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Culture & Civilisation - Page 4

  • Musique • Un duo antidépresseur

     

    par Raphaël de Gislain
     

    La chanson est un art difficile et rares sont les artistes qui ne s’y ridiculisent pas. De Biolay à Vianney, on ne compte plus les sous-Gainsbourg et autres Adamo 2.0 qui recyclent des formules usées jusqu’à la corde. Loin des productions formatées, Lili Cros et Thierry Chazelle, unis à la ville comme à la scène, nous offrent avec Peau neuve un spectacle dont les chansons éblouissent comme un feu d’artifice.

    Entre la chanteuse au look d’Amélie Poulain vintage et son atypique guitariste, l’alchimie est totale et la magie contagieuse. La voix chaude et expressive de Lili Cros, aux accents tantôt lyriques, tantôt réalistes, se pose sans effort sur les dentelles de cordes de Thierry Chazelle, formé au conservatoire de Caen, qui passe avec une égale facilité de la guitare électrique à la mandoline, apprise pour l’occasion.

    Les styles se télescopent, offrant un dépaysant voyage au spectateur, de la chanson populaire à la Brassens à des boucles plus tribales, où Lili, qui s’accompagne à la basse, retrouve les rythmes de sa Côte d’Ivoire natale dans des moments de lâcher-prise et de chant pur.

    Les mélodies restent en tête et les textes sont d’une qualité rare, baignés de réalisme poétique, de fantaisie et d’émotion. On rit sur L’Homme de sa vie – l’histoire d’une fille qui fuit le grand amour à rebours des autres, comme l’on est touché par les lettres restées sans réponses, les soldats partis sans retour, les cieux brouillés du Havre ou le bonheur de vivre de Tout va bien.

    La mise en scène, avec ces jeux de lumières remarquablement inventifs, transporte le spectateur au cœur de l’univers de ce duo unique, donnant une identité artistique forte à la vingtaine de titres qu’ils interprètent, issus de leur trois albums déjà parus.

    En cette période de sinistrose, il serait dommage de se priver d’un tel spectacle, à la joie authentique et communicative. D’autant qu’après Paris, une grande tournée est prévue en province jusqu’à la fin de l’année ! 

    Peau neuve,
    de Lili Cros et Thierry Charelle, mise en scène de Fred Radix et François Pilon.

    Jusqu’au 28 février à Paris au Ciné 13 Théâtre, 1 avenue Junot, 75008.
    Dates et réservations à Paris et en province : http://liliplusthierry.com/

     

     

     
     
  • Les trente ans d'Erasmus : l'Europe comme on peut l'aimer... Mais, cardiaques cultivés s'abstenir !

     

    1903076588.10.jpgRécemment, nous avons salué le lancement - enfin ! -  du projet Galileo, représentant « l’Europe comme on l’aime ». On célèbre, en ce moment, les trente ans d'Erasmus, une autre réussite européenne à porter au crédit de cette « bonne » Europe, une Europe utile, qui sert aux échanges et au(x) progrès de l'ensemble de la population estudiantine du continent.

    A l'exact opposé de cette Europe bureau-technocratique, obèse et malfaisante du Parlement Européen et surtout de la Commission européenne, qui, elle, sans aucune légitimité, n'est rien d'autre qu'une entrave permanente et insupportable pour les nations historiques de la chère vieille Europe. 

    On sait peu que, justement, le projet Erasmus - qui, maintenant, n'est plus un projet, mais une belle réalité, en expansion constante - s'enracinait, en 1987, lorsqu'il fut lancé, dans l'histoire du continent, et dans ses racines intellectuelles et spirituelles. Et c'est pour cela que « ça a marché ».

    Il faut en effet remonter à 1303 et à la fondation de l'Université d'Avignon par le pape Boniface VIII pour trouver l'intuition première de ce qui ne devait se concrétiser que... sept siècles plus tard. Très peu de temps avant de mourir (des suites de son conflit avec Philippe le Bel et de « l’affaire d’Agnani ») le pape fonda l'Université d'Avignon, six ans à peine avant que son successeur, Clément V ne réinstalle la papauté à Rome.

    Boniface VIII voulait concurrencer la Sorbonne, jugée trop proche du pouvoir de son ennemi juré, le roi de France, Philippe le Bel. Les écoles qui existaient déjà (médecine, théologie, arts grammaticaux…) furent fédérées autour de quatre facultés et connurent très vite un grand développement, avec la présence des papes en Avignon : rivalisant avec les universités de Montpellier et Toulouse, l'Université toute récente accueillit 17.000 étudiants ! 

    En 1608, une jeune fille, venue de Barcelone, Juliana Morell y fut reçue Docteur en Lois, devenant ainsi la première femme docteur d'Europe.

    L'idée novatrice du Pape était que, pour obtenir ses diplômes, un étudiant devait avoir fréquenté sinon toutes, du moins les principales Universités européennes d'alors (Bologne, La Sorbonne, Oxford, Salamanque...).

    C'est cette intuition qui sera, en quelque sorte, à la base du projet d'échanges intereuropéen d'étudiants qui verra le jour, à la fin du XXe siècle, sous le nom de Projet Erasmus...

    Un projet, et une réussite, qui, soit dit en passant, confirment la fameuse phrase apocryphe prêtée à Jean Monnet, au sujet de l'Europe : » Si c’était à refaire, je commencerais par la culture «. 

    Pour terminer ce rapide coup de chapeau à l'une des belles réussites de l'Europe des peuples, des nations, des patries, un petit sourire - en ces temps si moroses, cela ne se refuse pas ! : Gilles Bouleau, dans son JT du 9 janvier (TF1-20heures), n'a pas craint d'appeler Erasme « philosophe des Lumières ». Il vaut mieux entendre cela que d'être sourd, non ? 

    Peu de temps auparavant, un journaliste de France info avait déclaré, non moins imperturbable, que « les Antilles faisaient partie de la République française depuis le XVIe siècle » : la Faculté de Médecine devra peut-être songer à interdire radio et télévision aux cardiaques cultivés !  

  • La Droite française ... qui n'a su lire ni Gramsci ni Michéa

     

    3578948983.jpgLa Droite ou ce qui en tient lieu ne s'est jamais réellement souciée de libérer l'Ecole, partant la jeunesse de France, de la tutelle jalouse, autoritaire, monopolistique, de la Gauche, voire de l'extrême-gauche, de l'idéologie qu'elle y impose et des désastreux pédagogistes.

    Ces puissances tutélaires extrêmement autoritaires, à la bolchevique, gouvernent l'Education nationale en quelque sorte de droit sous toutes nos républiques, y compris la Ve ; De Gaulle ne s'est pas intéressé à cette question, pas plus que ses successeurs se réclamant de son héritage.  L'on eut mai 68 et le long et inexorable déclin de l'Ecole française, jusqu'au désastre actuel.

    N'accusons pas la gauche d'y avoir jeté toutes ses forces : elle est là pour ça ;  elle met en pratique son idéologie qui n'est pas secrète. La Droite, à l'inverse, porte une terrible responsabilité dans cette affaire : elle a laissé faire ; elle a souvent poursuivi, repris à son compte la politique de la gauche la plus idéologique, elle y a prêté, de fait, son concours. Mauriac, en son temps, ce qui veut dire il y a bien longtemps, avait fait à De Gaulle, le reproche d'abandonner la jeunesse française à son triste sort, de la laisser en des mains destructrices.

    La Droite française - économiste plus que tout - s'est moquée des domaines de la culture : de l'Ecole, de l'Université, des artistes, des journalistes et des écrivains,  de l'idéologie. Elle n'a su lire ni Gramsci ni Michéa. Elle a tout abandonné à ses adversaires qui sont aussi, souvent ceux de la France.  Elle en récolte aujourd'hui les fruits amers, autant que ceux produits par sa propre inconduite.

    L'importance de ce sujet nous a amenés à en faire l'axe de nos publications d'aujourd'hui. Lafautearousseau   

  • Consternant, le slogan de "Paris J.O. 2024" en anglais : le Système, à la dérive, jette le français à la poubelle !

     

    Mur-bleu gds.jpg« La langue de la République est le français ». Cela, c'est ce que dit la Constitution de la Ve République, dans son Article 2. Mais les organisateurs de la candidature de Paris aux J.O. de 2024 ont, librement, choisi de rédiger leur slogan... en anglais !

    On pourrait se contenter d'un haussement d’épaules ; ou dire que cela n'a aucune importance ; ou s'étonner que ces organisateurs aient une si piètre opinion de la culture des anglo-saxons, qu'ils trouvent leurs capacités intellectuelles si limitées, pour penser que, s'ils veulent les atteindre, il faut leur traduire deux petits mots (« Venez partager ») ; on pourrait même dire que tout cela est offensant pour les anglo-saxons, au fond...

    Mais le message envoyé au monde par ce surprenant slogan nous renvoie aussi, et surtout, à une réalité et à une évolution assez attristante, et bien pire que tout cela... 

    A l'époque des rois, qui firent de la France la première puissance de la Terre, toutes les élites du monde parlaient naturellement français. Il n'était nul besoin d'inscrire dans quelque texte que ce fut que les gens cultivés devaient parler français. Les gens cultivés parlaient français parce que la France était, démographiquement, « la Chine de l’Europe », c'est-à-dire le pays le plus peuplé, et de très loin ; et aussi parce que le rayonnement intellectuel du pays, joint à sa richesse économique et à sa force militaire, « étonnait le monde », selon le joli mot de Jean Dutourd.

    228 ans après la catastrophique Révolution, et 141 ans après l'instauration - encore plus catastrophique - de la République idéologique, celle-ci a déclassé la France à un point tel ; elle a mis la France dans un tel état de ruine, en tous domaines, que celle-ci ne brille plus, n'attire plus, ne séduit plus. Si le soleil fut l'emblème de Louis XIV, l'éteignoir pourrait être celui de la république idéologique ! 

    « Eteignoir : Instrument en forme de cône creux, destiné à éteindre la flamme de la chandelle », nous disent les dictionnaires. C'est exactement cela, la France, après 142 ans de calamiteuse république idéologique : une bougie, une flamme, éteinte par le « cône creux » d'un Système creux, d'ailleurs lui-même à bout de souffle, épuisé, au bout du rouleau. Au bout du creux...

    L'abandon par le Système et par les pouvoirs publics eux-mêmes de la langue française, leur manque d'amour, de passion envers ce trésor que le monde entier continue d'admirer en fournit l'une des preuves les plus accablantes : le Système n'aura réussi, au bout d'un siècle et demi d'existence, qu'à voiler qu'a effacer le rayonnement de la France, et à faire même partager à des Français l'indifférence vis-à-vis de leur héritage, voire son rejet pur et simple.

    Ce qui est d'ailleurs logique, puisque le programme de la révolution idéologique est « du passé faisons table rase ! »

    C'est ce Système-là qu'il faut dénoncer sans discontinuer comme la cause de notre décadence stupéfiante ; et avec lui ce pays légal, corrompu jusqu'au trognon, qui épuise le Pays réel, entraînant notre Terre, sa Culture, sa Civilisation dans la spirale sans fin d'une décadence et d'un déclassement qui n'en finissent plus. 

     

  • « Je pense à vous ce soir, Ô morts de février »

     

    AUX MORTS DE FÉVRIER 

     

    Les derniers coups de feu continuent de briller

    Dans le jour indistinct où sont tombés les nôtres

    Sur onze ans de retard serai-je donc des vôtres

    Je pense à vous ce soir, Ô morts de février.  

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    Robert Brasillach, 5 février 1945

    (Poèmes de Fresnes, Minuit et demi, 1945)

     

    Sur le 6 février 34, lire aussi dans Lafautearousseau ...

    Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l'analyse de Maurice PUJO

    Maurras a-t-il vraiment « voulu » le roi ? La réponse de Pierre Boutang

     

  • Culture & Société • Luchini : « Péguy, Zola, Marx et moi... Des cimes de la littérature aux mornes plaines de la politique »

     

    Par Vincent Trémolet de Villers    

    ENTRETIEN - Fabrice Luchini pose sur notre époque [Figaro - 31.01] le regard ébahi d'un exilé dans son propre monde. Tout l'accable, tout l'amuse et, quand il joint aux bonheurs de l'esprit l'acuité du moraliste, notre langue retrouve, comme par miracle, sa pureté cristalline et son propos nous captive. Luchini est un membre éminent de la cohorte grandissante des antimodernes. Et cela n'est pas indifférent pour l'évolution des idées, des esprits de la France contemporaine en crise aigüe. Quant au sujet de son prochain spectacle qui tourne autour de l'argent, est-il utile d'en souligner l'actualité ?  LFAR  

    Est-ce du théâtre, un spectacle, une conversation ? C'est une forme unique : la sienne. Depuis vingt-cinq ans, Fabrice Luchini monte en scène avec pour seule troupe les ombres de nos grands écrivains. Elles lui tiennent compagnie pour une profonde et jubilatoire polyphonie. Poésie ? *, son spectacle construit autour du Bateau ivre, triomphe depuis deux ans et vient d'être récompensé par un Globe de cristal. Au Théâtre du Montparnasse, ils sont près de huit cents, chaque soir, à venir l'écouter dire Rimbaud, Labiche et Céline.

    À la fin du mois de mars, en parallèle de ce spectacle, il débute une lecture autour de l'argent. Péguy, Zola, Marx, Bruckner tracent le profil de l'âme humaine sur le revers d'une pièce de monnaie. Ce sera au Théâtre des Déchargeurs**. Nommé aux César (catégorie meilleur acteur) pour son rôle de bourgeois burlesque dans Ma loute, le film de Bruno Dumont, le comédien poursuit inlassablement son travail sur la puissance du verbe.

     

    Vous entamez à la fin du mois de mars une lecture de textes autour de l'argent. Pourquoi l’argent ?

    La crise des subprimes est à la base de cette lecture. C'était en 2008. J'étais totalement traumatisé par cette crise financière. Je regardais C dans l'air quatre fois par semaine : on nous disait que c'était la guerre, qu'on était en 1929. Dans ce désastre, on voyait apparaître les économistes. On ne les avait jamais vus avant. Depuis, ils sont devenus des stars sublimes : Élie Cohen, Philippe Dessertine, Christian Saint-Étienne, Michel Didier, Bernard Maris. Ils disaient des mots incompréhensibles : « Fonds toxiques », « effet dominos » … Je voulais comprendre.

    Êtes-vous parvenu à comprendre ?

    Pas vraiment. J'appelle Philippe Dessertine, je l'invite à déjeuner. C'était rue de l'Abbaye. Dessertine me dit : « Tout se joue ce week-end » puis, il ajoute : « Heureusement, on a Musca. » Musca ? Je lui demande qui est Musca. C'est un génie, me dit-il, le secrétaire général de l'Élysée, il vole entre Berlin, Londres, Hongkong. Hongkong ! Je le relance sur les fonds toxiques. Il me dit : « Prenons un exemple, la Société générale. » Je blêmis. Je lui demande pourquoi il choisit cette banque. Il me répond que c'est un exemple. Je m'inquiète. Je sors de table pour appeler ma banque, la Société générale. Mon envie de compréhension de la macroéconomie disparaît : je ne pense plus qu'à mon assurance-vie. Je veux vider mon compte tout de suite, maintenant ! Si tous les Français avaient réagi comme moi, nous aurions eu une émeute. « L’argent rend fous les gens », c'est par ces mots de Jules Romains que je commence ma lecture. C'est une vérité indiscutable.

    Comment avez-vous construit cette lecture ?

    Pendant ces année-là, j'ai passé du temps avec Dominique Reynié et d'autres économistes à parler de ces sujets. Je voulais résolument faire un spectacle sur l'argent mais je ne savais pas par quel bout l'aborder.

    Pourquoi ?

    Un spectacle sur l'argent, c'est la fausse bonne idée. On ne peut pas circonscrire le problème. J'ai abandonné le projet. Je l'ai repris il y a quelques mois, en sélectionnant des écrivains qui abordent la question : Péguy, Guitry, Pagnol, Bruckner, Jean Cau… Il y a aussi un texte de Marx qui explique que l'argent vient compenser les impuissances. « Je suis laid », dit Marx, mais je peux avoir la plus belle dans mon lit, donc je ne suis pas laid. Ce qui est terrifiant pour Marx dans l'argent, c'est qu'il réconcilie tous les contraires et donc il déréalise toutes les vraies substances de la personnalité, de l'identité.

    Quel est votre rapport à l’argent ?

    Je n'arrête pas d'essayer d'objectiver ce que gagnent les gens que je vois. Ce qu'ils ont en TVA, en masse salariale. « Masse salariale » : c'est un mot que j'adore. « T’en es où au niveau de la masse salariale ?» Ça crée un contact, ça enclenche une conversation. On manque souvent de sujet de conversation. Si je déjeune avec Finkielkraut et qu'il me renseigne sur Heidegger, je ne lui parle pas « masse salariale ».

    Vous gagnez beaucoup d'argent…

    Je gagne très bien ma vie. J'ai certainement dû être très inquiet jusqu'à 35 ans. Pas tellement généreux. Je viens d'un milieu où le soir mon père terminait ses quinze heures de travail en comptant la caisse. C'était un acte ritualisé. Tout était éteint, il était 9 heures du soir et mon père comptait les pièces que lui avaient rapportées les salades, les pommes de terre, les carottes et les fruits. La caisse était au centre de notre vie. Je ne suis pas du tout né dans une famille de professeurs qui voteraient à gauche et qui trouveraient que l'argent est sale. Pour mon père, l'argent n'était pas sale. Nous habitions rue Bachelet et le soir il lisait en se collant à la fenêtre pour avoir la lumière du lampadaire de la rue, ce qui lui évitait d'allumer nos lampes. Ça faisait des économies.

    Et vous ?

    Je n'ai aucun mythe de l'abondance, du généreux qui invite. En revanche, je ne suis absolument pas avare. J'aimais énormément mon père, il avait tous les droits, mais aujourd'hui je suis allergique à l'avarice. C'est trop violent. Mon père avait une vraie cohérence dans l'avarice. Il ne voyait personne. Il n'avait aucun ami. Une fois, je lui montre deux personnes dans la rue et je lui dis : « Évidemment, vous ne vous invitez pas, mais tu leur parles au square, quand même ?» Il me répond : « Oh oui, c'est les seuls », et arrive cette phrase : « Ils sont aussi cons que nous. » Un silence. Il poursuit : « Ou disons qu'on est aussi cons qu'eux. » C'est du Schopenhauer !

    Au cœur de cette lecture, il y a un long extrait de L'Argent, de Charles Péguy…

    Péguy est la matrice de cette lecture. Pourtant, il était très loin de moi, Péguy. À tort. Je le plaçais à côté de Léon Bloy : le chrétien exalté complètement dément. J'avais une vague référence qui me revenait et qui disait que sa maman empaillait des chaises. Mon professeur Jean-Laurent Cochet répétait : « La paille en dessous était faite comme les cathédrales. » À part cela, je n'avais pas de rapport à Péguy.

    Alors pourquoi Péguy ?

    Pourquoi Péguy ? Parce que dans l'écriture de Péguy, il y a des ressemblances avec Bach. Pourquoi Péguy ? Parce qu'il y a chez lui une haine de la modernité et j'y suis toujours assez sensible. Il y a une langue, de la répétition : il faut aller dans le secret. Dans la tête de quelques-uns, Péguy, c'est poussiéreux, c'est la France moisie. Pour d'autres, c'est le socialiste, le catholique, l'héroïque défenseur de Dreyfus. Mais moi, je me fous des commentaires. L'écume, c'est le travail des intellectuels. Le mien consiste à rejoindre les courants profonds. J'essaye de remonter à l'origine. Comment on arrive à cette écume ? L'acteur doit être dans une innocence qui frise la bêtise. Avant de chercher à commenter Péguy, je cherche à retrouver ses rythmes, son humeur.

    Mais il y a une vision du monde chez Péguy…

    Disons qu'il n'est pas très « revenu universel », le Péguy. C'est même l'anti-Benoît Hamon puisqu'il ne cesse de dire que « travailler, c'est prier ». Alors que je n'ai ni la grâce ni la joie d'avoir la foi, je continue, par Nietzsche, de tourner autour du christianisme ; mais avec Péguy je reconnais qu'on entre dans quelque chose qui est de l'ordre du mystère. Écoutons cette voix qui remonte du fond des âges : « Nos vieux maîtres, nos bons maîtres n'étaient pas seulement des hommes de l'ancienne France. Ils nous enseignaient au fond la morale, je dirai même l'être de l'ancienne France. » Il continue : « Ils nous enseignaient la même chose que les curés et les curés nous enseignaient la même chose qu'eux. » Quand il décrit Paris, on dirait de la sociologie contemporaine : « La population est coupée en deux classes si parfaitement séparées que jamais on n'avait vu tant d'argent rouler pour le plaisir, et l'argent se refuser à ce point au travail. Et tant d'argent rouler pour le luxe et l'argent se refuser à ce point à la pauvreté. » En 1910, Péguy voit l'horreur de la financiarisation du réel !

    Qu'est-ce qui distingue une lecture d'un spectacle ?

    Une lecture n'impose aucune obligation de représentation théâtrale. L'exercice que je vais commencer sera un exercice austère, dans une salle minuscule, à peine 70 personnes. C'est une lecture écologique. Je minimise les émissions de CO2, je réduis mon bilan carbone.

    Vous en êtes à près de 300 représentations pour Poésie ? Comptez-vous arrêter le spectacle ?

    Je ne vais pas arrêter Poésie ? pour une raison simple : depuis une vingtaine de jours, je crois être un peu moins incorrect sur Le Bateau ivre. Tant qu'il y a de la demande, je n'arrête pas, et la demande continue. Manifestement, un certain public a encore le goût des textes de Molière, Rimbaud ou Céline. Et j'éprouve une grande joie à aller au Théâtre du Montparnasse.

    Comment expliquez-vous ce succès phénoménal ?

    Qui sait ce qui motive celui qui réserve son billet pour Poésie ? Si je suis optimiste, je songe à la belle formule de Yasmina Reza, qui me confiait à la fin du spectacle : « J’ai compris pourquoi je suis française. » Si je suis pessimiste, j'imagine que les spectateurs se disent : « Bon, il y a de la culture mais on ne s'ennuie pas. » Pourquoi les gens adhèrent-ils ? C'est un mystère. Dans le spectacle, j'essaye simplement de mêler ma petite vie à la grandeur de nos textes. Le miracle, c'est de faire un spectacle qui a de la drôlerie sans céder au fascisme de l'obligation du divertissement.

    Les spectateurs sortent enthousiasmés !

    Peut-être avaient-ils besoin de se retrouver dans notre langue…

    N'êtes-vous pas lassé ?

    Pas du tout. J'ai la chance de servir Rimbaud, Nietzsche, Molière. Est-ce qu'un interprète se lasse de jouer les Partitas de Bach ?

    Les politiques viennent vous voir. Comment jugez-vous la parole politique ?

    Délicat, comme question. Devenir orateur ou maîtriser l'art du récit demande des décennies. Cela fait trente-cinq ans que j'y travaille. La restitution d'un texte englobe une obsession quasiment mystique. Ce n'est pas avec quatre séances qu'un homme politique peut trouver son médium (qu'il m'arrive moi-même de perdre). Les rythmes, les sons, l’amplitude : là sont les vrais problèmes. Comment être ample sans être grandiloquent ? Comment être entendu pour produire l'écoute et comment ne pas crier pour ne pas produire l’inconfortable ?

    Vous lirez aussi du Jean Cau…

    Les portraits écrits par Jean Cau, ça frôle le Saint-Simon.

    Toujours antimoderne ?

    Toujours aussi insensible au concept de progrès. Quand il y a des discours merveilleusement emphatiques sur l'horreur de cette cochonnerie de société, j'y souscris. Notre société est absurde. L'Amérique a fait gagner un président simplement parce qu'il a fait le buzz sur une coupe de cheveux. Moi, en tant que coiffeur, la présence de Trump, avec sa mèche, ses cheveux qu'il a piqués à des singes en voie d'extinction, cela me pétrifie. Comment voulez-vous croire à la société ?

    Êtes-vous inquiet ?

    Entre le Chinois qu'a pas l'air marrant, Trump et ses cheveux délirants, Poutine et ses airs impénétrables, disons que je ne suis pas optimiste. Mais je ne l'ai jamais été. La seule question, dit Cioran, est la suivante : « Est-ce que l'homme était utile ?» Il raconte que dans les dîners mondains il partait toujours le dernier « parce que celui qui partait en premier, tout le monde le massacrait ». Ce n'était pas des gens méchants, c'était des gens gentils. Mais c'est comme ça, dès que quelqu'un part, « on se le fait ».

    C'est sombre…

    Il faut se méfier du pessimisme aussi. Il peut devenir une convention et un autre conformisme comme l'enthousiasme mécanique. Le pessimisme des écrivains que j'aime tourne parfois à la posture. C'est une autre doxa, un politiquement correct inversé.

    Il vaut donc mieux être Philinte qu'Alceste…

    Mon éthique de 2017 ? C'est pas la faute des autres et je ne juge personne. Je veux décider de ne pas avoir d'opinion.

    Par exemple ?

    Si j'ouvre W9 et que je vois Les Ch'tis dans la jet set. Ce sont des gens avec des casquettes en arrière, des filles avec des shorts très appétissants, des maillots de bain, une maison, une piscine et des dialogues insensés. Je regarde ça, ahuri, mais je n'ai pas d'opinion. Sur l'écran, il y a une histoire d'amour, puis il y a une fille qui n'est pas intégrée, puis ils vont se balader en voiture et puis ils se refoutent à poil. Ils sont bronzés avec plein de tatouages. J'objective. Je m'informe pour savoir combien de gens regardent cette série, combien de gens regardent Plus belle la vie. 3,4 millions pour Plus belle la vie, et Bruno Dumont ne fera jamais plus de 1,5 million. Mais ce serait trop simple si le camp du bien, c'était Bruno Dumont, et le camp du mal, Les Ch'tis dans la jet set. Tout cela est une énigme et tout cela me dépasse. Je me contente d'aller dans un minuscule théâtre de 70 places pour dire du Charles Péguy, au magnifique Théâtre du Montparnasse pour dire Le Bateau ivre.   

    « Pourquoi Péguy ? Parce qu'il y a chez lui une haine de la modernité et j'y suis toujours assez sensible » 

     

    * Poésie ? Du 7 au 20 mars. Tél. : 01 43 22 77 74 - www.theatremontparnasse.com

    ** Des écrivains parlent d’argent, Du 28 mars au 27 avril. Les mardi, mercredi et jeudi. Tél. : 01 42 36 00 50 - www.lesdechargeurs.fr

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    Vincent Trémolet de Villers 

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  • BD • « Robert Sax », un tome 2 réussi

     

    par Anne Bernet

     

    938307326.pngGaragiste à Bruxelles dans les années 50, Robert Sax, garçon brillant au physique de jeune premier, s’ennuie. Mêlé sans le vouloir à une affaire d’espionnage, il a trouvé du charme au danger avant de retourner à la grisaille du quotidien.

    Mais voici qu’un article relatant l’assassinat de la chanteuse Suzy Belair, abattue en pleine rue alors qu’elle rentrait chez elle après son spectacle, réveille chez Sax de douloureux souvenirs : c’est exactement dans les mêmes circonstances qu’Alice, sa jeune épouse, fut assassinée sept ans plus tôt en rentrant du cinéma … Le coupable n’a jamais été identifié.

    Persuadé de pouvoir enfin faire arrêter l’assassin de sa femme, et malgré les avertissements de son beau-frère commissaire à la PJ, Sax est prêt à prendre tous les risques …
    L’hommage à Jacobs, le créateur de Blake et Mortimer, est évident, jusque dans le style du dessin, qui s’en inspire fortement.

    C’est d’ailleurs ce qui confère l’essentiel de son charme à un album délicieusement « rétro ». Tout est dans l’ambiance et c’est, il faut l’admettre, réussi. 

    Rodolphe, Alloing et Drac, Robert Sax, Paradis perdu, tome 2, Delcourt, 48p., 14,50 €.

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  • Sagesse éternelle d'Homère : « Le gouvernement de plusieurs n'est pas bon, n'ayons qu'un seul chef, un roi »

     

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    « C'est l'idée qui fait le bon bûcheron, ce n'est pas la force. C'est l'idée qui permet au pilote sur la mer lie de vin de diriger la nef rapide toute secouée des vents. C'est l'idée qui fait qu'un cocher l'emporte sur d'autres cochers. Tel se fie à son char et à son attelage, et sottement prend le tournant très large, en allant de-ci de-là, en laissant les chevaux vaguer par la piste, au lieu d'en rester maître. Tel autre, qui conduit des chevaux médiocres, en revanche sait plus d'un tour ; il ne quitte pas la borne des yeux, il prend le tournant très court, il n'oublie pas de tenir d'abord fermement ses bêtes au moyen des rênes de cuir, et il mène sans défaillance l'oeil rivé sur qui le précède. » 

    HOMERE - L'ILIADE - Chant XXIII

    Discours de Nestor, Trad. Paul Mazon

     

    Grand merci aux amis [P.P., M.P., Ph.P.] qui nous ont transmis, en manière de vœux, ce superbe discours d'Homère - qui rejoint ici la citation de lui, bien connue, que Maurras avait placée en tête de son Enquête sur la Monarchie, parue en l'année 1900, à l'orée du siècle dernier. Le lecteur qui le souhaitera s'y reportera. LFAR 

  • Société • 0% Femen… 100% féministe et 100% féminine

    Thérèse Hargot 

     

    Par Péroncel-Hugoz

    Notre confrère a observé, en Europe occidentale, les polémiques inédites déclenchées par le « féminisme différencialiste » d’une nouvelle venue, originaire de Belgique…

     

    peroncel-hugoz 2.jpgC’est une « vraie blonde », comme on en voit, par exemple, à Tournai, Liège ou Bruxelles; et d’ailleurs c’est du royaume de Belgique qu’elle vient. Elle a ensuite exercé le très risqué métier de « sexologue » aux Etats-Unis mais c’est en France qu’une partie du grand public a commencé à entendre parler d’elle, en 2016, avec son essai-choc : Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)*. Cette jeune femme, qui se définit comme « alterféministe », plutôt que « féministe » tout court, se nomme Thérèse Hargot. 

    Ceux qui l’ont approchée, notamment dans les radios, télévisions ou salles de presse, disent, en général, qu’ils ont été frappés par ses manières « avenantes, simples, aimables mais sans excès ». « Rien à voir », note un journaliste bruxellois, avec « vos Chiennes de garde » françaises ou avec les Femen internationales, qui se montrent « agressives » ou « véhémentes » et voient « en tout homme », un « macho en puissance », qu’il faut « combattre »…

    Qu’on se rappelle seulement, ces dernières années, le cas de ce député français qui fut taxé d’une forte amende à Paris pour avoir donné du « Madame LE Président de commission » à une élue féministe exigeant d’être appelée « Madame LA Présidente, etc. », cette dernière formule étant pourtant contraire à la grammaire française actuelle, telle qu’elle est défendue par l’Académie française, prestigieuse gardienne suprême du langage depuis le XVII° siècle… 

    Néo-puritanisme 

    Les détracteurs de Thérèse Hargot ne sont pas tendres avec elle non plus : « Une fille bon chic bon genre qui, sous ses manières douces, cache un néo-puritanisme », selon Radio Zinzine, une radio française privée ultra-libertaire. Ce que reproche justement la sexologue belge à la « libération » des femmes issues de la révolution de mai 68, c’est d’avoir imposé, codifié une pratique sexuelle excluant tout « devoir de procréation » au profit d’un « consumérisme érotique » ou la sexualité est devenue une «denrée de consommation» parmi d’autres. Et cela, au détriment de la femme, de la féminité, de leur épanouissement. Au fil de ses enquêtes, parmi ses pareilles, en Amérique du Nord ou en Europe occidentale, Mme Hargot, affirme avoir rencontré un grand nombre de femmes, mariées ou pas, insatisfaites de leur vie privée, et n’osant pas en parler, de peur d’être moquées. 

    Simone de Beauvoir sur la sellette 

    Notre essayiste sociologue ne manque pas de reprocher à la fameuse romancière féministe du milieu du XXe siècle, Simone de Beauvoir, d’avoir « diabolisé la maternité », traitant de « pondeuses » les mères de plusieurs enfants… Le professeur Marc Calvini-Lefebvre, historien du féminisme à l’université d’Aix-Marseille, sans adhérer, loin de là, à tous les constats de Thérèse Hargot, reconnaît volontiers que « Simone de Beauvoir a eu des mots très durs pour la maternité ». Sur cette pente, on vit plus tard des ministres français socialistes, comme la martiale Yvette Roudy ou l’ambigu Laurent Fabius, ironiser sans fard sur la « progéniture » (quatre enfants) de la socialiste Ségolène Royal, première compagne officielle du non moins socialiste François Hollande… 

    Liens avec le féminisme arabo-musulman ? 

    En écoutant, en lisant Thérèse Hargot, j’ai retrouvé dans ses propos sur le « vrai féminisme », sur le « féminisme différentialiste » qui reconnaît les « spécificités et de l’homme et de la femme », certains accents déjà entendus chez des féministes arabo-musulmanes (Egypte, Syrie, Maroc, etc.). Ces dernières ne nient pas les caractéristiques propres à chacun des deux sexes, contrairement à la plupart des féministes françaises ou tunisiennes, ces dernières ayant catégoriquement refusé la prise en compte de la « complémentarité » hommes-femmes, qui n’est pourtant pas contradictoire avec la sacro-sainte notion d’« égalité » entre les sexes. Autre concept cher à Mme Hargot, celui de la « fidélité » dans le couple qui, outre la morale, offre une garantie réelle contre les maladies vénériennes ». 

    Un chercheur musulman en économie maritime mais s’intéressant à la vie intime de ses coreligionnaires, Si Mokhtar Ahmed-Taleb, a demandé sur la Toile « qu’on fasse de la place » à la sexologue belge dans le débat universel actuel sur la sexualité, « que ladite sexualité ait ou non la religion pour arrière-plan. Les tenants (et tenantes) des thèses « relativistes » ou « différentialistes », présents dans les sociétés arabo-islamiques, ont sans doute intérêt à comparer leurs constatations en islam avec celles de Mme Hargot en Occident. On dit cette dernière politiquement proche de François Fillon, qui sera candidat de la droite néo-gaulliste à l’élection présidentielle française, en 2017. Les études de terrain de la chercheuse non-conformiste auront-elles bientôt des prolongements concrets en Europe francophone et latine ? 

    Déjà, les « Chiennes de garde », à Paris, Bruxelles ou Barcelone, commencent à montrer les dents … 

    * Albin Michel

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le360 du 27.01.2017

  • BD • Mystère à Cordouan

     

    par Anne Bernet

     

    938307326.pngDepuis quelques années, tout en poursuivant sa collaboration à la série à succès Le Sang de la vigne, Jean-Pierre Alaux a entamé un autre cycle romanesque qui met en scène non plus un œnologue mais un conservateur employé, dans les années 70-80, par le ministère de la Culture et en charge de la sauvegarde du patrimoine.

    Séraphin Cantarel, bon vivant rondouillard, n’a pas le chic de Benjamin Cooker et les romans sont, en vérité, un peu légers, un peu décevants. Ces défauts n’ont pas empêché, à défaut d’une adaptation télévisuelle, d’en tenter le passage à la bande dessinée.

    Voici donc mise en planches la première enquête de Cantarel et du jeune Trélissac, son assistant, expédiés, en 1975, mesurer l’état de dégradation du phare de Cordouan, qui menace ruines.
    Très vite, cependant, la splendeur du monument, et son délabrement, vont moins inquiéter le conservateur que les étranges événements dont le phare semble le théâtre. Qui, la veille des noces, a tué Killiam, le fils d’un des gardiens, puis sa fiancée ?

    La clef de l’énigme serait-elle dans les caves mystérieuses de Cordouan qui ont abrité de bien curieux visiteurs ? Tandis qu’une terrible tempête se lève sur l’estuaire de la Gironde, Cantarel risque de se retrouver piégé en pleine mer en compagnie d’un assassin …

    L’on ne peut espérer mieux de la bande dessinée que du roman d’où elle est tirée. Cela se laisse lire sans déplaisir, rien de plus. Et, s’il donne, comme tant d’autres dessinateurs, dans la caricature dès qu’il s’agit d’esquisser un visage, Suro trace de belles images de Courdouan, Talmont ou Royan. C’est le charme principal de l’album. 

    Avis de tempête sur Cordouan, Corbeyran et Suro, Delcourt, 56p, 12,50€.

  • Histoire [Vidéo] • J. Trémolet de Villers parle de Jeanne d'Arc et Louis XVI, deux martyrs français

     

    « Du procès de Rouen au retour de l'anneau »

    Cette remarquable et très brillante conférence de Jacques Trémolet de Villers a été donnée à Marseille, devant une assistance nombreuse et passionnée, le 21 janvier à la suite de la messe de chaque année, à la mémoire du roi Louis XVI.

    Des images de cette rencontre d'une grande qualité - ainsi que de brèves légendes - sont publiées dans notre article précédent. 

     

    Fédération Royaliste Provençale 

    A lire aussi dans Lafautearousseau ...

    A Paris, Marseille, et des dizaines de villes de France ou de l'étranger, ferveur d'un 21 janvier patriotique

  • Livres • Barbey d’Aurevilly, la folie de la Croix

     

    Par Lars Klawonn 

    De même que dans les écoles, si jamais on y enseigne encore la littérature, on lit Emile Zola mais jamais Léon Bloy, son antithèse absolue, de même, on lit Madame Bovary de Gustave Flaubert mais jamais Un Prêtre marié.

    La raison en est facile à comprendre mais impossible à accepter : chez Flaubert tout est désincarné. L’amour n’existe pas, Dieu n’existe pas, la société n’existe pas, même la femme n’existe pas. Rien n’existe chez Flaubert à part la transgression et la banalisation de l’adultère. Il préfère le cliché inversé aux profondeurs de l’âme humaine et le clin d’œil au regard. Son style à la fois sentimental et caricatural cherche la perfection en frôlant mille fois l’asphyxie formaliste. Tandis que dans Un Prêtre marié tout s’incarne. C’est une vraie sève, forte et puissante.

    Entre Emma Bovary et la Calixte d’Un Prêtre marié, il y a toute la différence entre le monde moderne et le monde ancien. La fille d’un prêtre porte malheur. Maudite par la société comme son père pour avoir trahi le sacerdoce, elle souffre d’une maladie nerveuse. Nous sommes à l’époque de Bonaparte, vers 1811-12. Ce prêtre apostat et sa fille pour laquelle il déborde d’amour paternel, retournent dans son village natal en Normandie où il consacre sa vie à la science afin de guérir Calixte. Le jeune Néel tombe amoureux d’elle mais elle a prononcé ses vœux de carmélite.

    La mission qu’elle s’est donnée consiste à rester près de son père dans l’espoir qu’il retrouve la foi et sauve son âme damnée. La Malgaigne, une vieille sorcière, qui a trouvé la foi sur le tard, annonce la fin funeste de cette histoire. Néel cherche à conquérir l’amour de Calixte, mais à aucun moment, la jeune femme ne vacille dans son amour pour le Christ ; Néel est promis à Mlle de Lieusaint qui l’aime mais il retarde constamment le mariage parce qu’il aime passionnément Calixte.

    Sombreval, le père damné, qui vit seul avec sa fille dans un château reculé, feint de trouver la foi afin de combattre le bruit qui court du déshonneur de sa fille par son père. C’est son prodigieux amour de père, qui le conduit à cette imposture que le curé du village se résout à démasquer. Voilà en quelques traits l’intrigue de ce roman.

    Barbey D’Aurevilly croit à ses personnages. Il les peint vivants, complexes, mais jamais ambigus, dans l’enthousiasme de la vie. Rien ne lui importe plus que l’intrique et l’implication de ses personnages qui nagent dans leur univers social comme les poissons dans l’eau, le poisson n’ayant pas conscience de l’eau. Ici le surnaturel l'emporte sur le naturel. Un Prêtre marié nous mène au cœur mystique du catholicisme, au cœur même de la beauté troublante d’un vrai amour, d’un amour malheureux et tragique aux sentiments héroïques, vrais, sincères et purs. D’Aurevilly nous montre la grandeur des sentiments absolus.

    Ce roman est une tragédie à la gloire de Dieu qui ne doit souffrir aucun outrage. Contrairement à Flaubert qui se borne à banaliser les crimes de la chair, Barbey s’emploie à démasquer ceux contre l’esprit dont il dit qu’il sont « les plus grands ». Il réfute totalement la morale sentimentale à laquelle même l’Église cherche à réduire le christianisme.

    Les forces destructives de la passion font avancer l’intrigue vers leur dénouement fatal. Pour des raisons qui semblent évidentes, l’école écarte de leur enseignement tout ce qui a trait à l’absolu, à la fatalité et à la gloire de Dieu. Elle préfère enseigner les sages démocrates littéraires de l’égalité, Hugo, Flaubert, Zola, et passe sous silence la littérature hallucinée et surnaturelle de Barbey D’Aurevilly.

    Cette littérature exaltée, sauvage et violente où l’univers semblait basculer à tout moment au gré des folies des âmes, car le mal y reste une réalité palpable et terrifiante, est inacceptable, je dirais même insupportable aux lâches opinions de nos relativistes éclairés qui gouvernent nos écoles. N’empêche que la question reste posée, tenace et lancinante : comment former la pensée des futurs citoyens si on ne leur présente pas des visions opposées du monde. Les jeunes se posent des questions existentielles sur le sens de la vie et on leur explique comment mettre un préservatif. Voilà où nous en sommes.

    Le roman de Barbey d’Aurevilly exprime toute la sublime beauté et toute la sublime profondeur humaine qui est le propre de la vision catholique, complexe et paradoxale. Cet échappement à l’entendement, cette délicieuse irrationalité, voilà qui nous donne une vraie liberté. C’est la folie de la Croix. Cela, les protestants, les matérialistes et les rationalistes ne le comprendront jamais. Tant pis pour eux.   

    Journaliste culturel, collaborateur au journal La Nation (Lausanne), à la revue Choisir (Genève) et à la Nouvelle Revue Universelle

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  • La charge d'Alain Finkielkraut contre « les fossoyeurs du grand héritage français »

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  • Gustave Thibon, la fidélité à Maurras, et nous...

    Gustave Thibon au Rassemblement Royaliste de Montmajour [1971]

     

    Mur-bleu gds.jpgA part dans notre éphéméride du jour, la surabondance de l'actualité ne nous a pas permis, jeudi dernier, 19 janvier (jour de sa mort), de saluer comme il convenait la mémoire du grand Gustave Thibon, que ceux qui ont eu la chance d'assister aux Rassemblements royalistes des Baux ont pu écouter si souvent, se laissant former, et transformer, par lui...

    A nous tous, qui sommes et voulons demeurer les héritiers et les continuateurs fidèles de Charles Maurras - jusqu'à la victoire ! - il donna ce précieux conseil, cette ligne de conduite à suivre toujours, et dont il ne faut dévier jamais :

    3284766091.jpg« Vous êtes, vous et vos amis, les héritiers spirituels de Charles Maurras.

    Mais vous savez bien qu'un héritage n'est pas un talisman ni une baguette magique : c'est un outil. Et un outil qu'il faut savoir manier et adapter en fonction du mouvement de la vie qui ramène toujours le semblable, jamais l'identique.

    Épouser la pensée d'un maître, cela veut dire s'unir à elle pour lui faire des enfants et non pas la stériliser sous prétexte de lui conserver je ne sais quelle intégrité virginale.

    Il n'y a pire trahison qu'une certaine fidélité matérielle et littérale qui, en durcissant les principes en système, n'aboutit qu'à congeler ce qui était le jaillissement d'une source vive. Les exercices de patinage qu'on peut faire sur cette glace ne m'intéressent pas. La vraie fidélité est celle qui prolonge, qui corrige et qui dépasse. Et le meilleur héritier n'est pas celui qui fait de son héritage un musée ou une exposition rétrospective.

    ‘’Le bien gagné reste à défendre’’ : le capital de la sagesse que Maurras vous a légué, vous ne le conserverez qu'en le fécondant, en le récréant sans cesse ».

    Thibon aimait aussi à répéter : « Les arbres qui montent le plus haut vers le ciel sont ceux qui poussent leurs racines le plus profondément dans la terre » reprenant et « traduisant » à sa façon le vers célèbre de Mistral (dans ses « Isclo d'Or ») : « Lis aubre que van founs soun li qui mounton aut ! ». Nous avions donné cette référence provençale, il y peu, aux jeunes militants royalistes de l'AF Provence, qui avaient évoqué le besoin d'enracinement, citant Mistral : quoi de plus important, en effet, que d'être fidèle à l'héritage reçu, et de s'enraciner toujours plus en lui, loin de toute fantaisie doctrinale ou de picorage à l'extérieur de ce qui forme le fondement sûr, stable, solide de nos idées et - mieux encore que des idées, comme le disait Bainville - de notre doctrine. 

  • Jean-Edern Hallier comme nous l'avons connu, ce dimanche sur France 5


    Mur-bleu gds.jpgJean-Edern Hallier est mort à 60 ans, le 12 janvier 1997, il y a donc vingt ans : c'est la raison pour laquelle, dimanche, et malheureusement à une heure beaucoup trop tardive (22h35), France 5 a tenu à célébrer cet « anniversaire » et à lui rendre hommage, en diffusant un documentaire d'une petite heure sur « L’Idiot international », un journal « politiquement incorrect » (documentaire signé Bertrand Delais). 

    On y a retrouvé cet écrivain « libre et sans peur » que les lecteurs de Je Suis Français - qui fut, d'une certaine façon, une première mouture de Lafauteraousseau - avaient pu découvrir, grâce à l'entretien qu'il avait accordé à Pierre Builly et François Davin.

    « Je suis à la fois nationaliste, régionaliste et chrétien » entend-on dans ce documentaire : des propos qui avaient été tenus presque mot pour mot (en parlant également de la monarchie, et d'une façon positive...) dans l'entretien de JSF. « C’est le vent de la polémique qui chasse les miasmes et met de l'air pur, du ciel pur. La polémique est nécessaire aux périodes de grands bouleversements de la pensée ou de la politique. » entend-on également.

    Loin de nous la tentation de faire parler les morts, mais que dirait Jean-Edern, aujourd'hui, alors que plusieurs lois scélérates - qu'il faudra évidemment abroger, le plus vite étant le mieux -  restreignent la liberté de pensée et d'écriture, aboutissant, de fait, à une autocensure certaine d'une très large part de l'opinion ?

    D'après ce que l'on peut déduire de l'entretien dont nous parlions plus haut, il semble que l'on puisse au moins être sûr que ce genre de lois ne serait certainement pas de son goût, et que cet anarchiste inclassable ne se serait pas très facilement laissé enfermer dans leur carcan. Et que, face au « politiquement correct » qui veut nous étouffer, se serait levé « l’homme de la liberté, l'homme qui n'avait pas peur » comme dit de lui Gilbert Collard, qui rapporte ce mot de Jean-Edern : « Qu’est-ce qu'on pourrait faire pour les emmerder ? » et conclut, non sans raison : « Aujourd’hui, c'est l'homme qui nous manque. »

    Oui, face au monstre, face à ce hideux « politiquement correct », ce sont aussi des hommes comme Jean-Edern Hallier qui nous manquent. Nous sommes heureux de l'avoir approché, ne serait-ce qu'une fois, et d'avoir fait partager à nos lecteurs d'alors un peu de cette liberté intérieure qui était la sienne et qui l'habitait tout entier.