vendredi, 16 novembre 2012
Ephéméride du 16 Novembre.
1700 : "Messieurs, voici le roi d'Espagne".
Louis XIV accepte le testament de Charles II de Habsbourg, mort sans descendance, qui avait offert son royaume au Duc d'Anjou (ci-dessous, de toutes façons arrière-petit-fils de Philippe IV) en vue d'éviter la séparation de l'Espagne et de son Empire.
Le Roi soleil avait longtemps réfléchi, et beaucoup hésité, car l'acceptation du testament impliquait une guerre certaine avec la plupart des puissances européennes, emmenées par l'Angleterre.
Le Duc d'Anjou prendra le nom de Philippe V, fondant la dynastie des Bourbons d'Espagne, dont descend l'actuel Roi Juan Carlos :
Il restera plusieurs mois en France, avant d'entrer en Espagne en 1701 : Versailles est ainsi le seul palais royal au monde à avoir abrité, et pendant un temps assez long, deux souverains régnants.

La phrase célèbre "Il n'y a plus de Pyrénées", que Voltaire attribue à Louis XIV, semblerait plutôt avoir été prononcée par l'ambassadeur d'Espagne, Castel dos Rios.
Mais la Guerre de Succession d'Espagne sera longue (plus de 10 ans) et terrible. Au bord de la défaite, à la suite de nombreux revers, la France sera finalement sauvée par les victoires du Maréchal de Villars à Malplaquet, puis à Denain (ci dessous)...

La France n'a eu qu'à se louer, plusieurs fois au cours de son histoire, de ce choix heureux de Louis XIV, qui nous assurait la paix du côté du Sud-ouest. Dans son Journal (Tome III, 1927/1935), Bainville y revient une nouvelle fois, à l'occasion par exemple de la note du 10 janvier 1931, consacrée à la mort du Maréchal Joffre (page 120) :
Il y redit que, si Joffre a bien gagné la bataille de La Marne, "...la Troisième République a eu le rare bonheur, qui n'était échu à aucun régime avant elle, d'être affranchie de soucis du côté des Pyrénées.... Notre démocratie a joui sur cette frontière d'un bienfait que lui avait valu Louis XIV, comme elle a joui sur la frontière belge du bienfait de Louis-Philippe..."
( Dans notre Catégorie Lire Jacques Bainville, voir la note XIII : Installer un Bourbon sur le trône d'Espagne : le "bon choix", la décision heureuse de Louis XIV )
1867 : Naissance de Léon Daudet.
(Voir notre Album : Maîtres et témoins (III) : Léon Daudet )

Comment mieux l'évoquer qu'en mettant en exergue son extra-ordinaire amitié avec Charles Maurras, et les raisons profondes de cette amitié ? C'est Henri Massis qui nous les donne, dans son très intéressant Maurras et notre temps : cette amitié littéralement exceptionnelle a bien été l'essentiel de sa vie !...:
".....Le tempérament de Léon Daudet exigeait une entière liberté. C'est parce que l'Action Française la lui a donnée, cette liberté, que Daudet a pu développer tous ses dons, toutes les puissances de sa nature. Les richesses, les infinies curiosités de cet esprit si ample dans ses profondeurs, tout ce qu'il y avait en lui de vivant et de fort, l'Action Française a su l'intégrer, s'en accroître.
"Si nous n'avions pas Daudet, nous serions un journal de professeurs !" disait Maurras. L'amitié de Léon Daudet et de Charles Maurras avait accompli ce miracle, et si l'on songe que ces deux personnalités si entières étaient loin de coïncider en tous points, il y eut là une sorte de merveille ! Rien jamais ne détendit ces liens; les épreuves ne firent que renforcer leur amitié en la sublimant...
1952 : Mort de Charles Maurras.
( Voir notre Album : Une visite chez Charles Maurras... )
A sa table de travail, dans les locaux de l'Action française

"Je ne parle pas, je vous le répète, en partisan. Ma conviction, puisée dans l'Histoire, est ce qui fait que je me suis donné à Maurras - et sachez bien que je ne me suis donné à aucune autre personne vivante que lui , parce que je me fiche à peu près de tout.....
"Je me fiche de tout le monde, comme je me fiche de toutes les dignités, comme je me fiche de tous les honneurs. Je tiens cette indifférence de mon père, Alphonse Daudet, qui ne voulut jamais être de rien, et comme Alphonse Daudet je considère ceux qu'on appelle les puissants de l'heure comme des impuissants de la nuit !
"Je me fiche de tout, sauf de ma Patrie. Mais lui, Maurras, représente la Patrie, et c'est pour cela que je me suis donné à lui. Il est un autre grand citoyen, malheureusement disparu, dont la figure doit être ici évoquée en ce jour de grande clarté et de grande union française, vous l'avez déjà nommé, c'est l'irremplaçable Jacques Bainville...."
Parlant de Molière, illustrateur de Plaute et de Térence, son ami La Fontaine lui dédia cet épigraphe : "...Leurs trois talents ne formaient qu'un esprit / Dont le bel Art réjouissait la France..."; ne peut-on en dire autant de cette Action française qui a réussi le prodige de faire vivre ensemble, pandant quarante ans, trois personnalités aussi dissemblables que le bouillant et truculent Daudet, le placide Bainville, le poète Maurras ? : d'eux aussi, de cette "amitié d'AF" exceptionnelle, on peut dire, en reprenant La Fontaine, "Leurs trois talents ne formaient qu'un esprit / Dont le bel Art réjouissait la France..."
"Pendant trente ans, à la même table, j'ai travaillé en face de lui, et j'ai vu se lever dans son esprit lumineux cette connaissance profonde de l'Histoire de France qui l'a élevé à un sommet où seul Fustel de Coulanges a atteint.
"Je crois en mon Pays. En vous voyant ce soir, et en sentant -comme ceux qui ont l'habitude des grandes réunions- le sentiment puissant qui vous anime, hommes de France, car lorsque les autres sont petits, vous restez grands,et c'est bien là une qualité française; en vous voyant, vous, public "de masses", pour le coup, mais "de masses" non étrangères, et "de masses" profondément civilisées, je me suis dit que l'heure de la délivrance était proche.
"L'artisan de cette délivrance il est ici : c'est Maurras.
"Vous êtes bien fatigués de discours, et je ne veux pas vous en faire un, mais je mettrai la fin de cette réunion sous la bénédiction d'un homme qui a formé l'esprit de Maurras, et qui aimait Maurras non seulement comme son héritier, mais comme son fils, je veux dire de Frédéric Mistral. Les vers de lui que je vais vous lire, et même vous chanter, ont trait au fondateur du félibrige, c'est-à-dire de la renaissance du provençal, mais le dernier a trait à l'oeuvre de mon frère de coeur et de travail qui est ici à côté de moi, et il en est en quelque sorte la prévision :
"Sont morts les beaux diseurs
"Sont morts les bâtisseurs,
"Mais le temple est bâti....."

00:00 Publié dans Ephéméride....Ou: Balade dans notre Culture. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : 16 novembre, louis xiv, philippe v, guerre de succession d'espagne, roi soleil, denain, villars, leon daudet, henri massis, maurras, paulhan, bainville, boutang |
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