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Idées, Histoire, Culture & Civilisation - Page 4

  • Réflexions sur Noël • La crèche familiale ... « Noël est notre bien commun inaliénable »

     
    Noël à Strasbourg

    par Gérard Leclerc 

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    Il n’y a pas de règle absolue en la matière. Pour ma part, j’installe toujours la crèche à quelques heures de la célébration de la Nativité, pour que tout soit prêt pour recevoir le nouveau né, sitôt revenus de la messe dite de minuit.

    C’est un rite familial, auquel je tiens de toute mon âme, avec l’approbation entière de la famille. Je l’ai reçu de mes parents, ainsi que la prière le soir, tous réunis devant cette scène de santons si suggestifs et si familiers, qui associent aux personnages de l’Évangile quelques autres de la tradition provençale. Cette prière, le plus souvent, consiste dans la reprise des nombreux noëls chers à notre mémoire. Et cela se poursuit en se transmettant. Les enfants mariés ont leur propre crèche et les petits enfants sont ravis de communier aux mêmes rites.

    Avec les petits-enfants, il peut y avoir préalablement le moment de la construction de la crèche, avec la découverte de l’identité des santons entourés dans leur papier protecteur depuis l’année précédente. Parfois même, il y a de l’impatience. Papi, quand feras-tu la crèche ? Pourquoi attends-tu Noël ? Il est vrai que dans beaucoup de paroisses on commence à installer la crèche de l’Église, dès le début de l’Avent, ce qui concourt à la pédagogie de l’attente. J’avoue, pour ma part, une certaine résistance à m’associer aux façons mondaines de célébrer les fêtes de fin d’année trop de temps à l’avance. Il s’agit d’être bien centré sur l’événement de la nuit du 24 au 25 décembre. Bien sûr, on sait que cette date a été choisie postérieurement, pour accueillir la nativité. Mais l’essentiel, c’est ce que la liturgie nous donne à contempler et qui se rapporte aux Évangiles de l’enfance : « Elle mit au monde son fils premier né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. »

    J’ai eu l’occasion d’évoquer à diverses reprises ce qu’il convient d’appeler la querelle contemporaine des crèches, avec la possibilité de leur exposition dans l’espace public. L’espace privé familial n’est pas l’unique possible. La révélation de Noël n’est pas réservée à l’espace privé. Qu’on le veuille ou non, il peuple notre imaginaire commun. Et quand on veut l’en évincer, ce n’est pas sans violence et sans dommage. Noël est notre bien commun inaliénable. ■ 

    Gérard Leclerc
    Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 décembre 2018
  • Réflexions sur Noël • Noël, l'espérance au-delà des désespérances...

    Crèche de Noël en Provence

    Par Jean-Philippe Chauvin 

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    La fête de Noël n’est pas un moment ordinaire et le croyant y trouve aussi des raisons d’espérer quand l’incroyant la vit surtout comme le retour des joies et des plaisirs simples de la table et de la famille, mais c’est toujours, pour l’un comme pour l’autre, la joie de Noël qui s’exprime.

    Les enfants attendent la récompense de leur premier trimestre studieux, chantant parfois le soir autour de la crèche qui, elle, attend son principal personnage, déposé délicatement sur son lit de paille dans la nuit de la Nativité. Tant de souvenirs me remontent à la mémoire, en ce jour particulier qui s’annonce : autour de la grande crèche familiale, nous nous retrouvions le soir, à l’orée du coucher, et nous allumions les petites bougies colorées avant d’entonner quelques chants, invariablement clos par un vibrant et harmonieux « In excelsis Deo ». Ce rituel ne cessait pas lorsque j’étais chez mes grands-parents Lechaptois, mais la crèche était alors toute petite et en plastique, ce qui n’enlevait rien à ma ferveur enfantine et à celle de Mamé. Jours heureux… 

    Aujourd’hui, si je suis plus près de l’hiver que de l’enfance, je n’ai pas perdu mes espérances de Noël, même si les années passées ont effacé tant de visages familiers, les réduisant au souvenir parfois attristé, à cette nostalgie qui m’envahit parfois plus que de raison, celle d’un monde ancien qui était le mien avant que de devenir celui, incertain, des temps contemporains. Les événements récents n’incitent pas forcément à l’optimisme mais doivent susciter, dans le même temps, une espérance « raisonnable » mais aussi, sans être contradictoire, « passionnée ». 

    ob_68b531_xvm1bfc5444-f948-11e8-9082-221fe1d1342.jpgL’agitation automnale du pays, qui s’est couverte de jaune fluo, a étonné, effrayé parfois, suscité tant d’espoirs quand elle exprimait tant de colères, et ses éclats se sont fichés dans le mur des certitudes gouvernementales, au point d’en briller jusqu’aux palais lointains des puissants de ce monde-ci. Les ronds-points, lieux incontournables et pourtant négligés de notre société, ont été les espaces d’où les « personnes des recoins » ont crié leurs désespérances, leurs peurs,  leurs émotions, leurs sentiments, mais aussi leurs résistances à l’air du temps, aux oukases venus « d’en haut », de Paris ou de Bruxelles… Les « perdants de la mondialisation » ont ensuite gagné la rue, et cela s’est vu et entendu, au point de réduire la République à s’enfermer dans le palais de Madame de Pompadour derrière des murailles de fer et d’acier gardées par des troupes nombreuses et casquées… « Quand l’ordre n’est plus dans l’ordre, il est dans la révolution », affirmait Robert Aron (et non son homonyme Raymond), et le samedi 1er décembre a semblé lui donner raison, au moins quelques heures, avant ce « retour à l’ordre » qui, derrière lui, a laissé gravats et ressentiments, mais aussi l’impression d’un nouveau rapport de forces, moins favorable au « Pays légal » et à sa République cinquième… 

    Ces événements, inattendus et largement inédits, ne peuvent laisser indifférent : s’il y a eu cette « grande peur des bien-pensants » qu’évoquait déjà le royaliste Bernanos en son temps et qui a parcouru les élites mondialisées et une part des bourgeoisies urbaines bousculées en leurs centres-villes par des foules de jaune vêtues, il y aussi eu des « moments d’espérance », parfois cachés par des violences (émeutières comme répressives) dont certaines étaient tout aussi inacceptables que le mépris des dominants à l’égard des Gilets jaunes et de leurs revendications, voire de leur être même. La convivialité observée sur les fameux ronds-points, le retour de solidarités anciennes que l’on croyait disparues, la joie de se retrouver comme communauté de destin malgré des situations fort différentes… Tout cela ne peut être négligé, et constitue déjà des milliers de souvenirs et d’histoires particulières qui s’entremêlent et s’embellissent parfois, sources d’une nouvelle mémoire populaire et, pour demain, d’une histoire qui ne sera pas la seule propriété des historiens. 

    1929471531.jpgDe cela, surgit aussi une espérance passionnée, celle d’un changement, d’une rupture avec ce monde, cette mondialisation sans entraves ni racines, cette bétonisation des vies et des imaginaires, et d’une nouvelle prospérité, qui n’est pas forcément celle d’une croissance démesurée ou simplement économique. Est-elle réductible à l’espérance raisonnable, celle d’une amélioration du pouvoir d’achat compatible avec les règles économiques qui régentent notre pays et le monde contemporain ? Non, évidemment non, car « on n’est pas amoureux d’un taux de croissance », comme le clamait un slogan royaliste de la fin des années 1980 évoqué dans la publication d’alors des lycéens d’Action Française, Insurrection, titre provocateur pour une revue aux plumes alors prometteuses que l’on retrouve désormais dans quelques grands journaux d’aujourd’hui… Toute espérance dépasse la simple raison, autant raisonnement que sagesse : elle constitue une sorte d’au-delà des possibilités mais elle motive l’action et la réflexion, pour « rendre possible ce qui est nécessaire (ou ce qui est souhaitable »), et doit éviter l’hubris (la démesure), toujours dangereuse et perturbatrice. Ce sera sans doute l’enjeu des prochains mois, de la prochaine « saison » des Gilets jaunes ou de leurs successeurs. Il s’est levé, en ces temps incertains, une espérance qui, d’inquiète, est devenue vive, active, réactive… Il faut souhaiter qu’elle ne devienne pas cyclone destructeur mais qu’elle soit porteuse du meilleur possible pour notre pays et nos compatriotes, mais aussi pour ceux qui regardent la France avec amour ou simple curiosité. Bien évidemment, rien n’est sûr, mais le pire encore moins si les royalistes et les hommes de bonne volonté savent donner à l’espérance des formes heureuses et vigoureuses tout à la fois. 

    En tournant mes regards vers la crèche de cette veille de Noël, je discerne les visages des santons comme ceux des spectateurs du moment : tous semblent attendre, dans une sorte de patience tranquille… Croyants et incroyants, réunis dans l’espérance. L’espérance universelle de Noël, et particulière d’un Noël pour la France… ■  

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin

  • Saint Augustin actuel [7]

    Augustin vu par Philippe de Champaigne, musée d'art du comté de Los Angeles

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils sont publiés chaque jour. Celui-ci est le dernier de la série. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise  

    Au sujet du déchaînement du princeps hujus mundi, du diable, qui se manifeste par lʼirruption de Gog et Magog et leur affrontement, saint Augustin précise que « plus le choc de la guerre sera terrible, plus il y aura de gloire à ne pas céder, et plus riche sera la couronne du martyre. »[1] 

    Il y a une universalité du concept de Gog et Magog, que lʼon retrouve également dans le judaïsme et lʼislam. 

    Dans le corpus vétérotestamentaire, on retrouve ces figures pleines de mystères notamment dans le livre dʼÉzéchiel. Jean Vacquié signale la chose suivante : « Deux chapitres d’Ézéchiel sont entièrement consacrés à Gog et Magog, les chapitres XXXVIII et XXXIX. Dieu parle à Gog et lui dit : ʽʽEn ce jour-là, des pensées s’élèveront dans ton cœur, et tu concevras un mauvais dessein. Tu diras : Je monterai contre un pays ouvert ; je viendrai vers ces gens tranquilles qui habitent en sécurité, qui ont des demeures sans murailles, qui n’ont ni verrous ni portesʼʼ (Ézech. XXXVIII, 10-11). Telle est l’activité de Gog, couverte et dissimulée, qui s’empare sournoisement des demeures sans serrures. Magog est, à l’origine, le nom de l’un des sept fils de Japhet. Le prophète Ézéchiel l’emploie dans un autre sens. Il en fait le pays qui sert de refuge à Gog et d’où il s’élance à la tête de ses peuples. Dans sa marche conquérante, Gog le rusé, prend comme point de départ Magog, le pays de la violence. Les chapitres XXXVIII et XXXIX d’Ézéchiel sont à lire attentivement ; ils fournissent une vue prophétique sur les grandes guerres mondiales modernes. »[2] 

    Enfin, deux sourates du Coran mentionnent Gog et Magog, Yâjuj wa Mâjuj en arabe. La sourate XVIII appelée « La Caverne » et la sourate XXI qui a pour titre « Les Prophètes ». Les figures de Gog et Magog sont décrites comme des forces destructrices qui sont alliées avec le diable contre lʼhumanité et son Créateur. 

    ob_afa2ab_califat-w.jpgDans cette troisième guerre mondiale qui oppose des structures réticulaires transnationales désirant la domination planétaire – soit une ploutocratie protestante protégée par sa citadelle insulaire se prenant pour le gendarme du monde, qui soutient une théocratie juive qui entend déployer ses frontières du Nil jusquʼà lʼEuphrate, et qui combat après lʼavoir suscitée une théocratie musulmane qui projette de reconstituer un califat sʼétendant cette fois du Maroc à lʼIndonésie – les nationalistes français nʼont pas à prendre parti. En optant pour la neutralité ils échappent au piège tendu par le princeps hujus mundi. 

    Nous nʼavons pas à choisir entre Gog et Magog, entre le terrorisme dʼÉtat et lʼÉtat terroriste. Nous nʼavons pas à nous engager dans ce que lʼon nous présente comme une guerre entre le Bien et le Mal.      

    Ce nʼest pas la science qui nous enseigne cela, mais la culture. Voilà pourquoi la seconde est supérieure à la première. La science est sans conscience, elle nʼa que la détermination du vrai, par le truchement dʼabstraites formules mathématiques, comme objet. Elle est recherche de la vérité pour la vérité, sans lien avec un but supérieur. Elle sépare lʼhomme de toute transcendance, qui à cause dʼelle voit son univers être désenchanté. 

    Alors que la culture contient une visée morale. Elle est connaissance au service de principes moraux. Dans Essais sur la théorie de la science Max Weber a souligné quʼil y a dans le notion de culture une dimension éthique, un rapport avec les valeurs : « La signification de la structure dʼun phénomène et le fondement de cette signification ne se laissent tirer dʼaucun système de lois, si parfait soit-il, pas plus quʼils nʼy trouvent leur justification ou leur intelligibilité, car ils présupposent le rapport des phénomènes culturels à des idées de valeur. La réalité empirique est culture à nos yeux parce que et tant que nous la rapportons à des idées de valeur ; elle embrasse les éléments de la réalité et exclusivement cette sorte dʼéléments qui acquièrent une signification pour nous par ce rapport aux valeurs.[3] » 

    St._Gregory_of_Nyssa.jpgCommentant le verset 23 du chapitre VII de lʼÉvangile de Matthieu, Grégoire de Nysse (ci-contre) fait remarquer que la science est le « pur savoir » tandis que la connaissance est une « disposition intérieure vis-à-vis de ce qui nous est agréable. »[4] Elle est la condition du progrès moral de lʼhomme, de son bien-être, de son bonheur.  

    Mais une culture qui nʼest pas transmise est une culture en voie de disparition. Il faut conserver et diffuser ce que nous a amené saint Augustin. Car cʼest le moyen le plus précieux pouvant nous aider à emprunter la voie qui mène au salut. La lecture des textes écrits il y a des siècles par l’évêque dʼHippone reste indispensable. Elle est un viatique : elle nous permet de faire les bons choix. 

    Ne méprisons pas la pensée de ce père de lʼÉglise : elle est pleine de sagesse, et en aucun cas dépassée ou datée. Il y a bien une actualité de saint Augustin, mais la revue LʼHistoire a échoué à en restituer tout son sens. Ses rédacteurs nʼont pas intériorisé lʼaxiome central de lʼaugustinisme, qui est au fondement de la distinction entre les deux Cités : deux amours ont fait deux cités : lʼamour de soi jusquʼau mépris de Dieu, la cité terrestre, lʼamour de Dieu jusquʼau mépris de soi, la cité céleste. Les historiens stipendiés du magazine LʼHistoire préfèrent ainsi relayer la mémoire des vainqueurs, guidés par leur amour-propre. 

    À la recherche de lʼexactitude des faits, qui peut amener à nier ce qui paraît le plus évident – et même à nier ce que depuis 1990 la Loi ordonne de croire – ils préfèrent leur confort personnel (entendu plus comme intellectuel que matériel au demeurant) et les égards du monde. (FIN) 

    [1]  Saint Augustin, op. cit., p. 920.
    [2]  https://bibliothequedecombat.wordpress.com/2013/03/08/gog-et-magog-les-deux-visages-de-la-bete/
    [3]  Cité par Freddy Raphaël, Judaïsme et capitalisme, Paris, P.U.F., 1982, p. 8.
    [4]  Grégoire de Nysse, op. cit., p. 176.
    A lire de Rémi Hugues Mai 68 contre lui-même ...
    (Cliquer sur l'image)

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  • Saint Augustin actuel [6]

    Augustin d'Hippone 

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils sont publiés chaque jour. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise  

    Daesh_400_267.jpgLʼessor du takfirisme est lié avec lʼirruption de la guerre de Gog et Magog, qui a démarré, comme le signala le président George W. Bush à son homologue Jacques Chirac, le 11 septembre 2001. « Les prophéties bibliques sont sur le point de s’accomplir, Gog et Magog sont à l’œuvre au Proche-Orient. Les attentats du 11 septembre, ajoute-t-il, en sont la preuve : une armée islamiste fondamentaliste mondiale menace le monde occidental qui soutient Israël[1]. » 

    WTC-explosion_SDASM.jpgLes armées dʼal-Qaïda et de Daech sont multi-ethniques, multi-nationales, mondiales. Augustin dit que Gog et Magog sont des peuples qui « sont sur la terre entière », en sʼappuyant sur le passage cité plus haut de lʼApocalypse où il est écrit que Gog et Magog sont des nations qui sont aux quatre angles de la terre. 

    « Quant aux peuples qu’il appelle Gog et Magog, il ne faut pas les entendre comme d’éventuels barbares établis en un lieu quelconque de la terre, qu’il s’agisse des Gètes et des Massagètes, comme le pensent quelques-uns en raison des initiales du leurs noms, ou d’autres peuples étrangers échappant à la juridiction de Rome. 

    Il nous est bien indiqué, en effet, que ces peuples sont sur la terre entière quand il nous est dit ʽʽles nations qui sont aux quatre angles de la terreʼʼ, et il ajoute que ces nations sont Gog et Magog. »[2] 

    En outre, Augustin dʼHippone sʼefforce dʼanalyser ces termes mystérieux de Gog et Magog à partir de leur signification étymologique : « Voici l’interprétation que nous avons trouvée pour ces noms : Gog, « toit », et Magog, « du toit », c’est-à-dire la maison et celui qui en sort. »[3] 

    Gog est lʼempire qui a expulsé de lui-même un royaume afin quʼil lui fasse la guerre, Magog. Autrement dit, Magog est engendré par Gog : lʼOccident a fait naître le takfirisme, comme en atteste la déclaration de Roland Dumas faite en juin 2013 sur La Chaîne parlementaire (L.C.P.) : dès 2011 « il se préparait quelque chose en Syrie », « lʼAngleterre préparait lʼinvasion des rebelles en Syrie ». « Cette opération vient de très loin, elle a été préparée, conçue, organisée… dans le but très simple de destituer le gouvernement syrien parce que dans la région il est important de savoir que ce régime syrien a des propos anti-israéliens. Moi jʼai la confidence dʼun ancien Premier ministre israélien qui mʼavait dit ʽʽon essaiera de sʼentendre avec les États autour et ceux avec qui on ne sʼentendra pas on les abattraʼʼ[4]. » 

    800px-Mossad_seal.jpgDans un livre paru avant le Printemps arabe, lʼessayiste Gordon Thomas, spécialiste des services secrets, en plus dʼindiquer quʼIsraël, via le Mossad, est « très actif » en Irak, Syrie, en Iran et en Afghanistan, révèle que les milices qui ont lancé lʼoffensive en 2012 contre Bachar al-Assad avaient pour soutien lʼÉtat hébreu. LʼArmée syrienne libre (A.S.L.), sorte de couverture destinée à lʼorigine à masquer lʼaide apportée à Daech, est appuyée par lʼE.R.D. (le département des relations extérieures) du ministère israélien de la Défense, « lʼun des services les plus puissants et les plus mystérieux de lʼespionnage juif. »[5]      

    Gordon Thomas affirme en effet que la branche la plus importante de lʼE.R.D., le S.I.M., était « chargé de fournir une ʽʽassistance spécialeʼʼ à un nombre toujours croissant de ʽʽmouvements de libérationʼʼ en Iran, en Irak et, dans une moindre mesure, en Syrie et en Arabie Saoudite. »[6] 

    3257669232_1_19_CMDc7Ynz.jpgDe même, quand le Hezbollah intervient dans le sud de la Syrie pour contrer lʼavancée des troupes takfiries, ces dernières voient leur allié israélien les soutenir en lançant une attaque, généralement par voie aérienne, contre les militaires du parti islamistes chiite libanais. Le premier ministre Benjamin Nethanyahou nʼavait-il pas prévenu la France que si elle embrassait la cause palestinienne elle serait châtiée par le terrorisme islamiste ? 

    Le mondialisme est tel le dieu des Étrusques Janus. Il est bicéphale. Première face : Gog, lʼatlantisme qui aspire à lʼhégémonie en semant partout le chaos. Deuxième face : Magog, qui rassemble ceux qui sont les victimes de ce chaos, et qui répliquent à cette violence par la violence.   La maison et ce qui en sort. Il nʼy a pas de formule plus exacte que celle-là pour décrire la relation qui existe entre lʼO.T.A.N et Daech. Et cette formule nous la devons à saint Augustin. 

    Sans la sagesse de lʼévèque dʼHippone il serait beaucoup plus ardu dʼoser exprimer une thèse si subversive, à lʼimage du message de paix si subversif délivré par Jésus-Christ à lʼhumanité.  (A suivre)   

    [1]  Éric Mandonnet, « Chirac, Bush et lʼapocalypse », LʼExpress, 26 février 2009.
    [2]  Saint Augustin, op. cit., p. 918.
    [3]  Idem.
    [4]  https://www.youtube.com/watch?v=VIXdL1ZZmJg
    [5]  Gordon Thomas, Histoire secrète du Mossad de 1951 à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2006, p. 197.
    [6]  Idem. 
    A lire de Rémi Hugues Mai 68 contre lui-même ...
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  • Patrimoine cinématographique • Alexandre Nevski

     

    Par Pierre Builly

    Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein et Dmitri Vassiliev   (1938)

    20525593_1529036520490493_4184281983923317414_n.jpgSainte Russie 

    C'est vraiment bluffant et admirable et c'est un cinéma qui devrait être présenté comme un art total, tant la hauteur du propos, la beauté des images, la qualité de la musique (de Serge Prokofiev), l’intelligence des mouvements se mettent au diapason. 

    Ce serait un chef-d’œuvre indépassable s'il n'y avait quelques scories, que je dévide d'abord et évacue pour ne plus avoir à en reparler : dix minutes de trop, des acteurs parfois marmoréens, deux ou trois clins d’œil inutiles, une conclusion trop didactique. 

    téléchargement.jpgMais tout le reste ! Des images admirablement composées, dont aucune n'est superflue et qui, toutes, sont rares avec des angles de prise de vue absolument surprenants et magnifiques ; par exemple une sorte de segmentation de l'écran qui confine le sujet dans un angle restreint, pour mieux faire ressentir l'immensité du ciel ou celle de la steppe : travail d'une grande pureté formelle, d'une grande exigence, qui fait appel à l'intelligence du spectateur, qui le place comme véritable interlocuteur. Si quelques plans peuvent sembler figés, ou trop composés, la tonalité presque picturale de l'ensemble l'emporte largement (on a d'ailleurs vu, dans la séquence de présentation des armées, avant la grande bataille du lac Peïpous, dans la forêt des lances arborées, un hommage au peintre italien Paolo Uccello). 

    Qu'Alexandre Nevski soit un film de commande, avec quoi Staline a voulu éveiller l'opinion soviétique sur les menaces allemandes en 1937, n'est pas pour me gêner ; après tout je ne vois pas bien pourquoi l'attitude d'un État inquiet qui fait appel au génie d'un de ses grands artistes pour modeler les cervelles lorsque le péril est à ses portes serait indécente. La Russie, vaste territoire sans grande frontières naturelles, et dotée d'un immense espace, a toujours été l'objet de convoitises dangereuses ; accessible à tous, art populaire par excellence, le cinéma se devait d'être le vecteur des grands mouvements telluriques qui ont agité le siècle dernier ; en témoignent, d'un autre côté les parades plastiquement superbes filmées par Leni Riefenstahl, mais aussi, et de manière plus insidieuse, la kyrielle de métrages de propagande étasunienne qui ont envahi notre espace. 

    nevsky-01.jpgAlexandre Nevski est un film manichéen, simpliste, brutal, sans nuances. Les Teutoniques apparaissent, dès qu'ils sont présentés, en images d'épouvante : figés, hiératiques, glacés, sans visage sous un casque qui dissimule leurs traits, vêtus d'immenses manteaux blancs frappés d'une croix noire ; le Légat du Pape (c'est-à-dire d'une Papauté romaine honnie par l'Orthodoxie) et ses séides, qui assistent les Allemands et bénissent leurs exactions sont impressionnants de veulerie et de méchanceté.

    Nevski7.jpgEt, parallèlement, les Russes, qui luttent pour défendre leur pays natal sont généreux, loyaux, courageux, intègres. C'est la loi du genre et elle fonctionne parfaitement bien : c'est ainsi qu'on forge les épopées. 

    En tout cas, je n'oublierai pas de sitôt l'image funèbre et inéluctable du Teutonique englouti dans les eaux glacées du lac, et de son long manteau filant sous nos yeux... Déjà métaphore et préfiguration de qui allait arriver quelques années plus tard : on n'envahit pas plus la Russie que l'Afghanistan...  

    Alexandre-Nevski.jpg

    DVD autour de 14 € .

    Retrouvez l'ensemble des chroniques hebdomadaires de Pierre Builly sur notre patrimoine cinématographique, publiées en principe le dimanche, dans notre catégorie Culture et Civilisation.
  • Saint Augustin actuel [5]

    Les deux Cités 

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils sont publiés chaque jour. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise  

    Le politique, sʼil est pensé comme subordonné à lʼéconomique, perd de sa substance, voire de sa puissance, de son pouvoir, ce qui est pour le moins paradoxal. Il nʼest quʼun reflet, une superficialité. Karl Marx, en élaborant cette théorie du matérialisme historique (dialectique), a été inconsciemment guidé par la doctrine politique de saint Augustin. 

    Cʼest lʼaugustinisme politique qui a façonné de manière décisive lʼarchitecture du théologico-politique médiéval. Or, peut-on constater, la distinction fondamentale entre les deux Cités, qui est au cœur de la pensée augustinienne, provient de la réponse donnée par Jésus-Christ aux pharisiens, qui voulant le piéger, désignant une pièce de monnaie lui posèrent la question suivante : « à qui doit-on verser lʼimpôt ? » 

    Philippe_de_Champaigne,_le_Denier_de_César.jpgLa philosophie politique du Moyen Âge avait pour base, pour infrastructure devrait-on dire, une pièce de monnaie à lʼeffigie de César. (Tableau ci-contre de Philippe de Champaigne).Cʼest cet objet – économique par excellence – qui en a déterminé la nature. Si dénier son autonomie au politique relève de lʼaporie, il nʼy a pas lieu de voir dans lʼidée que cʼest la société civile qui détermine lʼÉtat (autrement dit lʼéconomique qui détermine le politique, un renversement de la thèse hégélienne sur la « bête sauvage » opéré par Marx) une ineptie totale. 

    Il y a une force des idées : elles nʼagissent pas seulement dans la conscience des hommes, mais aussi dans leur inconscient. À certains égards Karl Marx est un chrétien, un augustinien, qui sʼignore. Mais à la différence de l’évêque dʼHippone, il exalte le fanatisme, quand ce dernier, qui fut un modèle de piété, place la foi en Dieu au-dessus de tout. Le fanatisme pouvant être compris comme lʼusage dévoyé de la foi, une fétichisation, une idolâtrie, de la foi, qui devient alors presque divinisée, au détriment de lʼamour raisonnable de Dieu, et donc de son prochain. 

    COMPRENDRE DAECH AVEC SAINT AUGUSTIN 

    Si le fanatisme signifie le projet de destruction de la société civile, il sʼapplique autant au marxisme et à sa promesse du règne de la justice universelle à la suite du dépérissement de lʼÉtat et de la disparition des classes sociales quʼau takfirisme, lʼextrémisme islamiste sunnite dʼessence wahhabite, qui invoque le Coran et les hadiths (les paroles rapportées du prophète Mahomet, les évangiles musulmanes en quelque sorte) pour annoncer lʼimminence de ce même règne de la justice universelle, mais en présence de Dieu dans ce cas. 

    U.S._Army_soldier_with_captured_ISIS_flag_in_Iraq,_December_2010.jpgLʼÉtat islamique (Daech), qui apparut en 2014, prétendait être un royaume de pureté et de sainteté. La théocratie dʼAbu Bakr al-Baghdadi, calife autoproclamé de Daech, soutenait quʼelle mettrait un terme à lʼoppression, garantirait le bonheur authentique aux musulmans pieux. Daech se voulait Cité céleste, royaume de Dieu, sur terre, un nouvel Éden des temps de la fin, ceux qui sont précédés par les signes de lʼheure. 

    La première occurrence du takfirisme, al-Qaïda, insiste surtout pour lʼabolition dʼune société civile quʼelle associe à lʼAmérique, cʼest-à-dire aux États-Unis. En 1996 Oussama Ben Laden, depuis lʼHindou Kouch, le Khorasan, la région montagneuse de lʼAfghanistan oriental, annonce publiquement quʼil veut libérer la terre sacrée dʼArabie et lance un appel à la guerre sainte contre le « Grand Sheitan » américain. 

    Appel concrétisé par les attentats du 11 septembre 2001 visant New York, la putain babylonienne moderne, capitale symbolique dʼune nation qui se conçoit comme un nouvel Empire romain. Dans La Cité de Dieu, Augustin avance justement que Rome est une seconde Babylone. « Rome fut fondée comme une seconde Babylone, et comme une fille de Babylone, dont il plut à Dieu de se servir pour soumettre par les armes la terre entière[1]. 

    Ben Laden, manipulé par la coterie mondialiste, voyait dans le World Trade Center une nouvelle tour de Babel à abattre, non cette fois par la volition de Dieu mais par la main de lʼhomme lui-même. Il nʼétait quʼun pion à la disposition des intérêts sionistes, au sens de mondialistes, puisque Sion désigne Jérusalem, qui pour certains a vocation à devenir la capitale dʼun monde rassemblé autour dʼun gouvernement unique[2]. 

    3oEC0a2v_400x400.jpgPour accomplir ce but messianique les sionistes ont décidé de sʼappuyer sur le takfirisme, dont la fonction est comparable à celle de Goldstein dans 1984 de George Orwell (photo). 

    Voici lʼapport décisif de saint Augustin pour comprendre notre époque troublée : on retrouve dans sa Cité de Dieu la définition du concept qui permet dʼexpliquer lʼémergence du takfirisme. Dans un passage qui commente lʼApocalypse, chapitre 20, versets 7 et 8 : « À la fin de mille ans le Satan sera délié de sa prison. Il sortira égarer les nations aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, les rassemblera pour la guerre eux dont le nombre est comme le sable de la mer. »  (A suivre)   

    [1]  Saint Augustin, op. cit., p. 789.
    [2]  Le sionisme peut ainsi être défini comme lʼentreprise visant à faire de Jérusalem (Sion) le siège du gouvernement de lʼÉtat-monde.
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  • Saint Augustin actuel [4]

    Augustin dans son bureau par Vittore Carpaccio, 1502 

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils sont publiés chaque jour. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise  

    Comme tout bon moderne qui se respecte, Marx sʼattache à rompre avec la Tradition, ce qui le pousse à adopter le matérialisme, inspiré quʼil est tant par Héraclite que par lʼéconomisme des philosophes anglais. La pensée traditionnelle est en réalité plus spiritualiste quʼidéaliste. Elle est fondée sur le postulat suivant : un Esprit suprême, Dieu, a, à la suite d’un acte impératif, créé la matière ex nihilo. Le Verbe divin créateur façonne le monde physique, et non comme le croyaient gnostiques et cathares, le dieu mauvais, le démiurge. 

    Grégoire de Nysse, qui vécut comme Augustin au IVème siècle, en Cappadoce, une région de la Turquie actuelle, explique que la matière naquit de lʼinteraction, de lʼinterférence, entre des puissances spirituelles. Il dit en effet que « la nature spirituelle donne lʼexistence à des forces spirituelles et la rencontre de celles-ci donne naissance à la matière. »[1] Chez Marx le cœur du problème réside non pas dans la création de la matière, sa mise en effectivité, mais dans sa transformation. Qui contrôle le processus de transformation de la matière, la gestion de lʼutile et du nuisible, quels types de machines sont utilisées, quel est le statut juridique du lieu de cette transformation, ainsi que le statut juridique de ceux qui sont les exécutants, ceux qui plus prosaïquement reçoivent les ordres... 

    ainsi-parlait-zarathoustra-9782253006756_0.jpgMais le matérialisme de Marx est inséparable de son athéisme, forme radicale du rationalisme. Il participe pleinement à ce processus que Friedrich Nietzsche appellera dans Ainsi parlait Zarathoustra la « mort de Dieu », la sécularisation. Une autre expression de Nietzsche sʼapplique parfaitement à Marx : celle dʼinversion ou de renversement des valeurs. Lʼun des traits caractéristiques du système philosophique composé par ce dernier est lʼantinomisme, lʼhostilité à la Loi du Père. 

    Prince_of_darkness.jpgÀ la loi du Père suprême, que lʼon retrouve explicitement exposée chez son propre gendre Edward Aveling, dans la stance The Prince of Darkness :

    « Telle la tombe qui étend ses ailes

    Il passe, ô peuple, Satan le grand !

    Salut grand défenseur de la Raison !

    Vers toi monteront lʼencens sacré et les vœux

    Tu as détrôné le dieu du prêtre. »[2] 

    Un antinomisme visiblement typique des socialistes, comme en attestent ces lignes écrites de la main de Pierre-Joseph Proudhon dans De la justice dans la Révolution et dans lʼÉglise : « Viens, Satan, viens le calomnié des prêtres et des rois, que je tʼembrasse, que je te serre sur ma poitrine ! »[3] 

    Mais aussi cette hostilité vise le père symbolique de Marx, son maître à penser, à savoir Hegel. Le jeune Marx appartenait même à un groupe qui se faisait appeler les « hégéliens de gauche ». En 1844 Hegel est lʼobjet dʼune diatribe de la part de son ancien disciple, publiée dans les Annales franco-allemandes. Marx y écrit : « Hegel va presque jusquʼà la servilité. On le voit totalement contaminé par la misérable arrogance du fonctionnarisme prussien, qui, dans son étroit esprit bureaucratique, regarde la confiance en soi-même de lʼopinion (subjective) du peuple. »[4]      

    Conséquence de cette rébellion contre le père, Marx oppose, à lʼidéalisme de Hegel, le matérialisme. Il renverse également le rapport de détermination établi par Hegel entre lʼÉtat et la société civile. 

    711x400_gettyimages-159828268.jpgHegel défend lʼidée selon laquelle lʼÉtat, en tant que garant de lʼordre, assure aux individus la sécurité, qui est la première des libertés. Cʼest le sens de sa définition de lʼÉtat comme réalité effective de la liberté concrète. Lʼexistence de lʼÉtat est la condition de possibilité de la vie menée collectivement par les hommes au sein dʼassociations en tout genre (familles, tribus, églises, guildes, entreprises, clubs, etc.), hormis la vie de lʼÉtat lui-même, qui correspond à lʼadministration de la coercition (police, justice, et armée ; les fameuses fonctions régaliennes de lʼÉtat). 

    Cette vie hors de lʼÉtat, Hegel lʼappelle dans Principes de la philosophie du droit État « extérieur », État « de la nécessité et de lʼentendement », ou plus simplement société civile bourgeoise. Jean-François Kervégan met en évidence que Hegel est à lʼorigine de « la conceptualisation dʼune société civile bourgeoise qui, enracinée dans le mécanisme du monde moderne (capitaliste) dʼéchanger et de produire, est à la fois distincte de la sphère proprement politique et nécessairement coordonnée et subordonnée à celle-ci. »[5] 

    Il y a en somme pour Hegel un lien de dépendance de la société civile vis-à-vis de lʼÉtat. Lʼune est subordonnée à lʼautre. Selon lui le politique est principe : à la fois premier, originaire, et prescripteur, organisateur de la vie sociale en général. Rapport qui chez Marx est inversé : la société civile (bourgeoise) installe, fonde, lʼÉtat.  (A suivre)  

    [1]  Grégoire de Nysse, La création de lʼhomme, Paris, Cerf, 1943, p. 195. Ce traité date de 379 environ.
    [2]  Cité par Rolland Villeneux, Dictionnaire du diable, Paris, Omnibus, 1998, p. 72.
    [3]  Cité par ibid., p. 876.
    [4]  Karl Marx, Œuvres philosophiques, IV, Paris, Ivréa, 1981, p. 254.
    [5]  Jean-François Kervégan, Hegel Carl Schmitt. Le politique entre spéculation et positivité, Paris, P.U.F., 1992, p. 186-187.
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  • Cinéma • L'Empereur de Paris

     Par Guilhem de Tarlé 

    A l’affiche : L’Empereur de Paris, un film français de Jean-François Richet, avec Vincent Cassel (Vidocq),  Fabrice Luchini (Fouché), Freya Mavor (Annette).

    GT Champagne !.JPG

    L’Empereur de Paris, en tout cas, ce n’est pas le Roi des films.

    Dommage, on aurait pu avoir un joli spectacle, intéressant, « de cape et d’épée » dans l’Empire de Napoléon (« Pas Napoléon Barbichette, je veux dire le vrai Napoléon », comme le disait Panisse) alors que l’on assiste à un « western » parisien… en pire.

    Sous prétexte que la plus grande partie de l’action se passe dans les bas-fonds, éclairés par des chandelles, on ne voit rien… et, trop souvent, on n’entend pas !

    maxresdefault.jpgL’histoire de Vidocq est bâclée, et le scénario n’est même pas instructif !

    Certes on ne s’ennuie pas… - et j’avoue que mon épouse est moins sévère que moi – mais, ainsi que le disaient mes professeurs : « peut mieux faire ! ».   

    PS : vous pouvez retrouver ce « commentaire » et plusieurs dizaines d’autres sur mon blog Je ciné mate.

  • Du rond-point au vaste monde

    par Gérard Leclerc 

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    Il paraît, selon l’historien Pierre Vermeren, que la France compte plus de 30 000 ronds-points, soit la moitié des giratoires du monde.

    Il y a donc quelque logique dans le fait que l’attention se soit portée, plus d’un mois durant, sur ces lieux qui quadrillent notre territoire national et sont souvent d’une remarquable laideur. Que les gilets jaunes en aient fait des exemples de convivialité constitue un paradoxe bien intéressant. La France des territoires n’est pas seulement révoltée, elle a besoin de reconstituer un véritable tissu de solidarité pour contrer un processus de dissociation et de désintégration qui va de pair avec la disparition des activités locales et la grande misère de notre agriculture.

    Une question se pose à partir de ce constat. Ce qui relève du local, du territorial, est-il en relation avec le mondial et ce qu’on appelle la mondialisation ? C’est le constat de Christophe Guilluy, dont nous avons souvent cité les travaux. La France périphérique, comme d’ailleurs l’Angleterre périphérique et même les États-Unis périphériques, est la grande perdante de la mondialisation, dont certains chantaient pourtant inconditionnellement les louanges à la fin du XXe siècle. Une concentration des richesses s’est produite dans les métropoles, au détriment des régions de plus en plus déshéritées. Un seul chiffre significatif : une douzaine de métropoles françaises rassemblent près de 46 % des emplois, dont 22 % pour la seule aire urbaine de Paris.

    Est-ce une tendance inéluctable, juste propre à susciter des révoltes désespérées qui risquent de très mal tourner ? Ou est-il possible de remettre en question le fonctionnement de la mondialisation avec ses postulats incontournables : l’ouverture inconditionnelle des frontières, la circulation des capitaux et la spéculation qui s’en suit ? Interrogé par La Croix, Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, n’hésite pas à déclarer : « Nous avons à remettre en cause un certain nombre de dogmes du capitalisme mondial. » La liberté totale du commerce international serait à revoir, même si elle bénéficie à certains consommateurs, eu égard à son lourd coût social. Très bien ! Mais l’avis d’un expert sage et lucide peut-il quelque chose contre le train du monde de la mondialisation ?  ■ 

    Gérard Leclerc
    Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 décembre 2018
  • Saint Augustin actuel [3]

    Karl Marx et Friedrich Engels 

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils sont publiés chaque jour. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise  

    La distinction augustinienne entre les deux Cités veut être abolie par le fanatique, qui entend faire réapparaître le Jardin édénique, revenir à lʼâge dʼor originel. Le fanatisme, écrit Colas, « taraude la modernité tout entière »[1] 

    Le projet moderne, qui a accouché du triptyque Renaissance – Lumières – Révolution française, est en réalité le fanatisme même, le fanatisme chimiquement pur : « La nouvelle cité idéale est purement humaine et lʼeschatologie est comme absorbée dans une idée du progrès. Lʼâge dʼor est à portée de main grâce à la science. »[2] La science remplace la religion comme clef permettant dʼouvrir les portes du paradis, un paradis qui nʼest plus céleste mais terrestre. 

    LES SOURCES AUGUSTINIENNES DU MATÉRIALISME DE MARX 

    Vilna_Gaon,_Winograd_picture (1).jpgLa science est la religion des modernes. Karl Marx disait de son socialisme quʼil était « scientifique », pour mieux se distinguer des socialistes français quʼil voyait comme des doux rêveurs. Marx, en composant sa doctrine du « socialisme scientifique » a accompli la synthèse de lʼéconomie politique britannique (Adam Smith), du socialisme français (Pierre-Joseph Proudhon), de la philosophie idéaliste allemande (Hegel) et du messianisme juif (Isaac de Louria[3] photo). 

    Une telle représentation de marxisme nʼa rien dʼoriginal. Jacques Attali la développe dans la biographie quʼil a consacré à Marx[4]. Cependant il semble que personne nʼa identifié les sources augustiniennes de la loi de lʼHistoire fondée par Marx, qui reprend la prophétie kantienne qui vise à trouver une solution à lʼépineux problème du millénarisme, de la paix cosmopolitique perpétuelle future, mais sʼen détache par son matérialisme, tandis que Kant voit dans le progrès de la raison le moteur du changement politique et social aboutissant à lʼavènement de lʼhomme moral de la fin des temps. 

    Voilà pourquoi le matérialisme de Marx est qualifié dʼhistorique. Son matérialisme sert à déterminer les ressorts de sa loi scientifique de lʼHistoire : lʼévolution des sociétés humaines, selon lui, est fonction des mutations des modes et des rapports de production. Elle est fonction, faut-il ajouter, des contradictions de la sphère économique. Car la pensée de Marx, outre quʼelle est scientifique et matérialiste, sʼavère dialectique. 

    Dʼaprès la méthodologie marxienne, le dynanisme du moteur de lʼHistoire résulte dʼune opposition entre les deux forces constitutives du processus de production, exploiteurs et exploités. Dans la Préface à la critique de lʼéconomie politique (1859), il montre que « dans la production sociale de leur existence les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. Lʼensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle sʼélève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées.[5] » Les champs autres que lʼéconomique – la superstructure : la politique, le droit, lʼart, la morale, la religion, les idées, etc. – se modéliseraient ainsi à partir de lʼinfrastructure économique, cʼest-à-dire quʼils auraient un rapport de dépendance vis-à-vis dʼelle. 

    « Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en général. Ce nʼest pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; cʼest inversement leur être social qui détermine leur conscience.[6] » Une vision du monde donnée voit sa substance, dans la logique de Marx, être définie par le contexte socio-économique au sein duquel est plongé lʼindividu ou le groupe qui fait exister cette vision du monde. Toutefois les marxistes ont rapidement fait en sorte de ne pas réduire cette explication de la dynamique sociale à une approche purement mécaniste. Cʼest pourquoi ils ont tenu à accoler lʼadjectif « dialectique » au matérialisme. Par conséquent lʼéconomique est devenu en dernière instance surdéterminant, pour reprendre lʼexpression consacrée, ce qui laisse aux autres sphères de la vie sociale une certaine autonomie, certes assez limitée. 

    51au0AyQlyL._SX331_BO1204203200_.jpgDans le marxisme le terme « dialectique » a deux aspects : confrontation des forces productives (dominants / dominés) dʼune part, et interaction entre deux éléments, lʼinfrastructure et la superstructure dʼautre part ; interaction asymétrique, comme au fond le choc perpétuel dʼun marteau et dʼune enclume où le marteau symbolise la superstructure, affectant lʼenclume de façon résiduelle, et où lʼinfrastructure est représentée par lʼenclume, qui use substantiellement le marteau. 

    Cʼest lʼacolyte et mécène de Marx, Friedrich Engels qui est à lʼorigine de cette précision théorique. Dʼabord dans une lettre de septembre 1890 adressée à Joseph Bloch, où il est écrit : « Dʼaprès la conception matérialiste de lʼhistoire, le facteur déterminant est en dernière instance la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx ni moi nʼavons jamais affirmé davantage. Si quelquʼun dénature cette position en ce sens que le facteur économique est seul déterminant, il le transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. »[7] Ensuite dans un courrier destiné à Conrad Schmidt, daté dʼun mois plus tard, dʼoctobre 1890 : « Il y a interaction entre deux forces inégales : action du mouvement économique, dʼune part ; de lʼautre, action du pouvoir politique, créé par lui, doué dʼune autonomie relative, qui se manifeste dʼune part dans la puissance de lʼÉtat, et de lʼautre dans lʼopposition, née de cette dernière. »[8] On peut noter quʼen sʼefforçant de ne pas réduire le politique à un simple reflet de lʼéconomique, Engels tend à réduire la superstructure au politique. Il déforme – les marxistes diraient révise – la pensée de son ami qui entend la superstructure comme lʼensemble de la sphère sociale auquel on retranche lʼéconomique. 

    Quelque part ailleurs Marx essaye de trancher cet impondérable de la philosophie quʼest le débat idéalisme / matérialisme en avançant que les idées sont in fine des choses, de la matière : les idées ne sont rien dʼautre que les choses matérielles transposées et traduites dans la tête des hommes.  (A suivre)  

    [1]  Ibid., p. 13.
    [2]  Patrick de Laubier, Lʼeschatologie, Paris, P.U.F., 1998, p. 79.
    [3]  Il « est né en 1534 à Jérusalem, dʼun père originaire dʼAllemagne et dʼune mère séfarade dʼÉgypte […]. Selon une source traditionnelle, il aurait étudié avec un maître de la kabbale polonais à Jérusalem. », Youssef Hindi, Occident & Islam, I, Alfortville, Sigest, 2015, p. 59-60. Marx reprend à Louria lʼidée dʼun Messie-collectif, qui nʼest plus le peuple juif mais le prolétariat. Tant Emmanuel Lévinas que Jacques Attali sont revenus à la conception lourianique du Messie-collectif.
    [4]  Jacques Attali, Karl Marx ou lʼesprit du monde, Paris, Fayard, 2005.
    [5]  Karl Marx, Friedrich Engels, Œuvres choisies, I, Moscou, Éditions du Progrès, 1978, p. 525. 
    [6]  Ibid., p. 525.
    [7]  Cité par Maurice Moissonnier, « Matérialisme historique », in Georges Labica, Gérard Bensussan, Dictionnaire critique du marxisme, Paris, P.U.F., 1985, p. 729.
    [8]  Karl Marx, Friedrich Engels, Œuvres choisies, III, Moscou, Éditions du Progrès, 1978, p. 514. 

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  • Saint Augustin actuel [2]

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils seront publiés chaque jour. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise  

    Comte, Spencer y Durkheim.jpgLes pionniers de la sociologie, Comte puis Durkheim (photo), nʼétaient, cʼest le moins que lʼon puisse dire, aucunement des fidèles du dogme catholique quʼAugustin contribua à forger. Néanmoins il devrait avoir sa place, avec Montaigne et Tocqueville, au sein de la catégorie des sociologues dʼavant la sociologie désignés par Raymond Aron dans Les étapes de le pensée sociologique[1]

    Il faut connaître, dans un premier temps, les ambitions politiques dʼun autre sociologue, lʼAllemand Werner Sombart, pour saisir lʼinfluence majeure quʼa eue la pensée augustinienne sur la naissance de la sociologie.

    Max_Weber_1917.jpgSombart, lʼautre grand fondateur de lʼécole allemande de la sociologie avec Max Weber (photo), était un socialiste de conviction, quand ce dernier était de tendance libérale. Sombart entendait restaurer la communauté (Gemeinschaft), que la modernité capitaliste avait dissoute et remplacé par la société (Gesellschaft). Pour lui lʼorganisation syndicale était lʼinstrument de cette restauration. 

    Or cette notion de « société », raccourci de « société civile », a précisément une origine augustinienne. Dominique Colas, qui enseigne lʼhistoire des idées politiques à Sciences Po, met en évidence dans son ouvrage intitulé Le glaive et le fléau que le concept de société est une sécularisation de celui, forgé par l’évêque dʼHippone, de Cité des hommes ou Cité terrestre. Augustin a déduit des propos tenus par Jésus-Christ selon lesquels il sʼagit de rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu quʼil existe deux ordres coexistants, la Cité céleste et la Cité terrestre, et à partir de cela deux types de pouvoir, le pouvoir spirituel étant relatif à la première et le pouvoir temporel à la seconde. 

    William_Blake_whore_babylon.jpgComme « le royaume du Christ nʼest pas de ce monde, son nom ne peut être invoqué pour appeler à la destruction par le glaive des royaumes terrestres afin dʼédifier la Jérusalem céleste sur les ruines de Babylone, la putain. (Ci-contre, allégorie de William Blake) »[2] Ce dualisme politique théorisé par Augustin a pour conséquence de condamner toute révolte violente contre le souverain en vue dʼétablir un Éden, une utopie. Le seul sacrifice légitimé sʼapplique à une configuration bien précise : le fidèle doit être prêt à mourir si le souverain le persécute en tant que pratiquant de sa foi. Tel est le vrai sens du mot « martyre ». Accepter la violence faite contre soi, refuser dʼexercer la violence à lʼencontre des autres ; on appelle généralement cela lʼaugustinisme politique, tant décrié par les marxistes pour qui il est lʼun des piliers de lʼ « opium du peuple »[3], autrement de dit la manière dont ils conçoivent la religion chrétienne. 

    Opium au sens non de poison mais dʼanesthésiant, de produit soporifique, qui inhibe lʼinclination de chacun à mener des actions visant à renverser un ordre établi qui sème injustices, misère et chaos. Lutter, « au nom de la Cité céleste, pour lʼabolition de la société civile »[4] est, dans cette  perspective, abusif. 

    Chez Dominique Colas les termes « cité terrestre » et « société civile » sont utilisés comme sʼils étaient interchangeables. Pour lui, la société civile est « le lieu licite de la recherche par chacun de lʼutile qui est le sien »[5]. Cʼest effectivement lʼordre dont le processus de régulation sʼeffectue par le truchement de deux instances, le Marché et le Droit. « Car la promotion de la société civile comme valeur est aussi bien celle de la tolérance que celle du « bourgeois », la promotion de la liberté de pensée que celle du libre marché. »[6] 

    Augustin nʼest donc pas seulement lʼinventeur de lʼexpression « lien social », il est aussi indirectement à lʼorigine de la notion de « société civile », mutation moderne de celle de « Cité terrestre ». 

    Être sociologue, ce qui signifie examiner la société, lʼétudier, cʼest reprendre – sans souvent dʼailleurs même le savoir – des catégories qui ont été établies par Augustin avant dʼêtre laïcisées. Tout sociologue est de ce fait un peu augustinien. Car en vérité la sociologie se borne à analyser la cité des hommes, à observer les dynamiques qui la traversent.     

    800px-Portrait_of_Ruhollah_Khomeini_By_Mohammad_Sayyad.jpgPar ailleurs, dans le même texte, Colas place sur le même plan fanatiques musulmans, comme ceux qui agréent « lʼincitation de lʼayatollah Khomeini (photo) à exécuter Salman Rushdie »[7], et révolutionnaires laïcs, marxistes en tête, désignés comme les représentants des « opprimés qui font entendre la prophétie dʼune Cité juste »[8], « des exclus de ce monde animés dʼune espérance impatiente »[9], qui agissent au nom dʼune « loi inflexible »[10]. Lʼentreprise fanatique consiste ainsi à sʼengager en faveur de la destruction de la société civile, pour y substituer un paradis terrestre, une Cité de Dieu sur la terre. (A suivre)  ■

    [1]  Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1967.
    [2]  Dominique Colas, Le glaive et le fléau. Généalogie du fanatisme et de la société civile, Paris, Grasset & Fasquelle, 1992, p. 11.
    [3]  Dans Critique de la Philosophie hégélienne du Droit, Marx affirme : « La misère religieuse est à la fois lʼexpression de la misère réelle et la protestation contre celui-ci [lʼordre social, N.D.A.]. La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur dʼun monde sans cœur, comme elle est lʼesprit dʼune existence sans esprit », cité par Lucien Goldmann, Recherches dialectiques, Paris, Gallimard, 1959, p. 299.
    [4]  Dominique Colas, ibid.
    [5]  Ibid., p. 12.
    [6]  Idem.
    [7]  Ibid., p. 13.
    [8]  Ibid., p. 12.
    [9]  Idem.
    [10]  Idem.

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  • Saint Augustin actuel [1]

    St. Augustin History Museum, Floride.

    Par Rémi Hugues 

    saint_augustin visuel.jpgA l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils seront publiés chaque jour à partir de celui-ci. Bonne lecture !  LFAR

     

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    Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise 

    Le numéro de juin 2018 du magazine LʼHistoire (n° 488,) était consacré au premier grand philosophe de lʼÉglise, Augustin dʼHippone, qui vécut au IVème siècle sur lʼactuel territoire algérien, à lʼépoque une province de lʼEmpire romain[1]

    Signe de lʼesprit propre au temps présent, le revue insiste sur le rapport dʼAugustin à la sexualité. Lʼauteur des Confessions – il fut lʼinventeur du genre autobiographique – livra effectivement à la postérité ses désirs les plus profonds, certains pouvant être considérés comme coupables. Mais à réduire saint Augustin au libidinal, au charnel, au désir sexuel, à ce quʼil y a de plus frivole au fond, lʼon omet de dire lʼessentiel sur ce grand artisan de lʼédification du théologico-politique chrétien, qui sʼingénia à opérer la synthèse entre les héritages gréco-latins et hébraïques, à la lumière de ce que les Évangiles relatent sur la vie de Jésus, et particulièrement sur la Passion christique. 

    Augustin fut plus quʼun passeur. Il fonda une tradition nouvelle, vivifia les philosophies antiques, qui étaient devenues sclérosées, et sʼappliqua à aider chacun à mieux comprendre les mystères contenus dans la Bible. Sa prose nous aide par exemple à mieux entendre ce très mystérieux texte quʼest lʼApocalypse johannique : « Dans ce livre qui a pour nom lʼApocalypse, il est sans doute beaucoup de propos obscurs, destinés à exercer lʼesprit du lecteur, et il en est bien dʼassez clairs pour permettre de se lancer, et non sans peine, sur le reste, dʼautant quʼil répète les mêmes choses de tant de façons quʼil semble dire des choses différentes, alors quʼon sʼaperçoit quʼil dit les mêmes, mais de manière différente. »[2] 

    Cité_de_Dieu.jpgLa rédaction de LʼHistoire a été judicieuse dans son choix de nous rappeler lʼimportance de de lʼœuvre de l’évêque dʼHippone, notamment du livre La Cité de Dieu. Il y a bel et bien une actualité de saint Augustin. Pour comprendre les enjeux de lʼheure, lʼétude de sa pensée est très précieuse. 

    Nous nous arrêterons sur trois points qui nous paraissent les plus notables : Augustin, ce précurseur de la sociologie politique (I), a inspiré Karl Marx et sa théorie du matérialisme historique dialectique sans que lui-même en soit réellement conscient (II), et nous a donné de solides clefs pour nous aider à théoriser le phénomène Daech, le problème le plus crucial de notre époque (III). 

    Penser, cʼest-à-dire représenter le réel, nécessite de disposer dʼune matière bien précise. Ce matériau, on lʼappelle en philosophie le concept. Grâce à saint Augustin, il est possible de développer une interprétation pertinente sur lʼessor du takfirisme, le terrorisme des musulmans sunnites dʼinspiration wahhabite, et de Daech en particulier, à lʼaide ce qui est le plus précieux en philosophie, et qui est même lʼessence de la philosophie, à savoir le concept. 

    LIEN SOCIAL ET SOCIÉTÉ CIVILE 

    Un concept très en vogue aujourdʼhui chez les sociologues a justement été inventé par Augustin dʼHippone. Ce concept, cʼest celui de lien social. Dans La Cité de Dieu, il définit une cité – au sens antique de ville-État, dʼentité politique – selon les termes suivants : « une multitude dʼhommes, rassemblés par un lien social »[3]. Ce lien social quʼAristote voyait comme consubstantiel à lʼhomme, dans sa nature propre ; dʼoù sa fameuse sentence du livre I des Politiques : par essence lʼhomme est un animal politique. Opinion que partage également Augustin. 

    Tant la vulgate universitaire (bourdieusienne ad nauseam) que le discours médiatico-politique usent sans limite de ce vocable de lien social. Les uns déplorent le délitement du lien social, les autres justifient tel point de leur programme en affirmant que la mesure quʼils préconisent dʼinstituer recréera du lien social. Comme si générer du lien social était synonyme de produire du bonheur public. 

    Ainsi lʼœuvre dʼAugustin préfigure la discipline moderne, qui se veut une science, appelée sociologie. Le vocable a été inventé par le révolutionnaire Sieyès, popularisé par Auguste Comte et Émile Durkheim en posa les jalons épistémologiques. Cette science de lʼhomme nʼenferme-t-elle pas lʼhomme dans un carcan, le privant de sa liberté, en le réduisant à un objet dʼétude, à une chose objectivable, tel le précipité du chimiste ou la mouche drosophile du biologiste ? Cette volonté de réifier lʼhomme dans ses interactions avec autrui, Durkheim lʼexprime ainsi : il sʼagit de traiter les faits sociaux comme des choses

    81WyQe5+kNL.jpgCharles Baudelaire suggère cela dans un poème publié dans le recueil Le Spleen de Paris qui est une critique radicale du positivisme comtien, et qui a pour titre le « Le joujou du pauvre ».

    464756177_small.jpgCette poésie, composée au milieu du XIXème siècle, peut être également vue comme une réflexion sur la question sociale, apparue durant ce siècle, cʼest-à-dire la question ouvrière, ainsi quʼune réponse à la théorie de la lutte des classes de Karl Marx, théorie que le communiste allemand nʼinventa pas mais reprit aux historiens libéraux français Guizot et Augustin Thierry, tout en lui donnant un autre sens, transformant les classes laborieuses, considérés chez ces derniers comme une classe dangereuse, en classe messianique. (A suivre)  

    [1]  Ce choix éditorial se justifie par la publication, en ce printemps, des Aveux de la Chair, le quatrième tome de lʼHistoire de la sexualité de Michel Foucault, chez Gallimard, où les Confessions de saint Augustin sont examinées minutieusement. Ce dernier est né le 13 novembre 354 à Thagaste (petite ville au sud dʼHippone).
    [2]  Saint Augustin, La Cité de Dieu, II, Paris, Gallimard, 2000, p. 928.
    [3]  Ibid., p. 609.

    A lire de Rémi Hugues Mai 68 contre lui-même ...
    (Cliquer sur l'image)

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  • Société • Pour une consommation responsable à Noël !

    Par Jean-Philippe Chauvin 

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    La crise n’en finit pas de finir, comme dit l’ironique formule : le discours tant attendu du président de la République va-t-il répondre aux attentes et aux impatiences, ou remettre de l’huile sur le feu ?

    Nous verrons bien mais, au-delà des déclarations et des suites de cette crise sociale devenue politique et économique, sans doute faut-il aussi repenser notre rapport à l’économie, simplement, dans notre vie quotidienne et, aujourd’hui, face aux fêtes de Noël. Car les réponses nous appartiennent aussi, et, comme le disait un slogan aperçu à Versailles ces dernières années, « Nos emplettes sont nos emplois », même si le rôle de l’Etat doit être d’ordonner « la grande économie » et de garantir l’équité économique et sociale dans l’unité française, tout en préservant les intérêts français face au monde et à la mondialisation, rôle qu’il semble ne plus remplir désormais. 

    Consommer intelligemment et « socialement », c’est d’abord ne pas acheter sur ces grandes plateformes de commerce en ligne, dont celle qui porte le nom du grand fleuve d’Amérique du Sud, multinationale fraudeuse qui prive les Etats, et particulièrement le nôtre, de ressources fiscales qui se comptent en milliards d’euros annuels. Or, je constate que les classes moyennes et aisées ont pris l’habitude de commander par la toile ce qu’elles pourraient acheter (ou commander) dans les boutiques réelles, par une facilité qui confine parfois à de la paresse. Pourtant, cela a un coût caché mais très lourd pour les finances françaises : car, trop souvent, le commerce dit « en ligne » échappe aux contraintes fiscales et concurrence directement le commerce réel, qui reste, par nature, limité par des horaires humains et c’est d’ailleurs heureux ! Or, c’est bien ce dernier commerce qu’il faut aider et sauvegarder, pour éviter une « dématérialisation » trop avancée de l’économie qui serait une catastrophe, pas seulement économique mais aussi tout simplement sociale et humaine. 

    Acheter à des commerces à taille humaine et de proximité, ruraux ou urbains, c’est aussi le meilleur moyen de conserver un tissu de liens sociaux près de chez soi et au cœur de notre pays, de ses campagnes, de ses villes et de ses quartiers : c’est une pratique individuelle multipliée par autant d’habitants qui peut avoir de vraies et heureuses conséquences sur la réalité économique de notre pays. Mieux vaut acheter à des personnes concrètes, vivant près de chez nous, que de financer des plateformes ne profitant qu’à quelques uns, souvent actionnaires résidant de l’autre coté de l’Atlantique ou confinés dans des quartiers protégés des villes mondiales occidentalisées. 

    De plus, privilégier les produits fabriqués en France, c’est préserver les emplois industriels tout comme acheter des volailles ou des viandes françaises, tout comme légumes, champignons ou fruits locaux, peut permettre de maintenir et de développer une agriculture qui doit, si elle veut survivre, se dégager du piège d’une mondialisation incontrôlée qui se définit et se marque trop souvent comme « la guerre de tous contre tous » au profit de quelques uns. Ainsi, pour les fêtes, je ne me fournis que chez des boulangers et pâtissiers locaux, des petits artisans bouchers et des cavistes indépendants, sans passer par les grandes surfaces qui tirent les prix vers les bas en se fournissant dans des pays où les salaires sont (très et trop) bas, et dans lesquels la qualité des produits est souvent dévalorisée au profit de la quantité ! 

    Consommer en responsabilité, c’est aussi un acte civique et, même, politique ! Ce n’est pas toujours facile, certes, mais si les consommateurs français ne le font pas, le risque est de voir la facture sociale (donc fiscale) s’aggraver ! L’Etat, s’il n’avait pas si peur de froisser les ayatollahs du « libre-échange » qui contrôlent la Commission européenne, devrait agir pour inciter (et non forcer, évidemment) nos concitoyens à cette consommation responsable et juste. Mais une République soumise aux intérêts de l’Argent et de la Société de consommation (cette « Société » qui est incapable de concevoir la prospérité sans la croissance, alors que c’est pourtant et sans nul doute un enjeu pour la suite !) peut-elle s’engager dans une telle politique, librement et intelligemment ? Par expérience et par réflexion, j’en doute ! 

    jpg_frmarche-noel-strasbourg-2.jpgLà encore, une « révolution royale », qui n’est pas un simple changement de locataire du Pouvoir, pourrait ouvrir de nouvelles possibilités à l’économie et à la consommation dans notre pays. En attendant, chaque consommateur, royaliste ou non, peut s’engager dans une « régence » économique en pratiquant ces quelques gestes simples qui transforment l’acte de consommer en acte social, économique et politique éminemment français. Le jeu en vaut la chandelle, et peut permettre une suite heureuse : alors, au-delà des paroles, agissons, concrètement et simplement, pour un Noël français !  ■  

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin

  • Patrimoine cinématographique • La ville est tranquille

     

    Par Pierre Builly

    La ville est tranquille de Robert Guédiguian  (2000)

    20525593_1529036520490493_4184281983923317414_n.jpgMagnifique, Désespérant 

    Est-ce un hasard si le plus noir, le plus sombre, le plus désespéré, le plus désespérant des films de Robert Guédiguian est, à mes yeux, le plus réussi, le plus magnifique, le plus attachant, le mieux composé ?

    La ville est tranquille ne comporte désormais plus aucune des scories, des maladresses, des naïvetés de ses précédentes réalisations et jongle avec virtuosité avec l'entrelacs d'histoires parallèles, toutes fortes, émouvantes, d'une infinie tristesse. 

    051213_af.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgComme certaines parallèles finissent par se côtoyer et même par se croiser, contrairement aux préceptes de la géométrie euclidienne, cela donne un film qui saisit dès les premières images, éclatantes, du générique. Long panoramique qui remonte les quais de Marseille, de la Joliette vers le Vieux Port et qui montre, mieux qu'un long discours combien la ville est une juxtaposition de quartiers qu'unit seulement la vocation maritime et l'amour inconditionnel pour le glorieux Olympique de football. Cités HLM du nord, beaux immeubles du sud, villages de maisonnettes imbriquées les unes dans les autres, le tout relié par des ponts, des estacades, des portions d'autoroutes qui éventrent la cité et la parcellisent. Partout aussi des entrepôts, des hangars, des docks ; et beaucoup d'usines désaffectés dont le béton finit de s'esquinter au rude soleil. Marseille ne va pas bien : chômage, violence, difficultés d'intégration d'une immigration galopante. 

    ville-est-tranquille-00-05-g.jpgEt ravages de la drogue, bien sûr. C'est peut-être par là qu'il faut commencer à saisir le film tant l'héroïne pèse sur le destin de Michèle (Ariane Ascaride), dont le mari est alcoolique, chômeur et violent et dont la fille Fiona se prostitue à toute la cité pour payer ses doses, incapable d'élever son bébé, dont elle ne connaît d’ailleurs pas le père. Fiona, c'est Julie-Marie Parmentier, que j'ai découverte dans Les blessures assassines de Jean-Pierre Denis - l'histoire du crime abominable des sœurs Papin - et dont la qualité de jeu ne cesse de me bluffer). 

    Michèle, c'est le personnage le plus extraordinairement positif et courageux du film, en tout cas parmi les premiers rôles, qui porte sur ses épaules et dans son cœur toute la misère, tout le chagrin, toute la fatigue du monde, qui travaille la nuit à la criée aux poissons, ne revient chez elle que pour donner le biberon à sa petite fille et soigner son enfant blessée et toujours en manque. Et si elle finit par procurer de la drogue à Fiona, à se prostituer pour en acheter et, à bout d'épuisement par céder à la fatalité de l'inéluctable, ça ne peut pas retirer un iota à l'admiration qu'on porte à sa force d'âme. 

    10_2.jpgAutour d'elle, les habituels complices de Guédiguian, Paul (Jean-Pierre Darroussin), doux vieux garçon aux parents aimants (Jacques Boudet et Pascale Roberts) et Gérard (Gérard Meylan), muré dans ses souvenirs et sa violence. À côté d'elle, qu'elle ne verra pas mais qui, comme elle, font partie de la grande respiration blessée de la ville, un couple bourgeois, en train d'éclater (Christine Brücher et Jacques Pieiller), un jeune Comorien, Abderramane (Alexandre Ogou), une belle fille un peu timbrée, Ameline (Véronique Balme)... destins qui se croisent, qui influent peut-être les uns sur les autres... 

    0.jpgRares sont les scènes apaisées, dans La ville est tranquille ; je n'en vois, à dire vrai, qu'une seule, très drôle, d'ailleurs : Paul (Darroussin, donc), qui est conducteur de taxi, chantant à Michèle (Ascaride), L'Internationale, en français, anglais, espagnol, allemand... Mais que de séquences tendues, pénibles, douloureuses, même (ainsi les supplications de Fiona, en manque d'héroïne, à sa mère, pendant que son bébé hurle). 

    Tout est noir. Et quelles solutions ? Guédiguian achève son film sur un très jeune virtuose qui enchante et réconcilie tout le voisinage par la beauté des mélodies qu'il joue sur le grand piano qu'on vient de lui livrer. L'image est incongrue et belle, miraculeuse presque. 

    Comme était l'envolée vers le Ciel des pauvres habitants du bidonville de Miracle à Milan. 

    Mais, pour Guédiguian, le Paradis n'existe pas. Et l'Espérance est morte. 

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    Le DVD est malheureusement épuisé ; on n’en trouve d’occasion que pour environ 30 € .

    Retrouvez l'ensemble des chroniques hebdomadaires de Pierre Builly sur notre patrimoine cinématographique, publiées en principe le dimanche, dans notre catégorie Culture et Civilisation.
  • Livres & Histoire • Un mensonge d’État au service de l’étranger

    Les généraux de Lattre et de Monsabert

    Par Hilaire de Crémiers 

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    Ce livre est un plaidoyer pour la France et les Français.

    À l’encontre des propos mensongers et des images grossières qui sont déversés à longueur de temps et d’antennes et qui font de la France un pays minable qui s’est toujours mal comporté, en particulier pendant les années 40, avec des Français lâches, égoïstes, ignobles, collaborateurs nés, antisémites patentés, xénophobes… Discours officiels, historiographie officielle, instruction et éducation officielles !

    Tout ça pour permettre aux politiciens de jouer les grandes consciences en accusant leurs anciens et en battant la coulpe de la France. Jacques Chirac a donné le « la ».

    En fait, ce sont les États-Unis et les Anglo-saxons qui ont inventé cette légende. Le faux historien Paxton en est l’illustration. Leur politique a toujours été d’humilier la France pour mieux la dominer et servir ainsi leurs intérêts et ceux de leurs vrais alliés, Israël en particulier. L’opinion occidentale, et française singulièrement, matraquée sans cesse, en vient à penser que tout est de la faute de la France, même le nazisme. L’Allemagne est déchargée de toute culpabilité ! Hitler n’est rien par rapport à Pétain. C’est énorme ! Et c’est répété à longueur de temps.

    Alors l’auteur en quelques chapitres rappelle les fait : les combats de la Résistance, les hauts faits de l’armée française avec les Juin, les de Lattre, les Leclerc, le comportement exemplaire de l’immense majorité des Français, la protection des Juifs, tout un effort qui tendait vers la libération, de tous les côtés, aussi bien des maquis que de l’administration….

    Sur tel ou tel point, il est permis d’élever quelques réserves ; car il y eut, malheureusement, des exactions, des règlements de compte, une épuration indigne qui aurait dû être évitée.

    Il n’en reste pas moins que la France ni les Français ne méritent des jugements aussi indignes : en s’y prêtant les Français ne font que le jeu d’ennemis retors qui savent en profiter. Non, la France n’est pas coupable.     

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    La France face à l’hégémonie des États-Unis d’Amérique, William Macbeth, Ed. La Bruyère, 321 pages, 22 €.   

    Hilaire de Crémiers