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Culture & Civilisation

  • FILM « LA RÉBELLION CACHÉE » à NANCY

     

    1158c.JPGRetenez dès maintenant la date du  lundi 25 septembre 2017.

    Ce jour là, à Nancy, sera projeté le film « La rébellion cachée » de Daniel Raboudin. Ce film rend hommage aux martyrs vendéens.

    L’auteur du film devrait être présent.

    Il sera projeté dans la salle Saint Jean-Paul II sous la basilique Notre Dame de Lourdes. Ce sera la séance d’inauguration du nouveau club de cinéma chrétien.

    Plus de précisions prochainement, mais prévoyez dès maintenant d’être présent et invitez vos amis.  

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  • Un « maurrassien » d'Outre-Atlantique qui n'est pas le premier venu

    Charles Mauras, Stephen Miller 

     

    En deux mots.jpgConnaissez-vous Stephen Miller ?

    Il né à Santa Monica, en Californie, Etats-Unis, dans une famille juive aisée, le 23 août 1985. Il a 32 ans, a étudié à l'université de Duke, puis a exercé le très moderne métier de « communiquant » ; enfin il est nommé en 2017 « Haut conseiller politique du président des Etats-Unis ». 

    Tout New-York se demandait, paraît-il, hier, si ce serait lui qui écrirait le discours de Donald Trump à l'ONU. C’est ce que nous apprend MSN, et bien autre chose de plus important : « Les mauvaises langues rappellent que Miller a comme livre de chevet, parmi d’autres, l’œuvre de Charles Maurras. Inutile d'ajouter dès lors que cette inspiration contribuera à donner un discours très ethnocentré à l’ONU, sévère pour cette institution, accusée par Trump lui-même il y a quelques années d’être minable, d'abriter des gens qui y bavardent sans rien faire. » 

    Ainsi, Maurras n'est pas M le maudit pour tout le monde. Pas plus Outre-Atlantique qu’en vérité en France et ailleurs. Cette condition qui lui est faite est l’un des aspects de la réalité de sa destinée politique et littéraire. Elle est artificiellement maintenue par nos élites politiques, médiatiques et, en partie, intellectuelles. Et, quelques fois encore, par de vieux maurrassiens complexés. Elle est une réalité secondaire et nous aurions tort aussi bien de la nier que de la mettre en avant. Dans la réflexion politique contemporaine, en vérité, et même si tout est fait pour ne pas avouer la place qu’il tient, Maurras est bien plutôt, selon l’expression d’Olivier Dard, ce « contemporain capital » qu’il n’est ni inutile, ni ringard de lire. Bien des signes, bien des choses le montrent, que nous n’allons pas détailler ici. 

    Stephen Miller, par exemple, lit Maurras, y puise son « inspiration ». L’oeuvre de Maurras, nous dit-on, est sur la table de chevet de ce jeune-homme de 32 ans. Et figurez-vous qu’accessoirement, il écrit les discours du président des Etats-Unis. •

     Retrouvez l'ensemble de ces chroniques en cliquant sur le lien ci-dessous

    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • Livres • Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut, la victoire de la pensée

      

    Par  

    Une superbe recension du livre - à paraître - d'Alain Finkielkraut et Élisabeth de Fontenay, dont on parle déjà beaucoup. Vincent Trémolet de Villers évoque ici les débats des deux philosophes. Ils portent sur les grands sujets qui intéressent aujourd'hui la France, la Civilisation, leur existence même. [Figarovox, 11.09].  LFAR

     

    3085200083.jpgQuand ils se voient, les deux philosophes, amis depuis près de quarante ans, se querellent inévitablement. Pour leur ouvrage, En terrain miné, à paraître aux éditions Stock, ils ont choisi de s'écrire et seront les invités des rencontres du Figaro le 25 septembre, à la Salle Gaveau, à Paris.

    La politique menace tout ce qui n'est pas elle, même l'amitié. Vingt ans après, Athos et Aramis, Porthos et d'Artagnan défendent deux camps opposés ; sous l'œil d'Ettore Scola, Gianni, Nicola et Antonio ne parviennent même plus à s'entendre. Les héros de Nous nous sommes tant aimés voulaient changer le monde mais c'est le monde qui les a changés.

    Alain Finkielkraut et Élisabeth de Fontenay sont amis depuis près de quarante ans. Écrivains, professeurs, ils partagent, écrit la philosophe, « un mélange idiomatique d'appartenance juive et d'enchantement par le génie du christianisme, d'esprit laïc et républicain, mais aussi d'attachement douloureux et glorieux à la totalité de l'Histoire de France ». Autrefois, ils avaient les mêmes préjugés : « Canaille décomplexée, salaud et fier de l'être : tel m'apparaissait l'homme de droite », confie Finkielkraut. C'était il y a un demi-siècle. Depuis, l'eau a coulé sous le pont des Arts et si l'admiratrice de Derrida est restée sur la rive gauche, l'ami de Kundera a revêtu sous la coupole l'habit d'académicien. Pire encore, il n'a pas craint de frayer, en mauvaise compagnie, sur la rive droite. Quand ils se voient, inévitablement les deux amis se querellent. Pour cet ouvrage, ils ont choisi de s'écrire. La lettre (« ce vieil outil littéraire », dit Fontenay) permet la précision et la distance, le repentir et la nuance. Elle contraint la pensée à s'ordonner et donne, dans ce carcan, une très grande liberté. Sans grimace ni colère, les amis donc se disent tout. L'une reprochant à son ami une dérive « ultradroitière », des engagements « compromettants » (la pétition de Denis Tillinac «Touche pas à mon Église » dans Valeurs actuelles), une amitié coupable (celle qui le lie à Renaud Camus). L'autre tentant d'expliquer l'angoisse qui le tourmente : celle de la disparition d'un monde. Pas des principes, non, mais ce « certain arrangement des choses » (Saint-Exupéry) que le travail des siècles a établi et qu'on appelle la civilisation. 

    L'immigration, l'islam, l'école, le pape François, les études de genre… Les deux amis n'esquivent aucun sujet. Ils s'éloignent sur Rousseau, se rapprochent sur Israël mais ne parviennent pas à se rejoindre sur le cœur de leur controverse : «Ton destin fatal, Alain, il se nomme Renaud Camus.» Et c'est moins la personne qui compte à ses yeux que le symbole d'un pacte accepté avec des forces maléfiques : celle de la « droite réactionnaire ».

    Élisabeth de Fontenay est tenace, ne lâche rien, et le « mécontemporain » se dévoile lettre après lettre. Il répond, scrupuleusement, et dessine un saisissant autoportrait intellectuel. Ni pacte ni dérive, mais une obsession : « La réconciliation de la raison et de la finitude. » Aux lendemains qui chantent ont succédé les trésors d'hier, aux utopies grandioses, la mesure et la précaution, à la présomption inhéritière, la probité du débiteur, aux préoccupations mondaines, l'urgence de la transmission.

    « Je n'ai pas d'opinions, avoue Finkielkraut, je suis affecté par les événements du monde et mes idées, quand il m'en vient, naissent sous l'effet d'un choc, d'une inquiétude ou d'un chagrin.» Quel choc ? Quelle inquiétude ? Quel chagrin ? « La France est devenue pour moi une patrie charnelle, depuis que sa disparition est entrée dans l'ordre du possible

    Cet attachement qui mêle les vers de Racine aux vaches de Normandie, l'église de Saint-Armand-de-Coly et la montagne Sainte-Victoire l'étreint. La disparition ou l'enlaidissement des formes extérieures - images, paysages, langue - l'accablent parce qu'elles conspirent contre le dernier sanctuaire, la vie intérieure.« Naguère encore, écrit Finkielkraut, nous lisions les classiques, parce que nous avions le sentiment qu'ils nous lisaient

    Noble inquiétude

    Qu'Élisabeth de Fontenay soit remerciée ! En le poussant, d'une plume élégante et incisive, dans ses retranchements, en lui faisant subir « mille morts » pour qu'il s'explique, la philosophe a élevé son contradicteur à une altitude renversante. Ses détracteurs le disent scellé dans ses certitudes : il montre un esprit en perpétuel mouvement. Ils le peignent volontiers en « Monsieur Jadis » quand il ouvre courageusement les yeux sur les malheurs à venir. On le croque installé sur son Aventin quand à l'inverse il descend dans l'arène et ne se dérobe jamais : « Une fois qu'à force de tâtonnements, de ratures et d'insomnies, cet objectif me paraît atteint, je l'expose et je m'expose sans compromis ni calcul. » C'est ce souci constant d'honnêteté accompagné d'un soin amoureux de la langue française qui donnent à chacune de ses lettres une telle intensité. Cette noble inquiétude explique aussi l'aura unique que le philosophe conserve sur les jeunes générations. Pour elles, s'il n'est pas un maître à penser, il est sans aucun doute un maître à réfléchir.

    « Le fou, disait Chesterton, c'est celui qui a tout perdu sauf la raison. » Finkielkraut n'a rien perdu et c'est tout l'être qui pense. L'esprit et la chair : « Accorde à ton serviteur, dit le psalmiste, un cœur intelligent. »  

    Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut seront les invités des rencontres du «Figaro», le 25 septembre, Salle Gaveau. Réservations: 01 70 37 31 70. www.lefigaro.fr/rencontres

    Vincent Tremolet de Villers

    Vincent Trémolet de Villers est rédacteur en chef des pages Débats/opinions du Figaro et du FigaroVox 

  • Le dernier numéro de La Nouvelle Revue Universelle vient de paraître : été 2017

     

    Un numéro qui propose de nouveau un dossier exceptionnel ... Lecture recommandée ! 

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  • Civilisations • Corée du Nord : Dédié à ceux qui croient à l'unification du monde ...

     

    Une curiosité. A voir. ... Sans plus. Non, les peuples ne sortent pas encore du même moule ...

    Cliquez sur l'image 

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  • Société • L'idée de l'unification du monde, un lieu commun

    Le pape Pie XII

    Par Jean de Maistre  

    Cet excellent commentaire - du 15 septembre - reprend et corrobore notre article également publié hier : « Un duo dynamique ? ». Plusieurs autres très intéressants commentaires ont d'ailleurs suivi celui-ci. Notre article traitait de l'idée d'unification du monde ... Le cas échéant, on pourra s'y reporter [Lien ci-dessous]. Merci à Jean de Maistre !  LFAR

     

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    Cette idée d'unification du monde par le développement des échanges et des communications est un lieu-commun qui traîne depuis le XIX° siècle lorsqu'on annonçait avec enthousiasme que le développement du chemin de fer allait rapprocher les peuples et rendre les guerres impossibles.

    On trouve chez les libéraux de ce même siècle l'idée selon laquelle le développement des échanges commerciaux allait rendre les nations de plus en plus interdépendantes et donc rendre les guerres inutiles. Le siècle suivant a montré ce qu'il fallait penser de ce genre de prédiction.

    georges-bernanos.jpgQuant à l'homogénéisation des peuples et des cultures on voit ce qu'il faut en penser en regardant les crispations identitaires du monde musulman et la fierté retrouvée de grandes nations comme la Chine ou la Russie. Il n'y a qu'en France, pays pétri de repentance permanente, de haine de soi et de mauvaise conscience que l'on peut croire que le monde va enfin se fondre dans le brouet tiède d'une civilisation mondiale vouée à la production, à la consommation et au divertissement. Ce que l'optimiste béat de ces prophètes de l'unification du monde révèle, c'est l'aspiration à se débarrasser du tragique de l'histoire pour voir l'avènement d'une humanité réduite à une espèce animale heureuse et vautrée dans le bien-être et divertie par ses objets techniques.

    Il faudrait relire les magnifiques pages de Georges Bernanos dans « La France contre les robots » pour comprendre quelle catastrophe ce serait.  

    A lire aussi dans Lafautearousseau ...

    Un duo dynamique ?

  • Livres • Mécanique du chaos

     

    par Gérard Leclerc

     

    2435494823.jpgFaute de temps, je ne lis que fort peu de romans contemporains. Pourtant je ne puis échapper à celui que mon ami Daniel Rondeau publie en cette rentrée littéraire. Jy suis d’autant plus enclin que Mécaniques du chaos (Grasset) nous renvoie de la façon la plus précise à notre actualité la plus brûlante. En ce sens, ce n’est pas du tout un livre d’évasion, même s’il sollicite toute notre imagination. Mais celle-ci s’emploie à donner chair, et même visage à ce que nous considérons habituellement comme des abstractions, en dépit du caractère très concret des migrations, des noyades en Méditerranée, du terrorisme de Daesh, des quartiers perdus de la République ou encore des enfants perdus du djihadisme.

    Daniel Rondeau nous invite à visiter notre propre quotidien, avec des yeux nouveaux. Nous devenons partie prenante de notre propre histoire, la fiction se substituant à l’expertise. Une fiction qui se nourrit toutefois de l’expérience accumulée de l’écrivain. Ce n’est pas pour rien que Nicolas Sarkozy l’avait envoyé comme ambassadeur de France à Malte. Il y a beaucoup appris et il y a surtout compris ce qui se tramait entre l’Afrique et la France, dans un enchaînement infernal qui semble échapper à la maîtrise des politiques.

    arton21290-283f6.jpgLe titre est significatif : Mécaniques du chaos. Le chaos serait donc irréversible ? Pourtant, il n’y a dans ce roman que des acteurs bien individualisés qui tous poursuivent leur existence singulière, sans jamais se confondre dans l’anonymat des processus aveugles. Les processus n’en sont pas moins patents. Ce sont eux qui nous entraînent à ce chaos qui nous dépasse : « Je me demande de plus en plus souvent si nous ne sommes pas en train d’assister à la fin d’un cycle en Occident et ailleurs, et à la disparition progressive mais inéluctable de cette vie chrétienne qui dure depuis deux mille ans. Nous ne serions plus alors que des boussoles sans aiguille ? Des aiguilles sans boussole ? Des pèlerins sans Christ sur des routes sans pèlerinages, sans loi ni destination ? »

    Ce pessimisme extrême est toutefois modéré dans le roman par les itinéraires de quelques-uns de ses héros qui échappent à la fatalité. Daniel Rondeau leur garde leur liberté intérieure et la chance de surpasser un destin inscrit dans la mécanique d’un chaos qu’il nous faut, en même temps, prendre terriblement au sérieux.  

    Gérard Leclerc

  • Où Jacques Bainville nous rappelle que l'Histoire est tragique et qu'elle ne finit pas

     Publié le 12 avril 2017 - Réactualisé le 12 septembre 2017

    « Ceux qui ne croient pas à la possibilité de la guerre, des invasions, des annexions, des écroulements d'empires, croient en somme à la stabilité du monde tel qu'ils l'ont connu et à l'éternité de la carte de géographie telle qu'ils l'ont vue dessinée à l'école. Quand les catastrophes arrivent, les mêmes n'admettent pas que ce puisse être sérieux et pensent toujours que le monde ne va pas tarder à rentrer dans son assiette, comme les fleuves rentrent dans leur lit après une inondation. » 

    Jacques Bainville 

    L'Action française, 3 mai 1918.

    Nous avons seulement pris la liberté de mettre au présent cette phrase écrite au passé, à l'issue de la Grande Guerre. 

  • Religion & Société • Cachez cette croix que je ne saurais voir !

    Les croix des petites églises du paysage grec de Santorin ont disparu comme par enchantement

     

    Par  Mathieu Bock-Côté

    Une tribune publiée jeudi dernier dans le Journal de Montréal [7.09]. Mathieu Bock-Côté, comme toujours, va au fond des choses lorsqu'il dénonce ici « une forme de barbarie ». L'auteur du voyage d'Athènes, le jeune Maurras, agnostique, n'eût rien écrit d'autre. Nous non plus. LFAR

     

    501680460.5.jpgL’histoire s’est passée de l’autre côté de l’Atlantique ces derniers jours, mais elle aurait bien pu arriver ici.

    Lidl est une compagnie allemande. Elle a notamment une gamme de produits alimentaires grecs. Elle a décidé d’illustrer son emballage avec une photo presque légendaire d’un paysage grec à Santorin, où on aperçoit de petites églises dans un décor paradisiaque.

    Mais la compagnie a enlevé les petites croix de la coupole des églises. Quelqu’un l’a remarqué et la nouvelle a percé l’écran médiatique. 

    Hypocrisie

    Depuis quelques jours, on en parle beaucoup. Bien des Européens crient à la censure de l’histoire et se demandent de quel droit on peut ainsi amputer une église de ce qu’elle a de plus caractéristique. 

    Cachez cette croix que je ne saurais voir !

    Obligée de s’expliquer, la compagnie s’est réfugiée derrière l’argument du respect de toutes les croyances.

    Pourquoi retirer la croix ? Parce que la compagnie voulait éviter d’exclure toute croyance religieuse. Et aussi parce qu’elle affiche son adhésion à la sacro-sainte « diversité ».

    En embrassant un symbole chrétien, ne risquerait-elle pas d’offusquer ceux qui ne se reconnaissent pas en lui ?

    Il fallait donc neutraliser la marque. On y verra certainement un comportement de trouillard. Imaginons néanmoins que tel soit vraiment son souci. Imaginons vraiment que la compagnie veut un environnement culturellement neutre.

    Mais alors, pourquoi prendre pour sa publicité un paysage qui est indissociable de sa dimension chrétienne ?

    N’y a-t-il pas là une immense hypocrisie ? On veut bien récolter la beauté d’un paysage façonné par une civilisation et sa religion, mais au dernier moment, on demande à cette dernière de s’effacer, parce qu’elle nous embête quand même.

    On veut du monde chrétien à condition que ce dernier consente discrètement à se sacrifier ?

    En un sens, on veut gommer la signature de l’œuvre, on veut effacer son identité, on veut arracher ses racines.

    Comment ne pas voir dans ce coup de gomme à effacer une forme de barbarie inconsciente d’elle-même ? Comment ne pas y voir un réflexe destructeur ?

    Histoire

    Est-ce vraiment la société qu’on souhaite : celle où la simple présence du crucifix fait scandale, même lorsqu’il se trouve à son endroit le plus naturel ?

    Tout cela n’a rien d’un fait divers. C’est plutôt un fait révélateur ou si on préfère, un symptôme.

    Notre civilisation a tendance à vouloir s’excuser d’exister. Et elle cherche à effacer presque frénétiquement tout ce qui rappelle son passé chrétien, comme s’il tachait l’image que nous voulons projeter aujourd’hui.

    Il y a pourtant là une effrayante ingratitude. Comment, dans les temps tumultueux qui sont les nôtres, une civilisation pourrait-elle survivre si elle croit offusquer l’humanité en assumant sa tradition, sa mémoire et ses marques distinctives ?

    On peut avoir la foi ou non, mais ici, ce n’est pas du tout la question. On ne saurait tout simplement réduire les monuments historiques à de simples décors de cartes postales aseptisées. C’est une question de décence.  

    Mathieu Bock-Côté

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle : aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016) et de Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).

  • Histoire & Actualité • Valérie Boyer : « Notre histoire s’est construite autour des Rois et des Églises »

     

    Mardi dernier, 5 septembre, Valérie Boyer, députée de la 1ère circonscription des Bouches du Rhône, a publié sur Facebook un post intéressant. Dans ce post, et contrairement à un vieux précepte républicain affirmant que la France s’est construite sur un socle culturel né de « la glorieuse Révolution Française  » et sur un principe sacré : la laïcité, la députée étiquetée « Républicains », rappelle que  » Notre histoire s’est construite autour des Rois et des Églises. » 

    L’intégralité de ce post

    Valérie Boyer

    Carrefour fait le choix de supprimer les croix chrétiennes de ses emballages mais appose le croissant musulman sur ses produits halal. Notre Nation repose sur un socle culturel avec des traditions et des influences. Parmi ces influences n'oublions pas que christianisme a profondément marqué les sociétés européennes contemporaines et leurs Constitutions aux côtés de la philosophie grecque, le droit romain, la Renaissance ou le siècle des Lumières.

    Le christianisme nous a permis d'envisager l'homme comme un individu à part entière. La protection de la dignité humaine repose sur des valeurs chrétiennes.

    La France est une république laïque d'influence et de valeurs chrétiennes.

    Notre histoire s'est construite autour des Rois et des Églises.

    Jusqu'où va aller le renoncement, le déni de nos racines et de notre histoire ?  

    Source La Couronne

  • Livres • A lire ... De Georges Gugliotta, « L'armée de Monsieur Thiers 1871-1873 »

      

    Ce livre est le fruit de deux années de recherches dans des cartons d'archives jamais ouverts du service historique de l'armée. On pourra débattre de tel ou tel point mais non de l'intérêt historique de cet ouvrage. LFAR

    En avril 1871, une armée est réunie à Versailles par Adolphe Thiers, qui exerce les fonctions de chef du pouvoir exécutif. Cette armée est placée sous les ordres du maréchal de Mac Mahon, qui commandait les troupes françaises au début de la bataille de Sedan. Elle est constituée d’éléments des unités de la Défense nationale et d’anciens prisonniers de guerre revenus de captivité. L’armée de Versailles,  destinée à faire le siège de Paris insurgé, entrera dans l’histoire pour avoir écrasé dans le sang la Commune et pour avoir été l’embryon de l’armée de la République, qui sera celle de la Revanche. En effet, après le terrible épisode de la Commune, Thiers refonde en quelques mois un outil militaire, qui constitue en fait le chaînon fondateur d’une organisation qui perdurera jusqu’en 1940. De 120.000 hommes en 1871, l’armée de « Monsieur Thiers », qui renoue avec la conscription, passe deux ans plus tard à 500.000 hommes, sans que ces effectifs soient connus des Allemands, qui occupent encore une partie du territoire. Lorsque Thiers qui a fait le choix de la République quitte le pouvoir en mai 1873, il laisse une armée attachée au régime républicain par un lien nouveau. Avec une Assemblée et un corps des officiers majoritairement monarchistes, ce ne fut pas le moindre de ses mérites dont le plus éclatant fut celui d’être le libérateur du territoire.  • 

    GEORGES GUGLIOTTA est né à Marseille en 1948. Ancien élève du lycée Thiers, des facultés d’Aix-en-Provence et de Montpellier et ancien auditeur de l’IHEDN, il est docteur en histoire et docteur d’État de l’université Paul-Valéry, Montpellier III.

  • La rentrée des classes

     

    par Gérard Leclerc

     

    2435494823.jpgComme, je pense, une grande partie de nos auditeurs, j’ai participé hier à la rentrée des classes. En tant que grand-père de quatre petits enfants en âge scolaire, la benjamine rentrant au CP, ce qui représente toujours une sorte d’étape initiatique.

    Tout s’est bien passé, et il n’y avait pas de raison pour que ça se passe mal. Les relations avec la direction et les enseignants des établissements sont souvent cordiales, et les enfants sont sortis contents de leur première journée. J’avouerai à ce propos une certaine schizophrénie personnelle. Lorsque je vais aux portes des écoles, comme père ou grand-père, j’ai tendance à oublier tout ce qui pourrait être objet de querelle. Je me vois mal débattre avec Mme la directrice, par exemple, des déviations d’un certain pédagogisme. Et pourtant, les débats à son propos me passionnent lorsque je les suis dans les colonnes des journaux. Mais sur le terrain, foin d’affrontement théorique.

    Est-ce à dire que l’affrontement théorique n’a pas lieu d’être, qu’il est réservé à des intellectuels hors-sol, discutant entre eux de l’équivalent du sexe des anges ? Je ne le crois pas du tout. D’ailleurs il m’est arrivé, dans un autre cadre, de me retrouver en situation d’affrontement un peu pénible avec des responsables d’établissement à propos du caractère vital de l’enseignement de la culture générale. Je constatais, avec une certaine consternation, qu’ils avaient baissé les bras, en consentant à l’idéologie de Pierre Bourdieu, celle qui prétend qu’un certain savoir ou une certaine culture privilégient les héritiers, ceux des familles fortunées, bien installées. Là, le désaccord était patent.

    Il n’est donc pas de nature purement théorique. D’ailleurs, il est réapparu ces dernières semaines avec la politique menée par le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Jacques Julliard a pu rédiger à son propos une page, excellente comme d’habitude, de son carnet du Figaro. Il y a bel et bien deux projets scolaires incompatibles entre eux. Le premier s’inscrit dans la ligne de Jules Ferry. Il consiste à permettre à chacun « d’aller le plus loin possible dans l’acquisition des connaissances et des diplômes correspondants ». Le second se réclame du patronage de Bourdieu déjà nommé. Il entend supprimer les inégalités sociales et donc briser dans l’œuf le modèle inégalitaire dont proviendraient tous nos maux. Le problème c’est que ce second projet est chimérique et aboutit à des impasses que Jean-Michel Blanquer entend supprimer. Donc, le sujet demeure brûlant !  

    Gérard Leclerc

    Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 septembre 2017.

  • Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [4]

     

    Publié le 3.07.2009 - Actualisé le 3.09.2017

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgNous allons donc conclure - provisoirement - notre série de réflexions [Cf. liens en fin d'article] sur quelques points d'Histoire importants des rapports Islam-Europe. 

    Nous le ferons en donnant la parole à Chateaubriand. Citer ce grand auteur ne revient pas à occulter ou à abandonner la critique de fond que l'école d'Action Française a développée à son égard - notamment par Charles Maurras, dans Trois idées politiques, Jacques Bainville, dans son Histoire de France, ou Pierre Boutang, dans son Maurras.  Il se trouve cependant que le texte de Chateaubriand repris ici est superbe et semble écrit aujourd'hui, à d'infimes détails près, ce qui montre bien que les problématiques actuelles ne sont pas nouvelles, et que les problèmes que nous avons aujourd'hui avec l'Islam datent de fort longtemps.

    Nous avons rappelé précédemment les deux agressions militaires de l'Islam contre l'Europe : la première à partir de 711 par l'Espagne, et la seconde à partir de 1353 par la Grèce.

    Entre ces deux assauts s'intercale ce que l'on peut considérer comme une contre-attaque des Européens. C'est du moins ainsi que le voit Chateaubriand. Il s'agit, bien-sûr des Croisades.

    Dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, Chateaubriand propose cette défense des Croisades (La Pléiade, Œuvres romanesques, tome II, pages 1052 à 1054). 

     

    portrait_francois_rene_1768_1__hi.jpg« ... Les écrivains du XVIIIème siècle se sont plu à représenter les Croisades sous un jour odieux. J'ai réclamé un des premiers contre cette ignorance ou cette injustice. Les Croisades ne furent des folies, comme on affectait de les appeler, ni dans leur principe, ni dans leur résultat. Les Chrétiens n'étaient point les agresseurs. Si les sujets d'Omar, partis de Jérusalem, après avoir fait le tour de l'Afrique, fondirent sur la Sicile, sur l'Espagne, sur la France même, où Charles Martel les extermina, pourquoi des sujets de Philippe Ier, sortis de la France, n'auraient-ils pas faits le tour de l'Asie pour se venger des descendants d'Omar jusque dans Jérusalem ?

    C'est un grand spectacle sans doute que ces deux armées de l'Europe et de l'Asie, marchant en sens contraire autour de la Méditerranée, et venant, chacune sous la bannière de sa religion, attaquer Mahomet et Jésus-Christ au milieu de leurs adorateurs. 

    N'apercevoir dans les Croisades que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine, c'est montrer une vue très bornée en histoire. Il s'agissait, non seulement de la délivrance de ce Tombeau sacré, mais encore de savoir qui devait l'emporter sur la terre, ou d'un culte ennemi de la civilisation, favorable par système à l'ignorance, au despotisme, à l'esclavage, ou d'un culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité, et aboli la servitude ?

    Il suffit de lire le discours du pape Urbain II au concile de Clermont, pour se convaincre que les chefs de ces entreprises guerrières n'avaient pas les petites idées qu'on leur suppose, et qu'ils pensaient à sauver le monde d'une inondation de nouveaux Barbares.

    L'esprit du Mahométisme est la persécution et la conquête ; l'Evangile au contraire ne prêche que la tolérance et la paix. Aussi les chrétiens supportèrent-ils pendant sept cent soixante-quatre ans tous les maux que le fanatisme des Sarrasins leur voulut faire souffrir ; ils tâchèrent seulement d'intéresser en leur faveur Charlemagne ; mais ni les Espagne soumises, ni la Grèce et les deux Sicile ravagées, ni l'Afrique entière tombée dans les fers, ne purent déterminer, pendant près de huit siècles, les Chrétiens à prendre les armes. Si enfin les cris de tant de victimes égorgées en Orient, si les progrès des Barbares déjà aux portes de Constantinople, réveillèrent la Chrétienté, et la firent courir à sa propre défense, qui oserait dire que la cause des Guerres Sacrées fut injuste ? Où en serions-nous, si nos pères n'eussent repoussé la force par la force ? Que l'on contemple la Grèce, et l'on verra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans.

    Ceux qui s'applaudissent tant aujourd'hui du progrès des Lumières, auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes, et de mépriser souverainement les lettres et les arts ?

    Les Croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes aux portes mêmes de l'Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. Elles ont fait plus : elles nous ont sauvé de nos propres révolutions ; elles ont suspendu, par la paix de Dieu, nos guerres intestines ; elles ont ouvert une issue à cet excès de population qui, tôt ou tard, cause la ruine des Etats ; remarque que le Père Maimbourg a faite, et que M. de Bonald a développée.

    Quant aux autres résultats des Croisades, on commence à convenir que ces entreprises guerrières ont été favorables aux progrès des lettres et de la civilisation. Robertson a parfaitement traité ce sujet dans son Histoire du Commerce des Anciens aux indes orientales. J'ajouterai qu'il ne faut pas, dans ces calculs, omettre la renommée que les armes européennes ont obtenue dans les expéditions d'outre-mer.

    Le temps de ces expéditions est le temps héroïque de notre histoire ; c'est celui qui a donné naissance à notre poésie épique. Tout ce qui répand du merveilleux sur une nation, ne doit point être méprisé par cette nation même. On voudrait en vain se le dissimuler, il y a quelque chose dans notre cœur qui nous fait aimer la gloire ; l'homme ne se compose pas absolument de calculs positifs pour son bien et pour son mal, ce serait trop le ravaler ; c'est en entretenant les Romains de l'éternité de leur ville, qu'on les a menés à la conquête du monde, et qu'on leur a fait laisser dans l'histoire un nom éternel ... »   

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    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [1]

    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [2]

    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [3]

  • Culture • Alexandre Devecchio : Autant en emporte le vieux monde

     

    Par Alexandre Devecchio

    Accusé de racisme, Autant en emporte le vent a été déprogrammé par un cinéma de Memphis. Alexandre Devecchio a revu ce classique de l'âge d'or [Figarovox, 2.09] qui dit beaucoup de son époque et de la nôtre. Cette remarquable chronique intéressera les lecteurs de Lafautearousseau. 

     

    1630167502.jpgUne fois n'est pas coutume, il faut remercier les petits soldats du multiculturalisme pour leur fureur iconoclaste. En empêchant la projection d'Autant en emporte le vent dans l'Orpheum Theater de Memphis (Tennessee), qui diffusait le film chaque année depuis 34 ans, il donne un bon prétexte à tous les cinéphiles pour s'offrir 3h58 de bonheur en se replongeant dans le chef d'œuvre de David Selznick. Pour peu qu'ils soient munis d'un simple lecteur de DVD, ces derniers pourront éprouver le frisson de la subversion et surtout constater que 78 ans après sa sortie, le film n'a pas pris une ride. Le technicolor, témoin d'une période bénie ou le cinéma n'était pas encore colonisé par le numérique, reste envoûtant. Scarlett O'Hara, incarnée par la sublime Vivien Leigh, la plus belle et irrésistible garce de l'Histoire du cinéma. Et Clark Gable/Rhett Butler, l'acteur le plus élégant et viril de tous les temps, loin devant George Nespresso Clooney.

    Impossible, cependant, de regarder le film avec le même œil que par le passé? Une question hante désormais le spectateur: « Autant en emporte le vent est-il raciste? ». Juger cette œuvre au regard des critères moraux de 2017 apparaît absurde et anachronique. Autant en emporte le vent est sorti en salle en 1939. A l'époque, Martin Luther King chantait avec le chœur de son église à Atlanta pour la première du film ! La lutte pour les droits civiques n'était encore qu'un rêve lointain et l'idéologie diversitaire de la science-fiction. A ce compte, il faudrait interdire la moitié de la production cinématographique américaine de l'époque. En premier lieu, les westerns et leur vision mythifiée de l'Ouest où les Indiens, présentés comme des sauvages, ont bien mérité d'être génocidés par les gentils cow-boys. En France, si l'on poursuit selon cette logique, la nouvelle inquisition antiraciste pourrait faire un gigantesque autodafé avec bon nombre de génies de la littérature. L'œuvre de Voltaire brûlée pour « islamophobie », celle de Céline pour antisémitisme. Molière excommunié de nouveau, mais cette fois pour misogynie. Balzac, défenseur autoproclamé du « trône et de l'autel » prohibé pour conservatisme. Pour autant, tenter d'analyser l'idéologie véhiculée par Autant emporte le vent, ce que dit le film le plus vu de tous les temps de son époque et de la nôtre, demeure un exercice passionnant.

    Le long métrage apparaît bien plus complexe et subtil que nos caricatures actuelles. Même avec un regard contemporain, sourcilleux et vigilant, les accusations de « racisme », d' « apologie de l'esclavage » ou encore d' « ultraconservatisme » se révèlent excessive. S'il faut absolument lui coller une étiquette, le film pourrait être qualifié d'anarchiste-conservateur. A l'origine d'Autant en emporte le vent, il y a le roman culte de Margaret Mitchell, enfant du Sud, fille d'un riche avocat conservateur et d'une militante féministe suffragette. Le véritable auteur du film, dirigé par plusieurs réalisateurs, dont Georges Cukor et Victor Flemming, est David O. Selznick, producteur juif hollywoodien. A l'image de Scarlett O'Hara, écartelée entre l'insipide Ashley Wilkes et le charismatique Rhett Butler, Autant emporte le vent est tout entier tiraillé entre le passé et l'avenir, la Réaction et le Modernité, la terre ocre de Tara et l'Amérique nouvelle de la côté Est. Le couple mythique du film puise sa force dans les valeurs traditionnelles du Sud, mais profondément anticonformiste et avant-gardiste, il brise toutes les conventions de son époque. La distance ironique de Rhett Butler à l'égard de la guerre n'est pas seulement due a son cynisme, elle exprime son scepticisme vis-à-vis d'un conflit meurtrier qu'il juge inutile et perdu d'avance. Quant à Scarlett O'Hara, son personnage mériterait à lui seul une ou plusieurs thèses sur le féminisme. Femme indépendante et aventurière, elle fascine aussi bien les personnages masculins du film que les spectateurs par sa liberté, son tempérament fougueux, sa fameuse « passion de la vie ». Son personnage dessine, malgré tout, un portrait peu flatteur de la femme moderne, monstre d'égoïsme et de narcissisme. Son rapport à l'homme est trouble et violent. Violée par Rhett Butler dans le lit conjugal, Scarlette O'hara, éternelle insatisfaite, apparaît le lendemain matin comblée comme jamais. Une scène sulfureuse qui serait jugée moralement inacceptable aujourd'hui.

    De l'esclavage, Autant en emporte le vent donne une vision non pas raciste, mais paternaliste. Ici, les esclaves sont satisfaits de leur sort et attachés à leurs maîtres. A l'image de Mamma, interprétée par Hattie McDaniel, première actrice noire récompensée par l'Oscar pour ce rôle, qui développe une relation quasi filiale avec Scarlett O'Hara. Dans le film, le fouet et l'asservissement total sont éludés. Mais Autant en emporte le vent n'est pas un documentaire. C'est une fresque romanesque avant d'être un film historique ou politique. Il ne s'agit pas tant ici de refaire l'Histoire que d'exalter un imaginaire puissant, celui d'un Sud romantique et disparu. Le film s'ouvre sur ces quelques mots évocateurs : « Il était une fois un pays de coton qu'on appelait le Sud. On y trouvait le meilleur de la galanterie, des chevaliers et des dames, des maîtres et des esclaves. Mais tout ceci n'existe plus qu'en rêve. Le vent a emporté cette civilisation ». Autant en emporte le vent, tourné juste après la crise des années 30 et juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale décrit avec nostalgie la fin d'un monde fantasmé, et le début d'une ère nouvelle, celle de l'Amérique moderne et industrielle. A sa sortie, il faisait écho aux tourments du XXe siècle. Aujourd'hui, dans une période elle aussi marquée par l'épuisement d'une civilisation et l'aube d'un nouveau monde, il trouve une nouvelle résonance. Entre les anciens et les modernes, le débat fait rage. Les premiers veulent s'appuyer sur un passé, parfois idéalisé, pour construire le présent et préparer le futur. Les seconds font table rase et se débarrassent du monde ancien. Pour eux, les statues et les mythes, comme les classiques de l'âge d'or et les rêves seront, c'est inéluctable, emportés par le vent.  

     

    Alexandre Devecchio est journaliste au Figaro, en charge du FigaroVox. Il vient de publier Les Nouveaux enfants du siècle, enquête sur une génération fracturée (éd. du Cerf, 2016) et est coauteur de Bienvenue dans le pire des mondes (éd. Plon, 2016).

    Alexandre Devecchio

     

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    Bientôt, nous brûlerons des livres

  • Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [3]

    L'extension de l'empire Ottoman - Historique 

     

    Publié le 26.06.2009 - Actualisé (extraits) le 2.09.2017

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgIl s’agit ici - l'actualité nous y invite - de réfléchir, avec un certain recul et de façon, bien-sûr, non exhaustive, sur ce que sont, au fond, les rapports entre l'Islam et l'Europe (la Chrétienté, l'Occident) depuis treize siècles. Nous y avons déjà consacré deux articles [Voir liens ci-dessous]. Celui-ci est le troisième et avant-dernier.

     

    Voyons maintenant la deuxième invasion militaire d'une partie de l'Europe par l'Islam. Il ne s'agit plus là de Berbères d'Afrique du Nord, mais de Turcs, venus d'Asie centrale ; et l'attaque n'est plus par le sud-ouest, mais par le sud-est. 

    509283401.JPGDès 1353, la dynastie turque des Ottomans, fondée par Osman 1er, prit pied en Europe : c'est en effet cette année-là que, follement appelé à l'aide par l'usurpateur Jean Cantacuzène, et jouant pleinement des dissensions suicidaires des chrétiens de l'Empire byzantin, le successeur d'Osman fonda à Gallipoli le premier établissement turc en Europe. [Drapeau de la dynastie Ottomane (ci-contre) et de la flotte turque (ci-dessous)] 

    1153129601.JPGAvec Mourad 1er commença la conquête des Balkans, dès 1360. Maître d'Andrinople et de la Thrace, les Ottomans mirent en déroute sur la Maritsa la croisade de Louis 1er de Hongrie, en 1363, puis entreprirent la conquête de la Serbie. La victoire turque de Kosovo (juin 1389) fit passer les Serbes, après les Bulgares, sous le joug Ottoman. Ensuite eut lieu la conquête de la Thessalie, et les premières entreprises devant Constantinople elle-même. Un temps freiné dans leur expansion par l'arrivée sur leurs arrières de Tamerlan et de ses mongols, les Ottomans reprirent leur marche en avant, après le départ de Tamerlan, et conquirent Thessalonique en 1430. De l'Empire Romain d'Orient, il ne restait plus que Constantinople et sa banlieue : Mehmet II s'en empara en 1453, malgré l'héroïque résistance des défenseurs de la ville.    

    1399180821.jpgEcoutons Michel Mourre : » Jusque vers 1700, les Turcs devaient rester un danger permanent pour l'Europe chrétienne. Sous Mehmet II, ils poursuivirent leur avance dans toutes les directions. Vers l'Ouest, en s'emparant de la Bosnie (1463) et de l’Albanie, où Skanderbeg leur avait opposé une longue résistance ; du côté de la mer Noire, en enlevant la Crimée aux Génois (1475) ; du côté de l'Arménie, en liquidant l’Etat grec de Trébizonde (1461). L'une après l'autre, les places génoises et vénitiennes de la mer Egée et de la Morée [Péloponnèse], passaient aux mains des Ottomans, qui commençaient à mener la guerre à la fois sur mer et sur terre et s'installaient même à Otrante, en Italie du Sud (1480) ...»

    L'empire turc atteignit son apogée sous Soliman II le Magnifique, qui s'empara de Belgrade (1521), de Rhodes (1522) et fit passer presque toute la Hongrie sous son protectorat après la victoire de Mohacs (1526) et assiégea Vienne, pour la première fois, en 1529. » Au milieu du XVI° siècle -dit encore Michel Mourre- la Turquie était devenue la première puissance de l'Europe et de la Méditerranée» . Elle contrôlait, en Europe, toute la péninsule balkanique et la Grèce, les provinces danubiennes, la Transylvanie, la Hongrie orientale. 

    Ce n'est qu'à partir de 1571 - avec la victoire de Lépante (ci-dessous) - que l'on assiste au premier véritable coup d'arrêt donné au déferlement de cette puissance ottomane, qui semblait jusque-là irrésistible. A cette occasion, une coalition formée par le pape, et regroupant l'Espagne, Venise et les Chevaliers de Malte, sous le commandement de Don Juan d'Autriche, détruisit la flotte ottomane, qui ne se releva jamais de ce désastre. 1571 marque donc, d'une certaine façon, le réveil européen, et si cette victoire resta sans lendemain, et ne fut pas exploitée militairement, son retentissement moral fut considérable : elle «  rendit courage à l'Europe chrétienne»  (Michel Mourre). Et pourtant, pendant plus d'un siècle encore, les Turcs restèrent menaçants : ils enlevèrent encore la Crète et la Podolie (sud-ouest de l'Ukraine) et menacèrent Vienne jusqu'en 1683, date à laquelle ils furent contraints d'en lever le siège : la ville ne fut en effet définitivement libérée du danger musulman que cette année-là, grâce aux troupes polono-allemandes commandées par Jean Sobiewski.   

    A partir de là commença la lente reconquête par les européens de la partie de leur Europe envahie par les musulmans. Exactement comme l'avaient fait les espagnols près de mille ans auparavant. En septembre 1686, Buda est libérée, et la paix de Karlowitz restitua à l'Autriche, la Hongrie (sauf le Banat) et la Transylvanie ; à la Pologne, la Podolie ; à Venise, la Morée et la Dalmatie. Le Traité de Passarowitz (1718) restitua à l'Autriche le nord de la Bosnie et de la Serbie (avec Belgrade) ainsi que la Valachie occidentale [sud de la Roumanie].  (A suivre)  • 

    49770156.jpg

     7 octobre 1571, Lépante (http://www.publius-historicus.com/lepante.html)

    213 galères espagnoles et vénitiennes et quelques 300 vaisseaux turcs. Cent mille hommes combattent dans chaque camp. Les chrétiens remportent une victoire complète. Presque toutes les galères ennemies sont prises. L'amiral turc est fait prisonnier et décapité et 15.000 captifs chrétiens sont libérés. 

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    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [1]

    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [2]