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LAFAUTEAROUSSEAU - Page 1508

  • Regard sur « le monde en état de panique » ou le rêve universaliste fracassé

     

    Nous n'ajouterons pas un commentaire superflu à ce qu'on peut, à la fois, lire ou écouter ici de la part d'un clerc de la doxa européo-mondialiste. L'essentiel est dit dans notre titre.

    Nous avons entendu, lundi, Jean-Pierre Raffarin pleurer sur la République à la dérive. Hier matin, sur France Inter, Bernard Guetta a fait le constat exact d'un état du monde qui brise le rêve mondialiste, pacifiste, démocratique, multi-culturaliste, multiethnique, etc. Les idéologues et les marchands n'y triomphent pas. L'Histoire ne finit pas ...

    Plaignons nos élites : elles ont, en ces temps difficiles, intra et extra muros, de redoutables remises en cause à opérer. La faillite de leurs idées - mais il ne fallait pas se faire tant d'illusions ! - leur est sans-doute douloureuse. Pas à nous.  LFAR 

      


    Laissons la France. Laissons le reste de l’Europe où les nouvelles extrêmes-droites connaissent le même essor que le Front national et regardons ailleurs. Candidat aux primaires républicaines, candidat à la présidence des Etats-Unis, M.Trump vient de faire un nouveau coup d’éclat en proposant d’interdire aux musulmans, à tous les musulmans, l’accès du territoire américain.

    S’il l’a fait, c’est qu’il pense pouvoir ainsi plaire à suffisamment d’électeurs républicains pour remporter les primaires et il n’a pas tort car la peur, celle d’un monde devenu aussi incertain qu’incompréhensible, est aussi forte aux Etats-Unis qu’en Europe… et ailleurs.

    Repassons l’Atlantique, allons jusqu’à Moscou. Sur quoi s’appuie M.Poutine pour faire durer sa popularité ? Sur la reconquête de la Crimée, sur l’Eglise orthodoxe russe, sur la Russie de toujours et les forces de sécurité dont il s’est fait l’incarnation depuis qu’il a accédé au Kremlin. Poussons au sud, jusqu’en Turquie, et le tableau est le même. M.Erdogan y a reconquis sa majorité en rallumant les tensions avec la minorité kurde, exaltant la nation et flattant les plus conservateurs des électeurs par ses constantes références aux traditions religieuses et patriarcales.

    Le Proche-Orient, n’en parlons pas. Il éclate et se déchire entre communautés ethniques ou religieuses, chiites contre sunnites, Arabes contre Perses, Kurdes contre tout le monde ou l’inverse. Chacun veut son Etat, ses frontières, sa zone d’influence. L’Inde se cimente dans l’hindouisme et, si l’on revient en Europe, il n’y a pas que la montée des extrêmes-droites. Il y a aussi les Catalans qui voudraient sortir d’Espagne et les Ecossais de Grande-Bretagne, la renaissance des régionalismes et ce divorce, surtout, toujours plus grand, entre les Européens et l’Europe, entre l’ambition d’unité et le repli national.  

    La peur, une peur qui se répand, fracture le monde. Chacun veut se replier sur le monde qui est le sien car il y a soudain, c’est un fait, trop de changements et, donc, d’inconnues dans le grand monde. Depuis la chute du mur de Berlin, nous ne sommes pas seulement sortis de la stabilité de la Guerre froide. En vingt-cinq ans, nous avons vu de nouvelles puissances apparaître, le monde arabo-musulman se réveiller dans un indescriptible chaos, les emplois occidentaux détruits par l’automatisation et les délocalisations vers les pays émergents, les Etats-Unis se tourner vers le Pacifique, se désintéresser de l’Europe et la laisser sans Défense, le terrorisme djihadiste frapper les cinq continents et les grandes forces politiques occidentales s’essouffler, et échouer, à préparer leurs militants, leurs électeurs, leurs pays à des changements d’une telle ampleur.

    Alors, oui  tout le monde craint tout et tout le monde et l’urgence, en Europe, est au remodelage de nos échiquiers politiques, à la formation de grands partis du mouvement, de partis assez solidement majoritaires pour rejeter la folle tentation de la fuite en arrière et construire l’avenir, loin de cette suicidaire panique.  

     

  • Régionales • L'analyse d'Eric Zemmour : « L'essentiel est désormais de survivre »

     

    Le résumé de RTL

    Le premier tour des élections régionales a dessiné une nouvelle carte de la France politique. "La carte de France fait une drôle de tête. L'Est et l'Ouest semblent se regarder en chiens de faïence. C'est le retour du vieil affrontement des deux France, la droite et la gauche, les monarchistes et les Républicains, sauf que les terres de gauche à l'Est sont passées avec armes et bagages au Front national tandis que les terres catholiques de l'Ouest sont devenues socialistes »

    Au milieu, les taches bleues conservées par la droite semblent isolées, ultimes poches de résistance avant l'engloutissement. Napoléon disait qu'on fait la politique de sa géographie. En contraignant les têtes de liste du Nord et du Sud à se retirer avant le second tour, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis, a froidement exécuté les deux plus vieilles fédérations socialistes. Les terres historiques du Nord et des Bouches du Rhône qui faisaient les élections sous la SFIO de Jaurès et de Blum.

    L'objectif des socialistes à l'horizon de 2017 ? La constitution derrière François Hollande, d'une coalition qui irait de Macron à NKM, de Juppé à Bayrou, de Raffarin à Valls ...

     


    Crédits Média : RTL.fr | Durée : | Date :

     

  • HOLLANDE : UNE PERTE TOTALE DE LÉGITIMITÉ

     

    par François Marcilhac*

     

    500021990.jpgCertes, il y a l’individualisme des Français, mais l’explication serait un peu courte. Le fait que nos compatriotes aient été si peu nombreux à pavoiser, comme le leur avait demandé Hollande, leurs balcons et fenêtres du drapeau tricolore, le vendredi 27 novembre, jour de l’hommage national aux victimes du terrorisme islamiste, est avant tout le signe d’une perte totale de légitimité. 

    Ce n’est pas d’être récupérés par le pouvoir que les Français ont craint. Non, c’est bien plus simple que cela : Hollande parle désormais dans le vide et un hommage rendu par un gouvernement qui n’est plus ressenti que comme un pouvoir de fait est à leurs yeux nul et non avenu. Et ce n’est pas le raout écologique, la green party du Bourget à laquelle, paraît-il, la survie de la planète est suspendue, qui va les réconcilier avec leur « président normal ». Comment camper en sauveur du monde l’homme qui s’est révélé incapable de protéger ses concitoyens au cœur du XIe arrondissement de Paris ?

    « Ceux qui nous frappent savent que nous sommes vulnérables. Ils savent que la société française, que les sociétés européennes, occidentales sont fragiles parce qu’un profond malaise les étreint. Ce malaise est dans l’école, dans la culture, dans la justice, dans l’économie, dans la politique. » Comment ne pas être d’accord avec une analyse aussi lucide ? Oui, il convient de dénoncer « des décennies de renoncements, de reniements et de lâchetés collectives  », ainsi que la politique européenne, notamment l’incapacité à « réformer Schengen », ou l’obsession aveugle « à s’élargir  » sans fin. Oui, nous aussi, « nous n’acceptons pas de voir disparaître  » « la France de toujours ». Oui, « un pays n’est pas une page blanche » — Maurras évoquait un « terrain vague » — sur laquelle il n’y aurait « plus de nations, plus d’État, plus de frontières, plus d’identités, plus d’attaches, plus d’héritage  ». Et pourtant, comment le dégoût ne nous prendrait-il pas en apprenant que c’est Sarkozy qui a osé proférer de tels mensonges — dans sa bouche — à Schiltigheim en Alsace, le 25 novembre dernier ? Cherchant à se présenter non pas tant comme le chef des Républicains que comme l’ancien chef de l’Etat, évitant dès lors, pour prendre de la hauteur, de critiquer trop directement Hollande et la gauche mais désireux tout de même de (re)lancer la campagne pour les régionales, il est surtout apparu comme un ancien président en campagne pour 2017... Instrumentaliser la situation dramatique du pays pour retrouver les accents virils et patriotiques de 2007 et de 2012, quelle indécence ! Croire que les Français seront majoritairement dupes, quel aveuglement ! Lui dont la politique a précisément eu pour effet d’aggraver le malaise « dans l’école, dans la culture, dans la justice, dans l’économie, dans la politique ». Lui qui a soumis la France au délire de l’Europe ouverte à tous les vents via la forfaiture du traité de Lisbonne. Lui qui a déstabilisé la Libye, dont la situation devient chaque jour plus menaçante, et commencé d’apporter un soutien aux « rebelles » syriens avant que Hollande ne poursuive dans la même voie. Lui qui a favorisé comme jamais l’immigration et a écrit, le 31 mars 2009, dans sa lettre de mission pour le débat sur l’identité nationale, que « l’ensemble des personnes qui vivent sur le territoire de la République, quelles que soient leurs origines, qu’ils soient étrangers ou français », « tous sont appelés à être des citoyens ». « Notre Nation est métissée. L’immigration constitue une source d’enrichissement permanent de notre identité nationale. [...] La France dont nous défendons les couleurs est une France ouverte sur les autres, sur le monde, sur l’avenir. C’est une France qui évolue avec son temps. C’est une France à laquelle chaque nouvel arrivant, chaque nouveau Français apporte son histoire, les richesses de son origine, sa contribution. » Oui, pour Sarkozy, la France est bien une page blanche que chacun peut venir colorier, et ensanglanter, à sa guise.

    Il lui était d’ailleurs facile de prouver sa toute nouvelle conversion à la « France de toujours » : Baroin lui en offrait l’occasion sur un plateau. Sur ordre du Grand Orient de France, le président de l’Association des Maires de France (AMF) n’a-t-il pas demandé, moins d’une semaine après les attentats islamistes contre les « croisés » et les « infidèles » et à une semaine de l’Avent, une loi interdisant les crèches dans les lieux publics ? Or Sarkozy s’est bien gardé de dénoncer cette atteinte à la « France de toujours ». Chez les Baroin, on est maçon de père en fils et l’AMF, que quittent des maires patriotes chaque jour plus nombreux, n’est plus que le vecteur de cette haine froide du christianisme qu’une définition particulièrement sectaire de la laïcité doit propager : « Une approche philosophique du vivre ensemble que l’on peut qualifier d’humaniste parce qu’elle ne se réfère à aucun dogme religieux ni à aucune vérité “révélée” et qu’elle n’est soumise à aucun appareil religieux. » Comme l’a commenté Gérard Leclerc sur Radio Notre-Dame (24 novembre), « cette définition, qui sent bon le rationalisme rabougri et le b-a ba de la rue Cadet, est tout simplement inepte  ». Et n’a évidemment rien de laïque, si être laïque, c’est simplement respecter la croyance ou la non-croyance de chacun. Oui, nos élites sont décidément indignes de la situation où leur carriérisme et les groupes de pression les ont placées. A droite comme à gauche, elles témoignent d’une coupure totale avec l’être même de la France.

    Un être qu’ignore le régime des partis, lequel transforme tout ce qu’il touche. Ainsi des élections régionales, qui n’ont plus de régionales que le nom. Comment en serait-il autrement alors que les nouvelles régions arbitrairement dessinées par le pays légal ne correspondent à rien ? On n’est même pas sûr qu’elles aient une logique économique puisque aucune étude d’impact n’a précédé leurs nouveaux contours. Ce qui ne signifie pas que l’enjeu régional n’existe pas, au contraire : fédéraliste par essence, l’Action française est peut-être la seule à proposer un projet en ce sens. Mais en attendant, il faut bien se prononcer au plan national, c’est-à-dire, car la république travestit tous les mots, au plan politicien. Un vote PS ou LR est évidemment inenvisageable. Que reste-t-il ? Les candidats qui partagent sur l’indépendance nationale, l’Europe ou l’immigration des analyses proches des nôtres. Deux listes sont donc théoriquement possibles. Mais tout est aussi fonction des personnalités, régionales ou départementales. Par exemple, dans la Somme, l’une des deux listes possibles cache, derrière un paravent patriotique, un vrai vote LGBT. Quant à l’Île-de-France, Wallerand de Saint-Just joue, pour compenser son défaut de notoriété, sur un homonyme de sinistre mémoire et ne propose aux Franciliens sur ses affiches d’autre choix qu’entre la djihadiste en bonnet phrygien de 1793 et celle, voilée, d’aujourd’hui. Avant de se faire siffler par ses éventuels électeurs pour avoir taclé les positions sociétales de Marion Maréchal-Le Pen. Manifestement, certains croient que se dédiaboliser, c’est comme s’encanailler sur le tard : il suffirait pour cela d’adopter les codes devenus ringards de l’après Mai-68, alors que le train de l’histoire, en avançant, a donné naissance à une jeunesse décomplexée qui n’a pas peur de renouer avec les fondements de la société.

    C’est cette jeunesse qui renversera tous les politiciens qui, quelle que soit l’étiquette arborée, se révéleront indignes d’incarner la « France de toujours ». 

    L’Action Française 2000

     
  • Patrice de Plunkett : « La faiblesse géopolitique est inhérente à l'UE »

     

    Par exemple face au chantage de M. Erdogan... Mais pourquoi cette faiblesse ? La position pertinente de Patrice de Plunkett  [02.12.2015]

    hqdefault.jpgRevenons sur l'événement du week-end dernier : c'est une leçon terrible. Dimanche, M. Erdogan exige de Bruxelles une reprise du processus d'adhésion de la Turquie, une suppression des visas d'entrée en Europe pour les Turcs, et une aide financière afin de « pouvoir conserver sur le territoire turc les deux millions de réfugiés syriens qui s'y trouvent ». Bruxelles cède aussitôt, oubliant que M. Erdogan avait commencé par lancer vers l'Europe des dizaines de milliers de migrants en vidant manu militari  la moitié des camps turcs ! 

    Bruxelles oubliait aussi que M. Erdogan avait fait arrêter (le 26 novembre, quatre jours avant son chantage victorieux sur l'UE) le directeur de la publication et le chef du bureau d'Ankara du quotidien centriste Cumhuriyet, coupables d'avoir prouvé les livraisons d'armes turques à Daech en Syrie. Les deux journalistes, Can Dündar* et Erdem Gül, avaient en effet publié des documents et des photos de camions des services secrets turcs acheminant ces armes : un millier d'obus de mortier, 80 000 munitions  de  tout calibre  et des centaines de lance-grenades... La semaine dernière, le procureur a annoncé que Gül et Dündar allaient écoper de vingt ans de prison pour « espionnage politique et militaire ». Quant à M. Erdogan, il a déclaré : « Peu importe si ces camions transféraient des armes. » Son double jeu s'affiche impunément.  

    Peu importe, en effet ! Ankara a aggravé (en soutenant Daech) la fuite de milliers de Syriens qu'il a dirigés ensuite vers l'Europe. Pendant qu'il se plaint de n'avoir pas les moyens de faire face à ce déferlement de réfugiés, M. Erdogan alimente la guerre qui pousse les réfugiés dehors. Mais l'Europe fait semblant de ne rien savoir et donne à M. Erdogan ce qu'il exige ; elle se met ainsi dans une situation de victime d'un chantage sans fin.  

    Sans compter ce paradoxe : les plus « européens » des Européens ferment les yeux sur le chauvinisme tyrannique du régime d'Ankara, profil politique que l'UE interdit pourtant à ses membres ! M. Orban (qui en fait bien moins) est conspué à Bruxelles, mais  M. Erdogan est salué avec chaleur. 

    Cette faiblesse est inouïe. Et elle est structurelle : sa cause est l'esprit même de la construction européenne (l'esprit d'une entreprise sans esprit). Aucune incantation ne peut masquer cela... Conçue pour « jouir des dividendes de la paix », comme annonçait le malheureux Fabius il y a vingt-cinq ans, l'UE part en morceaux dès qu'il n'y a plus de paix – ni de dividendes ! 

    _______________ 

    * Lauréat 2015 du prix de Reporters Sans Frontières.

     Patrice de Plunkett : le blog

     

  • Régionales : un premier tour dévastateur

     

    par Nicolas Julhiet

    Une excellente analyse dans Politique magazine. En forme de tour d'horizon

     

    Avis aux retardataires : sortez les petits-fours et installez-vous confortablement devant vos téléviseurs. Le spectacle offert par la politique française, à l’issue du premier tour des élections régionales, est à ne manquer sous aucun prétexte dès lors que l’on est amateur du genre. A gauche et à droite, la panique se généralise. Du grand cinéma ! Les acteurs jouent parfaitement leur rôle. L’heure est aux calculs, aux petits arrangements, aux tractations… Avec un objectif clair : « faire barrage au Front national ». A gauche, ceux qui sont arrivés troisième sont invités à se retirer – sauf en Alsace, où le candidat résiste. A droite, les candidats se maintiennent en prônant un « ni-ni » qui ne leur coûte rien. Une posture d’intransigeance à peu de frais… qui ne trompe plus personne.

    Au PS, les dégâts sont lourds. La nouvelle popularité de François Hollande, qui a connu un fort regain après les attentats du 13 novembre, n’a pas suffi à créer une dynamique favorable. De toute façon, personne ne s’étonne plus que les élections intermédiaires soient remportées par un parti de l’opposition. C’est une habitude française. Mais cette fois, ce ne sont pas les Républicains qui en profitent mais le Front national : et même si le parti de Marine Le Pen ne remporte qu’une seule région – il pourrait raisonnablement en enlever trois -, il serait le grand vainqueur de cette élection. Ceux qui expliquaient que les sondages qui montraient sa spectaculaire progression étaient gonflés artificiellement pour mobiliser les autres électeurs se retrouvent bien sots depuis hier. La présence du FN au second tour de la prochaine présidentielle passe de l’hypothèse à la quasi-certitude. Les chroniqueurs politiques, comme Thierry Arnaud, l’ont acté.

    Pour l’ex-UMP, en revanche, il sera difficile de triompher dimanche 13 décembre : les victoires qu’il obtiendra ne le seront pas à la régulière. Il lui faudra en effet compter sur les voix de gauche pour espérer l’emporter. Une pensée, au passage, pour les socialistes qui devront glisser, la mort dans l’âme, un bulletin « Estrosi » dans les urnes… Quel sens du sacrifice et du devoir républicains ! Un élu PS du troisième arrondissement de Marseille, interrogé sur BFM-TV, confessait s’y résoudre avec abnégation. Une perspective qui, visiblement, avait empêché le pauvre hère de trouver le sommeil.

    Cruelle désillusion, aussi, pour Nicolas Sarkozy. Que les Républicains ne virent pas en tête au premier tour pourrait lui coûter cher en terme de légitimité à être candidat à la présidentielle de 2017. Sur les plateaux de télévision, les chroniqueurs politiques annoncent déjà avec gourmandise les règlements de comptes à venir au sein de la « droite de gouvernement ». C’est simple : à l’unité feinte des ténors de l’ex-UMP cette semaine succédera, le lendemain même du second tour, une mise à mort de l’ancien président qui sera alors accusé de tous les maux. Déjà, quelques voix dissidentes se font entendre : celles de Nathalie Kosciusko-Morizet ou de Jean-Pierre Raffarin, en désaccord avec le « ni-ni » prôné par le parti.

    Mais ce sont tous nos politiciens qui semblent avoir perdu le nord face à cette nouvelle donne électorale. En être réduit à proposer, comme l’a fait Julien Dray chez Jean-Jacques Bourdin (BFM-TV), une « alliance arc-en-ciel des partis progressistes » et appeler à la fondation d’un nouveau Conseil national de la résistance, montre dans quelle impasse les partis traditionnels se trouvent. Même une Ruth Elkrief, éditorialiste particulièrement modérée de la même chaîne, expliquait ce matin que « le système est à bout de souffle ». Que trouveront-ils à dire, dimanche prochain ? 

  • Lire Emmanuel Macron pourrait être utile à Raffarin, dans son désarroi. Et à toute la classe politique !

     

    oInterview du 8 juillet 2015, dans l'hebdomadaire Le 1o

  • Paris, c'est ce soir : Conférence de Jean-Louis Bachelet sur Louis XVII

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    Les mardis de Politique magazine

    Conférence mardi 8 décembre 2015

    Louis XVII

    Fausse énigme ou vrai mystère ?

     par Jean-Louis Bachelet,

    dramaturge, écrivain, auteur de Sang Royal (éditions Ring)

     

    TRAILER SANG ROYAL par Editions_Ring

    Rendez-vous à partir de 19h00
    Conférence à 19h30 précises
    Participation aux frais : 10 euros  -  Etudiants et chômeurs : 5 euros

    Salle Messiaen, 3, rue de la Trinité  75009 Paris - Métro: La Trinité, Saint-Lazare

    Pour tout renseignement : Politique magazine, 1, rue de Courcelles, 75008 Paris - Tel. : 01 42 57 43 22

     

  • L’allié toxique

     

    par Louis-Joseph Delanglade 

     

    Voici donc l’Union européenne - donc la France - liée par un accord rien de moins que léonin avec la Turquie de M. Erdogan. Incapable de se protéger elle-même, l’Union sous-traite en effet la surveillance des migrants en provenance de Syrie. Coût de l’opération, sans garantie de réussite : trois milliards d’euros et relance du processus d’adhésion de la Turquie à l’U.E. Passons sur cette adhésion à laquelle plus personne ne semble croire vraiment et qui manifestement n’est rappelée que pour complaire à un pouvoir turc dont elle sert grandement la communication intérieure. Restent ces trois milliards, somme bien importante tout de même pour obtenir d’un prétendu « allié » de l’OTAN qu’il veuille bien respecter les conventions internationales (comme la France le fait à Calais) et dont M. Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman, fait remarquer qu’elle s’ajoute au milliard annuel versé au titre d’aide à la pré-adhésion. 

    Concernant notre pays, il faut bien voir dans cet épisode la manifestation d’une diplomatie tantôt erratique tantôt idéologique, bref impuissante. Certes, il n’aurait fallu participer à rien de ce qui a contribué à plonger dans le chaos le monde arabo-musulman, région déjà fortement traumatisée par la création de l’Etat d’Israël en 1948 : ni se battre contre Saddam Hussein en 1991, ni faire tomber le régime de Kadhafi en 2011, etc. Un certain interventionnisme, qui peut nous paraître légitime dans le « pré carré » africain, tourne vite au fiasco dans cette région si compliquée. Et MM. Onfray et de Benoist peuvent à juste titre se retrouver, chacun a sa façon, dans la formulation lapidaire de M. Jamet : « nous ne pouvons faire la guerre au loin et avoir la paix chez nous ».  

    Cependant, malgré les répercussions trop prévisibles sur le territoire national, il paraît désormais difficile de ne rien faire contre l’Etat islamique. Mais il semble quelque peu incohérent de se rapprocher un peu plus d’une Turquie dont le pouvoir baigne dans l’idéologie des Frères musulmans et dont l’intérêt est, plutôt que d’y remédier, de profiter de la situation qui prévaut en Syrie. On ne saurait bien sûr reprocher à la Turquie de M. Erdogan sa nostalgie ottomane et son auto-promotion régionale : la Turquie joue son jeu, et c’est bien naturel. On peut en revanche s’étonner de la naïveté des Européens, des Français en l’occurrence, à l’égard de celui qu’on nous a successivement présenté comme un « islamo-conservateur » puis comme un « islamiste modéré ». Il faut comprendre que ce qui obsède le pouvoir nationaliste d’Ankara, c’est le problème kurde. Cela seul suffit à expliquer sa stratégie dans un conflit syrien qui constitue pour lui une belle opportunité, l’Etat islamique étant pour l’instant un allié objectif avec lequel il collabore sans vergogne dans le domaine pétrolier et auquel il est fortement suspecté de faire passer des armes sous couvert d’aide humanitaire. 

    « La Turquie est un allié incontournable et en même temps c’est un allié toxique » (M. Servent, France 5). Incontournable sans doute du fait que la France reste inféodée à l’OTAN; toxique certainement du fait que la Turquie sait ce qu’elle veut contrairement à nous.

     

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • SOCIETE • Jean Sévillia : « Un petit miracle catholique français »

     

    Entretien par Jean-Baptiste d'Albaret

    Déclin irréversible ou mutation en profondeur ? Dans un livre dont la riche iconographie donne à voir la multiplicité de ses visages, Jean Sévillia dresse le portrait d’une France catholique (Michel Lafon) héritière de deux mille ans d’histoire.

    Parler du catholicisme aujourd’hui, c’est d’abord poser le constat d’une déchristianisation d’une nature inédite. Comment expliquez-vous un tel effondrement de la foi et des vocations religieuses ?

    « L’homme moderne vit comme si Dieu n’existait pas », disait Jean-Paul II. Les causes de la crise spirituelle de l’Occident sont nombreuses. Pour la France, je retiens surtout la cause sociologique avec le passage, au xixe siècle, d’une civilisation rurale, socle populaire de l’Eglise de France pendant des siècles, à une civilisation urbaine au monde ouvrier très vite déchristianisé. Mais ce constat doit immédiatement être nuancé car, paradoxalement, c’est aujourd’hui dans les villes que l’Eglise se reconstruit. A Paris, à Lille, à Lyon, à Nantes, à Toulouse, un noyau actif de paroisses vivantes redonne au catholicisme français un dynamisme certain tandis qu’il continue de décroître dans les campagnes qui deviennent un véritable désert spirituel. Dans moins de dix ans, certains diocèses n’auront plus que dix prêtres en âge d’être en activité !

    L’Eglise de France n’échappera pas à une réforme profonde de son organisation ecclésiale en tenant compte de ces nouvelles caractéristiques : elle est aujourd’hui moins populaire et plus citadine.

    On entend souvent dire que l’Eglise de France manque de moyens…

    Comparée à son homologue allemande et à ses 5 milliards d’euros de budget, elle paraît en effet presque misérable : 700 millions de budget, c’est peu ! Pour autant, taraudée par des questions existentielles et fragilisée par un nombre de vocations famélique, l’Eglise allemande est confrontée à de graves problèmes que la France semble avoir surmonté. La mobilisation contre le mariage homosexuel, même si elle se voulait aconfessionnelle, l’a suffisamment démontré : chez nous, les catholiques sont présents dans les débats de société.

    Certes, la loi n’a pas été abrogée, mais les Manif pour tous ont soulevé un certain nombre de questions fondamentales qui travaillent désormais en profondeur l’ensemble de la société. Surprise ! à force d’entendre parler du déclin de la pratique religieuse, on avait fini par croire que le catholicisme français était en voie de disparition…

    Ce qui est loin d’être le cas si on en croit votre livre…

    Un certain discours médiatique fait tout ce qu’il peut pour effacer la dimension catholique de notre histoire et de notre culture. Mais malgré une conception de la laïcité particulièrement agressive à son égard, malgré le « fait musulman » qui tend à accaparer les esprits, le substrat chrétien de notre pays est encore solide. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil à la toponymie française… Et si les catholiques se sont longtemps auto-persuadés qu’ils étaient minoritaires, le fait est que 56 % des Français se réclament de cette confession. Il y a aujourd’hui 44 millions de baptisés en France, les deux tiers de la population. J’appelle cela une majorité ! Certes, beaucoup ne mettent jamais les pieds à la messe. Mais avec 3 millions de pratiquants réguliers et 10 millions de pratiquants occasionnels, les catholiques n’en constituent pas moins la première minorité religieuse du pays.

    Peut-on dresser un portrait-robot du catholique français du XXIe siècle ?

    Les travaux sociologiques menés sur le sujet témoignent d’une multiplicité de profils avec toute sorte de nuances intermédiaires. Mis à part le catholique d’éducation, peu ou pas pratiquant et modérément en phase avec le discours de l’Eglise, je pense pour ma part qu’il est possible de distinguer trois grandes catégories de catholiques.

    La première regroupe les pratiquants irréguliers ou occasionnels, attentifs aux propos du pape mais revendiquant un point de vue critique et une liberté de conscience vis-à-vis du magistère. Ceux-là votent parfois à gauche mais plus souvent au centre ou à droite. Deuxième catégorie : une grosse minorité, vieillissante, qui a vécu dans sa jeunesse le concile Vatican II et son espérance d’un printemps de l’Eglise avec passion. Encore très présente dans les paroisses, cette génération décline cependant rapidement. Politiquement, elle penche plutôt à gauche. La troisième catégorie forme un noyau dur de fidèles totalement engagés dans l’Eglise de France. On l’a longtemps qualifiée de « génération Jean-Paul II » mais, en réalité, elle rassemble aujourd’hui au moins trois générations Jean-Paul II et une génération Benoît XVI. Celle-là regarde à droite ou préfère s’abstenir par défiance envers le personnel politique. à cette troisième catégorie peuvent être agrégés des profils aux sensibilités particulières, comme les charismatiques et les traditionnalistes.

    Quelles sont les différences fondamentales entre ces deux dernières catégories de catholiques pratiquants ?

    La première privilégie le rôle des laïcs dans l’Eglise : pour elle compte avant tout l’engagement social des chrétiens – terme qu’elle préfère à celui de catholique – et le dialogue avec le monde. La deuxième aborde sa foi comme une source spirituelle pouvant éventuellement conduire à un engagement temporel à condition qu’il soit en phase avec le discours de l’Eglise et de la papauté. L’une, pénétrée de la notion de « peuple de Dieu », se réclame de « l’enfouissement dans le monde » ; l’autre, pour qui la foi est une réalité prégnante de la vie personnelle, affiche sans complexe son catholicisme.

    Il semble cependant que le temps a apaisé les conflits nés des évolutions internes que l’Eglise a connues depuis la guerre et les années 60. Êtes-vous sûr que cette catégorisation entre « progressistes » et « conservateurs », pour parler simplement, ait encore une consistance ?

    Elle s’observe toujours, surtout dans les paroisses rurales. Mais, vous avez raison, les différences ont tendance à s’estomper. Le drame de la génération Vatican II, c’est que ses enfants ne vont plus à la messe et que ses petits-enfants ne sont même plus baptisés… Elle n’a pas su léguer un héritage. à côté de cette génération vieillissante et sans postérité, la génération dite « Jean-Paul II » a, au contraire, engendré une jeunesse qui tend à réaffirmer sa spécificité catholique, notamment au travers d’une pratique religieuse très importante. Une étude a montré que parmi les 50 000 jeunes français participant aux JMJ de Madrid en 2011, 6 % disaient aller à la messe… tous les jours ! C’est un pourcentage considérable, presque inimaginable même pour un catholique convaincu qui a eu 20 ans dans les années 70… L’avenir semble donc être à une Eglise plus resserrée et plus homogène : certes, des sensibilités différentes y cohabitent, mais de façon beaucoup moins conflictuelle qu’autrefois.

    Vous insistez sur le poids et l’importance des communautés nouvelles. Est-ce particulier à la France ?

    L’expression « communautés nouvelles » n’a plus tellement de sens dès lors que certaines d’entre elles ont plus de quarante ans d’ancienneté. Issues pour la plupart d’entre elles du Renouveau charismatique apparu en France à la fin des années 60, elles ont su enrichir l’Eglise de leur spiritualité propre. Un chiffre pour dire leur poids : depuis 1975, un million de personnes sont passées par les sessions de formation organisées par l’Emmanuel à Paray-le-Monial ! Toutes ces communautés ont aujourd’hui une présence internationale mais c’est en France qu’elles sont nées.

    Et les traditionalistes ?

    Le mouvement traditionaliste est également né en France où son influence est réelle. Il n’y a pas d’équivalent dans d’autres pays du pèlerinage de Chartres – relancé en 1983 par l’association traditionaliste Notre-Dame de Chrétienté – dont on sait qu’un tiers seulement des pèlerins sont des fidèles du rite extraordinaire. De ce point de vue, le monde de la tradition est missionnaire. Sa force vient de son réseau de familles, jeunes et nombreuses.

    Finalement, le tableau que vous dressez est globalement positif et invite à l’optimisme…

    Au Vatican, on observe ce qui se passe en France avec beaucoup d’attention. Et pas seulement en raison du succès des mobilisations de 2013 pour la défense de la famille. Que ce soit dans les communautés charismatiques, chez les fidèles de la forme extraordinaire et, plus généralement, dans la jeunesse des paroisses nourrie par la prière et qui a soif de formation, beaucoup de signes d’un renouveau du catholicisme occidental proviennent de notre pays. De jeunes prêtres charismatiques et de jeunes intellectuels originaux font entendre leur voix. Et nous avons des familles nombreuses – phénomène spécifiquement français – pourvoyeuses de vocations. Bref, il y a là comme un petit miracle français : dans la grave et profonde crise spirituelle traversée par l’Occident, notre patrie reste fidèle à sa vocation de « fille aînée de l’Eglise ». 

    La France catholique, de Jean Sévillia, Michel Lafon, 237 p., 29,95 euros.

    Rédacteur en chef de Politique magazine

  • LIVRES • Belgique : C’est agité près de chez vous

     

    Jérôme Leroy : Jean-Baptiste Baronian dévoile l’exubérance de nos voisins

    On se sera aperçu que nous aimons les textes et l'écriture de Jérôme Leroy. Il s'agit ici, à travers l'ouvrage de Jean-Baptiste Baronian, qui vient de paraître, de la Belgique, de sa littérature, de sa culture, de ses particularités, notamment linguistiques, de son histoire, et des petites nations préférées aux empires... Nous ne sommes pas concernés : La France n'est pas un gros empire. Et nos amis lecteurs belges nous diront peut-être ce qu'ils en pensent ... LFAR 

    Jerome_Leroy0.jpgLongtemps, pour moi, la Belgique d’abord a été une manière de province mentale, d’état d’esprit qui m’a révélé une certaine aptitude à la rêverie et même à la mélancolie. Cela a sans doute commencé avec les vignettes de certains albums d’Hergé, celles où justement  on reconnaît des rues de villes belges. Elles ressemblent à des rues françaises et pourtant ce ne sont pas tout à fait les mêmes : l’uniforme des policiers, la couleur des boites postales, l’allure des magasins de quartiers. Ce décalage subtil me plongeait dans un ravissement légèrement anxieux. J’étais chez moi et j’étais ailleurs aussi, en même temps. J’étais belge sans le savoir, déjà.

    Il y a eu ensuite, je crois, ce goût pour le symbolisme fin de siècle, cette fascination pour les toiles et les dessins de Fernand Khnopff que j’aimais autant, dans son genre, qu’Odilon Redon ou Gustave Moreau et quand j’ai découvert Bruges – faites-le si possible à l’automne, le matin, sans touristes – avec comme guide Bruges-la-morte de Georges Rodenbach, illustré par ce même Khnopff, j’ai compris que j’étais enfin arrivé dans un de ces endroits où, de manière assez nervalienne, le rêve infuse la réalité à moins que ce ne soit le contraire.

    Bien des années plus tard, en 1992, je découvrais cette même sensation, mais de façon beaucoup plus brutale, dans une salle du Quartier Latin, avec un film belge appelé à devenir culte, C’est arrivé près de chez vous, réalisé et joué par Benoît Pooelvorde, alors inconnu, Remy Belvaux et  André Bonzel. Ce film, on s’en souviendra peut-être, parodiait avec une férocité rare, où le rire le disputait sans cesse à la nausée, la télé-réalité, alors balbutiante, sur un mode grotesque et horrifique, en imaginant une équipe de tournage qui suivait, caméra à l’épaule, un tueur professionnel qui avait des avis sur tout. Là aussi, comme chez Hergé, émergeait cette impression, bien résumée par le titre, d’un « chez vous » légèrement diffracté où l’on croit faussement pourvoir s’attacher à une réalité qui n’est déjà plus tout à fait la nôtre. Certains belgicismes contribuent à créer ce subtil décalage avec la réalité – c’est bien du Français mais on ne le comprend pas : qui pourrait traduire, par exemple, « Derrière l’aubette partait une drève » ?

    On trouvera dans Le dictionnaire amoureux de la Belgique de Jean-Baptiste Baronian des explications de ces belgicismes et des entrées pour Khnopff, Bruges, Rodenbach. On trouvera aussi des entrées pour Hergé et C’est arrivé près de chez vous. C’est que notre académicien de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique n’hésite pas à convoquer les mauvais genres ou ceux jugés mineurs pour tenter d’élucider cet étrange sentiment, contradictoire, de proximité et d’exotisme qui saisit le Français quand on lui parle de la Belgique, ou même le Belge, « en étrange pays dans son pays lui-même ». Baronian est d’ailleurs un spécialiste reconnu de la littérature fantastique qui fait l’objet de plusieurs entrées dans son Dictionnaire. Il fut aussi, dans les années 70, le patron de la Bibliothèque Marabout avec sa collection Fantastique. Celle-ci a fait découvrir à des générations de lecteurs (par exemple, Emmanuel Carrère , que j’ai entendu reconnaître sa dette à l’égard de Baronian au cours d’une conversation à la Foire du livre de Bruxelles) cette fameuse « école belge de l’étrange » qui a inventé entre la fin du XIXe siècle et les années soixante du XXe le réalisme magique d’un Franz Hellens, l’épouvante d’un Jean Ray sans oublier les danses macabres de Michel de Ghelderode, par ailleurs un des seuls grands noms de la scène contemporaine ayant vraiment retenu les leçons d’Artaud sur « le théâtre de la cruauté ».

    À propos de Ghelderode et de quelques autres écrivains et artistes comme, en peinture, Ensor, Magritte ou Dotremont, Baronian nous rappelle que la Belgique est la mère de beaucoup d’avant-gardes. Ainsi en va-t-il pour le symbolisme, l’art nouveau, le surréalisme et même le situationnisme à travers le groupe Cobra et la figure de Raoul Vaneigem.

    Une hypothèse pour expliquer cette étrange fécondité ? Depuis sa naissance en 1830, la Belgique est un pays au cœur double, qui vit sur une contradiction linguistique fondatrice, et chacun sait que les contradictions, qui sont les moteurs de l’Histoire, sont aussi ceux de l’imaginaire. N’oublions pas ainsi que la Belgique nous a donné deux géants du XXe siècle, devenus des figures universelles : Tintin et Maigret, le reporter et le commissaire. Sans la Belgique, d’ailleurs, la littérature française ne serait pas grand-chose. Le nombre d’écrivains français qui sont belges dépasse l’entendement : de Simenon à Michaux, en passant Verhaeren, Maeterlinck, Norge ou le trop méconnu Scutenaire dont Mes Inscriptions sont un régal d’insolence et d’esprit. Baronian a été son ami, il lui consacre une entrée toute en délicatesse mais cela ne l’empêche pas de citer un aphorisme des plus représentatifs du bonhomme : « Le surdoué, on lui montre un poil, il voit le pubis. »

    Le propre d’un Dictionnaire amoureux comme celui de Jean-Baptiste Baronian est la subjectivité, celle de l’auteur comme celle du lecteur qui peut entamer le voyage par la route qui lui plaît. Très complet sur la littérature et la peinture, Baronian ne l’est pas moins sur l’Histoire et il rappelle, par exemple, à l’article « Violence » que l’image du Belge débonnaire et rieur en prend un coup au vu des soixante-dix dernières années. Et d’énumérer la Question royale, quand Léopold III, roi collabo, dut céder la place à son fils Baudouin après des manifestations meurtrières et quasi-insurrectionnelles ; la querelle linguistique et les affrontements violents qui en découlent dans les Fourons ; les « tueurs fous du Brabant », pratiquant des massacres aveugles dans les supermarchés pour provoquer une réaction autoritaire du pouvoir, sur le modèle de la stratégie de la tension en Italie ; l’assassinat de députés socialistes qui en savaient trop dans des affaires de corruption ; sans compter l’affaire Dutroux, moment d’horreur pure, qui révéla de surcroît de graves dysfonctionnements de la gendarmerie et de l’appareil d’état.

    Mais, à la lecture de ce Dictionnaire, on se réjouit que la Belgique existe encore. Elle est en effet, plus que tout autre pays européen, soumise à ces forces contradictoires, à la fois centrifuges et centripètes, qui encouragent la division, la sécession et dans le même temps poussent à se fondre toujours un peu plus dans une construction supranationale. On se rappelle alors que si l’on est, comme Baronian, amoureux de la Belgique, c’est parce qu’elle est précisément une petite nation, celles dont André Suarès disait dans ses Vues sur l’Europe : «  Je dirai la grandeur des petites nations. Elles seules sont à l’échelle de l’homme. Les gros empires ne sont qu’à l’échelle de l’espèce. Les petites nations ont créé la cité, la morale et l’individu. Les gros empires n’en ont même pas conçu la loi nécessaire ni la dignité. Aux empires, la quantité ; la qualité aux petites nations. »

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    Jean-Baptiste Baronian, Dictionnaire amoureux de la Belgique, Plon, 2015. 25€

    Jérôme Leroy 

    Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.

  • BD • Une BD brillante

     

    par Anne Bernet

     

    anne bernet.pngAbder Phénix, voleur minable, ne croit en rien, sinon en l’immortalité que confère la gloire. Il rêve du gros coup qui ferait passer son nom à la postérité.

    Aussi, lorsque arrivé le premier sur le lieu du massacre de voyageurs, il comprend que la jeune femme assassinée n’est autre que la nouvelle grande prêtresse de l’Artémision, la tentation est trop forte : le temple d’Éphèse est réputé abrité le plus prodigieux trésor du monde, et l’occasion trop belle d’y avoir accès. Il suffit de faire passer la charmante et peu respectable Daphné, l’une de ses anciennes complices, pour la chaste élue de la Déesse… Si l’usurpation d’identité sacrilège réussit, Abder ne va pas tarder à comprendre qu’il se trame, dans les souterrains du temple, d’étranges affaires bien éloignées de celles de la religion…

    Les Sept Merveilles est l’une des bonnes séries de bandes dessinées historiques en cours de publication. Après la statue de Zeus à Olympie, les jardins suspendus de Babylone et le phare d’Alexandrie, Luca Blengino poursuit sa promenade, solidement documentée et illustrée par les meilleurs talents de la bédé italienne, une référence en fait d’esthétisme et de reconstitution historique, en proposant sa propre version, décapante, de l’incendie qui détruisit l’Artémision en 356 avant notre ère. Brillant.

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    Les Sept Merveilles, le temple d’Artémis, de Luca Blengino, Antonio Sarchione, éditions Delcourt, 54 p., 14,50 euros.