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République ou Royauté ?

  • Humeur • Un Roi ? Pourquoi faire ?

    Par Guy Adain 

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    Quelle idée saugrenue, passéiste, extrêmement droitière que de penser restaurer la monarchie !

    Que ferait-on d’un Roi ?

    Le nôtre, nous l’avons raccourci, jeté lui et sa famille aux orties de l’Histoire, il y a déjà bien longtemps.

    LA LIBERTÉ, une de nos plus belles valeurs, était à ce prix ; nous ne voulions plus être des Sujets assujettis !

    Les Français veulent être libres et égaux.

    L’ÉGALITÉ, voilà notre seconde valeur phare, pivot de notre République. Merveilleux principe qui nous classe comme modèle mondial, et précurseur en la matière. En France, les Français sont égaux et nul ne peut se prétendre supérieur à l’autre.

    e70752a4f8a97c4b5345fcfbeae2a2ac.jpgEt face à ces deux piliers qui soutiennent notre Panthéon national, nous pouvons cultiver la troisième et immense particularité française : « LA FRATERNITÉ. »

    Libres, égaux et fraternels : le Monde nous envie, nous cite en exemple. Nous sommes : « Les Lumières du Monde ! »

    Nous avons instauré la réalité terrestre des obscurantistes de la Religion : Le Paradis en France.

    Avec la Démocratie, de loin le meilleur système de gouvernement, par le Peuple, et pour le Peuple ; Un Homme, une voix ; tout est dit : Egalité, Équité parfaite. 

    Il n’y a que des attardés, nostalgiques de régimes anciens qui regrettent, imaginent ou souhaitent  une France nationaliste, populiste ou pire encore monarchiste !

    La Droite revancharde, la Droite à réaction !

    Pas de ça chez nous ! 

    Alors gentes dames et messires royalistes allez rêver :

    Au Bon Vieux Temps des lampes à huile et de la marine à voiles dans vos châteaux hantés et poussiéreux.

    La France est tout sauf un Royaume en décrépitude, c’est La République Une et Indivisible ! 

    cyrano1.jpgEt pourtant, « Ailleurs en France », après le troisième rond-point du mimosa, il subsiste quelques vieilles âmes, quelques Belles Dames, quelques Gentilshommes armés de leur seule gentillesse, qui eux, rêveurs de beauté, espèrent voir refleurir des… Marie pleine de grâce, des Clotilde, des Jeanne d’Arc, des Grande Mademoiselle (quand ce titre existait encore), et des Bayard, des d’Artagnan, des Cyrano, des Manants du Roi, des croyants, des animés, qui espèrent tout de la Grâce ; des coeurs ouverts, des fous d’amour sans doute…

    Que peuvent-ils peser face au sérieux, à la rigueur de la science des économistes rationnels d’une République En-Marche ? 

    D’un coté, la Raison et sa Déesse… Et de l’autre :

    « La Fantaisie, la Courtoisie, le Panache, l’Honneur…

    La Foi, le Roi, la Loi ! »

    Notre Chevalerie paraît faible et inadaptée face à ces intelligences artificielles. Nous les Rois de coeur, les Dames de coeur, tous en recherche, les uns du Graal et les autres assoiffés de pouvoir d’achat.

    Y aurait-il deux France irréconciliables ?

    Bien sûr que non !

    Il n’y a qu’une France, elle est diverse, et notre temps semble révolu…Révolution oblige !

    gens-de-france.jpgA nous de reprendre notre place et de le claironner :

    « Haut et Fort » !

    Amis royalistes, l’heure est venue d’afficher nos convictions, de ne pas en avoir honte, d’être persuadés que les Gens de France seraient plus nombreux que nous le pensons à les partager…

    Alors, saturons la Toile et partageons à outrance !

    Montjoie Saint Denis !  

  • La prétendance au trône de France

    Visuel La Couronne 

    80338160_o.jpgJusqu’il y a peu, on appelait « prétendant » celui qui aspirait à la main d’une femme – et « soupirant » celui qui en était amoureux. En politique, prétendre à la couronne de France suppose un grand amour pour elle, tant la belle semble lointaine. Semble seulement, car la duègne républicaine qui la tient en tutelle est, aux dires éplorés de ses partisans eux-mêmes, assez mal en point.

    N’empêche, la situation de prétendant est aléatoire, incommode, compliquée. Il nous a paru utile, et instructif, de nous pencher sur ses principales caractéristiques, ses inconvénients et avantages tant psychologiques que sociaux, ses chances, ses probabilités, et ses sortes de réussite.

    Être  prétendant, c’est assumer un fait de naissance qui vous désigne roi virtuel d’un pays, d’un peuple et, de toutes façons, continuateur réel d’une lignée éminente. La virtualité est plus ou moins virtuelle selon le degré de probabilité de la résurgence de la royauté, mais pas seulement. La renommée de la lignée, principal héritage social, donne matière, plus ou moins dense, à cette virtualité. La densité exceptionnelle de l’histoire de la royauté en France, exceptionnelle au point que la désinformation systématique, scolaire et médiatique, n’est pas parvenue à la réduire complètement, confère à l’héritage virtuel un poids réel. Ainsi donc, lorsqu’elle est fondée sur l’impressionnante histoire d’une dynastie millénaire et – phénomène plus exceptionnel encore – continûment nationale, lorsqu’elle est peu ou prou soutenue par un inconscient collectif encore vivace, la prétendance est une fonction fort singulière certes, mais inéluctable, inépuisable, qui coule de source.

    Comment la définir ? D’abord par ce qu’elle n’est pas. Elle n’est ni un métier, ni un emploi professionnel  reconnu. Ce serait plutôt une activité libérale, non rémunérée, de représentation patrimoniale et de communication politique non institutionnelle, assurée par une sorte de droit coutumier. C’est une fonction de représentation patrimoniale en ce que son détenteur incarne la richesse d’un immense passé et une part de l’imaginaire français. À l’heure du devoir de mémoire et de la quête fervente des ascendants familiaux, c’est une fonction généalogique et invocatrice. Le piège serait de la confiner à celle de gardien de musée, alors que son objectif est de rendre ce passé présent, vivant, attractif et porteur d’avenir. Concrètement, cette fonction consiste, entre autres, à participer à des cérémonies, à honorer des manifestations internationales, nationales, régionales. C’est aussi une fonction de communication politique, originale de par la position de celui qui l’exerce, à la fois à l’écart des jeux politiciens et intimement concerné par la vie et le destin d’un pays auquel peu de dirigeants peuvent s’identifier autant que lui.

    Mais élevé pour le servir par son règne, comment le servir quand on ne règne pas?

    Les marges de manœuvre d’un prétendant sont à la fois considérables et très restreintes. Considérables puisque la fonction n’est définie par aucune constitution, réglementation, obligation stricte de résultats. Restreintes parce que la charge d’un legs historique sacralisé – en tout cas vécu comme très précieux -, embarrasse l’initiative. En outre ses partisans comme ses adversaires attendent de l’homme qu’il soit à la hauteur du mythe qu’il incarne ! Ce qui n’est pas une mince affaire…

    Même vis-à-vis des royalistes et royalisants, le prince ne détient qu’un certain pouvoir symbolique – et passablement énigmatique – d’influence. Sans eux, il ne peut guère agir ; avec eux seuls, il ne peut réussir. Entre ceux qui, au fond aimeraient l’enfermer dans une sorte de reliquaire et ceux qui le pressent de foncer à tout-va, sa position n’est pas aisée. Mais on n’est pas prétendant pour ses aises ! Fonction, oh combien ingrate et captivante !  Captivante en un double sens : elle tient captif tout en étant passionnante. Captivité due à un fait de naissance auquel le dynaste ne peut (presque) rien, à part se dérober avec lucidité ou embarras. Passion due au fait d’une identité incorrigible, d’une raison d’être sublime, trop peut-être, d’une image de marque exigeante, d’une position sociale bien particulière, à vrai dire tout à fait unique.

    Citoyen ordinaire en République, mais pas complètement car tenu à l’œil l’air de rien – et individu extra-ordinaire dans l’imaginaire de ses concitoyens, soient-ils hostiles ou sympathisants, le prétendant pâtit et jouit de cette ambivalence. Car, présentement, la fonction ne comporte pas que des inconvénients. Les bénéfices secondaires, psychologiques et sociaux, ne sont pas minces. Être entouré de fidélités sincères et d’animosités constantes, recevoir quantité de signes de reconnaissances positifs et négatifs, voilà qui est royal ! Son état lui ferme des portes, mais lui en ouvre d’autres, et sans doute davantage. Il est à même, pour peu qu’il le veuille, grâce à ses relations et aux connivences les plus inattendues de la part de gens en principe opposés, de visiter et connaître son pays de fond en comble, ses entreprises, ses laboratoires, ses associations, ses institutions, ses écoles et académies, ses armées…

    Quant aux ouvertures sur l’Europe et le grand large, elles sont, pour un capétien, à portée de main. Dans tous les pays où la France, par son histoire, a marqué le destin d’un peuple, ou d’une élite, ou d’une minorité, le prétendant ressent de mystérieuses et troublantes accointances, qui sont le plus souvent parfaitement perçues par les interlocuteurs qu’il y rencontre.  Enfin l’identification à une lignée et à une nation riches de drames, de réalisations, de gloires, de mémoires douloureuses ou consolantes, si elle peut être écrasante, est aussi parfaitement exaltante, transcendante. Toute promue qu’elle soit par des actifs historiques, sa fonction s’exerce en pleine actualité. Elle adresse un joyeux pied-de-nez à sa suffisance la modernité. Il faut vivre avec son temps, dit le perroquet. Nous sommes avec le temps, dit le prince.   

    Bernard Lhôte,

    « La Prétendance », aux éditions « Compagnie d’Artagnan et Planchet »

  • Quand Ionesco définit la seule forme de gouvernement qui ait été acceptée pendant des siècles par les Français

    Publié le 4 octobre 2018 - Actualisé le 9 mars 2019 

    « Une seule forme de gouvernement a été acceptée pendant des siècles par les Français et ce fut la monarchie. Je crois que cette forme de gouvernement est la plus compatible ou la moins incompatible avec l'humeur ou les humeurs des Français. Inconsciemment, ils doivent rêver d'un Louis XIV, c'est-à-dire d'un souverain, ce qui est conforme au caractère individualiste et concret du Français; d'un souverain qui ne se poserait pas le problème de la légitimité de son pouvoir. Il le garderait. Ce qui rend les régimes forts, c'est justement de ne pas se poser ce problème. Par ailleurs, la monarchie, c'est une famille, et le roi un visage, une présence concrète. On peut discuter avec. Le Français aime discuter, le roi est là, il est le responsable, l'Etat, c'est lui. On finira bien par restaurer la monarchie, un jour, contre la dictature et contre l'anarchie. »

    Eugène Ionesco

    Article intitulé « Nos contemporains, les Gaulois », paru dans Le Figaro littéraire du 23 juin 1969 et repris dans l'ouvrage d'Eugène Ionesco intitulé Antidotes (Gallimard, 1977)

  • Passé-Présent • Les parlements d'Ancien régime... L'ancienne France avait une constitution !

    Les Etats-Généraux de 1789 à Versailles 

    blue-wallpaper-continuing-background-wallpapers-bigest-images - Copie.jpgQue devrait être la monarchie que nous souhaitons pour la France ?

    Le débat - nécessairement théorique et abstrait - ne manque jamais de se raviver â la moindre occasion surgissant de l'actualité. Et chacun se hâte de faire entendre sa propre musique. Monarchie « absolue » ou monarchie « constitutionnelle « de « droit divin » ou « parlementaire » ? Etc. 

    Mais que recouvrent vraiment ces notions si peu définies ? Lorsqu'on se réfère à des modèles historiques - notamment la France d'Ancien Régime par opposition aux divers régimes qui ont suivi - le risque est grand de prendre pour argent comptant les lieux-communs de l'opinion courante, peu soucieuse de la vérité historique. Il y a d'autre part les comparaisons que l'on établit ou croit établir entre la monarchie qui conviendrait à la France et les monarchies étrangères. Ici, le risque est la méconnaissance des équilibres institutionnels, de l'histoire, des traditions politiques et sociales des pays concernés. Par ailleurs, les monarchies étrangères sont dissemblables entre elles, toutes ne se valent pas. Et, de toute façon, avons-nous à chercher nos modèles à l'étranger ? 

    Voici un document qui nous renseigne sur ce que furent vraiment les institutions de l'Ancien Régime français : une vidéo de TV Libertés où Pierre de Meuse expose quelle était la constitution de l'Ancien régime. Car ce dernier en avait une. Et Pierre de Meuse décrit les principales institutions - notamment parlementaires - qui constituaient l’Ancien régime. . Ce sont là des vérités d'histoire très mal connues. On le verra : la monarchie d'Ancien Régime n'était ni un despotisme ni une tyrannie.     

    C'est un exposé d'Histoire qui parle à nos esprits modernes, nous qui sommes spectateurs et parfois acteurs des débats qui occupent en ce moment plus ou moins superficiellement la société française. Ces derniers rappellent étrangement les débats qui préparèrent les États-Généraux de 1789. Le peuple français y était directement consulté et, comme aujourd'hui, il s'exprimait non plus via les parlementaires, mais en rédigeant, encore comme aujourd'hui, des cahiers de doléances. Peuple d'une France organique et pleine de vie. Au point que les  rituels figés du vieux parlementarisme façon XIX et XXe siècle n'ont plus aujourd'hui la confiance des Français. 

    Bonne écoute !   

    De 01:20 à 28:13 – Les parlements de l’ancien régime (présenté par Pierre de Meuse)
    L'émission traite ensuite de deux autres sujets fort intéressants mais ne sont pas pas le nôtre, en l'occurrence.
    Après écoute, revenir sur Lafautearousseau 

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     Photographies .... Splendeur des parlements de l'Ancienne France

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    Le parlement de Normandie à Rouen

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    Le parlement de Bretagne à Rennes

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    Grande salle du parlement de Bretagne à Rennes

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    Le parlement de Bourgogne à Dijon

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  • Régis Debray dit en 1984 à peu près ce que dira Macron en 2015 ... Convergences !

  • Une réflexion tout à fait pour aujourd'hui ...

    Publié le 29 juin 2017 - Actualisé le 4 février 2019

    2250615578.jpg« Tout se passe comme si le respect de la ploutocratie était une conception de socialistes. Le résultat, c’est qu’on charge maintenant les banquiers de décider du sort des peuples par-dessus la tête de leurs gouvernements. C’est ce qu’on appelle la démocratie. Et l’on est un réactionnaire quand on se permet de douter que ce soit un progrès.» 

    Jacques Bainville (Candide)

  • Dostoïevski : « la ténuité des racines qui unissent la République au sol français » ...

     

    « Décidément il existe chez tout républicain une conviction fort malheureuse, à savoir que le mot de « république » suffit à tout et qu’il n’y a qu’à dire que le pays est une République pour que son bonheur soit assuré de l’éternité. Tout ce qui arrive de fâcheux à la République, on l’attribue à des circonstances extérieures gênantes, à des prétendants, à des ennemis perfides. Pas une fois on ne songe à la ténuité des racines qui unissent la République au sol français. » 

    Dostoïevski, Journal d'un écrivain, 1877

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    Un sondage qui devrait réveiller les royalistes ... et les autres
  • Un sondage qui devrait réveiller les royalistes ... et les autres

    Sondage

    SOS crédibilité politique en danger : 67% des Français ne sont plus sensibles aux discours sur la République ou les valeurs républicaines

    logo-ifop.jpgUn sondage exclusif Ifop pour Atlantico 

  • Démocratie de l'émeute ?

     

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    Le président de la République est bien gentil quand il nous dit qu'il ne veut pas d'une « démocratie de l'émeute ».

    Personne ne veut, d'ailleurs, d'une démocratie de l'émeute. Sauf les Black-block, les Antifas et les racailles-pillards des banlieues,  contre lesquels justement presque rien n'a été fait. En ce moment et depuis des années. Ils ont trop opportunément servi à discréditer les Gilets jaunes pour qu'on décide des mesures pourtant assez simples qui les auraient empêchés d'infiltrer les cortèges des dits Gilets jaunes  chaque samedi soir à la nuit tombante. Car imagine-t-on des manifestations aussi déterminées que sans violence, sans désordre et sans casse ? Et que les Français continueraient aujourd'hui de soutenir massivement car les difficultés, les affres, même, des Gilets jaunes ils les connaissent trop bien et ils les vivent eux aussi ? Quel risque, quelle situation immaîtrisable c'eût été ! Les violents, les casseurs, les voyous, la pègre ont été en la circonstance l'aubaine du Pouvoir. Comme toujours, comme dans toute révolution, figurez-vous ! Alors, Emmanuel Macron reprend la main, remonte dans les sondages et retourne une partie de l'opinion. Il reforme le vieux parti de l'ordre. De l'ordre prétendu - sur la nature et la qualité duquel on ne sera pas trop regardant, bien-entendu. Et les médias des oligarques au secours du macronisme de relayer à l'envi la formule lénifiante : « Je ne veux pas d'une démocratie de l'émeute »...

    NantesChateauMuséeNoyades-768x586.jpgTelle est pourtant, de fondation, la démocratie française. Nous ne disons pas : toute démocratie. Nous disons : la démocratie française. Macron nous rabâche sur tous les tons - ton du prêcheur doucereux, voix de velours et regard langoureux de séducteur charismatique ou ton exalté du prédicateur évangélique, gestes saccadés et voix criarde. - qu'il ne veut pas d'une « démocratie de l'émeute ». Mais la démocratie française justement est née de l'émeute et du sang. Faut-il rappeler au Chef de l'État quelles sont les origines historiques de la démocratie française ? Nous serions bien étonnés qu'il puisse nous démontrer qu'elle n'est pas née de l'émeute, violente, sanglante, génocidaire. De l'émeute, de la Terreur et de la guerre. Inutile d'en dresser le détail ni d'en brosser le tableau, n'est-ce pas ? (Photo, Les noyades de Nantes).

    Dans une conversation sérieuse, Macron serait bien en peine de plaider le contraire, lui qui, en 2015, avait, à l'étonnement général, dont le nôtre, déploré l'absence de roi et s'était dit convaincu que les Français n'avaient pas voulu la mort de Louis XVI. Chacun sait qu'elle fut votée quand-même sur fond d'émeute, d'où les voyous, les sanguinaires et les pillards n'étaient pas absents. Façon de dire d'ailleurs : ils tenaient le haut du pavé et faisaient sans cesser monter les enchères du crime et de la Terreur. La Révolution française - d'où naquit notre démocratie - n'a rien eu de démocratique. Elle a connu plus de têtes au bout des piques que de bulletins de vote.   

    Danton Marat Robespierre.JPGSuccesseurs des Robespierre, des Danton, Marat et autres scélérats, les présidents de la République française ont une sorte d'ADN qui tient de cette origine émeutière et sanglante et qui leur colle à la peau - en vérité à leur être profond - bien plutôt que le sparadrap  Benalla dérisoire aux basques d'Emmanuel Macron. Qu'elle le veuille ou non, la démocratie française est émeutière.   

    Retrouvez l'ensemble des chroniques En deux mots (116 à ce jour) en cliquant sur le lien suivant ... 
    En deux mots, réflexion sur l'actualité
  • Benalla, saison 2...

    Par Jean-Philippe Chauvin 

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    Affaire Benalla ? Je préférerais largement entendre évoquer les vrais débats ... 

    C’était le feuilleton de l’été, c’est en train de devenir celui de l’Etat…

    L’affaire Benalla n’en finit pas de rebondir comme ces balles noires si populaires dans les années 1970 que l’on projetait contre le sol et qui auraient fait devenir fou le marsupilami ! Depuis mercredi soir, le « bel Alexandre » dort en prison, tout comme son compagnon d’infortune, ancien salarié du parti présidentiel, tandis que le Sénat a lancé, dans l’après-midi de ce même mercredi, une véritable offensive contre la Cour élyséenne, à laquelle, du haut de son porte-parolat, le féal Griveaux répond par un discours sur « les contre-vérités du Sénat » et son chef de gouvernement par un ton méprisant : quelle ambiance ! Quel triste spectacle d’une République qui parle de morale et pratique la petite vertu… 

    17821808lpw-17821924-article-alexandre-benalla-passeports-diplomatiques-jpg_5838816_660x281.jpgCette affaire, qui n’est pas exactement une affaire d’Etat mais plutôt d’état d’esprit, mérite-t-elle toute l’attention que lui consacrent les médias ? Je n’en suis pas sûr, et je préférerais largement entendre évoquer les vrais débats sur la mondialisation, la place de la France dans le monde, les questions environnementales et sociales, plutôt que les ragots de cour et les rumeurs infâmes qui salissent, sans profit pour la France, la famille présidentielle. L’image de la magistrature suprême de l’Etat en sort abîmée et celle de la France avec elle, et c’est l’un des grands scandales que l’on doit à la République !  

    Bien sûr, je ne confonds pas politique et morale, et j’ai en tête la fameuse formule d’Henri Vaugeois, souvent mal comprise d’ailleurs, « Nous ne sommes pas des gens moraux ». Parfois, la politique, au nom de la raison d’Etat chère au cardinal de Richelieu, conduit à des pratiques peu sympathiques et fort amorales, voire moralement condamnables. Mais, là encore, je sais faire la différence entre le service de la France et de son Etat avec le service d’un système qui se sert de la France plutôt que de la servir.

    Santi_di_Tito_-_Niccolo_Machiavelli's_portrait_headcrop.jpgAvouons que, dans l’affaire actuelle, nous voilà bien ennuyé de constater que la sauvegarde d’un système oligarchique, sous les ors du palais de Madame de Pompadour, a prévalu sur l’intérêt de l’Etat : les féodaux, au sens médiéval du terme, tiennent l’Etat, et Jupiter, que je crois inspiré autant par Machiavel que par Mazarin, n’arrive pas totalement à s’élever à la hauteur du souverain qu’il aimerait, sans doute, être. Est-ce sa simple faute ou celle d’un système qui a tendance, essentiellement, à « neutraliser » tout ce qui pourrait le fragiliser ? C’est là que l’on mesure la justesse du propos d’Emmanuel Macron dans l’été 2015 quand il évoquait les faiblesses de l’Etat depuis la Révolution : « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu. » Si même Jupiter le dit… ■ 

     Le blog de Jean-Philippe Chauvin

  • Royauté • On demande un arbitre

    par Claude Wallaert 

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    On l’appelle « roi »...  

    C‘est toujours un sujet d’étonnement que de voir sur un terrain de rugby trente gaillards taillés comme des portefaix s’empoigner furieusement pour la possession du ballon ovale, et former ensemble des espèces de taupinières géantes de muscles et d’os qui s’écrasent avec entrain.

    sport24_351835_6087878_4_fre-FR.jpgMais le plus étonnant est que ce tumulte s’apaise aussitôt que retentit le sifflet du tout petit arbitre qui vient les séparer.

    Ces joueurs pourtant acharnés acceptent l’autorité d’une personne extérieure au jeu et impartiale, qui consacrera leur victoire ou confirmera leur défaite.

    En temps de guerre, le terrain s’appelle un ou des théâtres d’opérations, les adversaires sont des ennemis, et les coups qu’ils s’infligent se soldent par des destructions, des morts et des blessés. L’arbitrage n’est pas toujours possible, car le plus souvent, le vainqueur impose ses conditions au vaincu, sans accepter l’intervention d’une tierce puissance.

    770035116.JPGDes tentatives ont eu lieu dans l’histoire, rarement couronnées de réussite ; le roi de France Louis IX, auréolé de justice et de probité a pu autrefois jouer ce rôle avec bonheur. Le congrès de Vienne, dans son acte final de 1815 manifeste un esprit d’arbitrage qui donnera à l’Europe une stabilité d’environ un demi-siècle. En revanche, les alliés de 1918, faute de cet esprit, créeront les conditions de l’explosion suivante dès vingt ans après !

    Un arbitrage équitable tend à éviter l’écrasement du perdant ou du vaincu et à limiter ses désirs de revanche. Pour l’exercer, il faut disposer d’outils de niveaux adaptés, règlements, décrets, lois constitutions, traités, à créer éventuellement pour la circonstance, mais il est essentiel que cet esprit d’arbitrage et d’équité soit incarné par une ou des personnes reconnues par toutes les parties prenantes.

    Dans le champ de la vie politique d’un pays, l’arbitrage, ou règlement des conflits est assuré en principe par les tribunaux, les fonctionnaires, les magistrats élus ou non, qui ont compétence pour exploiter les textes accumulés (et souvent inextricablement imbriqués) au fil du temps. Mais, me direz-vous, à l’échelle d’un pays comme la France, il faut bien un arbitre du denier recours qui soit investi durablement de la confiance de la nation, les textes les mieux rédigés ne peuvent suffire à régler tous les litiges et les conflits d’intérêt et d’ambition qui fleurissent si bien chez nous ! Qui est-ce ? Ah oui, le président de la République… Eh bien non, hélas, le président de la République n’est pas un arbitre. Pourquoi ? Mais parce que pour bien arbitrer, il faut se situer au-dessus de la mêlée et n’avoir à défendre dans la résolution du conflit aucun autre intérêt que le bien commun ; voyez le phénomène des Gilets jaunes, qui s’éternise et fonce dans l’impasse : comment le Président traite-il l’affaire ? En arbitre suprême ? Que non pas : il agit en tant que ce qu’il est en réalité : le chef du parti qu’il s’est créé comme instrument de conquête du pouvoir, élu par une minorité de citoyens pour un temps limité, et qui voudrait bien se hisser sur le pavois Europe, en se servant de l’escabeau France, en bon avatar de Giscard.

    mail-1050x600-1024x585.jpgQui serait capable, alors de jouer ce rôle si crucial ? Vous l’avez deviné, ami lecteur : un homme non dépendant des aléas des suffrages, pour qui la France est à la fois une personne et un héritage à transmettre, un père plutôt qu’un juge, un « vaillant des combats », mais pitoyable aux faibles et impitoyable aux prédateurs. On l’appelle «roi ».   

  • La monarchie, c’est la démocratie plus un

    Par Frédéric Rouvillois

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    À en croire certains, ce que détesteraient avant tous les gilets jaunes ne serait autre que la « monarchie républicaine », incarnée par le président Macron.

    D’où ils déduisent, tout fiers de leur raisonnement, qu’il suffirait de dépouiller le régime de ses attributs monarchiques et de le « républicaniser » à nouveau dans le cadre d’une « VIe » parée de toutes les vertus, pour satisfaire les gilets jaunes, et parvenir enfin au meilleur des mondes…

    Pourtant, un amateur de paradoxes (ou un lecteur de Pascal qui constatait qu’en ce bas monde, ce sont ces derniers qui mènent le bal) pourrait leur démontrer qu’ils font fausse route, et que c’est au contraire la dimension « républicaine » du régime qui représente un obstacle infranchissable aux revendications des gilets jaunes. Bref, aussi saugrenu que cela puisse paraître, qu’une monarchie véritable serait, somme toute, mieux à même de satisfaire lesdites revendications.

    Quand Mélenchon était contre le référendum

    Reprenant celles-ci par le début, c’est-à-dire par le fameux « référendum d’initiative citoyenne » (RIC), notre amateur de paradoxes commencerait par noter que, dans une république où tous les gouvernants sont élus, et ce faisant supposés « représenter » le csm_Gilets-jaunes-Referendum-RIC-AFP-KarinePierre-HansLucas_4147874b85.jpgsouverain, le RIC, grâce auquel ce souverain pourrait s’exprimer sans leur aval, a du mal à passer. Permettant au peuple de récupérer son pouvoir, il équivaut pour eux au RIP des cimetières anglo-saxons : « Rest in peace ». Les observateurs constatent à ce propos l’hostilité instinctive des élus à l’égard de toute forme de référendum : d’où, le faible nombre d’utilisations, y compris en matière constitutionnelle, où il s’agit pourtant de la procédure normale. Une hostilité qui, chez les élus, tourne à la fureur lorsque l’« initiative » du référendum leur échappe. Entre 2005 et 2008, ce fut brièvement le cas du référendum automatique de l’article 88-5, qui obligeait à consulter les Français en cas de nouvelle entrée dans l’Union européenne : mais la bronca des parlementaires ne tarda pas à 5b45dbb809fac27e318b4567.jpgs’exprimer, notamment par la bouche de… Jean-Luc Mélenchon, qui se scandalisait alors d’un mécanisme impliquant que « les représentants du peuple auraient […] moins de légitimité que le peuple à s’exprimer » (sic). C’est pourquoi ce référendum obligatoire fut promptement neutralisé, sous l’égide de Sarkozy, lors de la révision constitutionnelle de 2008. Où l’on comprend que, même président, un élu reste un élu, qui estime que c’est à lui qu’appartient le pouvoir : à lui seul, et non à ceux qui l’ont désigné, en vertu de la vieille démonstration de Montesquieu selon laquelle le peuple sait admirablement se choisir des représentants, mais est bien trop stupide pour agir lui-même. Sur ce point, l’avantage paradoxal de la monarchie vient de ce que, si tous les autres représentants sont élus, le chef de l’État, lui, ne l’est pas : ce qui lui permet d’échapper à cette hostilité spontanée à l’encontre de la démocratie directe. Dans une monarchie, le référendum, quel qu’en soit l’initiateur, n’est pas perçu comme une atteinte, ni politique ni symbolique, au pouvoir du monarque. L’exemple du Maroc contemporain nous montre que c’est même le contraire.

    « Tant pis pour vous, vous n’aviez qu’à mieux choisir »

    Il en va également ainsi du « référendum révocatoire », c’est-à-dire, de la possibilité offerte aux électeurs de se débarrasser, avant le terme de leur mandat, d’élus qui ne font pas l’affaire. Lorsqu’une personne privée confie à un mandataire la gestion d’un studio qu’elle veut mettre en location, le Code civil lui donne la possibilité d’en changer à tout moment si elle s’aperçoit que celui-ci s’avère incapable ou malhonnête. Dans ces conditions, on comprend mal pourquoi  – alors que les enjeux sont infiniment plus importants – il en irait autrement dans l’ordre politique. Pourquoi le fait d’avoir choisi, un beau jour, un certain candidat pour des raisons souvent incertaines et sans toujours disposer des informations suffisantes, garantirait au candidat vainqueur, en toute hypothèse et quoi qu’il fasse, d’aller sieyes-emmanuel-joseph-351748-2061836-pretre-et-homme-politique-francais-portrait-lithographie-de-delpech-19e-siecle-additional-rights-jeux-na-x5jbac.jpgjusqu’au terme d’un mandat de plusieurs années… Bref, pourquoi le « tant pis pour vous, vous n’aviez qu’à mieux choisir », interdit par le code dans les rapports privés, serait-il donc intangible et sacré dans un domaine où ses effets pourraient s’avérer tragiques ? À le présenter ainsi, on comprend du reste que cette « représentation élective » n’a rien de spécifiquement « démocratique », comme l’avouait d’ailleurs son théoricien, l’abbé Sieyès (Photo), en septembre 1789. Et qu’elle l’est infiniment moins que le système inverse, où le souverain est en droit de révoquer à tout moment ceux qu’il a désignés.

    Le problème paraît essentiellement d’ordre pratique. Si tous les gouvernants sont élus et que tous les élus peuvent faire l’objet d’une telle révocation, alors l’ensemble du système semble menacé d’instabilité chronique : l’argument, estiment ses adversaires, serait d’ailleurs suffisant pour récuser une telle procédure et en revenir au mécanisme représentatif pur. Cependant, là encore, la situation change lorsqu’il y a au sommet de l’État un chef échappant par nature à l’élection, constituant par là même un pôle de stabilité incontestable au milieu d’une réalité mouvante. Un pôle qui, à l’inverse, permet d’accepter, en dessous, les risques d’une instabilité qui n’est pourtant que la manifestation de la volonté souveraine. Dans les années 1960, on disait de la monarchie qu’elle était l’anarchie plus un. Aujourd’hui, la question du référendum révocatoire pourrait suggérer une correction à la formule : la monarchie c’est la démocratie, plus un.

    C’est parce qu’il n’est l’élu de personne que le roi peut être l’homme de tous

    On reproche à Macron d’endosser les habits taillés par et pour le général de Gaulle, ceux du monarque républicain. Mais notre amateur de paradoxes pourrait objecter que c’est parce qu’il n’est pas pleinement monarque, autrement dit, parce qu’il est élu par une partie du corps électoral avec le soutien de certains groupes, qu’il ne saurait être le « président de tous les Français ». De même qu’il n’y a pas d’enfant sans mère (même avec la PMA), il n’existe pas de pouvoir élu indépendant de ceux qui l’ont fait élire – c’est-à-dire, des féodalités de tous ordres qui lui ont permis d’accéder à sa place, et d’espérer y rester. À l’inverse, c’est parce qu’il n’est l’élu de personne que le roi peut être l’homme de tous. C’est parce qu’au fond il n’est que l’enfant de son père, au même titre que chacun d’entre nous, ce qui le place par rapport aux autres dans une situation à la fois absolument singulière et totalement banale, que le monarque peut assumer cette fonction de père. Sans être dépendant d’une coterie, d’un parti, d’un groupe ou d’un lobby quelconque : et sans que l’on puisse soupçonner ce père de préférer outrageusement tel ou tel de ses enfants, et de défavoriser les autres à leur profit.

    Si l’on continue dans ce registre familial, on constate que le président de la République, lorsqu’il joue au père de la nation, se trouve sans cesse confronté à son propre mensonge : ce père-là, en effet, sait parfaitement qu’il abandonnera bientôt ses enfants, ce que ces derniers n’ignorent pas non plus. Il fait semblant d’être tout pour eux, mais regarde déjà sa montre, fébrilement. Car ce père adoptif est aussi, et surtout, un père temporaire, tout le contraire d’un père véritable. Comment alors lui faire confiance ? Comment imaginer que, chaque matin en se rasant, il ne songe pas à l’« après » ? À ce qu’il sera, à ce qu’il fera, et à tout ce que cela implique « dès maintenant » ? Notre Jupiter, par exemple, n’en a plus aujourd’hui, au mieux (pour lui…), que pour huit ans. En 2027, alors qu’il n’aura que 49 ans, la brève parenthèse que la vie politique aura représentée dans son existence se refermera à tout jamais, et celle-ci reprendra son cours normal. Quittant l’Élysée, le futur ex-président retrouvera son quotidien ordinaire, son milieu et son métier naturels, la haute banque, où il échangera les ors ternis du pouvoir politique contre le lustre inaltérable du pouvoir financier. Rien ni personne ne pourra changer quoi que ce soit à ce destin, ni l’empêcher de le préparer.

    Le temps du roi

    2660057926.jpgLe roi, en revanche, sait que sauf accident révolutionnaire, il sera sur le trône jusqu’à sa mort, et qu’après lui, viendront ses enfants, ou ses neveux. Dans son cas à lui, la parenthèse n’a jamais été ouverte, et elle ne se refermera pas. Par conséquent, il peut envisager les choses sur le long terme. Même à une époque comme la nôtre, le roi n’est pas l’« homme pressé ». Il a le temps, tout le temps qu’il veut, à un moment où celui-ci est un bien rare – et le plus précieux de tous pour qui veut réaliser des projets vraiment ambitieux, comme ceux de la transition écologique, de la réorganisation globale des territoires ou de la réaffirmation de l’identité face à la mondialisation… (Photo : le Comte de Paris, la Comtesse de Paris et leurs enfants). 

    Bref, le roi, lui, peut et doit penser sur le long terme. Ce qui veut dire, entre autres, qu’il n’est pas obligé de donner des gages à de futurs patrons, collègues ou clients, qui sont en outre d’anciens créanciers – comme un certain président qui semble prêt à lâcher sur tout, sauf sur les somptueux cadeaux fiscaux qu’il a faits naguère à ses enfants préférés…

    Frédéric Rouvillois
    Causeur, 18.02.2019     
    Frédéric Rouvillois est écrivain et professeur agrégé de Droit public à l'Université Paris-Descartes, spécialiste du droit de l'État et d'histoire politique. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié Crime et Utopie, une nouvelle enquête sur le nazisme (éd. Flammarion, 2014) ; Être (ou ne pas être) républicain (éd. Cerf, 2015) et dernièrement La Clameur de la Terre. Les leçons politiques du Pape François (éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2016).     
  • La monarchie chez Maurras

    Par Axel Tisserand 

    1964667714.jpgLe monarchisme est une idée politique. Souvent associé à une simple posture, il est, chez Maurras, le fruit d'une logique intellectuelle.

    IMG.jpg« Oui ou non, demande Maurras, à l'aube du XXe siècle, l'institution d'une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée est-elle de salut public ? » La monarchie, pour Maurras, n'est pas seulement une institution : elle doit aussi permettre de libérer les structures sociales, afin de redonner au pays réel la maîtrise de son destin. Une véritable représentation de la nation, incompatible avec la République, est même consubstantielle à la monarchie : « Il faut constituer, organiser la France, ou plutôt la laisser se constituer et s'organiser en une multitude de petits groupements, naturels, autonomes : véritables républiques locales, professionnelles, morales ou religieuses [...] se gouvernant par libres conseils spontanés. Le parlementarisme, expulsé de l'État central, peut se réfugier dans ces États inférieurs ». La République n'a jamais réussi à assurer la représentation du pays réel, se contentant d'une représentation partisane qui se prétend l'expression de la volonté générale alors qu'elle n'est que celle d'une oligarchie qui a confisqué le pouvoir. Confiscation contre laquelle s'exprime, aujourd'hui, la colère du pays réel en Gilet jaune.

    Les bienfaits de la monarchie découlent de sa nature même. Le fait d'échapper à l'élection garantit l'impartialité et l'indépendance du Roi. La monarchie était absolue, mais au sens d'indépendante, car elle est modérée par un réseau de contre-pouvoirs qui interdisent au roi de devenir despote. « Il n'y a point dans la République de frein à la République [...] Qui dit royauté dit Conseils royaux, États du peuple. Qui dit démocratie dit un double gouvernement : l'apparent, celui du nombre, le réel, celui des oligarchies et de l'or. »

    louis_xiv_ea_cheval_roi_de_fra86532_4.jpgLa tradition capétienne, du reste, s'oppose directement au despotisme royal : « Qu'on ne dise point que le souverain ne soit pas sujet aux lois de son État puisque la proposition contraire est une vérité du droit des gens que la flatterie a quelquefois attaquée, mais que les bons princes ont toujours défendue comme une divinité tutélaire de leurs États. Combien est plus légitime de dire avec le sage Platon que la parfaite félicité d'un royaume est qu'un prince soit obéi de ses sujets, que le prince obéisse à la loi et que la loi soit toujours droite et dirigée au bien public. » (Louis XIV).

    De plus, comme le souligne le Prince Jean : « La république n'est pas concrète, le Royaume l'est. Marianne est une allégorie, le Prince est humain, il a un corps, une voix et un visage. Je dirais même qu'il a les pieds sur terre. La monarchie, c'est un surcroît d'humanité — et d'amour — dans un monde qui en a éperdument besoin » (Un Prince français). Pensons à ce très beau texte de Maurras : « Au commencement de la royauté nationale, par-delà le phénomène de protection et de patronage, il faut placer d'abord un fait aussi complet, aussi primordial, aussi digne de vénération et d'admiration que possible, le fait de force qui est aussi un fait d'amour, le fait de nature qui est aussi acte de volonté : la paternité. » Boutang disait également : « Le Prince est une réalité effective, une personne », dont les institutions permettent de développer les capacités propres. D'autant que les intérêts du prince coïncident avec ceux du royaume. C'est le « patriotisme inné » du monarque dont parlait Bossuet. « La monarchie héréditaire nationalise le pouvoir, parce qu'elle l'arrache : aux compétitions des Partis ; aux manoeuvres de l'Or ; aux prises de l'Étranger. » (Maurras)

    Pour Maurras, il ne s'agit pas de restaurer en France une monarchie soumise à un régime d'assemblée. Au contraire, « il faut revenir à un régime qui rétablisse la distinction entre le Gouvernement, chargé de gouverner, et le Représentation, chargée de représenter.» Ce que le Prince Jean confirme : « Il est important que la solution retenue soit conforme au tempérament comme au génie français. La monarchie, telle que je la conçois, doit concilier les capacités d'arbitrage et d'impulsion ».   

  • Sacré Verlaine ! ... pour qui « tout blanc L’avenir flotte avec sa Fleur charmante »

     

    Devant l'incapacité, les errances et la dramatique théâtralité de nos politiques, il nous revient à la mémoire ce long poème de Verlaine (Sagesse XII) dont voici les premières et dernières strophes. 

    Or, vous voici promus, petits amis,
    Depuis les temps de ma lettre première,
    Promus, disais-je, aux fiers emplois promis
    À votre thèse, en ces jours de lumière.

    Vous voici rois de France ! À votre tour !
    (Rois à plusieurs d’une France postiche,
    Mais rois de fait et non sans quelque amour
    D’un trône lourd avec un budget riche.)

    À l’œuvre, amis petits ! Nous avons droit
    De vous y voir, payant de notre poche,
    Et d’être un peu réjouis à l’endroit
    De votre état sans peur et sans reproche.

    Sans peur ? Du maître ? Ô le maître, mais c’est
    L’Ignorant-chiffre et le Suffrage-nombre,
    Total, le peuple, « un âne » fort « qui s’est
    Cabré », pour vous espoir clair, puis fait sombre.

    ....................

    Vous, nos tyrans minuscules d’un jour
    (L’énormité des actes rend les princes
    Surtout de souche impure, et malgré cour
    Et splendeur et le faste, encor plus minces),

    Laissez le règne et rentrez dans le rang.
    Aussi bien l’heure est proche où la tourmente
    Vous va donner des loisirs, et tout blanc
    L’avenir flotte avec sa Fleur charmante

    Sur la Bastille absurde où vous teniez
    La France aux fers d’un blasphème et d’un schisme,
    Et la chronique en de cléments Téniers
    Déjà vous peint allant au catéchisme.

    dessin-de-fleur-de-lys-excellent-pin-by-martina-marie-souza-on-fleur-de-lis-pinterest-of-dessin-de-fleur-de-lys.jpg

    Tout est dit, ne trouvez-vous pas ?    

    Merci à Sylvie Hueber

  • « L’attente » républicaine ou « l’Espérance » royale [Lu dans La Couronne]

    Par Guy Adain 

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    Lettre ouverte d’un Vieux Grognard à Monseigneur le Comte de Paris 

    Les uns attendent, toujours beaucoup trop, ils ont voté pour « Untel », sous condition, ils attendent les bénéfices de leur engagement. L’attente est marchande, vénale, l’élu a promis, il est redevable, il doit !  C’est le cas de le dire on l’attend au tournant ! Avec lui, tout ira mieux, il va tondre les moutons gras et nous aurons la laine moelleuse. Il excite les jalousies et promet la lune…  Ne tombons pas dans ce piège, et disons-le clairement à notre nouveau Comte de Paris :

    « NOUS N’ATTENDONS RIEN DE VOUS ! NOUS ESPÉRONS TOUT ! »

    L’attente se fait toujours contre-partie, l’attente est légitimée par des « Droits » ! L’Espérance est divine, elle est accessible à tous et ne procède que de la « Grâce ». Monseigneur, vous êtes notre espérance et nous avons la grâce de vous avoir. 

    Mais bien sûr ce n’est pas si simple, ni facile. Vous aussi, avez l’extraordinaire grâce de représenter notre beau Royaume de France, et c’est une chance inouïe qui ne vous offre que des… Devoirs.  Suivez votre chemin à votre guise, vous êtes notre Providence ! J’avais une très grande affection pour Monseigneur votre père, et je suis déjà comblé puisque vous êtes là ! 

    Le Navire Amiral France est un magnifique vaisseau, et si son équipage reste talentueux malgré quelques mutins insoumis, il reste mal barré par un capitaine qui ne fait pas la maille, il faut le dire. Les passagers réguliers ne sont pas toujours faciles et c’est sans compter les clandestins…  

    Vous êtes un phare Monseigneur, une lumière que l’on ne doit pas mettre sous le boisseau, il faut continuer de luire et d’éclairer la nuit en rassemblant autour de vous quelques solides soutiens qui seront là pour le pire et le meilleur. Demain peut-être vous serez un recours, et comme dit la formule consacrée dans nos armées… Pour le plus grand succès des armes de la France !  

    La Couronne

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    Monseigneur le Comte de Paris et la Reine Sophie d'Espagne, à Dreux, samedi 2 février 2019