Police : La proximité attendra
Effrayés par l’annonce du déploiement parmi gendarmes et policiers de 110 000 tablettes numériques, les habitants des Quartiers de Reconquête Républicaine font amende honorable.
Par Aristide Renou

« Tranquillité, incivilité, communautés ... »
La police de proximité est une bonne idée. On le sait parce qu’elle a été testée et pratiquée avec succès outre-Atlantique. Mais en France, dans les quartiers perdus prétendument en reconquête, sa mise en œuvre est tributaire de la Justice, donc de Nicole Belloubet : tout est à craindre.
La « police de sécurité du quotidien » était l’une des promesses de campagne du candidat Emmanuel Macron. Cette réforme a été lancée le 8 février 2018 par Gérard Collomb et Christophe Castaner a annoncé il y a deux mois la mise en place de nouvelles mesures dans le cadre de cette « PSQ ». On peut d’ores et déjà être à peu près sûr que la « police du quotidien » sera la grande réforme du quinquennat Macron en matière de sécurité, et qu’elle sera vendue comme telle lors de la campagne pour sa réélection. De quoi s’agit-il ?
Un certain flou a longtemps entouré le contenu concret de la PSQ. Ce que l’on peut en dire aujourd’hui, plus d’un an après son lancement, est qu’elle repose essentiellement sur trois axes :
1. Des effectifs supplémentaires de policiers et gendarmes dans certains quartiers pompeusement baptisés « Quartiers de Reconquête Républicaine ». Il y en a aujourd’hui 47.
2. Plus de numérique, avec notamment, selon Beauvau « le déploiement de 110 000 tablettes numériques et smartphones d’ici à 2020 permettant aux policiers et aux gendarmes de rester sur le terrain tout en ayant accès aux bases de données. »
3. Une plus grande liberté laissée aux initiatives locales pour adapter la réponse policière à la réalité de la délinquance, et donc une plus grande proximité et collaboration avec la population et les acteurs locaux.
Une réalité étatsunienne
En France le concept de « police de proximité » a plutôt mauvaise presse, à cause du souvenir laissé, justement, par la police de proximité lancée par Lionel Jospin et euthanasiée par Nicolas Sarkozy. Sans s’attarder sur ce sujet, il est possible de dire qu’en effet la « Pol Prox’ » de Jospin était une manifestation de sa « naïveté » en matière de sécurité, naïveté reconnue publiquement par l’intéressé à la fin de son mandat dans un accès de sincérité peut-être un peu naïf…
Pourtant, correctement entendue, la police de proximité a des résultats à faire valoir, notamment aux États-Unis où elle a pour nom community policing. Entre 1980 et 2010, la criminalité y a chuté de près de 50% pour la plupart des crimes, soit la plus forte baisse jamais enregistrée au XXe siècle dans un pays occidental¹. À New-York, ville-laboratoire en matière de lutte contre la délinquance, la criminalité a chuté de près 90% depuis le début des années 1990. Le passage au community policing y est pour beaucoup. Examinons donc ce community policing à l’américaine, nous pourrons ainsi nous faire une meilleure idée de la pertinence de la PSQ et de ses chances de succès. Le passage au community policing repose sur plusieurs constats.
Tranquillité, incivilité, communautés
Tout d’abord, ce que la population attend de la part des pouvoirs publics en matière de police, ce n’est pas seulement une réduction de la criminalité, c’est de pouvoir vivre au quotidien l’esprit en paix, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. La peur de la délinquance est assez rarement liée à une rencontre directe avec celle-ci. Elle est plus étroitement corrélée avec la présence de désordres et d’incivilités dans les espaces publics. Même lorsque la délinquance est élevée, la probabilité pour chaque individu d’être victime d’une agression, d’un vol ou d’un cambriolage reste heureusement assez faible. En revanche vous pouvez constater tous les jours les graffitis, les rues jonchées de détritus, les mendiants agressifs, les gens qui « s’oublient » dans la rue, les dealers qui opèrent à la vue de tous, le bruit, l’absence ostensible d’égards pour autrui manifestée par certains, etc. Vivre dans un tel environnement engendre une peur diffuse d’être un jour agressé et peut littéralement vous gâcher l’existence. Un gouvernement qui ne prend pas en compte cet aspect du problème ne remplit pas correctement son devoir régalien, et tant qu’il ne le fait pas, la population continuera à se plaindre de ce que « la police ne fait pas son travail ».
Par ailleurs, il existe un lien fort entre les incivilités et la criminalité proprement dite. Ce lien a été explicité au début des années 1980 par la théorie dite de « la vitre brisée² ». Sans rentrer dans de longues explications, la vitre brisée permet de comprendre pourquoi les petits désordres dans les lieux publics engendrent de plus grands désordres, qui eux-mêmes finissent souvent par engendrer de la vraie criminalité. Les incivilités qui ne sont pas correctement traitées brisent peu à peu le ciment de toute vie sociale : la confiance que les individus peuvent avoir les uns envers les autres. Elles font ainsi disparaître les contrôles sociaux informels par lesquels les habitants d’un quartier font spontanément respecter les règles de la vie en commun. Et une fois la vie collective suffisamment atomisée, la délinquance prospère. Pour les pouvoirs publics, la seule manière de rétablir ces contrôles sociaux indispensables est de répondre aux préoccupations exprimées par les habitants en matière de tranquillité quotidienne. La police doit se mettre à l’écoute des doléances de la population locale et guider son activité en partie sur elles.
Enfin, dans les grandes métropoles modernes où règne une grande diversité ethnique, culturelle et religieuse, le travail de la police est rendu particulièrement difficile par le fait que les taux de criminalité sont presque toujours très disparates selon les diverses « communautés ». L’action de la police aura alors vite fait de sembler « discriminatoire » ou « raciste » puisqu’elle se concentrera inévitablement sur les communautés ou les lieux où la délinquance est la plus élevée. Il est donc primordial d’essayer de maintenir une certaine confiance entre la police et la population en associant étroitement cette dernière à la « production de sécurité ».
Une action régulière et décentralisée
Sur la base de ces constats, le community policing se caractérise, notamment, par les éléments suivants. Les forces de l’ordre doivent s’attaquer autant aux incivilités et aux petits désordres qu’aux « vrais » crimes. Les agents doivent ainsi avoir une large latitude pour rechercher des infractions plus graves à partir d’une simple incivilité ou d’un petit délit. Cela signifiera par exemple vérifier l’identité de l’auteur d’une incivilité, l’interroger, éventuellement le fouiller, etc. L’expérience prouve en effet que les délinquants chroniques sont des transgresseurs polymorphes et qu’il n’est absolument pas rare qu’un individu « incivil » ait aussi des choses plus graves à se reprocher³.
Contrairement à une idée répandue, cette police du quotidien ne signifie donc pas que les policiers doivent faire « ami-ami » avec les « jeunes » turbulents. Au contraire, le community policing sera souvent synonyme d’une action plus énergique et intrusive de la part de la police. La police doit aller très régulièrement à la rencontre de la population. Par exemple en organisant des réunions publiques, mais surtout en faisant quotidiennement des patrouilles à pied dans les quartiers concernés.
L’action policière doit être profondément décentralisée et une large marge d’appréciation doit être laissée aux agents sur le terrain pour orienter leurs interventions. Des outils permettant de suivre presque en temps réel et de manière géographiquement très fine l’évolution de la délinquance et les actions de la police devront donc être développés. À New-York cet outil s’appelle le Compstat, et il a été adopté par la plupart des grandes villes américaines.
Une justice ferme et rapide
Et derrière le community policing, la justice devra se montrer rapide et ferme avec les délits sérieux et les récidivistes pour débarrasser les rues de leur présence. Aux États-Unis, l’introduction du community policing au début des années 1990 a coïncidé avec un mouvement général de sévérité accrue envers la délinquance. En 1994, par exemple, a été adopté le « Violent crime control and law enforcement act » dont les dispositions prévoient notamment l’extension sensible du nombre de crimes punis de mort, la construction de maisons de correction pour les délinquants mineurs, le financement de cent mille postes de policiers ou encore l’ajout automatique de dix ans aux peines prononcées pour les crimes commis dans le cadre d’un gang.
Si les États-Unis ont ainsi connu une baisse presque miraculeuse de la délinquance, ils ont aussi connu une augmentation très forte de la population carcérale. Le taux d’incarcération y est actuellement de l’ordre de 650 pour 100 000 alors qu’il tourne autour de 100 en France. Après ce (trop) rapide tour d’horizon, nous sommes donc en mesure de voir pourquoi la PSQ version Macron risque fort d’être de la poudre de perlimpinpin.
Comme l’expliquait très bien un syndicaliste policier : « La PSQ ne sera viable que dans des quartiers pacifiés. Impossible d’engager le dialogue sous les insultes, les menaces, les coups et l’irrépressible peur des représailles pour ceux qui parleraient avec la police. » Il ajoutait :
« Comment des policiers peuvent-ils être crédibles et incarner l’autorité quand, à leur simple vue, les caïds du quartier, forts de leur sentiment d’impunité, les insultent et les agressent physiquement tout en revenant pérorer et bomber le torse le lendemain ? Ce sont eux l’incarnation de l’autorité dans les cités. Nous le redeviendrons uniquement si toute la chaîne pénale fonctionne […]. Il suffit souvent d’emprisonner les éléments les plus violents pour apaiser un quartier. C’est une dimension qui échappe trop souvent lors d’un jugement.⁴ »
Mais Emmanuel Macron a renoncé à sa promesse de campagne de construire 15 000 places de prison supplémentaires (alors même que deux fois plus serait nécessaire) et Nicole Belloubet s’affirme un peu plus chaque jour comme l’héritière spirituelle de Christiane Taubira. Sa « réforme de la justice » entend développer (encore plus) les « alternatives à la prison » et limiter le plus possible les courtes peines de prison, comme au plus beau temps de la poétesse guyanaise…
Bref, si la « police de proximité » est, sur le papier, une bonne idée, nous devrons sans doute attendre encore longtemps pour la voir correctement appliquée en France. ■

Christophe Castaner n’oubliera jamais les conseils de close-combat donnés par Nicole Belloubet.
Macron a accompli le rêve de Giscard et de Sarkozy. Pas étonnant que ce dernier se retrouve en lui. Quel rêve ? Réaliser l'union des deux bourgeoisies libérales mondialisées, de droite et de gauche. Éric Zemmour l'explique ici. À sa manière, intelligente et érudite. 
Tout se passe comme si Emmanuel Macron avait lu les souvenirs de Tocqueville. En tout cas avec Nicolas Sarkozy. L’ancien président est consulté, invité, écouté. On le voit aux côtés de son successeur, communiant dans l’évocation émue de la résistance du plateau des Glières pendant la Seconde Guerre mondiale, dont il avait fait un lieu de mémoire durant son quinquennat. Sur les photos, Sarkozy est aux anges. Le baume Tocqueville est efficace. Bien sûr, Macron y voit un intérêt politique indéniable. Avec Sarkozy à ses côtés, il envoie une carte postale à l’électorat de droite, une de ces fameuses cartes postales dont son prédécesseur était si friand.
C’était déjà le vieux rêve de Giscard que de s’allier avec le courant rocardien du PS et d’unir les bourgeoisies des deux rives autour d’un projet européen. Sarkozy s’y était lui aussi essayé, avec la fameuse « ouverture » : après avoir promis le « karcher » aux électeurs populaires du FN, qu’il avait détachés d’un Jean-Marie Le Pen vieillissant, il avait mis Kouchner dans son gouvernement ! Alors que le candidat Sarkozy de 2007 ferraillait en campagne contre « l’esprit 68 », Cohn-Bendit avait dit de lui qu’il était « le plus soixante-huitard de tous ». Dany le Rouge avait frappé juste.
Cofondateur de la Nouvelle Librairie et rédacteur en chef d’Éléments, François Bousquet est auteur, polémiste et analyste pointu de la droite française.
Chaque civilisation ayant son animal de trait (le cheval, le bœuf, le lama, le chameau…), l’âge de la vapeur venait d’inventer le sien : l’ouvrier, animal laborans, à charge pour le racisme, sorti de la matrice darwinienne, d’en fournir l’alibi scientifique, ou pseudo-scientifique. De ce point de vue, ce ne fut rien d’autre que l’instrument de légitimation des nouveaux rapports de production. La nouveauté aujourd’hui, c’est que le système techno-marchand n’a plus besoin de ce réservoir d’emplois non qualifiés, sauf dans l’industrie des services. Dès lors, l’Untermensch, c’est l’homme en trop, un motif sur lequel la littérature soviétique et pré-soviétique (Gogol, Dostoïevski, Olécha, Léonov) a surabondamment écrit, dans un monde en quête d’homme nouveau.
Patrice Jean lui a récemment consacré un magnifique roman, L’Homme surnuméraire. C’est le rêve d’une société sans travail, vieille utopie icarienne. La vérité, c’est que nous cols blancs, nous citadins connectés, n’avons jamais autant travaillé. La fin du travail, c’est en réalité et seulement la fin du travailleur, du moins en Occident. Mais que faire de ces hommes en trop, soumis au même principe d’obsolescence programmée, forme cool du darwinisme social ? Les mettre au rebut comme des objets encombrants ? Les confiner dans la périphérie, dans des sortes de réserves peuplées de bonnets rouges, de gilets jaunes et, pour faire bonne mesure, de cas soc’, moyennant une allocation universelle – le pain – et des jeux ineptes, en faisant le pari qu’ils rejoindront le cimetière des espèces disparues sans protester ? Pari perdu. Il en va de même d’une autre forme d’infériorisation : l’éternel procès en moisissure du Français
moyen (de Dupont Lajoie aux Bidochon, des Deschiens à la Présipauté de Groland). Or, le Français moyen a subi lui aussi un glissement sémantique. Il faut dire qu’entre-temps, victime du grand plan social des trente dernières années, il a plus ou moins disparu. De moyen, il est devenu petit. Mieux : il a été déchu de sa nationalité au profit de sa détermination ethnique : c’est le fameux petit Blanc, fascinante expression qui résume à elle seule l’inconscient raciste des élites. Elle est entrée dans le langage courant tant et si bien que les premiers concernés – les petits Blancs donc – l’ont eux-mêmes adoptée dans un classique mécanisme d’identification
C’est le paradoxe des derniers actes des Gilets jaunes. L’extrême gauche
On touche ici les limites de la révolte populaire. À étudier le phénomène sur la longue durée, soit en France à partir du XIVe siècle et de l’essor de l’État, on voit combien la révolte a échoué quasi systématiquement à se transformer en révolution. Parcourir les éphémérides de ces émotions (terme en vigueur sous l’Ancien Régime), et il y en a eu des milliers, c’est reprendre la chronique aussi troublée qu’oubliée de l’histoire de France. Mille pages ne suffiraient pas à en accueillir la longue et vaine plainte. Émeutes, insurrections, jacqueries, troubles, rébellions, l’histoire en est saturée. Le populisme n’en est jamais que la continuité à l’âge démocratique. Pour autant, tous ces soulèvements populaires n’ont jamais débouché sur une politique. La raison à cela ? On connaît la réponse du Duc de Liancourt à Louis XVI après la prise de la Bastille : « C’est une révolte ?
C’est tout le génie de Macron, bien aidé par la médiocrité de ses adversaires. Il a mis sur pied une Große Koalition, une grande coalition à l’allemande. Comme s’il n’avait blessé à mort le PS et diminué les LR que pour pouvoir les réinventer et les fusionner en un parti central unique. Désormais, l’UMPS n’est plus une figure de style, c’est une réalité politique : le macronisme. Cela faisait longtemps que les convergences idéologiques poussaient le PS dans les bras des LR, et réciproquement. Mais il n’y avait pas de passage à l’acte, principalement pour des raisons de clientélisme électoral, dont justement Macron n’avait que faire, n’ayant aucune clientèle électorale sur laquelle capitaliser. Lui, devait bâtir une force nouvelle répondant à la demande des élites économiques et à la sociologie des grandes métropoles, qui ont tourné le dos à la France déclassée et majoritaire pour épouser la cause des minorités, ethniques, sexuelles, religieuses, au nom d’un internationalisme qui doit beaucoup plus au pop art qu’à la quatrième Internationale.


Justement, mondialisation, globalisation : où en est-on ? Nathalie Loiseau se rend-elle compte de ce qu'elle va dire ? Les arguments s’enchaînent, dont la mécanique l'entraîne. Mais aussi celle des mots. Pourquoi l' Europe est-elle si indispensable ? Pourquoi les États-nations n'ont-ils plus la taille pertinente ? Pourquoi vouloir une « Europe-puissance » ? Qu'importe qu'elle ne puisse l'être que par la taille, la masse inerte, et non par la cohésion, la volonté, la dynamique d’un patriotisme ! L'Europe, il la faut à tout prix. Parce qu’elle doit faire front. Front commun. Contre qui ? Et là les «
Nathalie Loiseau ne mesure pas qu'elle sonne ainsi le glas des idéologies, des artefacts institutionnels ou autres, des illusions, sur lesquels le monde a été sommé de vivre depuis 1945 et bien davantage encore depuis l'effondrement du bloc communiste autour de 1990. De quoi sonne-t-elle le glas ? La mondialisation ou globalisation, le multilatéralisme, l'embryon de gouvernance mondiale - façon Attali - que l'on croyait constituer et que l'on ne tarderait pas à « finaliser » ... En bref, la fin de l'Histoire que l'on avait actée. L’avènement du Grand Marché globalisé. Et tout cela se conclut par de classiques « face à face ».
Par exemple lorsque l'Italie au bord du krach financier négocie en solitaire avec la Chine l'ouverture de ses ports - à commencer par Trieste sur l'Adriatique - à cette route de la soie en construction par laquelle l'Empire du Milieu compte accéder en force aux marchés européens. Les exemples de telles entreprises en solitaire ne manquent pas en Europe et des plus importantes. Nathalie Loiseau devrait savoir que tel est précisément le cas de la Grande-Bretagne qui s’en va mais tout autant de l'Allemagne qui reste. Pour l’instant. Son nationalisme réel et très
En somme,
La cours d’assises de Seine-Maritime juge en ce moment
Cette personne, dont la fonction éminente lui assure l’écoute, et même le respect, d’un grand nombre de gens de par le monde a ainsi montré, une nouvelle fois, son incapacité à saisir certaines réalités humaines élémentaires et fondamentales. Et aussi sa propension, qui semble malheureusement irrésistible, à tenir des propos irresponsables.
Or, comme le reconnaissait récemment un haut magistrat : « Judiciairement parlant, je dois à la vérité de vous dire que je vois passer des « Français de souche », comme on dit, qui sont de parfaites ordures, mais que j’ai principalement affaire – à requérir puisque tel est mon métier – à des étrangers ou à des Français d’origine étrangère qui sont souvent issus du bassin méditerranéen. C’est un constat. J’irais même plus loin dans la description : nous, magistrats, sommes considérablement alimentés par des gens qui enfreignent plus ou moins gravement la loi française parce que, en réalité, ils ne se considèrent pas comme Français. » (Jean-Paul Garraud, avocat général près la cour d’appel de Poitiers. –
Un homme politique anglais a prophétisé, il y a désormais longtemps déjà, que l’immigration incontrôlée ferait un jour couler «
CHRONIQUE - L’agression d’une jeune transsexuelle place de la République à Paris, le 31 mars dernier, a frappé. Étonnamment, la victime a décidé de relativiser son agression pour éviter de troubler l’ordre diversitaire. Un ordre que les médias entretiennent savamment. 
De manière assez triste, Julia, la victime, a elle-même participé à cette entreprise de voilement du réel. En empruntant la novlangue de l’époque, elle dit refuser de stigmatiser l’islam et les musulmans. Cela va de soi. On ne saurait rendre une communauté dans son ensemble coupable de cette agression. Mais on ne saurait non plus décréter que ce qui est arrivé n’est pas arrivé. Comment ne pas voir là une forme d’enfermement idéologique qui empêche Julia de comprendre ce qui lui arrive ? Le propre de l’idéologie est de se radicaliser au rythme où le réel la désavoue.
Ne soyons pas surpris : l’argument n’a rien de nouveau. Il y a quelques semaines à peine, Marlène Schiappa avait associé la vague récente d’agressions contre les homosexuels à l’influence souterraine de la Manif pour tous. Pour ne pas faire de lien entre insécurité et immigration, elle préférait accuser la droite versaillaise qu’elle assimilait aux islamistes. Le grand parti de l’intolérance transcenderait toutes les cultures ! La dénonciation rituelle de l’homme blanc hétérosexuel est au cœur de l’imaginaire progressiste, et qu’on ne risque rien à faire son procès.
Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur

Le plus virulent, sorte de Peppone sans moustache, s’engagea dans un discours sur les congés payés, les 35 heures, et les progrès sociaux du XXe siècle, avec le ton déclamatoire d’un Georges Marchais façon Thierry Le Luron, tandis que l’autre me soufflait, d’un air amusé, qu’ils n’étaient pas vraiment communistes… Mais, au travers de sa harangue, le premier évoquait une sorte de nostalgie d’un temps apparemment révolu, celui des « conquêtes sociales » devenus, pour le meilleur mais parfois aussi pour le moins bon, des « acquis sociaux ». Il est vrai que, depuis une quarantaine d’années, notre société est entrée dans une période et un climat d’insécurité sociale, entre chômage structurel et crainte du déclassement. Pendant longtemps, les économistes et les politiques ont, pour la plupart, minimisé ces phénomènes et raillé les sentiments des classes populaires, puis des classes moyennes, arguant que la mondialisation était heureuse, forcément heureuse parce que l’on n’avait jamais autant consommé depuis les débuts de l’humanité. De l’ouvrier producteur et exploité des temps de l’industrialisation, on était passé au consommateur qu’il s’agissait de contenter et d’inciter, toujours et encore, à consommer, non seulement pour son plaisir mais pour le plus grand profit de la Grande distribution et d’un système de « désir infini dans un monde fini », selon l’expression de Daniel Cohen, dont, justement, il s’agissait d’oublier la seconde partie de la formule pour que ce système perdure et garde sa « profitabilité ».
Aujourd’hui, la dérégulation voulue par la Commission européenne et la privatisation accélérée de pans entiers de l’appareil français d’encadrement et de services, mais aussi d’équipements et d’infrastructures que les Français pensaient « posséder » par leurs impôts (ce qui n’était pas tout à fait faux…), entretiennent ce fort sentiment de « dépossession » qui nourrit la colère des Gilets jaunes, une colère que nombre de Français « délèguent » aux manifestants fluorescents du samedi et qui anime les émissions et les débats télévisuels depuis plus de quatre mois sans que l’on sache vraiment ce qui pourrait épuiser totalement les troupes contestatrices. Que la République, en son gouvernement du moment, méprise à ce point ceux à qui, si l’on suivait les règles d’une démocratie équilibrée sans être toujours décisionnaire (car ce dernier cas de figure pourrait alors mener à la paralysie ou à la démagogie dictatoriale façon Pisistrate), elle devrait rendre des comptes autrement que par l’élection parlementaire (sans la remettre en cause pour autant, car elle a son utilité, en particulier « consultative » ou « représentative »), apparaît bien comme un affront à la justice civique qui n’est jamais très éloignée, en définitive, de la justice sociale. Les dernières annonces sur l’augmentation prévue du prix de l’électricité pour les mois prochains, sur la mise en place de 400 nouveaux radars destinés plus à rapporter de l’argent qu’à prévenir des comportements routiers dangereux, sur le report de l’âge (plutôt « pivot » que « légal ») de la retraite, sur les nouvelles taxes sur l’héritage ou sur la propriété privée des classes moyennes, etc., apparaissent comme la volonté de « passer en force » pour appliquer un programme « social » (« antisocial » serait sémantiquement plus approprié…) décidé au-delà des frontières de notre pays, en des institutions qui se veulent « gouvernance » ou « européennes » (ou les deux à la fois), et pour complaire à des puissances qui sont d’abord celles de « l’Avoir » quand il serait préférable que « l’Etre » soit pris en compte avant elles…


Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner ne se serait rendu compte de la gravité des faits que le soir du même samedi 16 mars vers 17 heures passées, après le saccage du Fouquet’s. Eh oui, ce n’est qu’alors, qu’il aurait compris que « ses instructions de la plus grande fermeté » n’avaient pas été exécutées, obligeant le chef de l’État, son ami, son patron, pour ne pas dire son parrain, à revenir de toute urgence de la station de ski des Pyrénées où il pensait s’offrir en toute tranquillité avec Brigitte, loin des Gilets jaunes, deux jours de détente bien méritée. Un sabotage, quoi, et qui expliquait tout ! « Un échec », avouait devant micros et caméras, avec la modeste ingénuité d’un truand repenti, notre Castaner national, lui qui se sent – il l’a fait savoir solennellement – toujours en service de haute vigilance, même au-delà de minuit, même au plus profond des boîtes de nuit, même après moult verres de vodka, même dans les bras câlins d’une jeune collaboratrice de ses précédentes fonctions.
Depuis le mois de novembre, Collomb s’étant judicieusement esbigné, c’est donc lui qui fait face à la révolte des Gilets jaunes. On sait suffisamment comment des groupes de casseurs s’en mêlèrent sans que jamais il ne fut apparemment possible de les cerner ni de les empêcher de nuire pour permettre aux Gilets jaunes de manifester selon le droit. Dès le mois de décembre, après les incidents de l’Arc de Triomphe, Castaner peut donc amalgamer dans son discours officiel casseurs et Gilets jaunes, prenant les dispositions en conséquence et justifiant la répression avec tous les moyens, dont les lanceurs de balles de défense (LBD 40) – il en a même expliqué l’usage aux enfants des écoles ! – et les grenades à effet de souffle, dites de désencerclement (GLI-F4). Le but politique était si évident que personne, ni à droite ni à gauche, ni surtout dans la police, n’en était dupe.
« Des instructions de retenue » auraient été données aux forces de l’ordre au rebours « des directives offensives » du ministre. Frédéric Dupuch a fait circuler une note – sans même en référer au préfet de police, précise-t-on – engageant à un usage plus modéré des LBD, ce qui, en soi, étant donné les risques graves encourus, les nombreuses blessures et plaintes ainsi que les condamnations sans appel des instances supranationales, se comprend parfaitement. Et d’autant plus que la direction de la Sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) avait créé après le 1er décembre les détachements d’action rapide (DAR) à qui revenaient les interpellations sur le tas et la sécurité des manifestations. Il y avait ainsi deux centres opérationnels. Soit. C’était une garantie de pondération ; et il y avait un commandement unique qui restait sous les ordres de Beauvau et de l’Élysée. Mais l’Élysée et Beauvau ne veulent plus qu’une seule machine unifiée de répression et il faut donc mettre au pas la grande maison de la Préfecture de Police qui a ses structures, ses habitudes et ses logiques qui lui viennent de son histoire et de sa connaissance des situations. La crise permet donc à Macron – et à Castaner sous ses ordres – de régler la question de la sécurité et de l’ordre public comme sont réglées toutes les autres questions de finances, de politique, de société : tout pouvoir entre les mains de l’exécutif en la personne du président de la République. C’est simple… et c’est fou.
L’opération n’a pas été faite. Beauvau commandait. Une fois les Champs-Élysées gagnés, les black blocs étaient les maîtres. La préfecture n’y pouvait plus rien ; elle ne pouvait que chercher à limiter la casse dans Paris.

On l’aura compris, il s’agissait moins là de clarifier les choses que de les emporter dans l’empyrée des concepts et en même temps de les poser comme soubassements d’une nouvelle civilisation. Vaste programme. Non, la clarification c’est la manière dont le président de la Ve République a définitivement montré que ses institutions ne servaient à rien. La démocratie représentative a vécu, et sans doute la démocratie elle-même. Voilà plusieurs semaines, plusieurs mois que le Parlement assiste sans bouger à l’organisation d’une consultation directe des Français où les représentants ne servent à rien, sinon à parfois réserver les salles. Chaque corporation s’est emparée du Grand Débat pour y participer ou le décliner en version Medef ou Beaux-Arts, un peu comme ces cuisiniers médiatiques qui revisitent la blanquette, et le président lui-même s’est affranchi joyeusement de la règle qu’il avait posée en cannibalisant les réunions où personne ne parle sinon lui, ses ministres lui servant de porteurs d’eau, et en faisant en sorte que les journaux ne parlent que de ses performances puis de ses possibles arbitrages puis du rythme et des séquences de son quinquennat. Le magicien a fait disparaître les représentants et éclipsé le peuple, bravo l’artiste !
Bruno Le Maire est admirable de constance. À chaque fois que l’Union européenne retoque ses projets fiscaux, sociaux et industriels, il l’accuse d’être une institution aveugle et sourde, insensible aux mouvements du monde et impuissante à s’adapter, refusant tout à la fois de comprendre les enjeux nationaux et d’assurer la défense des intérêts européens – ce qui est logique puisqu’il la suppose incapable de les discerner et de les définir. Les européistes, de leur côté, avec la même constance, expliquent que l’Union européenne protège, défend, et enrichit puis se dépêchent, les uns de ne pas acheter à Arianespace ses vols spatiaux, les autres de ne pas acheter les armes françaises, tous de ne pas taxer les GAFA et ils appellent la France à ne pas traiter ses manifestants comme des Vénézuéliens moyens. Alors Bruno Le Maire explique que les nations sont souveraines puis appelle à voter aux Européennes pour empêcher les nationalistes de défendre les intérêts nationaux et pour empêcher les populistes de réformer l’Union européenne. Quant aux éditorialistes de France Culture, ils expliquent que voter aux Européennes signifie voter contre Marine Le Pen et pour Macron, achevant eux aussi de nationaliser ce scrutin international. Utiles dévoilements des perspectives dans laquelle chacun considère l’Union.
« Les pauvres sont faits pour sentir, les riches pour comprendre et en abuser raisonnablement », disait Marcel Aymé [Photo] dans son Confort intellectuel. C’était avant. Maintenant que les riches sont au pouvoir, ils réclament d’abuser déraisonnablement de leurs privilèges et ils réclament qu’on les acclame : qu’on proteste, qu’on les suspecte, qu’on les contredise, qu’on les déteste leur est insupportable. La dernière liberté dont jouissait le peuple, ils méditent de la lui enlever. Car le pouvoir n’est pas synonyme de consensus ou de dialogue, surtout quand il vise à établir la dictature de la richesse sans frontière et sans frein.


Moins de deux semaines après (26 mars), nouveau fiasco, la présentation des candidats de la liste officielle sombrant dans le comique le plus grossier : une tête de liste endormie face à une salle quasi-vide, un directeur de campagne qui ne cesse de bafouiller, une estrade qui s’effondre au moment de la photo et fait rire la France entière : comme le dit M. Ciotti, c’est « Le Ridicule En Marche ». On n’avait pourtant pas encore tout vu : le meeting d’ouverture (Aubervilliers, 30 mars) aura permis aux mélomanes d’apprécier un remix (anglicisme pudique pour « altération d’un morceau de musique original ») du thème musical de l’ « Ode à la joie » de Beethoven ; il s’agissait, paraît-il d’une version « techno » : la barbarie ne connaît pas de limite.
Voici donc Mme Loiseau en campagne. Sa liste, baptisée « Renaissance », est censée porter les convictions que M. Macron a explicitées dans une tribune publiée en mars dans les vingt-huit langues des pays de l’Union européenne : inévitable affichage de bonnes (et moins bonnes ) intentions. Reprenant à son compte le manichéisme lexical primaire de M. Macron qui oppose « forces populistes » et « offre progressiste », Mme Loiseau a choisi de privilégier l’aspect purement politicien de son entreprise : son objectif est bien d’arriver en tête, devant la liste du R.N. Du coup, et en rappelant ici que « Europe » et « Union européenne » ne signifient pas du tout la même chose, le seul intérêt de cette élection sera le match entre ce qu’il est convenu de nommer souverainistes et européistes ou, si l’on préfère, euro-sceptiques et euro-béats.
Cet aspect politicien est d’ailleurs conforté par le subtil panachage des personnalités de la liste de Mme Loiseau. Quelques non-engagés seulement mais surtout des personnalités venant de façon assez équilibrée de la gauche, de la droite, « des » centres, écologistes compris. Quelques noms connus dans les premières places : M. Canfin, énième écologiste en rupture de ban, Mme Keller qui fut maire UMP de Strasbourg ou encore l’ineffable M. Guetta, icône incontestée de la géopolitique médiatique dont le passé trotskiste (Jeunesse communiste révolutionnaire puis Ligue communiste) n’inquiète personne maintenant que sa dérive semble s’achever au portes du centre droit.
In fine, on peut penser que la personnalité même de Mme Loiseau constitue son principal handicap. Elle est en effet une trop belle image du fourre-tout idéologique macronien. Le titre de l’article de M. Porter (Causeur, 29 mars) dit tout à ce sujet : « Nathalie Loiseau : pour la libération des femmes, le hijab, la GPA et le pape à la fois - On comprend mieux pourquoi LREM en a fait sa tête de liste européenne ». De son côté, M. Rufin, [Photo] l’académicien-ambassadeur-écrivain, pas le député agité, souligne son côté « hors sol » insupportable aux Français, tellement représentatif de tout ce que l’on reproche à l’Union : de fait, Mme Loiseau a travaillé essentiellement dans les ambassades françaises puis comme directrice de l’ENA, c’est-à-dire comme « mère supérieure des [apprentis] technocrates français » (France Inter, 25 mars).
La parole de Battisti ne pouvait être qu'authentique car il était du bon côté de la barrière ; celle de Trump ne pouvait être que mensongère puisqu'il était du mauvais côté. Depuis le jour même de son élection, les ennemis du président américain ont juré d'avoir sa peau et de l'abattre par une procédure d'impeachment. Non que le Donald soit un être pur et angélique : son passé de promoteur immobilier dans les eaux fétides de New York ne plaide pas en faveur de sa blanche hermine. Mais ce n'est pas le sujet : Trump serait illégitime par nature parce qu'il incarne l'électorat des «petits Blancs, des déplorables », pour reprendre les mots d'Hillary Clinton, tous ceux à propos desquels Bernard-Henri Lévy, en France, estime qu'il ne faudrait pas tenir compte de leur vote. De ses électeurs, Trump a en effet dit : « Ils sont comme moi, seulement ils sont pauvres. » Jamais la bourgeoisie de gauche américaine et française ne lui pardonnera d'avoir défendu et séduit ces « petits Blancs » qu'elle méprise et déteste.
Battisti a avoué avoir menti sur les crimes qu'il a bel et bien commis et qu'il a niés avec la dernière énergie pendant près de 40 ans. Le monde officiel avait épousé sa thèse et sa cause. Selon son penchant habituel. Tout ce que la gauche avait de forts esprits et de belles âmes l'a soutenu si l'on peut dire
Battisti a avoué ses crimes et ses soutiens n'en éprouveront ni honte ni regrets. Ils courront les conférences, les salons parisiens, les restaurants à conciliabules, les plateaux télé, ils y péroreront, comme si de rien n'était. Ils y dénigreront Trump et Poutine avec l'autorité qui leur échoit du fait de leur haute valeur morale.