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LAFAUTEAROUSSEAU - Page 1504

  • Natacha Polony : Tirer les leçons de 2015… ou pas

     

    « Après les carnages, après l'horreur, l'année qui se referme nous a fait basculer dans un monde nouveau », qui doit pousser la France à « reprendre en main son destin », écrit Natacha Polony dans une chronique du Figaro, parue le jour de Noël. Sans-doute faudra-t-il aller plus loin qu'elle ne le fait dans la remise en cause des idées, des pratiques et des hommes qui nous ont conduits à la situation présente qu'elle dénonce avec le talent que l'on sait. Il n'empêche : les lignes bougent et, selon toute apparence, leur mouvement ne fait que commencer.  LFAR

    Bien sûr, il y a les familles rassemblées, les enfants ravis, les festins, même modestes. Une fin d'année comme les autres, avec ses images de père Noël et son ambiance de plus en plus écœurante de grande fête de la consommation. À peine a-t-on ressenti les tensions de plus en plus grandes autour de ces crèches que certains maires veulent absolument au cœur de leur mairie comme un nouvel argument électoral. Mais cette fin d'année 2015 a comme un goût étrange.

    L'an dernier, à la même période, les chaînes d'information continue ressassaient en boucle des commentaires vides sur trois fous armés de couteaux ou d'une voiture bélier qui avaient tenté de semer la panique au cri de « Allah Akbar ! ». Et l'on nous expliquait que, bien entendu, ces hommes étaient des cas isolés de déséquilibre psychiatrique. On brassait un discours officiel lénifiant à souhait, destiné à ne fâcher personne, et surtout pas les autoproclamés représentants de la générosité et de « l'ouverture à l'autre ». L'an dernier, la France poursuivait tranquillement son invisible transformation. Le résultat de trente ans de déni. Trente ans à décréter que la France n'avait pas à se perpétuer, que l'idée même d'une identité française était fasciste, que nous devrions expier jusqu'à la dissolution ces « heures les plus sombres…». Aux oubliettes, l'humanisme, les Lumières… La France n'était comptable que du pire, de ce racisme latent qui justifiait la frustration et la rancœur que l'on instillait au cœur de ses enfants nouveaux venus.

    Après les carnages, après l'horreur, l'année qui se referme nous a fait basculer dans un monde nouveau.Un monde dans lequel chacun de nous doit avoir au fond de lui cette infime inquiétude, ce sentiment diffus qu'il peut « arriver quelque chose » à ceux qu'il aime. Un monde dans lequel nous ne serons plus en paix.

    Oh, certes, elle va résister en nous, cette paix. Il y a si longtemps qu'elle s'est installée qu'elle va tenter de nous faire oublier novembre comme elle nous a fait oublier janvier. Mieux, on se paye le luxe d'un pas de deux sur les promesses solennelles lancées par le chef de l'État au lendemain du 13 novembre. Ces annonces censées rassurer les Français, leur montrer qu'enfin on allait agir, ces annonces sont donc contredites par rien de moins que le secrétaire général du Parti socialiste, et, mieux encore, la ministre de la Justice elle-même. « Pas une idée de gauche », la déchéance de nationalité, pourtant mise en place il y a soixante-dix-sept ans par Édouard Daladier en 1938. La pantalonnade d'une ministre de la Justice décrédibilisant un peu plus encore la politique de son propre gouvernement achève de démontrer que cette gauche-là a une conception bien étrange des valeurs autrefois portées par Jaurès ou Blum. Elle nous prouve surtout que les forces qui nous ont conduits au bord de l'abîme sont toujours à l'œuvre.

    Cette déchéance de nationalité serait inutile parce qu'elle ne concerne qu'un nombre infime de cas ? C'était le même argument pour expliquer que 2000 femmes portant le voile intégral, ça ne vaut pas une loi. Et quelques jeunes filles (même poussées par des associations pilotées de l'étranger) qui refusaient d'ôter leur foulard pour entrer au collège, on n'allait pas non plus en faire toute une histoire. Et quelques imams prêchant l'enfermement des femmes ou l'enfer pour les mécréants (sur un mode quiétiste, donc totalement inoffensif, comme persistent à le prétendre certains sociologues), mais voyons, c'est anecdotique ! Tout ce qui remettait en cause la laïcité et le pacte social en découlant, tout ce qui attaquait l'intégration et la possibilité pour des jeunes gens aux origines diverses de se sentir français, tout ce qui aurait pu atténuer les effets délétères d'une crise brutale et d'un chômage ravageur, tout cela a été cultivé avec la plus parfaite bonne conscience. Défendre la France contre des assaillants extérieurs qui instrumentalisent nos faiblesses, punir, même symboliquement, ceux qui renient notre pays et clament leur haine de nous, ce n'est « pas une idée de gauche ». Et si l'on daigne maintenant parler de « patrie », c'est en insistant bien : rien à voir avec celle qu'évoquaient les Cassandre qui ont eu le tort d'avoir raison trop tôt…

    Et cette année 2015 se referme sur des atermoiements qui nous laissent craindre que tout cela n'ait pas suffi. Elle nous enseigne pourtant qu'il est plus que temps de reprendre en main notre destin et de comprendre que dans un monde devenu violent nous devrons notre survie non pas seulement à la qualité de nos services de renseignements ou au déploiement de nos armées (même si leur préservation eût pu intervenir un peu plus tôt) mais à notre capacité à nous repenser comme une nation, une collectivité appuyant son avenir sur un passé et des valeurs transmis à tous, qui donneraient sens à l'idée de nationalité française, comme à l'idée de sa perte. 

    Natacha Polony

     

  • Patrimoine • Lancement du projet de reconstruction de la flèche de Saint-Denis

     

    Les projets de reconstruction sont nombreux. Peu se réalisent, beaucoup tardent à le faire. Tous sont intéressants, méritent d'être signalés et témoignent, en tout cas, de l'attachement persistant de la société française à son patrimoine historique. LFAR 

    En cette année 2015, la façade de la basilique vient d'être rénovée : elle a retrouvé la blancheur de ses pierres, ses inscriptions dorées et sa très originale horloge dont les aiguilles sont en forme de serpent. Mais, depuis un siècle et demi, il manque à la basilique sa tour nord, surmontée d'une flèche (croquis ci dessous).

    st denis 2.jpgJusqu'au XIXème siècle, les deux éléments culminaient à 86 mètres au-dessus du parvis. Frappés par la foudre puis déstabilisés par une tornade, ils avaient dû être démontés en 1846. Une intervention - pense-t-on à l'époque - provisoire... 

    Fin 2015, un Comité de parrainage du projet de reconstruction de la tour nord et de sa flèche, présidé par l'académicien Erik Orsenna se crée, appuyé par la mairie : "Cette basilique fait partie de notre histoire. Elle est inscrite dans les gènes d'une ville qui s'est édifiée autour d'elle. C'est l'une de nos grandes fiertés, et il est temps de lui redonner le visage qu'elle a eu pendant des siècles." (Didier Paillard, le maire PCF de Saint-Denis)  

    L'idée portée par la municipalité et les parrains du projet est d'installer un chantier médiéval en pleine ville, le visiteur étant ainsi plongé dans les techniques de l'époque, tout à côté de la cathédrale, découvrant comment sont façonnés les éléments de la tour, observant le travail des artisans (tailleurs de pierre, forgerons, charpentiers...), découvrant les méthodes de transport de l'époque, exactement comme ce la se passe au château de Guédelon, édifice construit aujourd'hui selon les méthodes utilisées au Moyen-Âge... 

    st denis 3.jpg

     

     

    L’horloge de la Basilique est une superbe rosace de 4,50 mètres de diamètre, restituée avec ses très curieuses - et très originales... - aiguilles en forme de serpent...

  • BD • Quelques BD pour les vacances de Noël

     

    par CS

     

    Le Papyrus de César

    Difficile de passer à côté de la dernière production des éditions Albert René et des célébrissimes aventures d’Astérix et Obélix. Pour cette 36e aventure des irréductibles gaulois, les dignes héritiers de René Goscinny et Albert Uderzo nous emmènent à Rome, dans le Palais de César. Promoplus, le conseiller en communication de l’empereur romain sous les traits duquel se cache Jacques Séguéla, lui promet un « grand succès » avec son ouvrage sur la Guerre des Gaules. Seulement, ce manuscrit recèle un défaut : le chapitre XXIV intitulé « Revers subis face aux irréductibles gaulois d’Armorique ». Le plus simple serait de le supprimer suggère Promoplus quand César s’insurge : « Tu suggères à César de travestir la vérité ? ».
    Finalement César accepte de supprimer cette « tache sur son curriculum vitae ». Mais l’un des scribes de César, Bigdatha parvient à faire passer ce chapitre manquant à Doublepolémix, avatar de Julian Assange que les auteurs auraient pu (et dû ?) appeler Wikilix…

    Deux ans après Astérix chez les Pictes, qui a servi de transition entre les albums d’Uderzo en solo et la mise en place du duo Ferri-Conrad, on retrouve l’esprit des premiers albums avec ses caricatures, ses jeux de mots, quelques expressions latines, et son esprit potache. Le sujet assez grave puisqu’il s’agit du pouvoir de l’information est traité avec autant de légèreté que de finesse. Et si le scénario manque parfois d’originalité et peut pécher par classicisme, les dessins de Conrad restent dynamiques, virevoltants et totalement fidèles à l’esprit de la série. D’ailleurs, la meilleure critique est venue d’Albert Uderzo, en personne, qui a dit aux auteurs : « Bravo les p’tits gars ! ». Inutile de dire que cet album aura encore le succès qu’il mérite. Tiré à 4,2 millions d’exemplaires dont deux millions pour la France, Le Papyrus de César devrait vite s’imposer comme la meilleure vente de l’année.

    Le Papyrus de César – Jean-Yves Ferri et Didier Conrad – Editions Albert René – 48 pages – 9,95 euros.

     

    La Guerre des Amants

    Guerre-des-Amants-T3.jpgBerlin. Vendredi 13 juillet 1945 en zone américaine. Des soldats américains parmi lesquels le Capitaine Walter entrent dans une cave et y découvrent des civils allemands qui tentent de survivre dans le chaos de cette fin de guerre. Au milieu des femmes et des enfants, les soldats qui font partie du Monument, fine arts and archive program (MFAA) aussi appelé « Monument Men », découvrent un superbe Fragonard. Quelques semaines plus tard, le capitaine Walter, accompagné de son chauffeur, Harry, se retrouvent devant la porte de Brandebourg et s’engagent dans la zone soviétique. Des losanges bleus, des points rouges guident les deux hommes à travers les ruines de la capitale allemande. Ils recherchent naturellement toutes les œuvres qu’Hitler a pillées au cours de ses conquêtes en vue de créer un musée à sa gloire, mais surtout, ils veulent mettre la main sur le Graal des peintures : le retable de l’Agneau Mystique de Van Eyck. Un retable du XVe s. que les Russes convoitent également. Mais le capitaine Walter ignore que c’est Natalia, son ancien amour russe croisée dans l’école d’art du Bauhaus de Weimar (http://www.politiquemagazine.fr/trois_nouveautes_chez_glenat/), qui dirige la « Mission trophée » pour le compte de Staline.

    Avec Jaune Berlin, Jack Manini et Olivier Mangin signent la fin de cette belle trilogie aussi intéressant que palpitante. En fin d’ouvrage, l’historienne Emmanuelle Polack revient, dans un cahier de huit pages, sur la véritable histoire des Monuments men, entre protection des collections publiques et spoliation des collections privées.

    La guerre des amants – Tome 3 – Jaune Berlin – Jack Manini et Olivier Mangin – Editions Glénat – 56 pages – 14,50 euros.

     

    Saladin, conquérant de Jérusalem

    Saladin.jpgL’histoire que nous content Mathieu Mariolle, Julien Loiseau et Roberto Neli commence à la victoire de Saladin aux cornes de Hattin en 1187 contre les chevaliers francs de Guy de Lusignan juste avant la troisième Croisade (1189-1192). Ces derniers sont presque tous capturés et ne doivent la vie qu’en échange d’une rançon (ce que ne raconte malheureusement pas l’ouvrage). Le décor est néanmoins planté. La mort a toujours chevauché aux côtés de Saladin, dès son enfance. Flashback en 1148, à Damas. Saladin Al-Nasir a dix ans. Nous sommes en pleine deuxième Croisade. Son frère aîné vient de mourir dans son djihad pour défendre l’actuelle capitale syrienne. Saladin dont le prénom signifie « rectitude de la foi » annonce à son père qu’il prend la suite avec l’émir d’Alep, Nur Al-Din. Pour ce faire, les arabes doivent s’unifier. Ces alliances commencent à se nouer quatre ans plus tard quand Saladin, accompagné de son oncle Shirkûh vont rencontrer Nur Al-Din. La reconquête des lieux saints, en priorité Jérusalem, est en marche…

    Le nom de Saladin qui fonde la dynastie ayyoubide qui elle-même va régner pendant presque deux cents ans de la Tunisie aux portes de la Turquie, reste toujours associé à celui de Richard Cœur de Lion, avec qui il finit par négocier. . Il pemet que Jérusalem reste sous suzeraineté islamique avec l’autorisation pour les Francs de s’y rendre en pèlerinage. Son prestigieux nom reste aussi associé à la prise de Jérusalem en 1187 aux mains des Chrétiens depuis 1099. Et quand il meurt en 1193 à l’âge de 55 ans, Saladin dont le nom An-Nasir signifie « celui qui reçoit la victoire de Dieu », Jérusalem restera longtemps entre les mains musulmanes.

    Les auteurs parviennent à retranscrire avec justesse l’atmosphère de l’époque et à reproduire les batailles qui ont émaillé la vie d’une des figures les plus emblématiques du monde arabe.

    Saladin – R. Meli, M. Mariolle et J. Loiseau – Editions Glénat – 56 pages – 14,50 euros.

     

    Catherine de Médicis, reine imprévue

    Catherine-de-Médicis.jpgReine de France pendant douze ans, régente du Royaume pendant plus de deux ans et demi, Catherine de Médicis a marqué son époque, celle de la Renaissance, sans doute l’une des plus riches de l’Histoire de France. Titrée Duchesse d’Urbino à la mort de ses parents, elle est beau parti financier puisqu’elle hérite de la richesse de son père, Laurent de Médicis et de sa mère, Madeleine de la Tour d’Auvergne qui lui laisse de nombreuses terres. Mariée à Henri d’Orléans (futur Henri II) à qui elle donne dix enfants en quinze ans, elle devient une bru très appréciée de François 1er qui voit en elle une femme de caractère sur qui le Dauphin peut et pourra s’appuyer quand il deviendra roi. Mais après douze ans de règne, celui-ci meurt dans un tournoi d’un malheureux coup de lance.. Commencent pour elle, deux ères : l’un où son rôle, ses conseils, son influence seront déterminants ; l’autre où le tragique

    A travers cette bande-dessinée, les auteurs veulent tordre le cou à la légende noire qui entoure ce personnage emblématique. Ils démontrent bien comment Catherine de Médicis, qui n’était, de par sa condition de femme, destinée à devenir qu’un pion entre les hommes de pouvoirs (papes, rois, …) a su admirablement tirer son épingle du jeu. Car rien ne prédestinait cette Italienne à régner en France. Pourtant, dans cette période troublée des Guerres de Religion, elle a mis toute son énergie pour apaiser les tensions, chercher le dialogue, tout en tenant ses positions de fervente catholique. Elle ne peut éviter le massacre de la Saint-Barthélemy. Malgré un scénario dense et complexe, le lecteur parvient à se forger une image réelle de cette reine totalement atypique et très politique pour l’époque. Le cahier final permet d’en savoir plus sur ce personnage encore énigmatique pour nombre de Français.

    Catherine de Médicis – M. Gabella, R. Villard, P. Martinello – Editions Glénat – 56 pages – 14,50 euros

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • Justice & Société • Philippe Bilger : « La sécurité est enfin une priorité »

     

    par Grégoire Arnould

    Ancien avocat général, Philippe Bilger est aujourd’hui magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole. Pour lui, les événements tragiques du 13 novembre ont enfin sonné le réveil du gouvernement socialiste sur les questions de sécurité.

    La loi sur le Renseignement a été présentée comme une mesure-phare contre le terrorisme. Manuel Valls a même dit, en juillet, que « la France a désormais un cadre sécurisé contre le terrorisme et respectueux des libertés ». Est-ce un mauvais procès de dire qu’elle n’a pas permis d’empêcher les événements du 13 novembre ?  
    Même le pays le mieux armé ne peut échapper aux réalités criminelles. En ce domaine, le risque zéro est une vue de l’esprit. Dans la mesure où le pouvoir socialiste a découvert la nécessité de la lutte contre le terrorisme et qu’il lui a apporté les moyens nécessaires, je ne peux qu’approuver cette loi sur le renseignement même s’il aurait été naïf d’imaginer qu’elle allait tout régler. Depuis l’affaire Merah, si on avait bien voulu examiner le détail de tous les dysfonctionnements liés à la prévention contre le terrorisme, on aurait pu constater des carences dans la surveillance et une négligence dans le contrôle. Si l’on avait été exemplaire sur le plan des pratiques, une telle loi n’aurait peut-être pas été nécessaire.

    L’arsenal juridique actuel vous semble-t-il satisfaisant pour lutter efficacement contre le terrorisme ?
    Je ne vais pas critiquer une juridiction qui se montre de plus en plus vigilante. La voie législative est empruntée pour lutter contre le terrorisme. Cela dit, cette démarche n’a de sens que si les comportements des différentes administrations chargés de la mettre en œuvre sont exemplaires. Les services de renseignements eux-mêmes ont besoin d’une compétence et d’une rectitude qui leur permettront de donner toute sa vigueur à l’outil législatif.

    L’accent n’aurait-il pas dû être mis sur la correction des défaillances des services de renseignement ?
    Toutes les mesures ne peuvent pas être prises en même temps. Mais il faut désormais être exigeant : à partir du moment où l’on donne les moyens de travailler aux différents services, on ne doit plus tolérer les « imperceptions » et les négligences coupables. Il me semble que, depuis le 13 novembre, l’appareil d’état a pris conscience de la gravité de la situation : par exemple, depuis deux mois, 1 000 personnes jugées indésirables n’ont pas pu rentrer en France. Le processus pour atteindre un niveau de sécurité efficient se met en œuvre.

    Le garde des sceaux, Christiane Taubira, ne devrait-il pas être au front en raison des derniers événements ?
    Christiane Taubira est complètement en décalage par rapport à cette prise de conscience socialiste de la nécessité d’une politique sécuritaire renforcée. Je n’aime pas le terme « sécuritaire » mais force est de constater que la priorité est enfin donnée à l’exigence de sûreté contre le terrorisme. Il faut espérer que, dans un futur proche, on applique ces règles de rigueur, de cohérence et de sévérité à la criminalité et à la délinquance ordinaire. Ce qui serait suivre une action exactement inverse à celle menée par Christiane Taubira depuis qu’elle est au ministère. D’autant plus que la porosité entre le crime et le terrorisme n’est plus à démontrer : voyez les parcours personnels des assassins du 13 novembre.

    Pour vous, l’action de François Hollande et du gouvernement semblent aller dans le bon sens…
    L’attitude du président de la République sur la révision constitutionnelle est pertinente. à mon avis, il est suffisamment lucide pour comprendre qu’on ne peut plus se permettre de créer des niveaux supplémentaires de lutte contre le terrorisme à chaque fois que notre pays est attaqué. à un moment donné, le seuil maximum législatif sera atteint. En modifiant la Constitution, notamment par la prolongation de l’état d’urgence, on se donne les moyens de lutter de manière décisive contre le terrorisme, quel que soit le visage qu’il présentera à l’avenir. Cela coupe court au risque d’une escalade législative.

    Autre mesure-phare proposée par le gouvernement : la déchéance de nationalité. Elle ne fait pas l’unanimité chez les socialistes…
    Imaginez la portée, pour cette gauche dogmatique, de telles décisions ! Après avoir découvert le réalisme économique et financier, François Hollande découvre l’exigence de sécurité avec des mesures que la droite n’aurait jamais osé mettre en œuvre… La gauche sectaire, bien sûr, s’en indigne. De fait, le locataire de l’élysée illustre le zèle des nouveaux convertis. Quand ils découvrent la réalité, ces derniers basculent dans une forme de radicalité avec un élan d’une vigueur stupéfiante pour les gens « raisonnables ». Pour ma part, je m’en réjouis !

    En tant qu’ancien magistrat, quelle est votre opinion sur la campagne menée pour le retour du juge Marc Trévidic au pôle antiterroriste ?
    Marc Trévidic est un juge remarquable, qui a accompli un travail exceptionnel à l’antiterrorisme. Il est d’ailleurs le seul magistrat à être intervenu dans les médias depuis l’affaire Merah. C’est logique. Ceux qui sont actuellement en poste à l’antiterrorisme doivent respecter un devoir de réserve. Je regrette néanmoins l’impression qui est donnée d’une connivence entre les médias et le juge Trévidic. Comme si les 9, et bientôt 10, juges du pôle parisien ne faisaient rien de leurs journées et que le départ d’un homme, aussi remarquable soit-il, mettait à mal tout le système. On ne peut pas laisser penser de telles choses. Marc Trévidic doit tenir compte du fait qu’il faut renvoyer la balle à ceux qui sont désormais à sa place.

    N’est-il pas regrettable pourtant qu’un magistrat compétent ne puisse rester en place plus de dix ans ?
    Peut-être qu’un jour ce principe sera révoqué. Il n’en reste pas moins qu’il est gênant, comme l’ont fait les députés Les Républicains, de demander la révision d’une loi pour un seul homme alors que les mêmes pourfendaient, à juste titre, les lois de circonstances votées contre Hersant ou pour Tapie… Cette volonté de recourir à un homme providentiel traduit l’angoisse qui a saisi la population française. Cependant, pour faire face à la réalité judiciaire quotidienne de l’antiterrorisme, il est indispensable de mobiliser les magistrats en place et de ne pas tenir pour rien ce qu’ils réalisent. Souvenez-vous de la campagne de promotion autour d’Eva Joly, alors juge d’instruction. On s’est aperçu à quel point elle était catastrophique. Certes, les circonstances sont différentes mais le processus est identique. 

     

  • Culture • Un Prince artiste

     

    par Hilaire de Crémiers

     

    157e493dd19d0d2ee135205f081739f9_Hilaire.jpgLe Prince Henri d’Orléans – c’est sa signature d’artiste – expose à l’atelier Visconti de Xavier et Sigrid de Montrond des œuvres encres de Chine sur papier qui ne peuvent manquer d’émouvoir.

    La finesse du trait comme l’application sobre et ouatée y relève les sujets d’une poésie tendre et rêveuse. Il s’en dégage une atmosphère de nostalgie et de mélancolie qui attarde le regard sur quelques moments de contemplation fugitive où la création s’essaye à délivrer, dans l’éphémère instant, un message d’éternité. Des oiseaux migrateurs, des colibris alignés, un aigle qui prend son essor, un vol de vautour, un ballet de cygnes, une buse pensive, des colombes qui s’aiment d’amour tendre, un faucon attentif jettent l’émoi dans l’âme en attente d’une révélation mystérieuse. L’horizon est lointain, le pont ne relie que des songes, le château se perd dans le ciel noir, la tempête soulève la mer, abat les arbres et terrorise la terre, la barque ne peut être que solitaire ou se fondre dans les flots déchaînés, les chevaux hennissants sont parqués, Moscou brûle mais peu importe, car la Russie est éternelle. Reste à sortir des sous-bois et des bosquets d’yeuses, des fleurs du mal et du pays des insectes ravageurs, pour tenter de passer au-delà du voile de l’horizon.

    C’est tout en retenue que s’exprime une sensibilité trop exquise pour accepter la seule vanité des êtres. Cette exposition donne à saisir quelque esquisse intime des méditations d’une âme aussi princière que doucement et fortement humaine.

    Exposition jusqu’au 16 janvier des œuvres encres de Chine sur papier du Comte de Paris, Atelier Visconti, 5 rue Visconti – 75006 Paris. Ouvert du mardi au samedi de 14h à 19h. Téléphones : 01 43 25 44 48 – 06 11 16 98 89.

  • Joyeux Noël !

     

    Noël à Saint-Pierre de Rome

  • La France entre guerre et fête

    Grand magasin parisien illuminé pour les fêtes de Noël © Copyright : DR

     

    par Péroncel-Hugoz

    Toujours fidèle à l'adage « Qui aime bien châtie bien ! », Peroncel-Hugoz, de retour en France, n'hésite pas à donner un coup de dent à ce qui lui paraît clocher en son pays …

     

    peroncel-hugoz 2.jpg« Joyeuses fêtes ! », « Les marrons glacés sont arrivés », « Grand choix de fruits confits », « Venez réveillonner ! ». Le gouvernement socialiste français a fait exception à sa propre loi sur l'état d'urgence, malgré les risques d'agression, pour permettre les très mercantiles « marchés de Noël ! ».

    En néon dans le ciel hivernal ou en écriteau dans les vitrines illuminées, la France urbaine, rurbaine ou rurale, affiche partout, comme d'habitude, les slogans festifs et commerciaux préludant à Noël, le 25 décembre, et à la Saint-Sylvestre, le 31 décembre. Deux grande dates chrétiennes plus que millénaires mais qui, ces dernières décennies, ont peu à peu perdu presque tout caractère religieux pour devenir, sauf exception, une fête de la bouffe, des cadeaux (on en fait même maintenant aux animaux domestiques!) et des nuits blanches avec musiques afro-américaines.

    Cependant la même France se dit et se veut « en guerre » ; les dirigeants socialistes et autres, du chef de l’État au dernier sous-préfet, qui au grand dam de l'écrivain algérien francophone anti-islamiste Boualem Sansal, n'osaient même pas, malgré les attentats parisiens de janvier 2015, parler de « djihadisme » ou d' « islamisme », usent à présent d'un langage carrément belliqueux, et cela depuis les plus gros attentats parisiens de novembre 2015. En avant les bombardements sur les installations de Daech en Syrie et Irak ! Sans aucun résultat tangible pour le moment, ce que constatent nombre de Français inquiets de voir leur pays, endetté et en partie désarmé (les crédits militaires n'ont cessé de diminuer qu'en 2015), guerroyer dans ce Levant où, comme aurait dit le général de Gaulle « la France n'a plus d'intérêts nationaux directs à défendre ». Les actions militaires françaises au Mali et en Centrafrique paraissent plus légitimes à l'opinion publique car, en Afrique noire, Paris a des ressortissants et des intérêts à protéger. Dix jeunes soldats français sont d'ailleurs tombés déjà, à ce jour, au Mali et cela n'a fait que de très modestes entrefilets ou annonces dans les médias français, comme si on voulait ne pas trop voir ces drames.

    Un peu de retenue et de pudeur

    Malgré les deuils, il ne s'agit évidemment pas d’empêcher les familles françaises de dresser chez elles un sapin de Noël et de festoyer ensemble mais, quitte à faire un peu grincer les dents de traiteurs et confiseurs toujours avides de plus de recettes, un peu de discrétion, un peu de pudeur, de retenue dans les illuminations et les publicités ne seraient pas déplacées dans un pays, situé entre fête et guerre, et où, qu'on le veuille ou non, vient de commencer un long et incertain combat contre le terrorisme djihadiste. Un fléau qui n'a pas encore conduit toutes les librairies de l’Hexagone, y compris les rayons Livres de certains supermarchés, à retirer de leurs étals toute une littérature idéologique en français, imprimée à Lyon, Beyrouth, le Caire ou Alger et faisant l'éloge de l'élimination par le fer des « croisés » et autres « mécréants » (koufar). Cette même littérature a été trouvée, au milieu d'armes de guerre, dans plusieurs planques djihadistes en France, en Belgique et en Italie.

    Dans « Décomposition française » (Fayard, 2015), Malika Sorel, une Française de souche algérienne, dénonce sans fard le laxisme des autorités françaises actuelles face aux appels au meurtre des « mécréants » par livres interposés. Quant à l'imam marocain de Bordeaux Tarik Oubrou (choyé par le maire chiraquiste Alain Juppé qui l'a fait décorer de la Légion d'honneur), il craint, lui, que la situation actuelle en France ne conduise Daech et compagnie à y cibler des « musulmans modérés » : « Demain ou après-demain, il y aura un truc ici, la prochaine cible [pour Daech] ce sont des mosquées en France », a pronostiqué cet imam essayiste dont les écrits, en général, évitent le catastrophisme. Avertissement sans frais ?...   

    Peroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le 360 du 18.12.2015

     

  • COP21 : Le monde a sauvé la planète !

     

    par François Reloujac

    L’accord de Paris obtenu le 12 décembre 2015, à l’issue de treize jours de négociation dans le cadre de la COP21, a été salué comme un triomphe. Mais qu’en est-il exactement ? Quel est le véritable contenu de l’accord ? Ne faut-il pas, hélas, penser avec Alain de Benoist que le texte de l’accord est simplement schizophrène ? « D’un, côté les pays signataires veulent réagir au réchauffement climatique – souci louable. De l’autre, ils adhèrent dans leur immense majorité aux thèses des économistes libéraux qui veulent augmenter sans cesse la production industrielle et les échanges commerciaux, encourager le tourisme de masse, fonder les économies sur les « avantages comparatifs » de chaque pays, etc. (…) D’un côté ils veulent « sauver la planète », et de l’autre conserver ce qui la détruit ». C’est ce constat qui conduit le philosophe à conclure : « la véritable question qui se pose n’est pas de savoir si la planète peut être « sauvée », mais si la civilisation peut survivre à sa rencontre avec les limites que lui impose la nature » .

    En fait, l’accord de Paris est un simple trompe-l’œil. Il ne s’attaque officiellement qu’aux seuls gaz à effet de serre considérés comme les uniques responsables d’un réchauffement climatique qui serait avéré et oublie toute autre source de pollution. Il est fondé sur une analyse biaisée de la situation, car, « si l’on fait un vrai bilan carbone des différents modes de production d’énergie, incluant toutes les émissions dues à leur mise en œuvre, distribution, rendements, coûts, durée de vie, etc., on se rend compte qu’ils diffèrent peu entre eux. La grande question, c’est la quantité d’énergie croissante que continue d’exiger notre mode de fonctionnement économique » .

    La quantité d’énergie, bien sûr, mais aussi son mode de production. C’est ainsi que, par exemple, une mesure importante n’a pas été évoquée au cours de la Conférence de Paris : pour diminuer la production de gaz carbonique, on pourrait limiter la production chinoise d’aluminium. En effet, pour produire une tonne d’aluminium, il faut, outre la bauxite (dont la France est pourvue), beaucoup d’électricité. La France dispose et de la matière première et de l’électricité nécessaire. Or, sa production s’est effondrée au profit de la production chinoise. En quelques années – depuis son adhésion à l’OMC – la Chine est devenue le premier producteur d’aluminium au monde (avec 58 % de la production mondiale), réduisant au chômage de nombreuses personnes dans les autres pays, y compris la France. Du coup, elle a multiplié par 20 sa consommation de charbon et, en proportion, ses émissions de « gaz à effet de serre ». Mais, l’absence de régime social et la faiblesse du yuan par rapport à l’euro aidant, l’électricité produite à partir du charbon chinois revient moins chère que l’électricité produite à partir du nucléaire ou encore plus à partir des énergies renouvelables, comme l’énergie hydraulique. Du coup un aluminium « destructeur de la planète » est préféré à un aluminium « respectueux de l’environnement ». Il est vrai que la seule façon de lutter aujourd’hui contre cette source de pollution est de rétablir les droits de douane, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. Et, il ne s’agit là que d’un exemple parmi d’autres.

    Hélas, là n’est pas le plus important. L’accord de Paris a été présenté comme étant contraignant… sauf qu’il n’y a aucun calendrier précis, aucune mesure concrète et aucune sanction. La contrainte résulterait essentiellement de la « transparence » et donc de la pression de l’opinion publique !

    On aurait pu espérer que son contenu soit nouveau et fort. Il n’en est rien. Il repose sur un vœu : celui de maintenir l’augmentation de la température moyenne du globe à 1°5 C par rapport à l’année 1880, considérée comme la dernière de l’ère pré-industrielle (mieux que les 2° prévus auparavant). Or, cet objectif est présenté comme atteignable uniquement en prônant des mesures qui limitent la production d’énergie obtenue directement à partir des seules « énergies fossiles ». Et encore, ces mesures n’entreront en application qu’en 2020 et à condition que 55 % des États membres, représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre ne les ratifient d’ici à 2017 ! Ajoutons que l’ensemble des mesures préconisées – y compris « l’engagement » des pays riches à verser 100 milliards de dollars aux pays en voie de développement pour ne pas utiliser les énergies fossiles pour leur développement – sont rédigées au conditionnel (pour la dernière rédaction de l’accord, le verbe « devront » a été remplacé 33 fois par « devraient », sous la pression des Américains et des Chinois). Et, ce n’est pas la seule différence entre le projet initial et la rédaction finale. Ainsi, par exemple, le projet d’accord prévoyait une réduction de 40 à 70 % de l’émission de gaz à effet de serre d’ici à 2050 et le texte final ne prévoit que les Etats visent « un pic des émissions (…) dès que possible » !

    Si l’on pousse un peu plus loin l’observation, l’on constate que toutes ces mesures étaient déjà plus ou moins contenues dans les accords précédents, sauf une.

    Cette seule nouveauté est la création d’un « Groupe de travail spécial de l’Accord de Paris », dont le principal rôle est « d’identifier les sources de données pour le bilan mondial » (considérant 100) que devront (devraient ?) utiliser les autres groupes de travail. Il vient renforcer le Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (le fameux GIEC), le Comité de l’adaptation, le Groupe d’experts des pays les moins avancés, le Comité exécutif du Mécanisme international de Varsovie, le Comité exécutif de la technologie, le Comité des technologies climatiques, etc. En réalité, puisqu’une innovation peut toujours en cacher une autre, le paragraphe 72 des « considérants », prévoit aussi la création d’un Comité de Paris sur le renforcement des capacités. Quand on ne sait pas quoi faire, c’est bien connu, on crée une commission.

    Parmi les éléments importants de l’accord, il est demandé aux parties signataires du Protocole de Kyoto (c’est-à-dire, en particulier, que cela ne concerne pas les États-Unis qui ne l’ont pas signé, ni le Canada qui, après l’avoir signé, en est sorti) de « ratifier » d’une part et d’« appliquer » (sic) d’autre part « l’amendement de Doha » et aux parties signataires des accords de Cancùn de prendre des engagements conformément à ces accords « et de les respecter » (sic).

    Si l’on entre dans le détail de la rédaction de l’accord, la surprise est encore plus grande. Ainsi le début de l’article 3 est rédigé de la façon suivante : « A titre de contributions déterminées au niveau national à la riposte (sic) mondiale aux changements climatiques… »… Tous les hommes sont donc agressés par les changements climatiques !

    Il est inutile d’aller plus loin, concernant un Accord qui ne comprend que des vœux à un horizon au-delà de cinq ans et dont la ratification n’est pas demandée avant 18 mois.

    Pour la petite histoire, signalons cependant encore que l’un des « chefs étoilés » retenus pour soigner les participants à la Conférence de Paris, a été condamné le 18 décembre 2015, pour atteinte à l’environnement.   

  • Déchéance de nationalité, déchéance de Taubira,mais surtout, hélas, déchéance de l'Etat ...

     

    Christiane Taubira à Alger - Source Le Figaro

  • Éric Zemmour condamné ou la tentation autoritaire du multiculturalisme

     

    Éric Zemmour vient d'être condamné à 3000 euros d'amende pour incitation à la haine raciale et religieuse. Mathieu Bock-Côté se demande, pour FigaroVox, s'il est devenu interdit d'être pessimiste quant à l'avenir des sociétés occidentales. Cette tribune reflète une certaine et légitime exaspération. Ses conclusions sont tranchées, franches. Sa dénonciation du régime multiculturaliste et de l'idéologie diversitaire est, sur le fond, au sens propre, radicale. Elle va, nous semble-t-il, à l'essentiel, par delà même le cas Zemmour, qui mérite, en l'occurrence, notre soutien et notre sympathie. Celle des idées et de l'ction.  LFAR
     
     

    Mathieu Bock-Coté.jpgÉric Zemmour vient de se faire condamner pour incitation à la haine raciale et religieuse. Immédiatement, ses nombreux ennemis ont célébré : enfin, le vilain essayiste sera reconnu à la manière d'un délinquant dangereux par les Français. Ce sera à nouveau l'occasion de chercher à le congédier de l'espace public, en accusant ses employeurs d'avoir à leur service un propagateur de haine, un polémiste ignoble qui ne devrait pas avoir accès à de grandes tribunes. Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière. L'occasion est belle pour tenter d'en finir avec celui qui est devenu le diable de la gauche multiculturaliste française.

    Revenons sur les propos sanctionnés de Zemmour. Ils se résument aisément : il craint que la France ne bascule, tôt ou tard, dans la guerre civile. Cette dernière est peut-être même déjà commencée, sans qu'on n'ose la nommer. On se contente de traiter comme des faits divers ou comme des événements isolés les tensions intercommunautaires qui témoignent d'une implosion du pays. L'immigration massive a créé un nouveau peuple et qu'on le veuille ou non, le continent européen sera probablement témoin d'affrontements significatifs dans les années à venir. En fait, l'immigration massive aura représenté un suicide identitaire pour l'Europe.

    Posons les choses simplement : on peut être en accord avec Zemmour et le voir comme un homme éclairé et courageux, tout comme on peut être en désaccord avec lui et l'accuser de catastrophisme et dans ce cas, on lui répondra vertement. Mais en quoi ses propos devraient-ils tomber sous le coup de la loi ? En quoi devrait-il être interdit d'être pessimiste quant à l'avenir des sociétés occidentales ? Le pessimisme devrait-il tomber juridiquement interdit ? Redouter un péril et l'annoncer, est-ce le souhaiter ? À moins qu'il ne faille prophétiser un avenir radieux pour être le bienvenu dans l'espace public et mériter le titre d'interlocuteur respectable ?

    Bizarrement, c'est peut-être de cela dont il s'agit. L'idéologie multiculturaliste au pouvoir dans toutes les sociétés occidentales a quelque chose d'une religion politique qui suscite un fanatisme idéologique inquiétant chez ses promoteurs : elle distingue le monde d'avant la révélation diversitaire et celui d'après. Avant, le monde était marqué par des discriminations nombreuses et des exclusions détestables. C'était l'époque de la grande noirceur identitaire, où l'identité nationale justifiait une homogénéité autoritaire au service exclusif de l'homme blanc hétérosexuel. La conscience collective officielle en Occident est traversée par ce fantasme, d'autant qu'il est souvent au cœur des programmes historiques scolaires.

    Le monde d'après la révélation diversitaire serait tout autre. Elle prophétise une société nouvelle, fondée sur la reconnaissance mutuelle des différences sous le signe d'un vivre-ensemble harmonieux. La condition pour que ce monde advienne, toutefois, c'est que les nations occidentales renoncent à se placer chacune au cœur de leur propre pays, et à se proposer comme norme identitaire et culturelle. Il ne doit plus y avoir de distinction entre le citoyen et l'étranger, ce qui du coup, abolit la nécessité pour le second de s'assimiler au premier. C'est l'idée d'un monde enraciné qui doit périr. L'homme nouveau, sans préjugés, verra son règne arriver.

    Évidemment, les choses ne se passent pas comme le voudrait la prophétie multiculturelle. Les sociétés européennes éclatent. Une crise majeure se laisse deviner. La contagion islamiste de certaines cités n'en est qu'une facette. L'idéologie multiculturaliste doit traduire ces oppositions dans son logiciel sociologique. On y verra en général une crispation des populations « de souche » qui tarderaient à se convertir à la révélation diversitaire. En un mot, la France serait coupable de ses malheurs. Son crime ? Ne pas se considérer comme une page blanche et vouloir conserver son héritage historique et sa culture. Cette crispation engendrerait différentes phobies qu'il faudrait combattre politiquement et peut-être même pénaliser juridiquement.

    La formule revient souvent : la liberté d'expression ne devrait pas être celle de prêcher la haine, de stigmatiser certaines communautés ou de critiquer certaines religions. Mais la définition de la haine et des phobies est aussi imprécise qu'étendue. D'ailleurs, on assiste à une extension du domaine de l'interdit. C'est peut-être inévitable : au rythme où le nouveau monde s'installe, il tolère de moins en moins ce qui lui rappelle le monde ancien et ceux qui persistent à s'y vouloir fidèles. C'est le paradoxe progressiste : plus il suscite des résistances dans la population, plus il croit devoir se radicaliser. Plus la dissidence idéologique sera forte, et plus il faudra la réprimer.

    On en arrive à la condamnation de Zemmour qui nous en dit beaucoup sur le sort réservé à l'opposition idéologique en régime multiculturaliste. Elle est tout simplement inadmissible. On ne saurait tolérer au cœur de l'espace public un homme contestant ouvertement les assises du multiculturalisme et proposant conséquemment de restaurer les fondements du régime ancien, dont on ne doit penser que du mal. Zemmour trouve manifestement un écho chez ceux qui se réjouissent de voir leur malaise politique et culturel exprimé clairement au cœur de l'espace public. Il devient le porte-parole médiatique d'une dissidence populaire profonde, d'autant que les partis « de droite » ont longtemps refusé de la traduire politiquement.

    Mais la gauche multiculturaliste peine à croire qu'on ne veuille pas vraiment de l'avenir radieux qu'elle promet. Elle doit donc trouver un grand coupable accusé de manipuler des masses égarées traversées par des pulsions mauvaises. On les accuse aussi de flatter la plus mauvaise part de l'homme, celle que la civilisation devrait justement proscrire et refouler dans les marges de la vie sociale. Zemmour devient alors la cible publique. Leur émergence médiatique témoigne plutôt d'une rupture de digue : certains constats qui étaient interdits, ou du moins, certains sentiments, sont désormais au cœur de la vie civique.

    Mais ceux qui accusent Zemmour d'avoir engendré la protestation populaire avec quelques camarades intellectuels et médiatiques lui prêtent une toute puissance démoniaque, comme s'ils avaient le pouvoir de créer les choses simplement en les nommant. On comprend pourquoi il faut les censurer de toutes les manières possibles. Surtout, il faut alors un message clair pour exécuter publiquement ceux qui annoncent la mauvaise nouvelle. Il s'agira d'abord de jeter sur eux la mauvaise réputation, par exemple en les accusant de faire le jeu du Front national ou en les accusant de droitiser le pays.

    Le prix à payer pour rompre avec les codes de la respectabilité diversitaire doit être de plus en plus élevé. Mais les injures ne suffisent plus et l'intimidation progressiste est de moins en moins efficace. La sanction doit alors être clairement établie aux yeux de tous : les condamnations pour propos haineux permettent alors de rejeter hors de la cité et de l'humanité ceux qui en sont reconnus coupables. Le régime multiculturaliste réinvente l'ostracisme et le droit doit participer à une reconstruction de l'espace public à la lumière des nouveaux interdits moraux et idéologiques prescrits par l'idéologie diversitaire.

    On s'exaspérera avec raison du pouvoir incroyable des différents lobbies qui parviennent ainsi à baliser de manière toujours plus étroite la liberté d'expression. Mais cette exaspération serait incomplète si on ne dénonçait pas le zèle idéologique des juges et les lois liberticides sur lesquelles s'appuie leur action. Le multiculturalisme est un régime politique qui se défend contre le désaveu populaire en devenant de plus en plus autoritaire. On voit mal comment chaque nation parviendra à en sortir sans abolir ces lois liberticides et sans restaurer les conditions d'une liberté d'expression authentique, émancipée de la censure idéologique et juridique. 

     
     
    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologue et chargé de cours aux HEC à Montréal. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007). Mathieu Bock-Côté est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada.
  • Pour une dynamique patriotique, un esprit de rassemblement national

     

    par François Marcilhac

    C’est la une de La Croix qui, ce lundi 14 décembre, résume le mieux les résultats des élections régionales : « La défaite pour tous ». Défaite du Front national qui, bien que devenu le premier parti de France, ne remporte aucune région. 

    Défaite de l’opposition parlementaire, qu’il est bien difficile d’appeler la droite et qui, réunissant l’ex-UMP et le centre, ne connaît un succès relatif que grâce à l’apport des voix de gauche, du moins dans deux grandes régions, et n’en remporte que laborieusement cinq autres. Défaite de la gauche qui, si elle limite les dégâts par rapport à ce que les media avaient annoncé, ne sera plus qu’à la tête de cinq régions, alors qu’elle en dirigeait la quasi-totalité. D’ailleurs, lucide, Valls a aussitôt commenté : « Ce soir, il n’y a aucun soulagement, aucun triomphalisme, aucun message de victoire », puisque « le danger de l’extrême droite n’est pas écarté, loin de là ». C’est donc un lâche soulagement pour le pays légal : le front panurgique a fonctionné encore une fois. Le discours de l’oligarchie, reposant sur ces deux piliers que sont la peur et la haine, a poussé un nombre important d’abstentionnistes du premier tour à se déplacer pour le second, allant aux urnes tels des moutons à l’abattoir démocratique. La Bête immonde n’était-elle pas en position, toute théorique, d’avaler quatre régions, de les « défigurer », selon l’inénarrable Kosciusko-Morizet ? Valls n’avait-il pas prévenu de manière sidérante que la France est à la veille de la « guerre civile » ?

    Non pas, évidemment, parce que l’Etat islamique dispose au sein même de la population d’un grand nombre d’agents dormants, prêts à commettre des massacres sur un simple SMS, mais parce que Marine Le Pen, Florian Philippot, Louis Aliot ou Marion Maréchal-Le Pen étaient sur le point de mutiler la « République » de pans entiers de son territoire en prenant la tête de plusieurs régions. Du reste, « la République est la seule et la plus forte des réponses ». On connaît la musique : le « patriotisme » (Valls) consiste bien sûr à voter pour les candidats d’une « société cosmopolite » (Hidalgo) assumée, car il s’agit alors d’un « patriotisme d’ouverture, européen », aux antipodes du « patriotisme de fermeture » (Raffarin) des tenants d’une « France frileuse, apeurée, protectionniste, anti-europénne » (Juppé). Dimanche soir, la langue de bois a fonctionné à plein régime.

    « Il y a des victoires qui font honte aux vainqueurs. [...] ils auront sabordé la démocratie », a, pour sa part, déclaré la benjamine du clan Le Pen devant ses militants. Plus exactement, il y a des victoires qui devraient faire honte aux vainqueurs si ces derniers avaient encore un minimum de décence et n’instrumentalisaient pas la morale à seule fin d’assurer leur monopole du pouvoir — on comprend pourquoi à l’Action française, « nous ne sommes pas des gens moraux » : c’est par éthique. Quant à avoir « sabordé la démocratie », on nous permettra d’en douter, à moins de croire en l’existence d’une « démocratie » toute de pureté et de désintéressement qui n’existe que dans les contes de fée qui font d’une introuvable Volonté générale le socle du Bien commun — et encore à quel prix : celui de renoncement à toutes les libertés individuelles. Non ! De même, « ceux qui disent s’opposer mais en réalité vous trompent » et « se partagent le pouvoir  » n’ont révélé aucuns « liens occultes » (Marine Le Pen) — ces liens sont connus de tous, et des électeurs en premier. Ni sabordement de la démocratie ni révélation fracassante, donc : ce qui s’est passé durant la semaine écoulée, c’est le libre jeu d’une démocratie qui n’a jamais été qu’un exercice de dupes, dans lequel une opinion publique préfabriquée par les puissances d’argent monopolise la parole publique.

    Sinon, comment expliquer que la quasi-totalité des électeurs de gauche, sur ordre de la rue de Solferino, acceptent de voir en Xavier Bertrand ou en Christian Estrosi, qu’ils vouaient aux gémonies quelques jours auparavant, des sauveurs de la liberté et du « pacte républicain » ? Comment expliquer que des abstentionnistes, qu’on croyait perdus pour la démocratie représentative, sur un coup de sifflet des chiens de garde de l’oligarchie, se soient rués dans les bureaux de vote pour créditer de leur confiance perdue ceux qui les avaient détournés de leur « devoir civique » ? S’il y a mystère, c’est celui de la démocratie elle-même, qui transforme l’électeur en schizophrène obtempérant à intervalles réguliers à des slogans qui le font aller voter presque comme un zombie contre la seule alternance crédible au sein du système lui-même.

    Faut-il alors « s’inquiéter, comme Marine Le Pen, sur les dérives et les dangers d’un régime à l’agonie » ? Si on voit à quoi font référence « les dérives et les dangers » — cette guerre civile manifestement souhaitée par l’oligarchie en cas d’arrivée au pouvoir du FN —, en revanche de quel « régime à l’agonie » parle-t-elle ? Commencerait-elle enfin à remettre en cause ce règne de l’étranger qu’est une République à laquelle elle et Philippot vouent pourtant un culte aussi nouveau au FN qu’exclusif ? Car, après tout, ce qu’elle continue d’appeler l’UMPS ne constitue pas un régime mais seulement une de ses multiples traductions historiques.

    Il est certain en tout cas que, pour l’oligarchie française et européenne — la première prenant ses ordres auprès de la seconde —, le 13 décembre ne saurait faire oublier le 6, c’est-à-dire le FN arrivant premier dans six régions, d’autant que celui-ci a encore progressé au second tour pour atteindre un record historique en voix — quelque 6,8 millions — avec, en sus, une abstention supérieure de vingt points à la présidentielle de 2012. L’oligarchie sait qu’elle n’en a pas fini avec la rébellion du peuple français, une rébellion qu’exprime aux yeux de celui-ci, faute d’une autre offre électorale, un Front national qui serait bien malvenu de ne s’en prendre qu’aux autres. Marine Le Pen a promis au soir du second tour la naissance de comités Bleu-Marine en veux-tu en-voilà partout en France. Il n’est pas certain que ce réflexe de boutique soit à la hauteur de la situation — surtout quand on connaît le degré d’autonomie du RBM par rapport à la maison-mère.

    Le report, ou plutôt la totale absence de report des électeurs de Debout la France de Dupont-Aignan sur les listes FN au second tour devrait la faire réfléchir. Sans compter un électorat catholique qui se redroitise mais que le FN fait tout pour repousser, exception faite de Marion Maréchal-Le Pen qui, d’ailleurs, a réalisé le meilleur score national. Pourquoi Marine Le Pen gagnerait-elle seule là où un Mitterrand, un Chirac, un Sarkozy ou un Hollande pourtant, eux, enfants légitimes du système, ont dû composer pour accéder à l’Elysée ? Tant que le FN n’entrera pas dans une logique de rassemblement national, c’est-à-dire tant qu’il n’acceptera pas de n’être qu’une composante d’une dynamique patriotique que le système est bien content de lui voir monopoliser au plan médiatique, cette unique cible lui facilitant son travail de sape, il continuera de se heurter à ce plafond de verre qui, quoi qu’en dise Marion Maréchal-Le Pen, existe toujours et surtout, ce qui est bien plus grave, il freinera la victoire du pays réel sur l’oligarchie, des « patriotes » sur les « mondialistes ». 

    L’Action Française 2000

  • Bouteflika veut livrer l’Algérie aux islamistes

     

    par Frédéric Pons

    L'on sait que nous suivons avec attention les remarquables analyses géopolitiques de Frédéric Pons dans Valeurs actuelles : parce qu'elles procèdent d'une parfaite connaissance des dossiers et d'une approche des grandes questions toujours réaliste et d'un rare bon sens. D'autre part, la situation de l'Algérie et ses possibles évolutions nous paraît devoir être pour la France un grave et constant objet de préoccupation. Non en soi-même, mais parce que, de fait, l'Algérie reste, en un sens, que nous le voulions ou non, indissolublement liée à la France. Alger est à six- cents kilomètres de Marseille, plusieurs millions d'immigrés algériens ou d'origine algérienne vivent en France, enfin la France conserve certains intérêts en / ou avec l'Algérie. Que ce pays entre en convulsion, qu'il soit submergé par l'islamisme le regarde. mais malheureusement, nous regarde aussi si l'on songe aux très graves conséquences, en France et hors de France, que pourrait avoir pour nous une brusque dégradation de la situation en Algérie. C'est aussi - c'est surtout - en ce sens que l'article qui suit nous intéresse. LFAR

     

    frederic_pons_2.jpgLe récent séjour médical d’Abdelaziz Bouteflika à Grenoble et la vague de limogeages qui affecte l’appareil sécuritaire algérien confirment l’accélération du processus de transition à Alger, dont devraient profiter les “néo-islamistes” algériens. Réélu pour un quatrième mandat, en avril 2014, Bouteflika ne gouverne plus que sous le contrôle de son frère Saïd et du clan présidentiel. L’armée est déjà à leur botte. Ils sont en train de casser le redoutable DRS (Département du renseignement et de la sécurité), la seule structure encore capable de s’opposer à eux. Réputé inamovible depuis vingt-cinq ans, son chef, le mystérieux général Mohamed Lamine Mediène, “Toufik”, vient d’être brutalement débarqué, comme le patron de l’antiterrorisme, le chef de la garde présidentielle et une quarantaine d’autres généraux ou officiers, écartés ou emprisonnés pour d’obscures raisons. “Toufik” ne veut pas se laisser étouffer. Il vient de dénoncer « une injustice » à l’égard de ses anciens subordonnés, appelant à « laver l’honneur des hommes qui se sont entièrement dévoués à la défense de l’Algérie ».

    Cette sortie sans précédent — “Toufik” ne s’était jamais exprimé publiquement — confirme les fortes tensions au sommet de l’État. « Le couteau a atteint l’os » (la situation est grave), dit Khalida Toumi, ex-ministre de la Culture, membre du “groupe des 19”, des cadres de la nomenklatura algérienne qui demandent à être reçus par Bouteflika. « Le président est pris en otage par son entourage direct », estime Lakhdar Bouregaâ, ancien commandant de la wilaya IV (Algérois), membre de ce groupe. Tous redoutent l’arrivée au pouvoir des islamistes que Bouteflika a amnistiés de façon très généreuse depuis 1999 puis insérés au plus haut niveau de l’économie algérienne. Proches de l’AKP turc, ces “islamo-conservateurs” avaient un dernier obstacle à lever : la menace latente du DRS, aux ordres des généraux “éradicateurs” qui les avaient vaincus entre 1992 et 1999. Leur élimination ouvre aux barbus algériens les portes du pouvoir.

    Bouteflika leur laissera un beau cadeau : la plus grande mosquée d’Afrique, Djamaâ El Djazaïr, dotée d’un minaret de 270 mètres dominant la baie d’Alger. Ce projet pharaonique — la “mosquée Bouteflika” — devrait coûter 1 milliard d’euros. 

    Frédéric Pons

  • Coup de poker ?

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    Naissance, donc, à Ryad d’une grande « coalition islamique antiterroriste » : dénomination qui a le mérite de la clarté mais qui ne peut manquer de susciter certaines interrogations, tant la situation est embrouillée. Trente-quatre pays musulmans réputés sunnites - ce point est important - parmi lesquels des poids-lourds régionaux comme la Turquie et l’Egypte seraient donc d’accord pour « combattre le terrorisme militairement et idéologiquement ». Il est toujours possible qu’à moyen terme cette coalition finisse par engager réellement des troupes au sol contre l’Etat islamique. Cela pourrait d’ailleurs constituer, au moins dans un premier temps, une aubaine pour des pays « occidentaux » dont l’engagement, fondé pour l’essentiel sur des frappes aériennes, montre ses limites. 

    Ce qui est sûr, c’est que la manoeuvre séoudienne répond à un triple objectif au plan international. D’abord se dédouaner de la légitime suspicion qui pèse sur les relations troubles qu’entretiennent le wahhabisme séoudien et la mouvance salafiste jihadiste : si l’Etat séoudien lui-même n’est pas directement partie prenante, ce sont bien une école de pensée et des financements venus du royaume qui sont en cause. Ensuite réaffirmer ses propres prétentions à la conduite de l’ « Umma » (ensemble de la communauté musulmane) que lui conteste de fait l’instauration du califat d’Abou Bakr Al-Baghdadi. Enfin, affaiblir le parti chiite conduit par l’ennemi irréductible, l’Iran, pour l’instant en pointe contre l’Etat islamique : Ryad cherche donc à instrumentaliser la lutte contre l’E.I. pour mieux contourner le croissant chiite. 

    Cependant, en voulant sortir de l’ambiguïté, se poser en chef de file de l’islam sunnite et s’impliquer davantage au niveau régional, le gouvernement séoudien pourrait bien, sur le plan intérieur, bouleverser l’équilibre fondateur du régime entre wahhabisme et famille royale. Jusqu’où pourrait-il aller dans cette voie ? Qui peut dire jusqu’où se propagerait l’onde de choc que provoquerait une déstabilisation de la monarchie ? L’Arabie Séoudite ferait ainsi courir à tous le risque d’un embrasement général du Proche-Orient dont les conflits localisés (Syrie-Irak et Yemen) n’auraient été que les prémices. 

    Pour les béats (France Inter, encore et toujours) cet engagement séoudien, « sortant d’un silence qui finissait par passer pour une connivence », est la preuve que l’islam n’a rien à voir avec le terrorisme, les soldats de l’E.I. devenant de facto des « hérétiques » (sic). On nous permettra d’être sceptique, d’accord en cela, une fois n’est pas coutume, avec la plupart des commentateurs - « coup de pub », « coup de com »,   « jeu de dupes », etc. On attend de connaître la position du gouvernement. On se rappelle les propos de M. Valls sur le Qatar et l’Arabie Séoudite, peu après les attentats de novembre (« Je n'ai pas de raison de douter de l'engagement de ces deux gouvernements »). On ose espérer qu’au delà d’une déclaration de circonstance, M. Valls n’est pas assez naïf pour ne pas douter et que la politique proche-orientale de la France ne reposera pas sur un acte de foi.