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LAFAUTEAROUSSEAU - Page 3

  • Histoire & Actualité • Mazarin président ! La morale n’a rien à voir avec la politique

     

    Une chronique de Jean-Paul Brighelli

    [Bonnet d'âne & Causeur 22.03]

    Le style et la lucidité Brighelli. La verdeur, l'expression directe, souvent familière, qui la rend proche, attrayante, convaincante. A quoi s'ajoute une sorte de bon sens, comme sorti du vieux fond populaire, au temps où il existait encore : L'on est d'emblée d'accord avec Brighelli. A noter, pour nous qui sommes royalistes, que Camille Pascal [voir ci-dessus] comme Jean-Paul Brighelli, sont l'un et l'autre amenés à se référer à l'Ancien Régime dès lors qu'il s'agit de droite Justice ou de compétence politique ... Lafautearousseau

         

    2704624286.jpgLes solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ?

    Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ?

    Plutôt que d’exiger un politique « propre » — une exigence portée par nombre d’électeurs qui ne le sont guère —, je préférerais que l’on exigeât (c’est chouette, l’imparfait du subjonctif, ça vous fait immédiatement passer pour un réactionnaire aux yeux des imbéciles) des hommes politiques compétents — prioritairement. Des hommes d’Etat, y compris de sexe féminin, à l’aventure.

    Mais ça, évidemment, c’est plus rare. Chez les politiques comme chez leurs électeurs.

    J’ai un peu travaillé sur le XVIIème siècle, particulièrement sur les années 1648-1658, autour de la Fronde et de la Guerre de Trente ans. Et j’en ai tiré une grande admiration pour les politiques de l’époque — Retz, conspirateur-né qui avait distribué des dizaines de milliers d’écus d’aumônes pour soulever le peuple des gueux, Condé, « né capitaine », qui n’hésita jamais à trahir son royal cousin et à diriger contre lui les armées de l’ennemi espagnol, et surtout Mazarin, qui sut résister à la Fronde, et signer les traités de Westphalie et la Paix des Pyrénées. C’est lui, juste derrière Louis XIV dont il contrôle l’embrassade avec son homologue espagnol, Philippe IV.

    Mettons les événements en balance. Mazarin était d’une origine obscure, il n’avait pas un sou vaillant quand il arriva à Rome, il coucha avec qui il fallait — hommes et femmes, disent les pamphlétaires de l’époque —, il fit même semblant d’entrer dans les ordres (tout en s’en gardant bien, lui qui avait des choses de la religion une vision essentiellement utilitaire, ce qui lui permit d’être nommé cardinal à 39 ans, et peut-être après d’épouser la Reine de France, Anne d’Autriche), il s’affecta à lui-même les revenus de 21 des plus grosses abbayes de France, et mourut en laissant une énorme fortune (il était probablement l’homme le plus riche de France, peut-être d’Europe) acquise par des procédés absolument délictueux, même selon les normes de l’époque. Et alors ? 

    Il avait acquis à la France les Trois évêchés (Metz, Toul, Verdun), Sedan et toute la Haute-Alsace, sans compter des villes éparses dans l’Est et dans le Piémont. Et aussi l’Artois, Gravelines, Thionville, tout le Roussillon (l’Espagne jusque là s’étendait au-delà de la forteresse de Salses, qui se situe à 30 kilomètres au nord de Perpignan), le Vallespir, le Conflent et le Capcir — et tout l’est de la Cerdagne. Désormais, c’étaient les Pyrénées qui formeraient la frontière. Il avait marié son filleul Louis XIV à sa cousine germaine Marie-Thérèse, et avait exigé une dot si considérable que l’Espagne ne put jamais la fournir, ce qui permit plus tard à Louis XIV d’installer un Bourbon sur le trône à Madrid — ils y sont encore. Et à part l’intermède napoléonien, nous n’avons plus jamais eu de guerre avec l’Espagne, ce qui n’est pas rien quand on pense que cela faisait plus d’un siècle que nous nous entre-tuions sur tous les champs de bataille européens. Ah oui, et il a légué Turenne et Colbert au roi, qui en fit grand usage. Parce qu’en plus, il savait s’entourer de gens compétents — et pas de sous-fifres anxieux d’être élus ou réélus.

    Chef d’un pays catholique, il sut s’associer aux puritains de Cromwell pour écraser Condé passé à l’ennemi, à la bataille des Dunes. Mais il poussa le roi à se réconcilier avec ledit Condé, qui lui gagna par la suite un petit paquet de batailles. Et il salua la restauration de Charles II en Angleterre — contre les puritains alliés de la veille. On n’avait pas encore inventé le mot de Real Politik, mais l’idée était déjà là.
    Et se sentant mourir, il eut l’habileté suprême de faire semblant de léguer son immense fortune au roi, qui fort obligeamment refusa le cadeau, car il ne sied guère à un souverain de devoir son aisance à un particulier. Dumas a tout raconté en détail dans le Vicomte de Bragelonne. Du coup, cela lui permit de doter très richement ses nièces, qui n’étaient pas non plus des premiers prix de vertu. La belle affaire !

    Bref, un type très faisandé, et le plus grand Premier ministre que nous eûmes jamais — si grand que Louis XIV, à sa mort, renonça à le remplacer.

    Voilà un homme politique selon mon cœur. Doué, intrigant, parti d’en bas et arrivé en haut, promettant tout sans jamais tenir, amateur d’arts et de musique — c’est grâce à lui que l’opéra est entré en France. Attaqué comme jamais homme politique d’aujourd’hui ne le fut (on compte près de 5000 « Mazarinades », ces terrifiants pamphlets écrits contre lui et l’accusant de tous les péchés capitaux), et survivant toujours. Italien de surcroît — Giulio Mazarini, un immigré ! —, mais éminemment français : imaginez un Algérien dans la même situation, et vous aurez une idée de ce que l’on pensait et disait de lui, y compris le fait qu’il aurait eu le « vice italien », qui était puni de mort à l’époque. Il a même eu l’idée de faire élever Philippe, le frère cadet du roi, selon des mœurs assez peu viriles, afin qu’il n’ait jamais l’idée de comploter contre son frère, comme l’avait fait Gaston contre Louis XIII. Tout en le mariant quand même à la sœur du roi d’Angleterre, pour préserver l’avenir.

    Bref, une ordure d’un immense talent. Sans lui, le Rivesaltes et le Maury seraient des vins espagnols. Un désastre.

    Evidemment, tout cela se passait à une époque où la France dominait l’Europe. Maintenant que nous sommes un renvoi en bas de page de l’historiographie allemande, nous nous soucions plus de morale  que de grandeur —c’est tout ce que l’on nous laisse.

    bruno-le-roux-demission-fekl-660x400.jpgQue la présente campagne présidentielle se consacre depuis deux mois à l’exposé de vétilles en dit long sur la façon dont la société du spectacle camoufle le politique sous des falbalas, et d’acteurs que nous fûmes (le passé simple aussi fait de moi un homme de droite) nous transforme en marchandises. Parce c’est de politique qu’il s’agit — et personne n’en parle. On frappe sur des casseroles, on s’invective sur des frais de transport (ça avait commencé il y a vingt ans à propos des « frais de bouche » de Chirac à l’Hôtel de ville de Paris), on met en examen pour des broutilles — alors qu’on devrait inculper tous ceux qui ont miné la France depuis trente ans, par exemple dans l’Education nationale — et qui persistent et signent.

    Allez, votez en fonction des programmes, en fonction de capacités réelles des candidats, en fonction de vos convictions politiques. Sinon la prochaine fois je vous raconte la vie de l’abbé Dubois — dont on fait les pipes.  • 

    Jean-Paul Brighelli
    Enseignant et essayiste, anime le blog Bonnet d'âne hébergé par Causeur

  • Livres, BD • Complot, le naufrage du Titanic

     

    par Anne Bernet

     

    938307326.pngEt si la version de certains événements, telle qu’elle figure dans les livres d’histoire, était un tissu de mensonges destiné à dissimuler de sombres secrets d’État ? L’idée est séduisante, parce que souvent vérifiable …

    Ainsi en va-t-il pour cette relecture des conditions du naufrage du Titanic en avril 1912, alors que les signes avant-coureurs d’une guerre prochaine se multipliaient. Un iceberg fut-il bien, comme le conclut l’enquête officielle, la cause du drame ? Et pourquoi la commission d’enquête réfuta-t-elle systématiquement les déclarations du capitaine du Californian, Stanley Lord, accusé de n’avoir pas secouru le paquebot en détresse alors qu’il se trouvait à quelques miles seulement mais qui soutint jusqu’à la fin de sa vie qu’un autre navire, resté non identifié, naviguait beaucoup plus près du transatlantique et que c’était ce mystérieux steamer que les survivants avaient pris pour le Californian ?

     Évidemment, la tentation est grande de conclure, comme les spécialistes, que Lord, tardivement honteux de sa conduite, tenta de se dédouaner en inventant la présence sur zone d’un navire fantôme … A moins que …

    Reconnaissante au capitaine Lord qui, jadis, en Afrique du Sud, lui sauva la vie, Margaret Wade, infirmière militaire difficile à effrayer, décide de le croire quand il affirme qu’un autre bateau croisait dans les parages et, pour laver l’honneur de son ami, se met à la recherche de tout élément susceptible d’accréditer cette version. Elle ignore, ce faisant, contrecarrer les plans de gens puissants et sans scrupules. Ne l’ont-ils pas déjà prouvé en envoyant le Titanic par le fond et en provoquant la mort de 1500 innocents ?

    L’histoire est redoutablement bien faite, au point de semer un doute durable dans l’esprit du lecteur. C’est le but car l’hypothèse, à tout prendre, se tient.

    Quant au dessin, clair, précis, agréable, il concourt à faire de cet album une vraie réussite.

    Complot, Le Naufrage du Titanic, de Alcante, Gihef, Köllé et Fiki, Delcourt, 57 p., 14,95 €.

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  • Ephéméride du 26 mars

     

    1686 : Inauguration de la Place des Victoires, à Paris 

    Cette place circulaire, d'environ 80 mètres carrés de diamètre, a été créée à l'initiative du maréchal de La Feuillade, vicomte d'Aubusson, et de la Ville de Paris, pour célébrer les victoires de Louis XIV, sur les plans Jules Hardouin-Mansart.

    En son centre, la statue originelle de Louis XIV en pied était l'oeuvre de Martin Desjardins. Le socle comportait quatre personnages en bronze, des bas-reliefs et des inscriptions sur la gloire militaire du règne. Quatre fanaux y brûlaient en permanence. En 1792, la statue fut abattue par les révolutionnaires et la place renommée place des Victoires Nationales en 1793 (mais les éléments de décoration du socle ont été conservés et sont visibles au musée du Louvre).

    La statue du général Desaix - représenté entièrement nu - fut érigée à sa place en 1810 : elle n'eut qu'une durée de vie assez courte, et son bronze fut refondu pour faire la statue équestre d'Henri IV, au Pont Neuf.

    L'actuelle statue équestre de Louis XIV est de François Joseph Bosio, et fut érigée au centre de la place en 1828. 

    http://paris1900.lartnouveau.com/paris02/place_des_victoires.htm 

    Malheureusement, l'harmonie primitive de la place n'a pas été respectée, et le percement de plusieurs rues a irrémédiablement défiguré l'ensemble : la Place des Victoires partage ainsi avec la Place Dauphine (voir l'éphéméride du 10 mars) le triste privilège d'avoir été largement dénaturée et mutilée, au point d'avoir perdu, sinon la totalité, du moins une très large part de sa splendeur d'antan.

    Telles qu'elles nous apparaissent aujourd'hui, cependant, ces deux places conservent assez d'éléments de leur beauté passée pour que l'on puisse se faire une idée assez précise de ce que fut cette très grande beauté.

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  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • Famille de France • Le Prince Jean de France poursuit son engagement en faveur des chrétiens d’Orient

     

    Le Prince Jean de France invité par Mgr Rey à une soirée artistique en faveur des chrétiens de Syrie

    Parmi les engagements publics chers au prince Jean figure la défense des chrétiens persécutés en Orient, notamment en Syrie où il s’est rendu en avril 2016. Ce voyage était organisé à l’invitation de l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, qui a rassemblé autour de lui plusieurs personnalités : parlementaires, journalistes et intellectuels désireux de découvrir la situation des chrétiens syriens et de leur témoigner leur soutien.

    Ce soutien continue à se manifester en France par de nombreuses initiatives. Ainsi, le 2 mars dernier s’est déroulé une soirée artistique en présence du Prince Jean à Paris. Cette soirée était présentée par la grande actrice Marie-Christine Barrault et elle a vu s’enchaîner diverses présentations musicales et poétiques. Du gospel dynamique avec le groupe Family One qui a fait danser toute l’assistance, des jeunes prodiges du Hip hop, du chant lyrique, un duo piano et violoncelle lauréat du conservatoire de Paris et l’immense Michael Lonsdale qui est une connaissance  du Prince. En effet, l’interprète du frère Luc dans Des hommes et des dieux était venu lire des textes poétiques à la Chapelle Royale sur le domaine de Dreux il y a quelques mois.

    Michael Lonsdale, entouré de jeunes comédiens a rendu sensible la maxime de Dostoïevski « La beauté sauvera le monde ». Il n’est pas vain de se rassembler dans un moment artistique pour célébrer notre communion de coeur avec les chrétiens persécutés et spécialement ceux qui vivent à Alep. Le nom de chaque participant a été attaché à un large rosaire qui sera remis au mois d’avril par Mgr Rey à l’archevêque de Homs, Mgr Jean-Abdo Arbach.

     

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    En 1535, le roi François Ier s’engageait au nom de la France à protéger les Chrétiens d’Orient et cette responsabilité nous incombe à tous aujourd’hui. Le prince Jean, héritier de cette promesse, souhaite aujourd’hui exprimer par ses voyages auprès des responsables civils et religieux au Liban et en Syrie l’attachement du peuple français à la présence chrétienne sur les terres des premières églises. Il s’associe à l’évêque de Toulon pour appeler tous les Français à soutenir matériellement les associations qui oeuvrent en Irak, au Liban et en Syrie.  

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     Source : Le site officiel du Prince Jean de France [Cliquer ci-dessus]

  • Histoire • Barras, un régicide en Provence

    Le Château Barras en 2017

     

    Le billet inattendu de Péroncel-Hugoz

     

    « Le peuple français est incapable d'un régicide! »

    Louis XVI

    Citation non sourcée donnée par le site du ministère de la Justice 

     

    peroncel1.jpgIssu d'une lignée présente aux Croisades, Paul de Barras (1755-1829), était natif d'un petit village haut perché de Provence intérieure, Fox-Amphoux (400 âmes en 2017), resté quasi intact jusqu'à présent, grâce à son éloignement des circuits touristiques de masse. En 19581959, le maître hollandais Bram Van Velde (1895-1981), fuyant Paris, vécut à Fox. Barras, lui, a surtout gravé son nom dans la capitale, comme régicide (1793) puis comme le plus influent des cinq « directeurs » de ce Directoire empanaché qui, entre Terreur et Consulat, exploita la France.

    Avant la Révolution, Barras s'était battu contre les Anglais, aux Indes... Cynique, dépravé, sans scrupules, sanguinaire à l'occasion (il fit, entre autres, décapiter le général girondin Gaspard Brunet), le « vicomte à l'ail » mit tout son pouvoir au service de sa soif d'argent et de jouissance faciles. Des témoignages locaux évoquent les « charrettes de Barras » apportant à Fox des objets précieux enlevés par ses sbires à monastères et manoirs, tandis que Saint-Raphaël se faisait appeler un temps « Barrasthon »...

    Paul_Barras.jpgSentant l'opinion revenir au royalisme, l'élu varois alla voir dans sa geôle le petit Louis XVII, au moment même où on tuait Robespierre, puis, en 1799, il offrit ses services tarifés au futur Louis XVIII... Les monarchistes surnommèrent Barras «Colibri », tandis que Bonaparte qualifiait de « chef des pourris » celui qui lui avait quand même présenté Joséphine de Beauharnais... Cependant, une face moins connue de ce « politichien » tend à nuancer un peu ce sinistre portrait : l'attachement de l'homme à son terroir provençal, incluant sa mère (morte en 1805) et sa femme, Marie-Pélagie Templier, née de roture aisée en 1759 et épousée en 1791 à l'église Saint-Blaise de Fox ; sa dot comportait une solide bastide des environs que le marié embellit et qui est restée connue jusqu'à nous comme « Château-Barras ». Le couple étant sans postérité, la propriété passa ensuite de mains en mains avant d'être acquise en 2002 par la galeriste d'art moderne Sabine Puget qui a redonné du lustre au lieu, y ajoutant notamment un sobre jardin de sculptures, non loin de l'allée historique des buis. La chapelle où priait la catho-royaliste Pélagie a été décorée par deux artistes de notre époque : Francis Limerat et Jean-Pierre Schneider.

    Barras, donc, revint maintes fois en son « château », sauf lorsque Napoléon l'exila un moment à Rome où l'intrigant régicide trouva le moyen de s'introduire auprès du roi déchu Charles IV d'Espagne, cousin et sosie de Louis XVI... Les Bourbons de France, tout aussi indulgents, laissèrent ensuite l'ex-conventionnel se réinstaller à Paris où, en 1821, il fit enfin venir de Fox son épouse qui se dévoua à lui jusqu'à ce que meure, en 1829, le « missionnaire de la Terreur ». Christine Le Bozec, spécialiste de cette période, esquisse dans son récent Barras une « réhabilitation » du personnage - c'est dans l'air actuel où même Isabeau de Bavière a droit à son blanchiment... Les crimes de Barras ne peuvent être effacés mais il est vrai que la vue de son sublime terroir inchangé risque de faire mollir un peu certains coeurs qui ont oublié la chanson antirévolutionnaire : « Plus que Néron, mon vicomte est despote...» 


    Site de Château-Barras : www.galeriesabinepuget.com

    Lire: Histoire de Fox-Amphoux, de Jacques Seille, imprimerie du Las, Toulon, 1998 ; Barras, de Christine Le Bozec, Perrin, 2016.

    Paru initialement dans LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE n° 89 - mars-avril 2017

  • Médias • « L’Emission politique » est indigne du service public

     

    « Bienvenue dans la campagne la plus grotesque de l’histoire »

    Par David Desgouilles

    Une analyse pertinente avec laquelle on ne peut qu'être d'accord [Causeur et Antidote, le 24.03]. Les médias ont conquis un pouvoir illégitime non seulement de formatage de l'opinion mais aussi d'avilissement du politique.  LFAR  

     

    4021532882.pngFrançois Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

    Pire que les tweets de Trump?

    Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

    Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

    Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

    Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites. 

    David Desgouilles
    Blogueur et romancier.

    Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

  • Ephéméride du 25 mars

    Le pavillon de la reine Jeanne, aux Baux de Provence

     

    507 : Date possible de la bataille de Vouillé 

    Neuf ans auparavant, Clovis avait finalement connu le triomphe lors de la terrible bataille de Tolbiac, alors qu'il y avait d'abord frôlé le désastre. Les conséquences de ce succès militaire furent immenses pour le futur de ce qui n'était pas encore la France, mais qui était en train de le devenir, et pour une très large part grâce à Clovis, qui venait de redonner à la Gaule sa frontière « romaine » du Rhin, en refoulant les Alamans sur l'autre rive du fleuve (voir l'éphéméride du 10 novembre).

    Un autre danger subsistait cependant : celui de la puissance wisigothique, qui s'étendait alors sur la plus grande partie de la péninsule ibérique et sur un très large quart sud/sud-ouest de la France actuelle, comme on le voit sur la carte ci dessous  

    25 mars,frederic mistral,provence,felibrige,les baux,prix nobel,maillane,mireille,calendal,provençal,malraux

    D'une part, les rapports entre Francs et Wisigoths n'avaient jamais été bons. D'autre part, devenu le champion du catholicisme depuis sa conversion, Clovis était soutenu indéfectiblement par l'Eglise catholique, et regardé comme un espoir par la masse des populations gallo-romaines catholiques, sur laquelle régnaient des souverains tous acquis à l'hérésie arienne (notamment les Wisigoths). Dans les années 500, l'agitation des catholiques est à son comble dans le royaume wisigoth d'Alaric II : celui-ci exile à Bordeaux les évêques Rurice (de Limoges) et Césaire (d'Arles), accusés de comploter avec les Burgondes, alliés de Clovis.

    Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths d'Italie, essaye de calmer les esprits, et pense pouvoir jouer les médiateurs, car il est marié à une soeur de Clovis, et le roi Alaric est marié à sa propre fille : il veut faire semblant de croire que l'opposition Francs/Wisigoths est purement territoriale et politique, et feint d'ignorer la détestation des ariens par les masses catholiques. Sur le conseil de Théodoric, Clovis et Alaric se rencontrent à la frontière de leurs deux royaumes, sur l'Île d'Or (ou Île Saint Jean), au milieu de la Loire, face à Amboise. Mais la guerre est en réalité inévitable, car Clovis veut à la fois redonner à la Gaule son autre frontière naturelle des Pyrénées et redonner ce vaste ensemble de territoires à la catholicité...

    Ainsi, donc, après de vaines tentatives de médiations, Clovis attaqua Alaric II, dans la plaine de Vouillé (ou peut-être de Voulon, mais, dans les deux cas, tout près de Poitiers), « au printemps 507 », disent les historiens, sans donner de jour précis pour cet évènement considérable qui, de toutes façons, recouvrait une période de temps bien plus étendue qu'une ou même plusieurs journées. Au même moment, l'Empereur d'Orient, Anastase, allié de Clovis, attaquait Théodoric le Grand, pour lui reprendre l'Italie, privant ainsi les Wisigoths de leur unique soutien. 

    25 mars,frederic mistral,provence,felibrige,les baux,prix nobel,maillane,mireille,calendal,provençal,malrauxMais, au-delà et en plus des conséquences immédiates de la bataille de Vouillé - qui venait comme couronner le précédent triomphe de Tolbiac, et permettait à Clovis de rendre le service immense qu'il a si bien rendu... - une chose est à noter : la France que nous connaissons aujourd'hui n'était nullement une évolution obligée des choses, un Etat qui aurait naturellement vu le jour de toutes façons. Bien au contraire, plusieurs autres entités que la France que nous connaissons aujourd'hui auraient pu naître à sa place, sous d'autres formes et recouvrant d'autres territoires. Précisément, la première de ces entités possibles était celle-ci : une vaste monarchie wisigothique s'étendant de part et d'autre des Pyrénées, et rejoignant peut-être un jour ses cousins d'Italie ! C'est cette première « autre France possible » que Clovis rendit, justement, impossible.

    Par la suite, il aurait pu naître « quelque chose » autour de la puissante maison des Comtes de Toulouse : mais le trop faible poids démographique de la ville de Toulouse et, surtout, la Croisade des Albigeois rendirent cette option impossible.

    Les Anglais, aussi, autour des Plantagenêts, auraient pu créer un vaste ensemble s'étendant à la fois sur la Grande Bretagne et la France : là, ce furent plusieurs rois (Philippe Auguste, Saint Louis...) qui anéantirent ce rêve, amis au prix de très grands efforts, et sur une longue période.

    La dernière grande entité qui aurait pu naître en lieu et place de la France, c'est du côté de la Bourgogne qu'elle se trouvait, et c'est Louis XI qui, bien plus faible au départ que ses rivaux - les Grands Ducs d'Occident - empêcha les Ducs de Bourgogne de réunir leurs riches et immenses territoires du sud (en gros, la Bourgogne et la Franche-Comté actuelle) à ceux du nord (en gros, les actuelles Hollande et Belgique, et une part de l'actuel nord/nord-est de la France).

    25 mars,frederic mistral,provence,felibrige,les baux,prix nobel,maillane,mireille,calendal,provençal,malrauxAinsi, dès Clovis et la première dynastie, les rois de France - surtout à partir d'Hugues Capet - ont-ils inlassablement repoussé tout ce qui s'opposait à leur tâche de rassemblement et d'unification des territoires de la France que nous avons reçue en héritage, et à la création d'un Etat qui a fait d'elle la première puissance du monde sous Louis XVI :

    « La France fut faite à coups d'épée. La fleur de lys, symbole d'unité nationale n'est que l'image d'un javelot à trois lances. » (Charles de Gaulle) 

    « Pour moi, l'histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis, nous avons la préhistoire gallo-romaine et gauloise. L'élément décisif pour moi, c'est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l'histoire de France à partir de l'accession d'un roi chrétien qui porte le nom des Francs » (Charles de Gaulle).

    Sur Clovis, et l'importance capitale de son règne, voir : l'éphéméride du 25 décembre (baptême de Clovis); l'éphémeride du 27 novembre (sa mort); sur le sens véritable de l'épisode du vase de Soissons, voir l'éphéméride du 1er mars; et, sur son autre victoire décisive de Tolbiac, voir l'éphémeride du 10 novembre.

     25 mars,frederic mistral,provence,felibrige,les baux,prix nobel,maillane,mireille,calendal,provençal,malraux

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  • Fillon et le racisme anti-Français : l'homme occidental toujours coupable, jamais victime ?

     

    HUMEUR- François Fillon a parlé jeudi dernier, 16 mars, de « racisme anti-Français », s'attirant les foudres d'une partie de la presse. Gilles-William Goldnadel expose ici avec pertinence [Figarovox, 17.03] en quoi ce racisme est une réalité à combattre.

     

    1762865742.jpgIl peut arriver qu'en politique, comme souvent en psychanalyse, sous la couche superficielle du discours, on découvre la vérité des choses.

    Les propos de François Fillon, jeudi dernier à Caen déclarant exécrer tous les racismes «dont le racisme anti-Français» et surtout les réactions réflexes et critiques qu'elles ont inspirées à la gauche médiatique confirment ce postulat.

    Que François Fillon, en retard selon les sondages sur Marine Le Pen, n'ait utilisé à dessein cette expression peu employée par lui que pour tenter de rattraper sa rivale fait assez peu de doutes. Mais que la gauche (Libération «trumpisation», Le Nouvel Obs «discours d'extrême droite») y voie la marque infamante d'une dangereuse dérive droitière est, sur le fond, infiniment plus instructif.

    Après tout, le concept de racisme anti-Français n'est ni nouveau ni original. Mais la réaction pavlovienne de la gauche en dit long sur la béance de sa pensée.

    À aucun moment les deux journaux cités, ni plus grand monde à gauche, n'osent contester vraiment ce racisme. Mais il serait toujours aussi malséant de l'évoquer ou même de le nommer.

    Et pour cause, c'est le racisme anti-occidental ou pour parler encore plus crûment anti-blanc, et dont le caractère anti-Français n'est qu'un avatar local, qui est à l'origine même du mal qui ronge le corps social depuis trois décennies.

    J'ai essayé de montrer en 2011 dans mes Réflexions sur la question blanche qu'il était à la racine même de toutes les grandes questions actuelles et que son origine dans l'inconscient collectif occidental post-chrétien prenait sa source dans la honteuse détestation de partager la même couleur que l'Antéchrist nazi criminel qui commît la nouvelle crucifixion.

    Voilà pourquoi l'État-nation occidental, et ses institutions régaliennes (armée, police) font l'objet d'une critique permanente lorsqu'elles utilisent légalement une violence répressive devenue révulsive.

    Voilà pourquoi, l'État-nation est tétanisé donc émasculé lorsqu'il voudrait faire respecter par sa police, les lois républicaines en matière de régulation des flux migratoires, à l'encontre de populations fantasmatiquement identifiées aux nouveaux juifs souffrants.

    Article après article, ces derniers mois, je tente de montrer les ravages qu'aura occasionnés ce que je nomme «l'islamo-gauchisme».

    À plusieurs reprises, je l'ai défini comme l'interdiction de critiquer l'islam ou la radicalité arabo-islamique sous peine d'être taxé d'islamophobe ou de raciste.

    Mais il faut bien comprendre que dans le creux de la posture, bien au fond, niche ce fameux racisme anti- occidental ou en l'espèce anti-Français que l'on ne doit ni dénoncer ni même nommer sous peine d'être condamné.

    Chaque semaine pourrait nous apporter son lot d'exemples affligeants.

    Défense d'évoquer le cas de cet élue du Front de Gauche de la région parisienne , Assia Benziane qui twittait ironiquement, précisément s'agissant de François Fillon, «qu'il n'y avait que des blancs» dans ses meetings. Mon imagination est impuissante à décrire la réaction de Libération ou du Nouvel Obs, si, hypothèse improbable, un élu Républicain se serait pris à gazouiller qu'il n'y avait que des noirs ou des arabes dans les meetings de Jean-Luc Mélenchon…déclarations racistes et antisémites de Mehdi Meklat

    On se souvient que les mêmes sont restés assez cois après les invraisemblables déclarations racistes et antisémites de Mehdi Meklat ou de deux ses amies orientales fraîchement césarisées.

    En revanche, et pour les mêmes raisons que les critiques émises à l'encontre de la déclaration de François Fillon, l'antiracisme de gauche aura voulu punir Georges Bensoussan d'avoir osé évoquer l'antisémitisme d'une bonne partie de la population musulmane.

    Voilà pourquoi, sous les condamnations sélectives de cet antiracisme dévoyé, se dissimule, de plus en plus maladroitement, le racisme anti-blanc et anti-Français.

    On le voit désormais émerger en surface. Et de tous les milieux, et de tous les esprits mêmes les mieux structurés, tant ce racisme réflexe tient plus de la névrose occidentale que la réflexion.

    Un jour c'est une féministe, qui traque le machisme partout dès l'instant où il émanerait du mâle blanc mais qui refuse aveuglément de l'apercevoir dans la condition misérable faite aux femmes d'Orient. Un autre, c'est une députée de Guyane qui veut punir la négation de la traite transatlantique mais refuse de condamner la traite esclavagiste si elle est arabique, pour ne pas désespérer la jeunesse des banlieues. Un troisième, c'est un candidat à la présidence qui voit dans la colonisation française un crime contre l'humanité mais ne le distingue pas dans les massacres commis par le FLN.

    Et surtout, comment ne pas vouloir voir que dans les attentats commis récemment sur le sol français qui contre des chrétiens, qui contre des juifs, qui plus généralement contre des Français de France, et au-delà du fanatisme religieux, habite le ressentiment raciste contre l'Occidental, figure permanente du racisme blanc colonial.

    Cette sourde détestation, tellement profonde, tellement permanente, tellement entretenue, tellement obsessionnelle, qu'elle va jusqu'à lui interdire de revendiquer des racines, une histoire, une culture en propre.

    Oui, derrière la critique à l'encontre des déclarations somme toute assez banales de François Fillon, contre tous les racismes y compris le racisme anti-Français, habitent au sous-sol, dans les profonds cloaques, un racisme d'autant plus sombre et sournois qu'il a revêtu les habits de lumière de l'antiracisme militant.   

    Gilles William Goldnadel           

  • Supercherie intégrale

     

    Par François Marcilhac

     

    4115840658.jpgLes média de l’oligarchie ont déjà écrit le scénario – le meilleur à leurs yeux, le pire pour la France : le second tour de l’élection présidentielle opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen et ce sera évidemment le premier qui l’emportera haut la main. Ce faisant, ils donnent raison à la présidente du Front national qui n’a de cesse de répéter que la vie politique française est désormais scindée entre mondialistes et patriotes. Macron n’est en effet que la créature du trouple formé par les milieux d’affaires, les grands média qui sont leurs courroies de transmission auprès de l’opinion publique et cette partie du pays légal qui a définitivement bradé la France. Qu’importe qu’il soit le dauphin de François Hollande, le clone de Juppé avec trente ans de moins ou encore le dépeceur d’un Parti socialiste en voie de décomposition avancée. Toutes ces éventualités, plus complémentaires qu’exclusives, ne concernent que les écuries électorales. Ce qui intéresse les Français, c’est que ce mondialiste décomplexé n’est que le prête-nom d’une finance internationale qui a trouvé en lui son meilleur ennemi, au sens où François Hollande l’a été durant son quinquennat.

    Tout n’est pas écrit d’avance

    Le pire n’est évidemment jamais certain. Les Britanniques devaient voter en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne et les Américains élire Hillary Clinton. Non seulement Juppé était le vainqueur proclamé de la primaire de la droite, mais il avait déjà remporté l’élection présidentielle. Quant à Valls, il était déjà le candidat officiel du Parti socialiste désigné par les primaires citoyennes. Il ne faisait qu’une bouchée de Macron et renvoyait Mélenchon aux marges de la gauche de la gauche. Tout cela, c’était avant. Avant que les Britanniques ne choisissent le Brexit, les Américains Donald Trump, les électeurs de la droite parlementaire François Fillon et les socialistes le mari de la responsable des affaires publiques du groupe de luxe LVMH. Avant, aussi, que Fillon, devenu le nouvel élu par anticipation de l’élection présidentielle, ne trébuche sur de minables affaires d’assistants parlementaires et de costards, révélées tout exprès à quelques semaines du premier tour. Avant, aussi, que des Français médusés par le spectacle particulièrement dégradant d’une campagne électorale située à la page « faits divers » des journaux n’envisagent de bouder le premier tour de l’élection présidentielle. Ainsi, le régime aura fini par dégoûter nos compatriotes même de l’élection-phare de la Ve République, à laquelle ils n’avaient pourtant, jusqu’à présent, jamais manqué de participer en masse, leur faisant habituellement délaisser, contrairement à la lettre des institutions dont ils se contrefichent, les législatives qui suivent de peu le scrutin présidentiel : il appartient en effet au gouvernement responsable devant le parlement de déterminer et de conduire la politique de la nation. Vestige de mentalité monarchique, qui leur fait considérer le souverain – ou son ersatz républicain – plus déterminant qu’un parlement aux mains des partis politiques…

    Bruxelles dicte sa loi

    Quoi qu’il en soit, la démocratie représentative est mal en point. Le rejet de la classe politique n’a jamais été aussi unanime… Et comme s’il n’était pas suffisant, celle-ci ne cesse d’aggraver sa fracture avec les Français en portant préjudice à la seule démocratie qui trouvait encore grâce aux yeux de nos concitoyens – et avec raison : la démocratie municipale. En adoptant en 2015 le dernier volet de la réforme territoriale (après la création des métropoles et la réforme régionale) qu’est la loi NOTRe, qui contraint progressivement, contre l’avis de la majorité des maires, les communes à se fondre dans de grands touts abstraits et sans personnalité, autre qu’administrative, nos élites éloignent toujours un peu plus les citoyens des centres de décision et les privent des moyens de décider ou de faire pression dans un domaine, la vie communale, où ils sont pourtant les plus compétents et les plus directement intéressés. Désormais, la France se divise administrativement en métropoles, intercommunalités, régions artificielles dont les contours ont été dessinés sans autre justification que de répondre au souhait bruxellois de démantèlement des nations. Si bien qu’alors même qu’on leur demande d’élire le courtier français de la Commission européenne, dont on leur désigne d’avance le nom, les Français se voient parallèlement dépossédés de leurs pouvoirs de décision dans les affaires qui les concernent au plus près de leur vie quotidienne par l’instauration d’une centralisation à plusieurs étages, qui les prive de leurs libertés politiques fondamentales. Jamais l’analyse de Maurras selon laquelle il est impossible à la République de décentraliser n’a été aussi pertinente. Mais ce n’est plus au profit d’un État incapable de régner autrement qu’en imposant un pouvoir sans partage : cette centralisation répond, pour l’oligarchie, à la nécessité, pour asseoir sa dictature, d’éloigner, par la création de structures aussi obèses qu’artificielles, les citoyens des lieux de décision : le maire n’a plus aucun pouvoir. C’est l’interco’ qui décide, derrière l’interco’ la région, derrière la région, Bruxelles, l’État français étant désormais aux abonnés absents. Jamais on n’a autant parlé de proximité comme d’une valeur démocratique fondamentale ; jamais on n’a autant privé le pays réel de tout pouvoir de décision.

    Démocratie virtuelle

    La fracture entre pays légal et pays réel est devenue béante. Vivant en vase clos, ne s’occupant que de ses intérêts particuliers, ne percevant même plus le sens de l’expression “bien commun”, le pays légal a intégré l’idée qu’il faut priver à tous les stades de la vie publique les citoyens de tout regard ou de tout pouvoir. La démocratie numérique, tant vantée par nos ténors, surtout à gauche ? Une démocratie virtuelle. La proie pour l’ombre. L’Europe a été fondée pour déposséder du pouvoir de décision les politiques au profit de prétendus experts. C’est désormais à tous les stades de la vie publique que ce schéma technocratique, ô combien pervers, est appliqué.

    La démocratie est devenue une supercherie intégrale. Le citoyen-souverain est appelé à désigner directement le chef d’État, les députés, les différentes strates d’élus locaux. Aux deux extrêmes, la dépossession est totale : parce que depuis Maastricht les chefs de l’État ont bradé la souveraineté de la France ; parce que l’oligarchie a décidé de priver progressivement le maire de tout pouvoir. Quant aux députés, lorsqu’ils ne valident pas des décisions européennes, les lois qu’ils votent sont hypothéquées par le sacro-saint droit européen… Une élection présidentielle sera insuffisante à nous rendre notre liberté, même si les Français ont la bonne idée d’élire un chef d’État désireux de redonner au pays sa souveraineté – ce que nous souhaitons, évidemment. Car, même dans ce cas, il n’est pas certain qu’il trouve dans le régime la force de ses ambitions. Quant à François Hollande, il ne sort de son silence piteux de président discrédité que pour critiquer les « égoïsmes nationaux » et ânonner que le « nationalisme, c’est la guerre » – tarte à la crème de tous les fédéralistes européens. Pour, dans le même temps, rompre la solidarité européenne en se couchant devant Erdogan, qui a traité de nazis les dirigeants allemands et néerlandais, parce qu’ils ont refusé, à juste titre, l’organisation sur leur sol d’un meeting à la gloire du dictateur turc. Meeting qui a eu lieu sur le nôtre, en revanche, dimanche 12 mars. Jusqu’à la dernière minute, Hollande aura été indigne de sa fonction. 

  • Jean-François Mattéi ? Présent !

     

    Mur-bleu gds.jpgIl est des dates joyeuses. Il en est de tristes.

    A vrai dire, celle du 24 mars, pour nous, n'est pas triste, à proprement parler, car nous savons où et pour quel vrai Royaume il est parti, nous quittant ce jour-là, nous qui étions ses amis, et lui le nôtre. Mais elle est grave, elle nous ramène à ce que Boutang - qu'il connaissait si bien, qui avait été son maître - appelait le « souci ». Nous partagions en effet avec Jean-François Mattéi - que nous avons eu la grande chance de connaître de très près, et de fréquenter, au sens premier du terme - le souci du Bien commun, de l'Europe et de son futur, de la Civilisation. 

    Nous étions éblouis à chaque rencontre, à chaque repas partagé avec lui, à chaque Colloque ou Conférence qu'il donnait volontiers, par l'immensité de sa culture, son ouverture d'esprit mais aussi - et en un certain sens, peut-être, surtout... - par sa simplicité, sa bienveillance, son urbanité rare. 

    Si nous avons eu beaucoup de chance de connaître Pierre Debray, Pierre Boutang, Gustave Thibon, il est clair que nous en avons eu beaucoup, aussi, de connaître, et si familièrement, Jean-François Mattéi.

    Le 24 mars, lorsqu'il nous quitta, il ne fut fait aucune mention de lui sur les ondes radios/télés de la misérable chose qui ose encore s'appeler Service public. Par contre, une obscure chanteuse de variétés américaine reçut un éloge funèbre de plusieurs minutes, plusieurs fois répété dans la journée ! Mais laissons-là, pour les plaindre, ces pauvres inconscients, qui ne savent même pas à côté de quoi ils sont passés...

    Jean-François Mattéi connaissait bien Lafautearousseau, il l'aimait, le lisait et avait même accepté d'y écrire. Plus que son agenda surchargé, comparable à celui d'un ministre, c'est la maladie et sa mort, soudaine, qui l'empêchèrent de réaliser ce vœu, qu'il ne put concrétiser que pour un seul article, que nous donnons ci-après*, accompagné du petit logo que nous avions imaginé pour ce qui devait être « sa » rubrique. Cet article fut publié le mardi 23 mai 2013, et il traite d'un sujet que Jean-François Mattéi connaissait bien et qui lui tenait à cœur, la théorie du genre...

    Moins d'un an plus tard, le 24 mars 2014, dans lafautearousseau, nous annoncions son décès aussi brutal qu'inattendu et cette perte immense pour la pensée et l'esprit français**.

    Laissons à un poète - à Frédéric Mistral - l'envoi de ce message d'amitié et d'affection à celui qui, mystérieusement, ne nous a jamais quittés :

    « E lou grand mot que l'ome oublido, veleici : la mort es la vido !

    E li simple, e li bon, e li dous, benura !

    Emé l'aflat d'un vent sutile, amount s'envoularan, tranquile,

    E quitaran, blanc coume d'ile,

    Un mounde ounte li sant soun, de longo, aqueira...

     

    « Et le grand mot que l'homme oublie, le voici : la mort, c'est la vie !

    Et les simples, et les bons, et les doux, bienheureux !

    A la faveur d'un vent léger, au ciel ils s'envoleront tranquilles,

    Et quitteront, blancs comme des lis,

    Un monde où les saints sont continuellement lapidés ! »  

    (« Miréio » , Chant X)  •

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    *   Le Père Goriot et la Mère Vauquer, par Jean-François Mattéi

    ** Non omnis moriar

        Décès de Jean-François Mattéi : par dessus tout, une perte pour la pensée française

  • La monarchie, au bénéfice du petit ! A retenir ... A méditer ...

    Source : Action française Provence

     

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    Entretien • Marin de Viry : « Le roi, c’est la France telle que l’éternité l’a voulue »

  • Ephéméride du 24 Mars

    Jean-François Mattéi, décédé le 24 mars 2014

     

    1776 : Turgot crée la Caisse d'Escompte, à l'origine directe de la Banque de France    

    Organisée par le banquier suisse Isaac Panchaud, la Caisse d'escompte eut pour mission d'escompter les lettres de change et autres effets de commerce afin de faire baisser le taux d'intérêt du crédit commercial. Elle est considérée comme l'ancêtre directe de la Banque de France, de la direction du Trésor et de la Caisse des dépôts et consignations. Elle n'avait cependant pas pouvoir de battre monnaie.

    Supprimée par la Révolution, en 1793, Bonaparte, Premier Consul, la réorganisera de fait, en 1800, lorsqu'il instituera la Banque de France. 

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      sceco.univ-poitiers.fr/hfranc/CaisseEscompte.htm

     

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  • Les chiffres et la dure réalité condamnent Mélenchon et ses incantations révolutionnaires...

     

    Mur-bleu gds.jpgIl faut reconnaître ses mérites à Mélenchon : il est cultivé, il est sans-doute personnellement honnête même si - il l'admet - il vit bien du Système, et surtout, c'est un vrai militant. Et, en tant que tel, il mérite le respect des militants que nous sommes nous-mêmes.

    Cela étant dit, il faut bien reconnaître que son discours d'ensemble est assez répétitif, depuis un nombre d'années assez grand maintenant, et que ses incantations mille fois reprises sur la République et la Révolution ont de plus en plus de mal à « passer ». Tout simplement parce qu'il y a une question que Mélenchon ne se pose pas, et c'est bien là le problème.

    Ecoutez-le parler (par exemple, ce samedi, place de la République). Parler ou, plutôt, prêcher, envoûter un public conquis d'avance; l'enflammer, lyrique, par les souvenirs glorieux - dit-il et croit-il - de la Révolution, de la Commune, de Jaurès, de la République et tout le tremblement... Tout cela est bel et bon, mais ce que Jean-Luc ne nous dit pas c'est comment il se fait que, avec des ancêtres pareils, et le régime qu'ils nous ont donné, la France en soit réduite à l'état lamentable où elle est aujourd'hui...

    Il y a, depuis 1875, 142 ans que la République est installée, en France. Elle affirme hautement sa filiation avec la révolution qui s'est produite il y a 228 ans, dans laquelle elle trouve son fondement.

    L'arbre a donc eu tout le temps nécessaire pour produire de bons fruits. Or, les fruits se révèlent être pourris. Et Jean-Luc Mélenchon ne s'en rend pas compte. Au lieu d'arracher cet arbre, qui produit de si mauvais fruits, il va chercher mille et une excuses (et même une sixième république !) au lieu de se poser la seule question qui vaille :  comment se fait-il qu'un si merveilleux Système ait transformé en vil plomb l'héritage fastueux qui était celui de la France ?

    La République idéologique endette la France de 2.700 euros par seconde, le règlement des seuls intérêts de la dette engloutit chaque année 50 milliards d'euros (c'est le second poste de dépenses, après le budget du lamentable Ministère de la des-Education nationale !), et la dette dont la même république a chargé la France atteint les 2.105 milliards d'euros ! A titre indicatif, cela signifie que la république idéologique, tant vantée par Mélenchon, a contracté, pour chaque Français, 30.000 euros de dette !

    1687822_7_1a99_lors-de-la-maniefstation-pour-la-vie_19d1787fded0186eb1bcc73fa70373d3.jpgEt c'est ce régime-là, ce Système de folie que Mélenchon idolâtre, et fait acclamer par une foule dont on se demande si, un jour, les mots « réflexion », « bon sens », « simple observation du réel » ont eu un sens, du sens. 

    Encore ne s'en tient-on, ici, qu'à l'aspect matériel des choses, à l'échec patent du Système dans sa gestion des choses et des gens, à la catastrophe purement monétaire et financière qu'il nous a apportée. Les dégâts immatériels, parce que moraux, sur l'esprit public et le mental du peuple français étant plus importants encore, et condamnant évidemment encore plus ce Système, que Mélenchon, lyrique, extatique, persiste à voir, contre toute évidence, comme un grand soleil levant, mais que nous voyons, nous (pour reprendre le mot de Jacques Julliard) comme « un soleil levant drapé de deuil... un immense cauchemar ». 

  • Entretien • Marin de Viry : « Le roi, c’est la France telle que l’éternité l’a voulue »

     

    Entretien - d'un grand intérêt, notamment pour nous, royalistes - paru dans l'Action Française 2000 [[n° 2951 du 16 Mars 2017]]].

     
    Redoutant la faillite de l’État, Marin de Viry appelle à lever l’hypothèque qui pèse sur l’avenir. Dans cette perspective, il explique qu’un roi, facteur d’unité, contribuerait à redonner à la France la confiance qui lui manque.

    Un roi immédiatement : tel est le titre de votre dernier livre. La Ve République ne répondrait-elle plus à sa définition de monarchie républicaine, conciliant un exécutif fort avec les exigences d’un parlementarisme raisonné ?

    La Ve République n’a plus rien à voir avec le régime que les constituants avaient imaginé en 1958. Pas seulement pour des raisons institutionnelles – certes, les institutions ont un peu évolué et l’Europe a changé la donne –, mais aussi et surtout à cause de l’esprit politique qui a conduit depuis quarante ans à hypothéquer d’abord l’avenir – pardon de parler d’argent, mais je pense à la dette que nous allons rembourser encore longtemps, nos enfants naissant avec plus de 30 000 euros de dette publique dans leur berceau –, ensuite le présent – c’est-à-dire les politiques que nous n’avons plus la capacité de mettre en place en raison de cette dette – et enfin le passé – le capital qui nous a été transmis et que nous allons dilapider pour payer cette dette. Aucun régime ne résiste à une dette aussi énorme que la nôtre, qui touche à la fois l’héritage, l’action présente et l’action future. Le quantitatif agresse le qualitatif, la civilisation est menacée par notre compte en banque, et le scandaleux destin de la Grèce nous pend au nez. Quand vous êtes en quasi-faillite, vous n’avez plus d’espace politique, plus de souveraineté, vous n’avez plus le droit de penser votre avenir tout seul. Le roi est nu. Il ne vous reste qu’à espérer que le régime a assez de force pour redresser la situation. La Ve République était un régime supposément fort et équilibré. Pas sûr qu’il résiste au stress de la faillite. Quant au parlementarisme raisonné, l’expression avait un sens quand l’exécutif était raisonnable et les parlementaires exagérément généreux : les parlementaires dissipaient, l’exécutif gardait, et les finances publiques étaient bien gardées. Aujourd’hui, les deux dissipent…

    La Ve République vous semble avoir laissé de côté la société civile. Une monarchie vous semblerait-elle mieux à même de laisser vivre et se développer les élites du pays réel ?

    Le pays réel… Je ne vais pas vous taquiner là-dessus. Disons plutôt le pays du principe de réalité. Le pays des Français qui ont une certaine idée d’eux-mêmes, de leur réalisation, de leur idéal, et qui se frottent aux réalités. Quand d’une part les réalités deviennent très dures et l’idée qu’ils se font de leur réalisation est méprisée, et que d’autre part la source de ce mépris et de ces difficultés est la même, c’est-à-dire tout ce qui est “officiel”, où il y a le gouvernement mais aussi les médias et la vie culturelle, alors le résultat est mécanique, politique, humain, ce que vous voulez, mais il est clair : ils détestent cette source. D’aucuns l’appellent le “système” ; dans le système, le principe de réalité n’agit pas, tout simplement. S’il agissait, nous aurions le sentiment d’une certaine raison dans les politiques et d’une certaine stabilité dans la situation. Dans l’idéal, la monarchie apporterait une réponse à cette question, en distinguant les citoyens – ou les sujets, je ne suis pas très regardant sur la terminologie – qui seraient véritablement utiles ; et au sommet, véritablement nobles, c’est-à-dire ayant administré la preuve qu’ils font passer leur honneur, lequel est toujours au service des hommes et donc de la société, avant leur intérêt personnel. Le principe de réalité, c’est tout simplement le champ d’application de l’intelligence pratique qui vise un principe. Je vise quelque chose, j’ai des moyens pour le réaliser et je cherche la bonne combinaison. Quand j’écoute beaucoup de responsables politiques, je me dis que l’intelligence les a désertés. Non pas qu’ils soient idiots, mais l’esprit de l’intelligence ne leur est tout simplement pas utile pour réussir. Il leur suffit de se promener avec des grilles de lecture en l’air, comme des cerfs-volants, pour réussir.

    Par sa présence, écrivez-vous dans votre livre, le roi fait peuple. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

    C’est d’abord un vieux paradoxe : nous serions plus unis, donc plus peuple, par un roi catholique qui n’aurait pas été choisi que nous ne le sommes par un président qui a été choisi, mais pas par tous, et qui a une durée de légitimité de plus en plus faible. Le roi est à l’abri des trolls de Facebook et d’ailleurs qui font et défont la popularité. Ensuite, c’est une affaire de métaphysique : le roi, c’est la France telle que l’éternité l’a voulue. Pas une sorte de communauté de rencontre que l’on traîne d’accident en accident jusqu’à son éventuelle disparition matérielle. Il faut croire que Dieu a voulu la France, ou alors c’est un nom de marque comme Coca-Cola. Enfin, le roi est une personne, et la république un mot. Le hasard ou la providence, l’éternité, l’incarnation : sous ces trois idées, dans un pays donné, chacun peut se sentir le voisin de l’autre.

    Vous demandez un roi immédiatement. Il y a donc urgence selon vous… Quels sont les principaux défis que notre pays a à relever ?

    Un seul : celui d’une belle conscience de lui-même, car il le mérite. Généreuse, forte, intelligente, humble, entreprenante, ardente : les idées de démocratie directe et de monarchie peuvent beaucoup contribuer à introduire ces adjectifs dans la conscience collective et individuelle. Dans ce pays, il nous manque un sommet et une base. Nous avons un milieu en perdition, qu’on appelle le système. Il faut s’en débarrasser sans haine, avec des idées claires sur la manière dont plus de libertés donneraient de meilleurs résultats dans tous les domaines. Mais ne perdons pas de temps.

    Votre conception de la royauté est solidaire de votre foi catholique : la laïcité ne vous semble-t-elle pas avoir tenu ses promesses ?

    Ce qu’il faut garder de l’esprit de la laïcité, c’est qu’aucune puissance ne doit être autorisée à prendre le contrôle des consciences. L’Éducation nationale doit continuer d’exister, avec le mandat de développer les connaissances, la capacité critique de chacun, mais en lien étroit avec la notion d’intérêt général ; elle doit cultiver une discrétion bienveillante, prudente, respectueuse, en ce qui concerne les croyances de la personne et de la famille de la personne. Il se trouve qu’être citoyen n’épuise pas les aspirations de la personne. La laïcité laisse un vide et laisse une liberté. Laissons le roi donner l’exemple d’un vide comblé, et laissons les hommes libres de le combler à leur guise. Sacrons le roi, et laissons les hommes reconnaître Dieu, ou pas. Garantissons la permanence de la présence du catholicisme en France, et laissons l’Église polariser les âmes si elle le peut. Mais c’est bien au christianisme catholique que nous devons donner les clefs des symboles, c’est-à-dire de l’union de ce qui est séparé. Le lien entre l’homme et Dieu, entre les hommes, entre les sexes, entre la France et les Français. En un prodigieux travail multiséculaire, le catholicisme a délégitimé la violence, a donné à chacun les clefs d’un destin individuel pacifique, utile, aimant, maintenu l’espérance en les fins dernières, et constamment maintenu l’invisible présent dans le visible. Ce n’est pas assez que de rappeler que le catholicisme est dans nos racines. Il est ce que nous sommes. Un roi catholique, c’est le début de la fin de la haine de nous-mêmes. 

    Marin de Viry, Un roi immédiatement, éditions Pierre-Guillaume de Roux, mars 2017, 144 pages, 18,50 euros.