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Actualité France - Page 4

  • Des « violences policières » ...

     

    En deux mots.jpgL'avez-vous remarqué ?  A écouter les médias - tous les médias - , il y a en France deux types de violences, traitées, présentées, comme symétriques, équivalentes : celles des voyous, des casseurs, des radicaux de l'ultragauche, des enragés des diverses ong dites humanitaires, et il y a - à égalité de traitement - les violences policières ... En version « médias », tel casseur en action ou en fuite subira une « agression » des forces de l'ordre. Éventuellement, on organisera une marche en défense de cette victime des « violences policières », voire en hommage, selon le terme en vogue … Et ainsi de suite. Vous entendrez tout cela sur les médias du service public ... Question de vocabulaire. Et indifférence du Pouvoir. Qui fera taire France Inter ?

    Ce n'est pas que nous ayons si grand respect pour les forces d'un ordre qui n'est pas celui que nous souhaitons ; qui du reste n'en est pas un vraiment. Ce n'est pas que nous ayons la « religion du flic ». Nous savons assez que le 6 février 1934 ces auxiliaires du régime tiraient sur les patriotes place de la Concorde comme ils tireront trente ans plus tard sur les partisans de l'Algérie Française, ou comme encore cinquante ans après ils gazeront les foules de la manif pour tous ... Ce n'est pas que le policier soit un citoyen pire que les autres, que son métier ne soit pas honorable, même si l'esprit policier, les méthodes policières comportent leur dose de duplicité et autorisent parfois des procédés douteux, c'est pour l'essentiel qu'il est amené à servir un régime de désordre profond et de décomposition sociale, dont on voit les méfaits tous les jours. L'ordre qu'il protège n'est pas, n’est plus l'ordre légitime. 

    Le paradoxe est que les forces de police défendent aussi le peu qu'il reste d'ordre public, d'ordre social, fût-il devenu indigne et frelaté. Et qu'elles protègent les honnêtes-gens subsistants, contre la déferlante toujours grandissante des voyous et des casseurs indigènes ou, pour nombre d'entre eux,  importés. Il faut prendre la mesure de cette contradiction. 

    Le temps est loin où l'on fusillait en Russie celui qui avait levé la main sur le dernier des policiers du tsar parce qu'il figurait le tsar lui-même. Il n'y a plus de tsar en Russie et surtout plus de roi en France pour incarner la nation. 

    En tout cas, un régime qui laisse ainsi ravaler sa police au rang des casseurs par le service public dépendant de lui ne nous semble pas disposer des promesses de l'éternité.  

    Retrouvez l'ensemble de ces chroniques en cliquant sur le lien ci-dessous

    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • Faire sa fête à Mai 68 ? Chiche !

     

    Par Gabrielle Cluzel

    Une excellente chronique que, cette fois encore, on ne peut qu'approuver, parue dans Boulevard Voltaire du 7.11. 

    Rappelons pour ceux qui l'ignoreraient que Gabrielle Cluzel a participé - d'ailleurs brillamment - au colloque du Cercle de Flore « Refonder le bien commun », du 13 mai dernier, à Paris (Illustration ci-dessous).  LFAR 

    2654943674.jpgC’est la question haletante du jour, le suspense insoutenable, qui suscite autant de passions que le sexe du prochain enfant de la duchesse de Cambridge : Macron commémorera-t-il, oui ou non, Mai 68 ? Le JDD dit non – « Il a décidé de ne rien faire » -, Libération dit oui peut-être – « Mai 68 : Macron ne s’interdit rien. »

    Las, si la duchesse de Cambridge peut avoir des jumeaux, Emmanuel Macron ne pourra pas « en même temps » commémorer et ne pas le faire.

    Après un ballon d’essai, on a vu qu’il savait se mettre en marche… arrière. Quand la société, comme il dit, n’est pas prête.

    Et est-elle prête, alors que le centenaire de la Grande Guerre n’est pas seulement terminé, à voir encenser ces sortes de poilus – pour ça, ils l’étaient indéniablement – et ranimer la flamme du baba (cool) inconnu ?

    La vérité – et il l’a sans doute compris – est que la droite, philosophiquement, s’indigne mais, politiquement, se réjouit. À l’instar de Laurent Wauquiez, si « les bras [lui] en tombent », elle se frotte par avance les moignons : commémorer Mai 68 ? Chiche, on va lui faire sa fête. Et dans les grandes largeurs. Comme il le mérite. Bras dessus, bras dessous, car c’est un des rares sujets sur lequel toutes les consistances de la droite (de molle à dure) semblent à peu près d’accord. Qui sait ? La Manif pour tous fera peut-être figure de pique-nique paroissial à côté de la mobilisation contre cette guerre des boutons (d’acné) vieille d’un demi-siècle qui a tout engendré – ou presque.

    Car le mariage gay, puisqu’on en parle, la PMA, la GPA et tutti quanti ne sont que l’application stricto sensu du décalogue Mai 68 : tu n’interdiras point.

    Et le « Balance ton porc », aussi. La libération sexuelle, la fin du savoir-vivre, de la galanterie n’ont-elles pas ouvert l’auge à deux battants ? Il paraît que notre société corsetée était tellement hypocrite ! Mais posons la question aux femmes : que préfèrent-elles ? Un Weinstein qui rêve de leur sauter dessus mais se borne à leur faire, avec une déférence feinte, mille courbettes, ou un Weinstein qui rêve de leur sauter dessus… et le fait aussi sec, parce qu’au moins, il n’est pas faux cul, il faut lui reconnaître ce mérite ? 

    Samedi, cent femmes célèbres, par une lettre ouverte, ont appelé Emmanuel Macron à agir contre les violences sexuelles. Elles demandent notamment, au collège, « un brevet de la non-violence sur le modèle du brevet de la sécurité routière »… et sont à deux doigts d’inventer la bonne éducation : on ne frappe pas une fille, même avec une rose. Amies de l’eau tiède et du fil à couper le beurre, bonsoir. 

    On continue à tirer le fil, justement ?

    Si les petites villes de la France périphérique sont boudées, n’est-ce pas, entre autres, parce que leur modèle messe-dominicale-blanquette-de-veau-sur-la-nappe-en-percale a été vendu, par Mai 68, au mieux comme le summum de l’ennui, au pire comme un lieu de duplicité inouïe ?

    Si l’ascenseur social, le vrai, celui qui dure, est en panne, n’est-ce pas parce que l’école de Mai 68 – décérébrée, technicisée, où l’on apprend à gagner plus pour penser moins – fait de vous, au mieux, un pauvre gars acculturé au portefeuille bien garni ?

    Si la France est incapable d’assimiler, n’est-ce pas parce qu’acquérir une nationalité, c’est aussi s’imprégner de ses codes, ses usages – façon de se vêtir, langage, culture, art de la table, etc. – et que les soixante-huitards, jugeant ceux-ci détestables, les ont tous mis au feu, avec la politesse (fine fleur du vivre ensemble) au milieu. Est-ce un hasard si seule l’armée, qui a gardé ses rites, est encore capable de créer de vrai Français ?

    On pourrait continuer à l’infini. Alors, oui, qu’Emmanuel Macron fasse son cador et ouvre la boîte de Pandore, qu’on la retourne une bonne fois sur la table pour faire enfin l’inventaire.

    Avec le risque que courent tous les monarques quand ils convoquent, la mémoire comme les états généraux : l’issue n’est jamais certaine.     

    Ecrivain, journaliste

    Son blog

  • Emmanuel Macron, le chantre de la société des individus

     

    Par 

     

    XVMb1a0a3cc-c313-11e7-b1f9-8e8a8cad8fcc-100x166.jpgMélenchon déprimé, Le Pen démonétisée, Wauquiez vilipendé, des socialistes cornérisés, tout se passe comme si «les sanglots longs des violons de l'Automne «avaient pétrifié toutes les formes d'opposition politique dans ce pays. 

    On envisageait la rue ? Celle-ci, nonobstant quelques mobilisations sporadiques, est restée calme.

    On envisageait des transports bloqués ? Rien n'est venu paralyser le pays, ni les routiers, encore moins les cheminots.

    D'aucuns suggèrent un mouvement étudiant, mais le mot de « sélection » , épouvantail totémique de bien des gouvernements, parait désormais accepté par une majorité de français et ne plus effrayer les jeunes entrants à l'Université.

    Force est de constater qu'avec sa ligne assumée, son usage des symboles de l'autorité, de la distance, du surplomb, et une communication de tous les instants, dosée entre la verticalité de la fonction et la proximité de la personne, le président de la République a pour l'instant déminé une rentrée qui lui permet de décliner sans trop d'encombres un programme que les électeurs n'ont même pas plébiscité, optant plus par défaut que par adhésion pour le marcheur.

    Le paradoxe veut que les Français aient choisi Macron et non le macronisme. Mais ce faisant , c'est bien le macronisme, quintessence des bourgeoisies de droite et de gauche enfin fédérées, qui applique sa politique dans les veines profondes du pays.

    Toute la question consiste à comprendre comment Macron est devenu en cet automne « le point de coordination tacite » ou s'agrègent les bourgeoisies et où se diluent et s'effilochent, pour l'instant, les élans protestataires en autant de mouvements velléitaires.

    L'essence du macronisme repose sur trois piliers qui, à ce stade, contribuent à sa stabilité automnale.

    Le style d'abord de son leader qui a fait de l'apparence, plus que ses prédécesseurs, la vitrine de sa politique.

    Macron rassure les bourgeois. Il les consolide dans cette croyance que gouverner c'est aussi obéir à des codes, à des usages, c'est-à-dire à une épure qui avait été quelque peu malmenée ces deux derniers quinquennats. Le bourgeois a reproduit de l'aristocratie de cour l'exigence de l'étiquette et du respect des formes. Il se déploie dans un « entre soi » où le regard jauge, évalue, contrôle.

    Macron récite l'histoire d'une bourgeoisie éclairée, sûre de son fait, déterminée à ne pas se laisser déposséder du pouvoir; il en incarne la posture, plus gentilhomme parfois que bourgeois, mais aussi trivialement bourgeois quand il laisse transparaître son agacement lorsque l'on proteste un peu bruyamment contre sa politique. C'est un fait que le bourgeois n'aime pas « le bordel ». Le désordre l'offusque et Macron sait parfaitement mettre en scène son indignation.

    Mieux : il décomplexe le bourgeois qui ne doit pas avoir honte de son statut, y compris dans le face-à-face avec le « populo ». Il n'hésite pas à dire au chômeur de « bosser » « pour se payer un costume » , et il n'est pas « le père Noël » quand il débarque à Cayenne, dans cette Guyane où le taux de chômage atteint 20 %.

    Macron libère les consciences embourgeoisées, les réinstalle dans le confort de leur morale et de leur vision du monde. Il est tout à la fois le héros et le héraut d'une révolution, non pas conservatrice, mais bourgeoise. Il restaure l'habitus de la bourgeoisie dans une société où l'envie, la frustration, le ressentiment constituent de puissants moteurs politiques.

    Et c'est là le deuxième facteur de l'apaisement apparent dont semble bénéficier le macronisme en ce début de mandat. Il martèle une conception de la société dont le leitmotiv, à la manière d'un Guizot exhortant les Français du XIXème siècle à s'enrichir par le travail et par l'épargne, consiste à les enjoindre de réussir.

    « Réussissez » clame Macron ; et surtout exige-t-il de ses concitoyens de renoncer à toute forme de jalousie à l'encontre de la réussite de leur voisin. Ainsi propose-t-il de rompre avec une culture de la culpabilisation du succès, vieil héritage catholique d'un pays laïque dont l'inconscient religieux ne cesse de se manifester, y compris parfois parmi les plus hostiles à la religion !

    Macron est ce président qui incite chacun d'entre nous à procéder sur terre à son salut. Il est le chantre de « la société des individus » pour reprendre le titre d'un ouvrage de Norbert Elias. Cet engagement, répété implicitement ou explicitement, constitue le fil rouge de la doxa macroniste. Il contredit existentiellement toute une sensibilité égalitaire, sidère par son caractère assumé et, prenant à contre-pied une société lassée des mobilisations catégorielles, impose son culot en flattant aussi l'individualisme, cette autre dimension de la sociologie française ...

    La communication du président théorise le mouvement - « En Marche »; illustre celui-ci en suggérant l'exemple de Macron comme modèle de réussite individuelle - les initiales du président « E M » rappellent cette convergence entre le slogan et le leader ; reproduit à satiété ce que le publicitaire Rosser Reeves conceptualisa au milieu du siècle dernier dans la notion de « Unique selling proposition » «ou « proposition unique de vente ».

    Toute la philosophie politique du macronisme vise à promouvoir l'individu, l'individuel, l'individualisme comme moteur de la cohésion sociale. De quoi s'agit-il au fond si ce n'est, au prix d'un raisonnement où le sophisme le dispute à une vision trivialement mathématique du social, de considérer que la somme des réussites individuelles est ce qui soude et fait sens pour la société ... C'est ce parti pris, philosophiquement libéral, que le jeune président promeut à un moment de grande fatigue collective.

    Bourgeoise, individualiste, la politique du jeune chef de l'Etat s'accompagne d'une pratique du pouvoir dont la discrétion frôle la méfiance et l'obsession du secret. Réalité que confirme, entre autres, la clause de confidentialité que vient de faire signer à ses collaborateurs le président ...

    À l'instar d'Auguste Comte qui observait que l' « on ne rentre pas dans les cuisines de la science » , Emmanuel Macron exige du pouvoir qu'il se fabrique dans le silence et la pénombre.

    C'est là le troisième pilier de la foi macroniste. Pas de dévoilement inutile : un rideau s'interpose entre la société et le Prince, quand bien même celui-ci orchestrerait avec une régularité de métronome sa présence au monde. La communication du président explicite des valeurs mais conserve cette énigme qui incite à s'interroger, à susciter une fascination implicite par le non-dit qu'elle suggère.

    Communiquer, c'est aussi savoir se taire et ne pas montrer. Le bourgeois est un individu secret . Par nature, par conviction et par intérêt. La métaphore du moment en quelque sorte mais qui ne constitue pas pour autant la vérité de demain.

    L'opinion n'est pas domestiquée, ni conquise ; elle attend. C'est l'expectative d'abord qui se lit dans le regard des Français ...  

    Arnaud Benedetti est professeur associé à l'Université Paris-Sorbonne, coauteur de Communiquer, c'est vivre (entretiens avec Dominique Wolton, éd. Cherche-Midi, 2016), et auteur de La fin de la Com' (éditions du Cerf, 2017).

  • Enfumage

     

    Par François Marcilhac

     

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    Emmanuel Macron serait-il en passe de réussir son pari et de «  modifier les choses  » en profondeur  ? Pourtant, les sondages, qui valent ce qu’ils valent, c’est vrai, ne semblent pas le confirmer. Et il a beau multiplier ce qu’il croit être de beaux coups médiatiques, notamment à l’international, ou donner dans une prétendue solennité à l’américaine en signant, lundi 30 octobre, de son bureau présidentiel, devant les caméras, entouré de Castaner, le porte-parole du Gouvernement, et de Collomb, le ministre de l’Intérieur, la loi «  renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme  » – il avait fait de même avec la loi de moralisation de la vie politique –, toutes ces pitreries médiatiques ne le font pas progresser dans l’estime des Français qui n’ont pas mis longtemps à percer l’arrogant mépris du personnage à leur endroit. Les médias et le pays légal dans son ensemble ne sont pourtant pas en reste pour faire son éloge. L’enfumage a même dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer s’agissant de la directive européenne sur les travailleurs détachés, dont Macron avait fait du «  durcissement  » son cheval de bataille durant l’été, allant jusqu’à insulter les Polonais. Européiste fanatique, il veut faire de sa politique européenne le grand marqueur de son quinquennat. En l’occurrence, montrer que l’Europe saurait aussi protéger. C’est en gardant en tête cet axe qu’il faut juger sa prétendue victoire sur le sujet. Or, s’il est vrai que, désormais, le travailleur détaché devra recevoir une rémunération égale à celle de ses collègues locaux, selon les termes de l’accord trouvé à Luxembourg le 23 octobre dernier, il ne faut pas oublier que les cotisations sociales et retraites – du salaire différé – seront toujours celles du pays d’origine ou encore que Macron a dû jeter du lest concernant la durée des détachements (non pas six mois, mais douze, voire dix-huit). On dira que ce dernier point est symbolique, puisque en France – deuxième pays d’accueil derrière l’Allemagne –, la durée moyenne d’un détachement est de trente-cinq jours  ? Macron, d’un côté, ne fait donc que dans le symbolique et, de l’autre, n’a rien cherché à obtenir concernant les grosses entreprises du BTP, qui continueront toujours à avoir intérêt à embaucher des salariés qui socialement ne leur coûteront rien et dont ils pourront indéfiniment répéter les détachements. Quant aux transporteurs routiers, pourtant un gros morceau, ils échappent au «  durcissement  » de la directive, alors que le transport routier français a été divisé par trois en quinze ans en raison de la concurrence déloyale des pays de l’Est et des pays ibériques – qui auraient rejoint les premiers si Macron s’était entêté. Enfin, ces mesures entreront en vigueur, après l’accord du Parlement européen, au plus tôt en… 2022  ! Et la création d’une «  autorité européenne du travail  » permettant de contrôler leur application est renvoyée aux calendes grecques au profit d’une coopération administrative entre États… qui n’a jamais fonctionné jusque-là. On comprend immédiatement le caractère pernicieux de cet accord  : invalider dans l’œuf toute nouvelle critique de la directive en prétextant que son durcissement a réglé tous les problèmes. Ce qui est évidemment faux, comme on vient de le voir. Mais le but de Macron – comme de sa fausse opposition, de droite et de gauche, qui ne peut donc le critiquer sur ce point – est d’édifier une Europe sociale à bas coût, sur le modèle allemand dans un premier temps – il l’a explicitement annoncé à la Sorbonne – avant d’imposer une précarité encore plus grande. Alors qu’une vraie politique de protection de l’économie et des travailleurs français aurait été de contester le principe même de cette directive ou d’imposer, par exemple, sur les chantiers, la clause Molière. Mais Macron ne pense pas français. Macron thinks European

    Pour en finir avec le tirage au sort

    Les nouvelles mesures annoncées ce 30 octobre par le Gouvernement pour mettre fin au scandale – notamment l’ubuesque tirage au sort – de l’inscription des néo-bacheliers dans le premier cycle universitaire participent du même enfumage. Elles ont beau constituer pour le Premier ministre «  une réforme profonde du premier cycle universitaire  » assortie d’«  un contrat pédagogique  », elles trahissent le piège dans lequel se trouve pris tout gouvernement qui n’entreprendra pas une refonte totale du système. D’ailleurs, Édouard Philippe d’ajouter piteusement, comme pour plaire à tout le monde – et on sait que dans ce cas, on ne plaît à personne  : «  Je n’ai pas et je n’ai jamais eu peur du mot sélection, mais ce n’est pas ce que nous proposons. L’objectif n’est pas que l’université dise non. Dans la plupart des cas, elle dira oui, et dans certains cas elle dira oui si.  » Et les organisations étudiantes et lycéennes d’appeler à une mobilisation le 16 novembre contre une sélection qui ne dirait pas son nom, le «  oui si  », voire un «  non  » rarissime pour des potaches qui n’auraient décidément pas le profil des études envisagées leur paraissant encore trop sélectif. Mais comment leur donner tort  ? Et oublier que l’entrée à l’université est déjà soumise à une sélection, qui a pour nom, précisément, le baccalauréat, qui est non pas, comme on le croit ordinairement, un examen de fin de cycle mais le premier grade universitaire  ? Aussi le pouvoir se trouve-t-il coincé par plusieurs décennies de démagogie ayant abouti à priver le bac, désormais donné à tous, de sa raison d’être. Pourtant, dès les années 1970, le sociologue Raymond Boudon, dans L’Inégalité des chances, avait montré le caractère pervers, pour les élèves les plus défavorisés, de la massification des diplômes, qui les prive de toute valeur. Aussi les mesures prévues – outre le «  oui si  » des universités, un dispositif spécifique pour les filières en tension, l’avis des professeurs de terminale, la nécessité d’un prérequis pour les étudiants ayant reçu un avis sous condition ou encore des stages de prérentrée ou des cours renforcés (donnés par qui, où, avec quel argent  ? ) – seront-elles inefficaces et coûteuses tout en ne faisant qu’aggraver la situation, puisque Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, a annoncé que 500 millions d’euros seraient investis dans le but de créer de nouvelles places dans les filières les plus demandées par les étudiants, sans même que soit étudié le besoin social et économique auquel répondent ces filières. Comme si c’était à la société – l’université étant gratuite en France – de financer des études dans des filières dont le seul débouché est le chômage.

    Une impasse républicaine

    Oui, le pouvoir est coincé  : soit il restaure le bac dans sa plénitude de premier grade universitaire, ce qui impliquerait de le rendre à nouveau sélectif et de ne plus le donner à 80  % d’une classe d’âge, soit il en fait un simple diplôme de fin de cycle, et autorise les universités à organiser leur propre sélection. Avec la fac pour tous, nous sommes aujourd’hui dans le pire des scénarios, celui qui refuse tout sélection, la fac servant seulement à soulager Pôle emploi. Mais quelle serait l’acceptabilité sociale d’une de ces deux réformes auprès des familles, alors même qu’avoir le bac, et donc entrer à l’université, est devenu un droit  ? Et que faire des jeunes qui seraient refoulés  ? On voit bien qu’il faut reprendre le problème de l’orientation dès le collège… et celui de l’apprentissage des fondamentaux, parfois ignorés des étudiants de première année, dès l’école primaire. Tout en prévoyant des filières professionnelles valorisantes… Mais comment la République, qui repose sur le mythe incapacitant de l’égalité, pourrait-elle entreprendre une telle refonte  ?   

  • Éric Zemmour : Sélection à l'université, le choix du gouvernement, analyse ...

    L'affaire Malik Oussékine 

     

    BILLET - Comme un baigneur qui renonce à plonger dans l'eau après l'avoir longtemps tâtée du pied, le gouvernement a finalement renoncé.  [RTL 31.10]

    Sur ce même sujet, celui de la sélection à l'université, on lira ci-dessus l'analyse de François Marcilhac ...   LFAR 

     

     Résumé RTL par Éric Zemmour et Loïc Farge

    « L'eau du Rubicon était trop froide.» Éric Zemmour analyse le choix du gouvernement de ne pas mettre en place de sélection directe à l'université. « Comme un baigneur qui renonce à plonger dans l'eau après l'avoir longtemps tâtée du pied, le gouvernement a finalement renoncé », analyse-t-il.

    Pour Éric Zemmour, le sujet est au point mort depuis des décennies politiques. « Le dernier à avoir osé s’appelait Jacques Chirac. Il était Premier ministre d’un gouvernement de cohabitation en 1986 », rappelle-t-il. 

    Le ministre des Universités d'alors, Alain Devaquet, « était un naïf audacieux ». « En politique, on appelle ça un candidat au suicide. (...) Dans la fureur des manifestations étudiantes, on releva un mort sous les coups de la police : Malik Oussékine. Depuis, le syndrome Malik Oussékine tétanise tous les politiques », estime Éric Zemmour.  

    Éric Zemmour

  • Bainville : « Qu’est-ce qu’une Constitution ? Les peuples ne voient que les hommes ... »

     

    Publié le 31 août 2017 - Actualisé le 7 novembre 2017

    XVM2382f324-05e2-11e5-b131-51c251e5568d.jpg« Qu’est-ce qu’une Constitution ? Aimons-nous beaucoup la nôtre ? Pour aimer, il faut d’abord connaître. Et qui donc connaît les lois constitutionnelles sous lesquelles nous vivons ? Demandez au monsieur qui passe. Il y a des chances pour qu’il connaisse mieux les règles du football ou des courses que celles qui définissent les rapports du président de la République et du Parlement. À la vérité, les légistes font attention aux textes, les peuples ne voient que les hommes.

    Ils trouvent que celui-ci est courageux et que celui-là est lâche. Ils admirent le plus énergique ou le plus rusé. Un ancien l’avait déjà dit : les chefs combattent pour la victoire, et les soldats pour les chefs. Quand le chef reste sous sa tente, ou quand il a pour armes des plaidoiries, il n’y a plus beaucoup de soldats. »  

     

    Jacques Bainville
    Doit-on le dire ? (Candide, mai 1924)

  • Où est passée la France « d'en bas » ?

     

    Par   

    TRIBUNE - Maxime Tandonnet, expose ici en termes très concrets comment, tandis que la France d'en haut s'étourdit avec le phénomène #balancetonporc et bientôt avec les célébrations de mai 68 et des JO, ou d'autres encore, la France d'en bas et ses millions de chômeurs et de pauvres est oubliée [Figarovox, 24.10]. Cette fracture nous semble relever d'une certaine façon, tout en l'actualisant, de la vieille distinction maurrassienne entre Pays Légal et Pays Réel, si souvent reprise en toute occasion. Elle est annonciatrice d'affrontements et de violence. Maxime Tandonnet n'y apporte sans-doute pas les réponses qui seraient les nôtres. Mais il pose avec lucidité et pertinence les justes questions.  Lafautearousseau   

     

    131.jpg« Tout cela va très mal finir » aurait déclaré en privé le président Sarkozy. Que voulait-il dire par là ? Deux France évoluent en parallèle et l'abîme entre elles, ne cesse jour après jour de se creuser un peu plus. 

    La France dite « d'en haut », ses milieux dirigeants, ses responsables publics et politiques, ses réseaux d'influence, ses médias radio-télévision, ses experts, ses milieux financiers, se porte plutôt bien.

    La personnalisation médiatique du pouvoir, autour du plus jeune président de l'histoire, atteint un niveau vertigineux, jamais égalé, oscillant entre l'exaltation et l'exaspération, dans un monde factice, illusoire, surmédiatisé, où le culte du chef est l'écran de fumée qui recouvre, de quinquennat en quinquennat, l'impuissance publique à régler les problèmes des Français.

    De même, les crises d'hystérie s'enchaînent à un rythme endiablé, venues des Etats-Unis, après l'affaire des statues dites racistes, la dernière en date autour des scandales sexuels et du « balancetonporc » comme le montre si bien M. Gilles Goldnadel.

    La course aux lynchages bat son plein comme dans un jeu de « soft terreur » ayant le déshonneur public pour guillotine. Dernier « suspect », dernier lynché: le député M. Lassale, longtemps coqueluche des médias. Nul n'échappe désormais au syndrome de l'arroseur arrosé, au spectre d'une dénonciation, pas même les bourreaux eux-mêmes, comme le couperet s'est un jour abattu sur la nuque des Robespierre, Saint Just et Fouquier-Tinville

    La fuite dans les commémorations solennelles est elle aussi de routine. Il est logique que cette France dite d'en haut s'apprête à célébrer mai 1968, son acte de naissance, avec son culte du nivellement et de la table rase, son « interdit d'interdire », ses « CRS = SS » et son individu-roi qui s'exprime dans le célèbre - et ambigu - « jouissez sans entraves ». De même, la France dite d'en haut s'enivre par avance dans l'éblouissement des jeux olympiques de Paris 2024, comme pour oublier le présent et le monde des réalités.

    Mais au-dessous du grand maelström hystérique, où en est la France dite « d'en bas », celle de la majorité silencieuse et des tracas de la vie réelle ?

    Où sont passés les 5 à 6 millions de chômeurs ? Les 2 millions de bénéficiaires du RSA ?, les 8 à 9 millions de pauvres et les 3,2 millions de mal logés ?

    Que ne ferait-on pas pour noyer dans un tumulte stérile la pire tragédie de l'histoire de notre pays depuis 1945, celle d'une France ensanglantée par le terrorisme islamiste ?

    Et qui parle encore des squats et des bidonvilles qui prolifèrent sur le territoire ? Où en est la crise migratoire, les arrivées incontrôlées en Europe de centaines de milliers de personnes victimes des passeurs criminels ? Où en est l'aéroport de Nantes, voulu par l'Etat, confirmé par référendum, mais bloqué par les zadistes ?

    Et la situation des cités sensibles, les territoires perdus de la République, les trafics qui y règnent, les phénomènes de communautarisme et de repli identitaire, la tragédie de leurs habitants surexposés à la violence et qui ne demandent qu'à vivre en paix ?

    Où en sont les milliers de collèges et de lycées en crise, où les professeurs débordés par le chaos, insultés, giflés, ne parviennent plus à faire leur métier de transmission des savoirs fondamentaux ?

    En 2017 s'est déroulé un événement politique d'une portée capitale, historique, passé quasi inaperçu : le taux d'abstention aux élections législatives, le cœur de toute démocratie, pour la première fois dans l'histoire, a dépassé les 50% signant ainsi le naufrage de la démocratie française, dans l'indifférence générale.

    Cette fracture entre les deux France, la France dite d'en haut qui se noie dans les gesticulations de sa bulle médiatique et la France dite d'en bas confrontée à la tragédie du monde réel, est la source de tensions explosives, qui peuvent s'enflammer à tout moment, sous une forme ou sous une autre, dans la rue ou par un vote de destruction en 2022. Certes, aucun signe d'une explosion imminente n'est aujourd'hui décelable mais rien n'est plus calme qu'un magasin de poudre, une demi-seconde avant l'étincelle.  •

    Maxime Tandonnet est historien. Auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République (éd. Perrin, 2013) et Au cœur du Volcan, carnet de l'Élysée (éd. Flammarion, 2014), il vient de publier Les parias de la République (éd. Perrin, 2017). Découvrez également ses chroniques sur son blog.

  • Société • Pires que les pires curés

     

    Par  Mathieu Bock-Côté

    Cette tribune [4.11] est de celles que Mathieu Bock-Côté donne sur son blogue du Journal de Montréal et auxquelles nous faisons très souvent écho .    LFAR  

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    Il y a quelques jours, c’était l’Halloween. Normalement, pour l’occasion, on se déguise, et généralement, en autre que soi.

    C’est ce que s’était dit le directeur d’un collège montréalais. Apparemment, il aimait Bob Marley. Il s’est donc déguisé en Bob Marley et s’est noirci le visage.

    Erreur ! Dans le climat hystérique qui domine aujourd’hui, son déguisement a fait scandale sur les médias sociaux.

    Fanatisme

    Des agités lui ont non seulement reproché sa possible maladresse, mais l’ont accusé de racisme parce qu’il se serait livré à la pratique du blackface. Ils font comme si nous étions ici dans le sud des États-Unis ! À quand une leçon d’histoire et de géographie ?

    Ils hystérisent la société en lançant sans cesse des accusations de racisme et de sexisme. Il s’agit d’une minorité criarde qui impose ses lubies à la société entière en créant des controverses grotesques et des scandales artificiels.

    On a appris que ce pauvre directeur d’école a même dû faire la tournée des classes ensuite pour s’excuser à ceux qu’il aurait blessés. C’est ainsi qu’on met les adultes en pénitence : on les condamne à l’humiliation publique.

    La société est désormais patrouillée par des idéologues excités qui font penser aux pires curés d’hier.

    Ils vérifient les costumes d’Halloween et écrivent des codes pour nous expliquer comment nous déguiser de manière politiquement correcte. Ils surveillent les blagues. Ils inspectent les publicités. Ce sont des préposés aux tabous et des policiers des bonnes mœurs multiculturalistes.

    Censure

    Ils réclament un droit de veto sur tout ce qui se dit en société et se croient tout permis parce qu’ils s’imaginent les défenseurs des « minorités opprimées ».

    Ils ont le fanatisme de ceux qui croient avoir le monopole de la vertu. Ils rêvent de censure.

    Pour un costume d’Halloween qu’ils désapprouvent, ils peuvent vous gâcher la vie. Et ils n’hésiteront pas à le faire. 

    Mathieu Bock-Côté

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016) et de Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).

  • Société • Ça doit être sympa, d’être de gauche…

     

    Par Gabrielle Cluzel

    Une excellente chronique qu'on ne peut qu'approuver, parue dans Boulevard Voltaire du 23.10. 

    Rappelons pour ceux qui l'ignoreraient que Gabrielle Cluzel a participé - d'ailleurs brillamment - au colloque du Cercle de Flore « Refonder le bien commun », du 13 mai dernier, à Paris (Illustration ci-dessous).  LFAR 

    2654943674.jpgÇa doit être sympa, d’être de gauche. D’être du côté des gentils, des bons, du bien, de ceux qui ont toujours raison.

    Christine Boutin vient de se retirer de la politique. Beaucoup de remerciements, bien sûr, mais il faut lire, aussi, les injures que cette annonce suscite. Il faut voir les seaux d’immondices que des anonymes, bien planqués derrière les volets occultants des réseaux sociaux, lui déversent sur la tête. Comme à chacune de ses interventions, d’ailleurs. Et elle, stoïque, ne répond rien. Peu ou prou comme Ludovine de La Rochère, et avec le même flegme, elle subit quotidiennement les flèches hargneuses, graveleuses, misogynes, ordurières, insultantes… de ceux-là qui arborent, deux tweets plus bas, le plus sérieusement du monde, le hashtag #BalanceTonPorc. Si Christine Boutin devait balancer tous les porcs qu’elle a, malgré elle, côtoyés, il ne suffirait pas d’une journée.  

    C’est chouette, d’être de gauche. On peut être schizophrène, de la plus grossière mauvaise foi… et se sentir dans son bon droit. 

    On dénonce, donc, le harcèlement sexuel, avec des airs douloureux de rosière outragée, mais – on ironise – « faut-il que vous ayez le front bas et l’esprit puritain ! » – on s’indigne avec effroi – « Goebbels, va ! » – si vous suggérez qu’on pourrait commencer par balancer (à la poubelle ou, en tout cas, hors de l’espace public) ces « œuvres d’art » autoproclamées imposant au passant un regard aussi poétique sur la femme et la sexualité que le « vagin de la reine », le plug anal ou, récemment, devant Beaubourg, « Domestikator » (sic). 

    C’est bien, d’être de gauche. On peut mettre ses neurones sur off, son cerveau en vacances, déserter toute réflexion critique en laissant simplement une alarme qui détecte les effractions dans la maison pensée unique : elle fonctionne avec quelques mots clés, s’appelle réductio ad hitlerum (ou, variante, ad FNum, ad LMPTum, ad SensCommunum) et, quand elle couine, fait un boucan de tous les diables. Aucune chance que le brigand téméraire – suicidaire ? – tente une nouvelle incursion. 

    C’est commode, d’être de gauche, parce qu’on fait sa propre loi. Robin de La Roche l’évoquait, hier, avec l’éloquence qu’on lui connaît : on peut publier, à l’instar d’Europe 1 sur l’Action française, les plus grossières Fake News – imaginons, mutatis mutandis, un fiché S soupçonné de passer à l’action qui aurait un court moment fréquenté telle mosquée, puis l’aurait quittée ne la trouvant pas assez « radicalisée »… que dirait-on du journal qui oserait titrer : « Enquête sur cette mosquée islamiste qui fomentait un attentat » ? – et continuer à plastronner sans complexe, auréolé du Décodex.

    Ça fait rêver, d’être de gauche. Ou pas. Le joker permanent qu’est l’anathème est mère de l’indigence intellectuelle la plus crasse. Plus besoin de réfléchir, de justifier, de traquer in petto ses propres incohérences avant de s’exprimer, puisqu’on ne démontre plus : on assène. On tient les autres licou serré, mais on se laisse aller, pour soi, avec paresse – qui jugerait les juges ? – à la pensée relâchée.

    Leur tyrannie intellectuelle aura eu cet effet purificateur de forcer le camp qu’ils exècrent à l’exigence, l’honnêteté, la rigueur, car observé, surveillé, matraqué, celui-ci n’a pas le droit à l’erreur. Et c’est sans doute le meilleur service qu’ils lui auront, involontairement, rendu.   

    Ecrivain, journaliste

    Son blog

  • La croix du Panthéon

     

    par Gérard Leclerc

     

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    L’affaire de la croix de Ploërmel, au dessus de la statue de Jean-Paul II, n’a pas fini de faire des vagues, parce qu’elle pose quelques questions élémentaires que les rigoureux partisans de la laïcité sont bien en peine d’esquiver. Sans doute, l’arrêt du Conseil d’État est conforme à une certaine logique, qui peut se réclamer formellement de la loi de séparation de 1905. Mais d’innombrables protestataires ont déjà objecté et continuent à objecter que des croix, il y en a partout dans l’espace public. Il y en a jusqu’au centre des plus humbles de nos hameaux. Faudrait-il donc toutes les éradiquer, comme cela se déroula d’ailleurs au moment de la révolution culturelle de l’an II, où l’on procéda à une radicale sécularisation de l’espace public. Cela se passait, il est vrai, en pleine Terreur, et cela anticipait la fameuse révolution culturelle chinoise qui voulut aussi arracher violemment l’ancien empire du Milieu à sa civilisation traditionnelle.

    On a fait remarquer aussi que le monument de Paris qui symbolise le plus la laïcité républicaine, le Panthéon, restait surmonté d’une croix. Le temple laïque n’a pu être totalement arraché à sa destination première d’église dédiée à sainte Geneviève, patronne de Paris. Mais c’est une histoire assez époustouflante. Dans le projet primitif, ce n’était pas une croix qui était prévue au sommet du dôme, mais une grande statue de Geneviève. Une première croix avait provisoirement remplacé la statue en projet. Mais avec la transformation de l’église en mausolée, une autre statue de neuf mètres de hauteur représentant une femme embouchant une trompette avait été installée, avant que, sous la Restauration, on y replace une croix en bronze doré.

    Mais il faut abréger. Je croyais que cette croix avait été retirée pour les obsèques de Victor Hugo en 1885, sur la foi du cher Philippe Muray. Mais c’est inexact, Muray a peut-être confondu avec la fin de l’usage liturgique de l’édifice. Que conclure de tout cela ? Peut-être que nous ne nous sommes toujours pas au bout de nos difficultés, pour ne pas associer une saine laïcité de l’État à la furie éradicatrice d’une mémoire, qui est beaucoup plus qu’une mémoire, et qui tient aux fibres les plus secrètes et les plus persistantes de notre être profond. 

    Gérard Leclerc

    Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 novembre 2017

  • Éric Zemmour : Derrière la campagne contre les porcs, c'est la porcherie qui flambe et que l'on nous cache

     

    Par Éric Zemmour

    Cet article - paru dans le Figaro Magazine du 27 octobre -  nous a paru si judicieux, si intelligemment pensé et écrit, il soulève des questions si essentielles et répond même à celles que nous posions ici vendredi dernier (lien ci-dessous)  que nous avons jugé impératif de le mettre en ligne pour les lecteurs de Lafautearousseau. On jugera.  LFAR

     

    7739347071_eric-zemmour.jpgC'est un torrent qui emporte tout. Qui dévaste tout, qui détruit tout, qui ravage tout. Qui envahit tout. Le torrent de la parole libérée. La parole qui dénonce, la parole qui accuse, la parole qui menace. L'incroyable tsunami de « Balance ton porc » nous plonge soudain dans le monde décrit il y a des années par l'écrivain Philippe Muray qui avait prophétisé que le temps du néopuritanisme féministe succéderait à celui de la libération sexuelle des années 1970, et qu'il s'achèverait dans une fureur répressive et inquisitoriale : « A l'envie de pénis, succédera l'envie de pénal. »

    Nous y sommes. Et plus rien d'autre n'existe ni n'importe. Comme si (alors même que l'affaire Weinstein partait des Etats-Unis, et même d'Hollywood, qui n'a jamais eu la réputation d'être un monastère), la France était devenue un enfer où des « porcs » par millions harcelaient et violaient en liberté des pauvres victimes féminines, forcément victimes, qui n'avaient aucun moyen légal de se défendre. Les mêmes militantes féministes - qui, il y a quelques semaines, nous expliquaient doctement que les incessants harcèlements de rues par les migrants Porte de la Chapelle se régleraient par un élargissement des trottoirs - ne proposent nullement l'agrandissement des chambres d'hôtel où Weinstein et ses émules français reçoivent leurs proies. Il est vrai que ceux-ci sont occidentaux et riches, tandis que ceux-là sont africains et pauvres.

    Mais le torrent médiatique de « Balance ton porc » ne saccage pas seulement toute raison et cohérence intellectuelle. Il réduit à presque rien tout le reste de l'actualité. Soudain, la sécession catalane devient anecdotique. On évoque à peine les efforts - largement vains d'ailleurs - d'Emmanuel Macmn pour limiter les effets délétères des travailleurs détachés. Les menaces nucléaires venues de la Corée du Nord ont disparu. La défaite de Daech ? On s'en moque. On a déjà oublié que les Allemands de Siemens ont racheté nos TGV. Les ambitions mondiales de la Chine, proclamées haut et fort désormais par le chef du Parti communiste chinois, n'ont qu'une importance insignifiante. Le développement de sa marine, en particulier, et de son armée en général, son impérialisme économique mis en place à travers « la route de la soie », n'intéresse personne. Pas plus que le réveil programmé de la puissance militaire japonaise. Ou l'invasion continue de migrants venus d'Afrique, et qui passés par la Libye, se déversent sur les côtes italiennes, en sachant très bien qu'ils seront non seulement sauvés, mais jamais renvoyés dans leur pays. Tout cela est insignifiant. Négligeable. Marginal. Il est vrai qu'il ne s'agit que de paix et de guerre. Un sujet bien moins important que de savoir si tel député ou ancien ministre a posé sa main sur la cuisse d'une jeune femme ou si une actrice a pleuré en comprenant qu'un producteur l'avait invitée dans sa chambre d'hôtel pas seulement pour évoquer son prochain rôle. Si on était amateur de complots, on dirait que cette campagne médiatique contre les porcs est bien utile pour ne pas voir la porcherie qui flambe. Mais ce n'est pas notre genre.  

    A lire dans Lafautearoussau ...

    « Balancer » pour « balancer » visons les bonnes personnes !

  • Goldnadel : « Cachez cette croix que je ne saurais voir ! »

    Le Conseil d'Etat a imposé le retrait de la croix d'une statue de Jean-Paul II installée depuis 2006 sur la place de la petite commune de Ploërmel,dans le Morbihan.  

     

    Par  

    CHRONIQUE - Gilles-William Goldnadel revient sur la polémique déclenchée par la décision de démonter la croix d'une statue de Jean-Paul II en Bretagne. Il y voit une aberration juridique et l'expression d'une laïcité à géométrie variable. Et négatrice de nos racines. Cette chronique [Figarovox,30.10] dit un grand nombre de simples vérités !  LFAR

     

    XVMf7715e60-bd8b-11e7-b423-cdc4e7cfb664.jpgA l'heure du hashtag mobilisateur et des indignations électroniques , on permettra à quelqu'un qui ne marche au pas cadencé des modes hystériques et des pauses avantageuses de choisir ses causes. 

    Non, je ne me suis pas rendu à la convocation féministe des #Metoo pour protester contre le harcèlement des femmes.

    Je ne m'y suis pas rendu, car, personnellement, je me méfie de ces cortèges de bons sentiments exhibés publiquement et qui ne coûtent pas très cher, ils sont pleins d'imposteurs.

    Je ne m'y suis pas rendu car je n'aime pas vivre, à Paris, à l'heure de Charlottesville ou de Los Angeles. En août, on détruit les statues des généraux sudistes, en septembre, on veut culbuter Colbert et dégommer Dugommier.

    En octobre, on découvre les turpitudes hollywoodiennes de ce monsieur Weinstein et huit jours francs plus tard voilà que des charcutières électriques veulent tailler dans chaque porc français qui s'ignore une bonne tranche de lard.

    Je ne m'y suis pas rendu, car comme à leur habitude, j'ai vu les gaucho-féministes et leurs masculins supplétifs empressés vouloir sans complexe prendre le train en marche. On peut effectivement tout reprocher à l'extrême gauche sauf d'être complexée, c'est d'ailleurs dans ce manque de pudeur, qu'elle puise sa vigueur.

    Elle s'est toujours trompée, ce qui ne l'empêche pas de vouloir constamment chapitrer. Car, en manière de violences faite aux femmes ou de comportements inappropriés avérés, la gauche, si elle avait une once de décence, devrait se faire modeste.

    Je rappelais dans ma chronique de la semaine passée comment le camp du bien hollywoodien, celui des libéraux généreux, des jet-setter sans frontières prêts à ouvrir certainement leurs piscines et leurs jacuzzis à tous les migrants de la terre, ceux qui ont abominé d'injures et de reproches le président honni de tous les beaufs blancs réunis avait fermé les yeux pendant des années sur les turpitudes d'un des leurs.

    Mais la gauche radicale française devrait également se faire radicalement petite.

    Je revois encore Monsieur Baupin Denis parader superbement avec ses verts amis, maquillés et les lèvres rougies, en soutien courageux envers le sexe faible et les autres minorités sexuelles martyrisées. Ce sont ces mêmes amis écolos-gauchistes qui se sont tus pendant des années alors qu'ils connaissaient l'hyperactivité de leur camarade aujourd'hui déchu mais qui ne saurait les avoir outrageusement déçus. Peut-être, dans le courant tumultueux des nouveautés politiques, n'avons-nous pas suffisamment apprécié le progrès effectué, dans la déconfiture électorale de ce parti si souvent convaincu d'impostures.

    Surtout, je ne m'y suis pas rendu, parce que je n'y étais pas le bienvenu.

    Il faut lire l'interview qu'a donnée à LCI, Carole Galand, organisatrice des manifestations sous la bannière « MeToo »:

    «Il n'y aurait pas de problèmes si l'homme n'existait pas… Il n'est pas facile pour certaines femmes victimes d'agression de manifester aux côtés des hommes. C'est pourquoi dans le parcours de la manifestation, certaines zones sont réservées à ces femmes…». C'est la dernière mode ségrégationniste. Dominés de tous les pays, réunissez-vous en excluant les dominants !

    Les indigènes de la république, l'UNEF (voir cet article du Monde, pour une fois salvateur) apprécient les camps racisés interdits aux blancs. Voilà que les féministes de la république veulent confiner les femmes dans des espaces franco de porcs. Je ne suis donc pas de ceux qui s'imposent.

    En revanche, si un défilé n'excluant a priori personne était organisé dans la foulée du hashtag MontreTaCroix, j'y protesterais volontiers avec mes pieds contre la dernière décision du Conseil d'État ordonnant l'amputation du symbole de la chrétienté sur une œuvre d'art consacrée à Jean-Paul II et édifiée sur une place de Ploërmel. Bref un calvaire administratif en plein pays catholique et breton.

    Au plan juridique, la décision apparaît suprêmement insensée. Il ne s'agit pas de l'édification d'un emblème religieux dans l'espace de la république, il s'agit d'une partie de l'ornement emblématique d'un tout artistique.

    Mais laissons là le droit. Je sais bien quel est l'esprit qui souffle depuis longtemps sur la haute institution. Je sais ce qui se trame dans l'inconscient du juge administratif. La religion des natifs ne bénéficie pas des mêmes prévenantes attentions que celle des nouveaux arrivants, du voile jusqu'au burkini. Celle des « chrétiens zombies », de la religion des blancs qui se meurt, pour reprendre la hideuse expression d'Emmanuel Todd pour les taxer pour le même prix d'Islamophobie.

    Maudits chrétiens racistes parce qu'occidentaux dominants. Cachons leurs emblèmes. Comme cette marque de yaourt grec qui vient d'effacer la croix orthodoxe sur son étiquette pour n'offenser personne. Comme la régie publicitaire de la RATP qui interdisait toute publicité caritative pour les chrétiens d'Orient martyrisés pour n'offusquer personne. Comme cette loi mémorielle Taubira qui interdit le souvenir de la traite arabique des chrétiens pour ne désespérer personne dans les banlieues.

    La mairie de Paris peut bien organiser la nuit du ramadan aux frais du contribuable, sans attenter à la laïcité et les prières de rue se poursuivre sans emprise sur l'espace public. Sous l'empire de la laïcité française à géométrie variable et de la pudibonderie américaine schizophrène, on applaudit donc le plug anal, on célèbre le vagin royal et on construit des édicules zoophiles où l'on sodomise les chiens sans égard pour le regard enfantin.

    Dans mes « Réflexions sur la question blanche », je confessais qu'en ma petite enfance normande mais judaïque je craignais de dormir dans un lit surmonté d'une croix catholique. L'église en ces temps-là était encore dominante et parfois impérieuse.

    Adulte, je ne puis souffrir que l'on interdise aux enfants malmenés de sa fille aînée de montrer leur croix où ils veulent sur leur terre de France.

    Dans un domaine extrêmement voisin, mon lecteur apprendra, puisqu'on ne lui a pas dit, que la semaine dernière, le médaillé d'or Israélien Tal Flicker a vu les symboles de l'État juif - hymne national et drapeau frappé de l'étoile de David - interdits de cité par les autorités d'Abou-Dhabi, pays organisateur du tournoi de judo du Grand Chelem.

    L'athlète victorieux a alors entonné lui-même l'hymne de son pays.

    Bel exemple à méditer si l'on veut continuer d'exister sans renier sa croix ou son étoile.  

    Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain.  

  • Al Sissi à Paris sous le feu des critiques

     

    En deux mots.jpgLe maréchal Sissi qui a sauvé l'Egypte d'une dictature islamique et se trouve être notre allié contre le terrorisme, a quitté Paris après trois jours de critiques médiatiques incessantes, universelles, fatigantes par leur uniformité, leur répétitivité et finalement leur sottise. Une autre dictature en quelque sorte qui ne dit pas son nom et dont pour l'heure personne ne nous a sauvés. 

    Les reproches faits à Sissi arrivant à Paris et à Macron l'y recevant, sont parfaitement habituels, d'une désolante uniformité, et dans un langage mécanisé : il a renversé un président démocratiquement élu, ce qui est inadmissible, fût-il un féroce islamiste, a rétabli une dictature militaire, viole les droits de l'homme, muselle et pourchasse l'opposition, emprisonne et torture, etc. Bref un « dictateur implacable » avec qui la France ne devrait pas parler. Ou auquel, au moins, elle devrait incontinent faire la morale. Et, de fait, celle des ONG et des journalistes.

    Sissi a répondu aux cris des opposants qu'il a quant à lui à gouverner un peuple de cent millions d'âmes dans une région troublée et un contexte difficile. Il a rappelé en prime que la démocratie de type européo-américain n'est pas nécessairement exportable partout. En tout cas pas en Egypte.

    Emmanuel Macron a déclaré de son côté qu'il n'aime pas que d'autres chefs d'Etat lui fassent la leçon et n'en donne pas non plus aux autres, ajoutant même - puisse-t-il s'en souvenir en toutes circonstances - qu'il croit à la souveraineté des nations. Saluons !

    A l'époque où fut déclenché le psychodrame des prétendus printemps arabes, amplement suscités, orchestrés et entretenus de l'étranger, espoir rebattu des idéologues européens, lorsqu'en Egypte Moubarak eut été renversé au nom de ce même printemps, nous savions ici [Lafautearousseau], qu'il n'existe en Egypte que deux pouvoirs, deux forces organisées : l'armée et les frères musulmans, à quoi ne répond, selon l'expression ancienne de Nasser lui-même, que « l'apathie profonde » du peuple égyptien. Une démocratie à l'occidentale n'y tiendrait pas longtemps. A Paris, pourtant, on ne laissait pas d'en rêver et même d'y travailler. Nous pensions, nous, qu'il n'y aurait pas place en Egypte pour des partis, des élus, encore moins pour un régime de type démocratique à l'européenne. Ce serait l'armée ou les frères musulmans. Ce sera de fait, d'abord ces derniers, sous la présidence Morsi, qui jugea Moubarak et à travers lui le régime militaire antérieur provisoirement déchu, puis ce sera l'armée, reprenant heureusement la main, après que Morsi eut commencé d'installer en Egypte une dictature islamique. On oublie sa férocité aujourd'hui à Paris.

    Des deux forces organisées existant en Egypte, l'armée, depuis la chute du roi Farouk en 1952, et même avant, était et reste la plus puissante. C'est elle qui avait mis fin à la monarchie par le coup d'Etat audacieux d'un groupe de jeunes officiers, nationalistes arabes, parmi lesquels Gamal Abdel Nasser. Ils avaient mis fin, en même temps, à la présence anglaise, objet de toute leur hostilité. Et c'est depuis lors l'armée qui a toujours gouverné l'Egypte. Après le départ de Farouk, le général Néguib, avait assuré un interrègne d'où Nasser émergea assez vite. Après la mort de ce dernier et l'échec de sa politique panarabe, l'Egypte n'a jamais cessé d'être gouvernée par l'armée : Anouar el Sadate, Hosni Moubarak étaient des militaires comme l'est Al Sissi. 

    L'armée égyptienne est d'abord nationaliste. Ses membres sont très généralement musulmans, mais politiquement d'esprit laïque, dans la tradition nasserienne. Ils ont les islamistes, a fortiori s'ils sont terroristes, en détestation. Ils les combattent en effet implacablement.

    L'actuel régime du président Sissi est de ce simple fait objectivement allié de la France. Qu'il ait pour elle une certaine sympathie, qu'il lui confie d'importants contrats ne vient s'ajouter que par surcroît. 

    Sont-ce là des raisons pour l'insulter et lui faire orgueilleusement la leçon lorsqu'il est notre hôte ?

    On ne dira jamais assez le mal que les ONG, la caste médiatique, et certains trublions tel BHL, font à la France.  

    Retrouvez l'ensemble de ces chroniques en cliquant sur le lien ci-dessous

    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • Le témoignage de Henda Ayari accusatrice de Tareq Ramadan

     

    Henda Ayari interrogée par Apolline de Malherbe lundi 30 octobre dans « Direct Bourdin » sur RMC-BFMTV.

    Un entretien que l'on peut regarder en entier.  •

     

     21 minutes

  • TV Libertés • Prince Jean de France : le retour de l’idée monarchique


     

    Hier soir, le le prince Jean de France, Duc de Vendôme était sur TV Libertés. 

    Présentation de TV Libertés

    Jean d’Orléans, duc de Vendôme, a pour devise : « Je pense en prince chrétien, j’agis en prince français ». Celui qui se veut l’héritier des 40 rois de France s’exprime très rarement à la télévision. Il a choisi TV Libertés pour évoquer son parcours, la restauration de la monarchie mais aussi le président Macron ou la Vème République finissante.  

    Une émission à regarder absolument.  •