La démocratie légale d'Etat face aux Gilets jaunes.
Par Jean-Philippe Chauvin

Les démocraties occidentales sont malades, et elles sont d’abord malades de leurs classes dirigeantes, de ce que nous nommons en France « le pays légal » et qui, depuis des décennies, prend la forme d’élites dirigeantes et dominantes, autant sur les plans financier et économique, autant que sur ceux de la politique et de l’idéologie, élites de moins en moins engagées par les notions de service et d’humilité. Depuis quelques années, la séparation entre les catégories sociales (doit-on parler de « classes » ?) se fait plus visible et, aussi, plus vive : le creusement des inégalités, conséquence sociale de la mondialisation et de son imposition au sein même des sociétés anciennement constituées, a débouché sur la montée des injustices, qui ne sont rien d’autre que des inégalités démesurées, bien loin des inégalités justes et protectrices qui ordonnent toute société humaine et politique.
Dans son éditorial de Marianne de cette semaine, Natacha Polony valorise la thèse de David Adler, chercheur en science politique, selon laquelle « ce sont les centristes qui sont les plus hostiles à la démocratie, pas les extrêmes » : une formule étonnante mais qui ne surprendra pas vraiment ceux qui connaissent leur histoire contemporaine et qui ont suivi les évolutions idéologiques des classes dirigeantes depuis la fin de la Guerre froide. Effectivement, et la récente crise des Gilets jaunes, à la fois crise sociale et éminemment politique, l’a amplement démontré, parfois au-delà de toute raison, les propos des partisans du président Macron et de ses « ralliés récents » n’ont guère brillé par leur sens de la nuance, au risque de jeter régulièrement de l’huile sur le feu quand il aurait fallu apaiser sans mépriser les révoltés des ronds-points. Bien sûr, il y a eu, au début décembre, ce « réflexe de la peur » qui a parcouru les catégories centres-urbaines des métropoles devant cette colère parée de jaune et qui a fait trembler jusqu’aux ors de l’Elysée : l’épisode de l’hélicoptère prêt à évacuer le locataire des lieux, le 8 décembre dernier, est aussi révélateur qu’il est triste… Mais les réactions des lecteurs des grands journaux sur leurs forums de discussion respectifs sont encore moins rassurantes sur l’état de division de notre pays, et la violence des propos des « assiégés » (comme certains se définissaient eux-mêmes) contre les manifestants « ignorants, vulgaires, gueux » ont pu légitimement choquer ceux qui cherchent plutôt le dialogue (même sans concession) que la brutalité. Les réseaux sociaux en ont aussi été la lice virtuelle, non moins parcourue des fureurs et tremblements que la rue, de Rennes à Paris, de Bordeaux à Lille…
L’article de Natacha Polony a choisi d’insister sur les violences et appels à la répression issus des rangs du « pays légal » macronien, ce qui, d’une certaine manière, rompt avec la doxa de la grande presse, inquiète de la tournure prise par des événements qui semblent échapper à ceux qui tiennent le Pouvoir depuis si longtemps sous des masques divers. Il est vrai que la nouvelle loi anti-casseurs n’a rien de rassurant, en fait, comme l’a souligné le député conservateur Charles de Courson, « centriste catholique » qui n’oublie pas ses racines ni les leçons de l’histoire, y compris celle de sa propre famille, au point d’apparaître en dehors de ce « centrisme totalitaire » dénoncé par Mme Polony. Cela rejoint d’ailleurs la réflexion des royalistes qui considèrent que les traditions (au sens premier du terme, « transmission » d’un héritage immémorial et toujours vivant) sont les meilleures protections contre les dérives du moment présent, plus « immédiates » et souvent moins mesurées, faute de prise de hauteur temporelle ou historique*.
La violence des casseurs des derniers samedis parisiens qui, par leurs actes étrangement impunis dans la plupart des cas, cassent d’abord de l’intérieur le mouvement des Gilets jaunes en s’en prenant de plus en plus aux manifestants « originels » de l’automne, donne des arguments faciles au Pouvoir dont ils sont les providentiels alliés pour déconsidérer le mouvement d’ensemble. Cela permet au gouvernement de M. Castaner de se poser en « garant de l’ordre et de la sécurité », ce qui est tout de même le comble quand on peut constater la montée incessante de la délinquance (et de sa relative impunité, faute d’une réponse adaptée et concrète) dans notre pays et son coût pour les victimes et la société ! Mais le gouvernement n’en a cure, et il renforce son arsenal répressif en visant explicitement les Gilets jaunes, ces « empêcheurs de politiser en rond » selon l’heureuse expression d’un orateur royaliste entendue il y a peu. Sans doute faut-il y voir effectivement un symbole, comme le souligne Natacha Polony qui ne prend guère de gants avec l’Etat macronien : « Derrière les mises en scène de démocratie participative, la volonté farouche de se prémunir contre un peuple qui a la fâcheuse tendance à mal voter. (…) Quand un candidat « raisonnable » propose de lutter contre les « prurits populistes », quels qu’ils soient, tous les moyens sont bons. Pourquoi ? Parce qu’il ne s’agit nullement de défendre la démocratie, mais de défendre un système économico-politique considéré comme le meilleur pour garantir la stabilité et la prospérité. Quitte à le défendre contre l’ignorance coupable des peuples, qui persistent à ne voir que le chômage de masse et leurs fins de mois difficiles au lieu de s’extasier sur le progrès garanti par l’avènement du grand marché global. Emmanuel Macron ne gouverne pas pour le peuple français mais pour la préservation de ce système, au besoin contre une large partie du peuple. » Ainsi, le Grand débat national, que les royalistes ne boudent pas car soucieux de présenter leurs points de vue et de crédibiliser leur force de proposition, n’est sans doute qu’une opération de diversion qui n’a pas pour vocation de remettre le système en cause mais de le remettre à flots, ce qui n’a pas exactement le même sens ni la même portée…
La sévérité de Mme Polony ne s’arrête pas à ses quelques lignes reproduites plus haut : « Nulle « troisième voie » dans le macronisme. La colère engendrée par quatre décennies de marche forcée vers la dérégulation, le libre-échange, l’abandon de toute protection non seulement des salariés, mais surtout des filières industrielles et agricoles, la financiarisation de chaque domaine de l’action humaine, et la paupérisation par la logique du low cost, aboutit à des formes diverses d’insurrection (…). Et ces insurrections deviennent le prétexte pour réduire les libertés publiques, mais aussi les capacités de décision de citoyens considérés comme des irresponsables, ou pis, des ennemis du bien commun. Ce faisant, on ouvre un boulevard aux extrêmes, dans un concours de radicalité. » Si la révolte vient de loin, et l’on pourrait s’étonner qu’elle vienne si tard (trop tard ? Souhaitons que non !), la répression s’attache à « maintenir l’ordre présent du système », ce qu’Emmanuel Mounier, personnaliste chrétien du milieu du XXe siècle, baptisait de cette formule définitive de « désordre établi ». Maurras parlait d’utiliser toutes les possibilités offertes par la contestation ou par le système lui-même pour établir la Monarchie, mais c’est la République actuelle qui pratique le mieux sa formule bien connue « Par tous les moyens, même légaux » pour préserver sa domination sur le pays…
« On finira bien par restaurer la monarchie, un jour, contre la dictature et l’anarchie », écrivait jadis Eugène Ionesco dans un article célèbre du Figaro Littéraire paru en 1969. Si j’avoue ne pas considérer le président Macron comme un dictateur, à l’inverse de son ministre de l’Intérieur M. Castaner qui n’en est, pour l’heure, qu’un apprenti maladroit et violent, la situation de notre pays, elle, apparaît bien anarchique, entre le libéralisme sans frein (malgré quelques limites liées à notre histoire nationale et à celle de son Etat-providence) et les désordres urbains (à ne pas confondre avec les manifestations sur les ronds-points, entre autres), et, s’il y a dictature, c’est celle du règne de l’Argent, de cette « fortune anonyme et vagabonde » qui semble inaccessible aux notions de justice sociale et de partage équitable.
Alors, oui, au regard de ce couple infernal qui asservit nos compatriotes et désordonne notre société historiquement constituée, c’est bien la Monarchie royale qui peut réaliser cette synthèse entre l’ordre nécessaire à toute cité pour être et durer, et les libertés publiques qui font battre le cœur de notre nation…
« La Monarchie est aussi, elle est surtout, la dernière chance de la liberté », affirmait Thierry Maulnier dans les années trente : n’attendons pas le pire pour nous rappeler de cette sage et si politique réflexion…** ■
Le blog de Jean-Philippe Chauvin

À l'occasion de la publication du dernier ouvrage du docteur ès Lettres et agrégé de philosophie Philippe Granarolo, intitulé 
Toutefois ce dernier insiste sur « la ʽʽgrande nostalgieʼʼ éprouvée par Zarathoustra après quʼil ait été visité par lʼombre de la beauté du Surhomme » (p. 209). La nostalgie renvoie au passé, au regret que lʼon ressent vis-à-vis dʼune chose révolue, disparue. Le Surhomme nʼest en fait pas une figure de lʼavenir. Il est une figure du temps passé.
Ce funeste épisode, la théologie chrétienne lʼappelle « péché originel ». Dans Humain, trop humain Nietzsche reprend cette expression pour signaler « le manque de sens historique » qui caractériserait « la totalité de lʼidéologie moderne » (p. 111), considération sur laquelle nous reviendrons. Mais avant cela, notons lʼusage que fait Nietzsche, le philosophe de la « mort de Dieu », du Dieu-fait-homme, du Dieu chrétien, de ce concept purement chrétien ; comme le mit en évidence Sigmund Freud dans LʼHomme Moïse et la religion monothéiste, alors que le texte de la Genèse est antérieur au christianisme. Freud y soutient que lʼidée de péché originel est née avec le christianisme, quʼelle en constitue même lʼun des deux maître piliers, le second étant dʼaprès lui le rachat du sacrifice.
Telle est la deuxième grande leçon que lʼon peut tirer sur la pensée de Nietzsche à la lecture de lʼexcellent essai de Philippe Granarolo, qui depuis des années, sous le ciel azur et le soleil radieux de la Provence sʼacharne à aider chacun qui le souhaite à penser avec Nietzsche, de la manière correcte. Lʼœuvre du philosophe allemand est imprégnée dʼun christianisme latent, presque inconscient. La prose nietzschéenne porte indéniablement la marque de la culture chrétienne de son créateur.
Du jardin dʼÉden exhalaient de délicieuses senteurs, dit la tradition, comme lʼatteste cet extrait de la Genèse, où Jacob bénit son fils Isaac, quʼil prend pour lʼaîné Édom : « ʽʽAvance-toi donc et baise-moi, mon fils !ʼʼ Il sʼavança et le baisa. Isaac sentit lʼodeur de ses habits et le bénit. Il dit : ʽʽVoici que lʼodeur de mon fils est comme lʼodeur dʼun champ que Iahvé a béniʼʼ » (Gen 27 : 26-27)
Cette imprégnation du christianisme est dʼailleurs admise par Granarolo : « Quʼil sʼagisse du ʽʽSermon sur la montagneʼʼ et de son ʽʽlaissez venir à moi les petits enfantsʼʼ, ou de cette autre formule du Nouveau Testament qui nous exhorte à vivre sans souci du lendemain ʽʽcomme le font les oiseaux du cielʼʼ, nʼy a-t-il pas dans le Nouveau Testament des formules qui ont séduit le jeune Nietzsche et dont il a inconsciemment reproduit la structure dans son œuvre philosophique ? » (p. 240) 

J’aimerais exagérer mais il faut simplement le lire : « 40 000 à 50 000 ultras violents qui veulent abattre les institutions », « Pour des gens qui sont faibles, ou fragiles, ou en colère, cela a une espèce de résonance », « Et après, ce sont des gens qui achètent des comptes, qui trollent. C’est Russia Today, Spoutnik, etc. Regardez, à partir de décembre, les mouvements sur Internet, ce n’est plus BFM qui est en tête, c’est Russia Today », « Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan. »
Le plus troublant est la manière dont ce pouvoir revient lui-même sur la question de sa légitimité : « Quand vous écoutez les gens, qu’est-ce qu’ils disent ? Ils veulent couper la tête du président. Ils disent que les députés sont tous des salopards » (les Français, décidément nostalgiques, ne croient qu’aux bonnes vieilles recettes) et « Mais il faut se poser la question “D’où tu parles ? Quelle est ta légitimité ?” Celui qui est maire, celui qui est député, celui qui est ministre a une légitimité ou une responsabilité. Le citoyen lambda n’a pas la même. Il ne représente que lui-même. » Sans doute, mais si Macron pose cette question de la légitimité, c’est qu’il se sait illégitime. Illégitime en France, où il a été élu avec une abstention record, avec l’aide d’un véritable coup d’état judiciaire et par défaut face à l’ex-FN. Illégitime car incapable de quitter sa posture de président du parti-des-gens-qui-savent, du parti-des-gens-qui-changent, du parti des Français-qui-adhèrent-au-projet qui, comme toujours en république où la nation est contractuelle, sont le seul peuple respectable. Et il n’accuse les Gilets jaunes d’être illégitime que parce qu’il reconnaît, dans l’émergence de ce mouvement, un schéma d’illégitimité qui lui est bien familier : celui d’En Marche ! et de son leader charismatique : «
Drouet, c’est un produit médiatique, un produit des réseaux sociaux », observe-t-il en dénonçant l’abdication des médias traditionnels à faire leur travail de hiérarchisation et d’analyse. « L’envers du décor de cette crise a été très peu montré », souligne-t-il. […] la déconstruction de ce qu’est le mouvement, de ses influences, la déconstruction de ses influences extérieures, ça, on l’a très peu entendu. Il y a eu une forme aussi de légitimation accélérée de ce qu’a été ce mouvement qui est un problème. »

« Entre 500 et 600 terroristes » se trouveraient encore dans les quelques kilomètres carrés à reconquérir a ajouté le porte-parole. Des centaines de civils s’y trouvent également, refusant d’abandonner les combattants. Ces derniers sont surtout étrangers, mais on ne connait pas encore leur répartition par pays.
Mais tous les combattants ne sont pas morts ou prisonniers. Des poches restent actives dans des zones désertiques, notamment entre Palmyre et Der ez-Zor. Cette zone se situant à l’ouest de l’Euphrate, elle est sous contrôle de la Syrie et l’armée va essayer de la réduire dans les prochaines semaines.
Mais comme on s’en doute, il n’y a pas que la Syrie qui n’en n’a pas fini avec Daech : les pays occidentaux non plus. Combien sont-ils les islamistes qui ont rejoint la France, l’Allemagne ou d’autres pays à la faveur de la grande invitation d’Angela Merkel et du laxisme de ses partenaires de l’Ouest ? Sans la révolte salvatrice des pays d’Europe centrale et de l’est, le flot aurait été plus important encore.
Lʼinfluence du darwinisme
Plus loin, lʼauteur relève ce fragment posthume, que Nietzsche a écrit en 1881 : « Lʼépoque des expérimentations ! Les affirmations de Darwin sont à vérifier – par des expérimentations ! De même la naissance dʼorganismes supérieurs à partir des plus bas. Il faut inaugurer des expérimentation pour plusieurs millénaires ! Éduquer des singes pour en faire des hommes ! » (cité p. 106).
Et Nietzsche dʼaller jusquʼà dire que le singe est non seulement notre ancêtre, mais aussi notre descendant ! Dans Humain, trop humain on peut effectivement lire que « lʼhomme sorti du singe redeviendra singe, sans que personne ne prenne le moindre intérêt à ce bizarre dénouement de la comédie. » (cité p. 151)
Or le darwinisme se situe dans le droit fil de pensée de lʼauteur du Léviathan. Karl Marx avait relevé ce lien, lorsquʼil écrivait à son ami Friedrich Engels que la théorie de Darwin nʼétait rien d’autre que la « transposition pure et simple du domaine social dans la nature vivante, de la doctrine de Hobbes (Photo) : bellum omnium contra omnes, et de la thèse de la concurrence chère aux économistes bourgeois, associée à la théorie malthusienne de la population. »


Cependant, eu égard à « la violation des principes de démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme », en accord avec d’autres pays européens et avec la bénédiction de l’U.E., la France de M. Macron a cru intelligent de se prévaloir d’un prétendu droit d’ingérence qualifié d’« humanitaire » et de « démocratique » pour lancer un ultimatum à M. Maduro. Ultimatum dont le rejet prévisible a souligné l’incohérence de la démarche. En effet, il faut se rappeler que les Européens, dont la France, à qui personne ne demandait rien, avaient d’abord posé aux médiateurs entre MM. Guaido et Maduro en créant un « groupe de contact » (huit pays européens et cinq latino-américains) afin d’aider à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Groupe dont la réunion de jeudi dernier à Montévidéo a accouché des habituels voeux pieux de circonstance. Or, en prenant de front M. Maduro, les Européens, dont la France, se sont de fait ralliés à M. Guaido.
La politique américaine dans la région a, elle, le mérite de la constance : fondée sur une interprétation impériale de la doctrine de Monroe (1823), elle fait de la mer des Caraïbes une chasse gardée en raison de son importance stratégique. Avoir secondé l’hégémonisme américain, quel beau succès en perspective pour la diplomatie française ! Mais ce n’est pas tout et il y a pis encore. Le simple bon sens montre en effet que le précédent vénézuélien pourra servir à toute remise en cause de tout régime, partout dans le monde, donc là où nous avons encore quelque influence et beaucoup d’intérêts (politiques, économiques, militaires et culturels). Ce serait par exemple le cas pour le Congo ex-Léopoldville où la récente élection présidentielle a sans doute manqué de transparence. En attendant le reste, ou presque, de l’Afrique.


Même la question des enfants, aussi déchirante soit-elle, ne se laisse pas traiter en des termes simplement humanitaires, comme l'a finement posé Sonia Mabrouk dans son roman Dans leur cœur sommeille la vengeance, consacré aux lionceaux de Daech. Mais ce qui frappe, surtout, au-delà des questions prosaïques posées par le retour des djihadistes, c'est la confusion intellectuelle qui l'entoure. Comment les considérer du point de vue de la communauté nationale ? C'est là que surgit un terme que la philosophie politique contemporaine semble proscrire : la trahison. Nous avons une étrange difficulté à dire : ce sont des traîtres. Comme si ce terme heurtait la conscience contemporaine, qu'il était trop dur. Raymond Aron était le premier à convenir du flou qui entoure la notion de trahison, mais il ne la congédiait pas pour autant. Une philosophie politique incapable de la prendre au sérieux est une philosophie politique de temps de paix.
On est en droit de se demander si les djihadistes n'étaient pas que des Français entre guillemets, jouissant de droits qu'ils n'ont jamais équilibrés avec quelques devoirs, qu'ils n'ont jamais aimés non plus. Leur cas n'est-il pas symptomatique d'une décomposition identitaire grave ? Ces hommes auraient-ils senti monter en eux la vocation au djihad s'ils avaient vécu dans un environnement culturel cultivant une représentation du monde qui lui est favorable ?
Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur
Le premier mérite du dernier opus du docteur ès Lettres et agrégé de philosophie Philippe Granarolo, intitulé En chemin avec Nietzsche et que la maison dʼédition LʼHarmattan vient de publier, est de nous plonger dʼemblée dans ce qui fonde la puissance de la pensée de Nietzsche, à savoir, pour employer un vocable à la mode, son côté disruptif. La méthode de ce dernier est restée au fil de ses œuvres la même : chercher à nier lʼévidence, à tordre la doxa, à remettre en question les postulats qui semblent indiscutables.
Les mots Apollon et apparence commencent tout deux par le préfixe « ap- » : veille et rêve participent du même ordre. Ils forment un tout, un réel perceptible par le truchement de notre raison, qui coordonne lʼactivité sensorielle. Il nʼy a ainsi selon Nietzsche non point une différence de nature mais seulement de degré entre ces deux états de lʼapparence ; le rêve étant ainsi lʼapparence de lʼapparence. Or lʼusage raisonné de nos sens peut déraisonner, être affecté par des passions, telles la force, lʼinstinct ou la nature.
Quand, à ce sujet, Emmanuel Lévinas (Photo) écrit les lignes qui suivent – « « lʼhomme serait le lieu où passe la transcendance […]. Peut-être tout le statut de la subjectivité ou de la raison doit-il être révisé à partir de cette situation »

Votre livre examine un document intitulé « Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du monde islamique », qui a été élaboré par l’ISESCO, département culturel de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), regroupant 57 Etats musulmans. Dans quelles circonstances avez-vous découvert ce texte dont personne ne parle et pour quels motifs avez-vous décidé d’en faire connaître le contenu au plus grand nombre ?
Le document de l’ISESCO montre que l’islamisation de la France relève d’une volonté stratégique portée par des Etats, agissant sur le champ culturel, et soutenue par des moyens financiers importants. Par conséquent, si la France veut y répondre, elle doit le faire sur ces trois plans. 