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LAFAUTEAROUSSEAU - Page 3

  • Traditions • Dans un mois ... Les fêtes de Bayonne, c'est tout le Pays Basque...

     Marée humaine en rouge et blanc 

     

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgMaintenues en 2016 malgré le terrorisme, les Fêtes de Bayonne 2017 s'ouvriront le mercredi 26 pour s'achever le dimanche 30 juillet. Seront-elles cette « célébration du mauvais goût », selon un article malveillant des Inrocks en 2015 ? Orfèvres en cette matière, leur objectivité avait été jugée plus que douteuse à Bayonne...  En tout cas, nous les évoquons ici assez tôt, cette année, pour que les amateurs s'y préparent. Tout ce qui est racines est bon !  LFAR

    Les Fêtes de Bayonne, c'est, sur près d'une semaine, un million et demi de personnes qui se côtoient, se retrouvent et fraternisent, joyeusement, dans le bonheur de la fête et aussi - et surtout - la pleine conscience et la fierté légitime d'appartenir à un peuple, à une nation, héritiers d'une authentique culture, d'une riche et belle civilisation, de traditions plus que millénaires...

    Tout a commencé en 1932 : cette année-là, une quinzaine d'amis bayonnais sont à Pampelune, où ils découvrent le concept de la « fête de rue » en assistant aux traditionnelles Sanfermines, les fêtes de la Saint Firmin, et leurs lâchers de taureaux dans les rues de la vieille ville (les encierros). Enthousiasmés, ils décident d'importer chez eux, à Bayonne, en l'adaptant, ce qu'ils viennent de vivre dans la ville navarraise. La couleur traditionnelle, et officielle, en Navarre, est le « rouge et blanc » : au début, à Bayonne, ce fut bleu et blanc, mais, très vite, le rouge et blanc s'imposa. On peut porter l'écharpe rouge avant 22 heures, ouverture officielle de la fête, par exemple au poignet; mais ce n'est qu'à partir de l'ouverture officielle de la fête que l'on peut porter l'écharpe autour du cou, ce qui rappelle le martyre de Saint Léon, décapité à Bayonne vers 890... 

    A Reims et à Orléans, à Beauvais, les Fêtes Johanniques et celles de Jeanne Hachette exaltent l'histoire de France, la formation du territoire, en même temps qu'elles permettent de rendre hommage, à travers deux héroïnes majeures, à toutes ces femmes d'exception, si souvent présentes à des moments cruciaux de notre Histoire.

    En Provence, les deux pèlerinages annuels aux Saintes Maries de la Mer sont un témoignage vivant de nos racines chrétiennes, comme le sont les deux Tours de Ville du Saint Cordon de Valenciennes, les Ostensions du Limousin, les processions de la Sanch à Perpignan, le Catenacciu de Sartène et tant d'autres encore...

    Et ainsi de suite, dans toutes les provinces de France, ces fêtes qui font, qui sont la France parsèment l'année de leurs manifestations colorées, qui sont autant de manifestations de l'existence d'un Peuple français, d'une Nation française, n'en déplaise aux idéologues.

    Un peuple, une nation, qui se sont lentement cimentés sur le socle commun que représente le peuplement et la culture celtique : le Festival interceltique exalte, comme son nom le proclame fièrement, les traditions de ce peuple celte qui est comme le socle sur lequel est venu se former, peu à peu, notre nation, et qui est bien le fondement connu le plus ancien de ce qui allait devenir la France.

    A une exception près, et de taille : le peuple et la culture basques.

    2564127086.3.jpgLes Basques constituent, en effet, une population autochtone pré-indoeuropéenne, remontant au néolithique, implantée principalement au Sud-ouest de la France et au Nord de l’Espagne, dans le Pays Basque, précisément.  Et la langue basque est l’unique isolat européen et la seule langue non indo-européenne d’Europe de l’Ouest (en linguistique, un isolat est une langue dont on ne peut démontrer de filiation - ou « relation génétique » - avec d'autres langues vivantes : la langue basque, le coréen, le japonais sont des isolats).

    C'est à cette langue basque, à cette culture, à cette terre, à ce peuple... que sont dédiées, depuis 1932, les Fêtes de Bayonne : en rouge et blanc, pendant cinq jours, les festayres sont si nombreux (probablement plus d'un million de personnes) qu'ils font de cet évènement l'une des fêtes les plus suivies, non seulement de France, mais même dans le monde...   

    Site officiel : http://www.fetes.bayonne.fr/ 

  • Où Simone Weil pointe l'une des maladies les plus dangereuses de l'âme et des sociétés humaines ...

     

    « L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine… Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines. » 

     

    Simone Weil

    L'Enracinement - Prélude à une  déclaration des devoirs envers l'être humain, Gallimard (Folio)

  • Quotidiennement, avec l'éphéméride de chaque jour de l'année, partez à la découverte de... « la France » !

     

    Copie de Assistant d'exportation-1.jpgVous voulez faire découvrir l'Histoire de France à vos enfants, afin de leur faire connaître, comprendre et aimer ce pays dont ils ont la chance d'être les fils ? Ou à des amis, des parents, des proches ? Ou la redécouvrir plus à fond vous-même ?

    Tel est le but tout simple de nos éphémérides, au long de l'année. Vous le découvrirez, jour après jour, ils sont tous là :
     
      hommes et femmes célèbres, écrivains, savants, artistes,
     
    évènements et faits majeurs, politiques, scientifiques, économiques, militaires, diplomatiques, culturels, 
     
    oeuvres d'art, monuments et sites qui composent ces paysages et cet héritage que le monde entier nous envie.

    Tout au long de l'année, jour après jour, du premier janvier au trente et un décembre, ces éphémérides - riches de près de 4.000 entrées, nombre qui augmente chaque semaine - sont toujours avec vous, tels des panneaux indicateurs fiables et amicaux pour vous guider sur votre route de la découverte - ou de l'approfondissement... - d'une culture et d'une civilisation exceptionnelle : la vôtre !

    A la découverte de... la France, tout simplement !

    Un voyage que - nous l'espérons - vous ne regretterez pas.

    Départ immédiat, et permanent : Les éphémérides de lafautearousseau. 

    Et, pour faciliter vos recherches, nous vous proposons les aides suivantes : 

    Pourquoi des éphémérides.pdf

    L'aventure France racontée par les cartes 

       (L'Album des éphémérides)

    Musique dans les éphémérides

    Ephémérides Table des Matières du premier trimestre

    Ephémérides Table des Matières du deuxième trimestre

    Ephémérides Table des Matières du troisième trimestre

    Ephémérides Table des Matières du quatrième trimestre

  • Ephéméride du 24 juin

    Après abrogation de la Loi d'exil, la Famille de France retrouve son pays

     

    1245 : Ouverture du premier Concile de Lyon, dont le but est de déposer Frédéric II, Empereur du Saint Empire 

    Cet épisode marque le point culminant de la lutte entre les Empereurs du Saint Empire Romain Germanique et la papauté, qui durait depuis longtemps déjà. En l'occurrence, la Papauté cherchait - et trouvait... - un appui et un allié de taille dans le France du roi Louis IX, futur Saint Louis.

    Après avoir été excommunié une seconde fois, en 1239, par Grégoire IX, mort en 1243, l'empereur avait espéré que l'élection du nouveau pape Innocent IV viendrait modifier la position de l'Église.

    Mais le nouveau pape ne changea pas d'avis par rapport à son prédécesseur : la réunion du premier Concile de Lyon fut décidée dans le but exprès de déposer l'Empereur.

    24 juin,loi d'exil,orléans,du pont de nemours

    C'est dans la cathédrale Saint Jean de Lyon (dite aussi Primatiale Saint Jean) que se tinrent les sessions du Concile qui devait, entre autres, déposer l'empereur d'Allemagne, Frédéric II 

    http://archive.is/g7B7n 

    24 juin,loi d'exil,orléans,du pont de nemours

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  • Macron : un colosse aux pieds d’argile

     

    Par François Marcilhac

     

    364574047.jpgLorsque paraîtront ces lignes, toutes les analyses auront été déjà faites et toutes seront justes. Oui, cette abstention historique exprime le ras-le-bol des Français de plus d’une année de campagnes électorales et de scrutins – primaires comprises –, mais traduit également l’absence d’engouement pour le président nouvellement élu.

    Non, en dépit de (ce qu'a été) le résultat du second tour, les Français ne sont pas devenus des Macrons de Panurge. Oui, la majorité dont le président disposera à l’Assemblée sera écrasante, mais, paradoxalement, il restera élu par défaut, puisqu’il se voit définitivement privé, par un scrutin législatif entaché d’une abstention plus écrasante encore que sa majorité, de toute dynamique populaire. Oui, nos institutions sont à la fois absurdes et apparemment solides. Absurdes puisqu’une majorité écrasante peut traduire non pas une adhésion enthousiaste mais un sentiment de fatalité et de lassitude, tout en étant la conséquence d’une remise en cause des vieilles pratiques politiques à travers celle des partis qui les incarnaient. Mais une remise en cause illusoire – la démocratie n’est-elle pas le régime de l’illusion ? –, puisque les Français se sont aperçus dès le lendemain de la nomination du nouveau gouvernement que la République en marche ne fait que détourner la “vieille politique” à son profit après avoir simplement ravalé la façade. Des institutions toutefois solides, puisque la lente mais, semble-t-il, inexorable érosion de la participation aux législatives depuis 2002 apparemment ne les affaiblit pas : en dépit d’une représentativité en peau de chagrin du Parlement et d’un écart toujours plus béant entre pays légal et pays réel, rien ne semble sérieusement les menacer, pas même la perspective d’une VIe République que les Français n’ont pas plébiscitée alors même qu’elle était censée leur redonner les clés du pouvoir…

    Les élections n’ont jamais rien changé

    C’est une vérité historique : jamais, en France, depuis la Révolution, des élections n’ont permis une modification radicale de la donne politique. Elles ont pu confirmer cette modification, lui apporter un vernis de « légitimité démocratique », mais le suffrage universel n’a jamais été à l’origine d’un tournant historique. Ce sont l’événement, le coup de force, le désastre ou le revirement militaires qui, trouvant à se traduire dans un homme ou une faction, ont, pour le meilleur ou, plus souvent encore, pour le pire, rythmé notre histoire politique contemporaine depuis que celle-ci n’épouse plus le temps humain d’une famille royale, ne s’incarne plus dans une dynastie. Certes, les vérités historiques ne sont pas absolues : elles relèvent du relatif. C’est pourquoi l’Action française a toujours pris soin de préciser qu’elle souhaitait le rétablissement de la monarchie par tous les moyens, même légaux. Mais ceux qui enferment leur espérance dans la conquête électorale se préparent à une déception permanente. Ils peuvent toujours, après coup, insulter l’électeur , abstraction qui dissimule leur compatriote : cela les soulage mais ne fait en rien avancer la question, aveuglés qu’ils sont sur leur incohérence, qui est de chercher le Bien commun sans remettre en cause un régime politique, la République ou l’Empire plébiscitaire, qui, fondé sur un suffrage universel détourné de son domaine de compétence, ne peut, par définition, assurer les conditions du Bien commun que par intermittence et après une grave crise nationale. À quoi ont servi les chambres introuvables non pas de 1815 – on ne le sait que trop bien –, mais de 1871, de 1919, voire de 1968 ? Elles ont été condamnées à l’inaction et à l’échec par la logique parlementaire.

    LR, PS, FN : tous coupables

    Aussi ne sert-il à rien d’être déçu. Déçu, de quoi, du reste ? En refusant de s’opposer aux candidats macronistes, LR et le PS avaient déjà avalisé leur sortie, qu’ils espèrent provisoire, de l’histoire parlementaire, d’autant plus facilement que le macronisme exprime le substrat idéologique commun de leurs projets respectifs : la disparition de la France comme nation souveraine incarnant une identité de civilisation au profit d’une Europe village-témoin du mondialisme. Quant au Front national, il ne fait que recueillir le fruit de ses ambiguïtés et de son refus permanent de participer à une véritable dynamique d’union nationale, son arrogance dissimulant mal un amateurisme quasi atavique.

    Macron aura apparemment les mains libres. Du moins au début, ce qui lui permettra, sans doute – il l’espère – de faire passer sans trop de contestation, outre le gadget législatif de Bayrou sur la moralisation de la vie politique, serpent de mer démocratique, surtout sa réforme du Code du travail. Au Parlement, la contestation sera assurément cosmétique. Rien ne dit toutefois que s’il réussit à boucler les ordonnances avant la fin de l’été, la rue ne viendra pas dès la rentrée se rappeler au bon souvenir de députés godillots, surtout si le texte est adopté dans toute sa violence – que Libération a révélée. On peut toujours ânonner les mêmes reproches à un Code du travail pléthorique (en oubliant qu’il intègre la jurisprudence et qu’une simplification outrancière créerait une nouvelle jurisprudence), ou à un paritarisme qui engraisse des syndicats non représentatifs. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain et laisser le salarié français seul face à l’alliance de la finance mondiale, indifférente au sort de l’économie française, et d’un État devenu sa simple courroie de transmission ? Car l’objectif de Macron est évidemment de soumettre le salarié français aux exigences européennes et internationales sous le prétexte, fallacieux s’agissant des TPE et PME dont il se moque, de renforcer la compétitivité des entreprises. Le texte est en revanche aux petits soins des multinationales. Entre autres mesures ? Outre le fameux renversement de la hiérarchie des normes et une fragilisation des contrats de travail – CDI ET CDD – en vue de compenser le peu constitutionnel et déjà retoqué plafonnement des indemnités en cas de licenciement abusif – il contrevient au principe juridique de la réparation intégrale –, le texte vise aussi à redéfinir le périmètre géographique en matière de licenciement économique, afin de permettre à une multinationale de réduire les effectifs de sa filiale française en dépit de résultats florissants à l’étranger ! Quand on sait comment ces mêmes multinationales déprécient déjà, de manière artificielle et avec la complicité du pays légal, leurs bénéfices réalisés en France pour échapper à l’impôt sur les sociétés…

    Macron impose son pouvoir personnel

    Macron sait déjà qu’il ne pourra pas en appeler au pays réel contre les corporatismes, pour la simple raison qu’il ne pourra pas transformer un simple attentisme en soutien populaire, d’autant que sa majorité, composée à 90 % de CSP +, est totalement déconnectée du peuple. Autant dire qu’il est un colosse aux pieds d’argile. D’où sa volonté d’imposer son pouvoir personnel, par le biais tant de nouvelles dispositions liberticides en matière sociétale ou mémorielle que, surtout, de l’instauration d’un état d’urgence permanent par l’inscription des dispositions de celui-ci dans le droit commun. Macron, ses satellites et, demain, sa « chambre introuvable » menacent nos libertés fondamentales, principalement politiques. Les premiers visés seront comme toujours les patriotes. Un événement pourrait alors déclencher la colère du pays réel, car l’histoire de France parle pour elle : les Français n’ont jamais été longs à se révolter contre la tyrannie. Il sera alors possible de vérifier la solidité d’institutions vidées de toute légitimité faute d’incarner le Bien commun.  

  • Macron, an 1: mort et vie du clivage droite-gauche ... Le président a le champ libre : Pour combien de temps ?

    Gouvernement Philippe II, juin 2017. Sipa.

     

    Par Catherine Rouvier

    Voici une intéressante analyse [Causeur, 22.06] sur fond d'Histoire. Elle suscite la réflexion - plutôt que la polémique - comme il convient s'agissant du cas Macron. On discutera tel ou tel point de cet article. D'Histoire, notamment. Mais nous trouvons l'analyse pertinente. Enfin, nous n'oublions pas que Catherine Rouvier a participé à quelques unes de nos réunions en Provence. Et c'est une occasion de la saluer en toute amitié.  LFAR 

     

    sans-titre c r.pngLes historiens du XIXe siècle savent que la France se prend au centre. Emmanuel Macron, fin et érudit, en a tiré les leçons à son profit et a provisoirement effacé le clivage droite-gauche. L'opposition atomisée, il a toutes les clés pour gouverner. Mais gare à ne pas finir comme Napoléon III.  

    La nouvelle Assemblée nationale sortie des urnes le 18 juin ne ressemble pas aux précédentes. Un parti s’étale largement en son centre et relègue ce qui reste de la droite et de la gauche aux marges de l’hémicycle. Emmanuel Macron l’a affirmé : les Français « en ont assez du tic-tac gauche-droite ».On l’imagine bien lors d’un bain de foule se penchant sur un petit garçon et lui promettant, comme Hollande en parlant de Sarkozy : «ce tic-tac, tu ne l’entendras plus». Dans le dictionnaire  du politiquement correct, on pourrait écrire en regard de « clivage droite-gauche » : « dépassé ». C’est l’opinion commune, le nouveau credo.

    Le retour des refoulés

    Qu’en est-il en réalité ? Il en va des divisions droite-gauche comme des différences sexuelles. Plus on les nie, plus elles prennent leur revanche en s’inscrivant dans le réel. Les jeunes filles se démarquent plus que jamais des garçons, avec de longs cheveux lâchés jusqu’au milieu du dos, et les garçons, soucieux de souligner leur virilité, portent la barbe, devenue le signe d’une génération. Et y a-t-il plus à droite que Trump ? Plus à gauche que Mélenchon ?

    Le clivage droite-gauche existe, même si les idéologies en franchissent la cloison aussi allègrement qu’Harry Potter franchit les murs de Poudlard. Même si sa ligne de démarcation, telle l’aiguille de la boussole, bouge au moindre déplacement.

    En France, son contenu initial – monarchistes contre républicains – s’est affaibli au fil du temps, les républicains envahissant peu à peu la totalité du champ politique. La distinction s’est alors faite entre républicains partisans d’une démocratie égalitaire – radicaux, socialistes, communistes – et partisans d’une monarchie républicaine – bonapartistes, orléanistes, gaullistes. Ces derniers ont théoriquement le ralliement plus facile que les premiers à un président « jupitérien » Mais l’extension du domaine d’En Marche qui marque l’Assemblée élue résulte aussi d’un goût profond, irrépressible quoiqu’inavoué, de la gauche, pour l’unanimité. A-t-on jamais vu plus « monarchistes » que ces communistes si longtemps attachés à la personne de Staline, de Mao, de Castro ?

    La gauche unanimiste

    En réalité, la gauche, toujours tentée par l’unanimisme, supporte mieux la dictature que la droite qui aime, comme Montesquieu, que « le pouvoir arrête le pouvoir ». La gauche rêve depuis Rousseau d’une seule assemblée populaire formée de députés auréolés, par la seule grâce de l’élection, d’une capacité d’accès à la mystérieuse « volonté générale ».

    Pour les «marcheurs», les choses sont claires : la volonté du peuple, c’est Macron qui l’incarne, et il est à gauche, « mais en même temps » à droite. Le fond du programme a du reste moins d’importance que l’adhésion à sa personne et son projet, et le projet lui-même importe moins que l’attitude positive, le « penser printemps ».

    Ils ont des visages poupins malgré leurs barbes, des yeux rieurs, ils sourient, se moquent gentiment de leurs interlocuteurs mais aussi d’eux-mêmes, ils ne s’énervent pas, n’insultent pas. Ils ne peuvent être de cette droite à la Guaino qui insulte, ni de cette gauche à la Mélenchon qui engueule. Par ailleurs, ils sont issus des mêmes écoles et sont souvent restés très amis avec leurs condisciples ayant fait un choix partisan différent du leur. La perspective de travailler avec eux au sein d’un gouvernement sans querelles idéologiques leur semble exaltante.

    Et ça tombe bien puisqu’ils l’ont appris à Sciences Po, école où le XIXème siècle qui l’a vu naître est vraiment un sujet d’études : historiquement, la France se prend au centre. Pour couvrir le tic-tac droite-gauche, rien de tel que le bruit déflagrant d’une recomposition à partir du centre.

    Ce que Macron fit de Bayrou

    Macron a fait sienne cette ambition, et a mis à son service une double stratégie : une figure centriste emblématique et un nouvel imaginaire collectif. La figure emblématique du centre, le « transclivages » par excellence, ce fut François Bayrou. Homme politique de droite, catholique, père de famille nombreuse, il a été le seul chef de parti de droite à résister, en 2002, à l’OPA faite par l’UMP naissante sur tous les partis de sa mouvance. Il a gardé son UDF, seul ou presque, et a décidé de faire sentir sa différence, à la fois libérale et sociale, par rapport à l’UMP qui était alors une sorte de RPR gonflé comme une rivière de tous les affluents des partis vassaux. Cette logique séparatiste a assez logiquement débouché en 2012 sur le passage de Bayrou du centre-droit au centre-gauche concrétisé par son soutien affiché à la candidature de François Hollande. Pendant cinq ans, on ne lui en a guère été reconnaissant. Macron a honoré, en le prenant comme ministre d’Etat dans son premier gouvernement, une dette ancienne et, ce faisant, dispose d’un atout maître pour lancer sa recomposition.

    Pour l’imaginaire collectif, Macron a un modèle assumé : Mitterrand. François Mitterrand était l’homme à la francisque. C’était aussi le ministre de la répression en Algérie. Son passé envoyait donc un clin d’œil à la droite la plus nationaliste, celle qui n’aimait pas les « boches » mais pas non plus les « angliches » en 40,  celle qui en voudra toujours à De Gaulle d’avoir « bradé l’Algérie ». Fait prisonnier en Allemagne, il en était ressorti résistant. Résistant, mais pas gaulliste, donc proche des communistes. Deuxième clin d’œil, cette fois-ci à la gauche la plus dure. Enfin, ministre de la IVème république, il ne pouvait  pas ne pas avoir d’accointances avec les milieux radicaux et la gauche intellectuelle la plus raisonnable. C’est ce socle multiple et complexe qui va lui permettre dunir la gauche en 1972 derrière son nom puis, en 1981, de bouter dehors avec la complicité des gaullistes refondés par Chirac son seul véritable antinome : Giscard.

    Cohn-Bendit et Giscard

    Emmanuel Macron a terminé ses études secondaires au prestigieux lycée Henri IV – pépinière de l’Ecole normale supérieure – et avant d’être ministre à Bercy,  a travaillé trois ans à la banque Rothschild. Tout cela n’est pas sans évoquer un certain Pompidou. Par ailleurs, sa formation d’énarque, son libéralisme économique et sociétal, et  son style d’intellectuel bien élevé mêlé à  une volonté de contact direct avec le peuple – il répond lui-même un matin  au standard de l’Elysée, il roule en vélo en famille dans les rues du Touquet – évoquent nettement Valéry Giscard d’Estaing. Enfin l’amitié de Hollande, Ségolène Royal, Le Drian, Ferrand,  est symptomatique de ses bonnes relations avec la gauche “social-démocrate” et sa complicité avec Cohn-Bendit garantit qu’il n’oubliera pas  les écolo-libertaires.

    C’est donc bien assis sur un socle de gauche mais clairement inscrit dans une lignée intellectuelle rappelant ses prédécesseurs de droite gaulliste ou libérale qu’Emmanuel Macron va oser piocher dans l’imaginaire de ses concurrents les plus à droite: Le Puy du Fou, Versailles, Jeanne d’Arc, le Louvre  ce qui viendra utilement compléter son image d’homme de gauche «mais aussi de droite».

    Et le peuple dans tout ça ? Le peuple  a été littéralement soufflé du succès de cette OPA qui lui a enlevé en deux temps trois mouvements tous ses choix, celui d’un socialiste bon teint, Benoît Hamon , celui d’un homme de droite modéré – Fillon – celui du chef d’une gauche révolutionnaire – Mélenchon –  et in fine, celui de la patronne d’un parti anti-immigration et anti-islam pour lequel il avait voté massivement : Marine Le Pen.

     

    Du peuple constitué en foule

    Démuni et orphelin, le peuple français a constitué une “foule” au sens ou l’entend la psychologie collective, c’est-à-dire un groupe qui, sous l’effet d’un choc émotionnel, se trouve dans l’expectative. Cette foule est inconsciemment en quête de mots d’ordre rassurants, et, mieux encore, d’une happy end qui apaiserait les tensions de la très longue campagne de neuf mois des primaires puis de la présidentielle.

    Il était donc conditionné pour aimer Emmanuel Macron. La Bruyère écrivait que «les Français demandent du sérieux dans le souverain». Ce jeune homme impeccablement coiffé et habillé, poli et s’exprimant avec une recherche assez «vieille France» les a attendris. Oublieux assez vite du conditionnement médiatique et des incroyables soutiens financiers qui lui avaient assuré la notoriété, il a pudiquement fermé les yeux sur les banques qui l’ont financé, le quarteron d’octogénaires du gauche caviar et libertaire qui se cache dans son ombre  et sur le  combat déloyal livré à ses candidats via la presse et la justice.

    A J+1 de la présidentielle, le peuple était mûr pour  goûter les manières “jupitériennes” du nouveau Président. Certes, ceux qui restent en colère, furieux de la grandiose manipulation qui a porté si vite un jeune inconnu au pouvoir, auront voté lors des législatives Front national et France Insoumise. Mais le raz-de-marée de LREM correspond au mouvement profond, instinctif et inconscient de la foule au bénéfice du nouveau roi.

    Louis-Napoléon Macron

    Le peuple de France, constant à travers les siècles, retrouve peut-être en lui un cocktail qui l’a déjà séduit lors du premier usage qu’il fit du suffrage universel, en 1848. La période était troublée. Les émeutes de février, puis de juin, avaient effrayé la population, et Tocqueville y avait vu l’acte de naissance en France de ce socialisme révolutionnaire qui la même année triomphait en Grande Bretagne lors du premier congrès communiste international doté par Karl Marx d’un manifeste retentissant.

    Louis-Napoléon Bonaparte proposait un régime présidentiel à l’américaine, formule neuve, non encore testée par la France de la Révolution ni par  celle de l’Empire puis de la Restauration. Cette nouveauté plut. Ce fut  un libéral, un progressiste appliquant à Paris les  dernières trouvailles de l’urbanisme moderne mais aussi un dirigeant social auteur d’un ouvrage sur l’extinction du paupérisme, et d’une loi autorisant la création des  syndicats. Amateur de bonne littérature, de théâtre et de musique, ami de Hugo, de Bizet, il décida de faire de la France , avec des villes dédiées aux bains de mer comme Biarritz, Deauville, Arcachon une destination touristique d’exception.

    Progressisme, libéralisme, apaisement, désir affiché de faire de la France une nation qui compte, une start-up a dit Emmanuel Macron, voilà  un cocktail qui plait. L’ affaire est donc entendue. Mais cela peut-il durer ?

    … renversé par la guerre

    La faveur populaire est versatile. Certes, une résurrection de LR paraît impossible en l’état. Baroin est le moins gaullien des Républicains, et sa difficulté à dire non à Macron n’évoque guère le 18 juin. A part Fillon, désormais parti, les dirigeants de LR ont abandonné ce qui aurait pu donner au gaullisme une vraie force d’opposition: le catholicisme militant et le vieux fond contre-révolutionnaire et monarchiste.

    Certes, pour  contrer Marine Le Pen, une véritable guerre des images a été livrée. Pas une semaine sans couverture de magazine présentant le futur président comme souriant, fin, intelligent, aimable, sérieux, etc. Pas une semaine sans un article ou la “une” d’un quotidien suggérant que Marine le Pen ou ses proches étaient la réincarnation des nazis. Au sein du FN, le rejet explicite de la ligne Marion par la direction du parti et son départ consécutif ont  écarté temporairement le danger de la construction d’un roman national de droite qu’elle était la seule à endosser, mélange  d’héritage chrétien, d’attachement à un libéralisme économique raisonnable, et de défense de l’identité française.

    Bref, pour Macron, le seul véritable risque serait une déstabilisation venue de l’extérieur provoquant ou intensifiant une immense  révolte sociale. En 1870, la guerre menée par les Allemands et la révolte concomitante de la Commune de Paris ont, en quelques semaines, provoqué la chute du Second Empire. Napoléon III avait fait l’erreur de sous-estimer l’adversaire – l’Allemagne de Bismarck – autant que les révoltes sociales contre ce qui était devenu “l’Empire autoritaire”. Il  s’est retrouvé en quelques semaines prisonnier, destitué, puis exilé.

    Quid des Communards ?

    Aujourd’hui, la menace, en France comme en Angleterre et d’autres pays d’Europe,  vient de l’implantation de l’armée des ombres de Daech et autres officines radicales, dans des quartiers entiers de nombreuses villes, passives car tétanisées.

    Par ailleurs, une  extrême gauche désormais écartée du pouvoir, conduite par un Mélenchon ulcéré prêt a faire feu de tout bois, pourrait provoquer cette révolte sociale postélectorale appelée “troisième tour social”. Cette conjonction menacerait la fragile unité de la toute nouvelle majorité présidentielle comme elle menace à l’heure actuelle celle de Theresa May. On verrait alors ici comme là-bas ressurgir les leaders écartés par les urnes. Car le clivage s’évanouit dans la concorde, mais ressurgit dans l’adversité. 

    Catherine Rouvier

  • Sagesse de Bainville pour le temps présent

     

    « L'électeur, pauvre souverain d'un jour » ...

     

    Jacques Bainville

    Journal

  • Ça continue encore de grimper pas mal sur Lafautearousseau !

     

    Courbe du nombre de visites pour la période du 15 au 21 juin 2017 

    [Analyse statistique Google Analytics]

    Soit 3 340 visites le 21.06 - 14 620 visites pour la période de 7 jours.

     

     

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    Et merci à tous ceux qui ne l'auraient pas encore fait, et le pourraient, de nous adresser leur contribution 2017 dès que possible, pour soutenir notre effort commun.

    Lafautearousseau

  • Pour faciliter vos recherches dans Lafautearousseau : les catégories ...

     

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  • Ephéméride du 23 juin

    Hitler à Paris le 23 juin 1940

     

    1336 : Consécration de la première tranche des travaux du Palais des Papes 

    En avril 1335, l'architecte Pierre Peysson, sur l'ordre du pape Benoît XII, avait commencé la construction de la Tour des Anges et de la chapelle pontificale nord. Ce sera la Palais vieux (ci dessous).

    PALAIS DES PAPES 6.jpg

    www.horizon-provence.com/palais-des-papes-avignon/palais-vieux.htm

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  • Restaurer l'État ? Cela a bien mal commencé ...

    Publié    le 21.06.2017 - Réactualisé le 22.06.2017

    TRAVAUX DIVERS - Largeur +.jpgC'est sans-doute une très mauvaise retombée de la campagne présidentielle qui a malencontreusement conduit Emmanuel Macron à faire de la loi de moralisation de la vie politique la priorité du début de son quinquennat. Moins de morale lui eût évité des ratés, si l'on peut dire au démarrage, qui auront, bien-sûr, des conséquences de long terme. 

    Ce n'est jamais tant de « morale » ou, pire, de moraline, dont un Etat a besoin, mais de compétence, d'efficacité, de continuité, d'autorité, et d'une ligne politique juste et claire. 

    Il y eut dans notre Histoire de très grands ministres, d'admirables serviteurs de l'Etat, qui amassèrent à son service d'immenses fortunes et qui firent de la France le premier pays d'Europe. L'exemple type en est Mazarin, ce qu'Éric Zemmour a rappelé â juste titre. Les rois de France, avec sagesse, veillaient seulement à ce que les largesses que s'octroyaient leurs ministres fussent tout aussi largement compensées par de bien plus grands services rendus â la France. 

    A l’inverse, les médias ont réussi à imposer à l'opinion commune un néo-moralisme dans lequel les esprits politiques ne tomberont pas mais qui entrave l'Etat et le contraint à de ridicules contorsions. 

    En 48 heures, après l'exfiltration avant-coureuse de Richard Ferrand, trois autres ministres, les ministres de la Défense, des Affaires européennes, et le Garde des Sceaux ont dû, eux aussi, quitter un gouvernement où ils n'auront fait qu'un passage assez ridiculement bref (35 jours). 

    Leurs malversations n'ont même pas visé un enrichissement personnel.  Elles ont plus modestement consisté à faire payer sur fonds du parlement européen des permanents de leur parti. Il y a de plus grands crimes ! Les frais de fonctionnement des partis, surtout lorsqu’ils sont sans militants, ne sont pas faciles à financer ! Ces gens-là ne sont en vérité que des contrevenants modestes. 

    S'il faut encore un Etat à la France - nécessité d'évidence - il sera certes souhaitable que ses acteurs se comportent aussi honnêtement que possible, mais il sera surtout indispensable de soustraire l'État à la tyrannie dialectique des médias, des spécialistes de l'investigation - dont l'honnêteté n'est pas prouvée - et de magistrats dont la quête de puissance est de toujours. 

    Restaurer l'État n'est pas acquis. Même si Emmanuel Macron parvient à en relever l'apparence. Pour y installer un minimum de moralité, le mieux serait qu'il y ait à sa tête un homme qui n'ait pas lui-même acheté son pouvoir - son élection - avec l'argent de très puissants soutiens. Ce n’est pas, on le sait, le cas d’Emanuel Macron. 

    Quant à doter la France d'un État ayant autorité, compétence, efficacité, continuité, pour sortir la France du cycle de son déclin, l'on voit bien que cela est de plus en plus difficile, irréaliste et improbable, dans le Régime qui est censé être le nôtre. Emmanuel Macron a certainement sous-évalué l’état de délabrement, de pourrissement, d’épuisement du Système qu’il a voulu, en même temps, renverser et sauver. La crise politique actuelle est bel est bien, dans son fond, une crise de régime.  

    Emmanuel Macron sera-t-il seulement capable de réagir au chaos gouvernemental qu'il a - au moins en partie - lui-même créé, autrement qu'avec de vieilles recettes politiciennes ? A la Bayrou, Sarnez et autres … Ce sera assez intéressant que d'observer ses réactions des prochaines heures. 

    Quelle politique mènera Emmanuel Macron à travers le gouvernement à ses ordres, nommé hier soir ? Telle est la question. Reste aussi l'encombrante présence extérieure mais bien réelle et éminemment politicienne de François Bayrou, désormais, quoiqu'il en ait dit, en embuscade. Bayrou, l'Embusqué *.  

    * Titre d'un article de Charles Maurras à propos de Clémenceau  [L'Action française, du 27 août 1914]. 

  • Mathieu Bock-Côté : « Macron oblige ses opposants conservateurs à élever le niveau »

     

    Par Mathieu Bock-Côté

    L'analyse qui suit - comme toujours pertinente et profonde - n'est pas d'esprit politicien. Mathieu Bock-Côté ne néglige pas de constater avec lucidité qu' « une bonne partie de la droite, au fond d'elle-même, est progressiste ». Son objectif peut se résumer à ceci : « Il ne s'agit pas de restaurer le monde d'hier, d'ailleurs, mais de renouer avec les permanences essentielles de toute civilisation ». Ainsi se définit ce qu'il nomme conservatisme. Mais qui pourrait tout aussi bien, dans son acception noble, s'appeler un traditionalisme.  LFAR   

     

    2760774407.2.jpgOn annonçait une victoire écrasante de la République en Marche, avec une opposition atomisée, condamnée à l'insignifiance politique. Le coup d'éclat d'Emmanuel Macron culminerait dans la conquête d'un pouvoir absolu. Le résultat du deuxième tour des élections législatives oblige à nuancer ce portrait. Tous ont noté un taux catastrophique d'abstention. Et si la gauche historique est presque fauchée, l'opposition de droite évite l'humiliation. De même, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon trouvent leur place à l'Assemblée : on y trouvera donc une concurrence forte entre deux figures désirant occuper la fonction tribunitienne. C'est un peu comme si une part significative du corps électoral s'était révoltée au dernier moment contre une complète macronisation de la vie politique. Le pluralisme démocratique sera assuré dans la nouvelle assemblée, même si la victoire de LREM est indéniable et ne saurait être décrétée illégitime, quoi qu'en disent ceux qui croient avoir un monopole sur le peuple qu'ils imaginent toujours en insurrection.

    Le cycle électoral engagé avec les primaires s'est donc terminé : c'est peut-être même une nouvelle époque politique qui commence en France. On peine toutefois à la caractériser. Le macronisme semble concrétiser le rêve du grand parti de la raison, rassemblant les gens qui s'autoproclament éclairés des deux bords du spectre politique, comme s'ils parvenaient à se libérer d'une polarisation désuète, ne correspondant plus au monde d'aujourd'hui. C'est le parti de ceux qui se veulent intelligents et se croient seuls à l'être. Idéologiquement, le macronisme cherche à traduire cette vision en distinguant d'un côté les progressistes et de l'autre les conservateurs. Les premiers adhéreraient à l'esprit de l'époque. Ils seraient réformistes, ouverts, mobiles, innovateurs. Les seconds, qu'ils soient de gauche ou de droite, seraient exagérément accrochés à leurs privilèges ou leurs souvenirs. Ils seraient corporatistes ou nostalgiques. On les présente comme des esprits chagrins. Cela sans compter les populistes, qu'il faudrait tenir à l'écart de la conversation civique.

    Que la distinction entre progressistes et conservateurs soit essentielle n'est pas faux. Elle ne saurait toutefois se définir de manière aussi caricaturale. Ces termes ne sauraient désigner simplement une attitude devant le changement. Ce qui distingue les premiers des seconds, c'est le rapport aux limites. Et Emmanuel Macron, on l'aura noté ces dernières semaines, n'est pas un progressiste caricatural. Le président est plus intéressant que le candidat. Dans son désir manifeste de restaurer, ne serait-ce que sur le plan des apparences, la verticalité du pouvoir, il s'éloigne de l'histrionisme sarkozyste et de la normalité hollandienne. Autrement dit, il cherche à s'approprier symboliquement les marques d'un certain conservatisme, ou du moins, à laisser croire qu'il n'est pas étranger à la dimension hiératique du pouvoir. Si la tendance se maintient, il parviendra, pour un temps du moins, à ne pas raviver la colère de ceux qui sont attachés à la prestance des institutions. Les Français seront beaucoup moins nombreux à avoir honte de leur président.

    Mais on passe là à côté de l'essentiel. Pour l'instant, on peine surtout à repérer les lignes de clivage idéologique fortes autour desquelles pourra prendre forme le débat politique dans les années à venir. On a beau vouloir passer du clivage gauche-droite au clivage progressistes-conservateurs, ou même au clivage plus improbable qu'on ne le dit entre mondialistes et souverainistes, cette grande transformation politique demeure pour l'instant hypothétique : à tout le moins, elle tarde à se fixer. Nous sommes dans une période de mutation où les grandes catégories politiques demeurent brouillées. C'est un changement d'époque. On ne saurait se contenter non plus d'une mise en scène d'un conflit entre un bloc élitaire et un bloc populaire, ou d'une lutte entre le centre et la périphérie, à moins de consentir à un retour explicite de la lutte des classes qui pourrait entraîner bien des débordements. Sur quelles bases se construira l'opposition au macronisme ?

    Assisterons-nous au retour d'une politique apaisée ? Rien n'est moins sûr. Le macronisme victorieux n'est déjà plus euphorique. Certes, l'opposition en bloc et systématique à tout ce que proposera Emmanuel Macron est stérile. Le discours antisystème en est venu à tourner à vide et la faillite du Front national au deuxième tour de la présidentielle le confirme. Les Français ne sont certainement pas enthousiastes devant la nouvelle présidence. Elle ne les révolte pas non plus. Ils souhaitent manifestement qu'Emmanuel Macron soit capable de débloquer un pays que plusieurs sentent enfoncé dans l'impuissance. Ils ne rêvent pas non plus d'une grande liquidation. Il n'est pas interdit de penser non plus qu'il soit capable d'en surprendre plusieurs, si les circonstances historiques l'exigeaient. Chose certaine, devant un bouleversement politique de grande ampleur qu'ils sont très peu nombreux à avoir prévu, il n'est pas interdit d'éviter les prophéties positives ou négatives pour les prochains temps.

    Il n'en demeure pas moins que le réel conserve ses droits et qu'on ne saurait soumettre durablement la politique à un mirage technocratique. La dissolution du politique dans un matérialisme avilissant prend aujourd'hui le visage de l'économisme le plus étroit. Le citoyen est réduit à la figure d'un individu qui n'est plus lié intimement à la communauté politique. Mais de l'immigration massive au multiculturalisme en passant par le terrorisme islamiste et les nouveaux enjeux sociétaux, la crise de civilisation que la France traverse avec les autres sociétés occidentales ne vient pas de se dissiper d'un coup. Elle a été étrangement absente de la dernière séquence politique. Elle s'imposera de nouveau. On ne peut durablement censurer la réalité, malgré ce que pensent ceux qui s'imaginent qu'il suffit de ne pas parler d'un problème pour le faire disparaître.

    Certains relativiseront cette crise de civilisation en disant que le monde a toujours changé et toujours changera. Dès lors, la première vertu de l'homme devient sa capacité d'adaptation à tout ce qui arrive. C'est ce que réclame la mondialisation. Comment ne pas y voir une technicisation à outrance de l'existence ? Mais l'homme ne saurait habiter le monde en étant toujours en marche, comme s'il était soumis à un flux incessant et immaîtrisable. Il a aussi besoin de permanences. Il a besoin d'habiter un monde durable qui marche moins qu'il ne demeure. Qui portera ce désir de continuité ? L'inépuisable question de l'identité de la droite revient alors dans l'actualité. Pour l'instant, une partie de la droite se contente d'une critique comptable du régime qui s'installe, comme si elle était heureuse de se tenir éloignée des enjeux civilisationnels qui ont marqué les dernières années. Elle rêve de moins en moins secrètement de se rallier au nouvel état des choses. Une bonne partie de la droite, au fond d'elle-même, est progressiste.

    La pensée conservatrice a connu une vraie renaissance ces dernières années. Elle s'était peut-être exagérément accrochée à l'échéance présidentielle de 2017, comme si elle représentait un possible point tournant de l'Histoire. Elle s'était fait croire qu'elle avait renversé l'hégémonie culturelle de la gauche. C'était une illusion. On ne reconstruit pas en une élection un monde déconstruit pendant un demi-siècle. Il ne s'agit pas de restaurer le monde d'hier, d'ailleurs, mais de renouer avec les permanences essentielles de toute civilisation. Ce travail de discernement ne va pas de soi. Pour reprendre les mots d'un philosophe, rien n'est aussi complexe que de distinguer l'essentiel de l'anachronique. Le travail de fond devra se poursuivre, au-delà des seuls rendez-vous électoraux qui, aussi importants soient-ils, ne sauraient définir exclusivement la vie de la cité. Il s'agit de faire renaître un imaginaire, une anthropologie, de désenfouir des sentiments oubliés. Ce n'est qu'ainsi que le conservatisme redeviendra une politique de civilisation. 

    « Une bonne partie de la droite, au fond d'elle-même, est progressiste. »  

    Mathieu Bock-Côté

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016) et de Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).

  • Prions pour le sportif qui priait... [3/8]

    Alexis Vastine (1986-2015) 

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

     

    peroncel1.jpgMohamedia, 10 Mars 2015

    Prions pour le sportif qui priait... et qui vient de se tuer, en Argentine, avec d'autres personnes, lors d'un accident d'hélicoptère : Alexis Vastine, 28 ans, pugiliste et qu'à cause de ses nom et prénom, de sa blondeur et surtout, surtout, des signes de croix qu'il faisait sur les stades avant de se lancer, j'avais pris pour un Russe... Eh ! bien ce « provocateur » était normand, donc d'une province particulièrement déchristianisée mais où il avait, lui, gardé la fierté de sa religion. Avec sa mort, quelques vérités cachées sortent : cette médaille d'or militaire au Championnat du monde 2014 avait été éliminé par le jury aux Jeux olympiques de 2012 au profit d'un Ukrainien douteux... Il fallait alors chouchouter à tout prix les gens de Kiev. Vastine s'en était rendu compte mais ses protestations « incorrectes » avaient été étouffées. Il avait dit clairement : « C'est un vol pur et simple. C'est de la politique, pas du sport ».

    « C'est parce que nous sommes impuissants à avoir des héros et des saints que nosu avons des stars, dont les champions sportifs font partie » (Robert Redeker, philosophe, Le Figaro, 11 mars 2015).

    ...mais Alexis Vastine, finalement, fut sans doute plus un « héros » voire un saint qu'une simple vedette sportive...  

    Retrouvez l'ensemble des textes parus depuis le 14 janvier 2016 en cliquant sur le lien suivant : Journal d'un royaliste français au Maroc.

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