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Immigration - Insécurité - Anti racisme

  • Daech au sein de la police française ? Une cellule spéciale pour surveiller les policiers soupçonnés de radicalisation

    Certains sont fichés au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste) © FRED TANNEAU/AFP

     

    L'information qui suit, émanant du Figaro, a été largement diffusée hier après-midi, sur la toile. S'il est un domaine où le principe de précaution devrait s'imposer, drastiquement sans trop de réserves et de circonlocutions, c'est bien celui dont il est question ici. Le risque d'entrisme d'islamistes radicalisés au sein de la Police Nationale est extrêmement grave et sérieux. Un tel entrisme nous paraît, en effet, plus que plausible, tant il ressort d'une élémentaire stratégie.  LFAR

     

    AAnEnU.pngUne trentaine de policiers sont actuellement dans le collimateur de la police des polices, selon plusieurs médias. Une dizaine d'entre eux sont soupçonnés d'être en lien avec la mouvance islamiste.

    Militaires, surveillants de prison, agents privés de sécurité... On le sait, les métiers les plus sensibles n'échappent pas au risque de radicalisation. Il en va de même pour les policiers. Selon le Canard enchaîné, ils seraient « une trentaine » à faire l'objet d'une attention particulière. Une « cellule spéciale » de l'IGPN (la police des polices), créée en 2016, est chargée de les surveiller de près. Il s'agit aussi d'aider les chefs de service à identifier « les pratiques religieuses des agents qui sont incompatibles avec l'exercice de leur mission » ou qui « heurtent le principe de neutralité et de laïcité du service public », tout en respectant le droit des fonctionnaires d'exercer leur religion, expliquait une source policière à 20 minutes fin septembre.

    Le profil des agents suivis est varié : sur les trente fonctionnaires suspectés, une vingtaine d'entre eux présentent une « pratique religieuse un peu dérangeante » et une petite dizaine se trouvent en contact avec des réseaux salafistes identifiés. Toujours selon 20 Minutes, certains sont même fichés au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), outil créé en 2015 qui recense les individus radicalisés religieusement. En août dernier, ce fichier affichait 18.550 signalements. Mais aucun policier ne fait l'objet d'une fiche « S » ou aurait « des contacts avec des groupes terroristes », note 20 Minutes. 

    Surveillé pour avoir mangé halal

    Ces surveillances doivent être déclenchées sur la base de « signes avérés et manifeste de radicalisation ». Pour autant, dans la pratique, il n'est pas toujours aisé de cerner les profils véritablement inquiétants. Comme le souligne Le Canard Enchaîné, certains policiers ont peut-être été « un peu vite » catalogués, à l'image de cet agent qui mangeait halal ou de cet élève gardien qui s'est amusé à crier « Allah Akbar » devant ses camarades de classe...

    Au gouvernement, le sujet est pris très au sérieux. « Il faut pouvoir muter et radier un fonctionnaire radicalisé », déclarait le ministre de l'Intérieur dans une interview accordée début septembre au Parisien. « Jusqu'ici, quand nous découvrons qu'un agent s'est radicalisé, nos marges de manœuvre sont très faibles », justifiait-il. « On peut retirer l'accès à un site nucléaire pour un salarié sur lequel pèsent de tels soupçons. Paradoxalement, cela s'avère plus difficile avec les fonctionnaires et militaires les plus engagés dans le domaine de la sécurité ». 

    Une mesure dans le projet de loi antiterroriste

    Pour faciliter les prises de sanction, le gouvernement a déposé début septembre un amendement dans le cadre du projet de loi antiterroriste, qui doit de nouveau être examiné à l'Assemblée nationale ce mercredi soir. Cette mesure permet de muter, voire de radier les fonctionnaires chargés de missions de sécurité, si une enquête administrative conclut à leur radicalisation. Seront concernés les policiers, gendarmes, militaires, douaniers et le personnel pénitentiaire. Cette disposition introduit un changement notable: « Auparavant, l'enquête avait lieu en amont de la prise de poste. Avec cette mesure, en cas de doute ou de soupçons sur un agent, l'enquête pourra avoir lieu au cours de la carrière du fonctionnaire », nous dit une source au Palais Bourbon.

    En cas de radiation ou de perte d'emploi, l'intéressé pourra déposer un recours. Dès lors, « il appartiendra à l'autorité de police qui a conduit l'enquête administrative d'apporter au juge tous les éléments permettant de justifier du bien-fondé de la conclusion de cette enquête », a précisé lundi, en commission mixte paritiaire, le sénateur Philippe Bas, rapporteur au Sénat.

    Le phénomène n'est pas nouveau. Entre 2012 et 2015, 17 policiers radicalisés avaient été recencés dans les rangs de la police de proximité de l'agglomération parisienne, rapportait Le Parisien l'année dernière. Il s'agissait généralement de « transgressions au principe de laïcité ». Ce sont souvent « des fonctionnaires assez jeunes, entrés en tant qu'adjoints de sécurité à la fin des années 2000 et qui ont ensuite réussi le concours interne. Ils sont désormais policiers à part entière, gardiens de la paix ou brigadiers », expliquait l'article, tout en nuançant les faits : le parquet antiterroriste n'a jamais été saisi d'aucune procédure impliquant des policiers. Pour autant, certains ont été condamnés pour des faits de droit commun.  •

    * Où sont passés nos espions ? Eric Pelletier et Christophe Dubois, aux éditions Albin Michel.

  • Guerre civile ou décomposition nationale et civilisationnelle ?

     

    Par  Mathieu Bock-Côté

    Cette tribune de Mathieu Bock-Côté [Figarovox 6.10], dit une fois de plus l'essentiel, après l'attentat de la gare Saint-Charles à Marseille. Cette même « peur de la dissolution de la patrie » qui surgit « des profondeurs de la cité » est bien celle qui étreint et mobilise nombre d'entre nous.  LFAR

     

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    S'ils sont nombreux à avouer quelques réserves devant la référence à la guerre civile lorsqu'ils évoquent la situation de la France contemporaine, c'est que ce concept est traditionnellement associé à la division intime d'un pays entre deux clans où des familles se déchirent, où des parents voient leurs enfants se déchirer, où des frères se prennent mutuellement pour cibles. Ce n'est pas vraiment la situation présente de la France, pour peu qu'on ne la réduise pas à une entité juridique artificielle et désincarnée. 

    Les tensions qui se multiplient mettent moins en scène un peuple divisé dans ses profondeurs historiques qu'un pays bouleversé par une immigration massive et victime de fragmentation identitaire, où se sont multipliés les territoires se dérobant à la communauté nationale, dans lesquels l'islam radical parvient à s'implanter, le terrorisme n'en représentant qu'une facette parmi d'autres. Dans Rue Jean-Pierre Timbaud, Géraldine Smith a bien illustré de quelle manière la conquête islamiste s'avance en plein Paris. Le même phénomène se reproduit partout dans le pays.

    Ce n'est pas sans raison qu'en l'espace de quelques années, ceux qui parlaient des territoires perdus de la république en sont venus à parler des territoires perdus de la France. Des pans du pays se dérobent à la souveraineté française, à la culture française, aux mœurs françaises. Il faut néanmoins nommer cette dynamique de partition territoriale et résister au relativisme ambiant qui invite à la dédramatiser. On se désole avec raison de l'avènement d'une France soumise, pour emprunter la formule d'un récent ouvrage. Mais on peine à trouver le terme adéquat pour décrire une crise qui fait surgir des profondeurs de la cité la peur de la dissolution de la patrie.

    Il y a toujours quelque chose d'étonnant à voir les élites d'un pays travailler très fort à nier ce qui lui arrive, comme s'il fallait plaquer un écran sur le réel, pour prévenir une éventuelle révolte du commun des mortels. Ne s'agit-il pas, d'abord et avant toute chose, de ne jamais faire le jeu du Front national, quitte, s'il le faut, et comme nous y invitent certains philosophes, à dissimuler la part du réel qui pourrait alimenter sa progression ? On peut y voir la mécanique propre à l'idéologie qui mobilise le langage non plus pour décrire le monde mais pour le voiler. Notre époque n'est pas sans évoquer, à certains moments, un tableau orwellien. L'intelligence se retourne contre elle-même.

    Il n'en demeure pas moins que les événements de Marseille nous obligent à penser plus radicalement le surgissement de la violence la plus barbare au cœur de la cité. On a beaucoup vu circuler sur les médias sociaux la photo des deux jeunes victimes. N'y voyons pas qu'un symptôme du triomphe de l'émotion et de l'image. Alors qu'on en vient presque à s'habituer aux attentats en précisant chaque fois mécaniquement le nombre des victimes, le visage souriant des victimes ensuite poignardées et égorgées peut encore bouleverser les âmes, désensibilisées par les carnages à répétition.

    Une chose est certaine, c'est que les Français sont en droit de se sentir assiégés. Reprenons la formule litigieuse: c'est peut-être une forme de guerre civile au jour le jour. La sécurité du commun des mortels n'est plus garantie et tous savent, d'une certaine manière, que la violence peut surgir n'importe où, de n'importe quelle manière, et frapper indistinctement ceux qui sont en uniformes et ceux qui ne le sont pas. Dans l'œil des islamistes, tous les Français, et pourrait-on dire plus largement, tous les Occidentaux peuvent indistinctement servir de cibles. C'est qu'ils sont engagés dans une guerre totale où conséquemment, tout est permis.

    L'islamisme excite les passions morbides et offre le fanion nécessaire à ceux qui veulent entrer en guerre contre la France. Il magnifie certaines pulsions nihilistes et peut ainsi assurer aisément le passage de la délinquance au terrorisme, comme on le constate de plus en plus souvent. Le djihad n'est pas une illusion occidentale. On rappellera aussi, puisqu'il faut encore le faire, que l'islamisme ne se réduit pas à la seule question du terrorisme. Il cherche aussi, de différentes manières, à occuper l'espace public et à soumettre la vie française à des mœurs qui lui sont étrangères. Plusieurs capitulent au nom de la tolérance.

    C'est une guerre que le monde occidental peine encore à nommer, étrangement. On applaudit lorsqu'un leader politique ose nommer l'islamisme, sans se rendre compte qu'on se contente alors de célébrer le droit de nommer des évidences. C'est un peu comme si le simple fait de mentionner le réel sans le filtrer par le politiquement correct avait quelque chose de scandaleux. Il faut dire que du point de vue de la gauche médiatique, il s'agit effectivement d'un scandale. Elle est prête à se bander les yeux pour ne pas voir que le multiculturalisme mène au désastre.

    Le réel ne passera pas : tel pourrait être son slogan. De même, si une information perce dans le débat public en empruntant le canal de la presse qui se prétend alternative, on l'entourera de la plus grande suspicion, comme si l'essentiel n'était pas de savoir si elle était ou vraie, mais de savoir qui la rapportait et pour quelle raison. On ne vérifie pas la crédibilité de la source, on s'intéresse plutôt à sa conformité idéologique. Comment ne pas voir là un exaspérant sectarisme idéologique ? Quiconque conserve la mémoire du XXe siècle n'en sera pourtant pas surpris.

    Il est de plus en plus difficile de se le cacher : une partie naturellement minoritaire mais néanmoins significative de la population des banlieues carbure à la haine antifrançaise. La mouvance des Indigènes de la République est ouvertement en lutte contre la France. Les immigrés seraient victimes d'une forme de colonialisme intérieur et la France abuserait de ses privilèges en rappelant que la civilisation française n'est pas optionnelle chez elle. C'est ce que certains appellent le racisme d'État à la française.

    Lorsqu'on trouve une mouvance qui milite ouvertement pour déboulonner les statues d'une figure historique comme Colbert, on comprend jusqu'où peut aller le rejet de la nation. Il s'agit en fait de criminaliser la mémoire de la nation pour ensuite justifier son éradication. On devine que ce zèle destructeur ne s'arrêtera pas là. On dépècera morceau par morceau l'héritage historique français pour qu'il n'en reste plus rien. Sans surprise, une nation dépossédée de son identité verra ses ressorts existentiels rompus et son instinct de survie inhibée.

    À gauche de la gauche, on en vient presque à faire preuve de complicité avec l'islamisme en refusant systématiquement de le nommer, comme si le simple fait de mentionner les problèmes spécifiques à l'islam et à l'immigration musulmane relevait de la stigmatisation et d'une logique discriminatoire. Danièle Obono, de la France insoumise, semble se spécialiser dans ce créneau. On n'oubliera pas qu'il lui semblait plus aisée de dire Nique la France que Vive la France. Le slogan « pas d'amalgame » contribue à l'imposition d'un débat public de plus en plus abrutissant et déréalisé.

    On en revient à l'attentat de Marseille. Il est facile et probablement nécessaire de blâmer les autorités pour leur négligence dans les circonstances. Mais il faut aller au-delà des critiques politiciennes qui cherchent un coupable à désigner à la vindicte publique pour prendre le problème avec plus de hauteur. Ce qu'il faut critiquer plus profondément, c'est une mutation en profondeur de la démocratie occidentale qui s'est laissée enfermer dans le carcan de la judiciarisation du pouvoir, qui le condamne à une impuissance de plus en plus définitive. Le droit-de-l'hommisme conjugué au multiculturalisme empêche finalement à la nation d'assurer la protection de ses membres.

    On me pardonnera une question simplette : comment se fait-il qu'on tolère sur le territoire national des clandestins multirécidivistes? On pourrait élargir la question: comment la France en est-elle venue, au fil du temps, à normaliser et à banaliser la présence massive de clandestins sur son territoire, comme s'il ne s'agissait pas d'une violation de la souveraineté nationale et des règles élémentaires de l'hospitalité qui veut qu'on n'impose pas sa présence chez autrui sans en demander la permission. Mais le simple rappel de cette évidence peut vous valoir la pire étiquette.

    À vouloir réduire la poussée migratoire des dernières années à une simple crise humanitaire, on en est venus à s'aveugler devant ses inévitables conséquences catastrophiques. On s'égosillera comme on veut en répétant que la diversité est une richesse et qu'il faut s'ouvrir à toutes les différences mais cela ne changera rien au fait qu'une mutation démographique aussi brutale et d'aussi grande ampleur peut provoquer le déclin du pays qui la subit ainsi que des convulsions sociales et identitaires de plus en plus radicales.

    L'antiracisme nord-américain a son slogan : no one is illegal. Personne n'est illégal. On en comprend la signification : il faut abolir progressivement, et un jour totalement, la différence entre les nationaux et les étrangers, entre ceux qui sont citoyens et ceux qui ne le sont pas. Il n'y a plus, dans cet esprit, de peuples et de civilisations. Il n'y a que des populations interchangeables : aucune d'entre elle n'est en droit de se croire maître chez elle. Le droit des peuples à demeurer eux-mêmes est assimilé à un repli identitaire propre à l'émergence de toutes les phobies.

    On revient à l'essentiel: il n'y a pas de bonne politique sans bon diagnostic. Dans cet esprit, il faudrait moins parler de guerre civile que d'un processus de décomposition nationale et civilisationnelle que les autorités ont décidé d'accompagner et de modérer, sans prétendre le combattre et le renverser, comme s'il était inéluctable. L'appel au redressement qui s'est fait entendre depuis quelques années ne relevait pas du fantasme réactionnaire. On voit mal, toutefois, qui est prêt à l'entendre et à le traduire en politique de civilisation.   

    Mathieu Bock-Côté

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle : aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016) et de Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).

  • Philippe Bilger : « Marseille: une négligence professionnelle de la préfecture du Rhône »

     

    Par   

    L‘attentat de dimanche aurait pu être évité si le tueur n'avait été relâché par la préfecture du Rhône, estime Philippe Bilger. [Figarovox, 4.10]. Il plaide pour un renforcement des contrôles professionnels et arrêter de croire que les lois nouvelles remplaceront les actes. Il plaide surtout pour que la France retrouve le simple courage ! LFAR

     

    547261786.jpgSentinelle a heureusement évité à Marseille, en tuant l'assassin, d'autres victimes que les deux malheureuses jeunes femmes. Qui pourrait discuter l'utilité de cette force de surveillance, de vigilance et de riposte ? 

    Qui pourrait douter de la nécessité de voter au plus vite le projet de loi antiterroriste qui ajoute des armes à l'état de droit en maintenant celui-ci à la pointe extrême de ce qu'une démocratie peut se permettre d'accepter ?

    Si je confirme mon adhésion à cette présence militaire si efficace en l'occurrence et aux futures dispositions législatives qui sont attendues par le peuple français - son approbation vaut bien la contestation des universitaires et des juristes qui les récusent -, cela tient à un sentiment que j'ai éprouvé régulièrement face aux crimes terroristes.

    Depuis l'affaire Merah jusqu'à toutes celles qui ont endeuillé, au fil du temps, la France, l'Etat s'est immédiatement et spontanément projeté, après chaque désastre, dans des inventions législatives.

    Parce qu'il y croit et qu'il espère d'elles une plus grande sûreté et une répression plus rigoureuse contre les assassins. Et qu'il éprouve le besoin légitime de répondre à l'attente explicite des citoyens.

    On n'a pas à se moquer de ce prurit venant poser sur le chagrin collectif comme une consolation vigoureuse et mieux armée pour demain.

    Il n'empêche que la France abuse de la pratique législative qui vise à faire croire en certaines circonstances qu'on agit, que la loi peut devenir un substitut au véritable accomplissement.

    En amont de chaque processus criminel, si on voulait bien analyser dans le détail en n'ayant pas peur de pointer les responsabilités et les défaillances, on s'apercevrait qu'à chaque fois des comportements humains, professionnels, techniques n'ont pas été à la hauteur de ce qu'ils auraient dû inscrire dans la quotidienneté. Dans la chaîne de l'excellence, un maillon a sauté et tout s'est délité. Et, en définitive, le paroxysme de l'horreur est atteint.

    Il n'est pas une de ces terrifiantes affaires où à sa source on n'ait pas été confronté à une incurie, une négligence, une coordination lacunaire ou absente.

    Pour le double crime de Marseille, la police pourrait à Lyon être questionnée sur ce plan mais surtout la préfecture du Rhône qui n'a pas permis que la rétention du tueur puisse être édictée le samedi 30 septembre. Ce qui aurait empêché la double monstruosité sur laquelle on verse des larmes et des torrents d'indignation.

    Mais au risque de choquer, le pouvoir politique a moins peur en France de faire voter des lois que d'exercer un redoutable contrôle professionnel sur tous ceux qui à un moment ou à un autre ont failli et donc, sans le savoir, fait surgir le pire.

    Il convient de perdre l'habitude de pourfendre des abstractions pour n'être pas obligé de sanctionner des coupables. Adopter une telle démarche reviendrait à changer d'esprit, de méthode et de courage.

    Les massacres ne sont pas forcément facilités par de mauvaises lois. Mais, le plus souvent, par des hommes ou des femmes qui ont fait dévier, par insuffisance, incompétence, légèreté, le cours de notre destin collectif vers l'innommable.

    Rien de ce qui est proprement humain n'est étranger à la sauvagerie, à cette saleté du terrorisme.

    Il faudrait être doublement sans faiblesse.

    Pas dans le même registre évidemment.   

    XVMe46fa484-a8dc-11e7-8c3b-0492b00cca53-77x120.jpgMagistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, Philippe Bilger a été plus de vingt ans avocat général à la Cour d'Assises de Paris. Auteur de très nombreux ouvrages, il tient le blog Justice au singulier et a dernièrement publié Moi, Emmanuel Macron, je me dis... (éd. du Cerf, 2017).

  • L'attentat de Marseille, malheureusement, n'en est qu'un de plus !

     

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgQue dire de l'attentat de Marseille, que nos lecteurs ne sachent déjà, qui n'ait été vu et revu sur toutes les chaînes d'info en continu ? Tout le monde, aujourd'hui sait - ou croit savoir - tout sur tout, tout de suite ! Inutile d'en rajouter.

    Qu'exprimer alors d'important qui ne l'ait déjà été ici ? Nous n'aimons pas tellement les redites logorrhéiques qui ne servent à rien sinon à passer sa colère, son exaltation indignée, son horreur, rafale de points d'exclamation à l'appui. Les sentiments que nous venons de dire, nous les connaissons tous ; ils ne servent pas le Pays au niveau qui convient. En tout cas pas avec le sérieux voulu. Les forces de l'ordre font leur travail avec courage et en grande part avec efficacité. Ce sont elles qui en courent les risques - les plus élevés. Et les assassins ressortent de leurs actions rarement vivants. Comme si, à leur encontre, une sorte de peine de mort, d'exécution immédiate, avait été tacitement et heureusement rétablie.  Nul ne s'en étonne ni ne s'en indigne. Comme jamais, « nécessité fait loi » ! Les militaires de l'opération Sentinelle ont encore abattu le forcené d'hier, Gare Saint-Charles, à Marseille. Ils ont fait ce qu'il y avait à faire. Deux passantes sont mortes qui ne font que s'ajouter à la longue liste des victimes des fous de l'Islam.  Se taire, s'incliner...

    Mais pourquoi ces victimes, celles de Paris, de Nice, de Toulouse, de Levallois-Perret ... hier de Marseille ? A raison de quelles causes, de quelle politique, puisque c'est de cela qu'il s'agit ? Et de quelles responsabilités ? Telle est la vraie question. Depuis les attentats de janvier 2015, il y a presque trois ans, rien de fondamental ne s'est ajouté. Les choses ont continué : les flux migratoires - comme avant et  - comme il était prévisible - les attentats, en France et dans toute l'Europe. Ne s'est ajoutée que la vague supplémentaire des migrants réfugiés, ou prétendus tels. Folie supplémentaire elle aussi, sous le Haut Patronage européen d'Angela Merkel.

    Pourquoi ces victimes ? A raison, à cause de quoi, de qui ? Nous avons répondu à cette question dès janvier 2015 - le 8 - et, après trois ans, nous ne voyons pas grand chose à y changer. Il nous semble avoir, alors, vu et dit l'essentiel.

    Le voici :

    « Quand on laisse entrer chez soi, en un laps de temps relativement court, des millions d’immigrés venus d’un autre continent, nés d’une civilisation radicalement différente, guidés par les mirages d’un niveau de vie que leur misère originelle rend terriblement attrayants et qui n’ont que peu de sens et de respect de ce que sont les mœurs, les lois, les traditions du pays où ils arrivent, quand on en a soi-même largement perdu l’amour et la pratique, il n’y a pas de quoi être étonnés des troubles et des violences qui se produisent inéluctablement. C’est la première réflexion qui nous vient à l’esprit après les événements tragiques d’hier, à Paris. Il y a longtemps, ici, en effet, que nous mettons en garde contre la politique d’immigration de la France, devenue plus périlleuse encore du fait de la crise économique et du laxisme de nos gouvernants. Du fait, aussi, d’un certain nombre de nos erreurs - de graves erreurs - en matière de politique étrangère. Il y a longtemps que nous signalons à quel point notre République vit sur une poudrière et qu’il peut arriver un temps où le travail de nos services de sécurité ne suffira plus à empêcher la multiplication des violences et des attentats. Ce temps est peut-être arrivé et il ne faut pas manquer d’en rechercher les causes, d’en marquer les responsabilités. Certes, tous les musulmans de France ne sont pas des terroristes. Loin de là. Nombre d’entre eux sont probablement en voie d’intégration. Et le réalisme devrait conduire, si nous en sommes capables, à les y aider, à les y encourager. Mais les risques de l’immigration massive demeurent ; elle est un terreau porteur de terribles dangers. Et, en tout cas, tous les terroristes qui menacent aujourd’hui la France le font au nom de l’Islam. »

    Tout esprit censé comprendra qu'il s'agirait aujourd'hui de mettre en place une politique inverse de celle qui a été menée jusqu'ici en matière d'immigration. Et en bien d'autres domaines corrélés, encore : famille, Education, culture, médias. Etc. En bref, il s'agirait en tous domaines essentiels, selon la formule maurrassienne, de « renverser la mécanique de nos malheurs ». •  Lafautearousseau

  • Recherche des causes ... Parmi les principales, les plus effectives ...

  • Où Simone Weil pointe l'une des maladies les plus dangereuses de l'âme et des sociétés humaines ...

     

    « L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine… Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines. » 

     

    Simone Weil

    L'Enracinement - Prélude à une  déclaration des devoirs envers l'être humain, Gallimard (Folio)

  • Ephéméride du 23 septembre

    Inauguration du TGV le 23 septembre 1981

     

    1793 : La République n'a pas besoin de rhinocéros ! 

    Victime collatérale de la Révolution (!), le Rhinocéros de la Ménagerie de Versailles est tué par un sans-culotte : la République, qui n’avait déjà pas besoin de savants (voir l'éphéméride du 16 février, sur l'exécution de Lavoisier), n’avait - semble-t-il - pas besoin, non plus, d’animaux exotiques !... :

    «…le rhinocéros mourut à Versailles d’une pointe de sabre qui pénétra dans la poitrine, le matin du 2 vendémiaire de l’an II de la République (23 septembre 1793)…»  

     Le rhinocéros de Louis XV 

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_1983_num_36_3_1943  

    Pourtant , pendant 22 ans, ce  « rhinocéros de Louis XV » avait fait la gloire de la Ménagerie royale… :  

    http://www.lexpress.fr/culture/art/versailles-ramene-sa-science_933952.html

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  • Immigration : Et si on appliquait les bons principes du roi Henri II ?

     

    Par Philippe Montillet

    « Et si on appliquait les bons principes du roi Henri II ? » C'est une proposition bienvenue. Nous y souscrivons tout à fait. De même qu'au rappel - qui est une invite - de « la sagesse des rois et leur sens du concret et des réalités ». [Boulevard Voltaire, 18.09]. Comprenne qui pourra, en effet !   LFAR

     

    158b0d29c04264bd2acfe68e126a4a70.jpegVoici un texte vieux de 450 ans du roi Henri II * qui, avec la fraîcheur de son style, demeure bien actuel !

    « Aux dits P. ** […], est venu le singulier désir qui leur croît de jour en jour de venir résider en cestuy notre royaume et amener leurs femmes et leurs familles, apporter leur argent et meubles…

    Savoir, faisons, que nous inclinant libéralement à la supplication et requête des dits P., comme gens desquels nous voyons le bon zèle et affection qu’ils ont de vivre sous notre obéissance, ainsi que nos autres Sujets, en bonne dévotion de s’employer pour notre service, et de la république de notre Royaume, la commodité de laquelle ils veulent aider de leurs biens, manufactures et industries : desorte que cela nous meut à les bien et gracieusement traiter  ***. »

    ​‌J’en tire trois conclusions.

    La question de l’accueil des immigrés n’est pas nouvelle. 

     Des règles de bon sens ont permis de fixer la conduite à tenir : le bon zèle mis par les nouveaux arrivants à vivre sous les lois du pays d’accueil ; leur souci de s’employer au bien commun du pays d’accueil ; leur volonté de mettre leurs talents au service de leur nouveau pays. En échange de ces actes de bonne conduite, les arrivants bénéficient de traitements gracieux. Près de cinq siècles après, en demandons-nous plus ?

     La sagesse des rois et leur sens du concret et des réalités seraient les bienvenus aujourd’hui…et demain.

    Comprenne qui pourra.   

    * Henri II, fils de François Ier (1519-1547-1559), en août 1550. 

    ** En l’occurrence, il s’agissait des Portugais, et plus spécialement des juifs portugais fraîchement convertis chassés de leur pays.

    *** Cité dans Les Frères Pereire, Jean Autin, Librairie académique Perrin, 1984, page 14  

  • Terrorisme • Londres, après Barcelone et Rotterdam

    Métro de Londres, après l'attentat

     

     Publié le 25 août  2017 - Réactualisé le 16 septembre 2017

    En deux mots.jpgAinsi de Barcelone à Rotterdam, en passant par Paris, de l'Espagne aux Pays-Bas, axe historique s'il en est, de Londres à Berlin, de Nice à Birmingham ou à Turku, sur la Baltique, dans la lointaine Finlande, se dessine aujourd'hui toute une cartographie de la nouvelle offensive de l'Islam contre l'Europe, sans plus laisser beaucoup d'espaces, de peuples, d'Etats,  à l'écart de la menace, à l'abri des objectifs et des coups islamistes ; sans plus laisser passer beaucoup de temps, non plus, d'un attentat à l'autre : ainsi l'Angleterre vit, en ce moment, au rythme d'un attentat par mois.

    C'est aujourd'hui le continent européen qui est globalement visé. L'Europe doit s'y résigner, l'admettre, en prendre conscience : une guerre lui a été déclarée, lui est menée, sans-doute d'un type nouveau à l'ère contemporaine, mais une guerre tout de même, dont le front n'est pas une ligne discernable, dont les combattants ne portent pas l'uniforme d'une armée régulière, sont dissimulés, mobiles, imprévisibles, et peuvent frapper n'importe où, n'importe qui. 

    Cette guerre, on le sait, peut durer longtemps, elle oppose des adversaires inégaux, les islamistes étant plus déterminés à nous agresser, nous vaincre et nous soumettre, que nous à les mettre hors d'état de nuire, plus sûrs de leur cause que nous de la nôtre. 

    Dans ce combat, malgré la disproportion des forces en présence - qui est bien-sûr en notre faveur : les terroristes ressortent rarement vivants de leurs entreprises, les forces de l'ordre les tuent presque à tout coup - notre faiblesse pour l'essentiel est de deux ordres : 

    1. L'extrême fragilité de notre « civilisation » de type postmoderne, déracinée, décervelée, déculturée, atomisée et au sens profond démoralisée, sans fierté, sans convictions, petites ou grandes. Et la liste n'est pas close. 

    2. L'extrême débilité de nos institutions politiques et des hommes qui les incarnent. (Ce qui inclut les femmes). 

    A de rares exceptions près, toutes à l'Est, cette constatation vaut pour l'ensemble de l'Europe, à commencer par le semble-couple franco-allemand. La chancelière Merkel - à qui l'on a attribué, y compris parmi nous, bien plus de qualités politiques qu'elle n'en a vraiment - l'a amplement démontré lorsqu'elle a appelé plus d'un million de migrants à entrer en Europe. A la vérité, la médiocrité des dirigeants européens fait presque pitié.

    Ainsi, nous ne comprendrons rien à la lutte antiterroriste, nous ne la mènerons pas efficacement, tant que nous ne nous rendrons pas compte que le mal est plus en nous qu'en nos assaillants ; tant que nous continuerons à vociférer stupidement en priorité contre l'islam sans nous apercevoir que le mal principal est d'abord en nous-mêmes. 

    Cette nécessaire autocritique, nous devons l'accomplir non pas comme une repentance vulgaire, au sens de la doxa, mais au contraire pour retrouver, revivifier, notre fond vrai. Celui qui nous vient de la lointaine Histoire française et européenne, car au delà de la hideuse caricature bruxelloise, l'Europe, aujourd'hui, se retrouve d'une certaine manière unie contre un danger commun, comme il lui est déjà arrivé de l'être, en d'autres temps, sinon pareils, du moins semblables.   

    Ce n'est pas une équation simple, mais elle est vraie : sans un retournement politique et social profond, qui remette en cause jusqu'à nos démocraties sous leur forme européenne actuelle et nos sociétés version postmoderne, nos chances de sortir, rapidement ou pas, vainqueurs des islamistes sont bien faibles et sans portée.  

     Retrouvez l'ensemble de ces chroniques en cliquant sur le lien suivant :

    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • François, pape philanthrope

     

    Par François Marcilhac 

     

    3466611312.jpgLe milliardaire et «  philanthrope  » George Soros semble avoir trouvé dans le pape François un concurrent redoutable en matière de surenchère immigrationniste. Car si les vingt et une mesures, qui peuvent être tirées du message papal publié le 21 août dernier, pour la journée mondiale du migrant et du réfugié du 14 janvier 2018, semblent pour un grand nombre d’entre elles démarquées du plan en six points que Soros, financier actif du village planétaire, a édicté en septembre 2015, toutefois, celui-ci semble plus raisonnable que le pape puisqu’il reconnaît tout de même que le placement des réfugiés doit s’effectuer non seulement «  là où ils le souhaitent  » mais également «  là où ils sont désirés  », et «  à un rythme adapté aux capacités européennes d’absorption  ». Foin de détails aussi bassement matérialistes pour le pape  : l’accueil des migrants et réfugiés ne doit prendre en compte ni les capacités économiques des pays hôtes, ou plutôt des pays cibles, ni leurs capacités culturelles d’absorption de masses humaines dont le mode de vie est souvent à l’opposé du nôtre. Qu’importe  ? Il s’agit d’«  accueillir, protéger, promouvoir et intégrer  » les migrants, par ailleurs non distingués des réfugiés, et qui, de ce fait, n’ont que des droits et aucun devoir, puisqu’ils incarneraient l’humanité souffrante.

    L’Action française et l’Église

    L’Action française n’a évidemment pas à se prononcer sur la compatibilité des propos du pape avec la théologie catholique. Mouvement laïque, accueillant en son sein pour leur seule qualité de citoyens des Français de toutes confessions et religions, ou simplement athées ou agnostiques, elle a néanmoins toujours observé que la physique politique qu’elle enseigne, et qui est conforme à l’ordre naturel, rejoint par cela même la doctrine sociale de l’Église. Sur ce point, elle ne fut jamais prise en défaut  : c’est pourquoi, si elle eut à subir, pour un temps, les foudres disciplinaires du Vatican, jamais elle ne fut condamnée sur le plan doctrinal. Maurras, lui-même agnostique, s’est toujours émerveillé de cet accord, du reste fondé dans le thomisme, entre les principes politiques, dégagés inductivement, et l’enseignement de l’Église. On est toutefois en droit de se demander si François ne méjuge pas sa qualité de pape pour celle de simple philanthrope en prenant ainsi fait et cause pour l’idéologie immigrationniste. Comme le remarque sur son site Metablog l’abbé de Tanoüarn, dans un article judicieusement intitulé «  Qu’est-ce qu’un Christ humanitaire  ?  »  : «  comme pasteur universel, la responsabilité du pape n’est pas “le développement humain intégral”, mais le salut des âmes  », ajoutant que la papauté moderne «  connaît la même tentation que la papauté médiévale d’Innocent III à Boniface VIII, cette confusion du spirituel et du temporel  », à savoir «  la même “temporalisation du royaume de Dieuque déplorait Jacques Maritain dans Le Paysan de la Garonne et la même volonté d’atteler le successeur de Pierre à un projet temporel universel, dont il serait la clé de voûte  ».

    Nous l’avions déjà observé pour l’Église de France en analysant, il y a juste un an, la calamiteuse lettre du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France «  aux habitants de notre pays  »  : la sécularisation du message évangélique fait le lit de l’idéologie mondialiste en faisant du village planétaire le village-témoin, ici-bas, de la Jérusalem céleste. Ne rajoutons pas aux malheurs du monde en appelant amour du prochain la compromission avec la fausse générosité de l’oligarchie internationale, qui favorise de dramatiques déplacements de population pour en finir avec les nations. Et «  de même que l’on ne doit pas confondre l’hospitalité et l’immigrationnisme, de même il ne faut pas confondre l’universalisme chrétien respectueux de chaque identité et le mondialisme qui les détruit  » (abbé de Tanoüarn, Minute du 30 août 2017). Ne pensons pas non plus révolutionner le cœur de l’homme en opposant, en lui, le chrétien au citoyen, via l’opposition de la «  centralité de la personne humaine  » et des devoirs de l’État  : prétendre que la sécurité personnelle passe avant la sécurité nationale n’a évidemment aucun sens.

    Pas de sécurité sans cadre politique

    Laurent Dandrieu n’a pas eu de mal à montrer qu’«  il n’existe aucune sécurité personnelle qui puisse exister en dehors de cadres politiques, juridiques et légaux qui en sont le rempart  »  ; «  par ailleurs, le principe de la centralité de la personne humaine oblige à considérer, aussi, que les citoyens des nations occidentales ont un droit évident à la sécurité nationale  » (Le Figaro du 22 août 2017). Ce que rappelle également le philosophe chrétien Rémi Brague, par ailleurs grand spécialiste de l’islam, qui ajoute que l’État doit «  empêcher que les migrants se conduisent, comme on dit, “comme en pays conquis”, qu’ils importent en Europe les conflits qui les opposaient entre eux  », précisant  : «  une parabole  », comme celle du bon Samaritain, «  s’adresse à “moi  »  ; «  elle m’invite à réfléchir sur ma propre personne singulière, ce qu’elle est, ce qu’elle doit faire  »  ; «  un État n’est pas une personne  » (Le Figaro du 1er septembre). Non pas opposition, mais différence d’ordre. C’est pourquoi, d’ailleurs, un État ne connaît que des ennemis publics (hostes) et les personnes privées des ennemis privés (inimici), dont, en bons chrétiens, elles doivent s’efforcer de pardonner les offenses. Mais en tant que citoyen, on doit aussi savoir combattre avec détermination les ennemis (hostes) de sa patrie, même si cela doit toujours se faire sans haine  : «  le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes  », rappelait Louis XV, le soir de Fontenoy  ; le «  sang impur  » est une notion républicaine  : elle n’est pas française.

    Ne jetons pas, enfin, aux orties l’identité pluriséculaire des sociétés européennes au profit d’un multiculturalisme qui provoque déjà chez nous ses effets multiconflictualistes. Il faudrait, selon le message papal, «  favoriser, dans tous les cas, la culture de la rencontre  »  : mais comment croire, sans un angélisme particulièrement aveugle, que favoriser une «  intégration  » opposée à l’assimilation, c’est se placer «  sur le plan des opportunités d’enrichissement interculturel général  »  ? Chaque jour nous apporte, en Europe, le témoignage du contraire. Non, tendre à une société multiculturelle généralisée ne rapprochera pas les hommes entre eux  ! Il fut un temps où le cardinal Bergoglio était plus lucide  : «  Qu’est-ce qui fait qu’un certain nombre de personnes forment un peuple  ? En premier lieu, une loi naturelle, et un héritage. En second lieu, un facteur psychologique  : l’homme se fait homme dans l’amour de ses semblables. […] Le “naturel” croît en “culturel”, en “éthique”. Et de là, en politique, dans le cadre de la patrie, qui “est ce qui donne l’identité”.  » (Cité in F. Rouvillois, La Clameur de la Terre, JC Godefroy, 2016, p. 65-66) Comme le rappelait Maurras dans Pour un jeune Français, la cohésion de la nation suppose qu’on s’accorde sur un bien vraiment commun à tous les citoyens. «  En d’autres termes, il faudra, là encore, quitter la dispute du Vrai et du Beau pour la connaissance de l’humble Bien positif. Car ce Bien ne sera pas l’absolu, mais celui du peuple français.  » Seul ce bien commun national qui, loin d’être contraire au bien humain, l’incarne, sera notre guide sur la question des prétendus «  migrants  » – concept idéologique dont la fonction est de cacher des réalités différentes pour mieux organiser la soumission des nations à un ordre supranational.  

    Paru dans l'Action Française 2000 du 7 Septembre 2017.

     

    A lire aussi dans Lafautearousseau ...

    En deux mots : Désolés, Saint-Père, nous ne sommes pas d'accord

  • Rémi Brague au Figaro : « Non, la parabole du bon Samaritain ne s'applique pas aux États ! »

     

    Cet entretien - réalisé par Eugénie Bastié - que Rémi Brague a donné au Figaro magazine a été mis en ligne le 1er septembre. Il prolonge utilement l'article de François Marcilhac qui précède et qui le cite, d'ailleurs. Nous-mêmes avions marqué notre désaccord avec les positions du pape François, dès le 23 août [Cf. Lien ci-dessous]. Un commentaire reçu sur Lafautearousseau devait dire simplement « Le pape empiète ». Oui, sur les prérogatives, droits et devoirs des Etats et même des citoyens en tant qu'ils participent d'une communauté, notamment nationale. Cet empiétement n'oblige personne.  Lafautearousseau.    

     

    XVMfb7f902c-8c11-11e7-b660-ef712dd9935a.jpgLe pape François milite pour un accueil massif de migrants, affirmant qu'il faut « faire passer la sécurité personnelle [des migrants] avant la sécurité nationale », et appelant à un accueil beaucoup plus large des migrants. Que vous inspirent ces propos ?

    « Accueillir » est un mot bien vague. Il dissimule mille difficultés très concrètes. Sauver des naufragés de la noyade est bien, mais ce n'est qu'un début. Encore faut-il se demander ce qui les a poussés à s'embarquer. Là-dessus, le pape dit beaucoup de choses sensées, par exemple que l'Occident a contribué à déstabiliser le Moyen-Orient. Ou que les migrants voient l'Europe comme un paradis qu'elle n'est pas. Ou que les passeurs qui leur font miroiter l'Eldorado s'enrichissent sur leur dos, etc. Il y a aussi des problèmes très pratiques: les nouveaux venus peuvent-ils être assimilés ? Ou au moins intégrés sans créer des ghettos où ils vivraient selon d'autres lois que celles des pays d'accueil ? Un exemple, qui m'a été donné récemment par une amie allemande qui s'occupe de former les immigrés et de leur trouver du travail : ceux qui ont été scolarisés dans leur pays parlent assez vite nos langues. Les autres ont du mal à fixer leur attention et ne comprennent pas l'intérêt d'apprendre. Ne seront-ils pas presque forcés de se replier sur leur communauté d'origine ? À l'extrême opposé, s'il s'agit d'importer des personnes qualifiées, médecins, ingénieurs, etc., avons-nous le droit de priver leur pays d'origine de compétences précieuses qui leur permettraient de se développer, ce qui, de plus, diminuerait l'envie d'émigrer ?

    La sécurité personnelle prime effectivement toutes les autres considérations. La garantir est le premier devoir de l'État. Mais cette sécurité concerne aussi bien les migrants que les populations déjà là. L'État a le devoir de faire en sorte que le respect soit réciproque. Il doit par exemple empêcher que les migrants se conduisent, comme on dit, « comme en pays conquis », qu'ils importent en Europe les conflits qui les opposaient entre eux. La sécurité nationale et celle des personnes, loin de s'opposer, vont ensemble ; la première est même la condition de la seconde.

    Est-ce qu'il vous semble que le pape François est en rupture avec ses prédécesseurs, notamment Benoît XVI ?

    Du temps de Benoît XVI, le problème ne se posait pas encore avec une telle acuité, et je ne sais pas s'il aurait jugé bon de se prononcer, encore moins ce qu'il aurait dit. D'une manière générale, la différence de formation et de style est suffisamment criante. Ce qu'il en est du fond est une autre histoire.

    Avez-vous le sentiment que le pape ne comprend pas l'angoisse identitaire des Européens ?

    Ce qui est sûr, c'est qu'il a une sensibilité de Latino-Américain, ce qui ne l'aide guère à comprendre les Européens. Dans son Argentine natale, l'immigration concernait avant tout des Italiens, à la religion identique et à la langue proche de celle des Espagnols qui étaient déjà là. Dans le cas qui nous occupe ici, c'est tout le contraire.

    Face à l'immigration, les catholiques sont souvent pris dans un dilemme entre l'exigence de charité et l'attachement à l'État-nation. Comment articuler l'universalisme chrétien et l'existence de frontières? L'État-nation a-t-il une justification théologique ?

    Est-il besoin de mobiliser la grosse artillerie théologique pour parler de toutes ces choses ? La philosophie n'y suffit-elle pas ? Ou même le simple bon sens ? L'État-nation est une forme de vie politique parmi d'autres dans l'histoire comme la tribu, la cité ou l'empire. Elle n'a pas les promesses de la vie éternelle, mais elle est la nôtre depuis la fin du Moyen Age, elle a fait ses preuves et je vois mal les autres ressusciter. Les frontières sont une bonne chose. Je ne puis vivre en paix avec mon voisin que si je sais où s'arrête mon jardin et où commence le sien. Cela dit, elles ne séparent que des entités politiques et juridiques. Elles n'arrêtent rien de ce qui relève de l'esprit et qui est « d'un autre ordre » : langue, culture, science, religion. L'universalisme, à savoir l'idée que tout homme, en deçà des différences de sexe, de statut social et de religion, est « mon prochain » et possède donc une valeur intrinsèque, est en effet une idée esquissée dans le stoïcisme et épanouie dans le christianisme. Elle ne va nullement de soi. Ainsi, au XIIe siècle, Maïmonide dit encore que porter secours à un païen qui se noie est interdit.

    Faut-il appliquer ici la parabole du « bon Samaritain » ?

    Il ne faut pas lire les paraboles naïvement. Elles ne nous disent pas ce que nous devrions faire, mais ce que Dieu fait pour nous. Dieu y est représenté sous la figure d'un roi, d'un père, d'un propriétaire, etc. Elles s'adressent à chacun de nous, personnellement. La question à poser est : quel personnage me représente, moi ? Quelle est ma place dans cette histoire ? Sans quoi, nous lisons bêtement des textes très subtils, et n'y voyons que du feu. Exemple : celle où le maître de la vigne verse le même salaire à ceux qui ont trimé toute la journée sous le soleil brûlant et aux derniers venus. Si nous regardons cette histoire du dehors, nous allons crier à l'injustice. Sans voir qu'elle est justement faite pour nous choquer et forcer à réfléchir. Et nous faire comprendre que les ouvriers de la onzième heure, mais c'est nous ! Par exemple nous, chrétiens, qui avons bénéficié de la grâce de l'Évangile sans la mériter, alors que le peuple de la Bible a dû subir les Égyptiens, les Amalécites, les Philistins, les Assyriens, etc. Ceux-ci lui ont infligé des massacres bien réels, alors que ceux qu'Israël aurait perpétrés sur les Cananéens sont de pure imagination. Dans la parabole du bon Samaritain, nous ne sommes pas le Samaritain. Présenter celui-ci comme le héros positif, comme le sauveteur, voire comme le sauveur, c'était une audace fantastique en milieu juif où l'on haïssait les Samaritains comme des impurs. S'imaginer que nous pourrions nous identifier au Samaritain et donc jouer le rôle de Dieu, c'est quand même un peu culotté ! En fait, nous sommes le blessé laissé pour mort. Dieu est descendu nous ramasser alors que nous étions en piteux état.

    Cette parabole doit-elle s'appliquer aux États ?

    Une parabole s'adresse à « moi ». Elle m'invite à réfléchir sur ma propre personne singulière, ce qu'elle est, ce qu'elle doit faire. Un État n'est pas une personne. Or, il y a des choses qui ne sont à la portée que des seules personnes. Par exemple, pardonner les offenses. Un État non seulement n'a pas la capacité de le faire, mais il n'en a pas le droit. Il a au contraire le devoir de punir et de ne laisser courir aucun coupable. En l'occurrence, c'est aux personnes, regroupées en associations, de s'occuper des malheureux. L'État doit se borner à donner un cadre juridique qui protège leurs initiatives. Cela peut aller jusqu'à les limiter si une présence trop nombreuse et mal préparée de nouveaux venus met en danger le pays d'accueil.   

    Rémi Brague est un philosophe français, spécialiste de la philosophie médiévale, arabe et juive. Membre de l'Institut de France, il est professeur émérite de l'université Panthéon-Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, notamment Europe, la voie romaine (Editions Criterion, 1992, réédition NRF, 1999), il a récemment publié Le Règne de l'homme. Genèse et échec du projet moderne (Gallimard, 2015) et Où va l'histoire? Entretiens avec Giulio Brotti  (Salvator, 2016).

  • Banaliser le voile ?

    Rachel Notley

     

    Par  Mathieu Bock-Côté

    Une tribune publiée hier dans le Journal de Montréal [5.09].

     

    501680460.5.jpg

    Il y a quelques jours, pour marquer l’Aïd al-Adha, une fête majeure pour les musulmans, la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a diffusé une vidéo où elle leur souhaitait les meilleurs vœux en se voilant.

    Ce n’était pas la première fois. En 2016, dans un contexte semblable, elle s’était aussi voilée. Sachant que Rachel Notley n’est pas musulmane, on doit donc conclure qu’elle a décidé de se déguiser en musulmane.

    Voile

    Manifestement, elle croit envoyer un signal d’inclusion aux musulmans en empruntant leurs symboles. 

    On peut voir la chose autrement. En se déguisant en musulmane, elle nous rappelle malgré elle le principe qui caractérise le multiculturalisme, c’est-à-dire l’inversion du devoir d’intégration. 

    Ce n’est plus à l’immigrant de s’adapter à la société d’accueil, mais à cette dernière de se transformer pour l’accommoder. On adoptera même ses symboles identitaires et religieux.

    C’est ce qu’on appelle de nos jours l’ouver­ture à l’autre. Ce terme masque souvent une incapacité de la société d’accueil à assumer sa propre culture, sa propre civilisation.

    Mais plus encore, Rachel Notley envoie un étrange message aux musulmanes.

    Doit-on comprendre, à la regarder, que les vraies musulmanes sont celles qui sont voilées ?

    On nous répète sans cesse que le voile est optionnel dans l’islam, qu’une femme est libre de le porter ou non. Alors si tel est le cas, pourquoi Rachel Notley se voile-t-elle ?

    Islamisme

    Pourquoi normalise-t-elle le voile islamique, qui demeure un symbole trouble ?

    Pourquoi reprendre la consigne des islamistes qui veulent imposer le voile comme un marqueur identitaire des musulmanes et comme le symbole de leur conquête de l’espace public ?

    Les islamistes ne risquent-ils pas de voir là un symbole de soumission ?

    Pourquoi ne pas soutenir les musulmanes qui, justement, veulent se délivrer de ce qui est souvent vu comme une marque d’oppression ?

    La générosité mal comprise peut faire faire des bêtises.   

    Mathieu Bock-Côté

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle : aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016) et de Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).

  • Merveilleux Maurras ! Il avait envisagé, il y a un siècle, le réveil de l'Islam avec le pressentiment d'une menace !

     

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgOn sait que la décision de construire la Mosquée de Paris, première mosquée construite en France métropolitaine, fut prise après la Première Guerre mondiale pour rendre hommage aux dizaines de milliers de morts de confession musulmane ayant combattu pour la France. Et manifester aux survivants la reconnaissance de leur sacrifice par le pays.

    Qu'en a dit Charles Maurras le 13 juillet 1926, lors de son inauguration ? Pas un mot contre l'idée même de rendre un hommage mérité, aux combattants musulmans de la Grande Guerre. A leur propos il parle des « nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ». Il n'y a pas chez Maurras de haine raciale. Ni de haine religieuse : il ne juge pas de l'Islam en soi. Mais il sait l'antagonisme des religions et des civilisations. Et sa culture historique autant que son jugement et son intuition politique l'amènent à pressentir et signaler un danger pour la France. Presque nul, alors. Présent et menaçant aujourd'hui sur notre sol même. Maurras ne dénonce pas l'hommage rendu aux combattants, ne critique même pas le fait de construire une mosquée à Paris. Avec mesure il écrit : « Nous venons de commettre le crime d’excès ». Son texte explicite en quoi consiste cet excès. Suit le pressentiment d'une menace : la crainte que nous ayons à payer un jour notre imprudence, en ce sens criminelle ; le souhait (Fasse le Ciel !) que les musulmans bénéficiaires de notre générosité « ne soient jamais grisés par leur sentiment de notre faiblesse. » Et nous y sommes.  LFAR         

     

    3436479833.png« Mais s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on puisse en douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l’Islam représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir... Nous venons de commettre le crime d’excès. Fasse le ciel que nous n’ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse. »

    Charles Maurras le 13 juillet 1926

  • Islamisme à l'école: après l'énième constat des territoires perdus, à quand la reconquête?

    « L'école est pourtant bien le seul lieu qui nous reste pour retisser le lien social » Barbara Lefevbre. 

     

    Par  

     

    Le témoignage du principal de collège Bernard Ravet a fait, il y a quelques jours, son petit effet dans certains médias qui ont semblé découvrir qu'il existât «des territoires perdus de la République». Un peu comme en janvier 2015 lorsque ces mêmes médias et l'opinion réalisèrent brutalement que la France abritait un foyer ardent de violence sanguinaire, nourri par une vision totalitaire de l'islam. Depuis que les autruches ont été contraintes de sortir la tête du sable, nous sommes soumis à leur lancinant lamento fait de «mais pourquoi nous ?» et autres «comment en sommes nous arrivés là ?» en passant par l'autodénigrement occidental systématique et son corollaire la victimisation du bourreau, soit par des arguments socioéconomiques ou plus récemment psychopathologiques, afin de mieux oublier l'effarement qui saisit les autruches devant le sort réservé aux innocentes victimes dans leurs rangs. Tout cela comme si rien n'avait été dit ou écrit depuis plus de deux décennies sur le sujet. Sur la menace que faisait peser l'islam politique, et le communautarisme qui lui sert de paravent pour développer sa clientèle et que nos dirigeants nationaux et locaux ont laissé se développer au nom du respect des différences, du multiculturalisme qui vire aujourd'hui au racialisme avec des colloques ouverts en fonction du taux de mélamine des participants.

    Le témoignage de Bernard Ravet est précieux et intéressant, toutefois le devoir de réserve invoqué pour ne pas avoir livré ce récit avant la retraite me paraît quelque peu surfait. Nous qui avons témoigné dès 2002 dans l'ouvrage Les territoires perdus de la République, n'avons en rien dérogé aux règles de discrétion imposées aux fonctionnaires en alertant sur les dérives institutionnelles observées et les menaces que l'islam politique représentait au sein de l'école. Son intrusion se manifestant par le port du hijab, des requêtes à caractère religieux insistantes pour l'alimentation, les contenus d'enseignement, le calendrier scolaire. Pour les trois auteurs qui ont témoigné sous leur nom en 2002, nous n'avons souffert d'aucune sanction, ni rétorsion de notre administration. Nous avions tout dit de l'absence de réaction de l'institution, de sa volonté d'étouffer nombre d'affaires «délicates». Qu'il s'agisse d'élève juif devant être changé en urgence d'établissement en cours d'année en raison des violences graves qu'il subissait, des filles de culture musulmane se plaignant en vain d'être harcelées verbalement et physiquement par des camarades autoproclamés agents du vice et de la vertu, d'élèves traqués parce qu'ils ne faisaient pas Ramadan auxquels la direction conseillait d'aller manger chez eux plutôt que garantir leur sécurité. À l'instar du surveillant fiché S dont Bernard Ravet dénonce l'activisme, j'ai moi-même raconté dans Les territoires perdus de la République comment deux surveillants diffusaient leur propagande islamiste au sein de mon collège dans les Hauts-de-Seine, tant auprès des élèves que de leurs collègues, l'un d'eux se servant de notre local d'histoire-géo pour prier. Nous étions au début des années 2000. J'ai raconté ces élèves contestant les cours, sans parler de l'antisémitisme violent qui régnait dans des établissements où plus aucun élève de confession juive n'était scolarisé. Rien de neuf sous le soleil. Hélas.

    On l'a vu après les attentats de janvier 2015, la situation n'a fait qu'empirer, en sourdine. Malgré les mesures prises par le ministère en 2003 sous Luc Ferry et Xavier Darcos. Malgré le rapport Obin de 2004, longtemps gardé dans les tiroirs du ministre Fillon peu intéressé à cette époque par ces questions, qui avait démontré que les témoignages dérangeants des Territoires perdus de la République n'avaient rien d'anecdotiques comme le prétendent encore aujourd'hui, en professionnels du déni du réel, ces idéologues qui traquent les «paniques identitaires».

    Je me permets de conseiller la lecture du rapport Obin aux journalistes qui découvrent, stupéfaits, le témoignage de Bernard Ravet. Depuis que cette situation délétère a été exposée et dénoncée, l'Education nationale a continué de travailler seule, à ne pas partager ses informations, ses constats, sur l'évolution tragique du tissu social et culturel français. Nous l'avions dit. Ils étaient dans nos classes dans les années 1990 et 2000 les Merah, Fofana, Coulibaly et tous les «déséquilibrés» venus à leur suite. Quand j'entends à présent les médias psychiatriser les terroristes islamistes, je reconnais bien là le réflexe de l'homo-struthio, une nouvelle espèce d'hominidés descendant de la famille des Struthionidés, trivialement appelés autruches. A croire que nous scolarisions des cohortes d'élèves atteints de maladies psychiques sans le savoir. La décompensation psychotique est pourtant un phénomène rarement discret ! J'ai vu en effet quelques élèves au profil agressif, à l'éducation familiale déstructurée violente à leur égard, qui mélangeaient dans un délire évident la religion et la haine, mais ils furent incontestablement moins nombreux que ceux qui articulaient tout cela de façon absolument raisonnée, alimentée par des idéologues extérieurs à l'école, et nourrissant une haine antijuive singulièrement obsessionnelle. Ces élèves sont toujours dans nos classes.

    A l'école de la République depuis trois décennies au moins, on a su très bien s'y prendre pour déraciner les savoirs et la culture, pas la haine. Elle a continué à croître en s'alimentant de tout ce qui était timidement mis en œuvre pour la contrer, mesures que les idéologues de l'islam politique et leurs idiots utiles taxèrent de racisme et autre «… phobie». On peut au moins se satisfaire de la loi de 2004. D'innombrables jeunes filles ont échappé à la main mise psychologique et physique de l'islam politique par l'interdiction du port de signes religieux à l'Ecole. La loi, puisqu'il fallut en arriver là en raison de l'inertie du ministre Jospin en 1989, aura permis d'éviter la propagation généralisée du sexisme islamique incarné par le hijab et aura ainsi limité la visibilité de l'islam wahhabite au moins dans l'espace scolaire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: marquer le corps de la fille d'un signe discriminatoire pour lui indiquer sa place, son rôle, la soustraire aux yeux de tous en lui faisant croire que cet effacement la glorifie et qu'elle l'a choisi. Relisons le Discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boétie datant de 1548.

    On ne le dira jamais assez: la vraie grande muette, c'est l'Education nationale. Demandez ce qu'il en est aux autres ministères ou collectivités territoriales, jusqu'aux préfectures, qui doivent travailler en partenariat avec les rectorats ou le ministère. Aucune transmission d'information, aucune volonté de partenariat suivi. Et quand l'Education nationale ne peut s'y soustraire, c'est bien souvent une seule réponse: «chez nous, pas de problème». La fameux «pas de vague». Je l'ai constaté lorsque j'ai été chargée de mission au Haut Conseil à l'Intégration pendant trois ans. Et le rapport sur «les défis de l'intégration à l'école» publié en janvier 2011 avait demandé à mes collègues bien du travail pour réussir à établir un état des lieux. Les 50 propositions de ce rapport ne furent suivies d'aucune mesure, pour cause avec l'élection de François Hollande en mai 2012, le HCI fut dissous, les problèmes qu'il soulevait avaient disparu par magie, aspirés par le rêve de la «grande nation pour une société inclusive» promu par le rapport Tuot. Nous voyons où nous en sommes.

    Que de temps perdu. Que de beaux principes invoqués en vain et instrumentalisés pour endormir les masses à qui l'on demande de «s'habituer» à la barbarie, à la haine, sauf à y répondre à coup de peluches! Que de salive et d'encre usées pour si peu de mesures concrètes, de résultats! La peur n'a toujours pas changé de camp. L'école est pourtant bien le seul lieu qui nous reste pour retisser le lien social. Ce lieu d'adhésion affective et raisonnée à l'identité commune dont le manque brise le cœur de tant et tant de Français. L'école est un si vaste chantier qu'on ne sait par où commencer: dévasté par le pédagogisme, le relativisme culturel, le consumérisme scolaire, le communautarisme. Pourtant, nous n'avons plus le choix. Les constats sont posés depuis vingt ans. L'école de la République doit être reconquise. Ni avec des peluches ou des minutes de silence. Nous l'avons encore montré par de nombreux témoignages dans Une France soumise, il existe une majorité de gens dans ce pays qui ne se résignent pas. On peut reconquérir l'Ecole, avec de l'audace et du courage, comme les Français en sont capables quand le moment du sursaut est venu, quand plus aucune autre alternative ne s'offre. Sinon la disparition de ce que nous sommes.  •

     

    XVM10109c1e-8f2f-11e7-8851-28a86c911c0f-93x150.jpgBarbara Lefebvre, professeur d'histoire-géographie, elle a publié notamment Élèves sous influence (éd. Audibert, 2005) et Comprendre les génocides du 20e siècle. Comparer - Enseigner  (éd. Bréal, 2007). Elle est co-auteur de Les Territoires perdus de la République (éd. Mille et une nuits, 2002).

     

     

  • Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [3]

    L'extension de l'empire Ottoman - Historique 

     

    Publié le 26.06.2009 - Actualisé (extraits) le 2.09.2017

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgIl s’agit ici - l'actualité nous y invite - de réfléchir, avec un certain recul et de façon, bien-sûr, non exhaustive, sur ce que sont, au fond, les rapports entre l'Islam et l'Europe (la Chrétienté, l'Occident) depuis treize siècles. Nous y avons déjà consacré deux articles [Voir liens ci-dessous]. Celui-ci est le troisième et avant-dernier.

     

    Voyons maintenant la deuxième invasion militaire d'une partie de l'Europe par l'Islam. Il ne s'agit plus là de Berbères d'Afrique du Nord, mais de Turcs, venus d'Asie centrale ; et l'attaque n'est plus par le sud-ouest, mais par le sud-est. 

    509283401.JPGDès 1353, la dynastie turque des Ottomans, fondée par Osman 1er, prit pied en Europe : c'est en effet cette année-là que, follement appelé à l'aide par l'usurpateur Jean Cantacuzène, et jouant pleinement des dissensions suicidaires des chrétiens de l'Empire byzantin, le successeur d'Osman fonda à Gallipoli le premier établissement turc en Europe. [Drapeau de la dynastie Ottomane (ci-contre) et de la flotte turque (ci-dessous)] 

    1153129601.JPGAvec Mourad 1er commença la conquête des Balkans, dès 1360. Maître d'Andrinople et de la Thrace, les Ottomans mirent en déroute sur la Maritsa la croisade de Louis 1er de Hongrie, en 1363, puis entreprirent la conquête de la Serbie. La victoire turque de Kosovo (juin 1389) fit passer les Serbes, après les Bulgares, sous le joug Ottoman. Ensuite eut lieu la conquête de la Thessalie, et les premières entreprises devant Constantinople elle-même. Un temps freiné dans leur expansion par l'arrivée sur leurs arrières de Tamerlan et de ses mongols, les Ottomans reprirent leur marche en avant, après le départ de Tamerlan, et conquirent Thessalonique en 1430. De l'Empire Romain d'Orient, il ne restait plus que Constantinople et sa banlieue : Mehmet II s'en empara en 1453, malgré l'héroïque résistance des défenseurs de la ville.    

    1399180821.jpgEcoutons Michel Mourre : » Jusque vers 1700, les Turcs devaient rester un danger permanent pour l'Europe chrétienne. Sous Mehmet II, ils poursuivirent leur avance dans toutes les directions. Vers l'Ouest, en s'emparant de la Bosnie (1463) et de l’Albanie, où Skanderbeg leur avait opposé une longue résistance ; du côté de la mer Noire, en enlevant la Crimée aux Génois (1475) ; du côté de l'Arménie, en liquidant l’Etat grec de Trébizonde (1461). L'une après l'autre, les places génoises et vénitiennes de la mer Egée et de la Morée [Péloponnèse], passaient aux mains des Ottomans, qui commençaient à mener la guerre à la fois sur mer et sur terre et s'installaient même à Otrante, en Italie du Sud (1480) ...»

    L'empire turc atteignit son apogée sous Soliman II le Magnifique, qui s'empara de Belgrade (1521), de Rhodes (1522) et fit passer presque toute la Hongrie sous son protectorat après la victoire de Mohacs (1526) et assiégea Vienne, pour la première fois, en 1529. » Au milieu du XVI° siècle -dit encore Michel Mourre- la Turquie était devenue la première puissance de l'Europe et de la Méditerranée» . Elle contrôlait, en Europe, toute la péninsule balkanique et la Grèce, les provinces danubiennes, la Transylvanie, la Hongrie orientale. 

    Ce n'est qu'à partir de 1571 - avec la victoire de Lépante (ci-dessous) - que l'on assiste au premier véritable coup d'arrêt donné au déferlement de cette puissance ottomane, qui semblait jusque-là irrésistible. A cette occasion, une coalition formée par le pape, et regroupant l'Espagne, Venise et les Chevaliers de Malte, sous le commandement de Don Juan d'Autriche, détruisit la flotte ottomane, qui ne se releva jamais de ce désastre. 1571 marque donc, d'une certaine façon, le réveil européen, et si cette victoire resta sans lendemain, et ne fut pas exploitée militairement, son retentissement moral fut considérable : elle «  rendit courage à l'Europe chrétienne»  (Michel Mourre). Et pourtant, pendant plus d'un siècle encore, les Turcs restèrent menaçants : ils enlevèrent encore la Crète et la Podolie (sud-ouest de l'Ukraine) et menacèrent Vienne jusqu'en 1683, date à laquelle ils furent contraints d'en lever le siège : la ville ne fut en effet définitivement libérée du danger musulman que cette année-là, grâce aux troupes polono-allemandes commandées par Jean Sobiewski.   

    A partir de là commença la lente reconquête par les européens de la partie de leur Europe envahie par les musulmans. Exactement comme l'avaient fait les espagnols près de mille ans auparavant. En septembre 1686, Buda est libérée, et la paix de Karlowitz restitua à l'Autriche, la Hongrie (sauf le Banat) et la Transylvanie ; à la Pologne, la Podolie ; à Venise, la Morée et la Dalmatie. Le Traité de Passarowitz (1718) restitua à l'Autriche le nord de la Bosnie et de la Serbie (avec Belgrade) ainsi que la Valachie occidentale [sud de la Roumanie].  (A suivre)  • 

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     7 octobre 1571, Lépante (http://www.publius-historicus.com/lepante.html)

    213 galères espagnoles et vénitiennes et quelques 300 vaisseaux turcs. Cent mille hommes combattent dans chaque camp. Les chrétiens remportent une victoire complète. Presque toutes les galères ennemies sont prises. L'amiral turc est fait prisonnier et décapité et 15.000 captifs chrétiens sont libérés. 

    Lire les 2 premiers articles de cette suite ...

    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [1]

    Histoire & Actualité • Regards sur les rapports Islam-Europe depuis treize siècles [2]