correct qui prétendent incarner le dernier mot du « Progrès », en prônant une « révolution positive » ou une « révolution citoyenne ». Manières de sortir de l'Histoire en brodant sur de grandes références historiques.

    Face à « En Marche » peut-il naître un « En Marche arrière toute », un mouvement souverainiste, conservateur et identitaire soucieux de la préservation de l'identité nationale ?

    Pourquoi « arrière toute »? C'est là croire encore au grand récit trompeur du mouvement en avant comme processus d'émancipation impliquant la fin des nations et leur fusion dans un grand tout régi par la norme d'uniformité. Mais je doute qu'il puisse se former un front commun qui soit à la fois souverainiste, conservateur et identitaire. Les mondialisateurs « progressistes » sont d'accord sur presque tout, au contraire de ceux qui résistent, sur des bases théoriques diverses, au processus planétaire présenté comme fatal et célébré comme une grande marche vers un « monde meilleur ». Le souci de la souveraineté nationale, héritage de la Révolution française, est stupidement attribué en propre à « l'extrême droite ».

    En dépit de ses propos sur la « grandeur de la France », qui sonnent gaulliens (« La France doit redevenir une grande puissance »), Macron a choisi son camp, celui de l'européisme salvateur : « L'Europe est le niveau approprié pour recouvrer notre pleine souveraineté.»

    La question des identités collectives reste une vraie question qu'il ne faut pas abandonner aux théoriciens du multiculturalisme. Quant au conservatisme, en général confondu abusivement avec telle ou telle doctrine réactionnaire, il demeure aussi méconnu que stigmatisé rituellement, alors même qu'il commence à être discuté intelligemment en France. La simple référence à l'identité nationale a été diabolisée par les néolibéraux comme par les idéologues du gauchisme culturel. Qu'il s'agisse de l'impératif de souveraineté, du besoin d'identité ou de l'exigence de conservation des héritages, il faut se garder de toute absolutisation. Or, les défenses nuancées ou mesurées des principes normatifs sont moins audibles et mobilisatrices que celles qui dérivent vers l'excès et la radicalité.  

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    Pierre André Taguieff est philosophe, politologue et historien des idées. Son dernier livre, Macron : miracle ou mirage ?vient de paraître aux éditions de l'Observatoire

    1630167502.jpgXVM8d8b71a4-8f2b-11e7-b660-ef712dd9935a-150x200.jpgAlexandre Devecchio est journaliste au Figaro, en charge du FigaroVox. Il vient de publier Les Nouveaux enfants du siècle, enquête sur une génération fracturée (éd. du Cerf, 2016) et est coauteur de Bienvenue dans le pire des mondes (éd. Plon, 2016).

    Alexandre Devecchio

  • Affaire Barbarin : tapez sur les cathos, il en restera quelque chose ! La mise à mort médiatico-judiciaire continue

     

    Une tribune de Régis de Castelnau

    Nous supposons les idées de Régis de Castelnau assez éloignées des nôtres. Peut-être bien opposées sur de nombreux points. Mais là, nous trouvons très bienvenues les réflexions qu'il a livrées dans Causeur [20.09] sur la dégoûtante campagne organisée à l'encontre du cardinal Barbarin.  On ne nous suspectera pas ici d'être simplement calotins : nous avons dit sans précautions particulières notre désaccord avec la politique immigrationniste du pape François et de presque toute l'Eglise depuis bien longtemps.  Dans ce cas, toutefois, plein accord avec ce qu'écrit Régis de Castelnau. Faut-il trouver le cardinal Barbarin sinistre ? Il aurait de quoi l'être !  LFAR

     

    3957877889.jpgLe lugubre cardinal Barbarin a fait l’objet en son temps d’un lynchage médiatico-politique en grand que certains ont voulu transformer en lynchage médiatico-politique et judiciaire. Tous les médias à la manœuvre, le Premier ministre de l’époque lui-même sommant l’ecclésiastique « de prendre ses responsabilités » ! Et le ministère de l’Intérieur a joué un rôle assez trouble là-dedans. Le problème, c’est que la France est normalement un État de droit, et que toutes les plaintes déposées, parfois trente ans plus tard, se sont heurtées à la probité du parquet de Lyon qui a appliqué les principes impératifs régissant le procès pénal, et font la différence entre un pays civilisé et la république bananière dont semblent rêver certains.

    En prison les abbés !

    Le classement sans suite avait beau être inévitable et parfaitement motivé, il a été immédiatement suivi par la clameur et une levée de boucliers. Quand il s’agit de taper sur les curés on ne va quand même pas s’embarrasser des règles de droit, sinon on ne va pas s’en sortir. En prison les abbés !

    Alors, on va lancer une procédure à l’initiative des plaignants par le biais de la « citation directe en correctionnelle » pour qu’il y ait une audience pénale à grand spectacle. L’utilisation de cette procédure permet de contourner l’évidence de l’impossibilité des poursuites, et de saisir la juridiction pénale, contrainte d’audiencer l’affaire. Mais en application du droit de renvoyer les manipulateurs à leurs chères études. Le but n’est donc à l’évidence absolument pas d’obtenir une vérité judiciaire ou une condamnation qui ne peuvent pas advenir, mais bien d’organiser un cirque médiatique. Pour faire bonne mesure, on a cité tout un tas de mitrés, tout juste s’il n’y a pas le Pape dans la liste.

    Le « silence de l’Eglise » ?

    Écoutons Le Figaro. « L’archevêque de Lyon n’est pas le seul convoqué. Cinq autres personnes liées au diocèse le sont. Et une sixième, de grande importance: Mgr Luis Ladaria Ferrer. Au Vatican, ce jésuite espagnol est le préfet de la Doctrine de la foi, c’est-à-dire le gardien du dogme. François l’a nommé le 1er juillet 2017. » Là c’est du lourd, coco.

    Et tous ceux qui sont d’une prudence de serpent dès qu’il s’agit de l’islam intégriste s’en donnent cette fois-ci à cœur joie. Et les médias se préparent avec gourmandise. Y compris Le Figaro qui titre : « pédophilie, le silence de l’Eglise en procès. » Évidemment, on connaît bien l’opportunisme habituel de ce journal, mais on ajoutera cette fois-ci qu’il n’a même pas la reconnaissance du ventre. Les 8 % de français chrétiens qui pratiquent encore forment quand même les gros bataillons de ses lecteurs. Ni catholique, ni abonné, cela ne me concerne pas, mais à la place de ces ouailles, je résilierais mon abonnement…

    Petite pochade

    Pour m’amuser, j’ai eu une idée. Il faudrait déposer une plainte contre Brigitte Macron pour agression sexuelle sur mineur puisque la légende veut que sa relation avec son actuel mari ait commencé quand celui-ci avait 15 ans. Je n’en sais rien et je m’en fiche complètement, mais ce serait peut-être l’occasion de rigoler. Cette plainte serait bien évidemment classée sans suite, et il serait alors possible de citer Brigitte Macron devant le tribunal correctionnel pour « pédophilie » parce que ça sonne bien. Et, pour faire bonne mesure, on citerait aussi celui qui était alors ministre de l’Education nationale puisque Madame Macron était enseignante et entamait une relation avec un de ses élèves. Et Le Figaro pourrait ainsi titrer : « pédophilie, le silence de l’Élysée en procès ».

    Les juges ont-ils repris leur sang-froid?

    Redevenons sérieux, en dehors du Parquet national financier, et du « Pôle financier » de Paris, il apparaît que la magistrature a repris une partie de son sang-froid et résiste autant que faire se peut aux pressions médiatiques et politiques. C’est la raison pour laquelle la pantalonnade qui se prépare à Lyon n’est non seulement pas innocente mais de surcroît dangereuse. Lorsque les décisions d’irrecevabilité ou de relaxe seront rendues par le tribunal, nous entendrons la clameur dénonçant une justice partiale, voire achetée accompagnée des références habituelles à Jean de La Fontaine et ses Animaux malades de la peste.

    L’Eglise catholique a peut-être eu une attitude critiquable, voire lamentable dans le traitement de certains de ses problèmes, cela ne concerne que ses ouailles, ou ceux qui entendent poursuivre les traditions d’anticléricalisme à la française et continuer à brailler : « à bas la calotte ». Je n’appartiens à aucune de ces deux catégories.

    En revanche, cela concerne le citoyen que je suis dès lors que la justice de la République peut intervenir dans les conditions prévues par la loi et le respect des règles prévues à cet effet. Lesdites conditions ne sont pas réunies dans la représentation de cirque qui se prépare.

    L’instrumentalisation de la justice pour des fins qui ne sont pas les siennes est toujours une mauvaise action. 

    Régis de Castelnau

    Avocat.

    Régis de Castelnau anime le blog Vu du Droit depuis 2012. En consacrant sa vie professionnelle d’abord au Droit social puis au Droit Public dont il fut un des premiers praticiens actifs au sein de la profession d’avocat. Il y ajouta une activité universitaire, doctrinale ...

  • Les antifas incendiaires sont en fait les victimes. Sérieux ?

     

    Par Gabrielle Cluzel

    Une excellente chronique qu'on ne peut qu'approuver, parue dans Boulevard Voltaire du 19.09. 

    Que faut-il en conclure ? Notamment que nous avons désormais affaire à deux terrorismes en France. Non pas à un seul. Le terrorisme islamique et le terrorisme des antifas, des casseurs et des voyous. 

    Rappelons pour ceux qui l'ignoreraient que Gabrielle Cluzel a participé - d'ailleurs brillamment - au colloque du Cercle de Flore « Refonder le bien commun », du 13 mai dernier, à Paris (Illustration ci-dessous).  LFAR 

     

    2654943674.jpgLe Monde est un journal sérieux, n’est-ce pas ? Un journal très sérieux. Peut-être même le plus sérieux d’entre tous, de l’avis général.

    Ce journal sérieux, très sérieux, on ne peut plus sérieux, s’intéresse donc au procès – qui doit s’ouvrir mardi – des antifas à l’origine de l’incendie d’une voiture de police en mai 2016, en marge d’une manifestation interdite alors que la protestation contre la loi Travail battait son plein. Masqués, ils avaient harcelé des policiers dans leur véhicule jusqu’à y balancer un fumigène, mettant le feu à l’habitacle et blessant l’homme et la femme. La photo de la voiture carbonisée, hautement symbolique, avait fait le tour des réseaux sociaux, suscitant une vive émotion.

    « Voiture de policiers incendiée : les antifas veulent faire de leur procès une tribune », titre Le Monde« Le collectif Libérons-les et les antifas veulent se servir de leur procès pour sensibiliser aux luttes contre la répression policière », lit-on encore sous la plume d’Abel Mestre.

    Sérieux ? C’est réellement ce qu’il voulait écrire ? Ce n’est pas une boulette, une coquille, un cafouillage, l’ajout traître et maladroit d’un Caïn chevelu, étudiant à Villetaneuse le jour et antifa la nuit, ou l’inverse, que Le Monde aurait pris en stage parce que son père est actionnaire du canard-le-plus-sérieux-de-France ? 

    Dites-moi, dites-moi… si les procès se transforment en tribune contre les victimes, ça ouvre de chouettes perspectives ! Les délinquants sexuels pourront enfin dénoncer ces pimbêches au cœur sec qui se refusent à eux, les cambrioleurs l’accueil peu amène que leur réservent la plupart des propriétaires quand ils débarquent dans leur salon, les assassins d’enfant l’agacement que suscite un gosse qui crie dans vos oreilles, les hommes qui battent leur femme la frustration engendrée par un dîner qui n’est pas prêt en temps et heure. 

    Les violences policières existent sans doute, mais l’usage est de les dénoncer… dans les procès dont elles sont l’objet, non ? Et disons-le, qui a côtoyé des antifas et tenté une fois dans sa vie, fût-ce le plus pacifiquement et légalement du monde, de s’opposer à la terreur idéologique que leurs bandes font régner sur certaines universités – cela fait partie des multiples dossiers qui seront un jour ouverts quand la droite sera au pouvoir et aura retrouvé une once du courage, c’est-à-dire peu ou prou quand les poules auront des dents, diront les pessimistes – peine à les imaginer recroquevillés, désemparés, désarmés, tout amour et paix devant de méchants policiers.

    Un jeune « normal » arriverait au tribunal cou cravaté et mine contrite, battant sa coulpe et baissant les yeux : il n’imaginait pas les conséquences de son acte. Mais n’aurait pas l’outrecuidance de déclarer vouloir passer « de statut de poursuivi au statut de victime » au motif que leur manif était une « réponse légitime au rassemblement policier le même jour contre la haine anti-flics, où sont venues des personnalités de la droite extrême, chaleureusement accueillies, comme Gilbert Collard, Marion Maréchal ou Éric Ciotti ». Griller des poulets était donc justifié, doit-on sans doute comprendre. Avec une si limpide démonstration, qui pourrait le contester ?

    Dans un esprit de « convergence des luttes », nos jeunes antifas de beaux quartiers, représentés par Antonin Bernanos, entendent développer des « actions communes » avec « les collectifs qui se multiplient dans les quartiers populaires », notamment autour de l’affaire Adama Traoré. Et plusieurs personnalités ont appelé à se rendre tous les jours au procès, comme Danièle Obono, Olivier Besancenot ou encore Houria Bouteldja.

    Ce monde cul par-dessus tête – s’agit-il du nom propre ou du nom commun ? Les deux, peut-être ? Ils ne me l’ont pas précisé… – commence à SÉRIEUSEMENT insupporter les policiers.  

    Ecrivain, journaliste
  • Zemmour sur la PMA : « Les pauvres, par leurs cotisations, paieront les caprices des riches »

     

    BILLET - L’autorisation par le gouvernement de l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, mêmes celles qui ne sont pas stériles, fait grand bruit. Eric Zemmour donne son analyse [RTL 14.09]. Ne nous plaçant - sans les méconnaître ou les nier - ni sur le terrain moral ni sur le terrain religieux, mais seulement politique et social - nous partageons cette analyse.  LFAR 

      

    Résumé RTL par Éric Zemmour et Loïc Farge

    « Elles feront toutes des bébés toutes seules. Quand elles voudront, comme elles voudront. Sans devoir supporter ces affreux hommes qui leur pourrissent la vie depuis des millions d’années », lance Éric Zemmour. « Bienvenue dans le monde de la liberté, clament déjà les mouvements féministes. Bienvenue dans le monde de l'égalité, ajoutent les mouvements homosexuels », poursuit-il un brin railleur. « Dieu est comme les Français, il est nul en économie. Il faut donc l'externaliser du corps de la femme pour qu'elle devienne artificielle, complexe et très chère », ose-t-il.

    « Au nom de l'égalité entre les enfants, on aura le remboursement par la Sécurité sociale », prédit Zemmour. « Les pauvres, par leurs cotisations, paieront les caprices des riches », assure-t-il. Et Éric Zemmour d'inviter l'actuel chef de l'État à se méfier : « Après l’obligation des onze vaccins, il va finir par apparaître comme l'homme-lige des grands laboratoires pharmaceutiques et du big business médical ». 

    Éric Zemmour

  • Notre avant-guerre ?

    La Chine investit près de 200 milliards de dollars/an pour son armée 

     

    En deux mots.jpgPériodiquement, il faudrait relire Giraudoux, esprit sage et subtil, bienveillant et souriant aux misères des hommes et des peuples, à leurs insuffisances et à ces fatalités qui, à intervalles réguliers, les conduisent dans de terribles malheurs. Par exemple les guerres modernes. Giraudoux en savait quelque chose, qui en avait vécu deux. Mondiales, pour la première fois. Mais on ne lit plus Giraudoux, on l'a oublié ou presque, on ne joue plus son théâtre. A notre société il manque la culture et au théâtre un Jouvet, qui avait fait de Giraudoux l'auteur dramatique de sa vie. 

    Ce qui nous a rappelé Giraudoux ces temps derniers, ce sont les prodromes d'une guerre, qui montent de l'actualité avec leur lot de ridicules, de dérision et de sourde inquiétude. C'est ce dont Giraudoux a superbement traité dans La guerre de Troie n'aura pas lieu. Et qui finalement aura lieu comme chacun sait. 

    Entre 1870 et 1914, on avait déjà cru une nouvelle guerre impossible. On pensait que le perfectionnement des armes la rendait trop meurtrière pour qu'elle fût tentée. On le croyait encore le 2 août 1914. Mais la guerre éclata quand-même le 3. Entre les deux conflits mondiaux on recommença : la tragédie avait été trop terrible entre 1914 et 1918, elle avait fait un trop grand nombre de morts - autour de 20 millions - pour qu'une guerre pût encore se produire. Et aussi on avait créé la Société des Nations, la SDN, ancêtre de notre ONU, pour, de toute façon, l'empêcher. Dérisoire illusion ! Hubert Védrine l'a fort bien dit : les institutions internationales ne sont que des lieux de rencontre. 

    Les grands conflits sont en général précédés de guerres dites régionales. La guerre d'Espagne, où les armées européennes, sauf la nôtre, s'étaient essayées, sur terre et dans le ciel, s'est terminée le 1er avril 1939 ; la Seconde Guerre mondiale éclata le 1er septembre. Nous avons aujourd'hui la guerre de Syrie, dont Eric Zemmour a dit - peut-être avec raison - qu'elle est notre guerre d'Espagne. Mauvais présage … Les aviations russe, américaine et accessoirement française, se croisent dans le ciel syrien, au risque, d'ailleurs, de s'y affronter. Des militaires de mêmes nationalités s'affairent sur son sol.  

    Précèdent aussi les conflits majeurs, ces rencontres entre « grands » où l'on fait assaut de pacifisme et de bons sentiments. Giraudoux, toujours, a restitué cette dramaturgie singulière dans La Guerre de Troie n'aura pas lieu, avec une infinie délicatesse et une lucidité amusée. En 1938, il y avait eu Munich. Nous avons les G7, les G 20, et les conférences au « format Normandie ». Trump, Poutine et Xi Jinping se sont rencontrés à Hambourg en 2017 ; les membres, plus chanceux, du G7 se sont offerts Taormine comme jadis on se retrouvait à Locarno. 

    La politique des « sanctions » fait aussi partie de la panoplie des avant-guerres. Comme il y eut, autour de 1935-1937, les sanctions contre l'Italie, aux funestes conséquences, nous avons les sanctions américaines contre Cuba et les sanctions, d'ailleurs réciproques, des « démocraties » contre la Russie, ou contre l'Iran et, aujourd'hui, les sanctions votées à l'ONU, contre la Corée du Nord. 

    C'est maintenant dans le Pacifique que semble s'être déplacée la perspective de grands affrontements. Loin de notre Europe, et c'est tant mieux. Les missiles de Pyongyang survolent à intervalles rapprochés le Pacifique et le Japon lui-même, qui d'ailleurs, avait occupé jadis la Corée. Elle ne l'a pas oublié. Les 160 000 Américains de l'ile Guam vivent dans la peur qu’un missile nord-coréen leur tombe dessus. Mais chacun sait que derrière la Corée du Nord il y a l'immense Chine et derrière la Corée du Sud et le Japon, les Etats-Unis. Contenue, pour un temps dont on ne peut dire combien il durera, par des motivations commerciales et financières, la rivalité sino-américaine n'en est pas moins un phénomène grandissant, derrière les sourires et les poignées de main. 

    Ces motivations pacifico-pragmatiques, toutefois, n’empêchent pas la course aux armements, dont on croit qu'on ne se servira jamais, comme on avait pensé jadis que la guerre de Troie n'aurait pas lieu. La course aux armements caractérise aussi les avant-guerres et nous conseillerons aux sceptiques de considérer l’ampleur et l’accroissement, étonnants pour les optimistes, des budgets militaires des grandes puissances d’aujourd’hui : les 622 milliards de dollars américains, que Trump vient de décider d’augmenter de 7% ; les presque 200 milliards de dollars chinois ; le programme militaire indien, en passe de rejoindre la Chine sur ce terrain ; sans compter l’éventuel réarmement du Japon, d’ailleurs déjà entamé. Que pèsent, en comparaison, les 44 milliards français et les 48 milliards russes ? 

    Justement, si le pragmatisme devait être abandonné, si un conflit majeur venait à éclater un jour ou l’autre dans les régions du Pacifique que nous avons évoquées, il ne faudrait pas dénier à l’Europe, qui s’est si longtemps épuisée à se battre chez elle, notamment la France, la chance de se trouver, pour une fois fort éloignées du théâtre du conflit, ni, nonobstant toutes alliances,  le droit de s’en tenir soigneusement à l’écart. Chacun sait que la guerre de Troie n’aura pas lieu. Mais si elle avait lieu tout de même ? Nous devrions dire comme Louis XV et rester sur le mont Pagnotte.  • 

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    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • Immigration : Et si on appliquait les bons principes du roi Henri II ?

     

    Par Philippe Montillet

    « Et si on appliquait les bons principes du roi Henri II ? » C'est une proposition bienvenue. Nous y souscrivons tout à fait. De même qu'au rappel - qui est une invite - de « la sagesse des rois et leur sens du concret et des réalités ». [Boulevard Voltaire, 18.09]. Comprenne qui pourra, en effet !   LFAR

     

    158b0d29c04264bd2acfe68e126a4a70.jpegVoici un texte vieux de 450 ans du roi Henri II * qui, avec la fraîcheur de son style, demeure bien actuel !

    « Aux dits P. ** […], est venu le singulier désir qui leur croît de jour en jour de venir résider en cestuy notre royaume et amener leurs femmes et leurs familles, apporter leur argent et meubles…

    Savoir, faisons, que nous inclinant libéralement à la supplication et requête des dits P., comme gens desquels nous voyons le bon zèle et affection qu’ils ont de vivre sous notre obéissance, ainsi que nos autres Sujets, en bonne dévotion de s’employer pour notre service, et de la république de notre Royaume, la commodité de laquelle ils veulent aider de leurs biens, manufactures et industries : desorte que cela nous meut à les bien et gracieusement traiter  ***. »

    ​‌J’en tire trois conclusions.

    La question de l’accueil des immigrés n’est pas nouvelle. 

     Des règles de bon sens ont permis de fixer la conduite à tenir : le bon zèle mis par les nouveaux arrivants à vivre sous les lois du pays d’accueil ; leur souci de s’employer au bien commun du pays d’accueil ; leur volonté de mettre leurs talents au service de leur nouveau pays. En échange de ces actes de bonne conduite, les arrivants bénéficient de traitements gracieux. Près de cinq siècles après, en demandons-nous plus ?

     La sagesse des rois et leur sens du concret et des réalités seraient les bienvenus aujourd’hui…et demain.

    Comprenne qui pourra.   

    * Henri II, fils de François Ier (1519-1547-1559), en août 1550. 

    ** En l’occurrence, il s’agissait des Portugais, et plus spécialement des juifs portugais fraîchement convertis chassés de leur pays.

    *** Cité dans Les Frères Pereire, Jean Autin, Librairie académique Perrin, 1984, page 14  

  • Entretenir la flamme

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    logo lundis.jpgTapis rouge pour Mme Hidalgo à son retour de Lima où Paris a été désigné officiellement « ville hôte » des J.O. de 2024.

    Accueil d’un triomphalisme déplacé quand on sait que le choix de Paris est le résultat, connu d’avance, de tractations avec l’autre ville candidate, Los Angeles, laquelle aura aussi « ses » J.O. en 2028 et, mieux, touchera une rallonge de deux milliards de dollars : tractations sous l’égide du Comité international olympique et avec sa bénédiction. Mme le maire de Paris, qui n’a pas hésité à se déconsidérer à Lima en surjouant son rôle, offre sa première médaille à la France, médaille d’or du ridicule. 

    Il n’empêche, diront certains, les J.O. peuvent rapporter gros. Sur l’aspect purement comptable, le scepticisme est de rigueur, le coût global réel des jeux ayant une fâcheuse tendance à augmenter, si ce n’est à exploser, par rapport aux prévisions - à preuve les exemples plus ou moins récents et inquiétants de Montréal (1976), Athènes (2004) ou Rio (2016). Quant au bénéfice pour l’image de la ville organisatrice, il est surtout intéressant dans le cas où il permet à celle-ci de franchir un palier, comme ce fut le cas pour Barcelone qui, en 1992, s’est muée de capitale régionale espagnole en métropole européenne ouverte sur la Méditerranée : Paris est déjà, pour le meilleur et pour le pire, une ville-monde. 

    On se demandera donc pourquoi des gens qui sont, ou ont été, « aux responsabilités » nous ont fait le coup de l’émerveillement puéril dès la proclamation du « résultat ».  MM. Sarkozy, Hollande et Macron auraient pu se dispenser de donner conjointement et très rapidement une caution toute politicienne à la chose, le bon peuple n’ayant qu’à suivre. Et c’est ce qu’il fait, si l’on en croit les apparences, d’autant que de nombreux journalistes et sportifs (eux, on ne peut que les comprendre) se chargent à qui mieux mieux d’entretenir la flamme chez tous ces anonymes pour qui les J.O. de 2024 doivent forcément constituer un événement extra-ordinaire. Comme il est écrit dans Le Monde (14 septembre) : « Journalistes forcément “contents“ et population forcément enthousiaste ». 

    Pourtant, c’est un fait, les Jeux Olympiques « modernes » ont perdu leur âme en devenant, olympiade après olympiade, un événement où prime désormais l’extra-sportif, à l’identique de ce qui se passe dans les disciplines sportives les plus populaires et les plus médiatisées, disciplines gangrenées par l’argent, le dopage et le chauvinisme le plus primaire. Les exemples sont tellement nombreux qu’on en a la nausée : sommes astronomiques dépensées pour acheter et rémunérer des « joueurs » devenus des mercenaires-esclaves, présence avérée du dopage dans la quasi totalité des spécialités et à tous les niveaux, violence verbale et physique allant jusqu’à des affrontements meurtriers sur les terrains et dans les tribunes. 

    Il est bien qu’en de certaines occasions, notamment quand l’existence même du pays est menacée, une sorte d’union sacrée puisse transcender les divisions et exalter la population. Mais existe aussi, dangereux, un unanimisme de façade, aux relents idéologiques, auquel on voudrait nous faire croire - tels le multiculturalisme de la « France black-blanc-beur » de 1998 ou les manifestations compassionnelles de « Je suis Charlie ». C’est à celui-là que nous fait penser l’enthousiasme olympique de commande. Alors, entretenir avec Mme Hidalgo, ou même avec M. Macron la flamme d’un olympisme déjà mort, au nom d’on ne sait quelle arrière-pensée ? Non, merci et, à tout le moins, méfiance.  

  • Charles Saint-Prot : « La priorité fondamentale, c’est la récupération de tous les instruments de souveraineté. »

     

    Trois questions à… Charles Saint-Prot, directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques, qui a donné une conférence au Camp Maxime Real del Sarte 2017 sur la place de la France dans le monde. Il répond ici aux questions d'Action française 200O. Charles Saint-Prot est aussi un vieil ami de l'actuelle équipe de Lafautearousseau.  LFAR

     

    Saint-prot.jpgVous évoquez la nécessité de la volonté politique en matière de politique étrangère, cependant le problème de nos élites n’est-il pas une méconnaissance de la France en tant qu’entité historique, voire sa négation ?

    Il ne peut y avoir de grande politique étrangère sans une ferme volonté politique et sans un cap précis conforme à l’intérêt national puisque le but ultime du politique est de servir cet intérêt. Il est triste de devoir constater que la volonté politique est trop souvent absente ou du moins très timide dans la politique étrangère de la France. Cela est dû au fait que les hommes politiques ont, pour le plus grand nombre d’entre eux, sombré dans la facilité, la routine, la soumission à l’idéologie du renoncement. Ils se sont laissé enfermer dans le piège mortel d’une construction européenne qui se fait sous la forme d’un super-État totalitaire au détriment des États-Nations, à commencer par la France.
    Comme je l’expose dans mon ouvrage L’État-nation face à l’Europe des tribus (Cerf), l’eurocratie – dirigée par une Allemagne sûre d’elle-même et dominatrice – rêve de faire sauter le verrou de la nation pour imposer un système supranational s’inscrivant dans le projet mondialiste ultra-libéral. Il semble que la plupart des dirigeants français ne prennent pas la mesure de la menace puisqu’ils acceptent ce diktat supranational, ignorant du coup les lois de la politique française et les leçons de l’Histoire qui enseignent qu’il faut toujours rester maître chez soi sinon on court le risque de perdre toutes ses libertés en perdant son indépendance.

    Ne doit-on pas voir dans ce renoncement une conséquence de la faillite de nos institutions (républicaines) ?

    Sans doute la situation déplorable de notre politique étrangère est- elle due à l’inconséquence d’un système politique dont les faiblesses sont évidentes. Ce système est générateur de prétendues élites a-nationales et conformistes qui ignorent le bien commun, bafouent les intérêts les plus évidents de la nation et sont déconnectées du pays réel. Ce système est en faillite ; il ne vit qu’au jour le jour, d’une élection à l’autre. Du coup, pour ce qui concerne la place de la France dans le monde, la thèse exposée par Maurras dans son fameux Kiel et Tanger  – dont le président de la République Georges Pompidou louait d’ailleurs la lucidité lors du centenaire de Sciences Po – se révèle exacte : le régime républicain, qui est hélas de plus en plus tributaires des brigues, des factions et des groupes de pression, est impuissant et, par conséquent, incapable de mener une politique étrangère durable conforme à l’intérêt national.

    Quelle est la place des droits de l’homme au sein de la diplomatie ?

    Une politique étrangère obéit à des objectifs précis concernant le rôle d’une nation dans le monde. Il est clair qu’elle n’a pas à répondre à des critères idéologiques, sentimentaux ou prétendument moraux. Il ne faut pas mélanger politique et morale. Il ne s’agit pas de pratiquer une sorte d’ingérence en donnant à tout bout de champ des leçons aux autres et en se mêlant des affaires intérieures des États souverains. Pas plus d’ailleurs qu’il ne faut se laisser donner des leçons par les autres. La politique étrangère ne consiste pas à se faire le propagandiste d’options idéologiques en faisant la promotion de la « démocratie » et des « droits de l’homme », toujours conçus à sens unique et d’une manière bien hypocrite quand on voit le nombre de situations dramatiques que l’on s’obstine à ignorer (par exemple l’éradication de l’identité tibétaine par la Chine)
    Ce qui doit primer dans l’ordre international c’est le principe, posé par les traités de Westphalie (1648), réaffirmé par le Congrès de Vienne de 1815 et exposé dans la Charte des Nations unies adoptée en 1945 : le droit international est fondé sur le principe de la souveraineté, intérieure et extérieure, des États. Sans le respect de la souveraineté s’impose alors la loi du plus fort ou celle d’un super-État artificiel ou encore celle d’obscures institutions supranationales qui n’ont aucune légitimité.
    Pour ce qui concerne la place de la France dans le monde, il faut se concentrer sur l’essentiel : la priorité fondamentale c’est la récupération de tous les instruments de souveraineté (politique, monétaire, économique, juridique, linguistique…), le refus de se soumettre à une entité supranationale comme l’union européenne, la reconstruction d’un ordre multipolaire fondé sur la souveraineté des États et respectant la diversité et l’indépendance des nations.  •

    Repris du site Action française - Publié le 15.09.2017

  • Après la reparution de Politique magazine, l'éditorial d'Hilaire de Crémiers

     

     

    2840298611.jpgChers Amis lecteurs, vous recevez à nouveau en ce début du mois de septembre Politique magazine. Après une interruption de trois mois !

    Beaucoup d'entre vous se sont inquiétés. Vous nous avez téléphoné, vous nous avez écrit des lettres admirables de fidélité. Votre soutien nous a encouragés à faire front. Nous avons passé un cap difficile. Il est dur en nos temps de tenir un journal, en l'occurrence un mensuel, en gardant toute son indépendance. Politique magazine reste lui-même, il reparaît. Après trois mois d'absence. N'est-ce-pas merveilleux ?

    Vous le constaterez : sa qualité de fond et de forme n'a pas changé. Vous retrouverez vos rubriques. L'actualité nous a contraints à nous étendre longuement sur notre président : voilà trois mois que nos abonnés et nos lecteurs habituels attendent notre jugement sur le sujet. Ils sont servis.

    Car c'est bien le sujet de l'heure. L'homme est pressé d'agir. Il joue le chef. La situation en exige un, de fait. Il n'en est qu'au début : il a déjà commis des erreurs, des fautes. Connaît-il suffisamment la vie, les choses de la vie, la politique, la France réelle, l'Europe dans sa complexité, le monde qui n'est pas forcé d'obéir à ses impulsions juvéniles ?

    Il parle et il parle trop sur tous les sujets, comme un élève qui récite des cours tout faits. Avec des vues justes comme il se doit et beaucoup d'idées fausses qui tiennent à ce « corpus » doctrinal catéchétique dont le fond façonne toute notre élite républicaine, financière, économique, politique. Comment des idées aussi stupides peuvent-elles dominer des esprits, par ailleurs, brillants ? C'est le grand et unique problème de la France depuis deux cents ans. Les catastrophes du passé, la longue descente de la France dans la voie d'un déclin dont il est de bon ton de dire maintenant qu'il est inéluctable, l'impossible gageure des promesses électorales répétées et des innombrables réformes avortées, les tombereaux de lois ou d'ordonnances, de décrets et de règlements qui sont déversés à longueur d'années sur cette pauvre France aux 800 000 normes (!) et pour qui l'État obèse et inefficace légifère encore et en vitesse pour, paraît-il, mieux la libérer, autrement dit encore et toujours de la loi pour prétendument libérer de la loi, ce fantastique cercle vicieux dans lequel notre France est ficelée, rien, absolument rien, ne paraît devoir éclairer ni la classe dirigeante ni le peuple français conduit d'isoloir en isoloir à sa propre déchéance.

    L'expérience Macron qui ne fait que rajeunir des velléités de réforme d'un régime, en lui-même irréformable, ne montrera que trop l'impasse où la France s'est fourvoyée. Macron ne sera pas plus un sauveur qu'Hollande ou Sarkozy. Même dans le domaine éducatif où un Blanquer essaye de redresser la barre, il est malheureusement probable qu'il sera quasi impossible de revenir sur des habitudes devenues invétérées. Notre devoir est de claironner cette vérité politique, la plus certaine qui soit. La Providence se chargera de l'avenir.

    En attendant, chers Amis lecteurs, lisez votre et notre journal. Il est l'expression d'un courant de pensée qui vous est cher. Il nous est commun. Faisons-le prospérer. Si vous avez été abonné, réabonnez-vous. N'hésitez pas à abonner des amis ou à faire connaître ce numéro. Vous pouvez en commander à notre siège.

    J'ose aller plus loin. Vous trouverez en page 5 du magazine, un formulaire de don qu'il est facile de remplir et qui donne droit à une déduction fiscale. Votre aide nous sera précieuse en ce moment décisif. Merci à ceux qui l'ont déjà fait.

    Le site internet retrouvera son activité dans les semaines qui viennent. Et nous reprendrons pour les Parisiens nos « mardis de Politique magazine ».

    Soyez sûrs de notre reconnaissance. Renouons le lien entre nous avec ce numéro de Politique magazine. Je n'ai plus qu'à vous en souhaiter bonne
    lecture !    HILAIRE DE CRÉMIERS 

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  • Un duo dynamique ?

     

    En deux mots.jpgFaut-il admettre l’idée banale, l’idée bateau, selon laquelle les moyens de transport et de communication modernes, internet, les avions, le téléphone portable, la télévision et tout le reste, convergent pour réaliser la fusion des peuples, abolissent les frontières, gomment les différences et rendent l'unité de l’humanité absolument inéluctable ? Ainsi subséquemment, qu’un gouvernement mondial. Telle est la vision, d'esprit prophétique, de Jacques Attali et de beaucoup d'autres, moins inspirés 

    Par exemple, le gentil, le candide, Yann Moix et le pape François. Duo improbable mais qui s'est révélé lors de l'émission ONPC [On n'est pas couché] où Dominique Wolton était invité pour présenter son livre de dialogue avec le pape. Yann Moix en a conçu - et il l'a dit - un fort et inattendu enthousiasme pour l'Eglise catholique. Pourquoi ? Parce qu'elle a pris la tête du grand mouvement qui mène à l'unité du monde et qu'elle l'accélère et le parachève en prêchant la généralisation des libres migrations, le métissage des cultures et des hommes. Les nations, Yann Moix l'affirme d'autorité, sont d'ailleurs déjà obsolètes, détruites, abolies. Les frontières n'existent plus ; il n'y a plus d'autre peuple que mondial. Bien-sûr grâce à internet, aux voyages, aux smartphones, à la télévision, etc. Accessoirement, il ne le dit pas, grâce aussi au libre mouvement des flux financiers sans frontières. D'enthousiasme encore, Moix, on ne sait trop pourquoi, en vient même à citer le théologien Gustave Thibon. Etonnant pour nous qui, jadis, l'écoutions aux Baux de Provence, ou ailleurs, loin de ce fatras. 

    Faut-il croire ces choses-là ? Sont-ce des rêveries ou la réalité ? Refuser cette évidence ne serait-ce pas cela rêver ? Dénier les réalités des temps modernes ! Mais justement que disent les réalités ? 

    D'abord ceci : l'idée que le monde est en passe de s'unifier ne date pas d'hier. Le XIXe siècle y a cru dur comme fer. Hugo en tête qui annonçait dans d'assez mauvais vers des lendemains où il n'y aurait « plus de frontières ». Et même : « Plus de fisc ». Cela prête à rire…  Un siècle et demi a passé. L'humanité a vécu deux guerres mondiales d’une cruauté sans analogue dans l'Histoire et des avions américains ont lâché des bombes atomiques sur le Japon. 

    Et que disent les réalités d'aujourd'hui de l'unification du monde ? Faut-il en faire le détail ? Au Proche et Moyen Orient, en Afrique, en Asie, partout les armes parlent, des menaces sont échangées, les conflits s'aiguisent, les rivalités s'affirment et se précisent, les budgets militaires arabes, russes, américains, asiatiques, s'enflent démesurément. Qu’est-ce qui peut garantir que les forces ainsi créées à grand effort ne serviront jamais ? Les grands conflits commencent toujours par des combats de coqs, tels ceux auxquels nous assistons ces semaines-ci.

    Les avions, internet, les smartphones, les télévisions et les radios censés, par nature, devoir nécessairement accomplir l’homogénéisation des peuples, servent aussi à bien autre chose : les avions à transporter des soldats ou des terroristes, à lancer des bombes ou à s'écraser sur des tours ; internet, les smartphones, les télévisions et les radios à diffuser des propagandes, des consignes, religieuses ou nationalistes, idéologiques ou terroristes, ou encore communautaristes, toutes choses qui ont peu de rapport avec l'unité du monde. Ne veut-on pas voir ? En dehors de la pauvre Europe occidentale, épuisée de tant de conflits passés et de tant de doutes sur elle-même, de tant de scrupules et de reniements, ce n'est partout que nationalismes et retour sur soi : religions, philosophies anciennes, traditions et modes de vie. Cela est vrai des plus grands : Russie, Chine, Inde, Japon, Etats-Unis. Mais aussi de beaucoup d'autres de moindre importance. 

    Les avions, les bateaux de croisière et les cars Macron continueront donc de déverser aux quatre coins du monde leurs flots de touristes hébétés ; les réseaux sociaux et les téléphones - quand ils ne serviront pas aux terroristes - à déverser leurs niaiseries sur la terre entière. De même que radios et télévisions. Il s'en suivra en effet une certaine standardisation des peuples. Mais George Steiner a fait observer que les standardisations se font toujours par le bas. 

    Même s'il satisfait l'univers des financiers, qui ont largement poussé à la roue pour que ces phénomènes prospèrent et eux avec, on peut se demander ce que pèsera – face aux actifs, aux déterminés - ce monde de zombies. 

    La vérité – on pourrait multiplier les exemples à l’infini - c’est que les techniques sont neutres. Elles charrient le bien comme le mal.   

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    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • Valérie Pécresse n'a jamais lu Maurras

     

    Par Stéphane Blanchonnet

    Cette tribune - signée d'un des dirigeants de l'Action Française - a été publiée hier, 13 septembre, dans Boulevard Votaire. Il est bon que l'influence persistance de Maurras sur la vie politique française y ait été soulignée et même qu'y soit évoquée une certaine « maurrassisation » des esprits. Constat un rien optimiste et audacieux que nous préférons de beaucoup ici à la présentation victimaire habituelle de Maurras comme le maudit, ce qu'il n'est qu'en apparence.  LFAR 

     

    3764833947.2.jpgDimanche dernier, Valérie Pécresse tenait meeting à Argenteuil.

    Il s’agissait en quelque sorte pour la « fausse droite », que représente la présidente de la région Île-de-France, de faire pièce à la « fausse vraie droite » incarnée, quant à elle, par Laurent Wauquiez, lui-même président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Un combat de grands feudataires mais de nains politiques et intellectuels – sans grand intérêt, donc.

    On retiendra tout de même cette formule de madame Pécresse : « Ce qui fait la force d’âme de la droite, c’est d’avoir toujours préféré Charles de Gaulle à Charles Maurras. »

    La phrase, outre sa grandiloquence un peu ridicule, révèle à la fois l’inculture de son auteur, qui ignore qu’au-delà des désaccords de circonstance (en des heures cruciales, il est vrai), de Gaulle est au moins autant un héritier de Maurras et de Bainville que de Barrès et de Péguy, et aussi une des faiblesses fondamentales de la droite contemporaine : son incapacité à disputer à la gauche l’hégémonie intellectuelle et culturelle.

    L’héritage maurrassien dans la pensée du fondateur de la VRépublique est évident à plus d’un titre. Dans la critique des faiblesses du parlementarisme, dans la mise en place d’une monarchie présidentielle et également dans la volonté de promouvoir une représentation des intérêts professionnels, concurrente de la représentation par les partis politiques, et encore dans le projet de mettre en œuvre une certaine décentralisation par la régionalisation. 

    Autorité en haut, libertés en bas, représentation du pays réel, contestation du pays légal, tout cela ne saurait être étranger à la lecture de L’Action française quotidienne que pratiquait le colonel de Gaulle avant la guerre. 

    Pour l’incapacité de la droite à venir disputer à la gauche l’hégémonie culturelle, la petite phrase de madame Pécresse nous en révèle parfaitement les causes.

    Non seulement la droite ignore les classiques de la pensée de droite, comme Maurras, car elle ne les a jamais lus, mais encore elle adopte à leur égard les préjugés et les imputations calomnieuses de la gauche, cette dernière demeurant la seule habilitée à dire à quelle vision du monde et à quels auteurs il est légitime et « politiquement correct » de se référer.

    Notons tout de même un signe positif : sur Twitter, parmi la centaine de réactions provoquées par la formule de Valérie Pécresse, la quasi-totalité moquait ses propos et soulignait l’importance de Maurras et son influence sur de Gaulle.

    Voilà qui semble prouver qu’à l’extérieur des appareils, il existe une vraie droite et aussi, osons l’expression, une certaine maurrassisation des esprits !

    Professeur agrégé de lettres modernes
    Président du Comité directeur de l'Action française
  • Le scandale de la non-application de la loi Fioraso

     

    Par Marc Rousset

    Qui dénonce ici un scandale bien réel. Sur l'espéranto, comme solution d'attente, on sera, bien-sûr, moins d'accord. Ou même pas du tout !  LFAR 

     

    3973556484.jpgLe président Albert Salon, de l’association Avenir de la langue française, nous met en garde, dans sa Revue n° 62 de septembre 2017, sur la confusion entre anglicisation et internationalisation. Il s’élève avec force contre la couardise et le scandale de la non-application des dispositions législatives de la loi Fioraso par le gouvernement français.

    Les tribunaux administratifs, en France, se contorsionnent pour ne pas condamner les universités, dont l’École normale supérieure, et les grandes écoles qui offrent des formations diplômantes exclusivement en anglais. Celui de Paris a refusé de condamner le Comité français d’organisation des Jeux olympiques de 2024, qui avait pourtant choisi le débile slogan publicitaire d’une marque commerciale privée – « made for sharing » – triomphalement projeté sur la tour Eiffel. Le français est pourtant bien la langue officielle fondatrice des Jeux olympiques rénovés par le baron Pierre de Coubertin !

    Il se trouve, d’une façon très opportune, que la Cour constitutionnelle italienne vient d’infliger une leçon magistrale à l’Europe, et plus particulièrement à la France de Macron ! Le problème posé était celui du passage de l’Instituto Politecnico di Milano au « tout anglais » à compter du niveau master. Il ne s’agissait en aucune façon de s’opposer à l’enseignement des langues étrangères dans un pays – ce que tout le monde accepte et souhaite. La question était de savoir si on allait autoriser, pour la totalité d’une formation, le remplacement du français par l’anglais en France, de l’italien par l’anglais en Italie, de l’allemand par l’anglais en Allemagne, etc.

    En France, le Parlement a dit « non » avec la loi Fioraso ; il a imposé une limite au volume d’enseignement dispensé dans une langue étrangère à 50 % et exigé une maîtrise suffisante du français pour la délivrance d’un diplôme.

    Pour la Cour constitutionnelle italienne : « Les buts légitimes de l’internationalisation ne peuvent pas réduire la langue italienne, au sein de l’université italienne, à une position marginale et subordonnée, en faisant disparaître cette fonction de vecteur de l’histoire et de l’identité de la communauté nationale, qui lui est propre, ainsi que son être, en soi, de patrimoine culturel à préserver et à valoriser. »

    Malheureusement, en France, la loi Fioraso du 22 juillet 2013 n’est pas appliquée. Le nombre de formations de niveau licence ou master totalement en anglais était de 634 en avril 2013. Il est de 951 en janvier 2017, soit une augmentation, en quatre ans, de +50 % au risque d’une disparition totale des formations supérieures dispensées en français malgré la loi en vigueur dans la République française. 

    Des pays comme la France, l’Allemagne et l’Italie ne peuvent se soumettre. L’important est que la résistance s’organise en France.

    Le scandale de l’anglais, seule langue étrangère pouvant être présentée au concours d’entrée de l’ENA – une des dernières inventions de nos lâches élites -, se doit d’être dénoncé et combattu publiquement. Après le Brexit, tous les Français – à l’exception de Macron – se doivent d’œuvrer pour que le français devienne la langue de l’Europe !

    Et si ce n’est pas le français, cela ne pourra pas être non plus l’anglais, voire même « l’anglo-américain », langue impérialiste et destructrice de l’Amérique qui conduirait inéluctablement, à terme, à la disparition de toutes les langues nationales de l’Europe. À l’instar du breton en France ou du français en Louisiane.

    Il ne restera alors plus, le dos au mur, pour tous les Européens, qu’on le veuille ou non, une seule et unique solution réaliste et n’ayant rien d’utopique : l’espéranto, seule langue neutre et éthique susceptible de préserver à long terme la survie des langues nationales et le plurilinguisme européen !   •

    Économiste
  • Les déclarations du pape : Il n'y a pas à s'étonner

    Le pape Pie XII

     

    Par Antiquus  

    Ce commentaire - du 13 septembre - complète les articles que nous avons publiés ici sur les prises de position récentes du pape François. Antiquus y préconise le retour à une politique capétienne d'indépendance politique à l'égard de la papauté. Le cas échéant, on pourra se reporter aux articles concernés.  (Liens ci-dessous). Merci à Antiquus !  LFAR

     

    3142485460.jpg

    Il n'y a pas à s'étonner : les déclarations du pape, comme l'a montré Dandrieu, sont l'aboutissement d'une évolution déjà fort ancienne de la doctrine pontificale.

    Dandrieu la fait remonter à Pie XII. Je pense qu'elle est déjà présente chez Léon XIII. En fait, du moment où les papes ont perdu leur pouvoir temporel, ils ont estimé qu'ils n'avaient plus aucune responsabilité à tenir à l'égard du gouvernement des Etats. D'où la condamnation de la peine de mort, dont Maistre disait qu'elle était le fondement de tout pouvoir. D'où l'abandon de l'Etat chrétien et la nouvelle doctrine sur la liberté religieuse, et aussi la délégitimation de la nation, et la transformation de l'Eglise (à usage externe seulement) en une ONG, se revendiquant comme la plus ancienne et la plus vénérable.

    Faut-il en déduire que la papauté n'est plus à la tête de la « seule internationale qui tienne » selon l'expression du martégal ? Il nous suffit de puiser dans l'héritage capétien les principes du gallicanisme, qui nous autorise à invoquer l'étanchéité de la France aux interventions pontificales qui s'opposent à la légitime perduration de notre pays.  

    A lire aussi dans Lafautearousseau ...

    En deux mots : Désolés, Saint-Père, nous ne sommes pas d'accord

    François, pape philanthrope

    Rémi Brague au Figaro : « Non, la parabole du bon Samaritain ne s'applique pas aux États ! »

  • Rémi Brague au Figaro : « Non, la parabole du bon Samaritain ne s'applique pas aux États ! »

     

    Cet entretien - réalisé par Eugénie Bastié - que Rémi Brague a donné au Figaro magazine a été mis en ligne le 1er septembre. Il prolonge utilement l'article de François Marcilhac qui précède et qui le cite, d'ailleurs. Nous-mêmes avions marqué notre désaccord avec les positions du pape François, dès le 23 août [Cf. Lien ci-dessous]. Un commentaire reçu sur Lafautearousseau devait dire simplement « Le pape empiète ». Oui, sur les prérogatives, droits et devoirs des Etats et même des citoyens en tant qu'ils participent d'une communauté, notamment nationale. Cet empiétement n'oblige personne.  Lafautearousseau.    

     

    XVMfb7f902c-8c11-11e7-b660-ef712dd9935a.jpgLe pape François milite pour un accueil massif de migrants, affirmant qu'il faut « faire passer la sécurité personnelle [des migrants] avant la sécurité nationale », et appelant à un accueil beaucoup plus large des migrants. Que vous inspirent ces propos ?

    « Accueillir » est un mot bien vague. Il dissimule mille difficultés très concrètes. Sauver des naufragés de la noyade est bien, mais ce n'est qu'un début. Encore faut-il se demander ce qui les a poussés à s'embarquer. Là-dessus, le pape dit beaucoup de choses sensées, par exemple que l'Occident a contribué à déstabiliser le Moyen-Orient. Ou que les migrants voient l'Europe comme un paradis qu'elle n'est pas. Ou que les passeurs qui leur font miroiter l'Eldorado s'enrichissent sur leur dos, etc. Il y a aussi des problèmes très pratiques: les nouveaux venus peuvent-ils être assimilés ? Ou au moins intégrés sans créer des ghettos où ils vivraient selon d'autres lois que celles des pays d'accueil ? Un exemple, qui m'a été donné récemment par une amie allemande qui s'occupe de former les immigrés et de leur trouver du travail : ceux qui ont été scolarisés dans leur pays parlent assez vite nos langues. Les autres ont du mal à fixer leur attention et ne comprennent pas l'intérêt d'apprendre. Ne seront-ils pas presque forcés de se replier sur leur communauté d'origine ? À l'extrême opposé, s'il s'agit d'importer des personnes qualifiées, médecins, ingénieurs, etc., avons-nous le droit de priver leur pays d'origine de compétences précieuses qui leur permettraient de se développer, ce qui, de plus, diminuerait l'envie d'émigrer ?

    La sécurité personnelle prime effectivement toutes les autres considérations. La garantir est le premier devoir de l'État. Mais cette sécurité concerne aussi bien les migrants que les populations déjà là. L'État a le devoir de faire en sorte que le respect soit réciproque. Il doit par exemple empêcher que les migrants se conduisent, comme on dit, « comme en pays conquis », qu'ils importent en Europe les conflits qui les opposaient entre eux. La sécurité nationale et celle des personnes, loin de s'opposer, vont ensemble ; la première est même la condition de la seconde.

    Est-ce qu'il vous semble que le pape François est en rupture avec ses prédécesseurs, notamment Benoît XVI ?

    Du temps de Benoît XVI, le problème ne se posait pas encore avec une telle acuité, et je ne sais pas s'il aurait jugé bon de se prononcer, encore moins ce qu'il aurait dit. D'une manière générale, la différence de formation et de style est suffisamment criante. Ce qu'il en est du fond est une autre histoire.

    Avez-vous le sentiment que le pape ne comprend pas l'angoisse identitaire des Européens ?

    Ce qui est sûr, c'est qu'il a une sensibilité de Latino-Américain, ce qui ne l'aide guère à comprendre les Européens. Dans son Argentine natale, l'immigration concernait avant tout des Italiens, à la religion identique et à la langue proche de celle des Espagnols qui étaient déjà là. Dans le cas qui nous occupe ici, c'est tout le contraire.

    Face à l'immigration, les catholiques sont souvent pris dans un dilemme entre l'exigence de charité et l'attachement à l'État-nation. Comment articuler l'universalisme chrétien et l'existence de frontières? L'État-nation a-t-il une justification théologique ?

    Est-il besoin de mobiliser la grosse artillerie théologique pour parler de toutes ces choses ? La philosophie n'y suffit-elle pas ? Ou même le simple bon sens ? L'État-nation est une forme de vie politique parmi d'autres dans l'histoire comme la tribu, la cité ou l'empire. Elle n'a pas les promesses de la vie éternelle, mais elle est la nôtre depuis la fin du Moyen Age, elle a fait ses preuves et je vois mal les autres ressusciter. Les frontières sont une bonne chose. Je ne puis vivre en paix avec mon voisin que si je sais où s'arrête mon jardin et où commence le sien. Cela dit, elles ne séparent que des entités politiques et juridiques. Elles n'arrêtent rien de ce qui relève de l'esprit et qui est « d'un autre ordre » : langue, culture, science, religion. L'universalisme, à savoir l'idée que tout homme, en deçà des différences de sexe, de statut social et de religion, est « mon prochain » et possède donc une valeur intrinsèque, est en effet une idée esquissée dans le stoïcisme et épanouie dans le christianisme. Elle ne va nullement de soi. Ainsi, au XIIe siècle, Maïmonide dit encore que porter secours à un païen qui se noie est interdit.

    Faut-il appliquer ici la parabole du « bon Samaritain » ?

    Il ne faut pas lire les paraboles naïvement. Elles ne nous disent pas ce que nous devrions faire, mais ce que Dieu fait pour nous. Dieu y est représenté sous la figure d'un roi, d'un père, d'un propriétaire, etc. Elles s'adressent à chacun de nous, personnellement. La question à poser est : quel personnage me représente, moi ? Quelle est ma place dans cette histoire ? Sans quoi, nous lisons bêtement des textes très subtils, et n'y voyons que du feu. Exemple : celle où le maître de la vigne verse le même salaire à ceux qui ont trimé toute la journée sous le soleil brûlant et aux derniers venus. Si nous regardons cette histoire du dehors, nous allons crier à l'injustice. Sans voir qu'elle est justement faite pour nous choquer et forcer à réfléchir. Et nous faire comprendre que les ouvriers de la onzième heure, mais c'est nous ! Par exemple nous, chrétiens, qui avons bénéficié de la grâce de l'Évangile sans la mériter, alors que le peuple de la Bible a dû subir les Égyptiens, les Amalécites, les Philistins, les Assyriens, etc. Ceux-ci lui ont infligé des massacres bien réels, alors que ceux qu'Israël aurait perpétrés sur les Cananéens sont de pure imagination. Dans la parabole du bon Samaritain, nous ne sommes pas le Samaritain. Présenter celui-ci comme le héros positif, comme le sauveteur, voire comme le sauveur, c'était une audace fantastique en milieu juif où l'on haïssait les Samaritains comme des impurs. S'imaginer que nous pourrions nous identifier au Samaritain et donc jouer le rôle de Dieu, c'est quand même un peu culotté ! En fait, nous sommes le blessé laissé pour mort. Dieu est descendu nous ramasser alors que nous étions en piteux état.

    Cette parabole doit-elle s'appliquer aux États ?

    Une parabole s'adresse à « moi ». Elle m'invite à réfléchir sur ma propre personne singulière, ce qu'elle est, ce qu'elle doit faire. Un État n'est pas une personne. Or, il y a des choses qui ne sont à la portée que des seules personnes. Par exemple, pardonner les offenses. Un État non seulement n'a pas la capacité de le faire, mais il n'en a pas le droit. Il a au contraire le devoir de punir et de ne laisser courir aucun coupable. En l'occurrence, c'est aux personnes, regroupées en associations, de s'occuper des malheureux. L'État doit se borner à donner un cadre juridique qui protège leurs initiatives. Cela peut aller jusqu'à les limiter si une présence trop nombreuse et mal préparée de nouveaux venus met en danger le pays d'accueil.   

    Rémi Brague est un philosophe français, spécialiste de la philosophie médiévale, arabe et juive. Membre de l'Institut de France, il est professeur émérite de l'université Panthéon-Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, notamment Europe, la voie romaine (Editions Criterion, 1992, réédition NRF, 1999), il a récemment publié Le Règne de l'homme. Genèse et échec du projet moderne (Gallimard, 2015) et Où va l'histoire? Entretiens avec Giulio Brotti  (Salvator, 2016).

  • Macron, le sophiste

    A Athènes, le 7 septembre

     

    Par Hilaire de Crémiers

    La gloire de Macron passe comme la fleur des champs du printemps. Peut-être serait-il utile de comprendre pourquoi ?

     

    2840298611.jpgEmmanuel Macron se pense un chef. Il l’a dit et répété ; et comme un chef charismatique dont le jeune âge et la fulgurante carrière rehaussent le prestige. 

    Un mariage qui devient un modèle

    Anne Fulda l’a finement noté dans son livre consacré à « ce jeune homme si parfait » : il a l’intuition qu’il peut tout. Son mariage atypique en est la plus belle preuve ;  il en a calculé le caractère original ; il en savoure, maintenant plus qu’avant, la force  symbolique. Cette preuve du « tout est possible pour lui » est telle qu’il n’hésite pas à l’offrir en image à la France : Brigitte Trogneux sera bien à ses côtés, sinon dans le statut officiel dont il eût aimé qu’il lui fût dévolu, mais dans le rôle effectif de première dame de France. C’est qu’elle a décelé, la première, son génie personnel ; elle a décidé de l’accompagner, de l’aider à être ce qu’il doit être : elle est un modèle, la première française à avoir appréhendé le phénomène Macron.

    Lui n’a cessé de mûrir son dessein. Son ardeur juvénile, son intelligence qui domine et dépasse toute règle et toute normalité, devaient se reporter comme naturellement sur la politique. Oui, il l’épouserait aussi, la vieille politique, mais à sa façon singulière, sûr et de la puissance de son charme et de l’efficacité de son attrait. Sa modernité technique est le gage d’un succès garanti ; il est en lui-même, par lui-même, pour lui-même, dans toutes ses conceptions, une « start up » qui n’agit que dans « la performance », hors des voies communes. Pragmatique et audacieux, concret et plein de rêves, généreux et indulgent mais, en même temps, fort, et, s’il le faut, implacable, tel qu’il se définit lui-même dans son long entretien au Point (31 août 2017. La politique française ne peut que céder ; elle le doit pour se mettre enfin au service de cette nouvelle manière d’être et d’agir. La jeunesse macronnienne la transformera ; il en sera le maître, pas seulement élu, mais plutôt choisi du fond du cœur, aimé comme il doit l’être. Ne l’a-t-il pas annoncé au cours de la mémorable soirée du 7 mai où il célébrait sa triomphale élection dans la cour du Louvre ? Souvenons-nous de cette  «lumière» jaillissant de «la nuit», de ce « présent » émergeant du «passé» : c’était républicain, royal, impérial, français, européen, mondial, tout à la fois et en même temps. Il incarnait à pas majestueux l’histoire en marche, plus encore que la République. Deux mots encadraient son homélie laïque qui appelait à la conversion des cœurs autant que des esprits du fond du triangle pyramidal : «bienveillance» et «amour». Meilleur que Dieu. Comme l’Antéchrist de Soloviev. 

    L’homme qui est et peut tout

    Car c’est fait. Il a vaincu, et avec facilité, dès sa première bataille dans le champ politique. À 39 ans. Le voilà marié à la France.

    Il est président et même quelque chose de plus, une sorte de roi, toujours à sa façon, différente de celle d’autrefois, certes, mais dont l’idée incontestablement l’obsède. Il est aussi Napoléon mais le pacifique, le républicain, celui du Testament de Sainte-Hélène qui étend au monde entier ses vastes conceptions où le réel et l’idéal, la passion et la philosophie, les immenses attentes du monde et les réponses appropriées se rejoignent en s’embrassant sur une ligne d’horizon parfaite, celle qu’il décrit à longueur de discours, d’interventions, d’entretiens, devant le Congrès à Versailles, devant les ambassadeurs, devant les journalistes.

    Il est encore un héros ; le héros, spécifiquement politique, réservé à nos temps, ces temps dont il dit aux journalistes du Point qu’ils obligent à « renouer avec l’héroïsme politique ». Il y a en lui un demi-dieu dont quelque « Transcendance » pour parler son langage, le regarde avec faveur tant il excelle dans ses entreprises qui régénèrent ses frères en humanité. Enfin, une telle vertu, au sens fort du terme, celui de l’antique Romanité et de la transgressive Renaissance, l’élève au rang de divinité. Ce n’est pas pour rien que le nom de Jupiter a été lancé. Dans son entretien avec les journalistes du Point, il se croit obligé de revenir dessus ; il n’en reste pas moins qu’il s’est voulu « jupitérien ».  

    Il prétend qu’il n’a pas l’esprit religieux, mais il confesse qu’à 12 ans, chez les Jésuites, il a demandé le baptême et qu’il  a connu alors une exaltation mystique dont son père l’aurait détourné. La vie a passé très vite ; il n’est plus qu’agnostique, ce qui n’est qu’un mot pour échapper aux questions contraignantes.

    Car il a l’esprit religieux, comme tout le monde. Même le prétendu athée, dit fort justement Dostoïevski ! Tout dépend de ce en quoi l’homme met sa  confiance. Macron maintenant a la religion de lui-même ; il n’est pas le seul de son espèce. Il est à lui-même sa propre origine, sa propre création et sa propre fin. Cette foi le justifie intimement et l’autorise à être ce qu’il est. Il s’appartient lui-même et tout lui appartient. Il voit, il sait, il pense, il décide, il commande. Il y a « lui » qui est chargé de « réussir » sa vie pour « réussir » celle des « autres » et il y a bien sûr ces « autres » qui ne savent pas réussir comme lui. À lui, donc, de vouloir et d’agir. L’investiture démocratique n’a fait que confirmer sa destinée. La moindre de ses phrases porte le sceau de cette certitude intérieure qui le convainc de son rôle irremplaçable ; une finalité supérieure oriente sa vie ; il est fait pour « le moment historique » que vivent la France et le monde ; il le dit en toute simplicité. Ecoutez sa voix prophétique : son souffle inspiré va recréer l’Europe en qui il croit d’abord et qui enfantera la nouvelle France, pour mieux guider le monde sur les voies du salut.

    Le sophiste qui n’est plus qu’un sophiste de plus

    Illusion ! Le tort premier de Macron est de s’imaginer que son histoire a un caractère exceptionnel. Elle est fort banale, surtout en nos temps démocratiques. Tous ses prédécesseurs ont partagé, à des degrés divers, les mêmes sentiments, même ceux qui se voulaient et se disaient normaux. D’avoir eu l’onction républicaine, d’y avoir seulement aspiré, d’avoir réussi à l’obtenir, ne fût-elle que fictive, aléatoire et éphémère, n’ayant l’aval effectif que d’une minorité parmi d’autres minorités, soudainement devenue majorité par défaut, rejet ou élimination – ce qui fut le cas pour lui précisément –, persuade ces esprits de leur supériorité intrinsèque ou plutôt les confirme dans cette persuasion. Ils sont convaincus que l’autorité suprême leur revient de droit, que le pouvoir est fait pour eux comme ils sont faits pour le pouvoir. Leur personne serait investie d’une légitimité qui ne pourrait être remise en doute. Ni  Hollande, ni Sarkozy n’ont lâché cette idée, ni, avant eux, tous les autres !

    Macron, perdant sa popularité en à peine quatre mois d’exercice du pouvoir, en impute la responsabilité à l’incompréhension des Français.  Du coup, il changera sa communication, il fera de « la pédagogie », le grand mot à la mode dans une démocratie décadente, ce qui, pour qui réfléchit bien, est gravement outrageant pour le corps électoral. Que vaut donc le vote de l’électeur ?      .

    Il y a du sophiste chez lui. Hippias se flattait devant Socrate d’apprendre aux jeunes Grecs à réussir : réussir était son but et faire entrer de l’argent, beaucoup d’argent, également. Gorgias enseignait que la politique était l’art de la persuasion ; Protagoras,  qu’elle était le lieu de l’accomplissement de l’homme supérieur qui était la mesure de toute chose ; Calliclès, que le tout de la politique était de savoir dominer la cité. Il n’y a plus de Socrate pour ramener doucement par une fine ironie ces esprits aussi fats que faux à la véritable intelligence du bien de la cité, à l’exacte notion de justice, à la simple vérité de l’homme, loin des vastes et fumeuses considérations.  

    Il suffit d’écouter Macron pour savoir qu’il ne sait rien sur le fond de vrai ni d’utile. Ce qui ne l’empêche pas, comme un sophiste qu’il est, de savoir « baratiner » sur tout, même sur le vrai et l’utile. La sophistique est toujours la même à laquelle est vouée décidément la démocratie française. Comme  jadis la démocratie athénienne. Athènes en est morte. On préférait y condamner Socrate.

    Reste que l’enfant adulé, l’adolescent adoré, le jeune homme idolâtré, le candidat glorifié, le président apothéosé va se heurter à son heure de vérité. Les lois – mêmes les meilleures – ne changeront pas la réalité politique ; la technique ne remplace pas l’esprit. Les institutions ont leurs propres mécanismes qui le broieront lui aussi. Il dit qu’il essaye de se garder du temps pour lire. Est-il permis de lui conseiller de lire ou de relire « le maître-livre » de celui qui fut, à ce qu’il dit, son maître en philosophie, Paul Ricoeur : L’Homme faillible.