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Défense nationale

  • Société & Actualité • Macron le militaire sur les Champs-Elysées: trois hypothèses pour une remontée. En Marche ou au pas ?

     

    Jérôme Leroy

    De la politique ? Oui mêlé de métapolitique, de réflexions sur des sujets de société. Avec le style, l'intelligence, la perspicacité, l'humour de Jérôme Leroy. Tout ce qui touche aux armées est aussi d'ordre régalien (royal) et intéresse aussi les royalistes, qui sont des patriotes, à titre particulier. [Paru dans Causeur le 18.05].  LFAR

     

    1620021216.jpgOn a beaucoup glosé sur la remontée des Champs-Elysées, dont même l’habileté des cadreurs avait du mal à cacher à quel point les rangs des spectateurs étaient clairsemés, par le président Macron à bord d’un très martial command-car.

     

     

     

    Que l’on nous permette, sur cette scène inaugurale du quinquennat, trois hypothèses.

    Hypothèse 1: Emmanuel Macron appartient à cette génération qui n’a pas eu à faire son service militaire et ça lui manque. « J’appartiens à cette génération de Françaises et de Français, dont l’arrivée à l’âge adulte s’est confondue avec la professionnalisation de nos armées et la suspension de la conscription. Aussi n’ai-je pu faire mon service militaire », a-t-il déclaré à plusieurs reprises en parlant de sa biographie. La restauration d’un service militaire universel et de courte durée est d’ailleurs au programme de La République en marche.

    Hypothèse 2:  Du haut de son command-car, il nous dit: « Je vous préviens, je suis le chef des armées et je vais engager mes troupes sur tous les fronts atlantistes au nom du Vrai, du Beau et du Bien. » Car l’atlantisme a toujours été la ligne de la politique étrangère des pays libéraux et européens, vraiment libéraux et vraiment européens, pas comme ces Français encore infectés par le gaullisme malgré les présidences de Giscard, Mitterrand, Sarkozy et Hollande (on fera une petite exception pour Chirac qui a su dire non à la guerre en Irak en 2003).  Au premier chef de ces pays modèles en politique étrangère, il y a bien sûr l’Allemagne, si chère au cœur du nouveau président.  Il faut donc que la France elle aussi s’aligne sur les Etats-Unis comme autrefois les démocraties populaires s’alignaient sur le grand frère soviétique.

     

    Hypothèse 3, dite de l’indice sémiologique : « Oui, je vous ai bien eus, je viens de réussir en moins de deux ans un coup d’Etat parfait, selon un scénario pensé et réalisé par le capitalisme financiarisé et ses principaux relais qui vont pouvoir en finir, grâce à moi et à mon allure moderne,  avec l’exception française, son jacobinisme, son état providence, son goût pour l’égalité.  Ceci est un putsch, d’un genre nouveau, mais on sait en Europe, depuis la Grèce de 2015, qu’il n’y a plus besoin de chars pour renverser un régime. »

    L’hypothèse 1 est purement psychologique, l’hypothèse 2 purement politique, l’hypothèse 3 pourrait être qualifiée de complotiste, mais doit tout de même être l’occasion de nous rappeler qu’il existe deux erreurs en matière de complot: en voir partout, ce qui est une pathologie dangereuse et n’en voir nulle part, ce qui est d’une naïveté qui confine à la bêtise à moins d’être totalement ignorant en matière d’histoire. Le command-car du président Macron serait donc à la fois la satisfaction d’une frustration, le signe politique de nouvelles allégeances françaises et le clin d’oeil presque amusé à des commanditaires tout aussi amusés.

    La vérité est sans doute composée, en des proportions variables, des trois hypothèses précédentes. En tout cas, c’est ce qu’il faudrait avoir en tête pour qui voudrait écrire un roman, dans quelques années,  sur cette prise du pouvoir qui, dès qu’on aura un peu pris de recul, apparaîtra comme proprement invraisemblable dans un pays comme le nôtre. Même en tenant compte de sa désorientation,  de ses fractures profondes et de la propagande inégalée et la ferveur hagiographique délirante en la faveur de l’Elu par les médias « mainstream ». 

    Jérôme Leroy
    écrivain.

  • Famillle de France • Le Prince Jean de France : Servir son pays

    Le Prince Jean au 60ème anniversaire du Débarquement

        

    « Nous venons de passer quelques jours avec les enfants dans le Morbihan, haut lieu de la Chouannerie. Nous en avons profité pour voir Carnac, Kergonan, Penthièvre et Quiberon.

    C’était encore la basse saison, le Musée de la Chouannerie étant donc fermé, nous nous sommes arrêtés au Fort de Penthièvre, ouvrage construit en 1748 par le duc de Penthièvre, amiral de France et gouverneur de Bretagne. Il était le petit-fils de Louis XIV et le grand-père de mon aïeul le roi Louis-Philippe. 

    C’est un lieu que je connais bien pour y avoir effectué mon stage commando au moment de mes classes à Saumur, quelques semaines avant de rejoindre mon régiment. Comme mon oncle François, mort au champ d’honneur, mon père, mon frère et d’autres membres de ma famille avant moi, j’ai donné de mon temps pour servir mon pays.

    Servir son pays. Voilà une expression qui a quasiment disparu du débat public. D’ailleurs, qui parmi nos hommes politiques ou chefs d’entreprises d’aujourd’hui a fait son service militaire ? On y apprenait pourtant beaucoup : l’honneur, le courage, la responsabilité, le souci des hommes. On y acquérait aussi de nombreuses compétences.

    Pour revenir à notre visite du Fort de Penthièvre, ce fut émouvant… Ces principes y étaient évoqués dans une lettre affichée à l’entrée de la Crypte des Fusillés non loin du Fort. Avant son exécution le 13 juillet 1944, un père écrivait à son fils toute la vertu qu’il y a à aimer son pays et à le défendre contre la barbarie.

    Cette émotion, je l’avais déjà ressentie lors des commémorations internationales du Débarquement qui avaient lieu à Arromanches en 2004 et auxquelles j’avais été invité par le Général de Boissieu. Un hommage particulier avait été rendu aux vétérans de cette bataille historique. Ils étaient là devant nous et je me disais alors que grâce à ces hommes et à ceux qui les avaient aidés à l’intérieur nous sommes restés un peuple libre.

    Quand je regarde la vie de notre pays aujourd’hui, face à des personnes souvent sans foi ni loi, je me dis que c’est une bataille de tous les instants qu’il est important de mener. »  

    Domaine Royal, le 11.05.2017

    Jean de France, duc de Vendôme 

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    Le Prince Jean recevant la Médaille de la Défense Nationale au 7è Chasseurs à Arras

    Le prince lors de son stage commando au Fort de Penthièvre, descente-en-rappel 

     

    Morbihan-4-Le-prince-Jean-lors-de-son-stage-commando-au-Fort-de-Penthièvre-la-tyrolienne-300x202.jpg

    Le prince Jean lors de son stage commando au Fort de Penthièvre - La tyrolienne 

     

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    Visite du caïrn de Kerkado

    utilisé comme cachette par les chouans pendant la révolution

     

    Textes et illustrations : Prince Jean de France, Site Officiel
  • DÉFENSE : D'INQUIÉTANTES NOMINATIONS

     

    PAR MATHIEU ÉPINAY

    Il se passe des choses très inquiétantes à Washington », écrivait, fin janvier, Dominique Merchet de L'Opinion où il tient le blog « Secret Défense » encore assez lu dans les Armées.

    Dans une courte vidéo, avec la mine grave et le ton angoissé qui conviendraient à l'annonce d'une guerre nucléaire, Merchet nous alerte du pire. Trump a nommé Steve Bannon au conseil de sécurité nationale : un « idéologue d'extrême droite » dont « la qualification pour occuper le poste est égale à zéro ». C'est « comme si Sarkozy avait nommé Buisson au conseil national du renseignement », poursuit-il. Nous voilà rassurés.

    L'Opinion, de Nicolas Beytout, c'est Bernard Arnaud, les Bettancourt et « quelques autres mililardaires », indique Mediapart. La rumeur signale Pierre Bergé et Xavier Niel qui démentent. Quoi qu'il en soit, L'Opinion est bien de cette presse au service de « l'Argent » qui n'en finit plus de s'étrangler depuis l'élection de Trump.

    On lira ailleurs que Steve Bannon est un « idéologue très structuré » avec une « immense culture » et une capacité reconnue à « écouter, absorber et tirer des conclusions stratégiques ». Il dit de l'establishement : « Ces gens nous haïssent mais nous avons le peuple, c'est le pays légal contre le pays réel et moi je suis avec le pays réel ». À un responsable français : « Nous sommes à la fin des Lumières, vous avez lu Maurras ? » Steve Bannon a probablement lu L'avenir de l'intelligence...

    Un peu plus tôt, Merchet avait déjà perdu son sang-froid à l'occasion de la nomination du général Mattis au poste de secrétaire à la Défense. Sans nier les éminentes et incontestables qualités de cet ancien des Marines aux allures de général Patton, il n'avait pu s'empêcher de signaler « ses propos d'adjudant-chef qui ont toujours du succès dans les casernes, moins dans les cercles diplomatiques ». Les adjudants-chefs qui lisent Secret Défense apprécieront. Ce mépris des cadres de maîtrise militaires, dont les colonels savent bien le rôle primordial, est emblématique.

    Le général Flynn, ancien patron du renseignement, avait rallié Trump après avoir été mis à la retraite. Controversé dans l'armée, il se disait victime politique d'Obama. Sa nomination par Trump au conseil de sécurité a inquiété L'Opinion : « Un dingue », selon le général français que cite Merchet, ajoutant qu'il « n'est pas le plus brillant des intellectuels » et fustigeant ses « jugements sans nuances » sur l'Islam. Pire, Flynn est partisan d'un rapprochement avec la Russie. Une cible idéale pour l'establishment. Il a été contraint de démissionner.

    La CIA a des comptes à régler avec Trump qui s'en méfie au point de l'avoir sortie du conseil de sécurité nationale. Elle a livré au Washington Post un entretien téléphonique où Flynn, avant l'investiture de Trump, aurait rassuré l'ambassadeur russe sur l'expulsion de ses diplomates par Obama qui les accusait de cyber-attaques contre Clinton. Cet entretien est inutile, il n'apprend rien aux Russes ; d'un professionnel du renseignement qui devrait se douter qu'on l'écoute, c'est une faute, mais une aubaine pour ceux qui veulent gêner Trump sur le dossier russe. Autre faute de Flynn, il nie avoir tenu ces propos au vice-président Pence, mis ainsi en difficulté devant la presse. Merchet peut être rassuré, Flynn n'aura pas duré 3 semaines au conseil de sécurité nationale d'où Trump l'a viré.

    À Paris, tout cela donne des idées à Emmanuel Macron, candidat de l'Argent, qui s'invente une théorie du complot russe par cyber-attaques contre sa candidature. Mais attention monsieur Macron, malgré le zèle de la CIA, la ficelle, un peu grosse, n'a pas réussi à madame Clinton.

    Politique magazine mars 2017 -  Consulter ... S'abonner ...

  • 8 mars 1921 : Création du Premier Régiment étranger de Cavalerie

     

    Mur-bleu gds.jpgAujourd'hui, l'Armée française célèbre cet évènement d'importance : la création du 1er REC, qui est le seul régiment de cavalerie au sein de la Légion étrangère et le seul régiment de la Légion au sein de la cavalerie, ce qui justifie sa devise « A nul autre pareil » qui était aussi celle du Roi Soleil. 

    Mais cette création porte également en elle une autre charge émotionnelle forte, qui mérite d'être rappelée : ce régiment a été créé avec des contingents de cavaliers tsaristes, les « Russes Blancs », ceux de l'armée de Wrangel, qui luttèrent héroïquement contre la révolution bolchévique. 

    On connaît le mot célèbre des révolutionnaires bolchéviques, « Février, c'est 1789, Octobre c'est 1793 ». Les marxistes léninistes avaient pleinement conscience de revivre, mais en accéléré, la Grande Révolution fondatrice de 1789, qu'ils voulaient pousser jusqu'à ses extrêmes limites, et dont ils voulaient que « leur » révolution fût la quintessence, l'expression la plus achevée...

    Alexandre Soljenitsyne a parfaitement dressé le parallèle entre Vendéens et Russes blancs. Au moment où la Révolution française, puis la bolchévique, ont lancé au monde leur message idéologique, porteur du totalitarisme, de la Terreur, du génocide et du goulag, Vendéens et Russes blancs ont envoyé au monde le message exactement contraire : celui de la liberté intérieure de l'homme, face au totalitarisme ; celui de l'enracinement dans une terre, une histoire, des traditions, face à l'idéologie, abstraite et désincarnée. « Leur patrie, ils l'ont dans le cerveau - disait Charette - nous l'avons sous les pieds... »  

    Voici comment Soljénitsyne évoque l'héroïque petite Vendée de Tanbow, dans son discours prononcé le samedi 25 septembre 1993, aux Lucs-sur-Boulogne, pour l'inauguration de l'Historial de Vendée :  « La révolution russe, elle, n'a pas connu de Thermidor qui ait su l'arrêter. Elle a entraîné notre peuple jusqu'au bout, jusqu'au gouffre, jusqu'à l'abîme de la perdition. Je regrette qu'il n'y ait pas ici d'orateurs qui puissent ajouter ce que l'expérience leur a appris, au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution. L'expérience de la Révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du bonheur du peuple en tirent les leçons. Mais non ! En Russie, tout s'est déroulé d'une façon pire encore et à une échelle incomparable. De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes. Seul leur degré d'organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des jacobins. Nous n'avons pas eu de Thermidor, mais - et nous pouvons en être fiers, en notre âme et conscience - nous avons eu notre Vendée. Et même plus d'une. Ce sont les grands soulèvements paysans, en 1920-21. J'évoquerai seulement un épisode bien connu : ces foules de paysans, armés de bâtons et de fourches, qui ont marché sur Tanbow, au son des cloches des églises avoisinantes, pour être fauchés par des mitrailleuses. Le soulèvement de Tanbow s'est maintenu pendant onze mois, bien que les communistes, en le réprimant, aient employé des chars d'assaut, des trains blindés, des avions, aient pris en otages les familles des révoltés et aient été à deux doigts d'utiliser des gaz toxiques. Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchévisme chez les Cosaques de l'Oural, du Don, étouffés dans les torrents de sang. Un véritable génocide... »

    Ecoutez, en l'honneur de ces Russes blancs qui, comme nos Vendéens, ont tout tenté pour détruire la Révolution, le magnifique chant des Partisans Blancs, qui exalte leur sacrifice et leur grandeur. 

  • Service militaire : gare au contresens

     

    par Mathieu Épinay

    Qui défend ici, sur l'éventuel rétablissement du service militaire un intéressant point de vue dont, d'ailleurs, l'on pourra débattre.  LFAR

     

    pa-charles-de-gaulle.jpgFrançois Fillon a préféré s’esquiver plutôt que d’affronter au Parlement l’ahurissante loi orwellienne sur le délit d’entrave à l’avortement. Soit. Au palais Bourbon, d’autres députés ont sauvé l’honneur dans un combat d’amendements digne de Camerone.

    Jean-Frédéric Poisson, le seul candidat qui eût abrogé la loi Taubira, en est. Pourtant, à part les 70 000 suffrages qui se sont portés sur son nom, les catholiques français n’ont pas jugé bon de soutenir leur champion naturel à la primaire. Dont acte. Cela lui laissera le temps d’améliorer son programme sur la Défense.

    Car si sortir de l’OTAN est une intention louable, rétablir le service militaire est en revanche un contresens qui, de surcroît, a pu lui aliéner le suffrage des premiers intéressés. De plus, les chefs d’état-major ne demandent pas d’augmenter les effectifs. Ils veulent des soldats volontaires, qualifiés, polyvalents et donc des professionnels engagés sur plusieurs années. Revenus à la vie civile, ces « jeunes vétérans » sont des ambassadeurs plus enthousiastes que des conscrits déçus par un service médiocre.

    Les besoins actuels ne justifient pas l’appoint de 400 000 hommes… et femmes (?). Sur une classe d’âge de 700 000 personnes, l’armée française incorporait en effet près de 200 000 hommes. Ils ont été remplacés par 100 000 soldats professionnels, mieux payés, mieux entraînés et moins nombreux, si bien qu’on a pu se passer de l’élite diplômée des « aspis » du contingent.

    Rétablir le service militaire imposerait de retrouver des infrastructures qui n’existent plus et de recruter des cadres pour la formation initiale. Avec les coûts d’entraînement, la facture dépasserait les 10 milliards d’euros, proche du budget d’équipement de nos armées, pour un effet militaire très faible.

    Il est vrai que la formule, bien utilisée, avait ses mérites : brassage social dans un cadre structurant, endurcissement, goût de l’effort, solidarité, patriotisme. Elle profitait surtout aux moins favorisés, ce qui explique son retour en grâce actuel. Mais l’armée française, modernisée, n’en a plus ni les moyens ni les structures. Pour tenir son rang, elle doit consacrer 40% du budget à son équipement.

    Lui confier une mission sociale et pédagogique étrangère à sa mission de défense est possible. Elle sait faire, mais c’est une décision politique qu’il faudra payer cher.
    On peut répondre à moindres frais à ces justes préoccupations sociales. Il suffit de rétablir dans ses droits et ses protections la famille naturelle et de favoriser une nouvelle école qui instruise, au service de familles qui éduquent.

    Les 100 milliards engloutis tous les ans par le mammouth totalitaire de l’éducation nationale, mieux utilisés, devrait y suffire amplement sans que le coût d’une telle opération repose entièrement sur la Défense dont ce n’est pas la mission première.  

     

    Collectif de spécialistes des questions de Défense

    Politique magazine - Janvier 2017

  • Le général Pierre de Villiers veut une augmentation du budget des Armées : nous aussi !

     

    Mur-bleu gds.jpgMais pas dans la même proportion. Le général demande une augmentation progressive jusqu'à 2%, alors que, nous, nous ne cessons de demander que le budget de la Défense retrouve son niveau de 1960, soit un budget de 4% du PIB : 1% pour chacune des trois Armes, et 1% pour le nucléaire.

    thCANJFBZ4.jpgCependant, le fait que le plus haut gradé de l'Armée française ose prendre la parole publiquement sur le sujet, et pour demander une augmentation des crédits militaires est, en soi, une bonne chose, et une initiative à soutenir. D'autant plus qu'un autre général, Vincent Desportes, a immédiatement apporté son soutien aux propos de Pierre de Villiers.

    Ecoutez les 7 minutes de cet entretien entre le général Vincent Desportes et un journaliste de France info. Nous ne partageons pas du tout l'opinion du général sur l'Europe de la Défense, qu'il exprime dans les toutes dernières secondes de cette intervention, mais tout le reste est très « bon à prendre » et permettra à ceux qui ne sont pas très au fait des choses militaires d'avoir une image plus précise des - tristes - réalités ; et du sort lamentable que le Système réserve à nos soldats, dont la compétence, le bon esprit et le dévouement ne sont plus à signaler... 

    Lire et écouter ...

    Le général Vincent Desportes soutient le général Pierre de Villiers

  • Défense : Amateurisme et professionnalisme

     

    par Mathieu Épinay

    La loi de finances 2017 retiendra-t-elle les leçons des erreurs politiques passées ?

     

    En 2008, la France réintégrait le commandement militaire de l’Otan. François Fillon explique aujourd’hui que « l’idée était de rassurer nos alliés afin de faire avancer la défense européenne. Cela n’a pas fonctionné car nos partenaires n’ont pas bougé d’un iota… »

    On reste abasourdi par tant de désinvolture et d’amateurisme qui ont conduit à cette faute politique que partagent également Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Hubert Védrine.

    La préparation de la loi de finance 2017 ramène heureusement à plus d’intelligence et de professionnalisme grâce aux regards lucides du délégué général pour l’armement (DGA) et des chefs d’état-major. Ces derniers, soucieux, à juste raison, que la masse salariale ne mange pas les crédits d’équipement, ne courent pas après les effectifs : l’amiral Prasuck veut ainsi « privilégier une marine de compétences à une marine d’effectifs ».

    Là où il fallait jadis cinq cents marins pour armer le Colbert, il n’en faut aujourd’hui plus que cent pour une frégate moderne aux capacités bien supérieures. Mais la marine a besoin des compétences rares. Six cents atomiciens sont nécessaires pour les douze réacteurs nucléaires des sous-marins et du porte-avions.

    Le général Bosser, patron de l’armée de terre affiche lui aussi « une ambition assez faible en matière d’effectifs ». La moitié des 77 000 jeunes soldats de la force opérationnelle terrestre passent 5 mois par an en OPEX. Célibataires à 70%, ils acceptent bien cette surchauffe. En métropole, « Sentinelle » a été repensé : les troupes ne sont plus statiques aux ordres de la police mais dynamiques aux ordres de leurs chefs de corps. Le dispositif, plus efficace, passe ainsi de 10 000 à sept mille hommes.

    Le projet de loi prévoit 33 milliards pour la Défense, soit 1,77% du PIB avec le voeu pieux de remonter ce pourcentage à 2% d’ici 2020. L’inflexion positive de la loi de programmation après trente ans de baisse et les succès à l’exportation de notre industrie d’armement suggèrent un optimisme que le DGA tempère : sur les 10 milliards d’équipements prévus en 2016 pour nos armées, le gouvernement en a gelé 2. Le report de charge en 2017 pourrait atteindre trois milliards, soit 30% du budget d’équipement subrepticement effacés !

    Pourtant, au-delà de l’indispensable modernisation de la dissuasion nucléaire, les besoins ne manquent pas. Malgré des performances tactiques exceptionnelles en Afrique, les onze premiers Airbus militaires A 400 M sont paralysés par des pannes moteur.

    On paie, vingt ans plus tard, le partage industriel de leur développement entre quatre nations européennes. Après cinq échecs successifs de coopération sur un drone européen « longue endurance », une nouvelle tentative est lancée en limitant cette fois le nombre des partenaires. En attendant, les drones Reaper achetés à Washington rendent bien service en Afrique. L’Europe de la défense ? Une aubaine pour l’industrie américaine !

    Certains se sont émus du remplacement des vieux FAMAS par le fusil d’assaut allemand HK 416 ? C’est un excellent choix : une arme performante en acier « made in France », déjà adoptée avec enthousiasme par nos forces spéciales. En retour, l’Allemagne achète à la France des satellites espions pour un montant global bien plus élevé !

    SC_HF30042016_DCNSBARRAC.jpgDe son côté, la Marine modernise intelligemment sa flotte de surface et commande les nouveaux sous-marins Barracuda. Par contre, rien n’est dit du sort de ses 46 Rafale pendant les 2 ans de carénage du porte-avions. Ce bateau reste d’ailleurs la seule variable d’ajustement capacitaire du prochain gouvernement.  

    Repris du numéro de décembre 2016 de Politique magazine : à commander ici !

     

  • Le remaniement ? A minima, comme tout ce que fait François Hollande...

     

    Mur-bleu gds.jpgQuel rapport y a-t-il entre Jacqueline Sauvage et le remaniement ministériel qui vient d'avoir lieu ? Aucun, sauf celui-ci, qui va à l'essentiel : c'est de l'a minima, tout à fait dans la ligne de la personne et de l'action du capitaine de pédalo qui, pour le plus grand malheur de la France, est encore aux commandes du pays pour cinq mois. Grâce partielle pour Jacqueline Sauvage (ce qui ne sert à rien), remaniement partiel pour le gouvernement, ce qui ne sert à rien non plus : on est dans le replâtrage d'urgence, dans le bidouillage en catastrophe, dans la motion de synthèse type du PS qu'affectionne tant notre « sous-préfet aux champs » de semble-président !

    Il y a une chose, pourtant, qui ne nous a pas échappé : la non promotion de Jean-Yves Le Drian. Il faut dire que les liens entre les deux hommes appartiennent, maintenant, au passé...

    Très proches, et amis de longue date, c'est chez Jean-Yves Le Drian que François Hollande, candidat à la primaire du PS, avait tenu son premier meeting en 2009. Et lors de son élection à la tête de la région Bretagne, François Hollande, pourtant opposé au cumul des mandats, l'avait autorisé à conserver son poste au gouvernement. Et, même si Le Drian avait clairement, une ou deux fois, parlé en bien de Manuel Valls, l'entente entre les deux hommes restait intacte.

    Mais tout a changé avec la parution de l'absurde livre/bombe Un président ne devrait pas dire ça : Jean-Yves Le Drian n'a vraiment pas, mais alors pas du tout apprécié les confidences faites à Fabrice Lhomme et Gérard Davet sur les « opérations homo », ces exécutions de terroristes qu'il a admis avoir autorisées. Ces informations sont classées secret-défense, et, à juste titre, « la Grande Muette » n’aime pas voir ces choses-là étalées au grand jour, son patron encore moins. Le climat s'est dégradée à un point tel que Le Drian a d'abord déclaré : « Si d'aventure le président de la République estimait ne pas devoir se présenter, alors à mon avis Manuel Valls serait naturellement… évidemment à ce moment-là, je pense, le mieux placé pour assurer cette fonction » ; puis, dimanche dernier, 4 décembre, soit deux jours avant le remaniement, il a surenchéri :

    « Quand on voit la manière dont la gauche ressemble à une bombe à fragmentation, tout s'éclate de partout, à un moment donné on voit bien qu'il faut une boussole. Est-ce que la boussole sera le président de la République sortant ? C'est à lui de le dire ». Ambiance !

    Nous laisserons le pays légal, en pleine déconfiture, s'auto-déchirer et s'autodétruire allègrement : ce ne sont pas là nos affaires, et tout le monde voit bien que tout cela n'est pas à la hauteur de ce dont la France a besoin. Et nous laisserons le pédalo en perdition achever pathétiquement ses derniers mois de dérive, avant un naufrage final qui a commencé, de fait, dès les débuts du quinquenium horribilis...

    Il y a juste une chose à dire, au milieu de tous ces remugles de marigot qui ne concernent ni la France ni ceux qui veulent sa grandeur et sa prospérité. C'est que Jean-Yves Le Drian a été, et reste, un bon ministre de la Défense, et, probablement, la seule personnalité vraiment valable de ce semble-gouvernement. N'étant pas sectaires, et prenant notre bien où nous le trouvons, nous sommes parfaitement capables de voir, au PS comme dans la gauche en général, et comme partout dans la classe politique, celles et ceux qui ont le sens du service de la France. 

    Nous avons plusieurs fois écrit, ici même, qu'un Hubert Védrine ferait un excellent ministre des Affaires étrangères du Roi de France. Eh, bien ! un Le Drian, lui, ferait un excellent ministre de la Défense du même Roi de France... 

  • Et si l'on profitait de l'élection de Trump pour en finir avec l'Otan ?

     

    Mur-bleu gds.jpgDonald - le cauchemar de la cléricature médiatique - vient juste d'annoncer la première mesure qu'il prendra, dès son entrée en fonction le 20 janvier : il retirera les Etats-Unis du Traité commercial Trans-Pacifique (TPP), signé en 2015 par douze pays de la région Asie-Pacifique, mais sans la Chine. À la place, il veut négocier des traités « bilatéraux ».

    Mais il a déjà parlé, aussi, des bases états-uniennes dans le monde entier, déclarant que les pays hôtes de ces bases devaient contribuer plus largement aux dépenses de ces dites bases, faute de quoi... il les fermerait ! « America first ! », en langue états-unienne, cela se dit aussi « My money first ! », comme le disait une autre grande personnalité anglo-saxonne, Margaret Thatcher...

    La visite illico - le jeudi 17 novembre ! - de Shinzo Abe auprès du nouveau « président élu » était à cet égard révélatrice de la frousse immense que ce propos avait provoqué, et de la servilité (ou de la dépendance, c'est tout un) de certains, à l'égard des Etats-Unis...

    Jusque-là, et s'il ne s'agissait que de cela, nous autres, Français et Européens ne serions pas concernés. Mais Donald a également étendu son propos iconoclaste à.… l'Otan, qu'il a qualifié - à juste titre - d’ « obsolète »  et contre laquelle il s'est littéralement déchaîné. Et, là, nous sommes directement concernés ; et la chose est d'importance, méritant que l'on s'y arrête.

    Donald s’est plaint également que les Etats-Unis investissaient « une part disproportionnée » d’argent dans l’OTAN par rapport à celle investie par les autres pays membres, et qu’il n’hésiterait pas à dissoudre l’alliance.

    « Nous les protégeons, nous leur apportons une protection militaire et bien d’autres choses encore, et ils arnaquent les Etats-Unis. Et, vous savez ce que nous faisons contre cela ? Rien », a-t-il par exemple déclaré lors de son meeting politique du 2 avril, dans le Wisconsin.

    Barack Obama avait, alors, évidemment protesté, car il est, lui, le maître du « chien » (l'Europe), qu'il tient solidement en laisse. Néanmoins, la position de Donald a été appuyée par beaucoup, notamment par un Justin Raimondo, écrivain et rédacteur en chef du site internet Antiwar, qui a noté qu’avec son idée « d’abandonner l’ancienne version de l’OTAN pour la remplacer par une sorte d’opération multilatérale anti-terroriste… Donald Trump met sur la table une question qui n’a pas été évoquée depuis l’époque de Bob Taft » (Bob Taft a été le gouverneur républicain de l'Etat de l'Ohio de 1999 à 2007).

    Et Bernie Sanders, candidat malheureux à l’investiture démocrate, s’est également plusieurs fois exprimé contre l'élargissement de l'OTAN en Europe, notamment aux frontières de la Russie, suggérant qu’une nouvelle coalition, qui inclurait la Russie et les pays de la Ligue arabe, devrait être créée pour faire face aux enjeux sécuritaires contemporains. 

    On sait, enfin, que Donald n'a jamais fait mystère de son désir de « parler » avec Poutine : en clair, de s'allier de fait avec lui, sur le terrain, contre le terrorisme islamiste et pour régler l'affaire syrienne et liquider DAECH. 

    François Fillon, non plus, n'a pas caché que, s'il était élu, lui aussi « parlerait » avec Poutine, afin d'éviter une « réconciliation USA-Russie par-dessus notre tête », ce qui achèverait définitivement de nous éliminer de la région. 

    On le voit : en se gardant bien sûr de tout optimisme excessif et de toute naïveté béate, des fenêtres de tir peuvent très bien s'ouvrir, très bientôt - à la fois en Europe et au Moyen-Orient, pour commencer - pour une diplomatie française qui ressusciterait de ses cendres, et qui retrouverait la place qui est la sienne, elle qui « manque » cruellement, aujourd'hui, à tout le monde, et partout... 

  • Histoire & Actualité • Aux armes, citoyens dentistes ! C’était écrit ...

     

    par Jérôme Leroy

    Si la réalité dépasse parfois la fiction, c'est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l'avenir. Cette chronique le prouve. Avec le talent, la plume, l'humour, l'érudition, la sagacité alerte de Jérôme Leroy. [Causeur, 11.11] Si la « littérature prévoit l'avenir », il arrive parfois - pour le meilleur ou pour le pire - qu'elle contribue à le former. Ainsi s'il advenait qu'un nouveau patriotisme « devienne dangereusement révolutionnaire ». S'il venait à l'idée de « la Garde nationale voulue par Hollande » de le chasser de Paris « et qu’il soit obligé de se réfugier à Versailles pour les derniers mois de son mandat. » Comme au temps de la Commune de Paris ... Et même, imaginons qu'il vienne à l'idée de ladite Garde Nationale, avec quelques autres, voire beaucoup d'autres, de retourner ses nouvelles armes contre les hommes du Système ? Contre le Système lui-même ? La littérature permet de rêver. Parfois, aussi, de faire l'Histoire. Ainsi, pour en finir avec les guerres des partis religieux, le Parti des Politiques, avait-il demandé en 1594 « un Roi qui donnera ordre à tout ». Ils l'exprimèrent dans la Satire Ménippée et ce fut le règne réparateur d'Henri IV.   Lafautearousseau     

     

    4141331940.jpg« La Garde nationale de Buchy était venue s’adjoindre au corps des pompiers, dont Binet était le capitaine. Il portait ce jour-là un col encore plus haut que de coutume, et, sanglé dans sa tunique, il avait le buste si roide et immobile que toute la partie vitale de sa personne semblait être descendue dans ses deux jambes, qui se levaient en cadence, à pas marqués, d’un seul mouvement. » Aurait-on déjà favorablement répondu dans nos cantons à la création de la Garde nationale qui « concourt, le cas échéant par la force des armes, à la défense de la patrie et à la sécurité de la population et du territoire » annoncée au Journal officiel du 14 octobre 2016 ? Non, puisqu’il s’agit ici d’une scène de Madame Bovary.

    L’appellation « Garde nationale » a en effet un genre très XIXe. On la croise chez un Balzac réfractaire à l’uniforme, arrêté à son domicile en 1836 par un « ignare dentiste » qui cumule son « affreuse profession » et « la fonction atroce de sergent major ». Balzac aurait pu avoir honte, surtout s’il avait pris connaissance de l’enthousiasme civique et connecté de Razzy Hammadi, député de Seine-Saint-Denis : « J’ai candidaté via mon smartphone. J’attends une réponse de la part de la réserve pour savoir où mon profil pourrait être utile. Tous les citoyens et citoyennes sont appelés à se mobiliser. » Flaubert, en revanche, est aussi bon patriote qu’Hammadi : il est prêt à rejoindre la Garde nationale après le désastre de 1870 comme il l’écrit à sa nièce Caroline : « Si le siège de Paris a lieu, je suis très résolu à ficher mon camp avec un fusil sur le dos. »

    gn-pleinevie.fr_.jpgCette idée-là me donne presque de la gaieté. À vrai dire, il n’en fera rien, à la différence de Jules Vallès qui, quelques mois plus tard, rejoint la Garde nationale parisienne qui avait pris fait et cause pour la Commune comme il l’écrit dans Le Cri du peuple : « Gardes nationaux de Paris, le monde vous regarde, et nous qui aimons la patrie et la République, nous vous acclamons ! Votre drapeau est vraiment aujourd’hui le clocher de la ville en deuil, autour duquel tous doivent se presser, sans regarder s’il y a au bout un lambeau de toile bleue ou un bonnet rouge. » La Garde nationale qui existait depuis la Révolution sera dissoute en 1871 suite à cet événement. C’est qu’il arrive parfois que le patriotisme devienne dangereusement révolutionnaire. Et il ne manquerait plus que la Garde nationale voulue par Hollande le chasse de Paris et qu’il soit obligé de se réfugier à Versailles pour les derniers mois de son mandat. 

    Jérôme Leroy
    Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur

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  • Sécurité et défense : sur une conférence du général Jean-Marie Faugère

     

    par PM 

    Quelles sont les perspectives de sécurité et de défense dans la France d’aujourd’hui ? Le 11 octobre dernier, le général d’armée (2s) Jean-Marie Faugère, ancien inspecteur général des armées, donnait une conférence aux « Mardis de Politique magazine ». En voici un résumé pris sur le vif.

     

    4146061327.jpg« La situation que connaît la France, à la suite des attentats de 2015 et 2016 était largement prévisible, car l’évolution de la jeunesse de nos banlieues travaillée par l’islam radical est connue depuis plus de vingt ans. On aurait pu au moins s’y préparer.

    Nous assistons au renoncement de l’Etat depuis trente-ans.

    Le monde politique ne travaille pas à son niveau, et délaisse ses responsabilités à une haute administration qui ne s’intéresse jamais aux finalités des choses, mais à leur simple gestion quotidienne, à échéances électorales. Nos responsables n’ont aucune vision tournée vers l’avenir et n’appuient leurs politiques, notamment en matière de défense et de sécurité,  sur aucunes études prospectives.

    Identifier l’ennemi

    Qui est l’ennemi aujourd’hui ? Laissons de côté, ici, la Russie dont on fait un épouvantail ; elle ne menace en rien nos sociétés européennes dans le court terme. De même, la Chine la Corée du Nord, un conflit indo-pakistanais laisseraient aux avant-postes les USA, bien avant de nous toucher. En revanche, sur notre pourtour européen, l’arc de crise islamiste est un péril qui monte et qui s’appelle l’islam radical. Voilà la vraie menace.

    Toute la politique de défense et de sécurité depuis la publication de Livres blancs – 1994, 2008 puis 2013 – est définie par les recommandations d’experts qui les rédigent sans porter, au sens juridique, la responsabilité de leurs erreurs d’analyse. Certes, le Président de la République avalise leurs propositions. Mais, ces exercices manquent de sincérité et, s’ils décrivent bien la menace, ils ne cessent de prôner, à contre-courant, des réductions d’effectifs, de crédits et de contrats opérationnels.

    Il fallait, dans l’urgence et l’incertitude une réponse militaire à un terrorisme trop vite qualifié de « militarisé » : voilà ce que l’on a argué alors que ce n’est pas foncièrement, sur le territoire national et à ce stade d’attentats, un problème qui réclame un traitement de la part des armées.

    Si, effectivement, on a affaire à un « ennemi de l’intérieur » – acception récusée par nos responsables politiques -, les auteurs individuels de ces actes restent des criminels de droit commun.

    Le continuum sécurité-défense

    La première réponse doit être celle des services de renseignement, des unités de police et de gendarmerie et, in fine, de la justice. Quand ces moyens sont dépassés, il est normal qu’on recoure à l’armée. Cependant, il n’y a pas, aujourd’hui, de cadre juridique associé à cet engagement ni de cadre d’emploi qui soit foncièrement différent de ceux de simples « super-vigiles ».

    Quand on engage l’armée sur le terrain, il faut lui désigner un ennemi clairement identifié. Sinon, on créé des ambiguïtés dans les missions, dans les rôles et dans les responsabilités d’intervention entre les forces de l’ordre et l’armée, car nous n’avons pas assez réfléchi au cadre juridique et à leur doctrine d’emploi respective.

    Quand vous regardez les professions de foi politiques sur les thèmes de défense, les candidats ne s’intéressent qu’à la politique des moyens sans aller plus loin dans la réflexion comme la finalité et le rôle de l’armée sur le terrain national en tant que dernier recours. Car, il faut penser à des scénarios plus extrêmes, désormais très crédibles où l’armée tiendrait un tel rôle.

    Quand vous êtes un militaire, vous ne pouvez pas dire qu’on peut se satisfaire de la situation. Sur le plan matériel, nous ne sommes pas à la hauteur d’une armée moderne.

    La notion de continuum sécurité-défense largement mise en avant dans les discours,  entretient la confusion chez nos concitoyens entre militaires (des armées) et forces de l’ordre, et l’on pense que le travail des uns peut devenir le travail des autres. Or, le fait de faire intervenir l’armée devrait marquer une rupture. Il y a une confusion des responsabilités. Il faut établir une vraie doctrine d’emploi.

    Quel rôle pour l’armée ?

    Que l’armée reste le dernier recours, et non un moyen pour combler les défaillances numériques des forces de l’ordre. Tout cela n’est pas très sain.

    Dans la perspective d’événements encore plus graves, les armées, sur le territoire national, ne peuvent pas être mises à disposition des préfets par voie de réquisition ou de demandes de concours, mais doivent être employées de façon centralisée par le commandement militaire sous l’autorité d’emploi du Premier ministre. On ne peut plus laisser les préfets donner des missions floues ou indéfinies.

    Dans cette lutte anti-terroriste, l’action de nos services de renseignement doit être améliorée. Face à un problème, la seule réponse de la haute-administration est, en général, de réorganiser. On n’est pas devant un problème d’organisation mais devant un besoin de faire évoluer l’état d’esprit des responsables des administrations : les hommes à la tête de ces organismes coopèrent mal et se croient trop souvent concurrents sur le terrain.

    Concernant l’armée de terre, sur 66 000 hommes projetables (en 2017, 77.000 h.) seuls les 20 régiments d’infanterie constituant 16 000 hommes sont adaptés à un engagement de type Sentinelle : entre les opérations extérieures et le territoire national, les vrais professionnels du combat sont donc déjà tous employés ! Voilà la situation des armées.

    On tient tout un discours sur la réserve et la garde nationale : le plan annoncé le 12 octobre dernier ne consiste en fait qu’à regrouper sous ce « label » les réservistes militaires de armées et de la gendarmerie et les réservistes civils de la police. Cette évolution plus médiatique que révolutionnaire a le grand mérite de préserver la réserve militaire au sein de l’armée et, semble-t-il de promouvoir de réels efforts en sa faveur ; reste à voir la doctrine d’emploi qui lui sera attribuée sur le territoire national et les moyens associés.

    Quant au rétablissement de la conscription, aucune administration n’est capable aujourd’hui d’incorporer 700 000 potentiels conscrits qui constituent désormais l’effectif d’une classe d’âge.

    Revenir à la source du problème

    Cela étant, au regard des grandes « boucheries » de l’histoire, au siècle dernier notamment, permises par le modèle de la conscription, il est assez sain de revenir aujourd’hui à des armées de métier si tant est qu’elles aient les moyens nécessaires à la protection de la nation et de la population.

    Il y a certes un problème de formation militaire pour nos élites et un service militaire pourrait s’avérer utile pour elles. Mais pour que le reste de la jeunesse apprenne à se lever le matin et à se raser, l’armée n’est pas la solution ; il ne fallait pas détruire les familles et démolir l’Éducation nationale : il faut revenir à la source du problème.

    Puisque nous sommes en guerre aujourd’hui, il faut passer à la vitesse supérieure dans le domaine des moyens. De la totalité de la dépense publique annuelle, l’État en dépense 3,1% pour l’armée et 57% pour les prestations à caractère social !

    Dans le domaine de la décision politique, avant de décider d’une intervention militaire par exemple, on pourrait définir un cercle d’experts – dont des militaires, les premiers concernés – pour éclairer les options à retenir par le Président de la République.

    Or, apparemment, ce dernier, pour se faire conseiller, ne fait pas appel à un expert de la zone d’opération concernée ! De même, il n’y a pas de Conseil de Sécurité à l’américaine pour donner de l’impulsion aux administrations gestionnaires et contrôler leur efficacité. » 

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  • La défense, une volonté politique

     

    par Jean-Marie Faugère 

    Dans un monde en mutation où les foyers de tensions se multiplient, les armées européennes se trouvent dans une situation de grande fragilité, comme elles le furent rarement dans leur histoire. à la France appartient le rôle historique de prendre l’initiative d’une restauration effective de nos capacités opérationnelles.

     

    Jean-Marie-Faugère-600x339.jpgL’actualité des engagements de nos armées, qu’elles soient déployées sur des théâtres extérieurs ou en intervention sur le sol métropolitain (opération Sentinelle), les soumet à une pression croissante dans l’exécution de missions toutes aussi différentes les unes que les autres. Pression qui ne saurait diminuer, sauf à considérer que la lutte contre l’état islamique trouverait un terme heureux auquel nul ne croit. Ou que le désordre mondial en expansion s’évanouirait miraculeusement !

    Nos forces militaires sont ainsi engagées dans un quotidien que les gouvernements successifs n’ont pas su, ou pas voulu, envisager. Pas plus qu’ils n’ont su, ou voulu, anticiper les crises à venir. Mais l’un était prévisible et les autres auraient dû faire l’objet d’une analyse prospective sans tabous. Car nos armées sont aujourd’hui contraintes de se préparer pour des crises, des guerres ou des affrontements jusque sur le sol national, qui leur demandent une adaptation permanente à un environnement de plus en plus hostile.

    Or, depuis vingt-cinq ans, un vent continu de réformes a affaibli, dans des proportions déraisonnables, non seulement leurs capacités opérationnelles et leur effectif, mais aussi leur fonctionnement quotidien – aussi bien dans la vie en garnison que dans la préparation opérationnelle.

    Restaurer nos capacités

    L’urgence est donc maintenant à la restauration de leurs capacités. Cette initiative, politique, sera-t-elle prise sous la pression des événements dramatiques qui nous ont touchés jusqu’au cœur de la cité ? Les quelques décisions présidentielles de 2015 pourraient le laisser penser. Il manque cependant ce véritable sursaut qui demanderait des efforts importants dans la durée, notamment budgétaires. Mais ce n’est visiblement pas encore une priorité gouvernementale.

    Car l’état islamique ne saurait représenter l’horizon indépassable des menaces à venir. Certes, il est aujourd’hui le principal défi lancé à nos armées. Mais, il serait irresponsable de ne pas envisager la question militaire à plus long terme, avec des échéances qui nous verraient contraints d’intervenir à l’extérieur de nos frontières. Sur celles de l’Union européenne par exemple, mais en Afrique plus sûrement et, pourquoi pas, au Proche-Orient si l’on veut traiter à la source les racines des conflits en gestation.

    Répétons-le : depuis vingt-cinq ans, les armées vivent au jour le jour. Elles naviguent à vue. Soumises aux pressions budgétaires, fruit de l’irénisme des « dividendes de la paix » et de la nécessité de réduire en partie sur leur dos les déficits publics, elles n’ont jamais été en mesure de stabiliser un modèle qui réponde aux nécessités du moment et qui n’obère pas le futur. Les Livres blancs sur la Défense se succèdent au rythme des changements de majorité. Mais les lois de programmation militaire ne sont jamais entièrement exécutées.

    La faute à des lois de finances toujours estropiées dans leur exécution : la Défense offre en effet de faciles variables d’ajustement au budget de l’état. Dans de telles conditions, il lui est impossible de mettre en œuvre une politique cohérente de ressources humaines et une planification stable de réalisation et de renouvellement d’équipements. Manquent, enfin, des procédures adaptées au besoin croissant de réactivité et de disponibilité dû à l’évolution rapide des nouvelles formes de combat et aux natures changeantes des missions.

    Le rôle de la France… et de son gouvernement

    A l’exception des Etats-Unis qui, contrairement aux discours convenus, peuvent se satisfaire de cette faiblesse européenne endémique, le monde occidental ne sait plus quoi défendre. Et encore moins pourquoi il faudrait qu’il réponde à cette obligation. à cet égard, l’état de nos armées n’est pas une singularité au sein d’une Europe qui néglige sa protection en s’en remettant à l’Alliance atlantique. Autrement dit, à un hypothétique retour américain en cas de nécessité.

    C’est bien pourquoi la prise de conscience doit être collective en Europe. Notre avenir commun, notre histoire et notre civilisation la réclament impérieusement. Mais il serait hasardeux d’attendre cette prise de conscience sans la provoquer. à condition que ses responsables cessent de n’avoir pour horizon que le court terme des échéances électorales, cela pourrait être le rôle – historique – de la France. Elle en possède les capacités. Par chance, plus que toutes autres en Europe, nos armées ont conservé, en dépit de leur dégradation, un large spectre de capacités opérationnelles, comme le prouvent la qualité de la tenue de nos troupes en opérations, leurs facultés d’adaptation aux modes d’action d’adversaires variés et leur aptitude à combattre sous toutes les latitudes.

    Les bases saines d’une restauration de capacités opérationnelles sont là. Mais, il ne faut pas méconnaitre qu’un appareil militaire se construit dans la durée : plus de vingt ans pour former des chefs, dix ans pour développer un programme d’armement et au moins autant pour le produire. Ces cycles longs ont besoin de stabilité. Stabilité des ressources financières, stabilité des hommes et des femmes qui encadrent les flux de soldats, marins et aviateurs qu’impose l’impératif de jeunesse des unités combattantes.

    Les mesures arrêtées en 2015 – arrêt de la déflation d’effectif, abondement budgétaire pour modeste qu’il soit, renforcement des capacités de renseignement et de lutte cybernétique – ne s’apparenteront à une politique de restauration de forces et de moyens pour les armées que si elles sont poursuivies – et amplifiées – dans les années qui viennent. Actuellement, le taux d’engagement sur les théâtres extérieurs et leur implication sur le sol national dans des tâches de sécurité – à contre-emploi, il faut le souligner – asphyxient chaque jour davantage les armées, et plus spécialement l’armée de terre, la plus sollicitée, au détriment de leur entraînement et de l’exécution de leurs vraies missions militaires.

    Ces questions de défense et de sécurité seront-elles sérieusement débattues lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2017 ? Nous serons bientôt fixés. Les candidats devront montrer à nos concitoyens que ces domaines, régaliens par essence, sont au cœur de la raison d’état. Il en va de l’avenir de notre Défense. Et on sait que la Constitution française confie pour cet exercice un rôle éminent au président de la République. 

    A noter que le général Faugère donne ce soir, à Paris,  une conférence sur ce même sujet dans le cadre des mardis de Politique magazine  [Voir plus loin] 

    Général d'armée (2s), ancien inspecteur général des armées, spécialiste de défense et de sécurité.

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  • Les Rafales décollent du Charles de Gaulle : notre budget militaire lui aussi doit décoller... à 4% !

     

    Mur-bleu gds.jpgC'est assurément un beau spectacle que de voir notre groupe aéronaval en action, nos Rafales qui décollent pour détruire l'ennemi, et tous ces militaires parfaitement préparés à remplir leur mission : pour la France, toujours et partout ! C'est rassurant, et cela procure une fierté légitime : malgré ce Système misérable qui nous déclasse inexorablement, la France - qui est décidément « une bonne affaire », comme disait Bainville - est bien la puissance qu'il est bon de voir s'affirmer avec une telle maîtrise, pour cette occasion en l'occurrence.

    Mais le pouvoir politique de ce Système mortifère ne donne pas assez de moyens à ces hommes et femmes admirables, qui vouent leur vie à la défense de la Patrie. Pire : les dépenses militaires n'ont cessé de baisser, ces dernières décennies... Pourtant, on trouve toujours des millions,  et des milliards, pour tout et n'importe quoi : loger à l'année de clandestins à l'hôtel; construire une inepties comme cette Canopée inutile aux Halles de Paris, qui bouche le ciel et la vue, et qui prend l'eau; construire des portiques pour une écotaxe qu'on supprime dans l'année... Mais pour l'armée : des miettes !

    En 1960, la France, devenant vraiment une grande puissance militaire - notamment nucléaire - dépensa 5,44% de son PIB pour la Défense : on dépasse à peine les 2% aujourd'hui !

    En 1966 le budget des Armées représentait 4,6 du PIB; en 81 (Mitterand...) : 2,97; en 2002 (Chirac) : 1,6; et en 2012 (Sarkozy) : 1,56 !... « On touche à l'os - écrit Zemmour, exprimant l'opinion de toute personne connaissant le sujet, toutes opinions politiques confondues  - Une baisse supplémentaire rendrait notre armée ridicule... Notre souveraineté n'existera plus quand on n'aura plus d'armée pour la défendre. »

    C'est donc à bon droit que l'on peut plaider pour un budget militaire à 4%, ce qui donnerait 1% à chaque Arme (Air, Terre, Mer) et 1% à la Force nucléaire.

    Et cet effort devrait être maintenu, pour remettre notre Armée en état, au moins pendant une décennie, pour commencer. Après, on avisera...

    Les dépenses militaires de nombreux pays - comme la Chine ou l'Inde, ont augmenté dans des proportions faramineuses; et la puissance militaire - in fine - est, fondamentalement, ce qui créé la puissance tout court, même si, évidemment, elle n'est pas le seul critère à prendre en compte, et que, bien entendu, elle ne peut qu'aller de pair avec la puissance économique... Mais la vraie question est : le Système veut-il sortir la France de l'Histoire ? En la privant des moyens nécessaires à son Indépendance et à sa Défense ? 

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  • Oser la Défense

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    Reprenant les propositions des ministres de la Défense allemand et français, M. Juncker, président de la Commission européenne, vient de souhaiter une Défense commune de l’Europe (état-major et ressources militaires communs, fonds d’investissement dans la recherche militaire). Ce nouveau projet de Défense européenne n’est pas sans rappeler la chimérique C.E.D. (Communauté Européenne de Défense), sorte de pilier européen de l’OTAN aux ordres des Etats-Unis, qui a fait long feu dans les années cinquante. Gageons que l’absence d’un pouvoir politique européen, donc d’une politique étrangère commune, devrait être fatale à ce nouvel « espoir ». 

    Quelques jours avant, lors de la récente Université d’été de la Défense, M. Valls s’est montré plus réaliste en affirmant que l’augmentation du budget de la Défense nationale de 1,7 à 2% du PIB, au plus tard en 2025 (selon les recommandations de l’OTAN) constitue un objectif souhaitable et atteignable. On ajoutera qu’il est vital, la Défense nationale étant garante de l’existence même de la nation. Le pouvoir politique, même de gauche, a ainsi fini par admettre que le sous-armement programmé depuis des lustres confine au désarmement, donnant raison au général de Villiers, chef d’état-major des armées pour qui nos forces sont surmenées et usées et leurs moyens matériels insuffisants. On ne peut donc que se féliciter du consensus que révèlent les propos de Mme Adam, présidente socialiste de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, et de son homologue au Sénat, l'ancien premier ministre M. Raffarin 

    Cependant, il conviendrait de ne plus opposer, pour choisir, force nucléaire et forces conventionnelles, et d’investir d’urgence dans les moyens de la guerre asymétrique qui nous menace jusque sur notre territoire. Par ailleurs, pourquoi ne pas être plus exigeant, plus ambitieux ? Pourquoi se caler sur le chiffre et le calendrier de l’OTAN ? Evidemment, un budget encore supérieur (2,5% ?) constituerait un très gros effort financier mais, outre qu’elle fait la guerre (c’est quand même M. Valls, Premier ministre, qui ne cesse de le répéter), la France pourrait y (re)trouver son compte dans d’autres domaines. 

    D’abord, et de façon à peu près certaine, dans le nerf de la guerre lui-même, c’est-à-dire l’argent. Un investissement « militaire » est un investissement souvent productif et rentable car susceptible de retombées industrielles civiles (ce fut le cas dans le domaine nucléaire) et de bénéfices commerciaux très importants (grâce à la vente d’armes sophistiquées). Ensuite, mais ici le conditionnel reste de mise, dans le domaine politique. Nul doute qu’existe un lien entre le recentrage stratégique des Etats-Unis sur la zone Pacifique et les propos de M. Juncker évoqués ci-dessus. Dès lors que l’Union elle-même n’est pas « crédible », la France a l’occasion, en privilégiant son budget Défense, de jouer sa propre carte et de se réaffirmer comme la grande puissance militaire continentale. Le bénéfice serait double au plan européen : rétablir l’équilibre avec une Allemagne forte d’abord de son économie; se montrer plus européenne qu’en s’engageant dans un vain processus de défense intégrée et cornaquée par une OTAN inféodée à Washington.  

    De l’armement comme facteur de prospérité et d’indépendance nationale, mais aussi comme brevet d’européanité… voilà qui ne plaira pas à tout le monde, mais qu’importe. 

  • Défense & Société • Décorations : plutôt victime que soldat

     

    par Jean-Michel Thouvenin

     

    La médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme est une décoration civile et militaire française créée par un décret du 12 juillet 2016.

    Peuvent y prétendre les Français tués, blessés ou séquestrés lors d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger, ainsi que les étrangers tués, blessés ou séquestrés lors d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger contre les intérêts de la République française.

    Si nous ne pouvons que saluer une démarche visant à rendre hommage aux victimes du terrorisme, nous sommes en droit de nous interroger en revanche sur le positionnement de cette médaille dans l’ordre protocolaire des décorations françaises. De fait, étant décernée par décret présidentiel, la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme se porte directement après l’Ordre National du Mérite (elle-même placée derrière l’Ordre de la Légion d’Honneur, l’Ordre de la Libération et la Médaille militaire), ce qui en fait la cinquième décoration dans l’ordre protocolaire.

    Ce positionnement la place donc également, et légalement, avant les croix de guerre et celle de la valeur militaire, qui récompensent, quant à elles, l’octroi d’une citation pour conduite exceptionnelle ou action d’éclat au feu. Elle est naturellement aussi placée bien avant la médaille des blessés militaires…

    C’est là que le bât blesse. Car si les victimes du terrorisme ont droit à toute notre sollicitude, elles ne peuvent en revanche se réclamer d’aucun volontariat dans la lutte contre l’ennemi, et moins encore d’acte de bravoure dans un contexte de guerre. On peut reconnaître une victime, l’assurer de la compassion de la nation, on peut l’indemniser le cas échéant, mais on ne saurait la récompenser.

    Une récompense est faite pour saluer et sanctionner une action volontaire qui a nécessité du courage, de la détermination, de la bravoure. Une victime passive, n’ayant pas été en mesure d’entreprendre quoi ce soit pour lutter contre l’adversaire, ne saurait répondre à ces critères. Il n’y a donc pas lieu de confondre hommage et récompense, respect et mise à l’honneur, compassion et déférence. Il convient de hiérarchiser le mérite, la circonstance des blessures, l’engagement volontaire, avec justice et discernement.

    Mais les dessinateurs trotskistes et obscènes de Charlie Hebdo, qui n’avaient cessé de vomir sur des institutions telles la police, l’armée ou l’Eglise, se sont vu octroyer la Légion d’Honneur à titre posthume, alors que des milliers de combattants, héros ignorés des derniers conflits, n’ont eu droit à aucune reconnaissance de leur vivant, et n’ont été cités que dans l’anonymat des cérémonies du souvenir.

    Partant de ce triste constat, le choix du positionnement de la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme, décision fleurant un léger parfum de démagogie, n’étonnera plus personne. 

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