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Actualité Monde - Page 8

  • Le nationalisme peut conduire à la guerre, mais le pacifisme plus sûrement encore

     

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    Opposer patriotisme et nationalisme, pacifisme et nationalisme, comme le fait plus ou moins inconsidérément le président Macron, ce sont des mots, des phrases, des idées en l'air et, en dernière analyse, de la propagande. Électorale, rien d’autre. 

    Il y a des personnes paisibles et il y a des personnes agressives. Ces dernières ne disqualifient pas l’universalité des personnes ... 

    Il y a ainsi des nationalismes raisonnables et paisibles, comme il y en a d'exaltés et agressifs. Et il y a des pacifismes qui conduisent à la guerre plus sûrement encore que le nationalisme le plus exalté ... 

    top-hs-6-624i-e13947929522761.jpgLorsque Hitler décida de remilitariser la Rhénanie, en mars 1936, contre l'avis de ses généraux, l'Allemagne n'était pas prête à la guerre et il confiera plus tard que si la France était intervenue alors, conformément aux traités et surtout à sa sécurité, l'Allemagne n'eût pas tenu le choc.

    Il avait sciemment parié sur l'inertie de la Rassemblement-populaire-14-juillet-1936.jpgFrance, sur le pacifisme idéologique de ses dirigeants et la suite lui donna raison. Pari gagné ! Il avait pourtant joué gros car un échec en Rhénanie aurait sans-doute stoppé l'élan de son régime et la marche â la guerre. Le pacifisme des Blum et consorts y conduisit tout droit, tout autant sinon davantage que la soif de revanche de l’Allemagne et son expansionnisme. 

    Emmanuel Macron aurait raison de faire comme Zemmour, c'est à dire de lire Bainville. Il y verrait comment l'on évite la guerre ou comment l'on y sombre, comment, si l'on ne peut l'éviter, l'on se prépare à la gagner ou à la perdre.  Macron a dit et répété que l'Histoire est tragique. Il devrait aussi savoir que ses épisodes tragiques ont toujours résulté d'une rupture d'équilibre des forces entre puissances rivales. Aucun pacifisme, aucun angélisme naïf ne l'en ont jamais sauvée. 

    Prêcher aux quatre coins du monde que le nationalisme c’est la guerre n'est rien d'autre qu'une sottise. ■ 

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    En deux mots, réflexion sur l'actualité

  • D'accord avec Mathieu Bock-Côté : « Le nationalisme n'est pas un péché »

     

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    Une réflexion qui n'a rien à voir avec le libéralisme mondialisé que prêche partout Emmanuel Macron en parfait décalage avec les réalités et les évolutions du monde actuel. Comme nous, Mathieu Bock-Côté prône limites, frontières et enracinement qui n'entraînent nullement un esprit de fermeture aux autres et au monde. mais qui, simplement, répondent au besoin de l'homme « d'habiter un pays qui ne soit pas qu'une page blanche ». [Le Figaro, 16.11].  LFAR

     

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    Il n'y avait rien de surprenant à entendre Emmanuel Macron, dans le cadre de la commémoration du centenaire de l'Armistice, dénoncer le « nationalisme ».

    Tous y ont vu, sans se tromper, une réponse à Donald Trump, qui s'en est récemment réclamé. Mais Emmanuel Macron faisait aussi tout simplement écho à la définition courante du nationalisme en France, qui l'assimile à l'extrême droite. On se souvient de la formule de François Mitterrand, qui se voulait définitive : « Le nationalisme, c'est la guerre ! »

    Mais il suffit de se dégager du contexte français pour constater que le terme « nationalisme » n'a pas partout la même connotation, ce qu'a noté Gil Delannoi dans La Nation contre le nationalisme. Même dans l'espace francophone, sa signification varie, comme on le voit au Québec, où il désigne essentiellement le combat mené au fil des siècles par les Québécois francophones pour conserver leur identité collective dans une Amérique où le fait français est minoritaire. Le nationalisme y est non seulement normalisé, mais valorisé, au-delà de la seule option indépendantiste. On pourrait dire la même chose du nationalisme irlandais, polonais ou de celui des pays Baltes - ces peuples ont dû conquérir leur indépendance. Les petites nations savent très bien qu'elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour défendre leur droit d'exister.

    Il se pourrait toutefois que la condamnation du nationalisme, chez Emmanuel Macron, aille bien plus loin que sa dénonciation habituelle. Car ce n'est pas la première fois que celui-ci, croyant s'en prendre au nationalisme et ses excès, prend en fait pour cible la nation en elle-même. On se souvient de sa déclaration quelque peu contre-intuitive au moment de la présidentielle, lorsqu'il avait affirmé que la culture française n'existait pas ou plus récemment, de sa caricature de la psychologie française qui serait celle de « Gaulois réfractaires ». Même les pages glorieuses de l'histoire nationale sont gommées, avec l'effacement symbolique de la victoire française lors de la Grande Guerre au profit d'un mythique siècle d'amitié franco-allemande.

    Ce zèle antinationiste, pour emprunter le néologisme de Pierre-André Taguieff, se confirme, par effet de contraste, dans l'enthousiasme européen du président. L'appel lancé à la constitution d'une souveraineté européenne, parachevant la désincarnation politique des nations, se complète maintenant avec celui pour une armée européenne. On pourrait voir là un appel à l'Europe puissance, mais l'Europe macronienne semble terriblement décharnée. Elle a moins l'allure d'une civilisation se constituant politiquement que du stade intermédiaire dans la construction d'une cité universelle, où pourrait s'épanouir une « overclass » enfin délivrée de ses obligations envers une communauté politique particulière et se percevant elle-même comme une aristocratie planétaire.

    « Si le nationalisme lui-même ne cesse de se recomposer (...), c'est qu'il permet à l'homme d'habiter un pays qui ne soit pas qu'une page blanche »

    C'est probablement là que se confirme le caractère radical d'un certain progressisme. On y retrouve une conception de la modernité qui présente la diversité humaine, celle des peuples, des religions et des civilisations, comme un moment transitoire dans une longue histoire censée aboutir à une humanité réconciliée sous le signe de la cité universelle. L'homme n'aurait cessé d'élargir au fil des siècles et des époques ses cercles d'appartenances. Viendra un jour où il saura se passer de frontières et de demeure - tel est le pari du progressisme. L'homme trouverait sa rédemption dans une adhésion militante au parti du mouvement, qui le purgerait d'un enracinement qu'on fait rimer avec encrassement.

    Mais cette histoire a surtout les traits d'un fantasme destructeur. Gabriel Marcel l'a déjà dit de manière lumineuse : « À la base de l'activité des révolutionnaires […] gît cette conviction monstrueuse : ce que nous détruisons peut se remplacer, nous avons quelque chose à mettre à la place. » Si le conservatisme renaît en notre temps, c'est d'abord à la manière d'une prise de conscience de l'intime fragilité du monde. On ne saurait présenter nos patries comme des constructions sociales purement artificielles, bêtement transitoires, toujours déjà périmées, qu'on pourrait démonter à loisir. L'homme a besoin de croire au monde qu'il habite.

    Et si le nationalisme lui-même ne cesse de se recomposer, au-delà des définitions polémiques qu'en donnent ceux qui veulent en finir avec lui, c'est qu'il permet à l'homme d'habiter un pays qui ne soit pas qu'une page blanche - un pays s'inscrivant sous le signe de la continuité historique. Et sachant que l'histoire n'accouchera ni demain ni après-demain d'un monde homogène, les peuples sont en droit de demander à leurs dirigeants de défendre leurs intérêts sans basculer dans une forme de messianisme sacrificiel les poussant à s'abolir pour une idole idéologique déracinée qui n'est qu'une contrefaçon de l'humanité.  

    Mathieu Bock-Côté        

    Le-nouveau-regime.jpgMathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (éd. VLB, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (éd. Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille (éd. Boréal, 2007). Ses derniers livres : Le multiculturalisme comme religion politiqueaux éditions du Cerf [2016] et le Le Nouveau Régime (Boréal, 2017). 
  • Où Simone Weil pointe l'une des maladies les plus dangereuses de l'âme et des sociétés humaines ...

     

    « L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine…

    Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines. »  

    Simone Weil

    L'Enracinement - Prélude à une  déclaration des devoirs envers l'être humain, Gallimard (Folio)

  • Quel ordre international ?

     

    Par Mathieu Épinay* 

    Géo-politique. Derrière les mots de bilatéralisme et de multilatéralisme, se cachent des luttes d’influence qui peuvent devenir terribles. 

    Le 24 septembre, dans un discours prononcé d’une voix grave et calme, le président Trump s’est expliqué devant l’assemblée générale des Nations unies : « Nous rejetons l’idéologie du globalisme et nous embrassons la doctrine du patriotisme ». « L’Amérique choisira toujours l’indépendance et la coopération plutôt que la gouvernance globale, le contrôle et la domination ».

    Après lui, dans un état d’extrême excitation, le président de la République française martèle des incantations incongrues, en frappant le pupitre de ses petits poings rageurs : « La France sera là pour rappeler au monde que le fracas des nationalismes conduit toujours vers l’abîme ».

    Deux discours, deux pensées politiques

    B9717040847Z.1_20180925205907_000+G9CC3RBB9.2-0.jpgTrump s’adresse aux Américains qui l’écoutent et attendent de lui qu’il les défende, America first, c’est son job après tout. Trump vante les résultats de son administration ; l’assemblée rit ; il s’en amuse ; la presse parisienne jubile : Trump est la risée du monde ! Mais Trump est puissant et le monde le sait. Et voici que Macron proclame : « Je viens d’un pays qui a fait beaucoup d’erreurs, beaucoup de mauvaises choses ». Mais de quoi parle-t-il ? Qui est-il pour humilier la France que les puissances d’argent lui ont livrée et qu’il veut fusionner dans un Reich européen ? Imagine-t-on Poutine cracher ainsi sur les Russes, Merkel sur la Prusse, Rohani sur les Perses ? Non, Macron ne fait pas rire à l’assemblée générale des Nations-unies.

    Pire, il dénonce « la loi du plus fort », « la voie de l’unilatéralisme qui nous conduit au repli et au conflit ». Au delà de ces mots vides de sens, « repli », « unilatéralisme », c’est là une immense hypocrisie qui ne fait décidément rire personne dans l’auditoire où le souvenir des bombes françaises sur Belgrade, Bagdad, Tripoli ou Damas et de l’immense gâchis à Kaboul est vivace. Toutes choses que Macron et ses protecteurs n’ont pas dénoncées comme « leurs erreurs…, de mauvaises choses » ?

    S’agissant de la Cour pénale internationale, Trump déclare : « Nous n’abandonnerons jamais la souveraineté des États-Unis à une bureaucratie mondiale non élue et non responsable». Sur le commerce et les « intolérables distorsions du marché chinois »…, « l’Amérique agira toujours dans son intérêt national ». C’est clair.

    Au contraire, Macron, valet de la « fortune anonyme et vagabonde », chantre du nomadisme et du citoyen hors-sol, fustige « un traitement bilatéral de nos différents commerciaux » et « un nouveau protectionnisme ».

    Le réalisme politique

    Pourtant, il faut nous défendre de mauvais produits, fabriqués sans respect de l’environnement par des malheureux sans protection sociale et importés par des trafiquants sans scrupules dans une Europe sans frontières. Il faut aussi nous défendre de cette déportation massive par d’autres trafiquants, armateurs de bateaux négriers en Méditerranée, qui vident l’Afrique des forces vives dont elle a besoin, avec la connivence d’employeurs qui les utilisent pour tirer les salaires vers le bas et d’idéologues qui croient submerger ainsi les fondements spirituels de l’Europe.

    Oui, les peuples, nous aussi, avons besoin de protection, même si ce protectionnisme réduit les marges des multinationales. On ne peut pas appliquer les mêmes règles commerciales à la Chine, au Mali, à l’Allemagne ou au Canada. Nos différents commerciaux exigent un traitement bilatéral. Même le CETA, sinon c’est n’importe quoi !

    Une semaine avant les jacasseries pathétiques de Macron sur le multilatéralisme – n’est pas Talleyrand qui veut –, la Russie et Israël donnaient une leçon magistrale de bilatéralisme dans une affaire dramatique qui aurait pu encore s’aggraver. La nuit du 17 septembre un missile syrien abattait un Illiouchine 20, quadrimoteur de surveillance des forces russes, près de Lattaquié ; Les 15 membres d’équipage étaient tués. Juste avant, quatre chasseurs israéliens avaient frappé un dépôt d’armements « destinés au Hezbollah », paraît-il. Un défaut de coordination de leur centre d’opération qui avait prévenu tardivement les Russes sans localiser précisément les avions, n’a pas permis d’éloigner l’Illiouchine de la zone d’attaque. La DCA syrienne en surchauffe a envoyé un missile sur l’avion russe pris pour un chasseur israélien. Il n’y a pas ici de provocation ou, comme un communiqué russe l’a prétendu, de manœuvre des pilotes israéliens pour se masquer derrière l’avion russe, techniquement impossible, tactiquement dangereux. Il s’agit bien d’une accumulation d’erreurs et de déveine.

    Quoiqu’il en soit, malgré l’embarras des deux parties qui conforte la thèse d’un accident, les Russes ont décidé la livraison aux Syriens des redoutables missiles S300, naguère suspendue sur demande israélienne. Ils seront synchronisés avec les systèmes de défense des Russes qui, en clair, en auront le contrôle. Tsahal devra se méfier !

    Plus au Nord, la poche d’Idlib, envahie par l’armée turque, refuge des derniers islamistes, constitue un baril de poudre et un abcès inacceptable pour la Syrie. En France les imbéciles relancent des menaces de frappes en cas d’attaque chimique par Assad et à Idlib les islamistes préparent les montages vidéo qui permettront d’y faire croire.

    Photo-monde-8.jpgLas, Poutine a anticipé ; autour de la poche d’Idlib il vient de signer chez lui un accord avec Erdogan. Une zone tampon autour de la poche d’Idlib va être démilitarisée et les voies de communication réouvertes. Cet accord bilatéral – encore un, Monsieur Macron ! – est issu du processus de Sotchi que le quai d’Orsay voulait torpiller au bénéfice de celui de Genève, piloté par « les pays-des-droits-de-l’homme ». C’est raté, et M. Le Drian ne peut rien faire d’autre que louer cette « désescalade » avec son homologue turc.

    Il manque à la France un chef à la hauteur de sa politique. Trump ou Poutine qui, indépendamment de l’enthousiasme ou de l’aversion qu’ils suscitent, sont, eux, de vrais chefs d’État. À leur manière. Certes, pas pour nous, mais pour leur pays.     

    Mathieu Épinay

    * Collectif de spécialistes des questions de Défense
  • Comment le vin syrien devient un acte de résistance

    Le domaine Mont Bargylus 

    Par Antoine de Lacoste 

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    A 60 kilomètres à l’est de Lattaquié, la grande ville alaouite qui fait face à la Méditerranée, dans le village de Deir Touma, deux frères libanais s’obstinent à cultiver la vigne et à produire un vin de qualité.

    Le domaine est situé sur le Mont Bargylus et porte d’ailleurs son nom. Ce mont (appelé aujourd’hui Jebel al-Ansaryé) s’étend de la vallée de l’Oronte, près d’Antioche (ce berceau du christianisme que le Front Populaire offrit honteusement à la Turquie) jusqu’à Homs.

    On y cultive la vigne depuis au moins 2000 ans et Pline l’Ancien le cite.

    2.-Intro_Les-vignobles-de-la-famille-JRS-4-600x450.jpgC’est là que les frères Saadé (photo), Karim et Sandro, ont décidé en 2003 de replanter des vignes. Les cépages sont classiques : Syrah, Merlot et Cabernet-Sauvignon pour le rouge, Chardonnay et Sauvignon pour le blanc.

    L’endroit n’était pas inconnu pour cette famille grecque-orthodoxe. Le grand-père, Rodolphe, y cultivait des agrumes, des olives et du coton. Mais lors de la brève fusion entre la Syrie et l’Egypte, tous ses biens furent nationalisés en 1960 sur décision de Nasser. Rodolphe quitta alors la Syrie pour le Liban. La famille se reconvertit dans le transport maritime avec une éclatante réussite.

    Toutefois, l’amour du vin tenaille la nouvelle génération incarnée par Karim et Sandro. Ils pensent acheter un grand cru dans la Bordelais, mais décident finalement de rester fidèles à leurs racines. Ils investissent dans un grand domaine dans la plaine de la Bekaa au Liban, appelé Marsyas.

    L’aventure syrienne fut plus complexe, mais le gouvernement syrien appuya la démarche et un décret ministériel, taillé sur mesure pour le Bargylus, permit de lancer l’exploitation. Des professionnels français sont venus former les employés locaux et conseiller les deux entrepreneurs.

    DDB-R2006.jpgLa guerre a failli tout remettre en cause. Les islamistes ont occupé des villages non loin de domaine et des obus ont atteint les vignes. Surtout, il n’est plus possible pour les deux frères de se rendre en Syrie. Même si les combats se sont éloignés grâce aux succès de l’armée syrienne, les risques d’enlèvement sont trop grands.

    Alors on travaille depuis Beyrouth et la Bekaa. Les vendanges sont organisées au téléphone. Des échantillons sont convoyés depuis la Syrie pour les goûter et prendre les bonnes décisions de vinification. Rien ne décourage les Saadé qui considèrent que la culture du vin est un acte de résistance face à la menace islamiste.

     D’ailleurs Deir Touma, le nom du village, veut dire Couvent de Thomas. Les moines aussi se sont beaucoup occupé de la vigne au Proche-Orient. Il est heureux que cette tradition perdure. ■

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Cancer mondial métastasé des Bourses, des banques et des économies

    Par Marc Rousset    

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    Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, la dette américaine a augmenté de 1.700 milliards de dollars, pour atteindre 21.700 milliards.

    Trump fait penser au président Hoover qui disait, pendant la crise de 1929, que la prospérité était au coin de la rue : « Nous allons commencer à nous acquitter de notre dette, nous avons une grande dette. »

    En fait, la dette américaine, de 2010 à 2017, a explosé de 8.590 milliards de dollars avec Obama et va exploser de 4.780 milliards de dollars, de 2018 à 2021, avec Trump ! Les 1.500 milliards de dollars des crédits étudiants aux États-Unis, le second segment du crédit à la consommation après le crédit hypothécaire, affiche des taux d’impayés de 10 %, contre 1,1 % pour le crédit hypothécaire et 4 % pour le crédit auto. Trump a beau s’époumoner, la bulle du Dow Jones, aujourd’hui à 25.307, s’est envolée de 38 % entre novembre 2016 et novembre 2018, le déficit commercial américain continue de se creuser avec la Chine tandis que la Fed envisage une quatrième hausse des taux pour le mois de décembre.

    « L’Italie va droit dans le mur », selon Lorenzo Bini Smaghi, ancien membre du directoire de la BCE. Comme la France, l’Italie a besoin d’une politique de redressement de l’offre des entreprises, pas d’une stimulation de la demande. La croissance ralentit, le déficit budgétaire augmente, le taux d’emprunt à dix ans approche les 3,4 % tandis que la démographie chute, que les investissements baissent avec une productivité insuffisante.

    En Chine, l’indice CSI 300 de Shanghai a perdu plus de 25 % depuis le début de l’année et 20 % des titres « technologiques » de la Bourse de Shenzhen ont déjà perdu plus de 50 % de leur valeur. L’économie chinoise traverse un passage à vide avec une dette colossale, une bulle immobilière et une monnaie affaiblie. L’immobilier a plus que doublé en dix ans et les capitaux fuient le pays. Le taux de croissance n’est plus que de 6,5 %, soit le taux de la crise financière mondiale des crédits « subprimes », alors que la Chine, depuis 2008, a injecté dans son économie des centaines de milliards de dollars de crédits bancaires.

    Le stress test des banques européennes relève de la fumisterie médiatique. Douze banques européennes représentent 40 % des actifs totaux du secteur avec des capitaux propres inférieurs à 9 % des actifs (Société générale 7,61 %, Deutsche Bank 8,14 % avec un bénéfice en chute libre de 229 millions d’euros entre juillet et septembre, BNP Paribas 8,64 %). Les banques françaises détiennent pour 277 milliards d’obligations italiennes, 79 milliards pour l’Allemagne, 69 milliards pour l’Espagne, soit une exposition, pour les banques de ces trois pays, de 425 milliards aux obligations italiennes. La banqueroute des banques italiennes pourrait mettre en difficulté de très grandes banques en Europe et provoquer l’éclatement de la zone euro.

    Les achats d’or des banques centrales (Turquie, Chine, Kazakhstan, Inde, Pologne…) atteignent des niveaux record, anticipant un système monétaire international qui s’éloigne du dollar, tandis que la Banque de Russie, qui détient d’ores et déjà 2.036 tonnes d’or, continue de se débarrasser de ses obligations américaines. En Allemagne, la demande d’or du public vient de passer de 17 à 100 tonnes par an. Le ratio Dow Jones/prix de l’once d’or est de l’ordre de 20, alors qu’il était de 6 en 2011 et de 1 en 1980. Seul un krach boursier avec envol du prix de l’or pourra rétablir les anciens ratios.

    La politique monétaire américaine de la Fed (dollar fort et hausse des taux d’intérêt) pourrait déstabiliser les pays émergents et la zone euro, à six mois des élections européennes, tandis que l’endettement mondial, pour des raisons diverses selon les pays (laxisme social, nombre pléthorique de fonctionnaires, coût démentiel et suicidaire de l’immigration extra-européenne..), pourrait se traduire, par exemple, par un krach bancaire et boursier en Italie avec des conséquences en chaîne jusqu’à Wall Street, en Asie, au Japon et en Chine.

    La mort, comme nous l’a si magnifiquement montré Bergman dans Le Septième Sceau, ne fait pas crédit éternellement…  ■  

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    Économiste
    Ancien haut dirigeant d'entreprise
  • Trump, la stratégie gagnante ou la défaite des médias

     

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    Les élections américaines de mi-mandat se soldent en fait par un succès pour Trump. Et les médias ne s'en remettent pas. 

    Ils avaient cru – et affirmé - son élection impossible. Lorsqu'il fut élu, ils ont parié sur son échec, assuré qu'il ne pourrait pas gouverner, espéré et prédit sa destitution, etc. Ces dernières semaines, ils attendaient encore de l'opinion américaine une sanction envers Trump, un grand rejet, une vague bleue démocrate. Elle n'est pas venue. Les Républicains ont conforté leur majorité au Sénat. Les Démocrates n'auront gagné à la Chambre des Représentants qu'une majorité de vingt-six sièges. Au lendemain du scrutin, Le Figaro titre : « Trump en position de force pour 2020 ».

    C'est la défaite des médias. Dès hier matin, ils sont passés illico à autre chose.  

    15536310.jpgL'action politique de Trump, c'est, en un sens, la stratégie Buisson à la sauce américaine : aller au peuple enraciné contre les bobos mondialisés. Trump et Buisson pensent l’un et l’autre que lorsqu’il a un leader qui parle en son nom, qui parle pour lui, le peuple est gagnant. Et son champion, en même temps …   

    XVM30528350-ddf5-11e8-922b-33a252f100b3.jpgC'est la stratégie gagnante un peu partout dans le monde en ce moment. Et c'est, assez exactement, l'inverse de la stratégie Macron, dont il ne se rend pas compte qu'elle le coule …  

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    En deux mots, réflexion sur l'actualité

    La une du Figaro d'aujourd'hui ...

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  • Brésil : Bolsonaro, ce président que les médias adorent nazifier

    Manifestation anti-Bolsonaro, Paris, octobre 2018. Sipa 

    Par Alexandre Del Valle

    Un point précis, détaillé, documenté et fort bien vu, sur les élections brésiliennes qui viennent de se conclure par la victoire de Jair Bolsonaro.  Initialement paru dans Causeur (le 29.10), dont nous conseillons toujours le lecture, cet article nous a paru devoir être repris pour les lecteurs de Lafautearousseau

    AVT_Alexandre-Del-Valle_4467-758x506.jpgNon, il ne compte pas établir un Reich sud-américain 

    La presse occidentale, majoritairement pro-Lula, ne dit presque jamais que le « Parti-Etat PT (Parti des travailleurs) » a plongé le Brésil dans la pire crise économique depuis cinquante ans : chômage de masse, paupérisation, insécurité endémique, méga-corruption et chaos en perspective sur le « modèle » du Venezuela « bolivariste », référence suprême du PT avec Cuba… « On ne veut plus jamais de la gauche, car c’est elle qui a coulé le pays, On est dans la rue parce qu’on souhaite du changement ! », ont crié ces dernières années, mois et semaines des millions de Brésiliens descendus manifester dans les rues leur exaspération. 

    Comme on pouvait s’y attendre, si cette ébullition nationale anti-PT – qui explique le succès de Bolsonaro – n’a pratiquement pas été relayée dans la presse occidentale, en revanche, les manifestations bien moins massives de la gauche antifa et des anti-Bolsonaro ont été surmédiatisées et commentées positivement. Pourtant, les pancartes et slogans des millions de manifestants pro-Bolsonaro (souvent deux millions rien qu’à Rio de Janeiro) auraient pu donner une indication du « printemps brésilien » aux tonalités « dégagistes » qui allait annoncer la fin du Parti des Travailleurs et donc l’échec cuisant de son candidat, Fernando Haddad : « PT fora » (« PT dehors »).

    LULA-CARCEL.jpgComme l’illustre bien ce slogan, Bolsonaro incarne moins un « retour de la dictature militaire » – comme l’a écrit la presse européenne – qu’une révolte nationale massive visant à mettre fin au règne sans partage du « Parti-Etat PT » (« Partido-Estado PT »), à sa corruption endémique, à l’insécurité terrifiante (64 000 assassinats annuels) et à la crise économique sans précédent. Ce rejet du Parti des Travailleurs s’est manifesté de façon très nette et massive dès 2014, lorsque des millions de Brésiliens ont exigé la destitution de Dilma Rousseff et l’emprisonnement d’Ignacio Lula da Silva (photo).

    Bolsonaro, un «militariste-raciste-fasciste-homophobe-misogyne»?

    Certes, le « Trump tropical », tel qu’on nomme souvent Jair Bolsonaro, est coutumier des propos outranciers, notamment lorsqu’il répond aux attaques de ses adversaires, lorsqu’il appelle à « liquider les criminels », lorsqu’il affirme qu’un « policier qui ne tue pas n’est pas un bon flic », lorsqu’il définit le PT comme le « parti du crime ». En ce sens, il est bien un populiste car ses promesses de campagne visant à abaisser l’âge de la majorité pénale ; à exempter les policiers de poursuites judiciaires quand ils utilisent leurs armes de service et à « dégager les corrompuscomplices du crime », résonnent comme des mesures de salut public pour une majorité de Brésiliens.

    Il est vrai que durant cette campagne, pour laquelle le Net et les réseaux sociaux ont joué un rôle primordial, au moins autant que pour l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, moult fake news et rumeurs violentes ont été lancées de part et d’autre. Toutefois, les médias occidentaux n’ont presque évoqué que celles attribuées au camp « populiste » par le candidat de gauche (PT) Fernando Haddad. Celui-ci a par exemple accusé Bolsonaro d’être « responsable des agressions racistes » qui auraient été commises par certains de ses « supporters nazis » contre des militants de gauche ou LGBT. Or il se trouve que nombre de ces « infos » étaient en fait des montages. On peut citer pour exemple l’affaire (7 octobre 2018) de la jeune militante LGBT qui a accusé des partisans de Jair Bolsonaro de l’avoir agressée avant de lui graver une croix gammée sur le ventre. La police a beau avoir rapidement démontré que la « victime » avait inventé de toutes pièces son agression « nazie » (elle l’a d’ailleurs reconnu), le camp pro-Haddad-PT n’a cessé de dénoncer l’agression « homophobe-nazie »…

    Ce type de guerre des représentations consistant à soumettre l’autre à la « reductio ad hitlerum » est d’autant plus stupide en l’espèce que Jair Messias Bolsonaro est connu pour sa judéophilie, sa défense d’Israël et sa proximité avec les lobbies juifs et évangéliques brésiliens les plus philo-sionistes. La presse occidentale a également largement fait état – comme s’il s’agissait d’une évidence – des idées « racistes-anti-noirs et misogynes » de l’ex-capitaine, sans jamais donner la version du camp accusé, et par exemple en omettant soigneusement de rappeler que le candidat le mieux élu à Rio, le célèbre député noir Hélio Fernando Barbosa Lopes, alias « Hélio Negão », qui le soutient corps et âmes et est son ami depuis vingt-trois ans, n’a cessé de réaliser des clips de campagne avec lui et a vivement dénoncé les accusations de racisme visant Bolsonaro. 

    La fabrique du « dérapage »

    On ne rappelle jamais non plus que les deux femmes les mieux élues aux élections législatives de début octobre (en même temps que la présidentielle) sont également membres de son parti : Janaina Pascual, la professeur de droit qui initia la procédure de destitution contre Dilma Rousseff, et Joyce Hasselmann, l’animatrice de la chaîne web politique la plus consultée du pays. Certes, on peut répondre que tout cela ne « prouve rien », et qu’au contraire, la « preuve » de la haine du « capitao » envers les femmes aurait été administrée, vidéo à l’appui, en 2003, lorsqu’il lança à une députée de gauche anti-répression, Maria do Rosario : « Je ne vous violerais jamais car vous ne le méritez pas »… Or, Bolsonaro a dit ces mots malheureux juste après un débat de fond très vif au Parlement, lorsque, en réaction à un terrible viol suivi du meurtre d’une femme par un délinquant mineur, il accusa la gauche et le parti de Mme do Rosario d’être « complices » du crime et des violeurs par leur laxisme judiciaire. Loin d’être favorable au viol des femmes « non moches », l’ex-officier s’en était en fait vivement pris la députée et au PT en raison de leur hostilité à l’abaissement de la majorité pénale et aux doublements de peine (mesures phares de son programme de lutte contre l’insécurité). Et afin de tendre un piège à Bolsonaro, Maria do Rosario l’attendit dans les couloirs du Parlement en l’accusant « d’attiser les violences » par ses mesures répressives, puis d’être lui-même un « violeur », ce à quoi il répondit, hors de lui, la phrase choquante précitée.

    Comme l’explique José Carlos Sepúlveda de Fonseca, qui représente l’aile catholique-conservatrice du camp Bolsonaro, lui aussi partisan de peines renforcées en cas de viol, « dans cette élection, on a assisté à des stratégies d’inversions des réalités qui dépassent l’entendement, ceci dans le but d’empêcher le candidat de droite d’arriver au pouvoir afin de maintenir coûte que coûte la mafia du PT au pouvoir, mais le peuple brésilien ne tombe plus dans le piège et aura le dernier mot sur l’oligarchie »…

    Mutations d’un démocrate-chrétien 

    On sait que les antifascistes de profession inventent des nazis quand ils n’en ont pas sous la main, ou quand, heureusement, il n’y en a plus. Toutefois, Bolsonaro, certes, « populiste » et récemment « droitisé », n’a rien d’un SS. Celui qui a quitté depuis 30 ans l’armée en raison de désaccords avec la hiérarchie, a en effet été successivement élu sous les couleurs du Parti démocrate-chrétien, du Parti progressiste réformateur, du Parti progressiste, puis, finalement, du Parti Social-libéral (PSL). Pour ce qui est de sa « nostalgie de la dictature », elle se limite à des propos à l’emporte-pièce, très courants au Brésil, au Chili ou en Argentine, qui consistent à déclarer que sous les militaires, « les gens n’avaient pas peur de rentrer du travail ou d’aller au cinéma le soir ». Ce qui est loin d’être un appel au putsch, d’autant que Bolsonaro n’a cessé de rappeler que toutes ses réformes passeraient par le Parlement afin de restaurer une démocratie confisquée.

    Par ailleurs, si les appels à « liquider les criminels » et à « faire le ménage » peuvent choquer, les médias ont bien moins dénoncé le péril, bien réel celui-là, de l’insécurité et de la corruption incroyables qui ont ruiné le pays et en ont fait l’un des plus violents au monde : homicides, braquages collectifs (« arrastào »), viols, kidnappings, etc. Pour prendre conscience du niveau apocalyptique de la violence et de l’insécurité qui traumatisent les Brésiliens quotidiennement, citons les chiffres du rapport « Atlas 2018 de la violence » publié par le Forum brésilien de sécurité publique (FBSP) : 300 000 victimes de meurtres entre 2011 et 2015… soit 160 par jour ; 553 000 assassinats entre 2006 et 2016 (dont 10 % du fait de la police) ; 64 000 homicides rien qu’en 2017… soit plus qu’en Syrie sur une période comparable ! Enfin, à ceux qui estiment que les méthodes radicales prônées par Bolsonaro pour lutter contre ces terribles fléaux sont la marque de fabrique du « fascisme », il faut demander pourquoi n’ont-ils jamais qualifié de « fascistes-nazis » les Castro, les Chavez, les Maduro, Ortega, etc. ?

    Par ailleurs, pour comprendre l’indignation de millions de Brésiliens qui pensent que l’insécurité est la conséquence directe du laxisme judiciaire, rappelons seulement qu’au Brésil, les sentences des juges sont dérisoires pour les agressions physiques ; que les mineurs ne sont pas condamnables, ce qui a donné des idées aux syndicats du crime (recruter des tueurs non-majeurs), et que les détenus des prisons reçoivent de l’Etat chaque mois un pécule plus élevé que le salaire minimum brésilien autorisé !

    Populisme d’extrême droite ou révolution conservatrice ? 

    Ceux qui ne connaissent du Brésil que l’image exotique des plages d’Ipanema, du Carnaval de Rio de Janeiro, de la lambada ou de la samba, avec ses corps sensuels et dénudés, ne peuvent comprendre « l’autre Brésil », une société à la fois très conservatrice, foncièrement chrétienne et très européenne, notamment au Sud, peuplée de nombreux Italiens, comme les ancêtres de Jair Bolsonaro, de Gallegos, d’Espagnols ; de Portugais, de Juifs ashkénazes, de Syro-libanais chrétiens (comme le candidat Haddad) et de germaniques, dont nombre de protestants fort austères. Or, depuis trente ans d’hégémonie politique, intellectuelle et médiatique du parti des Travailleurs de Lula da Silva et Dilma Rousseff – qui ont promu le mariage gay, défendu la généralisation du droit à l’avortement (aujourd’hui très restreint), les théories du genre, le Brésil traditionnel a décidé de réagir par une sorte de « printemps conservateur-chrétien ».

    Aussi, les très puissantes églises protestantes-évangéliques, qui ont converti ces dernières décennies 35 % de Brésiliens, notamment au sein des milieux modestes, ont joué un rôle majeur dans cette « révolution conservatrice » contre « l’Etat-Parti PT ».

    La vraie face pro-totalitaire du PT et du tandem Lula-Roussef

    Emprisonné pour corruption mais présenté comme une victime en Occident du fait de son inéligibilité durant la campagne face à Bolsonaro, l’ex-président brésilien Ignacio Lula da Silva, bien moins unanimement aimé au Brésil qu’en Europe, est souvent dépeint comme un « gentil » représentant d’une gauche « réformiste ». Il est généralement crédité du « décollage » du Brésil, élément prometteur des pays émergents dans les années 1990-2000. Toutefois, pour une majorité de Brésiliens scandalisés par la corruption du PT et notamment de Lula, puis traumatisés par l’insécurité, ce « parti-Etat » incarne plutôt une extrême gauche subversive adepte d’un projet révolutionnaire et qui aurait soutenu les pires régimes rouges du Continent. Dilma Rousseff fit elle-même partie dans sa jeunesse d’une organisation terroriste marxiste : le Grupo Vanguardia, qui rêvait de répandre par la force le modèle castriste. Elle s’est certes repentie par la suite et a été présentée comme une victime de la dictature qui a sévèrement réprimé les terroristes d’extrême gauche et l’aurait torturé, mais elle n’est pas plus « modérée » au départ que les dictateurs droitistes qu’elle a combattus au nom d’un modèle totalitaire rouge.

    Les partisans du nouveau président brésilien rappellent d’ailleurs que le PT a soutenu, depuis les années 1990, l’ensemble des partis et régimes révolutionnaires violents d’Amérique latine : du Vénézuéla « bolivariste » de Chavez et Maduro, au régime cubain de Castro, sans des formations pro-terroristes liées au crime organisé comme PrimerComando de Capital ou Comando Vermelho. C’est dans ce contexte « révolutionnaire » que la fameuse Banque brésilienne BNDES créée au départ pour financer les petites et moyennes entreprises, fut détournée de ses buts par le PT afin d’investir des milliards non pas au profit des contribuables brésiliens mais pour financer des projets d’infrastructures dans les pays marxistes « amis » comme Cuba ou le Vénézuéla… Les entrepreneurs brésiliens qui ont dû subir une terrible crise économique sans recevoir d’aide de la part de l’Etat, s’en sont souvenus.

    Ordre et progrès ?

    12ae4377100e250384fb34d83d0f6.pngOn peut comprendre bien sûr que les emportements verbaux de l’ex-capitaine – qui promet aux lobbies de l’agro-business que l’on pourra « couper un arbre mort sans attendre dix ans l’autorisation », affirme que « les Indiens n’ont pas besoin de terres mais de dignité », et que les « droits de l’homme sont une invention des communistes et de l’ONU » – choquent les adeptes de la démocratie libérale ouest-européenne. Son slogan de campagne, qui fait écho au modèle des démocraties illibérales à la Orban : « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », horrifie les anticléricaux et les anti-nationalistes. Et son autre slogan : « Moins de Brasilia, plus de Brésil », fait quant à lui trembler l’administration centrale qu’il entend dégrossir. Il n’en demeure pas moins que, pour les électeurs du « capitao », la promesse de mettre « dehors » l’omnipotent Parti des travailleurs, d’en finir avec la corruption, la détermination à combattre l’insécurité délirante et l’impunité des criminels, puis la défense des valeurs nationales d’Ordre et de Progrès gravées sur le drapeau national expliquent le succès de Bolsonaro.

    Certes, rien n’assure que la promesse « d’éradiquer la corruption » sera tenue par le candidat « populiste » ou sera même seulement possible, étant donné que 40 % des députés est sous enquête et risque la prison ! Seul l’avenir confirmera si cet ex-officier, député depuis 30 ans, qui n’a aucune casserole de corruption, et qui annonce un « gouvernement de techniciens compétents », sera un meilleur président que ses prédécesseurs. Mais le pire n’est pas certain. Il suffit d’observer aux Etats-Unis les succès du « populiste » avant l’heure qu’était Ronald Reagan, puis plus récemment ceux, de Donald Trump. On est d’ailleurs habitué à être rendus « inquiets » dès qu’un « droitiste » émerge, alors que des gouvernements communistes (chinois, chiliens, vénézuéliens, cubains, etc.) sont de coutume traités avec sympathie ou extrême indulgence. Bolsonaro sera-t-il plus raisonnable qu’on le craint, notamment grâce à son conseiller et futur ministre de l’Economie et des Finances, Paulo Guedes et aux milieux d’affaire en général, qui l’ont soutenu eux aussi pour en finir avec la politique économique désastreuse du PT ? Nul ne le sait, mais les Brésiliens sont déterminés à « essayer » Bolsonaro, convaincus qu’ils sont d’avoir touché le fond avec Lula, Rousseff et même avec le président sortant, Michel Temer, lui aussi sous menace de condamnation pénale pour corruption.  ■ 

    A lire aussi dans Lafautearousseau les articles que notre confrère et collaborateur Péroncel-Hugoz a écrits sur Alexandre Del Valle pour notre quotidien ...

    Alexandre Del Valle. Le géopolitiste qui bat en brèche l’islamiquement correct depuis 25 ans [1]   et  [2]

  • Un président ne devrait pas dire ça

     En sommes-nous là ? Impasse comparative ?

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Alors qu’il commence son « itinérance mémorielle » à l’occasion du centenaire de 1918, M. Macron vient de prouver qu’il est décidément fâché avec l’Histoire.

    Il faut quand même une bonne dose de méconnaissance ou de mauvaise foi ou d’esprit partisan, ou des trois,  pour se dire « frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres » (Ouest-France, mercredi 31). M. Macron nomme ainsi les dangers qui menaceraient l’Europe : d’abord « les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique » ; ensuite « celui de se démembrer par la lèpre nationaliste et d'être bousculée par des puissances extérieures. Et donc de perdre sa souveraineté » (sic). Commençons par là : en quoi l’Union européenne (car c’est d’elle, et non de l’Europe qu’il s’agit) est-elle souveraine ? Hormis dans le domaine de la monnaie unique dont les bienfaits et les méfaits sont encore discutables, l’Union ne dispose d’aucun des attributs de la souveraineté réelle : elle n’est même pas capable de tenir ses propres frontières. La souveraineté ne relève de toute façon que des Etats et c’est seulement leur entente directe qui peut permettre de fonder une défense commune, au sens large du terme. 

    Pour le reste, et suivant la formule de Mme Lefebvre (Le Figaro, jeudi 1), il s’agit d’une « impasse comparative » ; nous ajouterons : une manipulation scandaleuse de l’Histoire à des fins politiciennes. Dans les années trente, existaient en effet en Europe deux grandes puissances impérialistes et sur-militarisées, l’Allemagne et l’Union soviétique. Des alliances, des blocs, des pays hostiles que tout poussait vers la guerre : rien de cela, aujourd’hui, aucun pays européen ne menaçant un autre pays européen. S’il existe bien une tendance hostile, c’est la réaction commune et légitime contre ce qui est perçu par tous les peuples d’Europe comme le même ennemi : l’islam. Au lieu d’ânonner que « le nationalisme, le populisme l-annee-1929.jpgc’est la guerre », le chef de l’Etat aurait dû ajouter pour dire la vérité « la guerre à l’islam conquérant » qui nous agresse tous. Curieusement, M. Macron n’y fait pas allusion ; pas plus qu’il ne voit de similitude - lui qui aime pourtant les comparaisons -  entre le rôle du capitalisme financier et spéculatif dans la crise de 1929 et celui de ce même capitalisme financier et spéculatif aujourd’hui. 

    Mais il s’agit pour notre président de revendiquer son appartenance au camp « progressiste » (dénomination qui porte sa propre condamnation quand on voit où la religion du progrès nous a menés) et d’opposer dans un manichéisme historique insensé les camps du bien et du mal. Pire qu’une réduction caricaturale, ses propos constituent une insulte inadmissible pour certains de nos voisins, amis et alliés d’Europe. En laissant croire qu’on peut les comparer aux nazis ou aux bolcheviks, dont on sait tout le mal qu’ils ont pu faire ; en les traitant de lépreux, même s’ils ne sont pas nommés. Nommons-les donc : MM. Orban, Salvini, Kurtz, Morawiecki, etc. et les peuples de Hongrie, d’Italie, d’Autriche, de Pologne, etc.. Pour les avoir anathématisés ainsi, M. Macron mérite l’opprobre : lui, le moraliste hypocrite, vient de mettre ses pas dans les pas des tricheurs de 2005, ce pays légal européiste, politiciens de droite et de gauche confondus, qui refusa de respecter le « non » du peuple au référendum sur la Constitution européenne ; il est, écrit encore fort justement Mme Lefebvre, « l'homme de ce système : la société ouverte, inclusive, du village global, des flux sans contrôle de marchandises et des hommes - catégories bientôt synonymes. » Il est donc l’homme d’un système qui porte l’entière responsabilité de l’enchaînement des causes et conséquences ayant conduit l’Union, et avec elle l’Europe, au bord du précipice : invasion migratoire, assujettissement aux marchés financiers, refus de tout ce qui devrait faire notre fierté d’être l’Europe et impuissance induite d’envisager de nous défendre sérieusement. 

    870x489_maxpeopleworld973046.jpgMais M. Macron a quand même compris quelque chose : l’échec de son parti aux élections européennes du printemps prochain pourrait bien lui causer de très gros soucis. S’il tord le cou à l’Histoire, c’est donc bien pour la mettre de son côté. Cette instrumentalisation ne trompe pourtant personne, sauf certains journalistes particulièrement incultes. Pour se rassurer, M. Macron pourra toujours se dire qu’il a le soutien de M. Hollande, lequel vient de dénoncer (Rennes, jeudi 1) le « moment très grave pour la démocratie » que constitue la « vague » populiste actuelle. « Il ne faut jamais croire que la démocratie peut être irréversible », a-t-il ajouté. M. Hollande a parfois du bon sens.  

  • Daesh inflige une lourde défaite aux Kurdes dans l’est de la Syrie

    Mohamed Ben Salman (MBS) et Donald Trump 

    Par Antoine de Lacoste 

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    Au début du mois de septembre, la coalition internationale, menée par les Etats-Unis, avait annoncé à grands renforts de publicité l’assaut final contre l’un des derniers réduits de Daesh dans l’est de la Syrie.

    C’était à Hajine, dans la province de Deir es-Zor.

    Le début de l’offensive ne s’était pas trop mal passé. Les Kurdes, regroupés avec quelques combattants arabes (anciens islamistes recrutés par les Américains) au sein des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) avaient progressé de plusieurs kilomètres. Des villages avaient été repris. Le soutien aérien américain était massif et les hommes de Daesh reculaient non sans combattre vigoureusement, comme toujours d’ailleurs.

    L’affaire semblait entendue et les Américains prédisaient que la réduction de cette poche n’était qu’une question de jours.

    Mais, comme souvent, la dure réalité syrienne a rattrapé les illusions américano-kurdes. Daesh s’était replié, certes, mais dans des terrains difficiles d’accès, parsemés de grottes, de collines et de vallées. Ses combattants attendaient le moment propice.

    Il est venu la semaine dernière à la faveur d’une tempête de sable. L’aviation américaine était clouée au sol et plusieurs centaines d’islamistes ont brutalement contre-attaqué semant la panique chez les FDS. Ces derniers ont abandonné en une journée toutes les positions conquises les semaines précédentes, laissant près d’une centaine de morts sur le terrain sans compter des dizaines de disparus. Une fois de plus, les kamikazes ont été redoutablement efficaces.

    Cerise sur le gâteau, cette petite victoire va permettre à Daesh de faire la jonction avec d’autres groupes présents en Irak, le long de la frontière syrienne.

    Les FDS ont quitté la zone et se sont repliés vers le nord. Un de leurs responsables a annoncé que des renforts étaient attendus et que l’offensive reprendrait avec de nouvelles unités. Mais il a reconnu qu’une des causes de cette défaite était la parfaite connaissance du terrain par Daesh alors que ses hommes le découvraient.

    C’est bien là tout le problème : les Kurdes occupent depuis plusieurs mois le sud-est de la Syrie qui n’est peuplé que d’Arabes. Traditionnellement, une occupation kurde est toujours totalitaire et les observateurs ont constaté que de nombreux villages arabes ont fait preuve de neutralité bienveillante vis-à-vis de Daesh tant les exactions kurdes étaient insupportables.

    Voilà bien longtemps que Russes et Syriens demandent aux Américains de retirer leurs supplétifs et de permettre à l’armée syrienne, dont c’est tout de même le pays, de pouvoir passer l’Euphrate et d’affronter eux-mêmes Daesh.

    Une tentative de mercenaires russes et afghans issus de la minorité chiite il y a quelques mois avait provoqué un violent bombardement américain. Une centaine de personnes avaient été tuées. Aujourd’hui, c’est un peu l’arroseur arrosé, et cette défaite ne doit pas faire grand peine aux Russes et aux Syriens.

    Elle repose en tout cas le problème de l’occupation de près du tiers du territoire syrien par les Américains et leurs alliés kurdes. Mais ne pas laisser les mains libres à Poutine est une obsession croissante aux Etats-Unis. Quel qu’en soit le prix.  ■

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    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Marc Rousset : Le tsunami financier sera déclenché par l’envolée des taux d’intérêt

     

    Par Marc Rousset   

     

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    Selon Claudio Borio, économiste en chef de la BRI (Banque des règlements internationaux), « il ne reste plus beaucoup de médicaments dans la pharmacie pour soigner le patient ou le soigner en cas de rechute ».

    Les nuages sont nombreux à l’horizon : guerre commerciale sino-américaine, ralentissement économique en Chine, budget italien explosif, négociations sur le Brexit, un prince assassin fragilisé en Arabie saoudite et, surtout, les premiers effets du resserrement monétaire avec des taux d’intérêt en hausse.

    Le projet de budget italien pour 2019 prévoit un déficit augmenté de 22 milliards d’euros, à 2,4 % du PIB, multiplié par 3, très éloigné des 0,8 % promis par le précédent gouvernement de centre gauche. L’ancien Premier ministre Matteo Renzi, qui était dans les bonnes grâces de Bruxelles, avait pu proposer des déficits de 2,9 % pendant trois années d’affilée. C’est la raison pour laquelle Matteo Salvini répète à qui veut l’entendre « Me ne frego » (« Je m’en fous »), le cri de ralliement des chemises noires de Mussolini pendant les années 1930. Juncker, de son côté, estime le budget inacceptable, d’où un dialogue de sourds.

    L’Italie est un véritable volcan financier car les banques italiennes détiennent non seulement 350 milliards de créances pourries (22 % du PIB), mais aussi 387 milliards d’euros de la dette publique dont la valeur s’érode, ce qui entraîne inéluctablement des pertes et la diminution de leurs capitaux propres. Les taux actuels de 3,58 % de la dette publique italienne (131 % du PIB) ont toutes les chances de s’envoler, avec une possible dégradation de la note souveraine fin octobre. L’écart avec le taux allemand à 10 ans de 0,46 % est déjà de 3,12 %. Le calme avant la tempête.

    La dette chinoise totale représente 250 % du PIB, d’où le durcissement des conditions de crédit, la diminution des investissements publics et des projets de « nouvelles routes de la soie », le ralentissement de la croissance autour de 6 %, soit son plus bas niveau depuis neuf ans, et la chute de 20 % de la Bourse de Shanghai.

    Aux États-Unis, la probabilité est grande pour que la Fed continue de resserrer la vis monétaire en vendant 50 milliards de dollars d’obligations par mois, ce qui commence à se ressentir sur les taux obligataires, désormais à 3,23 %, soit le plus haut niveau depuis 2011. La Fed souhaiterait aussi augmenter le taux d’intérêt à court terme de 2,25 % à 2,50 %, le 19 décembre, afin de prévenir l’inflation et de pouvoir baisser les taux si, demain, une récession apparaît. Trump pratique, en fait, une relance budgétaire très dangereuse de « fuite en avant » à contretemps. Les programmes militaires sont en hausse de 6 %, pour atteindre le chiffre ahurissant de 601 milliards de dollars, tandis que les impôts diminuent. Le déficit budgétaire 2019 atteindra 1.000 milliards de dollars ; l’endettement de la consommation atteint les 4.000 milliards de dollars et la dette publique devrait s’élever à 40.000 milliards en 2030, soit le double de la dette actuelle !

    Le grand krach de 1929 a commencé quand les actions s’évaluaient à trente fois leurs gains annuels. Aujourd’hui, elles représentent presque 10 % de plus. Mais il semble aussi que les taux à dix ans des obligations, après avoir chuté régulièrement pendant quarante ans depuis 1980, repartent à la hausse, ne serait-ce que pour éviter le croisement illogique des courbes d’intérêt à court terme et à long terme. Or, de 1940 à 1980, soit pendant le même laps de temps, cela avait été exactement le contraire, avec une hausse continue des taux d’intérêt jusqu’à près de 16 % en 1980. Nous sommes donc à la veille d’un gigantesque krach des actions et des obligations. Les banquiers centraux contrôlent plus difficilement les taux obligataires que les taux à court terme. Pour certains observateurs, le krach obligataire a même déjà commencé en Italie et aux États-Unis.

    Les capitaux propres des banques européennes, dans une union monétaire et bancaire incomplète, sont incapables de faire face à un krach boursier, obligataire et bancaire. Les capitaux propres de la BNP s’élèvent à 107 milliards d’euros, soit 5 % seulement des 1.960 milliards d’euros de son bilan – une taille comparable au PIB de la France. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de banques centrales, dans le monde, achètent à nouveau de l’or. Tous nos malheurs ont commencé il y a cinquante ans, lorsque Nixon annonça, le 15 août 1971, la fin de la convertibilité du dollar en or !   ■  

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    Économiste
    Ancien haut dirigeant d'entreprise
  • Le Figaro du jour a tout compris... Un vent de conservatisme souffle sur le monde, c'est un fait, et Merkel paie ses erreurs

    Ce sont les deux faits majeurs du weekend. Tous deux importants. Lequel des deux nous concerne le plus ?  

  • Massacre à la tronçonneuse

     

    par Louis-Joseph Delanglade
     

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    Rejeton d’une richissime famille d’origine ottomane, très proche dans un passé récent des services secrets séoudiens, des Frères musulmans et même de son compatriote Ben Laden, M. Khashoggi s’était exilé au Etats-Unis pour pouvoir mieux critiquer le régime de Riyad.

    Ce 2 octobre à Istanbul, il s’agissait donc somme toute d’un banal règlement de comptes. Or, l’élimination physique de M. Khashoggi par une équipe de barbouzes séoudiens a pris une dimension médiatique et internationale disproportionnée. Il faut dire que les pieds nickelés venus de Riyad n’ont pas fait preuve de discrétion ; ils auraient même démembré, certains ont dit et écrit « tronçonné », leur victime. Il faut dire surtout que M. Khashoggi était journaliste au Washington Post et que les journalistes, on le sait bien, constituent une corporation redoutable. 

    On a donc assassiné un journaliste et voilà les chefs d’Etat et de gouvernement des pays « occidentaux » sommés de prendre position contre un pouvoir décidément moyenâgeux. En Europe, comme lors de l’invasion migratoire, comme après l’accident de Fukushima, c’est encore l’Allemagne qui a pris les devants, unilatéralement (mais où est l’ « union » tant vantée par les européistes ?), en demandant la cessation de toute vente d’armes à l’Arabie séoudite : les « humanistes » niais feront valoir que Mme Merkel est décidément une bonne fille de pasteur, les économistes conséquents que l’Allemagne est moins bien positionnée sur le créneau des armes que sur d’autres, les analystes politiques que les relations de Berlin sont bien meilleures avec l’Iran qu’avec l’Arabie séoudite. L’initiative allemande agace et embarrasse la France. M. Macron semble vouloir gagner du temps et on peut le comprendre : l’Allemagne vend quatre fois moins d’armes à l’Arabie séoudite que la France et dispose d’un excédent commercial proche de deux cent cinquante milliards d’euros, excédent qui ferait rêver du côté de Bercy et qui, en tout cas, permet bien des choses. Donc, Paris s’est pour l’instant contenté d’un simulacre de boycott du « Davos du désert », M. Le Maire s’abstenant d’y participer.

    M. Trump, quant à lui, n’a pas ces états d’âme. Sans nier aucunement qu’il a bien dû se passer quelque chose de peu recommandable, il réaffirme son alliance avec Riyad, partenaire pétrolier et militaire incontournable pour les Etats-Unis, et exhibe fièrement les fabuleux contrats passés avec son allié séoudien (plusieurs centaines de milliards de dollars, paraît-il). Comment ne pas lui donner raison ? D’ailleurs on voit bien que tous ceux qui, de près ou de loin, ont quelque intérêt dans la région, entendent profiter au mieux de la situation. C’est le cas, à des degrés divers de l’Iran, de la Turquie et même de la Russie. Le discrédit jeté sur Riyad ne peut que profiter d’une façon ou d’une autre à Téhéran l’ennemi juré. Ankara, maître du jeu dans cette affaire Khashoggi, a un cruel besoin d’argent frais et de pétrole, besoin Affaire-Khashoggi-l-Arabie-saoudite-cede-a-la-pression-et-reconnait-le-meurtre-premedite-du-journaliste.jpgque l’Arabie séoudite pourrait aider à satisfaire. Moscou, enfin, qui s’est bien gardé de boycotter le tout récent « Davos du désert » (photo), a au contraire profité de l’occasion pour signer contrats (exemple : grand projet gazier dans l'Arctique russe pour cinq milliards de dollars) mais aussi accords y compris d’ordre culturel (exemple : ouverture d’une annexe du musée de l’Hermitage à Riyad). 

    Rééquilibrer et étendre sa présence dans la région comme le fait la Russie, voilà de la bonne politique. M. Macron devrait y réfléchir, plutôt que d’obéir aux injonctions de Mme Merkel ou de céder à la pression médiatique.   

  • L’affaire Khashoggi ou le cynisme occidental face à l’Arabie Saoudite

    Mohamed Ben Salman (MBS) et Donald Trump 

    Par Antoine de Lacoste 

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    Depuis le début de l’affaire Khashoggi, ce journaliste tué dans les locaux du consulat saoudien en Turquie, l’Arabie Saoudite a multiplié les mensonges.

    Après avoir affirmé que le journaliste était ressorti libre du consulat, elle a finalement admis, devant l’évidence, qu’il y était mort mais à la suite d’une bagarre. On imagine en effet aisément, alors que le journaliste venait chercher des papiers lui permettant d’épouser une Turque, ce dernier cherchant à se colleter avec les barbouzes du consulat…

    Personne ne croit à cette thèse et il semble évident que les deux jets ayant fait l’aller-retour Ryad-Istanbul le même jour transportant plusieurs membres des services secrets saoudiens, se soient déplacés pour régler le cas Kashoggi.       

    khashoggi.jpgCe dernier était un islamiste convaincu, ce que l’on oublie un peu, et ses liens avec feu Ben Laden sont bien connus. Il était ensuite devenu proche des frères musulmans, donc du Qatar, nouvel et récent ennemi de l’Arabie Saoudite de Mohamed Ben Salman (MBS). Il semble que ce soit pour éviter de faire partie de la vague d’arrestations qui a frappé le royaume l’année dernière, que Jamal Khashoggi ait préféré s’enfuir aux Etats-Unis. Il y comptait de nombreux amis, a été fort bien accueilli et, depuis, réglait ses comptes avec le régime saoudien, par de nombreux articles publiés dans le Washington Post.

    Depuis cette disparition, le monde occidental est bien embarrassé. Si sourcilleux sur le respect des droits de l’homme quand il s’agit de la Syrie, de la Russie et maintenant, pourquoi pas, de la Hongrie, peut-il passer l’éponge aussi facilement sur ce qui s’apparente bien à un crime d’Etat ?

    Alors comme d’habitude, on fait semblant : Bruno Lemaire annule sa participation au « Davos du désert » prévu à Ryad mais cela « ne remet pas en cause le partenariat stratégique avec l’Arabie Saoudite », Emmanuel Macron attend les résultats de l’enquête, le PDG de Thalès annule également son déplacement mais, rassurez-vous, le patron de la branche spatiale sera bien là...

    Ce qu’il y a de bien avec Donald Trump c’est qu’il ne se croit pas obligé de faire semblant. Ses récentes déclarations à Fox Business portent assez haut le cynisme assumé : « S’ils étaient au courant c’est mauvais. S’ils ne savaient rien, des évènements malheureux peuvent arriver ». Certes, surtout dans un consulat...Il ajoute, finaud : « Nous voulons être malins. Je ne veux pas renoncer à 110 milliards. Il s’agit d’emplois. ».

    Son amitié pour Ryad est d’ailleurs assez ancienne. Ne disait-il pas, lors de sa campagne électorale, « les Saoudiens, ils m’achètent des appartements. Ils dépensent 40, 50 millions de dollars. Je les aime beaucoup ! ». On sait prévoir l’avenir à Ryad.

    La flagornerie occidentale vis-à-vis de l’Arabie Saoudite est très ancienne, et cette affaire ne remettra pas en cause une servilité si éprouvée.

    1721332_3_336a_le-prince-salman-ben-abdel-aziz-al-saoud-ici_f1b0a799dac98037456f3743f06d594e.jpgElle embarrasse toutefois le roi Salman al-Saoud qui a écarté des cercles du pouvoir deux proches du prince héritier MBS. De plus,un des membres des services secrets saoudiens, le lieutenant Saad al-Bostani, présent au consulat, vient de mourir opportunément d’un accident de voiture à Ryad. MBS doit comprendre qu’il ne faut pas faire n’importe quoi.

    Mais que l’on se rassure : quoi qu’il arrive, au Proche Orient, les gentils sont Israël et l’Arabie Saoudite et les méchants les Iraniens et les Syriens. Ainsi en a décidé la grande Amérique.  ■ 

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Elections au Brésil : L’entrée au parlement de Luiz-Philippe d’Orléans-Bragance relance les espoirs monarchistes

     

    Par Frédéric de Natal

    7 octobre, les Brésiliens retiennent leur souffle. Tout au long de la journée, ils ont été des millions à se déplacer  pour renouveler les 513 députés du parlement et autres élus provinciaux. Les résultats tombent un à un. Le Parti Social-Libéral du candidat Jair Bolsonaro rafle la mise avec 52 sièges, se positionnant comme le premier parti d’opposition du pays juste derrière le Parti des Travailleurs qu’il talonne de peu.  Parmi tous les candidats élus, un nom a retenu particulièrement l’attention des médias. Celui d’un membre de la maison impériale. 

    42885061_1139475346212782_5193566383803203584_o-300x300.jpg« Le prince ». C’est ainsi que Luiz-Philippe d’Orléans-Bragance (photo) est surnommé par les Brésiliens. A 49 ans, ce descendant des deux empereurs du Brésil, dont la monarchie n’a pas excédé sept décennies d’existence entre 1822 et 1889, a été l’objet de toutes les passions. Notamment dans la mouvance monarchiste qui s’est largement divisée sur son engagement au côté d’un parti dirigé par un leader aux déclarations controversées. Luiz-Philippe a été de tous les combats politiques. En septembre 2016, il précipite même avec son mouvement politique, Acorda Brasil, la chute de la présidente Dilma Rousseff, destituée lors d’un vote parlementaire. Le destin de cet entrepreneur, partisan d’une économie libérale, est en marche. 

    Derrière lui une « machine de guerre » prête à suivre ce membre de la dynastie impériale qui incarne le renouveau du monarchisme brésilien, moribond depuis l’échec de la restauration de l’empire lors du référendum de 1993. Lorsqu’il annonce son engagement au côté de Jair Bolsonaro, le prince a déjà fait éditer un livre à succès quelques mois auparavant Pourquoi le Brésil est-il un pays arriéré? – que faire pour entrer enfin au XXIe siècle et a participé à toutes les manifestations anticorruptions. 

    Friands de réseaux sociaux, les monarchistes sont extrêmement bien organisés et vont rapidement couvrir autant la campagne du prince que celle du Parti-Social Libéral (PSL). Notamment parmi les plus conservateurs d’entre eux, ce que l’on nomme les Vassouras, du nom de cette branche qui revendique le trône et dont  l’octogénaire Louis-Gaston est le chef de la maison impériale. Dans le sang de Luiz-Philippe coule celui de Louis-Philippe Ier, roi des Français. Il n’hésite pas à mouiller ses chemises, multiplie les meetings et les conférences en caméra sur Facebook. Pressenti pour être même le futur vice-président au côté de Bolsonaro, le prince marque des points. Sa famille aussi. Le 3 avril, Dom Bertrand, le frère du prétendant au trône, appelle autant ses partisans que ses concitoyens à « prendre les rues du Nord au Sud du Brésil ». 

    Bresil-le-candidat-d-extreme-droite-Jair-Bolsonaro-peut-il-l-emporter.jpgDiscrètement et sans prendre position afin de rester dans le principe de neutralité qui s’impose, la famille impériale s’est lancée dans la bataille. Refus du mariage pour tous, critique de l’avortement, défense de la religion catholique, le Parti des Travailleurs, une extrême-gauche responsable de tous les maux du pays. Le programme de Jair Bolsonaro (photo) auquel adhère le prince Luiz-Philippe qui répète, lors de toutes ses interview et à satiété, qu’il est « un homme libre ». Non dynaste suite au mariage inégal de son père, il préserve ainsi la famille impériale de toutes collusions avec le PSL dont il porte les couleurs mais ne se prive pas de prendre la parole en pleine rue. Lors d’une importante manifestation pro-vie, 2 jours avant le scrutin, le prince Dom Bertrand a harangué ses partisans du haut d’un char, dont la plupart était habillée d’un tee-shirt orné du portrait de Bolsonaro et agitait l’ancien drapeau impérial. Une proximité entre le PSL et la branche des Vassouras difficile à ignorer. D’ailleurs le communiqué officiel de la maison impériale, à la veille du scrutin, ne faisant pas mystère de son choix, « invitant tous les monarchistes et tous les Brésiliens à empêcher une nouvelle dictature vénézuélienne de s’installer au Brésil ». 

    112 000 voix plus tard, le nouveau député de Sao Paulo entend porter la voix d’un nouveau Brésil conservateur  et de l’idée monarchique au sein d’un hémicycle qui a brisé le blason de sa maison lors d’un coup d’état. « La monarchie, qui a bien plus de vertus que la République, fait partie de l’identité nationale. Plus nous nous éloignons de cette identité, plus l’état se désagrège » déclare le prince Luiz-Philippe, mandaté par  le « Trump brésilien » pour aider à la rédaction d’une nouvelle constitution. Un nouveau pari sur l’avenir pour les Vassouras, décidément bien proches de Jair Bolsonaro.    

    Initialement publié sur le site de L’incorrect.