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Maîtres et témoins (III) : Léon Daudet

La mort d'Alphonse Daudet...

La mort d'Alphonse Daudet...

De Paris Vécu, 2ème Série, Rive gauche, pages 167/168 :

"...C'est au 41 de la rue de l'Université (maison charmante avec une cour spacieuse et, en arrière, un grand jardin) qu'est mort Alphonse Daudet, le 16 décembre 1897.
J'étais rentré de voyage la veille. Nous étions à table mon père, ma mère, mon frère Lucien, ma soeur Edmée, ma grand'mère Allard et moi quand, après quelques cuillerées de potage, mon pauvre père, avec un râle affreux, et que j'entends encore, s'écroula.
Il souffrait, depuis de longues années, d'un mal, qui ne pardonne point.
Lucien et moi comprîmes tout de suite que c'était la fin, mais on envoya aussitôt chercher, à quelques pas, le professeur Potain.
Nous déposâmes sur le sol avec d'infinies précautions celui que nous aimions avec une véritable passion filiale; car il y eut peu de familles aussi unies que la nôtre, et je puis dire que Lucien et moi eussions tout sacrifié pour nos parents, qui avaient de leur côté donné toutes leurs forces vitales à notre instruction et à notre éducation, sans négliger nos plaisirs.
Ma grand'mère, ma mère, notre petite soeur sanglotaient, ainsi que notre vieux serviteur italien Pierre Castellani.
En quelques minutes le bruit de la mort se répandit dans la maison, puis dans le quartier, et la consternation fut générale, car mon père était cher à toutes les petites gens, auxquelles allait son extraordinaire puissance de sympathie.
Sur ces entrefaites, Potain arriva, comprit, et nous indiqua d'un regard ce que mon jeune frère et moi savions déjà. L'âme d'un des plus nobles et des meilleurs fils de France s'était envolée.
Nous n'avions pas vu entrer, en raison de notre trouble et de nos larmes, l'abbé Gardey, curé de Sainte-Clotilde, ecclésisastique d'une compréhension souveraine et d'une bonté infinie. Déjà il était à genoux, récitant avec nous la prière des morts et bénissant notre père étendu. Potain fit de même, et l'on entendait, dans l'antichambre, les gémissements des serviteurs.
Il y avait une douzaine d'années que mon père était "touché", comme il disait. Le mal avait aiguisé encore ses facultés affectives et il possédait, avec un des meilleurs styles de la grande lignée, ce génie du coeur qui assure aux oeuvres la pérennité..."

On a du mal à s'imaginer aujourd'hui ce que fut la gloire littéraire d'Alphonse Daudet, et l'argent qui allait avec (ses livres se vendant si bien !...); cette situation enviable lui permettant de déménager souvent, et d'acheter, à Champrosay, une belle demeure où défila une partie de ce qui faisait le "tout Paris" de l'époque : notamment, le voisin, Nadar, qui ne pouvait s'empêcher de donner des surnoms à ses amis, et appelait Daudet "mon vieux Dauduche" et Léon "le petit Dauduchon".
Les obsèques d'Alphonse Daudet furent suivies par autant de monde que celles de Victor Hugo : peut-être un million de personnes...
Emile Zola et Edouard Drumont - que tout séparait - menaient le cortège funèbre, tenant chacun le drap mortuaire recouvrant le cercueil : un peu comme si aujourd'hui - toutes proportions gardées... - à l'enterrement d'une personnalité, le cercueil était porté à la fois par un représentant de l'extrême-gauche et un autre de l'extrême-droite !...

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