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Culture & Civilisation - Page 4

  • Histoire • Marie-Thérèse d’Autriche

     

    par Anne Bernet

     

    938307326.pngPour un Français, peu de noms émergent de la longue liste des souverains Habsbourg et, leur poserait-on la question, sans doute serait-ce celui de Marie-Thérèse qui leur viendrait d’abord à l’esprit. Peut-être parce que l’impératrice, épouse d’un duc de Lorraine, fut la mère de Marie-Antoinette et qu’elle exerça sur sa fille, comme sur tous ses enfants, -elle en eut seize- une influence fâcheuse. Montée sur le trône en 1740, la jeune femme n’avait pas été préparée à régner par son père, Charles VI, qui espérait la naissance d’un fils et négligea l’éducation politique d’une princesse prête à hériter d’un empire amputé de l’Espagne, revenue aux Bourbons, et d’une partie de ses territoires italiens et balkaniques. Si la France demeurait hostile, le vrai péril venait désormais de la Prusse de Frédéric II. Les premiers mois du règne furent désastreux, au point que tout sembla perdu. Mais Marie-Thérèse fit face, avec une détermination étonnante. Lorsqu’elle s’éteignit, en 1780, elle avait préservé ses possessions et, au prix de retournements d’alliances spectaculaires dont elle fut l’unique bénéficiaire, repris sur la scène internationale une place prépondérante. Pour y parvenir, elle avait froidement sacrifié sa progéniture, fidèle à la devise ancestrale : « les autres font la guerre ; toi, heureuse Autriche, marie-toi ! »

    Jean-Paul Bled donne de la vie et de l’œuvre de l’impératrice une analyse remarquable, qui éclaire toute l’histoire du XVIIIe siècle. Travail d’autant plus nécessaire qu’il n’existe pratiquement aucune biographie française de ce personnage crucial. 

    Marie-Thérèse dAutriche, de Jean-Paul Bled, Perrin Tempus. 

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  • Conférence : L’Histoire des Bourbons de France et des Bourbons d’Espagne [Paris, ce soir, 31 mars]

     

    3038070342.jpgVendredi 31 mars 2017, l’Institut de la Maison Royale de France et la Hermandad Nacional Monárquica de España, délégation France, ont le plaisir de vous inviter à la conférence sur l’histoire des Bourbons de France et des Bourbons d’Espagne présentée par l’historien Philippe Delorme.

    Cette conférence exceptionnelle sera donnée à 19H30 dans la grande salle paroissiale de l’église Saint Germain l’Auxerrois, paroisse des rois de France. Pour pouvoir participer à cette conférence, merci de remplir et de retourner le bulletin d’Inscription ci-dessous.  

    Bulletin d’Inscription à la conférence

  • Où Léon Bloy (avril 1914) donne la description très exacte de notre chienlit

    Léon Bloy (1846-1917)

     

    « Atrophie universelle des intelligences, avachissement inouï des caractères, exécration endémique de la Beauté et de la Grandeur, obsèques nationales de toute autorité humaine ou divine, boulimie furieuse de jouissances, destruction de la famille et vivisection de la patrie, moeurs de cochons enragés, empoisonnement systématique de l'enfance, élection de chenapans ou de goîtreux dans les cavernes de la politique ou sur le trottoir des candidatures, etc., tels sont les fruits de l'arbre de la Liberté ».

            

    Léon Bloy, avril 1914

  • Justice & Royauté • Camille Pascal : Saint louis et son chêne expliqué aux « historiens de garde »

    Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, Pierre-Narcisse Guérin, Musée des Beaux-Arts d'Angers

     

    Par Camille Pascal     

    Au cours de l'Émission politique, François Fillon a été prié de se prononcer sur la crédibilité de Saint Louis rendant la justice sous son chêne. Dans cette remarquable tribune [Figarovox 24.03] Camille Pascal montre comment cela est révélateur du rejet des intellectuels contemporains à l'égard de toute référence au roman national. Beaucoup de choses ont disparu en même temps que la monarchie. A commencer par la vraie justice qui s'incarnait dans la personne du Roi et qu'il garantissait. Vint ensuite la justice révolutionnaire. On sait ce qu'elle fut et, somme toute, elle s'est prolongée ...  LFAR  

     

    3192984736.jpgIl est des émissions politiques qui ont marqué l'histoire de la télévision française, d'autres, l'Histoire contemporaine tout court, il est plus rare qu'elles aient provoqué un débat sur l'Histoire de France. L'Émission Politique, puisque tel est son nom, diffusée jeudi dernier sur France 2 et dont François Fillon était l'invité, marquera, à n'en pas douter, l'histoire de la télévision mais seuls les résultats du premier tour des élections présidentielles permettront de dire si elle aura joué un rôle dans l'histoire politique de notre pays. Néanmoins, une chose est sûre désormais, cette émission aura fait de l'Histoire de France un enjeu majeur de ce scrutin.

    Le « cabinet noir », chacun le sait, a toujours été depuis Monsieur Gabriel Nicolas de la Reynie, une prérogative du Lieutenant Général de Police et donc le domaine exclusif de la Maison du Roi. Quant à Christine Angot, malgré le tintement de ses bracelets, elle n'est pas, loin s'en faut, Madame de Staël, ni même Marguerite Duras dont elle a fait, ce soir-là, un pastiche pathétique. Pour autant, si l'Histoire affleurait déjà dans ces deux grands moments de télévision, elle n'était pas encore au centre du débat.

    Il a fallu attendre la confrontation entre le candidat et un professeur d'Histoire-Géographie au lycée de Nanterre, Madame Laurence de Cock, vice-présidente d'un étrange « Comité de Vigilance face aux usages publics de l'histoire » - on se demande bien en quoi l'Histoire qui constitue la mémoire collective des événements passés n'est pas d'usage public ? - pour que l'Histoire fasse son entrée en majesté sur le plateau de l'émission. Il s'agissait de condamner toute référence au fameux récit national qui est désormais considéré par certains intellectuels comme une sorte d'avant-poste du révisionnisme. L'échange fut courtois, presque respectueux de part et d'autre, alors même que les trois furies antiques, Tisiphone, Mégère et Alecton, continuaient à tournoyer autour des projecteurs quand madame Laurence de Cock demanda de but en blanc à François Fillon si la figure du Roi Saint-Louis rendant la justice sous son chêne lui paraissait « crédible » ?

    Le candidat des Républicains s'attendait certainement à tout ce soir-là sauf à devoir se prononcer sur la crédibilité de Saint-Louis... Chacun sait, pourtant, que l'image du Roi Saint-Louis rendant la justice sous son chêne dans les jardins du château de Vincennes n'est pas une invention de l'imagerie populaire, comme la barbe fleurie de Charlemagne par exemple, mais qu'elle est tirée du témoignage direct du fameux sire de Joinville (1224-1317), compagnon d'armes, conseiller et historiographe du Roi Saint-Louis. Ce personnage historique a donc non seulement existé mais il nous a laissé des souvenirs parfaitement crédibles qui sont encore aujourd'hui la principale source sur l'histoire de ce règne. Alors certes, comme toutes les sources qui sont à la disposition de l'historien, ce témoignage doit être soumis à une critique interne et externe, c'est-à-dire qu'il doit faire l'objet d'une analyse rigoureuse avant d'être confronté minutieusement aux autres sources disponibles. Il revient donc à l'historien d'expliquer dans quel contexte et surtout avec quel « outillage mental », selon la très belle expression de Lucien Febvre, le texte a été produit, mais dès lors que celui-ci n'est pas un faux, comme la donation de Constantin par exemple, il est par nature « crédible ».

    Le lecteur comprendra aisément qu'aux yeux de madame de Cock, le témoignage d'un noble et pieux chevalier franc du XIIIème siècle, croisé par-dessus le marché, soit hautement suspect mais il n'en demeure pas moins que le récit que Jean de Joinville a fait du Roi Saint Louis rendant la justice sous un chêne du bois de Vincennes est non seulement crédible mais parfaitement véridique. Peut-être faut-il rappeler à Madame de Cock, didacticienne et historienne du « fait colonial », que le Roi de France est au Moyen-Âge le principe de toute justice et qu'il peut donc à ce titre, non seulement faire la Loi, mais juger en lieu et place de magistrats qui n'étaient, en réalité, que ses délégués et qui perdaient de fait cette délégation en sa présence. Ainsi non seulement la scène du bois de Vincennes est-elle parfaitement crédible mais elle est évidemment très utile pour permettre de faire comprendre à des élèves de primaire ou du collège en quoi les rois de France étaient d'abord des « Rois de Justice ». C'est ce qu'avait parfaitement compris Ernest Lavisse, bête noire de Madame de Cock, et grand admirateur de Joinville.

    En s'interrogeant sur la « crédibilité » de ce témoignage, madame de Cock a fait preuve en vérité d'un très grand mépris non seulement pour le roi Saint-Louis, le sire de Joinville, mais au-delà pour tous ceux de nos ancêtres qui ont eu le tort, à ses yeux, de vivre au XIIIème siècle, de croire en Dieu et même en la Mission Divine de la France qui justifiait, alors, les Croisades. Il est vrai que les sujets du Roi Saint-Louis n'avaient pas la chance de lire Libération tous les jours ni même de pouvoir profiter de l'enseignement de madame de Cock.

    Ce dont cette enseignante, certainement dévouée, n'a semble t'il pas pris tout à fait conscience c'est qu'en s'interrogeant publiquement et d'un petit ton d'ironie sur la crédibilité d'un épisode parfaitement authentique de l'histoire du Roi Saint-Louis, elle a posé sur la civilisation française du XIIIème siècle le regard « colonial » que la IIIème République et ses instituteurs portaient sur les cultures, les récits et les croyances « indigènes » au début du XXème siècle. Regard condescendant et méfiant que cette historienne du « fait colonial » est, n'en doutons pas, la première à condamner. 

    « Non seulement la scène du bois de Vincennes est parfaitement crédible mais elle est très utile pour faire comprendre à des élèves en quoi les rois de France étaient d'abord des " Rois de Justice " ». 

    Camille Pascal           

  • Histoire & Actualité • Mazarin président ! La morale n’a rien à voir avec la politique

     

    Une chronique de Jean-Paul Brighelli

    [Bonnet d'âne & Causeur 22.03]

    Le style et la lucidité Brighelli. La verdeur, l'expression directe, souvent familière, qui la rend proche, attrayante, convaincante. A quoi s'ajoute une sorte de bon sens, comme sorti du vieux fond populaire, au temps où il existait encore : L'on est d'emblée d'accord avec Brighelli. A noter, pour nous qui sommes royalistes, que Camille Pascal [voir ci-dessus] comme Jean-Paul Brighelli, sont l'un et l'autre amenés à se référer à l'Ancien Régime dès lors qu'il s'agit de droite Justice ou de compétence politique ... Lafautearousseau

         

    2704624286.jpgLes solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ?

    Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ?

    Plutôt que d’exiger un politique « propre » — une exigence portée par nombre d’électeurs qui ne le sont guère —, je préférerais que l’on exigeât (c’est chouette, l’imparfait du subjonctif, ça vous fait immédiatement passer pour un réactionnaire aux yeux des imbéciles) des hommes politiques compétents — prioritairement. Des hommes d’Etat, y compris de sexe féminin, à l’aventure.

    Mais ça, évidemment, c’est plus rare. Chez les politiques comme chez leurs électeurs.

    J’ai un peu travaillé sur le XVIIème siècle, particulièrement sur les années 1648-1658, autour de la Fronde et de la Guerre de Trente ans. Et j’en ai tiré une grande admiration pour les politiques de l’époque — Retz, conspirateur-né qui avait distribué des dizaines de milliers d’écus d’aumônes pour soulever le peuple des gueux, Condé, « né capitaine », qui n’hésita jamais à trahir son royal cousin et à diriger contre lui les armées de l’ennemi espagnol, et surtout Mazarin, qui sut résister à la Fronde, et signer les traités de Westphalie et la Paix des Pyrénées. C’est lui, juste derrière Louis XIV dont il contrôle l’embrassade avec son homologue espagnol, Philippe IV.

    Mettons les événements en balance. Mazarin était d’une origine obscure, il n’avait pas un sou vaillant quand il arriva à Rome, il coucha avec qui il fallait — hommes et femmes, disent les pamphlétaires de l’époque —, il fit même semblant d’entrer dans les ordres (tout en s’en gardant bien, lui qui avait des choses de la religion une vision essentiellement utilitaire, ce qui lui permit d’être nommé cardinal à 39 ans, et peut-être après d’épouser la Reine de France, Anne d’Autriche), il s’affecta à lui-même les revenus de 21 des plus grosses abbayes de France, et mourut en laissant une énorme fortune (il était probablement l’homme le plus riche de France, peut-être d’Europe) acquise par des procédés absolument délictueux, même selon les normes de l’époque. Et alors ? 

    Il avait acquis à la France les Trois évêchés (Metz, Toul, Verdun), Sedan et toute la Haute-Alsace, sans compter des villes éparses dans l’Est et dans le Piémont. Et aussi l’Artois, Gravelines, Thionville, tout le Roussillon (l’Espagne jusque là s’étendait au-delà de la forteresse de Salses, qui se situe à 30 kilomètres au nord de Perpignan), le Vallespir, le Conflent et le Capcir — et tout l’est de la Cerdagne. Désormais, c’étaient les Pyrénées qui formeraient la frontière. Il avait marié son filleul Louis XIV à sa cousine germaine Marie-Thérèse, et avait exigé une dot si considérable que l’Espagne ne put jamais la fournir, ce qui permit plus tard à Louis XIV d’installer un Bourbon sur le trône à Madrid — ils y sont encore. Et à part l’intermède napoléonien, nous n’avons plus jamais eu de guerre avec l’Espagne, ce qui n’est pas rien quand on pense que cela faisait plus d’un siècle que nous nous entre-tuions sur tous les champs de bataille européens. Ah oui, et il a légué Turenne et Colbert au roi, qui en fit grand usage. Parce qu’en plus, il savait s’entourer de gens compétents — et pas de sous-fifres anxieux d’être élus ou réélus.

    Chef d’un pays catholique, il sut s’associer aux puritains de Cromwell pour écraser Condé passé à l’ennemi, à la bataille des Dunes. Mais il poussa le roi à se réconcilier avec ledit Condé, qui lui gagna par la suite un petit paquet de batailles. Et il salua la restauration de Charles II en Angleterre — contre les puritains alliés de la veille. On n’avait pas encore inventé le mot de Real Politik, mais l’idée était déjà là.
    Et se sentant mourir, il eut l’habileté suprême de faire semblant de léguer son immense fortune au roi, qui fort obligeamment refusa le cadeau, car il ne sied guère à un souverain de devoir son aisance à un particulier. Dumas a tout raconté en détail dans le Vicomte de Bragelonne. Du coup, cela lui permit de doter très richement ses nièces, qui n’étaient pas non plus des premiers prix de vertu. La belle affaire !

    Bref, un type très faisandé, et le plus grand Premier ministre que nous eûmes jamais — si grand que Louis XIV, à sa mort, renonça à le remplacer.

    Voilà un homme politique selon mon cœur. Doué, intrigant, parti d’en bas et arrivé en haut, promettant tout sans jamais tenir, amateur d’arts et de musique — c’est grâce à lui que l’opéra est entré en France. Attaqué comme jamais homme politique d’aujourd’hui ne le fut (on compte près de 5000 « Mazarinades », ces terrifiants pamphlets écrits contre lui et l’accusant de tous les péchés capitaux), et survivant toujours. Italien de surcroît — Giulio Mazarini, un immigré ! —, mais éminemment français : imaginez un Algérien dans la même situation, et vous aurez une idée de ce que l’on pensait et disait de lui, y compris le fait qu’il aurait eu le « vice italien », qui était puni de mort à l’époque. Il a même eu l’idée de faire élever Philippe, le frère cadet du roi, selon des mœurs assez peu viriles, afin qu’il n’ait jamais l’idée de comploter contre son frère, comme l’avait fait Gaston contre Louis XIII. Tout en le mariant quand même à la sœur du roi d’Angleterre, pour préserver l’avenir.

    Bref, une ordure d’un immense talent. Sans lui, le Rivesaltes et le Maury seraient des vins espagnols. Un désastre.

    Evidemment, tout cela se passait à une époque où la France dominait l’Europe. Maintenant que nous sommes un renvoi en bas de page de l’historiographie allemande, nous nous soucions plus de morale  que de grandeur —c’est tout ce que l’on nous laisse.

    bruno-le-roux-demission-fekl-660x400.jpgQue la présente campagne présidentielle se consacre depuis deux mois à l’exposé de vétilles en dit long sur la façon dont la société du spectacle camoufle le politique sous des falbalas, et d’acteurs que nous fûmes (le passé simple aussi fait de moi un homme de droite) nous transforme en marchandises. Parce c’est de politique qu’il s’agit — et personne n’en parle. On frappe sur des casseroles, on s’invective sur des frais de transport (ça avait commencé il y a vingt ans à propos des « frais de bouche » de Chirac à l’Hôtel de ville de Paris), on met en examen pour des broutilles — alors qu’on devrait inculper tous ceux qui ont miné la France depuis trente ans, par exemple dans l’Education nationale — et qui persistent et signent.

    Allez, votez en fonction des programmes, en fonction de capacités réelles des candidats, en fonction de vos convictions politiques. Sinon la prochaine fois je vous raconte la vie de l’abbé Dubois — dont on fait les pipes.  • 

    Jean-Paul Brighelli
    Enseignant et essayiste, anime le blog Bonnet d'âne hébergé par Causeur

  • Livres, BD • Complot, le naufrage du Titanic

     

    par Anne Bernet

     

    938307326.pngEt si la version de certains événements, telle qu’elle figure dans les livres d’histoire, était un tissu de mensonges destiné à dissimuler de sombres secrets d’État ? L’idée est séduisante, parce que souvent vérifiable …

    Ainsi en va-t-il pour cette relecture des conditions du naufrage du Titanic en avril 1912, alors que les signes avant-coureurs d’une guerre prochaine se multipliaient. Un iceberg fut-il bien, comme le conclut l’enquête officielle, la cause du drame ? Et pourquoi la commission d’enquête réfuta-t-elle systématiquement les déclarations du capitaine du Californian, Stanley Lord, accusé de n’avoir pas secouru le paquebot en détresse alors qu’il se trouvait à quelques miles seulement mais qui soutint jusqu’à la fin de sa vie qu’un autre navire, resté non identifié, naviguait beaucoup plus près du transatlantique et que c’était ce mystérieux steamer que les survivants avaient pris pour le Californian ?

     Évidemment, la tentation est grande de conclure, comme les spécialistes, que Lord, tardivement honteux de sa conduite, tenta de se dédouaner en inventant la présence sur zone d’un navire fantôme … A moins que …

    Reconnaissante au capitaine Lord qui, jadis, en Afrique du Sud, lui sauva la vie, Margaret Wade, infirmière militaire difficile à effrayer, décide de le croire quand il affirme qu’un autre bateau croisait dans les parages et, pour laver l’honneur de son ami, se met à la recherche de tout élément susceptible d’accréditer cette version. Elle ignore, ce faisant, contrecarrer les plans de gens puissants et sans scrupules. Ne l’ont-ils pas déjà prouvé en envoyant le Titanic par le fond et en provoquant la mort de 1500 innocents ?

    L’histoire est redoutablement bien faite, au point de semer un doute durable dans l’esprit du lecteur. C’est le but car l’hypothèse, à tout prendre, se tient.

    Quant au dessin, clair, précis, agréable, il concourt à faire de cet album une vraie réussite.

    Complot, Le Naufrage du Titanic, de Alcante, Gihef, Köllé et Fiki, Delcourt, 57 p., 14,95 €.

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  • Histoire • Barras, un régicide en Provence

    Le Château Barras en 2017

     

    Le billet inattendu de Péroncel-Hugoz

     

    « Le peuple français est incapable d'un régicide! »

    Louis XVI

    Citation non sourcée donnée par le site du ministère de la Justice 

     

    peroncel1.jpgIssu d'une lignée présente aux Croisades, Paul de Barras (1755-1829), était natif d'un petit village haut perché de Provence intérieure, Fox-Amphoux (400 âmes en 2017), resté quasi intact jusqu'à présent, grâce à son éloignement des circuits touristiques de masse. En 19581959, le maître hollandais Bram Van Velde (1895-1981), fuyant Paris, vécut à Fox. Barras, lui, a surtout gravé son nom dans la capitale, comme régicide (1793) puis comme le plus influent des cinq « directeurs » de ce Directoire empanaché qui, entre Terreur et Consulat, exploita la France.

    Avant la Révolution, Barras s'était battu contre les Anglais, aux Indes... Cynique, dépravé, sans scrupules, sanguinaire à l'occasion (il fit, entre autres, décapiter le général girondin Gaspard Brunet), le « vicomte à l'ail » mit tout son pouvoir au service de sa soif d'argent et de jouissance faciles. Des témoignages locaux évoquent les « charrettes de Barras » apportant à Fox des objets précieux enlevés par ses sbires à monastères et manoirs, tandis que Saint-Raphaël se faisait appeler un temps « Barrasthon »...

    Paul_Barras.jpgSentant l'opinion revenir au royalisme, l'élu varois alla voir dans sa geôle le petit Louis XVII, au moment même où on tuait Robespierre, puis, en 1799, il offrit ses services tarifés au futur Louis XVIII... Les monarchistes surnommèrent Barras «Colibri », tandis que Bonaparte qualifiait de « chef des pourris » celui qui lui avait quand même présenté Joséphine de Beauharnais... Cependant, une face moins connue de ce « politichien » tend à nuancer un peu ce sinistre portrait : l'attachement de l'homme à son terroir provençal, incluant sa mère (morte en 1805) et sa femme, Marie-Pélagie Templier, née de roture aisée en 1759 et épousée en 1791 à l'église Saint-Blaise de Fox ; sa dot comportait une solide bastide des environs que le marié embellit et qui est restée connue jusqu'à nous comme « Château-Barras ». Le couple étant sans postérité, la propriété passa ensuite de mains en mains avant d'être acquise en 2002 par la galeriste d'art moderne Sabine Puget qui a redonné du lustre au lieu, y ajoutant notamment un sobre jardin de sculptures, non loin de l'allée historique des buis. La chapelle où priait la catho-royaliste Pélagie a été décorée par deux artistes de notre époque : Francis Limerat et Jean-Pierre Schneider.

    Barras, donc, revint maintes fois en son « château », sauf lorsque Napoléon l'exila un moment à Rome où l'intrigant régicide trouva le moyen de s'introduire auprès du roi déchu Charles IV d'Espagne, cousin et sosie de Louis XVI... Les Bourbons de France, tout aussi indulgents, laissèrent ensuite l'ex-conventionnel se réinstaller à Paris où, en 1821, il fit enfin venir de Fox son épouse qui se dévoua à lui jusqu'à ce que meure, en 1829, le « missionnaire de la Terreur ». Christine Le Bozec, spécialiste de cette période, esquisse dans son récent Barras une « réhabilitation » du personnage - c'est dans l'air actuel où même Isabeau de Bavière a droit à son blanchiment... Les crimes de Barras ne peuvent être effacés mais il est vrai que la vue de son sublime terroir inchangé risque de faire mollir un peu certains coeurs qui ont oublié la chanson antirévolutionnaire : « Plus que Néron, mon vicomte est despote...» 


    Site de Château-Barras : www.galeriesabinepuget.com

    Lire: Histoire de Fox-Amphoux, de Jacques Seille, imprimerie du Las, Toulon, 1998 ; Barras, de Christine Le Bozec, Perrin, 2016.

    Paru initialement dans LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE n° 89 - mars-avril 2017

  • Jean-François Mattéi ? Présent !

     

    Mur-bleu gds.jpgIl est des dates joyeuses. Il en est de tristes.

    A vrai dire, celle du 24 mars, pour nous, n'est pas triste, à proprement parler, car nous savons où et pour quel vrai Royaume il est parti, nous quittant ce jour-là, nous qui étions ses amis, et lui le nôtre. Mais elle est grave, elle nous ramène à ce que Boutang - qu'il connaissait si bien, qui avait été son maître - appelait le « souci ». Nous partagions en effet avec Jean-François Mattéi - que nous avons eu la grande chance de connaître de très près, et de fréquenter, au sens premier du terme - le souci du Bien commun, de l'Europe et de son futur, de la Civilisation. 

    Nous étions éblouis à chaque rencontre, à chaque repas partagé avec lui, à chaque Colloque ou Conférence qu'il donnait volontiers, par l'immensité de sa culture, son ouverture d'esprit mais aussi - et en un certain sens, peut-être, surtout... - par sa simplicité, sa bienveillance, son urbanité rare. 

    Si nous avons eu beaucoup de chance de connaître Pierre Debray, Pierre Boutang, Gustave Thibon, il est clair que nous en avons eu beaucoup, aussi, de connaître, et si familièrement, Jean-François Mattéi.

    Le 24 mars, lorsqu'il nous quitta, il ne fut fait aucune mention de lui sur les ondes radios/télés de la misérable chose qui ose encore s'appeler Service public. Par contre, une obscure chanteuse de variétés américaine reçut un éloge funèbre de plusieurs minutes, plusieurs fois répété dans la journée ! Mais laissons-là, pour les plaindre, ces pauvres inconscients, qui ne savent même pas à côté de quoi ils sont passés...

    Jean-François Mattéi connaissait bien Lafautearousseau, il l'aimait, le lisait et avait même accepté d'y écrire. Plus que son agenda surchargé, comparable à celui d'un ministre, c'est la maladie et sa mort, soudaine, qui l'empêchèrent de réaliser ce vœu, qu'il ne put concrétiser que pour un seul article, que nous donnons ci-après*, accompagné du petit logo que nous avions imaginé pour ce qui devait être « sa » rubrique. Cet article fut publié le mardi 23 mai 2013, et il traite d'un sujet que Jean-François Mattéi connaissait bien et qui lui tenait à cœur, la théorie du genre...

    Moins d'un an plus tard, le 24 mars 2014, dans lafautearousseau, nous annoncions son décès aussi brutal qu'inattendu et cette perte immense pour la pensée et l'esprit français**.

    Laissons à un poète - à Frédéric Mistral - l'envoi de ce message d'amitié et d'affection à celui qui, mystérieusement, ne nous a jamais quittés :

    « E lou grand mot que l'ome oublido, veleici : la mort es la vido !

    E li simple, e li bon, e li dous, benura !

    Emé l'aflat d'un vent sutile, amount s'envoularan, tranquile,

    E quitaran, blanc coume d'ile,

    Un mounde ounte li sant soun, de longo, aqueira...

     

    « Et le grand mot que l'homme oublie, le voici : la mort, c'est la vie !

    Et les simples, et les bons, et les doux, bienheureux !

    A la faveur d'un vent léger, au ciel ils s'envoleront tranquilles,

    Et quitteront, blancs comme des lis,

    Un monde où les saints sont continuellement lapidés ! »  

    (« Miréio » , Chant X)  •

    3629826291.jpg

    *   Le Père Goriot et la Mère Vauquer, par Jean-François Mattéi

    ** Non omnis moriar

        Décès de Jean-François Mattéi : par dessus tout, une perte pour la pensée française

  • Entretien • Marin de Viry : « Le roi, c’est la France telle que l’éternité l’a voulue »

     

    Entretien - d'un grand intérêt, notamment pour nous, royalistes - paru dans l'Action Française 2000 [[n° 2951 du 16 Mars 2017]]].

     
    Redoutant la faillite de l’État, Marin de Viry appelle à lever l’hypothèque qui pèse sur l’avenir. Dans cette perspective, il explique qu’un roi, facteur d’unité, contribuerait à redonner à la France la confiance qui lui manque.

    Un roi immédiatement : tel est le titre de votre dernier livre. La Ve République ne répondrait-elle plus à sa définition de monarchie républicaine, conciliant un exécutif fort avec les exigences d’un parlementarisme raisonné ?

    La Ve République n’a plus rien à voir avec le régime que les constituants avaient imaginé en 1958. Pas seulement pour des raisons institutionnelles – certes, les institutions ont un peu évolué et l’Europe a changé la donne –, mais aussi et surtout à cause de l’esprit politique qui a conduit depuis quarante ans à hypothéquer d’abord l’avenir – pardon de parler d’argent, mais je pense à la dette que nous allons rembourser encore longtemps, nos enfants naissant avec plus de 30 000 euros de dette publique dans leur berceau –, ensuite le présent – c’est-à-dire les politiques que nous n’avons plus la capacité de mettre en place en raison de cette dette – et enfin le passé – le capital qui nous a été transmis et que nous allons dilapider pour payer cette dette. Aucun régime ne résiste à une dette aussi énorme que la nôtre, qui touche à la fois l’héritage, l’action présente et l’action future. Le quantitatif agresse le qualitatif, la civilisation est menacée par notre compte en banque, et le scandaleux destin de la Grèce nous pend au nez. Quand vous êtes en quasi-faillite, vous n’avez plus d’espace politique, plus de souveraineté, vous n’avez plus le droit de penser votre avenir tout seul. Le roi est nu. Il ne vous reste qu’à espérer que le régime a assez de force pour redresser la situation. La Ve République était un régime supposément fort et équilibré. Pas sûr qu’il résiste au stress de la faillite. Quant au parlementarisme raisonné, l’expression avait un sens quand l’exécutif était raisonnable et les parlementaires exagérément généreux : les parlementaires dissipaient, l’exécutif gardait, et les finances publiques étaient bien gardées. Aujourd’hui, les deux dissipent…

    La Ve République vous semble avoir laissé de côté la société civile. Une monarchie vous semblerait-elle mieux à même de laisser vivre et se développer les élites du pays réel ?

    Le pays réel… Je ne vais pas vous taquiner là-dessus. Disons plutôt le pays du principe de réalité. Le pays des Français qui ont une certaine idée d’eux-mêmes, de leur réalisation, de leur idéal, et qui se frottent aux réalités. Quand d’une part les réalités deviennent très dures et l’idée qu’ils se font de leur réalisation est méprisée, et que d’autre part la source de ce mépris et de ces difficultés est la même, c’est-à-dire tout ce qui est “officiel”, où il y a le gouvernement mais aussi les médias et la vie culturelle, alors le résultat est mécanique, politique, humain, ce que vous voulez, mais il est clair : ils détestent cette source. D’aucuns l’appellent le “système” ; dans le système, le principe de réalité n’agit pas, tout simplement. S’il agissait, nous aurions le sentiment d’une certaine raison dans les politiques et d’une certaine stabilité dans la situation. Dans l’idéal, la monarchie apporterait une réponse à cette question, en distinguant les citoyens – ou les sujets, je ne suis pas très regardant sur la terminologie – qui seraient véritablement utiles ; et au sommet, véritablement nobles, c’est-à-dire ayant administré la preuve qu’ils font passer leur honneur, lequel est toujours au service des hommes et donc de la société, avant leur intérêt personnel. Le principe de réalité, c’est tout simplement le champ d’application de l’intelligence pratique qui vise un principe. Je vise quelque chose, j’ai des moyens pour le réaliser et je cherche la bonne combinaison. Quand j’écoute beaucoup de responsables politiques, je me dis que l’intelligence les a désertés. Non pas qu’ils soient idiots, mais l’esprit de l’intelligence ne leur est tout simplement pas utile pour réussir. Il leur suffit de se promener avec des grilles de lecture en l’air, comme des cerfs-volants, pour réussir.

    Par sa présence, écrivez-vous dans votre livre, le roi fait peuple. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

    C’est d’abord un vieux paradoxe : nous serions plus unis, donc plus peuple, par un roi catholique qui n’aurait pas été choisi que nous ne le sommes par un président qui a été choisi, mais pas par tous, et qui a une durée de légitimité de plus en plus faible. Le roi est à l’abri des trolls de Facebook et d’ailleurs qui font et défont la popularité. Ensuite, c’est une affaire de métaphysique : le roi, c’est la France telle que l’éternité l’a voulue. Pas une sorte de communauté de rencontre que l’on traîne d’accident en accident jusqu’à son éventuelle disparition matérielle. Il faut croire que Dieu a voulu la France, ou alors c’est un nom de marque comme Coca-Cola. Enfin, le roi est une personne, et la république un mot. Le hasard ou la providence, l’éternité, l’incarnation : sous ces trois idées, dans un pays donné, chacun peut se sentir le voisin de l’autre.

    Vous demandez un roi immédiatement. Il y a donc urgence selon vous… Quels sont les principaux défis que notre pays a à relever ?

    Un seul : celui d’une belle conscience de lui-même, car il le mérite. Généreuse, forte, intelligente, humble, entreprenante, ardente : les idées de démocratie directe et de monarchie peuvent beaucoup contribuer à introduire ces adjectifs dans la conscience collective et individuelle. Dans ce pays, il nous manque un sommet et une base. Nous avons un milieu en perdition, qu’on appelle le système. Il faut s’en débarrasser sans haine, avec des idées claires sur la manière dont plus de libertés donneraient de meilleurs résultats dans tous les domaines. Mais ne perdons pas de temps.

    Votre conception de la royauté est solidaire de votre foi catholique : la laïcité ne vous semble-t-elle pas avoir tenu ses promesses ?

    Ce qu’il faut garder de l’esprit de la laïcité, c’est qu’aucune puissance ne doit être autorisée à prendre le contrôle des consciences. L’Éducation nationale doit continuer d’exister, avec le mandat de développer les connaissances, la capacité critique de chacun, mais en lien étroit avec la notion d’intérêt général ; elle doit cultiver une discrétion bienveillante, prudente, respectueuse, en ce qui concerne les croyances de la personne et de la famille de la personne. Il se trouve qu’être citoyen n’épuise pas les aspirations de la personne. La laïcité laisse un vide et laisse une liberté. Laissons le roi donner l’exemple d’un vide comblé, et laissons les hommes libres de le combler à leur guise. Sacrons le roi, et laissons les hommes reconnaître Dieu, ou pas. Garantissons la permanence de la présence du catholicisme en France, et laissons l’Église polariser les âmes si elle le peut. Mais c’est bien au christianisme catholique que nous devons donner les clefs des symboles, c’est-à-dire de l’union de ce qui est séparé. Le lien entre l’homme et Dieu, entre les hommes, entre les sexes, entre la France et les Français. En un prodigieux travail multiséculaire, le catholicisme a délégitimé la violence, a donné à chacun les clefs d’un destin individuel pacifique, utile, aimant, maintenu l’espérance en les fins dernières, et constamment maintenu l’invisible présent dans le visible. Ce n’est pas assez que de rappeler que le catholicisme est dans nos racines. Il est ce que nous sommes. Un roi catholique, c’est le début de la fin de la haine de nous-mêmes. 

    Marin de Viry, Un roi immédiatement, éditions Pierre-Guillaume de Roux, mars 2017, 144 pages, 18,50 euros.

  • Google, ou la révolution transhumaniste via le Big Data

     

    Par Eric Delbecque           

    A l'occasion de la sortie du livre de Christine Kerdellant Dans la Google du loup, Éric Delbecque décrypte dans cette tribune [Figarovox, 13.03], le projet de « fusion » entre le vivant et le digital porté par le géant de l'informatique américain. Ne nous y trompons pas : l'entreprise est - volens nolens - une révolution anthropologique menée par ce qu'Eric Delbecque nomme à juste titre un capitalisme sauvage darwinien et froid qui pourrait se révéler terriblement destructeur.  LFAR 

    Christine Kerdellant a relevé un beau défi Dans la Google du loup (Plon)! Elle met le doigt là où Google pose véritablement problème, à savoir sur la révolution anthropologique du transhumanisme… Pour ce qui concerne sa participation à la société de surveillance globale que fabriquent un certain nombre d'acteurs publics et privés, l'affaire est entendue depuis des années… Sous l'administration Obama, les dirigeants de Google se rendirent à la Maison-Blanche 230 fois! Ils confirmèrent en 2013 que les agences gouvernementales de l'Oncle Sam les sollicitaient annuellement - dans le cadre du Patriot Act - pour surveiller 1000 à 2000 comptes. En janvier 2015, la firme vedette du Web a reconnu avoir fourni au Ministère de la Justice américain l'intégralité des comptes Google de trois membres de Wikileaks.

    Il paraît dès lors compliqué de penser qu'une idéologie sécuritaire explique à elle seule l'extension de l'ombre de Big Brother sur le monde. Les géants du numérique du secteur privé (les GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple) participent largement à la manœuvre, plus ou moins volontairement (pas pour des raisons politiques, mais économiques). Nous assistons à l'émergence d'une société de surveillance de masse dont l'État n'est pas le centre mais l'un des maillons. Sa stratégie en matière de renseignement doit se lire comme un fragment d'un système cybernétique (au sens de science du contrôle) beaucoup plus vaste, où le capitalisme financier californien et numérique occupe une place décisive. Séparer ce dernier du complexe militaro-sécuritaro-industriel de l'Oncle Sam devient de plus en plus difficile, voire hasardeux.

    L'intérêt plus décisif du livre de Christine Kerdellant est ailleurs. Il explore de manière très accessible et percutante le cœur du projet Google, ou plutôt sa signification philosophique profonde. Derrière les joyeux Geeks de la Silicon Valley s'exprime la volonté de réifier l'humanité, de l'enchaîner à une raison calculante. Cette dernière va nous émanciper nous répète-t-on, nous libérer - via le Big Data - des limites de notre condition, nous délivrer de la mort et transformer notre existence en un jardin de fleurs. Mais lorsqu'on choisit d'examiner de plus près les conséquences des propositions de Google, on découvre une perspective d'avenir moins réjouissante.

    En réalité, c'est l'infiltration du capitalisme sauvage, darwinien et froid comme l'acier qui se laisse apercevoir dans le dessein clairement transhumaniste de Google. Derrière le slogan de « l'homme augmenté », on discerne une posthumanité clivée entre une hyperclasse, capable de se payer l'immortalité (la filiale du géant de Mountain View, Calico, veut « tuer la mort ») et la « surhumanité », et le reste de la population mondiale, qualifiable de « chimpanzés du futur » pour reprendre la formule du cybernéticien britannique Kevin Warwick.

    Tout cela est alimenté par le storytelling sur la « singularité » technologique (ou simplement la singularité). Ce dernier est un concept se définissant de la manière suivante : à partir d'un certain point de son évolution, la civilisation humaine pourrait franchir un seuil conduisant à une accélération inédite de la dynamique technologique. De nombreux spécialistes pensent que ce bond est lié à l'intelligence artificielle. Une fois cette étape franchie, le progrès sera l'œuvre d'intelligences artificielles en constante progression autonome. Un film a matérialisé cette abstraction : Transcendance, de Wally Pfister (2014), avec Johnny Depp. Ce dernier y incarne un scientifique génial spécialisé sur l'intelligence artificielle. Mais une organisation extrémiste, le RIFT (groupe révolutionnaire d'indépendance vis-à-vis de la technologie), tire sur lui avec une balle radioactive, qui ne lui laisse pas plus d'un mois à vivre. Pour survivre, il choisit de télécharger sa conscience dans un ordinateur.

    La singularité induirait des changements tels sur la société que l'individu humain d'avant la singularité pourrait difficilement les appréhender ou les anticiper. Les hommes risqueraient alors de perdre la maîtrise de leur destin (on rejoint là des scénarii mille fois envisagés par la science-fiction). En 2008, Ray Kurzweil (embauché depuis par Google) a fondé aux États-Unis l'université de la Singularité (dans la Silicon Valley). Le concept trouve ses sources dans les travaux sur la cybernétique de John von Neumann. La singularité acquit une certaine popularité dans les années 1990 grâce à Vernor Vinge. La possibilité même et la date de cet événement hypothétique soulèvent des débats. Plusieurs futurologues et transhumanistes l'attendent pour la troisième décennie du XXIe siècle. Mais ces hypothèses sont régulièrement critiquées pour leur manque de solidité scientifique. On comprend bien en revanche pourquoi Google et quelques autres ont tout intérêt à promouvoir ce thème ! Il fait signe vers nos rêves de puissance et d'éternité, matérialisés par le cyborg.

    Le cyborg est une fusion de l'homme et de la machine, et l'intelligence artificielle une tentative de reproduction du fonctionnement du cerveau humain à l'intérieur d'un ordinateur. Dans ces deux cas, il s'agit d'une véritable intrusion de l'univers mécanique et numérique à l'intérieur de la chair et de l'esprit. Ils représentent une menace sur la nature même de l'humanité dans la mesure où ils pourraient modifier notre rapport aux autres et au monde. Nos perceptions, nos sentiments, notre expérience charnelle de la réalité à travers nos sens seraient susceptibles d'être profondément transformés, voire annihilés. Si cet interfaçage homme/machine semble enthousiasmer les partisans les plus radicaux de l'ère digitale, il suscite l'appréhension d'une très grande part de nos contemporains.

    Au bout du compte, Christine Kerdellant fournit un dossier bien documenté permettant de se construire une opinion. Elle explique clairement qu'îl ne s'agit pas de formaliser une quelconque technophobie, mais de lire derrière le storytelling avantageux de Google une application au monde du vivant en général, et à l'être humain en particulier, d'une conception agressivement marchande du monde et de l'esprit. Cette dernière menace d'élaborer lentement une Big Mother au sourire figé et numérique qui ne rendra pas présent le rêve émancipateur prométhéen des Lumières mais risque de nous faire perdre le sens de l'humanité.   

    « C'est l'infiltration du capitalisme sauvage, darwinien et froid comme l'acier qui se laisse apercevoir dans le dessein clairement transhumaniste de Google. » 

    Eric Delbecque 

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    Éric Delbecque est président de l'ACSE et Directeur du département intelligence stratégique de SIFARIS, auteur de: Le bluff sécuritaire. Essai sur l'impuissance française (Éditions du Cerf, 2017)

  • Tocqueville : « l’espèce d’oppression, dont les peuples démocratiques sont me­na­cés » ...

     

    « Je pense que l’espèce d’oppression, dont les peuples démocratiques sont me­na­cés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde. [...] Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nou­velle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

    Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

    Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. il est absolu, détaillé, régulier, pré­voyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

    C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à tou­tes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.    

     

    Alexis de Tocqueville 

    Le Despotisme démocratique - Carnets de l'Herne - 2009

     

  • Histoire & Actualité • Le suicide des lemmings

     

    par Ph. Delelis

    Une fable ou une parabole qui rappelle et illustre notre actualité. En effet, un sujet de méditation pour tous.

     

    Les lemmings sont des petits rongeurs de la famille des campagnols qui vivent dans les régions arctiques. Les dictionnaires les plus sérieux rivalisent de noms doux pour les décrire ou les renommer : ils sont ainsi appelés « lapins de Norvège » par Emile Littré, « souris de montagne » par Pierre Larousse, ou encore « petits rongeurs migrateurs des régions boréales » par le Dictionnaire de l’Académie Française.

    Pendant cinq siècles environ, on a considéré avec effarement les lemmings comme capables de suicides collectifs de masse. En particulier, il a souvent été observé qu’une population considérable de ces petits animaux se ruait au bord d’une falaise puis tombait dans la mer de Norvège ou dans les étangs scandinaves dont la température n’est guère plus clémente. Les lemmings s’y noient car leurs petites pattes ne leur permettent qu’une nage très limitée.

    Le mythe du suicide collectif est resté vivace jusqu’à une époque relativement récente où des scientifiques ont fini par expliquer le phénomène, soit par une bousculade tournant mal à l’issue d’une migration de masse, elle-même provoquée par la pression démographique, soit par la fuite devant des oiseaux de proie eux-mêmes attirés par le baby boom récurrent des lemmings (tous les quatre ans).

    En tout cas, le phénomène d’annihilation de masse des lemmings perdure : ils courent éperdument sur les plaines norvégiennes, les premiers doivent s’apercevoir trop tard du risque de chute, ils freinent brutalement mais, derrière eux, la masse galopante de leurs congénères les poe irrésistiblement dans le vide et… plouf !
    Un sujet de méditation pour tous. 

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  • Langue française • La Tunisie réaffirme son choix du français

     

    Par Ilyes Zouari

    Secrétaire général adjoint de la revue Population & Avenir [

    Le gouvernement tunisien a réaffirmé son attachement au statut privilégié de la langue française, porteuse de valeurs et passerelle vers la vaste Afrique francophone. Cette décision répond aux intérêts supérieurs du pays, tant géopolitiques qu’économiques.

     

    zouari_ilyes.jpgSuite à la polémique déclenchée en octobre dernier par le ministre tunisien de l’Éducation, M. Néji Jalloul, qui proposait de faire de l’anglais la seconde langue du pays, le gouvernement a réaffirmé le statut privilégié du français en Tunisie, quelques jours plus tard.

    Dans ce pays arabo-francophone, celui-ci est appris au plus tard à partir de la troisième année du primaire, constitue la langue d’enseignement des matières scientifiques et économiques à partir du second cycle du secondaire, et représente, au même niveau que l’arabe, la langue de l’administration, des affaires et des médias. Chose qui peut surprendre bon nombre de francophones du Nord, tant furent nombreux les articles affirmant que le français y était en régression. Et ce, au plus grand étonnement des Tunisiens eux-mêmes, qui n’ont jamais été aussi nombreux à le parler et à le maîtriser.

    Le français, valeurs et géopolitique  

    Comme d’autres langues, mais probablement davantage, le français, langue des Lumières, est connu pour être porteur de valeurs humanistes, telles que l’égalité, le partage ou encore le rejet de toute forme d’extrémisme. Ainsi, ce n’est pas un hasard si les seuls pays et territoires à avoir interdit le port du niqab sont francophones ou francophiles. En Europe, la France et la Belgique ont été rejointes par le canton suisse italophone du Tessin (où le français a le statut de première langue étrangère enseignée) et, partiellement, par les Pays-Bas qui l’ont interdit dans certains lieux publics (et où la majorité des élèves apprennent le français au premier cycle du secondaire). En Afrique, le Tchad, le Congo et le Sénégal ont également proscrit le niqab, suivis par le Cameroun et le Niger pour les parties de leur territoire voisines du Nigeria.

    Pour sa part, le Maroc vient d’interdire, en janvier dernier, toute commercialisation de la burqa "afghane" (qui dissimule également les yeux). Avancée modeste, certes, mais qui constitue toutefois une première dans les pays arabes. Du moins depuis la révolution tunisienne, avant laquelle la burqa et le niqab étaient formellement interdits en Tunisie, pays qui demeure toutefois largement en avance en matière d’égalité hommes-femmes. Au passage, il convient de noter que le Maroc avait décidé, début 2016, de réintroduire l’enseignement du français à partir de la première année du primaire, et de refranciser l’enseignement des matières scientifiques dès le primaire également.

    Un passage à l’anglais éloignerait ainsi la Tunisie du monde francophone et des valeurs qui sont les siennes, et conduirait à une érosion très progressive des relations diplomatiques privilégiées et amicales liant historiquement la Tunisie aux autres pays ayant le français en partage. De même, cela l’éloignerait, lentement mais sûrement, du reste du Maghreb, dont la langue française est un des piliers de l’identité linguistique, avec l’arabe et le berbère. Ce qui, in fine, rapprocherait la Tunisie des pays "anglophones" du Moyen-Orient, de leurs codes culturels, et, à terme, de leurs orientations géopolitiques.  

    Le français, ou l’accès à un vaste marché francophone émergent

    Mais le français peut également permettre à la Tunisie d’avoir des relations économiques privilégiées avec les autres et nombreux pays francophones. Faisant partie de ces pays, la France demeure le premier partenaire de la Tunisie (21,2 % de son commerce extérieur de biens en 2014), devançant assez largement l’Italie (16,5 %) et l’Allemagne (8,3 %). Cette forte présence s’explique par ce lien linguistique, sans lequel les entreprises hexagonales s’orienteraient plutôt vers les pays d’Europe de l’Est, plus proches et aux coûts de production souvent comparables.

    De plus, la Tunisie commence également à prendre conscience de l’émergence démographique et économique de l’Afrique subsaharienne francophone, désormais un des principaux relais de la croissance mondiale. Cet ensemble de 22 pays, regroupant 290 millions d’habitants et vaste comme 2,4 fois l’Union européenne (Royaume-Uni inclus), constitue la partie la plus dynamique du continent avec une croissance globale de 3,7 % en 2016 (0,8 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne). Concentrant, cette même année, 9 des 13 pays africains ayant enregistré une croissance supérieure ou égale à 5 %, cet espace a réalisé les meilleures performances pour la troisième année consécutive et pour la quatrième fois en cinq ans, notamment grâce à la meilleure résistance de la majorité des pays francophones pétroliers et miniers à la chute des cours. En 2016, la croissance s’est ainsi établie à 5,6 % au Cameroun et à 3,2 % au Gabon (ou encore à 3,6 % en Algérie, plus au nord), tandis qu’elle était quasi nulle en Afrique du Sud et en Angola (0,4 %) et négative au Nigeria (-1,7 %). Performance qui s’explique par les avancées en matière de diversification, mais aussi en matière de bonne gouvernance, comme en témoigne le succès de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives), norme internationale déjà adoptée, fin 2016, par 68 % des pays subsahariens francophones, hors petits États insulaires (et par 38 % des autres pays subsahariens).

    La Tunisie a donc tout intérêt à s’inspirer de l’Algérie, qui vient d’organiser son premier "Forum africain d’investissements et d’affaires", en décembre 2016, et qui aimerait bien rattraper le Maroc, bien plus en avance en la matière. Deuxième investisseur africain sur le continent, derrière l’Afrique du Sud, et premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire en 2015 (devant la France), celui-ci peut même s’appuyer, en Afrique de l’Ouest francophone, sur un réseau d’agences bancaires marocaines désormais plus de deux fois plus étoffé que celui de l’ensemble des banques françaises présentes. Cet intérêt marocain pour cette partie du continent vient à nouveau de se manifester, fin février, par le dépôt d’une demande officielle d’adhésion à l’espace CEDEAO.

    Un niveau en anglais déjà assez bon

    Une remise en cause du statut du français serait d’autant plus injustifiée que les jeunes Tunisiens ont déjà, globalement, un niveau assez bon en anglais, appris obligatoirement et en tant que deuxième langue étrangère (depuis l’indépendance). Le pays s’est ainsi placé à la 52e place mondiale en la matière dans la dernière édition de l’EF English Proficiency Index, faisant ainsi mieux que sept anciennes colonies britanniques, comme l’Égypte, la Jordanie et le Qatar. Dans ce classement très médiatisé, la Tunisie n’est donc pas loin de faire aussi bien que le Maroc (44e), ou encore que la France, classée 29e et faisant mieux que dix anciennes colonies britanniques ayant toutes l’anglais comme langue co-officielle, de jure ou de facto (dont Hong Kong et les Émirats arabes unis).

    Être francophone n’est donc pas incompatible avec l’acquisition d’un bon niveau d’anglais. Par contre, l’expérience démontre bien que l’inverse est très improbable, vu la relative complexité de la langue française (plus facile que les langues slaves ou germaniques) et le manque de motivation qui résulterait chez les élèves du sentiment contreproductif d’avoir fait le plus important en ayant déjà appris l’anglais.

    Par ailleurs, un renoncement au français ne permettrait nullement de développer massivement et suffisamment les investissements et échanges de toutes sortes (entreprises, société civile…) en provenance de pays anglo-saxons, afin de compenser la baisse, lente, mais certaine, de ceux en provenance des pays francophones. Et ce, du fait de l’éloignement géographique des premiers, qui peuvent déjà, au passage, compter sur de nombreux pays anglophones ou anglophiles attractifs. À cela s’ajoute le fait qu’il serait plus difficile de maintenir des liens étroits avec une diaspora de près d’un million de personnes vivant dans des pays de langue française, selon les autorités tunisiennes.

    Le gouvernement tunisien a donc conscience de l’importance stratégique du français pour le pays, dont les difficultés économiques actuelles ne résultent que du manque de stabilité politique et des problèmes sécuritaires qui ont suivi la révolution de 2011. L’année précédente, le Forum économique mondial de Davos venait d’ailleurs de classer à nouveau ce pays arabo-francophone à la première place continentale en matière de compétitivité (32e place mondiale), largement devant l’Afrique du Sud (54e) et Maurice (55e, et autre pays francophone). 

    Ilyes Zouari

    @i_Zouari
  • Patrimoine • Flèche de Saint-Denis : ce chantier peut être l'occasion d'une transmission formidable

     

    Spécialiste du patrimoine religieux, Benoît de Sagazan réagit au projet de reconstruction de la flèche nord de la basilique Saint-Denis.

    [Interview reprise partiellement sur le site de La Croix, suivie de mon commentaire] 

    La Croix : Quel est votre avis sur le projet de reconstruction de la flèche nord de la basilique de Saint-Denis ?

    Benoît de Sagazan : Personnellement, j’y suis favorable. D’abord parce que nous disposons d’une base scientifique. L’état initial de la flèche est extrêmement bien documenté. L’historien de l’art Jean-Michel Leniaud m’a convaincu à ce propos. Il ne s’agira donc pas d’un chantier à la Viollet-le-Duc où l’on interprète le monument. On ne reviendra pas à une vision rêvée de la basilique, mais à la basilique telle qu’elle a vraiment existé. La seconde raison de mon soutien est que j’apprécie, comme à Guédelon, la vision pédagogique qui accompagne ce projet. Nous avons besoin de chantiers innovants qui permettent de mieux comprendre notre patrimoine et de faire vivre la passion des Français à son égard.

    Certains défenseurs du patrimoine s’inquiètent d’un chantier qui utilisera des pierres neuves…

    B. S. : Je respecte ces confrères qui font beaucoup pour la défense du patrimoine, mais cela ne me dérange pas. Sans doute parce que j’ai une vision moins radicale du patrimoine…

    La question de la reconstruction est toujours une question sensible, et donc passionnelle. Il suffit de se souvenir des échanges qui ont entouré la reconstruction de la cathédrale de Reims, bombardée en 1914. Beaucoup ne voulaient pas reconstruire mais garder la basilique détruite comme un mausolée des souffrances infligées par l’ennemi. Aujourd’hui, qui se plaindrait de cette reconstruction ?

    À LIRE : La flèche de la basilique de Saint-Denis monte en puissance

    Ce chantier est-il une priorité alors que d’autres monuments souffrent de l’absence de crédits nécessaires à leur sauvegarde ?

    B. S. : Pour la flèche, l’idée est de financer ce projet à partir des visites de chantier. On peut donc espérer qu’il soit largement autofinancé. Cela n’enlève rien au fait que les crédits pour le patrimoine sont insuffisants en France. Pourtant, en période de crise, on a besoin de culture. Et s’il est important de défendre la création, il l’est tout autant de soutenir le patrimoine. Je voudrais néanmoins souligner que l’argument financier est un mauvais argument en matière de patrimoine. Lorsqu’on veut restaurer un monument ou une église, mon expérience est que l’on trouve toujours l’argent pour mener à bien son projet. Tous ceux qui ont voulu sauver un monument y sont arrivés, même les communes les plus pauvres. Cela peut prendre beaucoup de temps, plusieurs décennies, mais les chantiers sont menés jusqu’au bout. Pourquoi ? Parce que le patrimoine est facteur de cohésion sociale et qu’il suscite des solidarités étonnantes. On le voit aujourd’hui pour les églises de village. Quand une église va mal, ceux qui protestent le plus fort sont ceux qui n’y mettent jamais les pieds ! À partir du moment où on restaure, on fédère des personnes. Quand on démolit, au contraire, on divise…

    LIRE AUSSI : Faut-il reconstruire la flèche de la basilique Saint-Denis ?

    Êtes-vous sensible au fait que ce projet concerne un monument chrétien inscrit dans un territoire très mélangé d’un point de vue culturel et religieux ?

    B. S. : Tout à fait. Ce projet est important dans ce contexte-là. Il est d’ailleurs très sympathique que ce soit une mairie communiste qui le soutienne. Bien sûr, on peut considérer qu’il n’est pas essentiel, mais il peut être l’occasion d’une transmission formidable. Ce chantier va permettre de redonner des clés de notre histoire et les clés de la ville à toute une population privée de cette connaissance.Le patrimoine est un facteur d’intégration incroyable. On voit ce qui se passe quand les gens participent à la restauration d’une église : … Lire la suite sur Basilique de Saint-Denis : « Ce chantier peut être l’occasion d’une transmission formidable » – La Croix

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    Sur ce sujet, je sais que je n’ai pas que des alliés, y compris parmi ceux dont je partage nombre de combats patrimoniaux. mais je crois, si la promesse est tenue, que ce chantier, dont on pourra toujours discuter l’absolue nécessite, va permettre une réappropriation de la basilique par les habitants de la ville, de l’Île-de-France et de nombre de Français. Et ce, quelle que soit leur religion (c’est ce que j’ai voulu dire, sans doute maladroitement à la fin de l’intervew), la philosophie ou les origines.

    Que ce chantier nous redonne l’occasion de nous rendre à nouveau à la basilique Saint-Denis !  

    Patrimoine-en-blog- Benoît de Sagazan

  • Livres & Actualité • L’islam ou la République

     

    par Bruno Stéphane-Chambon

     

    Lina Murr Nehmé, franco-libanaise, spécialiste du Moyen Age et de la Renaissance, nous avait dans son dernier ouvrage sans concession ouvert les yeux sur la montée du terrorisme islamique Fatwas et Caricatures La Stratégie de l’Islamisme. Elle reprend sa plume ou plutôt son épée pour pourfendre et dénoncer le double langage des tenants d’une religion qui tend à s’imposer en Europe.

    Si nous ne sommes pas étonnés par les omissions volontaires de Tariq Ramadan et la duplicité de Tareq Oubrou, on sera particulièrement intéressé par le portrait du Révérend Dalil Boubakeur. Certes le Maître de la mosquée de Paris, essaie de défendre un Islam de paix, mais sa soumission obligée au gouvernement algérien, l’oblige parfois à louvoyer.

    La formation des Imams dont il assure une part de responsabilité pose un problème d’incompatibilité avec le laïcisme, les lois de la République et plus encore, notre héritage judéo-chrétien transmis par nos Rois et prélats. A cet égard, le constat d’échec de Jean-Pierre Chevènement dans ses exigences avec les représentants du culte musulman est révélateur. La pierre de non-achoppement étant la liberté sans faille pour tout musulman, résidant en France, de rejeter sa religion première ou de se convertir.

    Une large partie de l’ouvrage, reconstitue la colonisation du territoire qui devait devenir l’Algérie. Nos généraux et soldats n’en sortent pas grandis mais l’imagerie autour d’Abdel Kader, non plus.

    Ce livre est à rapprocher de l’œuvre d’Hamed Abdel-Samad (de nationalité allemande et d’origine égyptienne) intitulé « Le Fascisme islamique » dans lequel il ne manquait pas de déclarer : « l’idéologie fascisante ne s’est pas introduite dans l’islam avec la montée en puissance des Frères musulmans, mais est ancrée dans les origines historiques mêmes de l’islam« .

    On ne saurait aussi ignorer les mises en garde permanente contre la progression de l’islamisme en France, de Boualem Sansal, écrivain algérien d’expression française, et essayiste, honoré par de nombreuses récompenses dont celle du Grand prix du roman de l’Académie française (2015). 

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    Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur, ce qu’ils cachent, de Lina Murr Nehmé, édition Salvator 254 pages, 22 € 

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