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République ou Royauté ? - Page 5

  • Gustave Thibon : « La démocratie c'est le règne de la quantité brutale sous la forme du nombre »

    Visuel Action Française Provence

     

    3808684623.2.jpg« La démocratie c'est le règne de la quantité sous toutes ses formes : la quantité brutale sous la forme du nombre, sous la forme de la masse, sous la forme de la pesanteur, c'est-à-dire le règne de tout ce qu'il y a d'anonyme, de matériel, de mécanique dans l'homme et dans le peuple. Autrement dit, la fatalité de la démocratie c'est de cultiver et de dilater jusqu'à l'éclatement le coté quantitatif du réel. »

    Gustave Thibon

    Discours au Rassemblement Royaliste de Montmajour - 1971 

    Illustration ci-dessus :

    Gustave Thibon, une haute pensée enracinée - Gustave Thibon s’adresse aux royalistes de Montmajour, en 1971. Il participera pendant vingt ans aux rassemblements qui suivront et les marquera profondément de sa pensée.

  • Un populisme lassé du système 

     

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

     

    Que cela plaise ou pas, le Front National est un parti politique inscrit dans le régime républicain, certains diront dans le « système ». Qu’il ait été ou non sciemment utilisé à partir des années Mitterrand pour diviser la droite puis servir de repoussoir est possible. M. Onfray le pense qui dénonce « cette étrange perversion qui consiste [notamment à gauche] à nourrir le monstre Le Pen qu’on prétend combattre » (Le Figaro, 23 avril). De fait, même si on est loin dans cet entre deux tours du déchaînement de haine et de violence de 2002, même si quelques fissures sont apparues dans ledit « système », s’affiche sans vergogne la connivence anti-Le Pen de la très grande majorité des journalistes et des politiciens, avec en amont leurs soutiens financiers plus ou moins avoués, et en aval leurs petits camarades censés représenter le monde socio-culturel.

     

    Pourtant, on ne peut nier que le Front National représente aussi quelque chose de plus profond : la France des petits et des oubliés ; ni urbaine, ni nantie, ni… d’origine immigrée, une France des pauvres qui existe bel et bien (il suffit de regarder les images télévisées) et qui croît au fil des mois. Aucun point commun entre cette France-là  et un système dont elle est la première victime. Rien de plus explicite qu’une carte de géographie : celle du premier tour fait apparaître une fracture entre ceux que M. Zemmour nomme « les vainqueurs et les vaincus de la mondialisation » (RTL, 25). Dans ces conditions, et même si la formule paraît discutable, on peut voir dans l’affrontement du second tour « un vote de classe ». M. Slama va plus loin : « La lutte des classes ressurgit politiquement à la faveur d'un duel de second tour qui va opposer le libéral Emmanuel Macron à la souverainiste Marine Le Pen. » (Figaro, 24).

     

    Il est probable, mais rien n’est certain, que M. Macron va l’emporter. Cela ne signifie nullement que le parti de la France des profondeurs soit vaincu, voire éliminé. Bien au contraire. Mieux vaut sans doute pour le Front National capitaliser afin de mieux rebondir dès les élections législatives. De toute façon, l’intérêt pour le pays d’un parti comme le F.N., c’est d’abord que celui-ci permet, malgré ses erreurs et maladresses, d’imposer dans le débat public des thèmes capitaux, comme celui de l’immigration. Cependant, et c’est frustrant, la présente élection n’a pas fait la part belle aux angoissantes questions de civilisation. Les onze candidats du premier tour s’en sont ainsi tenus pour l’essentiel, quand ils ne se contentaient pas des imprécations et incantations habituelles en pareil cas, à des propositions de prétendue bonne gestion : on pouvait penser qu’il s’agissait d’élire un secrétaire d’Etat, au mieux un Premier ministre - fonctions hautement respectables, mais fonctions gestionnaires. Certes, pour le second tour, Mme Le Pen (par exemple dans son discours de Nice) et M. Macron (par exemple dans son déplacement à Sarcelles) semblent se chercher sur leurs conceptions de la France. Mais cela semble plutôt être chez l’un et l’autre purement tactique, tant l’approche de l’élection renvoie forcément chacun à ses fondamentaux politiciens. Peut-être en ira-t-il différemment à l’occasion du débat de mercredi.

     

    Un parti politique peut-il, pourra-t-il, porter la nouvelle réforme, mieux la révolution intellectuelle et morale dont ce pays a besoin ? On peut tout à la fois l’espérer et en douter. Sans doute faudra-t-il d’abord que se manifeste, selon l’heureuse formule déjà employée dans ce blog, « un populisme lassé du Système ». 

  • Société & Actualité • Nul n’osera décapiter la République

     

    Par Aristide Leucate

     

    3266751844.jpgPlus que quelques jours et nous serons fixés sur les deux outsiders qui auront réussi à accéder au second tour de l’élection présidentielle. Il ne sera proposé ici aucun pronostic, tant les imprévus et autres surprises peuvent toujours survenir, en application de cet aphorisme, souvent vérifié, selon lequel « lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité » (Arthur Conan Doyle). Toutefois, pouvons-nous, sans risque de nous tromper, prophétiser que quel que soit l’heureux élu, rien ne changera positivement pour la France et les Français.

    Commençons par observer que les onze candidats revendiquent ne pas faire partie du « Système » et se présentent même comme « anti-Système ». Il ne s’agit, rien de moins, que d’un effet d’annonce apophatique (ou, si l’on préfère, un discours récurrent centré sur le déni) dont le but est prosaïquement d’attirer le chaland dans les mailles piégeuses de son filet électoraliste. Le plus troublant, en apparence, réside dans le fait qu’aucun d’entre eux ne semble partager une définition commune de ce qu’ils dénoncent…

    À chacun son système

    L’on n’est guère avancé, sauf à considérer avec Alain de Benoist que « les choses s’éclairent si on ajoute un adjectif ». En effet, « les maurrassiens s’en prennent au système démocratique, les antilibéraux au système capitaliste, les écologistes au système productiviste, les tenants de la théorie du genre au système familial ». Cependant, poursuit-il, « si le mot Système est vague, cela correspond aussi à son caractère intrinsèquement englobant ». Et de poursuivre : « Une critique anti-Système est toujours une critique globale. Elle peut viser le couple droite-gauche, le système des partis, la classe politique dans son ensemble, ou encore ce qu’on appelle l’Establishment, la Caste, la Nouvelle Classe, les élites, etc. Dans tous les cas, on s’en prend à un tout dont les parties font système. » (Monde & Vie, mars 2017) S’emmurant, plus que jamais, dans une logique d’enchérissement permanent, le Système démo-représentatif n’est jamais à court d’imagination ; partant, nos onze concurrents renforcent la résilience du Système qu’ils vitupèrent, démontrant, par là même, qu’ils en font partie. C’est dire que l’on ne doit raisonnablement rien attendre du futur gouvernement du quinquennat à venir.

    Nécessité de la monarchie

    Le régime républicain perdurera, aucun des candidats en lice n’ayant prévu de rappeler un prince dynastique sur le trône vacant. L’enjeu n’est pas que de principe – il n’a même, d’ailleurs, rien à voir avec un quelconque principe –, attendu précisément que la preuve a été maintes fois administrée, notamment par la République elle-même, que cette dernière était proprement nocive à la France. Le maître de l’Action française, Charles Maurras, a écrit une multitude de belles et fortes pages s’attachant à démonter l’écheveau républicain de façon à démontrer la nécessité politique et vitale de la monarchie : « Dans l’état présent des nations, les royaumes, les empires, les républiques se plaignent tous du gaspillage financier : ce gaspillage sort de la confusion générale du Parlement et du Souverain. […] La Monarchie existe par sa propre force, sua mole stat. Elle n’a pas besoin de consulter à chaque instant un prétendu souverain électeur. […] Précisément parce que son principe ne l’oblige pas à harceler les gens, à aller les sommer constamment de la trouver belle. La République est une religion. La Monarchie est une famille. Celle-ci n’a besoin que d’être trouvée acceptable. Celle-là exige que l’on suive ses rites, ses dogmes, ses prêtres, ses partis. » (Mes idées politiques, 1937) Contre la démesure sans fin des partis, ferments de stériles divisions, la monarchie a pour elle la vertu rare de la tempérance.

    La souveraineté sauve

    Il ne s’agit point d’une clause de style, mais de la claire et haute conscience du souci primordial de la politique qu’avait génialement entrevu Pierre Boutang dans Reprendre le pouvoir : le salut. « Il y a souci lorsqu’émerge une possibilité de perdre ou de sauver », soulignait-il. Ce souci est inhérent à l’exercice du pouvoir dont « la nature […] est de sauver » ; « celui qui sauve – les autres et les pauvres, le peuple, donc –, celui qui est en situation de garder sauf, exerce un pouvoir légitime devant quoi les clercs, les “intellectuels” n’ont pas plus à se prosterner qu’à prendre des airs dégoutés », précise Boutang. Dans sa quête du « secret » politique, le même remarquait judicieusement que cet acte de sauver avait quelque cousinage étymologique avec le mot salut : « ancienne monnaie (salus nummarius) ainsi nommée parce que sa légende portait “salus populi suprema lex esto” ». De première part, l’on voit combien est irréductible le lien entre le pouvoir et le peuple et que ce lien ne peut être soumis aux caprices et humeurs, par définition inconstants et variables, de la seule volonté, même et surtout générale. De seconde part, comment rester aveugle à cette homologie entre ce salus nummarius et la prérogative régalienne, héritée de Jean II le Bon, de battre monnaie, soit après le droit de lever l’ost (l’armée) et celui de rendre justice, le signe le plus tangible, le plus visible, sinon le plus éclatant de la souveraineté ? Patiemment, la monarchie française a fini par comprendre qu’en aliénant ce souverain bien, elle se condamnait à la servitude.

    Que n’a commis, pourtant, la République en se donnant sans retenue, ni solide contrepartie, et avec une imprudence consommée, à l’oligopole de Bruxelles ? Ce faisant, elle a considérablement alourdi les autres malheurs français, là où la monarchie, sans probablement les éviter, les aurait assurément tempérés. Parmi les candidats animés de la farouche volonté de s’extirper de l’hydre européo-mondialiste, combien parviendront réellement à leurs fins ? L’invocation des mânes gaulliennes risque, indubitablement, de s’avérer inopérante. Le temps manquera, des pesanteurs de toutes sortes se feront irrémédiablement sentir, sans parler des obstacles qui se multiplieront comme les pains christiques.

    L’État a perdu le peuple

    Mais en perdant le pouvoir, l’État a aussi perdu le peuple. Celui-ci est devenu parfaitement abêt, gâté par une société d’abondance où le principe de plaisir – analysé par Zygmunt Bauman comme le « le fait d’avoir des sensations, voire même d’en espérer de nouvelles, que l’on a tendance à vivre comme un plaisir » –, s’est substitué à l’éthique de la responsabilité, pour parler comme Max Weber. La constance avec laquelle, scrutins après scrutins, nos contemporains – bien que progressivement gagnés par une lassitude confinant à la lucidité – pérennisent, volens nolens, le système démocratique sans jamais s’émanciper de son Église républicaine, est un indicateur fiable de l’état de liquéfaction avancée de la société actuelle. Le naturaliste américain Henry-David Thoreau ne cessait de s’étonner de cette « bien étrange époque que celle ou les empires, les royaumes et les républiques viennent mendier à la porte d’un simple particulier et s’installer à ses côtés pour débiter leurs doléances » : « je ne peux pas prendre un journal sans trouver quelque lamentable gouvernement, aux abois et en fin de course, qui vient intercéder auprès de moi, lecteur, afin que je vote pour lui qui m’importune autant qu’un mendiant italien » (Essais, 2007). À méditer…   

  • Deux pensées sur lesquelles méditer au prisme de l'actualité ...

     

    « De l’autorité des princes de notre race, nous avons passé sous la verge des marchands d’or, qui sont d’une autre chair que nous, c’est-à-dire d’une autre langue et d’une autre pensée. »

    Charles Maurras

    L'Avenir de l'intelligence - 1905

     


    AVT_Henri-Dominique-Lacordaire_4453.jpg« Quelquefois, les peuples s’éteignent dans une agonie insensible, qu’ils  aiment comme un repos doux et agréable; quelquefois ils périssent au milieu  des fêtes, en chantant des hymnes de victoire et en s’appelant immortels. »

    Lacordaire

     

     

    [Merci à Jean de Maistre]

  • Gustave Thibon : « La démocratie c'est le règne de la quantité brutale sous la forme du nombre »

    Gustave Thibon, une haute pensée enracinée - Gustave Thibon s’adresse aux royalistes de Montmajour, en 1971. Il participera pendant vingt ans aux rassemblements qui suivront et les marquera profondément de sa pensée

     

    « La démocratie c'est le règne de la quantité sous toutes ses formes : la quantité brutale sous la forme du nombre, sous la forme de la masse, sous la forme de la pesanteur, c'est-à-dire le règne de tout ce qu'il y a d'anonyme, de matériel, de mécanique dans l'homme et dans le peuple. Autrement dit, la fatalité de la démocratie c'est de cultiver et de dilater jusqu'à l'éclatement le coté quantitatif du réel. »

    Gustave Thibon

    Discours au Rassemblement Royaliste de Montmajour - 1971 

  • Idées & Politique • Fin de campagne

     

    par Gérard Leclerc

    Jeudi 20 avril 2017 

    rubon9-071ca.jpgEnfin ! Enfin, nous arrivons au bout de cette campagne électorale. Peut-être ai-je tort de m’exprimer ainsi, car l’impatience d’en finir pourrait être demain relayée par le désolation d’une nouvelle impasse, ou pire encore du chaos. Certes, il ne faut jamais parier pour le pire, et même si c’est la crise institutionnelle qui s’imposait dans les prochains mois, il faudrait espérer contre toute espérance, en se persuadant que souvent le sursaut peut jaillir de l’abîme. Il s’agit de ne décourager personne, et surtout pas les courageux militants qui se sont engagés, corps et âmes, dans un combat qu’ils croient nécessaire. Mais c’est la situation qui rend perplexe l’observateur que je suis. Un observateur nullement détaché, mais suffisamment indépendant pour tenter de juger les choses sans trop de préjugés.

    Dans ma perplexité, je me suis saisi avidement des deux pages du Monde, où trois philosophes allemands éminents étaient invités à exposer leur analyse de la situation politique en France. Je ne puis dire que j’ai été déçu, car j’ai trouvé aussi bien chez Sloterdijk, Habermas que Streeck, des éléments intéressants, grâce au regard extérieur qu’ils projettent sur notre pays. Néanmoins, ces trois esprits puissants n’ont pas produit en moi le dénouement que j’escomptais, peut-être avec présomption. J’ai cru comprendre qu’ils attendaient beaucoup d’Emmanuel Macron, pourvu qu’il gagne la compétition, mais ils m’ont donné l’impression d’investir le compétiteur de leurs propres espoirs en une reconfiguration des forces politiques qui est, à mon sens, plus que problématique. Et lorsque nos philosophes mêlent à leur supputation des vœux qui s’adressent au pays des Lumières, je ne marche pas du tout, ce supplément d’âme masquant ce qu’il y a de hasardeux dans leur pari.

    Et puis Wolfgang Streeck contredit l’optimisme de ses collègues, en montrant la vanité d’une médiation qui ne résoudra en rien les difficultés d’un monde bousculé par ce qu’il appelle « la logique du perpétuel ajournement de la faillite ». Non, il n’y a rien dans tout cela de propre à nous sortir de nos incertitudes, sauf une invitation à dire non à l’à quoi bon et à la fin de l’histoire. La nôtre ! 

    Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 avril 2017

    Gérard Leclerc

  • Fin d'un régime

    Le Figaro.fr 0,00 h.

    Et jamais régime n'a été aussi faible pour y faire face, pour en protéger la France, y assurer la paix civile, y garantir la sécurité, préserver son identité. Par delà la présidentielle, qui ne résoudra rien, c'est le régime lui-même qui est aujourd'hui en question. Inutile d'en dire plus. Les médias se chargent surabondamment du suivi factuel, d'ailleurs invariablement indifférents à ce que les Français, dans leurs profondeurs, peuvent en penser.  LFAR 

  • André Bercoff : « Chronique de l'élection la plus surréaliste de la Vème République »

     

    Par André Bercoff           

    ANALYSE [Figarovox, 20.04] - A trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, André Bercoff revient sur une campagne ubuesque, souvent violente et, pour tout dire, indigne de la France. Il en dresse un tableau malheureusement réaliste mettant en évidence ce divorce entre Français et pseudo-élites, entre Pays Réel, ou ce qu'il en reste, et Pays Légal, d'ailleurs lui aussi en piteux état, tel que nous-mêmes aurions pu le décrire.  LFAR

     

    andre_bercoff_sipa.jpgÀ trois jours du premier tour de l'élection présidentielle la plus surréaliste de la Vème République, les métaphores pleuvent, et la rhétorique, et les hystéries contradictoires : tendez vos rouges tabliers. Et chacun d'évoquer l'angoisse du gardien de but au moment du penalty, la course du lièvre à travers les champs, l'infini babil du roitelet sans divertissement, les émois de Brutus et autres figures de style du plus émouvant effet. Dans l'ultime virage avant l'arrivée, les quatre mousquetaires donnés favoris s'échangent coups bas, sonnantes et trébuchantes insultes, sans qu'aucun sondage ne puisse dégager autre chose qu'un sentiment infini de brouillard et de brouillage. Léger inventaire.

    François Fillon laissé, il y a encore un mois, gisant dans une mare de sang électorale, percé jusques au fond du cœur par des flèches empoisonnées au curare judiciaire et médiatique, panse ses plaies et se remet debout. Il y croit encore et force est de reconnaître qu'ils sont assez nombreux à partager cette conviction. En dernier ressort, on lui jette « Sens commun » dans les jarrets en l'accusant du péché mortel de droitisation excessive. Les voraces l'emporteront-ils sur le coriace?

    Emmanuel Macron, l'homme qui dit tout et son contraire parce qu'il est persuadé que, pour gagner, il faut d'abord plaire, a été sans contexte le candidat le plus sponsorisé, médiatiquement et financièrement parlant, de la présente joute présidentielle. Il est la figure laïque de l'Immaculée Conception : ses années de banque, d'Élysée, de ministère n'ont jamais existé, cachez ce Hollande que je ne saurais voir: le fils naturel de l'ENA et du CAC 40 croit en son destin, et c'est son droit.

    Jean-Luc Mélenchon a remplacé la multiplication des pains par la multiplication de sa personne. Le tribun hologramme rêve d'être le Maduro d'une France vénézuélienne malheureusement sans pétrole et le Daladier d'un Munich ta mère à venir. Peace, love, et fuck la dette.

    Marine Le Pen se pose en Madame Astérix du dernier village gaulois, menacé de toutes parts et envahi par les hordes barbares qu'il importe de bouter au plus vite hors du royaume. Ceux qui la vouent aux gémonies, au nom de l'antiracisme et du vivre ensemble, devraient tout de même se demander pourquoi des millions d'ouvriers, de paysans, d'employés, d'artisans, de commerçants et autres fonctionnaires, se rallient massivement à son panache tricolore. Quand les élites font sécession en voulant dissoudre le peuple, celui-ci se manifeste souvent dans le désordre.

    Il faut toujours faire confiance aux vrais professionnels : Mitterrand avait plumé la volaille communiste en faisant simultanément la promotion du Front National et de SOS Racisme. François Hollande tire sa révérence en achevant le PS : le chant désespéré de Benoît Hamon en témoigne tous les jours. Les primaires de droite comme de gauche ont achevé le divorce entre la représentation politique et les citoyens privés des derniers repères qui leur restaient dans ce domaine. Résultat : ce dimanche, la victoire - par défaut - appartiendra à celui ou à celle qui sera considéré le moins mauvais pour empêcher que la nation France ne se transforme en maison de passe. 

    André Bercoff           

  • Comment  « Le Monde » expose sur une pleine pagne signée Jean Birnbaum que « Boutang reprend le pouvoir »

      

    Par Jean Birnbaum

    Le Monde du 31.03.2017

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + - Copie - Copie.jpgAu printemps 2016, alors qu’il dîne avec François Hollande à l’Élysée, l’acteur Fabrice Luchini évoque ses lectures du moment. Le comédien confie qu’il est plongé dans un livre de Pierre Boutang (1916-1998), poète éruptif, philosophe difficile et journaliste ­cogneur, en son temps pétainiste et disciple favori de Charles Maurras à l’Action française (AF). « Vous lisez Boutang ! C’est l’écrivain préféré de mon père ! », répond Hollande, au grand étonnement de son hôte.

    Mais, en l’occurrence, le président se révélait simplement normal. Car Boutang, depuis l’origine, c’est l’histoire d’un père qui revient sans cesse harponner les fils, faisant retour depuis les lieux les plus divers : un dossier du « Figaro littéraire » et un souvenir de Bernard-Henri Lévy, un ­livre de Patrick Buisson, mais aussi un dialogue télévisé avec le philosophe George Steiner, une réunion de La ­Manif pour tous ou une revue de chrétiens pro-israéliens.

    Relation au père

    Bien sûr, on doit commencer par mentionner l’enjeu biographique. Rappeler la relation de Boutang à son propre père, ingénieur déclassé, camelot du roi et grand lecteur du pamphlétaire antisémite Edouard Drumont : « Un jour, j’étais chez Boutang à Saint-Germain-en-Laye, se souvient Rémi Soulié, auteur de Pour saluer Pierre Boutang (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2016). Il a ouvert une commode, en a sorti une photo de son père, il avait les larmes aux yeux ».

    Mais Boutang le fils est à son tour ­devenu père, père biologique, père symbolique aussi, et l’aura qui est la sienne aujourd’hui reste largement liée à l’accueil protecteur que cet ogre normalien réserva aux jeunes gens venus frapper à sa porte. À ces fils adoptifs, Boutang parlait de Maurras, mais aussi de littérature et même du chanteur Renaud…

    Comme Rémi Soulié, Jean-François Colosimo, patron des Éditions du Cerf, fut de ceux-là : « J’avais 17 ans. Ce fut ­l’irruption du génie à l’état brut. Par la suite, quand je suis parti en Grèce, sans moyens, avec l’idée de vivre dans un ­monastère du mont Athos, Boutang me demandait au téléphone : “Où êtes-vous ? Donnez-moi votre adresse pour que je vous envoie de l’argent”. »

    Boutang a fait du lien paternel le fil rouge de sa vie mais aussi de sa pensée, et c’est ce choix qui lui confère aujourd’hui une influence renouvelée, au moment où une frange de la droite française renoue avec ce que l’écrivain hussard Antoine Blondin nommait « l’âge de Pierre »… Aux femmes et aux hommes qui cherchent à réarmer ­intellectuellement la famille réactionnaire, sa philosophie du père fournit des réponses dans au moins trois ­domaines : ceux de la filiation, du pouvoir et de la civilisation

    La filiation, d’abord. Plutôt qu’un territoire charnel, la France selon Boutang est une culture qui vous tombe dessus, une langue qui vous élit. Pour lui, l’héritage forme le seul horizon digne de ce nom ; c’est la gratitude qui nous jette en avant. « Dès le berceau, nous naissons avec une dette que nous n’avons pas contractée et qui est impayable : voilà l’idée anthropologique de Boutang », note la philosophe Chantal Delsol.

    Pendant Mai 68, Boutang enseigne au lycée Turgot, à Paris, et il sent d’emblée que l’insurrection en cours produira cette révolution du désir dont il combat certaines figures tutélaires : ­« Althusser à rien, Lacan à pas grand-chose », fredonne celui qui signera un essai intitulé Apocalypse du désir (Grasset, 1979). Au slogan soixante-huitard, « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! », Boutang semble rétorquer : « Marche, compagnon, l’origine est devant toi ! » Cette origine détermine toute vie humaine, dit-il, et elle est indissociable de la différence des sexes telle que la Bible l’a fondée (un héritage peu présent chez Maurras,­davantage travaillé par la mort que tourné vers la vie).

    « Une vraie influence sur le mouvement royaliste »

    Ainsi n’est-il guère étonnant que la pensée politique de Boutang ait inspiré une partie de La Manif pour tous. Certes, celle-ci est souvent « boutangienne sans le savoir », précise Gérard Leclerc, éditorialiste au journal Royaliste et à Radio Notre-Dame. Mais le lien existe, et il n’est pas que théorique : « Boutang a une vraie influence sur le mouvement royaliste, qui a lui-même plus d’influence sur les droites qu’on ne le croit. Un certain nombre de gens liés à La ­Manif pour tous viennent de là, et même quand il n’est pas explicitement cité, Boutang pèse », ajoute Chantal Delsol.

    « L’Action française est un peu la ­franc-maçonnerie des réactionnaires, ­confirme Francis Venciton, jeune militant de l’AF Provence. Parmi les fondateurs de La Manif pour tous, pas mal de gens sont issus de l’AF ou l’ont fréquentée, et nous avons contribué à orienter son argumentaire. » Or pour ces royalistes qui nourrissent les nouvelles mobilisations de droite, la voix de Boutang compte à nouveau. Après avoir longtemps été effacé pour raison de querelles internes, son visage est réapparu sur les autocollants de ­l’Action française. « Boutang revient en force à l’AF, constate Axel Tisserand, auteur d’essais sur le royalisme. Il permet de penser au moins deux questions qui ont été remises au centre par La Manif pour tous : celle de la filiation et celle du consentement populaire. »

    Après la filiation, donc, le pouvoir. Là encore, il y va d’un déplacement par rapport à la figure paternelle de Maurras. Quand celui-ci refusait toute souveraineté populaire et ancrait le pouvoir du prince sur l’autorité et la légitimité, son disciple indocile insiste sur un troisième pôle : celui du consentement. Dès lors, les monarchistes peuvent sortir de l’impasse émeutière et devenir non plus les démolisseurs de la démocratie, mais ses veilleurs impitoyables. Acceptant désormais le fait républicain, ils exigent que le pouvoir soit incarné par un père populaire.

    Antisémite de ­culture

    Voilà pourquoi Boutang finira par soutenir la Ve République gaullienne : « Pour Boutang, de Gaulle réunit les fils de l’histoire de France en coiffant la ­monarchie d’un bonnet de Marianne », résume Jean-François Colosimo. Voilà aussi pourquoi Boutang peut inspirer une partie de la droite contemporaine, comme en témoigne Jérôme Besnard, essayiste et membre de l’équipe de campagne de François Fillon : « Boutang a compris que la crise de légitimité produite par 1789 était toujours ouverte. Quand on l’a lu, on sait que pour retrouver cette légitimité il ne faut pas avoir peur d’aller au peuple. Après tout, de Gaulle a réalisé son coup d’État sans qu’un seul coup de feu soit tiré… » Et en dernière instance, là encore, toute légitimité d’avenir exige de renouer avec l’héritage spirituel de la France.

    Pourtant, cet héritage est-il exclusivement chrétien ? Après la filiation et le pouvoir, nous voici venus au troisième enjeu, celui de la civilisation. Par rapport à Maurras, Boutang a peu à peu ­accompli, ici, un déplacement encore plus douloureux. Antisémite de ­culture, auteur de textes et de gestes où suintait la haine des juifs, Boutang a fini par considérer que le nouvel esprit du sionisme prenait le relais d’une chrétienté défaillante.

    Alors que l’Europe politique devenait une construction supranationale, Boutang regardait Israël avec tendresse, car à ses yeux cette nation perpétuait les formes que l’Europe abandonnait : un État souverain, un peuple en armes, une identité millénaire. « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en ­Israël », écrivait Boutang dans son journal, La Nation française, en juin 1967, à la veille de la guerre des Six-Jours. 

    Une nouvelle alliance judéo-chrétienne 

    Cinquante ans plus tard, alors que des figures de droite, comme l’ancien ­ministre de la défense Hervé Morin, appellent à « israéliser » la France en termes sécuritaires, les textes de Boutang nourrissent les arguments de [ceux qui prônent une nouvelle alliance judéo-chrétienne : « Le lien de Boutang avec Israël, c’est le lien non seulement avec l’origine du christianisme, mais aussi avec l’origine comme telle, qu’il faut sans cesse reconquérir, assure ­Olivier Véron, le patron des provinciales, qui republie des classiques de Boutang, dont Reprendre le pouvoir (1978). Quand on prétend faire face au terrorisme islamiste, on ne peut pas se contenter d’invoquer la République, il faut remonter aux sources de la civilisation occidentale, à ses sources juives et chrétiennes, qui fondent l’idée d’une société. Pour Boutang, cela impliquait de désobéir à Maurras, qui défendait l’héritage catholique sans prendre au sérieux la spiritualité. »

    Et de fait, qu’il ait pensé la filiation, le pouvoir ou la civilisation, à chaque fois Boutang a relancé l’héritage de Maurras dans une forme d’infidélité fidèle qui ne pouvait le laisser en paix : « Boutang n’a jamais vraiment trahi Maurras, note François Huguenin, spécialiste de l’Action française. En 1942, il a rejoint Giraud en Algérie, pas de Gaulle. De même, il n’a jamais rompu radicalement avec l’antisémitisme, comme l’ont fait les chrétiens après Vatican II. Dans les deux cas, pour lui, cela aurait été tuer le père ­publiquement. Or si Boutang a bien tué le père, c’est souterrainement. Un jour, il a failli me foutre dehors parce que je lui avais demandé s’il entretenait un rapport filial avec Maurras. Il hurlait : “Vous ne savez pas ce qu’est la ­paternité !” J’avais touché juste… »

    En 1958, dans un article important ­publié par la revue Esprit, l’historien Jacques Julliard affirmait que la pensée de Maurras avait constitué le seul grand effort tenté, au XXe siècle, « pour donner à la droite française une doctrine ferme et cohérente ». Aujourd’hui, alors que les idées de cette famille politique ont à nouveau le vent en poupe, certains de ses enfants sont tentés de ­renouer avec Maurras.

    Mais son nom est définitivement ­associé à l’aventurisme impuissant et à la collaboration sanglante. Désireux de se rebrancher sur cette tradition sans avoir à en assumer les erreurs et les compromissions, les nouveaux réactionnaires se tournent parfois vers Boutang, ce fils qui a mis à mort un père aimé et défaillant… pour mieux maintenir en vie sa famille.

    Le Monde n°22462 du 31 mars 2017.

     

    Reprendre le pouvoir, de Pierre Boutang, introduction de Olivier Véron, Les provinciales, 2016.

    La Politique, la politique considérée comme souci, de Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2014.

    Le petit boutang des philosophes, introduction à la philosophie de Pierre Boutang, par Henri Du Buit, Les provinciales, 2016

    Lire aussi dans Lafautearousseau ...

    Notre premier commentaire de l'article de Jean Birnbaum

  • Réponse à Jean Birnbaum

     

    Par Francis Venciton

    Parmi de nombreux autres membres de notre famille d'esprit, Francis Venciton est cité dans l'article du Monde de Jean Birnbaum. Il y est à juste titre présenté comme jeune militant de l’AF Provence. Il se trouve que Francis Venciton a réagi à cet article et qu'il a rédigé la pertinente réponse que voici. LFAR

     

    photo.JPGJe ne lis jamais Le Monde. Mais Monsieur Jean Birnbaum est très sympathique et a écrit un livre que j’apprécie sur les relations de la gauche et de la religion. De plus, il a sorti le 30 mars un article sur Pierre Boutang, où il me fait l’honneur de me citer. L’article dans un style agréable développe deux idées : la première, que la Manif pour tous aurait été boutangienne et que le philosophe vulcanique aurait retrouvé une influence secrète chez la droite-conservatrice-réactionnaire ou tous autres qualificatifs à la Lindenberg qui nuisent à la subtilité globale du propos. La seconde, qu’il y aurait une problématique de l’éternel retour du Père chez Boutang.

    Cette double approche nous semble poser problème. Tout d’abord quelle hiérarchie doit-on lui accorder ? Ensuite, la seconde idée s’inscrit dans une approche biographique qui est incomplète. Pourquoi ne pas parler de Pierre-André Boutang ou de Yann Moulier-Boutang ? Deux fils de Boutang dont les carrières et les positionnements divergent largement du père. Et puis, s’il faut parler de la relation à Maurras pourquoi revenir aux rengaines rassies de l’antisémitisme, ce qui donne presque l’impression que Maurras n’a parlé que de ce sujet et que le plus grand mérite de Boutang serait non pas son œuvre métaphysique et littéraire, mais d’être devenu pro-israélien. C’est un peu comme de dire que la vertu d’une œuvre comme celle de Dante par exemple ne vaudrait que par son implication chez les Guelfes.

    5lmz5q-HC.jpgPlus encore Birnbaum explique que ce que Boutang a apporté de nouveau, par rapport à Maurras ce sont les questions du consentement populaire et de la paternité. Ce qui est faux : nous renvoyons Monsieur Birnbaum à la « Politique naturelle » qui introduit Mes idées politiques et aux pages de Maurras sur le suffrage universel ou la décentralisation. Il n’y perdra pas son temps et verra comment Boutang a tonifié, réargumenté, nuancé des positions maurrassiennes.

    Les fulgurances boutangiennes ne sont pas là. Disons qu’elles sont plus secrètes. L’on s’étonnera d’ailleurs que Birnbaum n’évoque pas le livre de Boutang sur Maurras, qui lui aurait fourni des informations plus conséquentes sur l’idée de la mort du père maurrassien que le contre-sens de François Huguenin. Il est une absence étonnante : alors que l’article porte sur le père, la question du roi est inexistante ? Comme si l’une ne portait pas l’autre.

    Si on croise les deux axes de l’article, un autre problème surgit : avancer que la Manif pour tous s’inspire d’un argumentaire établi par un philosophe ayant connu des difficultés en matière de paternité permettrait de porter le discrédit sur tout un mouvement, réduit à une pépinière de névrosés. Ne faisons pas à monsieur Birnbaum de procès d’intention : il ne le dit pas. Il ne le sous-entend pas non plus. Mais son analyse peut être lue en ouvrant cette attaque. La double approche de l’article pose problème. Elle en constitue même la limite.

    Il convient de soulever un dernier point : c’est la conclusion de monsieur Birnbaum, qui dit assez joliment qu’au fond Boutang aurait tué le père pour sauver la famille. Si, aujourd’hui, on assiste à un tournant « réactionnaire » d’inspiration maurrassienne, la référence à Boutang permettrait de contourner la mauvaise réputation d’une telle inspiration. L’on ne voit pas bien l’utilité de cette remarque : BIRNBAUM ACCUSE-T-IL CEUX QUI SE RÉFÈRENT À BOUTANG DE BLANCHIMENT DE MAURRASSISME ?

    Il serait bien inspiré de nous en dire plus. 

  • Pierre Boutang : « Le seul horizon politique, le Prince chrétien »

     

    Conférence donnée à Marseille, le 3 mars 1988, sous la présidence de Pierre Chauvet, au siège de l'Union Royaliste Provençale. Titre : « L'horizon politique, le Prince chrétien ». [Durée : 1 h 46]. 

     

    823330531.jpgNous hésitons toujours à diffuser cette conférence – pourtant exceptionnelle - de Pierre Boutang. 

    A cause de sa médiocre qualité technique, pour commencer : l'enregistrement a presque trente ans ; et, même pour l'époque, ce n’était pas un travail de professionnel…

    Ensuite, Boutang lui-même donne à sa conférence un aspect décousu, alors qu'elle est, en réalité, très construite. Ordonnée mais foisonnante et familière. A son habitude. D’ailleurs, ce soir-là, on est nombreux mais en famille.

    Qu'importe ! Une conférence de Pierre Boutang, d'une heure trois-quarts sur la situation de la France, de l'Action française, du royalisme français et, si l'on veut, de la mouvance maurrassienne, cela est sans analogue. Il n'en existe pas d'autre.

    Et quelle meilleure pièce à verser au débat rouvert par Jean Birnbaum dans Le Monde ! Il pourra y vérifier les rapports de fidélité – infidélité de Boutang à Maurras et à l'Action française, leur degré et leur nature respectives ; il verra si Boutang y apparaît comme « ce fils qui a mis à mort un père aimé et défaillant » ; il verra bien aussi s’il y trouve confirmation d’un Boutang « acceptant désormais la République » ; sans-doute constatera-t-il encore que parmi les sujets de préoccupation grave dont traite Boutang [l’islam, l’Allemagne, l’extrême fragilité de notre civilisation ... ] Israël – quoi qu’il aurait pu en dire – n’est pas du tout évoqué. Etc…

    Il y a, nous semble-t-il, une autre raison, conjoncturelle celle-là, de trouver un intérêt particulier à cette conférence. Donnée à Marseille le 3 mars 1988, elle tombe en pleine période préélectorale. Le 1er tour de l'élection présidentielle qui verra la réélection de François Mitterrand, est fixé au 24 avril, soit à moins de deux mois. En introduction, Boutang rappelle le sujet - pour lui en rien anachronique - de sa conférence : « le seul horizon politique : le Prince chrétien ». Il énumère les constitutions et les régimes, toujours faillis, que la France a connus depuis la Révolution ; il évoque l'échéance présidentielle toute proche, passe en revue les candidats, caractérise chacun d'eux en quelques phrases, non pas indifférent mais avec distance ou, si l’on préfère, avec détachement, et constate in fine pour situer son sujet dans le contexte politicien : « C’est très ennuyeux : Tout le monde s'occupe justement de ce qui n'est pas mon souci ».

    Y a-t-il là comme un exemple pour l’Action française et, au-delà pour les royalistes, les patriotes, d’aujourd’hui ? Nous le croyons. S’il faut établir une hiérarchie entre notre participation à l’enjeu électoral en cours [elle va de soi] et notre véritable horizon, l’avantage va à l’évidence au second terme. Telle est ici, nous semble-t-il, en la circonstance, la leçon de Pierre Boutang.  • 

  • Quand Octave Mirbeau fulminait contre « le système politique bourgeois », de fait la République ...  

     

    XVM616cbcbe-0e29-11e7-997b-2ceb961d41db.jpgOctave Mirbeau - écrivain détesté de beaucoup de talent dit Sacha Guitry - critique ici frontalement ce qu'il nomme le système politique bourgeois, qui se prétend abusivement républicain, alors qu’il ne fait qu’assurer la mainmise d'une minorité sur tout le pays, avec la bénédiction des électeurs moutonniers, « plus bêtes que les bêtes » : aussi appelle-t-il ses lecteurs à faire la grève des électeurs *. Nous ne reprenons pas un tel appel à notre compte. Il relève d'une lecture critique. Après quoi on admettra que la réflexion de Mirbeau contient de fortes vérités. Les actuels débats électoraux en sont l'illustration ...  LFAR  

    « Surtout, souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est d’ailleurs pas en son pouvoir de te donner. [...] Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit. »**  

    * la grève des électeurs

    ** Son article, intitulé « La Grève des électeurs », a paru dans Le Figaro le 28 novembre 1888 et a été diffusé par les groupes anarchistes à des centaines de milliers d’exemplaires à travers l’Europe.

  • Où Anatole France fait dire à l'abbé Lantaigne en quoi la République est détestable

     

    « - Je hais la République, dit M. Lantaigne, parce qu'elle est la diversité. La diversité est détestable. Le caractère du mal est d'être divers. Ce caractère est manifeste dans le gouvernement de la République qui plus qu'aucun autre s'éloigne de l'unité. Il lui manque avec l'unité l'indépendance, la permanence et la puissance. Il lui manque la connaissance, et l'on peut dire de lui qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Bien qu'il dure pour notre châtiment, il n'a pas de durée. Car l'idée de durée suppose l'identité, et la République n'est jamais un jour ce qu'elle était la veille ... Elle n'est pas destructible, elle est la destruction. Elle est la dispersion, elle est la discontinuité, elle est la diversité, elle est le mal.»   ♦ 

    Anatole France 

    L'Orme du mail, L'Histoire contemporaine, Calmann Lévy, Paris, 1897 

     

    Textes de grands auteurs ou acteurs de l'Histoire

    Une publication  Lafautearousseau

  • L'erreur de vocabulaire de M. Mélenchon

     

    Par Jean-Philippe Chauvin

     

    1345578492.2.jpgLa Monarchie est souvent citée en ce moment, querelle présidentielle oblige,  mais il y a erreur des partisans de la Sixième République sur le sens et la portée de ce mot et des institutions qu'elle peut définir en France. La « monarchie présidentielle » évoquée par M. Mélenchon n'est pas une monarchie au sens historique du terme, elle n'en est que la caricature, et elle semble être une monocratie quinquennale renouvelable plutôt qu'une monarchie héréditaire et successible telle que l'a connue la France et telle que les royalistes le souhaitent.

    La monocratie, c'est le pouvoir d'un homme de parti qui gouverne sans autre légitimité que celle, provisoire et désormais toujours contestée, du suffrage universel, que cela soit directement ou par le biais de la représentation démocratique et parlementaire. Le président peut se croire Antigone, mais il n'est que Créon, et il manque à l'élu, parfois présenté comme « homme providentiel », cette hauteur donnée par la liberté originelle de la Couronne qu'elle doit à son mode de transmission, la succession héréditaire. Né fils de roi et « presque roi », devenu entièrement roi par l'effacement de son prédécesseur (par la mort ou le renoncement), le monarque ne doit rien aux intrigues et aux alliances électorales, et il peut, au cours de son règne, « supporter » (mais non pas soutenir, gare à la confusion !) des gouvernements de tendance différente et antagoniste de l'un à l'autre, sans être soumis à l'un comme à l'autre. L'indépendance royale, dans la Monarchie à la française, n'est pas un obstacle à la direction du pays mais une garantie de la continuité de l’État et de sa permanence malgré les aléas de la vie politique et parlementaire : un gouvernement peut tomber, avoir failli ou être en difficulté, la magistrature suprême de l’État est toujours là, visible et active. C'est une présence rassurante en des temps qui le sont moins... 

    Quand la monocratie personnalise le pouvoir présidentiel à l'extrême, la Monarchie le « familiarise » et le monarque incarne le pouvoir arbitral sans se confondre avec l'arbitraire et avec un parti quel qu'il soit : si le portrait du roi peut trôner dans les administrations et les salles municipales, il n'est pas une affiche électorale permanente comme le dénonçaient jadis quelques militants opposés au président du moment quand celui-ci était candidat à sa propre réélection (ce qui n'est pas le cas avec l'actuel locataire en fin de bail de l’Élysée). 

    incident1-1.jpgLa confusion entre monocratie et monarchie, confusion entretenue (parfois de bonne foi, d'ailleurs) par les partisans de MM. Mélenchon et Hamon, est néanmoins compréhensible, non au regard de la réalité historique mais au regard de l'image que certains (fort nombreux, au demeurant) se font de la Monarchie elle-même qu'ils confondent avec l'apparat que la République a récupéré sans pour autant en comprendre toujours le sens et la portée qu'il pouvait avoir sous la Monarchie absolue de François Ier à Louis XVI, voire au-delà avec la Restauration : quand la Monarchie pense le prestige comme un moyen de gouverner et de se représenter aux yeux des autres États en assumant la part de « spectaculaire utile » qui, d'ailleurs, peut survivre à travers un riche patrimoine aujourd'hui devenu attraction touristique (un des atouts de la France...), la République se l'approprie sous la forme d'avantages privés avec, parfois, quelques corruptions certaines qui émaillent la longue suite des Républiques sans s'en défaire autrement qu'en promesses et qu'en paroles... Est-il nécessaire de donner des noms ? Cette dernière décennie présidentielle a de quoi remplir encore quelques gazettes à scandales et tant d'éprouvettes à indignations... 

    9782868397775FS.jpgNon, décidément, la République n'est pas la Monarchie royale : se battre « contre la Monarchie » n'a pas grand sens dans notre pays, surtout si c'est juste l'alibi pour renouer avec les mauvais précédents de la Troisième et de la Quatrième Républiques... La Cinquième, si elle peut parfois emprunter quelques aspects de la Monarchie (et parfois les meilleurs, comme un hommage du vice à la vertu) et si elle a pu vouloir, par la volonté de son fondateur, renouer avec une tradition monarchique d'autorité et de liberté de l’État, reste bien une République, malgré tout : c'est d'ailleurs ce dernier aspect-là du régime né en 1958 qui, en grignotant peu à peu les vestiges de la logique capétienne remise en valeur par le général de Gaulle, a motivé l'effacement de moins en moins discret de notre pays sur la scène diplomatique mondiale, processus accéléré depuis une décennie à travers les deux quinquennats successifs de MM. Sarkozy et Hollande. 

    En fait, contrairement à une idée reçue et évidemment fausse, ce n'est pas d'un excès de Monarchie dont souffre la France aujourd'hui mais, bien au contraire, d'une républicanisation de plus en plus accentuée des institutions, de cette déresponsabilisation contemporaine de la magistrature suprême de l’État au risque de ne plus assumer les fonctions qui devraient être les siennes : ce n'est pas, soulignons-le, une bonne nouvelle, ni pour l’État ni pour la nation et encore moins pour les peuples de France... 

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin

  • Histoire & Royauté • Patrick Demouy sur TV Libertés : tout sur le sacre des Rois de France

     

    Patrick Demouy est professeur émérite d’histoire médiévale à l’Université de Reims et à l’Institut catholique de Paris. Ses travaux portent sur les cathédrales, les évêques, les rois et leur sacre. Et il vient de publier le merveilleux récit des origines de la royauté sacrée. En en révélant le sens.

    Dans un somptueux livre qui fait référence et qui est destiné au grand public, Patrick Demouy évoque les acquis de la monarchie française sans vision politique ou apologétique. Adossée au baptême de Clovis, l’auteur décrit, par le menu, une cérémonie qui a permis d’asseoir la légitimité de 50 rois de Pépin Le Bref à Charles X. Il permet de lever le voile sur le mystère de la Sainte Ampoule, sur le choix de Reims après Sens, Noyon, Laon et Orléans, sur les pouvoirs surnaturels du Roi et sur le sacre – ou non – des reines de France. L’historien médiéviste a fait avec cet ouvrage une incursion dans plus de 1 000 ans d’histoire célébrant l’union du Roi et de la Nation [TV Libertés, 23.02]. Ce rappel historique ne peut manquer d'intéresser les royalistes et, par delà, les patriotes français. 

     

    [Durée : 28']    TV Libertés, dont nous recommandons les programmes 

     

    Le-sacre-du-roi.jpg

    Édition « La Nuée Bleue », coédité avec « Place des Victoires ».   Grand format : 27 x 36 cm – reliure de prestige.  288 pages. 45 Euros.

    A Lire aussi dans Lafautearousseau ... 

    Royauté • « Le Sacre du Roi », un ouvrage de Patrick Demouy