Ivan Rioufol : « Le “ progressisme ” malade de ses dénis »
Peuple en colère ...
Par Ivan Rioufol
CHRONIQUE - Comprendre la désintégration de la nation invite à s'arrêter [Le Figaro du 12.01] sur le dérèglement intellectuel de cette gauche qui a tant fasciné la droite. De cette droite qui l'a tant suivie. Et parfois dépassée pour diverses raisons - dont celles liées à de puissants intérêts. Ainsi la désintégration de la nation qu'Ivan Rioufol pointe ici avec justesse a souvent été l'œuvre commune de la droite et de la gauche. Et François Fillon n'y a pas été toujours étranger, toujours opposé. C'est pourquoi ici, nous ne lui ferons ni confiance ni procès anticipés. S'il venait à être le futur Chef de l'Etat, nous le jugerions aux actes. Ni plus ni moins. Quant à la critique du prétendu progressisme à laquelle Rioufol se livre ici, y compris s'agissant du centrisme de Macron, elle rencontre naturellement notre accord. Lafautearousseau.
Sept fantômes du PS se sont disputés, jeudi soir à la télévision, la place de candidat à la présidentielle. Les Français les verront apparaître deux fois encore avant le premier tour de leur primaire, le 22 janvier: ce court délai devrait suffire pour faire le tour des programmes. Le manichéisme de Vincent Peillon, la démagogie de Benoît Hamon, la suffisance d'Arnaud Montebourg sont les vieux restes qui rappellent ce que fut le progressisme du temps de sa splendeur. Manuel Valls, qui avait ouvert le procès de ce socialisme infatué, ne cesse depuis de se renier pour tenter de rassembler une armée des ombres. L'entendre rejeter le libéralisme après avoir déclaré son « amour» de l'entreprise est une incongruité parmi d'autres. Lundi, un sondage du Figaro donnait l'ancien premier ministre perdant au second tour face à Montebourg, soutenu par les « socialos » morts-vivants. Valls se perd à vouloir séduire des zombies.
Pour autant, comprendre la désintégration de la nation invite à s'arrêter sur le dérèglement intellectuel de cette gauche qui a tant fasciné la droite. Deux et deux n'ont jamais fait quatre dans ce monde qui marche sur la tête. « Faire plier les réalités » a toujours été l'orgueilleux objectif d'une idéologie rétive à la réflexion et aux résultats. Rien d'étonnant à ce que les candidats de la ronflante Belle Alliance Populaire reprennent l'héritage de la gauche marxiste, dépensière et immigrationniste. L'assistanat, la culture de l'excuse, le clientélisme restent les piliers des projets. Hamon est, avec Peillon, l'un des plus décomplexés dans le cynisme électoral. Pour plaire aux cités, il minimise le sexisme culturel qui s'y observe et soutient la cause palestinienne dans sa lutte contre l'existence d'Israël. « Il s'agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers », s'était-il justifié en 2014.
Redonner des responsabilités à ces laborantins de l'Homme nouveau reviendrait à asséner le coup de grâce à la nation sur les genoux. D'autant qu'aucun des grands sujets qui sont au cœur des inquiétudes des gens - l'immigration de peuplement, la cohabitation avec l'islam conquérant, le séparatisme territorial - n'a été pour l'instant abordé par la plupart des prétendants. Le débat ne peut se réduire au travail, à l'emploi et à la redistribution des richesses, alors même que la France est en guerre, depuis les attentats islamistes des 7 et 9 janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de Vincennes. Or c'est bien le déni qui fédère les survivants du socialisme. Valls fait figure d'intrus quand il tient tête à l'islam radical. Jeudi dernier, sur France 2, il n'a pas cédé au discours victimaire d'une femme voilée censée représenter les Françaises musulmanes. La gauche soumise déteste cette raideur.
En fait, le courant humanitariste et universaliste s'asphyxie sous la vague conservatrice. Aux États-Unis, la gauche en perdition s'est retranchée derrière ses bastions des médias et de Hollywood pour faire feu sur Donald Trump. Lors de la soirée des Golden Globes, l'actrice Meryl Streep a porté l'indignation du camp du Bien devant un monde de paillettes, de strass et de dollars. Mercredi, CNN et le site BuzzFeed ont rendu publique une série d'infamies non sourcées et invérifiables. Barack Obama se réserve une sortie piteuse le 20 janvier, pour avoir mesquinement multiplié les chausse-trappes à l'intention de son successeur. Un sort similaire est promis à la gauche française, incapable de s'avouer dépassée par l'histoire. Certes, la forte audience que rencontre Emmanuel Macron dans ses meetings peut laisser croire en un renouveau du progressisme dont il se réclame avec talent. Mais cet Obama blanc, non plus, ne dit rien des réalités qui dérangent.
L'insécurité culturelle occultée
Macron, comme Trump, symbolise le rejet d'une démocratie confisquée. Un besoin d'air frais les porte. Mais l'analogie s'arrête là. Si l'Américain sanguin a pris le parti des « ploucs » contre les « élites », le Français sophistiqué ensorcelle davantage les people que le peuple. Les fondamentaux de son programme sont ceux d'un centrisme angélique qui voit en Angela Merkel le modèle à suivre, dans les migrants le prétexte à l'ostentation des bons sentiments, dans l'Union européenne la protection des peuples. Macron a l'art de faire du neuf avec du vieux. Des juppéistes, des membres de l'UDI et du Modem, dont François Bayrou lui-même, sont appelés à rejoindre cet entre-deux qui leur ressemble. En marche ! pourrait aussi ringardiser définitivement le PS momifié. Cependant, nulle part n'apparaît, derrière cette belle figure, le chef de guerre attendu. Il est peu probable que ce rôle soit un jour endossé par celui qui préfère légaliser le cannabis. Trop de retenues empêchent Macron d'aborder l'insécurité culturelle qui taraude les peuples. Cette semaine, un sondage montre que 77 % des Belges ne se sentent plus chez eux.
François Fillon, que les enquêtes d'opinion disent en perte de vitesse, a pour lui de vouloir s'émanciper du conformisme de la fausse droite et des humanitaristes professionnels. Si, sur la réforme de la sécurité sociale, il a donné le sentiment de reculer dès la première critique, sa résistance aux pressions de ses alliés corrige la faiblesse de caractère qu'il a laissé voir. Ceux qui veulent mettre leur grain de sel dans son projet ont jusqu'à présent été tous éconduits, sèchement concernant Laurent Wauquiez et sa proposition de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires . « Les grilles de lecture du microcosme ne sont plus celles de cette France silencieuse et fiévreuse que j'ai parcourue de long en large », a-t-il expliqué mardi. Les combats contre l'islam politique et l'immigration remplaciste sont des thèmes qui, occultés par le PS et Macron, s'annoncent prometteurs si les réponses se montrent à la hauteur. « L'immigration doit être fermement contrôlée et réduite », a annoncé Fillon, mercredi à Nice. La concurrence du FN lui interdit tout recul.
Cécité de l'Église
Même le pape François, si décevant dans son refus de faire obstacle à la déculturation de l'Europe*, admet que l'immigration pose des problèmes. Lundi, devant le corps diplomatique, il a recommandé une nouvelle fois aux « autorités publiques » de suivre une « démarche prudente » pour l'accueil des migrants. L'Église sortirait-elle enfin de sa cécité ? •
* Laurent Dandrieu, « Église et immigration. Le grand malaise », Presses de la Renaissance.
Un rapport sénatorial fait état d’un fait que le ministre Najat Valaud-Belkacem s’est bien gardée de diffuser : la démission massive des candidats au poste d’instituteur et de professeur. Mais que sont devenus les avantages de la fonction publique, si protecteurs en cette période de chômage de masse ?
Anecdotique en apparence, la multitude de fautes d'orthographe constatées dans les tweets présidentiels à l'occasion du passage à l'an 2017 ne sont pas des accidents. Ils s'inscrivent au contraire dans une lignée d'innombrables petites attaques contre la langue française dont François Hollande, à la suite de son prédécesseur à l'Élysée, et à l'image d'une foule de politiciens, de journalistes et d'artistes de variétés, s'est rendu coupable.
Anticipons : la primaire de la gauche socialiste et écologiste sera un jeu de massacre qui n'amusera que ceux qui n'ont rien d'autre à vivre. Déjà, la compétition de droite avait donné un avant-goût de ce que constitue cette aberration qui consiste à remettre en selle la mainmise des partis, alors que l'élection au suffrage universel à deux tours devait consacrer la fin du régime des marques et des succursales et l'accession directe, devant le peuple souverain, d'un homme ou d'une femme qui sollicite ses suffrages. En fait, l'implacable mécanique des primaires enferme le candidat dans un programme plus ou moins rigide composé pour un électorat précis, alors que par la suite, il devra conquérir les votes de la majorité de ses concitoyens. Une chose, en effet, est de capter les faveurs du camp de son cœur de cible, à gauche comme à droite ; une autre est de s'adresser à l'ensemble de la population pour espérer l'emporter au second tour de la présidentielle. Voilà pourquoi François Fillon est obligé de corriger aux entournures son programme sur la Sécurité Sociale, eu égard à la levée de boucliers qu'a suscité son thatchérisme à visage plus ou moins humain. Fillon semblait avoir trouvé la formule miracle : conservateur sur le social et l'identitaire, libéral sur l'économique et le secteur public. Mais les choses étant ce qu'elles sont, le vainqueur du match aller des Républicains, va-t-il connaître, au-delà des millions de ceux qui ont voté pour lui, un retour de bâton du plus fâcheux effet ? Les paris sont ouverts.
A la question « A gauche, quoi de neuf ?» ceux qui auront écouté le premier débat de la primaire, hier soir, seront vraisemblablement tentés de répondre « Que du vieux !» ...
Le mot est partout, aujourd'hui. Que ce soit pour s'en parer, et le prendre comme un drapeau, ou, à l'inverse, que ce soit pour le vouer aux gémonies, il est difficile d'écouter un discours de candidat ou d'écouter un politologue sans que ce mot de « libéralisme » ne revienne, et plutôt dix fois qu'une...
Les dernières déclarations de M. Peillon m'autorisent plus que jamais à poser cette question : la gauche française n'est-elle pas entrée dans un processus irréversible de crétinisation ? Cette question est sérieuse, elle ne se veut ni blessante ni offensante, mais elle s'impose plus que jamais.
Cambadélis a voté Léon Blum ! Il s'agissait pour lui et pour le PS - ce lundi 9 janvier - de la simulation de vote destinée à vérifier la bonne préparation de la primaire de la gauche : il fallait tester les bureaux de vote, le bon déroulement du vote proprement dit et tutti quanti... Quatre bulletins « d'essai » avaient été imprimés : l'un portait le nom de Léon Blum (choisi, donc, par Cambadélis), ce Léon Blum qui n'a pas su utiliser le temps dont il disposait, avant la guerre, pour armer la France, alors qu'Hitler transformait l'Allemagne en forge de Vulcain ; les trois autres noms étant Jean Jaurès (le pacifiste plus que naïf, qui fit pourtant baptiser ses enfants, et ne renia jamais sa foi chrétienne, en pleine période d'hystérie antichrétienne de la jeune IIIe République...), Colette Audry (très connue dans son immeuble), et la sinistre Louise Michel : vous savez, cette communarde qui mit le feu à Paris, en détruisant des trésors d'art inestimables, notamment le Palais des Tuileries.
Le plus vendu, le plus lu, le plus commenté des nouveaux livres de M. Fillon paraît être Vaincre le totalitarisme islamique (Albin Michel, 2016, 155 p.). L’islam fait vendre, tous les éditeurs européens le savent depuis dix ou quinze ans. Beaucoup d’auteurs écrivant sur ce thème se copient les uns les autres... L’ancien chef de gouvernement du président Sarkozy a-t-il fait oeuvre originale dans l’essai pré-cité ?
François Fillon a préféré s’esquiver plutôt que d’affronter au Parlement l’ahurissante loi orwellienne sur le délit d’entrave à l’avortement. Soit. Au palais Bourbon, d’autres députés ont sauvé l’honneur dans un combat d’amendements digne de Camerone.
Hilaire de Crémiers et Jean-François Kahn ont été d'accord tous les deux pour louer l'ouvrage que nous vous avions déjà présenté ici-même, et au sujet duquel nous avons donné, le dimanche 18 décembre, une assez courte vidéo de 22', où Patrick Buisson s'exprime pour Boulevard Voltaire.
On l'a déjà dit, et c'est très vrai, la Révolution, c'est comme Daech (ou l'inverse) : Daech fait commencer l'histoire du monde avec Mahomet, la république idéologique française, héritière de la Révolution, la fait commencer avec cette révolution, en 1789. Et nous ampute donc de 2.000 ans d'histoire ! De même Daech détruit, autant qu'il le peut, tous les trésors monumentaux et artistiques datant d'avant l'Islam (Al Qaïda avait fait la même chose), comme la révolution a détruit entre le quart et le tiers de notre patrimoine artistique. La parenté est nette entre Daech et la république idéologique : l'un et l'autre pensent être eux-mêmes l'identité du peuple, et que rien d'autre n'existe en dehors d'eux. Définition parfaite du Totalitarisme. Vincent Peillon - qui, de notre point de vue, a évidemment tort - ne fait que réciter la doxa de la république idéologique, en digne continuateur de ses prédécesseurs en idéologie. Quelqu'un a parfaitement expliqué tout ceci : il s'agit de Philippe Val, qui a travaillé à Charlie Hebdo, et qui a « commis » une très intéressante chronique sur France Inter, à l'époque où la droite envisageait de faire passer des test ADN aux soi-disant enfants d'immigrés, pour limiter les fraudes ; chronique qui remonte à 2007 et qu'il est fort utile de réécouter aujourd'hui.
« Lapaque, tu n'arriveras pas à faire de moi un écrivain catholique !» m'avertissait un jour Michel Houellebecq, avec lequel j'essayais sans doute de reparler de saint Paul, de Pascal et de Péguy. C'était en avril 2013 au moment où