Reçu de Theatrum belli : L'édio de la semaine, par Stéphane Gaudin

Pendant trois décennies, la France s’est bercée d’une certitude confortable : celle d’avoir préservé, envers et contre tout, un modèle d’armée complet.
Un luxe que nos voisins européens, pressés d’engranger les fameux « dividendes de la paix », nous enviaient. Pourtant, à l’heure où le fracas des armes résonne à nouveau en Europe et où la haute intensité n’est plus une hypothèse d’école mais une réalité brutale, le vernis craque.
Dans ce nouvel opus du Cercle Maréchal Foch, le Général de Corps d’armée (2S) Alain Bouquin livre une analyse sans concession sur l’état réel de nos forces. Si les grandes icônes de notre souveraineté - dissuasion, porte-avions, Rafale - sont bien là, le diable se niche dans les « trous de la raquette » accumulés depuis la chute du Mur.
L’attrition par le vide
Voici une vérité dérangeante : à force de compromis budgétaires, notre modèle est devenu échantillonnaire. Le Général Bouquin pointe du doigt trois mécanismes de dégradation :
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Les impasses délibérées : Le sacrifice de capacités critiques comme la défense sol-air de courte portée ou la mission SEAD (destruction des défenses antiaériennes ennemies), laissées au bon vouloir de nos alliés.
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Le renoncement à la masse : Une armée de « prototypes » où le parc de chars Leclerc a été divisé par trois et où l’artillerie, reine des batailles en Ukraine, a longtemps été réduite à une portion congrue.
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Le vieillissement héroïque : Des matériels maintenus sous respiration artificielle bien au-delà du raisonnable, du vénérable VAB aux hélicoptères Gazelle, transformant nos casernes en musées roulants et volants.
Réparer, Régénérer, Réarmer
Le constat n'est pas un réquisitoire contre le passé - dicté par une situation financière exsangue et un déni de guerre collectif - mais un appel à la lucidité pour l’avenir.
La Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030 et l’ambition d’un effort de défense vers les 3% du PIB ne sont plus des options, mais des impératifs de survie.
Avant de conquérir les nouveaux champs de confrontation (cyber, espace, IA), il nous faut d'abord « réparer » l'outil. Combler les lacunes, reconstituer les stocks, et redonner à la France la masse nécessaire pour peser dans un conflit majeur.
Face aux ruptures, être prêt ne se décrète pas : cela se finance et s'anticipe. Une lecture indispensable pour comprendre que la remontée en puissance ne fera pas l'économie d'un inventaire de nos fragilités.





















