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Actualité Monde - Page 4

  • Éric Zemmour : « Bouteflika, symbole du mal-être de l'Algérie »

     

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    CHRONIQUE - Le président algérien incarne aujourd'hui le chantage exercé par une camarilla d'affairistes et de militaires : Bouteflika ou la guerre, version algérienne du très gaullien « Moi ou le chaos ». (Figaro Magazine du 1.03). Mais surtout, Zemmour dénonce ici « les lois (...) qui permettront demain à des millions d'Algériens de venir retrouver un frère, un père, un cousin résidant déjà en France. Une invasion légale qu'avait prophétisée il y a des décennies le lointain prédécesseur de Bouteflika, Houari Boumediene ». L'essentiel est dit. Et le plus grave.  LFAR

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    « Bouteflika moribond, momie mutique, passant sa vie de pantin désarticulé entre Alger et Grenoble, où réside son médecin traitant. »

    Dans les traditions du Maghreb, le chiffre 5 est censé porter bonheur. Les mères bénissent leurs enfants les doigts grands ouverts au-dessus de leurs têtes, ou leur accrochent autour du cou des pendentifs en forme de main. En Algérie pourtant, depuis quelques jours, des manifestations vouent aux gémonies ce chiffre 5. Le porte-bonheur est devenu symbole du malheur algérien. Du mal-vivre de tout un pays gangrené par une démographie exubérante, la corruption endémique, l'aliénation à une économie de rente, fondée sur les deux seules richesses du pays, le pétrole et le gaz. Le chiffre 5, comme le 5e mandat présidentiel que s'apprête à solliciter un Bouteflika moribond, momie mutique, passant sa vie de pantin désarticulé entre Alger et Grenoble, où réside son médecin traitant.

    abdelfatah-hamadache.jpgBouteflika a symbolisé à son avènement la fin de la guerre civile des années 1990 et la défaite improbable des islamistes. Bouteflika incarne aujourd'hui le chantage exercé par une camarilla d'affairistes et de militaires : Bouteflika ou la guerre, version algérienne du très gaullien « Moi ou le chaos ».

    Quand on parle de l'Algérie, le spectre du général de Gaulle n'est jamais loin. Bouteflika fut ministre du gouvernement Ben Bella en 1962 à l'indépendance algérienne. Il avait 25 ans et était une des vedettes de la dolce vita algéroise de l'époque !

    Bouteflika incarne ce FLN à qui le Général a livré l'Algérie, alors même que l'armée française avait gagné la guerre sur le terrain. Des adversaires impitoyables qui exécutèrent par milliers opposants politiques et harkis fidèles à la France, et chassèrent violemment les pieds-noirs (« la valise ou le cercueil »), alors qu'ils auraient pu stabiliser l'État et l'économie du nouveau pays, à l'instar de ce que fit Mandela avec les Blancs d'Afrique du Sud. Un FLN qui, dès les années 1960, au temps de Boumediene, refusa de prendre des mesures de répression démographique à la manière chinoise, au nom d'une politique de puissance qui a étouffé tout développement économique. Un FLN enfin qui engagea l'arabisation de l'éducation pour extirper les traces de la colonisation française, et fit ainsi le lit des enseignants islamistes.

    ob_576ab5_boumediene-c-dr.jpgAprès que l'armée eut gagné la guerre civile, Bouteflika, au nom de la réconciliation nationale, a ouvert les prisons et donné les clés de la société aux islamistes, préparant leur victoire politique future. Il ne faut jamais oublier que la bataille du FLN contre le colonisateur français se fit au nom de l'islam contre « les infidèles ». Des infidèles chez qui toute l'Algérie a pris l'habitude de se faire soigner et de déverser son trop-plein démographique depuis cinquante ans - alors que de Gaulle avait accordé l'indépendance à l'Algérie pour que son village ne devienne pas Colombey-les-deux-Mosquées. Des infidèles assez fous pour avoir multiplié les lois (dans la lignée des accords d'Évian, jamais abrogés) qui permettront demain à des millions d'Algériens de venir retrouver un frère, un père, un cousin résidant déjà en France. Une invasion légale qu'avait prophétisée il y a des décennies le lointain prédécesseur de Bouteflika, Houari Boumediene…    

  • Algérie : derrière les immenses manifestations de rejet de la candidature de Bouteflika, le saut dans l’inconnu est assuré*

     

    Par Bernard Lugan,
    Historien et spécialiste de l’Afrique.
    oooooooooooooo 

    3499426859 - Copie.jpgLa candidature à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, mort-vivant muet et paralysé dont les sorties, sanglé sur un fauteuil roulant, relèvent du pathétique, passe très mal en Algérie.

    L’ampleur des manifestations de rejet de cette candidature et, avec elle, de tous les profiteurs du régime, FLN en tête, est telle, qu’à moins d’un retournement de situation, le temps de survie du clan Bouteflika semble compté. D’autant plus que les forces de sécurité paraissent gagnées par le doute et que l’armée n’est plus un bloc monolithique. 

    830x532_manifestation-alger-contre-5e-mandat-president-bouteflika-22-fevrier-2019.jpgQuoiqu’il en soit, c’est d’une Algérie ruinée et divisée dont vont hériter ceux qui auront la très lourde tâche de tenter d’éviter le naufrage d’un pays fracturé entre arabisme et berbérisme avec, en arrière-plan, les islamistes en embuscade. Comment pourront-ils redresser un pays frappé au cœur par l’épuisement de ses réserves pétrolières quand 60% des recettes budgétaires et 95% des recettes en devises dépendent des hydrocarbures ? Selon l’Office national des statistiques en date du 12 janvier 2019, durant le 3° trimestre 2018, la branche des hydrocarbures dans son ensemble a baissé de 7,8%, la production de pétrole brut et de gaz naturel a décliné de 3% et le raffinage de pétrole brut de 12%.

    La baisse de la production des hydrocarbures et les variations des cours font que les recettes baissent et que l’Etat doit donc puiser dans ses réserves de change pour financer ses importations. Comme l’Algérie ne produit rien, ou alors en quantités insuffisantes, elle doit en effet tout acheter sur les marchés extérieurs, tant pour nourrir, qu’habiller, qu’équiper ou que soigner sa population.

    Les réserves algériennes de change qui étaient de 170 milliards d’euros en 2014, avant l’effondrement des cours du pétrole, ne sont plus que de 62 milliards au début 2019 et, selon les projections, elles atteindront 34 milliards en 2021.

    Dans ces conditions, comment l’Etat pourra-t-il acheter la paix sociale avec une croissance démographique gommant toute possibilité de développement ? Comment relever une Algérie au bord de l’explosion avec un taux de chômage des jeunes atteignant au moins 40%, une immense misère sociale, une industrie inexistante, une agriculture ruinée, un système bancaire d’un autre temps et une administration apoplectique ?

    Comment faire redémarrer une Algérie pillée par la nomenklatura satrapique enkystée autour du clan Bouteflika et qui, entre 2000 et 2015, avant donc l’effondrement des cours, a « dilapidé » les 600 milliards de dollars rapportés par la vente des hydrocarbures, dans des « flux sortants » de plusieurs centaines de milliards de dollars auxquels s’ajoutent plus de 100 milliards de dollars dépensés « à la discrétion des gouvernements » (El Watan 31 janvier 2016), délicat euphémisme servant à habiller l’opacité de leur destination… ?.  

    Comme personne ne voudra revendiquer un tel héritage, nul ne voulant associer son nom aux décennies de mise des ressources publiques au service d’un clan familial, la rupture est donc annoncée. Au profit de qui ? L’avenir peut être proche nous le dira. 

    Bernard Lugan

    dimanche 24 février 2019 

    * Voir mon livre Algérie, l’histoire à l’endroit.

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    Le blog officiel de Bernard Lugan  

    Quelques articles sur le sujet dans Lafautearousseau ...

    Inquiétante fin de règne en Algérie
    Tristes nouvelles d'Algérie
    Bouteflika veut livrer l’Algérie aux islamistes
    Algérie : l’heure de vérité approche pour le clan Bouteflika
    Un ancien ministre algérien prédit l’effondrement de l’Algérie en 2019
  • Société • Mathieu Bock-Côté : Contre le technologisme

    Robin Williams dans La société des poètes disparus

    Par Mathieu Bock-Côté 

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    Cette tribune - de celles que nous reprenons souvent pour leur pertinence - est parue dans le Journal de Montréal du 21 février. Mathieu Bock-Côté y dénonce la tyrannie des écrans et leur fonction décérébrante, déculturante. L'affaire est grave et sérieuse. Il s'agit en dernière analyse de la survie ou non de notre civilisation.   LFAR 

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    Un spectre hante le monde de l’éducation : le spectre du technologisme.

    On pourrait aussi dire qu’il s’agit d’une idéologie qui s’infiltre partout, transforme notre idée de l’école, et surtout, révolutionne notre conception de l’enseignement. Cette idéologie pose comme thèse centrale qu’il faut placer les « nouvelles technologies » au cœur de toute activité pédagogique.

    Apple

    Peu à peu, elles remplaceront l’enseignant.

    Cette idéologie se décline de plusieurs manières : les uns veulent placer le texto au cœur de l’enseignement du français, les autres s’imaginent qu’une vidéo YouTube vaut un livre. On s’imagine même que traîner sur internet vaut un passage à la bibliothèque et qu’il ne sert à rien de cultiver sa mémoire puisque de toute façon, tout est déjà archivé sur Google. 

    Hier encore, dans Le Journal de Montréal, on apprenait que certaines écoles font de la visite au Apple Store une activité pédagogique. En gros, il s’agit de placer les produits Apple au cœur des méthodes d’apprentissage.

    Cette technologie défigure l’école en prétendant la moderniser alors qu’il nous faudrait plutôt renouer avec l’enseignement à l’ancienne, qui n’est rien d’autre que l’enseignement de toujours.

    Au cœur de l’école, il faut un enseignant en chair et en os, avec des passions, des sentiments, un enseignant maîtrisant admirablement sa matière, capable de transformer sa classe en théâtre et d’éveiller chez les jeunes qu’il a devant lui un désir pour la culture, pour le savoir, pour la connaissance. Je l’ai souvent écrit, mais qu’on me permette de le redire : la robotisation de l’école correspond à sa déshumanisation.

    ligue-du-lol-la-mairie-de-paris-aussi-touchee-1327761.jpgNotre existence est déjà colonisée par les « nouvelles technologies ». Plus exactement, elle est polluée par les écrans. Dans la rue, au restaurant, au café, dans les transports en commun, et même dans les voitures individuelles, tout le monde a la tête rivée à son écran à temps plein. On peut y voir une forme d’esclavage.

    L’école devrait urgemment s’en mettre en retrait et renouer avec certaines des choses les plus précieuses au monde, que notre civilisation piétine. Je parle de la concentration, sans laquelle l’individu est condamné à la dispersion permanente. Je parle de l’art de la lecture, qu’on ne saurait pratiquer sans redécouvrir les vertus lumineuses du silence.

    On ne saurait sérieusement libérer l’imagination de l’enfant en le fixant devant un écran. Il faut lui faire lire de grands romans, il faut aussi le pousser vers l’histoire, le projeter vers d’autres époques, pour découvrir que la vie n’a pas toujours le même visage.

    Bibliothèque

    36398-le-cercle-des-po_tes-dispar.jpgC’est ainsi qu’il saura éviter de se laisser berner par toutes les niaiseries de la culture de masse. Il saura que la culture se trouve ailleurs que dans les débilités issues de la téléréalité.

    En d’autres mots, il faut décoloniser l’école du technologisme.

    Mon école idéale ? Un maître, des élèves, un tableau, des livres, des fenêtres, et pas trop loin, une bibliothèque. C’est vers elle qu’il faudrait conduire les élèves, et pas au Apple Store.    

    Le-nouveau-regime.jpgMathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (éd. VLB, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (éd. Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille (éd. Boréal, 2007). Ses derniers livres : Le multiculturalisme comme religion politiqueaux éditions du Cerf [2016] et le Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).   
  • Anticipation ? L’avenir de l’intelligence contre les Nations

    Par Pierre Carvin

    Société. Les technologues numériques favorisent la constitution d’une petite élite intellectuelle, volontairement coupée du reste de la société – le quotient intellectuel des nations ayant, lui, tendance à diminuer. La mondialisation va-t-elle faire émerger deux humanités divergentes ? 

    BELLCURV.JPGDans un livre controversé publié en 1994, The Curve Bell, le politologue Charles Murray et le psychologue Richard J. Herrnstein soutiennent une thèse qui va rester dans les annales : le quotient intellectuel, c’est-à-dire l’intelligence, va devenir de plus en plus déterminant pour se situer sur l’échelle sociale.

    Le grand bouleversement en cours s’est accéléré ces dernières décennies pour prendre la forme d’un marché mondial des plus intelligents et des plus compétents entre la Californie des GAFA, l’Inde ou encore la Chine des BATX. Cette nouvelle compétition, qui est aussi une compétition entre puissances politiques, est en train de détruire la cohésion des anciennes nations au profit d’une « élite cognitive » mondialisée dont les faveurs garantissent croissance et prospérité.

    La transformation du capitalisme

    La montée en puissance de cette « élite cognitive » va de pair avec la transformation du capitalisme et les accélérations technologiques qu’elle a provoquées. Pour Edmund Phelps, le passage au XIXe siècle d’un capitalisme essentiellement marchand à un capitalisme moderne a eu pour effet de faire de l’innovation la locomotive du système économique.

    Ce faisant, il a porté une nouvelle classe d’entrepreneurs, de chercheurs et d’expérimentateurs qui a changé la mentalité des élites traditionnelles. Phelps écrit dans son livre La prospérité de masse (2017) : « L’économie moderne transforme toute sortes de gens en concepteurs d’idées, de financiers en savants, de producteurs en distributeurs, des utilisateurs finaux en distributeurs ». Ce sont les idées nouvelles qui mènent le monde et font vivre l’économie de marché, ce cerveau collectif dont les connexions neuronales sont les intellectuels et les chercheurs.

    La hiérarchie des salaires, des postes et des statuts n’est pour l’instant qu’assez marginalement bousculée par la nouvelle place accordée à l’intelligence. L’évolution, jusqu’à présent, était progressive, et même relativement lente, car d’autres facteurs liés aux hiérarchies sociales traditionnelles jouaient au même titre que la cognition dans la course aux postes et aux statuts.

    1_MLwsGzegxKWBKgxDk49wVA.jpgL’accélération technologique de ces dernières décennies change la donne à toute vitesse. Les industries du futur, qu’elles touchent à la robotisation, au Big Data, à l’économie numérique et toutes ses déclinaisons possibles autour de l’intelligence artificielle, ne demandent qu’une petite poignée de spécialistes hyper-intelligents qui, malheureusement, pourraient monopoliser les postes les plus rémunérateurs et ne laisser que des miettes au reste de la population¹.

    C’est l’intelligence des nations qui compte

    L’économie favorise la constitution des plus intelligents en une élite coupée du reste de la société, ce qui a des conséquences sociales et politiques énormes. Elles se font ressentir en particulier aux États-Unis, où la partition cognitive du territoire décrite par l’essai de Charles Murray dans Coming Apart. The state of white America 1960-2010 (2012) est déjà bien avancée. Cette partition provoque à la fois la dégradation de l’environnement des moins aptes (pauvreté, criminalité, désocialisation) et l’indifférence au reste du monde des mieux disposés, enfermés dans leurs nouveaux ghettos de riches progressistes, entre New York et la Silicon Valley. C’est qu’en général, plus on est intelligent, plus on a de facilités à construire des relations sociales durables et bénéfiques.

    L’économiste Garett Jones observe qu’existe un effet « de Vinci » attaché au quotient intellectuel² : en général, l’intelligence ne vient pas seule et agrège à elle d’autres qualités (émotionnelles, sociales) indispensables à la vie en société, ce qu’attestent différentes études scientifiques. Pour lui, ce n’est d’ailleurs pas tant l’intelligence individuelle qui compte que celle de la nation toute entière pour améliorer la coopération entre individus et le degré de prospérité générale.

    QI-élevé-1.jpgPlus les gens sont intelligents, plus ils ont tendance à être patients, à comprendre les règles du jeu social et économique, et à les utiliser au plus grand bénéfice de tous. Inversement, moins les gens sont intelligents, moins ils sont patients, respectueux des règles et plus défiants. Les dix pays les plus riches et les plus productifs sont aussi les pays où le QI moyen est le plus élevé.

    Immigration choisie

    Comment faire pour améliorer le QI d’une nation ? La qualité de l’éducation, de l’environnement, et la nourriture sont souvent évoquées dans les causes de déclin ou au contraire de croissance du QI au sein d’un pays. Une autre variable, moins populaire auprès des médias, pourrait provenir de la sélection de l’immigration.

    13110409lpaw-13127294-article-spainmigrationrescue-jpg_4967799_660x287.jpgLes États pauvres, bureaucratisés et autoritaires, qui sont aussi des terres d’émigration, soumettent en règle générale des populations aux capacités cognitives plus limitées. Or l’Europe est l’objet d’une pression migratoire en provenance d’Afrique, qui, si on en croit le dernier livre de Stephen Smith La ruée vers l’Europe (2018), ne va cesser de s’intensifier dans les années à venir.

    Ceci pourrait participer à creuser l’hétérogénéité cognitive en Europe, tant le QI moyen des populations d’Afrique subsaharienne paraît en dessous des moyennes européennes. La réalité du fossé est assez difficile à entendre pour des raisons évidentes, mais les études semblent concorder³. L’immigration en cours, pour des raisons cognitives, pourrait renforcer l’érosion de la coopération sociale dans son ensemble et enterrer définitivement les gouvernements libres, au profit d’États encore plus autoritaires et redistributifs, si la question migratoire demeure non résolue.

    Spéciation de l’humanité

    La pression grandissante pour la partition cognitive du social et du politique se fait aujourd’hui par le bas, par l’immigration. Pour Yuval Noah Harari, grâce aux progrès biotechnologiques, c’est le sommet qui pourrait faire totalement sécession en transformant l’inégalité économique en inégalité biologique. Les plus riches seraient à la fois les plus intelligents et pourraient, grâce à la technologie, augmenter leur intelligence bien au-delà de celui du citoyen ordinaire.

    Homo-deus-une-histoire-de-transhumanisme-1-940x576.pngLe génie biologique associé à l’essor de l’Intelligence artificielle détruirait en conséquence l’unité de l’humanité elle-même : « (…) loin de favoriser l’unité générale, la mondialisation risque de se traduire par une ‘spéciation’ : la divergence de l’humanité en castes biologiques, voire en espèces différentes4. » Plus de raison commune entre Homo sapiens obsolète et Homo deus transhumaniste, donc plus d’avenir et de politique en commun.

    La fin du modèle politique occidental ?

    Le retrait des nations des « plus intelligents », tout comme le tassement général du QI en Occident pourraient inaugurer une nouvelle ère politique où la démocratie libérale serait obsolète. Comment en effet maintenir sous une même loi des individus aux natures si divergentes ? Pour John Rawls, l’unité de la démocratie est conditionnée au caractère raisonnable du pluralisme politique, moral et social qu’elle réglemente. Et si demain il n’y a même plus de raison commune à toute l’humanité ? Les défis à venir sont immenses.  

    1. Tyler Cowen, Average is over, Powering America beyond The Age of Great Stagnation, Dutton, First Edition, 2013.
    2. Garett Jones, Hive Mind. How your Nation’s IQ Matters much more than your own, Stanford Univ. Press, 2016.
    3. Sur l’état du débat : Wicherts, Dolan, van der Maas, ‘A systematic Literature review of the Average IQ of Sub-Saharan Africans’ in Intelligence, numéro 35, 2010. Rappelons tout de même qu’il ne s’agit que de moyennes statistiques, et qu’il serait absurde, logiquement et moralement, d’en déduire une infériorité cognitive commune à l’ensemble de la population subsaharienne.
    4. Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIe siècle, Paris, Albin Michel, 2018, p. 94.
    Pierre Carvin
  • Moyen-Orient : États-Unis, Russie, chacun son sommet

    Mike Pence - Mike Pompeo

    Antoine de Lacoste 

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    Deux sommets internationaux concurrents se sont tenus, le 14 février dernier : l’un à Varsovie, à l’initiative des États-Unis, et l’autre à Sotchi, sous l’égide de la Russie.

    Le sommet de Varsovie était intitulé « La paix et la sécurité au Moyen-Orient ». Derrière ce titre onctueux et rassurant se cachait, en réalité, un objectif plus vraisemblable : comment neutraliser l’Iran ? Car l’Iran est l’ennemi numéro un actuel de l’administration américaine.

    C’est le vice-président américain, Mike Pence, qui était aux manettes à Varsovie. Le ghota du monde sunnite était représenté : Arabie saoudite, Yémen, Jordanie, Égypte, Tunisie, Maroc, Émirats arabes unis. Israël également, bien sûr, que le régime iranien inquiète au plus haut point. Manquaient à l’appel le Qatar, fâché avec Riyad, et la Turquie, en froid avec Washington.

    Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, a résumé l’ambiance : « Il n’est pas possible d’atteindre la paix et la stabilité au Moyen-Orient sans affronter l’Iran. » Ce qu’il y a de distrayant, avec les États-Unis, c’est que leur volonté de paix est toujours contrariée par des méchants à qui, la mort dans l’âme, il faut faire la guerre.

    Mais l’Iran n’est pas l’Irak ou la Serbie et on ne peut pas aussi facilement lancer l’aviation de l’OTAN sur Téhéran pour lui apprendre où est le camp du bien. Surtout, il manquait l’Europe à ce sommet, à commencer par la France et l’Allemagne, qui n’ont envoyé que des représentants de second plan à Varsovie. Les Européens sont très réticents sur la stratégie américaine contre l’Iran, dont ils ne voient pas où elle peut mener. Une piste apparaît tout de même assez clairement : en marge du sommet se tenait Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York, qui a rencontré des Moudjahidine du peuple, mouvement d’opposition iranien en exil. Giuliani, avocat personnel de Trump, a clairement appelé à un changement de régime en Iran.

    Mais ce ne sont pas les sanctions américaines contre Téhéran qui vont lui attirer les sympathies du peuple iranien qui en souffre cruellement.

    n3672142-6887104.jpgPendant ce temps, à 2.000 kilomètres de là, Poutine, Erdoğan et l’Iranien Rohani discutaient, à Sotchi, de l’avenir de la Syrie. Les avancées ont été maigres : Erdoğan, qui a renoncé à sa demande de changement de régime à Damas, fait du problème kurde sa priorité absolue et il exige l’élimination des YPG (branche armée kurde) de l’est de l’Euphrate. Position qui ne peut que réjouir la Syrie, qui attend avec impatience de retrouver sa souveraineté territoriale. Mais cela passe, bien sûr, par le retrait américain, toujours reporté.

    Poutine, de son côté, aimerait bien régler la question de la province d’Idleb, où des dizaines de milliers d’islamistes sont regroupés sous l’égide de l’ex-Front al-Nosra, Hayat Tahrir al-Cham. Mais les troupes turques sont bien installées dans la région et Erdoğan n’a qu’un langage : Idleb contre les Kurdes. Rohani observait cela avec détachement, tout en renforçant son implantation sur le territoire syrien. Mais il faudra bien trouver un accord pour éliminer ce nid d’islamistes qu’est Idleb.  

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Algérie : La candridature de Bouteflika pour un 5e mandat qualifiée d' « humiliation » et de « mascarade »

    Bouteflika est depuis 2013 terrassé par un AVC, diagnostiqué au Val-de-Grâce à Paris 

    blue-wallpaper-continuing-background-wallpapers-bigest-images - Copie.jpgUne fois de plus, nous laissons la parole au site marocain en ligne, Le360 - toujours bien informé et pertinent - pour rendre compte, vue d'un pays voisin, de la situation en Algérie à l'approche de l'élection présidentielle. Chacun sait que cette dernière est d'ores et déjà marquée par la  candidature choquante d'Abdelaziz Bouteflika. Il nous a semblé utile de faire connaître la perception de l'événement au Maroc. L'article qui suit est sous la plume de notre confrère M'Hamed Hamrouch et a été mis en ligne le 11 février. Quant à la France, elle est de toute évidence concernée par les risques qu'elle courrait si se produisait une dégradation grave de la situation en Algérie. LFAR    

     

    1964773036.jpgL’officialisation de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5è mandat, dimanche 10 février à Alger, lors d’un meeting pré-électoral du FLN, a été accueillie avec une vive émotion par le célèbre commentateur sportif algérien, Abdelhafid Derraji. Voici sa réaction.  

    « Nous avons honte .. Ce qui s’est passé hier, (dimanche 10 février, à la Coupole du complexe d'Alger - Ndlr) n’est qu’une honte, Bouteflika n’a pas présenté de candidature, il ne peut le faire, ni faire campagne, encore moins prêter serment, à plus forte raison remplir ses obligations constitutionnelles ». 

    C’est en ces termes que le célèbre pourfendeur du régime algérien, Abdelhafid Derraji, a réagi à l’officialisation de la 5è candidature de Bouteflika, par son parti le FLN (au pouvoir depuis l'Indépendance de l'Algérie, en 1962), en présence de ses trois alliés : le Rassemblement national démocratique (RND du premier ministre Ahmed Ouyahya), le parti Tajamou'e Amal Jazaïr (TAJ), et le Mouvement populaire algérien (MPA). 

    « Nous avons honte d'appartenir à cette génération misérable qui accepte l’humiliation, admet que sa patrie et son honneur soient bafoués par un gang vicieux aux pratiques mafieuses », a-t-il encore asséné, dans un message posté sur son compte Facebook. 

    Atteint d’un fâcheux Accident vasculaire cérébral (AVC), diagnostiqué en 2013, à l’hôpital militaire Val-de-Grâce, à Paris, Abdelaziz Bouteflika est depuis en panne de motricité, combinée à la perte de toute capacité d’élocution, au point de le faire disparaître des écrans radars.  

    A la tête de l’Etat algérien depuis 1999, Bouteflika détient le record peu reluisant de longévité au pouvoir. L’annonce de sa candidature pour un 5è mandat, dans un message transmis à l’APS, porte-voix du clan présidentiel, soulève à nouveau un tollé chez le peuple algérien frère, livré en proie à l’incurie et à l’appétit vorace de généraux et de politiciens très peu scrupuleux. Pas moins de 1000 milliards de dollars ont en effet été dilapidés, entre 2000 et 2016, sous le « règne » de la famille Bouteflika, à leur tête le frère du président, Saïd Bouteflika, qui est le véritable détenteur des clefs du palais Mouradia.  

    Économie basée sur la rente pétrolière (98% des exportations algériennes), corruption devenue au fil des passe-droits quasi instituionnelle, incompétence gouvernementale pathétique, armement à tour de bras imposé par des généraux avides de rétrocommissions et, last not least, une crise sociale sans précédent aggravée par le plongeon des cours de pétrole.  

    Voici le triste legs des quatre précédents mandats de Bouteflika, que les apparatchiks octogénaires veulent encore reconduire à la tête de l'Etat algérien, ou ce qu'il en reste. Pitié !  

    M'Hamed Hamrouch

    Et encore ... Vidéo. Algérie : manifestation monstre contre la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat 

    La manifestation qui a eu lieu samedi 16 février en Kabylie, est certainement la plus grande jamais enregistrée depuis l'annonce de la candidature de Bouteflika pour un 5è mandat. 

     

  • Il suffira d’un éclair pour déclencher la tempête économique

    Par Marc Rousset    

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    Le CAC 40 est remonté, le 15 février, à 5.153,19. La semaine dernière, à Dubaï, Christine Lagarde, lors d’une réunion au sommet de la gouvernance économique mondiale, a pu déclarer : « Quand il y a trop de nuages, il suffit d’un éclair pour déclencher la tempête. » Et cet éclair, ce ne sera pas le Brexit, ni le ralentissement de la croissance mondiale, ni les éventuelles taxations douanières de 200 milliards d’importations chinoises par Trump, ni encore la surtaxation de 200 milliards de dollars de voitures allemandes, coréennes ou japonaises afin de réduire les déficits commerciaux…

    Alors que s’amoncellent les nuages noirs à l’horizon, chaque éclaircie fait grimper les cours de Bourse, les banquiers s’intéressant exclusivement aux bonnes nouvelles. L’éclair ne peut venir, suite au surendettement généralisé, que de la faillite d’une banque, de la banqueroute d’un État, d’un krach boursier en raison d’une perte subite de confiance, d’une augmentation des taux d’intérêt, d’une diminution des liquidités suite à un assouplissement quantitatif monétaire à l’envers par les banques centrales.

    Pourquoi les bourses montent-elles depuis fin janvier ? Parce que le président de la Fed américaine a dit qu’il allait se calmer sur les taux et qu’il serait très flexible sur la politique d’assouplissement quantitatif monétaire à l’envers, quitte à l’inverser, d’où les taux bas assurés avec la fin du risque de krach obligataire aux États-Unis et des bénéfices plus élevés.

    bank_of_america_merrill_lynch_-_banner_feKu4oJ.jpgSelon un rapport mensuel de Bank of America Merrill Lynch du 12 février, les indices vont encore monter car les gérants de fonds possèdent les plus grosses quantités de liquidités à placer depuis dix ans. Le Système poursuit donc sa folle marche en avant vers la catastrophe auto-entretenue par la Fed, avec des difficultés, chaque jour de plus en plus grandes, pour revenir en arrière en réduisant la quantité de monnaie émise et en augmentant les taux d’intérêt.

    Trump peut faire varier les cours de Bourse, mais la raison de l’effondrement à venir sera le surendettement. Au cours des deux dernières semaines, la dette américaine, suite à la réforme fiscale et à la hausse des dépenses militaires, a augmenté de 90 milliards de dollars, pour atteindre un record historique de 22.000 milliards de dollars, tandis que le déficit américain, pour 2018, en augmentation de 17 %, s’élève à 779 milliards de dollars et qu’il devrait dépasser les 1.000 milliards d’ici 2020. Macron, en France, parle beaucoup mais agit peu et affaiblit l’Europe face à l’inexorable hausse de la dette, incapable de réduire le déficit public.

    endettement-mondial-etat-richesse-entreprises-crise-dette.jpgQuant à la dette mondiale, elle dépasse l’imagination, avec des chiffres différents, selon la BRI, le FMI ou l’IIF. Le FMI vient de découvrir l’éléphant au milieu du couloir avec une dette mondiale estimée à 184.000 milliards de dollars en 2017, soit 225 % du PIB mondial au lieu de 100 % en 1950, avec une très forte augmentation des pays émergents. Selon l’Institut de la finance internationale (IIF), la dette mondiale serait, en fait, de 244.000 milliards de dollars en 2018, soit 318 % du PIB mondial, dont 175.800 milliards de dollars pour les pays développés et 68.400 milliards de dollars pour les pays émergents.

    En Italie, les populistes Salvini et Di Maio prennent leurs désirs (« l’or appartient aux Italiens ») pour des réalités en lorgnant les 2.452 tonnes d’or de la banque centrale, pour le vendre, afin de ne pas augmenter, l’année prochaine, le taux de TVA, déjà à 22 %. Cela n’a aucune chance d’arriver pour deux raisons : les taux d’emprunt de l’Italie augmenteraient d’une façon exponentielle avec banqueroute immédiate, et la disparition de ces réserves, contrepartie de l’Eurosystème, entraînerait l’exclusion automatique de l’Italie de la zone euro.

    Le monde se dirige donc vers l’augmentation continue et irrésistible de l’or, déjà à 1.321 dollars l’once au lieu de 280, en janvier 1999. Les particuliers comme les banques centrales sont de plus en plus à l’achat. La seule chose impossible à prévoir, c’est la date d’apparition de l’hyperinflation vénézuélienne (148.107 % !), le jour de l’explosion du Système où le prix de l’or, comme en Allemagne en 1923, montera à la verticale ! Le Japon, pionnier en matière de laxisme monétaire, résiste en effet miraculeusement, depuis vingt-cinq ans, avec des taux bas, mais c’est bien Lagarde qui a raison : il suffira, en fait, d’un seul éclair, peut-être demain matin ? Ce que Macron, perdu dans ses rêves fédéralistes européens, ne semble pas du tout réaliser. ■  

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    Économiste
    Ancien haut dirigeant d'entreprise
  • BENOIT XVI, LE PAPE QUI PARLA CRÛMENT AUX MUSULMANS

    Notre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam ; il travaille depuis 2005 pour l’édition et la presse francophones au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc et ailleurs, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR   

    EXTRAITS INÉDITS DU JOURNAL DE PÉRONCEL-HUGOZ, DU MAROC ET D'AILLEURS, ANNÉES 1983-1984 et 2013

    2222227622.jpgCasablanca, 28 février 2013

    A la Brioche dorée, où je déjeune, au pied des Tours jumelles de Casa qui elles, n’ont pas été déquillées par les djihadistes, l’écran géant de la télévision s’allume et Télé-Tanger annonce la « démission » du pape Benoît XVI.

    Mais non, il « abdique » comme souverain et « renonce » comme pontife ! Et les ignorants vont aller répétant partout que « le pape a démissionné »… Comme un vulgaire ministre ou président de conseil d’administration !

    Ratisb.jpgLes mahométans, eux, sans entrer dans ce mini-débat terminologique, pousseront un soupir de soulagement car ils ne prisaient pas du tout ce successeur de saint Pierre qui avait osé rappeler une grande disputatio médiévale, islamo-chrétienne, entre un basileus de Byzance et un ouléma, théologien de l’Islam. Le premier rappelant au second que l’Islam a surtout apporté au monde un « surcroît de violence »…(Photo, conférence de Ratisbonne)

    838_zonaro_gatesofconst.jpgVrai ou faux ? Vrai hélas pour les chrétiens qui, à la fin, y perdirent Byzance en 1453 ; et tant mieux sans doute pour les musulmans qui, du coup, depuis lors, et toujours sous nos yeux, n’ont cessé de s’étendre… ■ 

     

    Retrouvez l'ensemble des textes parus depuis le 14 janvier 2016 en cliquant sur le lien suivant : Journal d'un royaliste français au Maroc et ailleurs.

  • L’assaut est donné contre le dernier carré de Daech

    Antoine de Lacoste 

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    Cette fois ça y est : « La bataille a commencé » a indiqué à l’AFP Mustefa Bali, le porte-parole des FDS, cette milice arabo-kurde encadrée et armée par les Etats-Unis.

    Depuis samedi, les fantassins des FDS ont repris leur progression vers le dernier réduit territorial de Daech. Ils l’avaient interrompue depuis une semaine afin de laisser se rendre les civils qui affluaient par milliers, fuyant, non Daech dont ils étaient des soutiens convaincus, mais la faim et la soif. Les FDS estiment qu’ils ont ainsi évacués vers le nord de la Syrie plus de 20 000 personnes.

    isis-flag-20150629-1728x800_c-1050x600.jpg« Entre 500 et 600 terroristes » se trouveraient encore dans les quelques kilomètres carrés à reconquérir a ajouté le porte-parole. Des centaines de civils s’y trouvent également, refusant d’abandonner les combattants. Ces derniers sont surtout étrangers, mais on ne connait pas encore leur répartition par pays.

    Donald Trump, de son côté, a confirmé qu’il s’agissait de l’assaut final : « L’annonce formelle que nous avons repris 100% de califat devrait intervenir la semaine prochaine » a-t-il déclaré samedi.

    Depuis le début de l’offensive, lancée en septembre, les différents acteurs estiment qu’environ 1200 djihadistes ont été tués contre 700 combattants FDS, essentiellement kurdes rappelons-le.

    Cela étant, la chute inévitable de ce dernier réduit ne signifie pas que la Syrie en aura fini avec Daech. Certes, le califat est détruit et il n’a maintenant aucune chance de resurgir. Les pays occidentaux ont fini par abandonner les milices islamistes qu’ils avaient, pour notre honte, activement soutenues au début de la guerre, et c’est sur ce terreau que Daech a pu être créé en 2014.

    syrie-assaut-sur-le-dernier-bastion-de-daech-20190211-2150-5615ed-0@1x.jpgMais tous les combattants ne sont pas morts ou prisonniers. Des poches restent actives dans des zones désertiques, notamment entre Palmyre et Der ez-Zor. Cette zone se situant à l’ouest de l’Euphrate, elle est sous contrôle de la Syrie et l’armée va essayer de la réduire dans les prochaines semaines.

    Restera le problème des cellules dormantes. Elles sont probablement nombreuses dans tout le pays, notamment sur l’ancien territoire du califat qui fut tout de même assez vaste. Ainsi, plusieurs dizaines d’islamistes viennent d’être arrêtés par les FDS à Raqqa, l’ancienne capitale de l’Etat islamique. Ils sont soupçonnés de faire partie d’une de ces cellules.

    Par ailleurs deux attentats se sont produits à Damas ces dernières semaines. Ils ont fait peu de victimes et n’ont pas eu lieu dans des zones stratégiques, mais cela démontre que la capacité de nuisance de Daech perdure.

    invaders-male-germany.jpgMais comme on s’en doute, il n’y a pas que la Syrie qui n’en n’a pas fini avec Daech : les pays occidentaux non plus. Combien sont-ils les islamistes qui ont rejoint la France, l’Allemagne ou d’autres pays à la faveur de la grande invitation d’Angela Merkel et du laxisme de ses partenaires de l’Ouest ? Sans la révolte salvatrice des pays d’Europe centrale et de l’est, le flot aurait été plus important encore.

    Madame Merkel a commis là un crime contre notre civilisation. Il restera impuni bien sûr mais nous ne devrons jamais l’oublier.  

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Incohérence dangereuse

    par Louis-Joseph Delanglade 

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    Oubliant les insultes de M. Macron contre la « lèpre » illibérale, nationaliste et populiste, le Quai d’Orsay vient d’accuser l’Italie de « provocations » et d’« ingérences ».

    Le piquant de l’affaire est que M. Macron fait l’objet de la même accusation de la part de M. Maduro. Or, si France et Italie sont tellement proches depuis toujours qu’elles peuvent bien se disputer, le Vénézuéla nous est terre lointaine, en termes géopolitiques et économiques, et cela même si nos Antilles ne sont qu’à quelques centaines de kilomètres de Caracas. Nous faisons donc nôtre l’analyse de M. Aliot, selon laquelle il ne faut pas confondre les régimes et les Etats : on pense ce qu’on veut (et plutôt du mal, en l’occurrence) du régime de M. Maduro mais ce qui se passe au Vénézuéla est « une affaire qui ne nous concerne pas » (BFMTV et RMC, mardi 5 février). 

    5EE89F20-A533-4AF9-9DD7-8AEA7EF51DC3_cx14_cy7_cw86_w1023_r1_s.jpgCependant, eu égard à « la violation des principes de démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme », en accord avec d’autres pays européens et avec la bénédiction de l’U.E., la France de M. Macron a cru intelligent de se prévaloir d’un prétendu droit d’ingérence qualifié d’« humanitaire » et de «  démocratique » pour lancer un ultimatum à M. Maduro. Ultimatum dont le rejet prévisible a souligné l’incohérence de la démarche. En effet, il faut se rappeler que les Européens, dont la France, à qui personne ne demandait rien, avaient d’abord posé aux médiateurs entre MM. Guaido et Maduro en créant un « groupe de contact » (huit pays européens et cinq latino-américains) afin d’aider à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Groupe dont la réunion de jeudi dernier à Montévidéo a accouché des habituels voeux pieux de circonstance. Or, en prenant de front M. Maduro, les Européens, dont la France, se sont de fait ralliés à M. Guaido. 

    Mais pas seulement à lui et notre incohérence fait les affaires de gens plus cohérents. C’est que les difficultés de M. Maduro constituent pour les Etats-Unis une belle occasion de remettre la main sur le Vénézuela : M. Trump évoque même sans ambiguïté la possibilité d’une « intervention militaire ».

    painting-of-officials-creating-monroe-doctrine-by-clyde-o-de-land.jpgLa politique américaine dans la région a, elle, le mérite de la constance : fondée sur une interprétation impériale de la doctrine de Monroe (1823), elle fait de la mer des Caraïbes une chasse gardée en raison de son importance stratégique. Avoir secondé l’hégémonisme américain, quel beau succès en perspective pour la diplomatie française ! Mais ce n’est pas tout et il y a pis encore. Le simple bon sens montre en effet que le précédent vénézuélien pourra servir à toute remise en cause de tout régime, partout dans le monde, donc là où nous avons encore quelque influence et beaucoup d’intérêts (politiques, économiques, militaires et culturels). Ce serait par exemple le cas pour le Congo ex-Léopoldville où la récente élection présidentielle a sans doute manqué de transparence. En attendant le reste, ou presque, de l’Afrique. 

    En se mêlant de ce qui ne la regarde pas vraiment, la France a pris deux risques : celui de favoriser un impérialisme américain forcément hostile dans une région où elle possède encore quelques territoires et celui de se mettre elle-même en grande difficulté dans certaine(s) région(s) où elle est directement impliquée.  ■

  • Société & Islam • « L’Islam à la conquête de l’Occident. La stratégie dévoilée »

    Par Annie LAURENT  

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    Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate (PCD), publie un livre « explosif » révélant un document stratégique adopté en 2000 par les États musulmans pour installer en Occident une « civilisation de substitution ». Explications.

    poisson-islam-conquete-occident-757x1024.jpgVotre livre examine un document intitulé « Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du monde islamique », qui a été élaboré par l’ISESCO, département culturel de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), regroupant 57 Etats musulmans. Dans quelles circonstances avez-vous découvert ce texte dont personne ne parle et pour quels motifs avez-vous décidé d’en faire connaître le contenu au plus grand nombre ? 

    C’est en lisant un livre de l’universitaire libanaise Lina Murr Nehme (Tariq Ramadan, Tareq Obrou, Dalil Boubakeur – Ce qu’ils nous cachent, ed. Salvator) que j’ai découvert le titre de ce document auquel elle faisait référence. Ma curiosité a fait le reste : je suis allé le consulter sur internet (il est disponible sur le site isesco.org) et sa lecture m’a édifié. Il n’est pas fréquent que la deuxième plus importante organisation d’Etats au monde, en l’occurrence l’OCI, élabore un document stratégique visant purement et simplement à assurer la domination de sa civilisation sur le reste du monde, et le disant ouvertement. L’origine de ce texte, son caractère officiel et son objectif universaliste me sont apparus comme autant de raisons de le faire connaître au grand public… et aussi aux responsables politiques français ! On ne sait jamais… 

    Pouvez-vous esquisser rapidement les principes énoncés dans cette Stratégie ? 

    Chaque musulman a le devoir de protéger et de fortifier partout sa communauté (l’Oumma) et d’assurer la propagation de tous ce qui la constitue. Il y a une vingtaine d’années, les Etats islamiques constataient que les communautés musulmanes occidentales n’étaient plus en situation de transmettre l’Islam dans de bonnes conditions aux nouvelles générations, et donc de répondre à cette double obligation. La Stratégie culturelle islamique vise donc d’abord à ré-enraciner les musulmans occidentaux dans leur culture et leur foi, pour qu’ils soient acteurs de l’islamisation universelle. La déréliction actuelle de l’Occident, le vide que représente la société de consommation, ont évidemment, aux yeux des responsables musulmans, vocation à ouvrir la voie au seul projet de civilisation qui soit à la fois exigeant et profitable à l’homme : l’Islam. Le document que je commente dans mon livre planifie ce remplacement. Il évoque lui-même la volonté « d’installer une société islamique pure et saine » en Occident. Difficile d’être plus clair ! 

    Selon vous, pourquoi ce document, malgré son caractère officiel, n’a jamais été pris en considération par les dirigeants politiques occidentaux, français en particulier, et par les élites en général, depuis sa publication en 2000 ? 

    D’abord la majorité des responsables politiques français considèrent l’islam comme une sorte de christianisme des Arabes. Et qu’il évoluera donc comme le christianisme – à leurs yeux tout au moins – a évolué, c’est-à-dire dans le sens d’un adoucissement, pour ne pas dire d’un affadissement progressif de ses principes. En un mot, ils ne connaissent ni ne comprennent la nature profonde de l’islam. Ensuite, beaucoup d’entre eux sont tout de même biberonnés aux bienfaits du multiculturalisme, consciemment ou non. Et cette doctrine, qui est le premier moment de la conquête de l’Europe par l’Islam, entre facilement en résonance avec ce que souhaite ce dernier. Enfin, il y a le pire : la couardise, face à un phénomène – la progression de l’islam en France – qu’ils renoncent à traiter dans le débat public, à cause de la pression médiatique qui existe sur ce sujet. Tout cela est en train de changer un peu, mais très lentement. 

    Vous affirmez sans ambages, preuves à l’appui, que l’islam est porteur d’un projet conquérant. Votre position est rarissime chez les responsables politiques occidentaux. Comment expliquez-vous leur passivité face à cette menace, que je qualifierais volontiers d’« existentielle », alors que tant d’études sérieuses sur ce sujet ont été publiées par des experts ? 

    Aux raisons que je viens d’évoquer s’ajoute une stratégie de la réduction au silence menée par les Frères musulmans, en particulier contre leurs opposants. J’ai rencontré récemment un historien spécialiste de l’antisémitisme islamique qui subit procès sur procès dans le but de le faire taire : les musulmans français l’empêchent de dénoncer ce qui est une évidence pour tous. À l’intérieur même de la communauté musulmane, les promoteurs de l’islamisation de la France et de l’Europe exercent une forme de terreur, parfois physique, sur ceux qui voudraient les critiquer ou les empêcher de remplacer la loi française par la charia. Quant aux intellectuels musulmans, en France comme ailleurs, qui sont conscients des impasses de la doctrine islamique et du danger de son application politique, ils sont eux aussi réduits au silence, en particulier parce qu’en France, l’État ne les aide pas à prendre la parole et à promouvoir leurs travaux. 

    Vous estimez que le dialogue des responsables musulmans avec les non-musulmans s’inscrit dans le cadre d’un rapport de forces destiné à lever la méfiance des Occidentaux. Sur quoi repose cette conviction ? 

    Il n’y a pas à proprement parler de dialogue dans la conception islamique. Plutôt, l’islam ne reconnaît la légitimité du dialogue avec les non-musulmans que pour s’assurer leur conversion ou leur soumission. De sorte que, du point de vue de la doctrine islamique, il n’y a que deux issues au dialogue : l’islam (qu’on s’y convertisse ou qu’on s’y soumette) ou la mort (qu’elle soit purement et simplement physique ou qu’elle prenne la forme du bannissement). Tout cela s’explique d’ailleurs parfaitement : dans la mesure où l’Islam se perçoit comme la religion naturelle des hommes, la seule voulue par Dieu, on ne voit pas pourquoi ses fidèles perdraient leur temps à discuter avec des personnes qui croient dans des ersatz de religion, dépourvus de valeur. Le Coran est très clair sur le sujet : il appelle à combattre les adeptes d’autres religions ou les incroyants, pas seulement en situation de légitime défense mais du simple fait qu’ils ne sont pas musulmans.

    Le projet conquérant de l’islam est simple : dominer culturellement et juridiquement l’Europe et convaincre les Européens non musulmans d’agir en sa faveur. Il s’agit de rééditer la stratégie et l’œuvre de Mahomet, en sa double qualité de chef politique et militaire, qui sut utiliser les ressources des peuples conquis ou asservis. L’islam veut soumettre l’Occident à la dhimmitude, statut juridique qui autorise les juifs et les chrétiens à conserver leurs croyances moyennant le versement un impôt per capita. Tel est le sort des « mécréants » en pays musulman. En attendant que cette soumission s’instaure en Occident, nos pays sont très vivement priés de laisser s’installer sur leur sol les communautés musulmanes régies par leur droit propre et disposant de leurs écoles. Cette logique séparatiste n’est pas seulement destinée à conforter l’identité des musulmans occidentaux, elle vise aussi à fracturer nos sociétés pour permettre à l’islam de s’y installer plus facilement. Telle est l’essence même du projet politique de la Stratégie. 

    On est donc en train de passer du multiculturel au multi-juridisme ? 

    Oui, et c’est d’ailleurs ce passage qui fait la différence entre le communautarisme et le séparatisme. Indéniablement, il existe dans le projet de l’OCI la volonté d’installer une justice interne à la communauté musulmane, et par conséquent complètement séparée des institutions judiciaires françaises. Cette séparation existe d’ailleurs d’ores et déjà au Royaume-Uni. Avec elle, on transforme une communauté en un quasi proto-Etat, dont la vocation consiste à se débarrasser de la tutelle du pays-hôte. Cette transformation, à la fois juridique et politique, prouve que les motivations des musulmans – du moins leurs représentants et leurs militants - ne sont pas que religieuses mais qu’ils sont bel et bien dans une démarche de conquête du pouvoir. 

    Depuis quelques années, les souffrances endurées par les chrétiens ressortissants de pays musulmans, au Proche-Orient mais aussi en Afrique et en Asie (cf. le cas d’Asia Bibi au Pakistan), semblent avoir réveillé la conscience des Français sur des réalités de l’islam qu’ils ne voyaient plus. Ce réveil serait-il dû, selon vous, à la présence croissante de musulmans dans nos pays, ou bien lui attribuez-vous d’autres causes plus désintéressées ? 

    La générosité habituelle des Français lorsqu’il s’agit de soutenir des opprimés partout dans le monde se vérifie envers les chrétiens d’Orient. Mais si l’expansion de l’islam dans notre pays a pu favoriser la solidarité envers les chrétiens orientaux, je ne reconnais pas dans cet intérêt pour eux la cause que j’aimerais y voir : la conscience de partager un héritage civilisationnel commun et par conséquent le devoir strict de tout faire pour que ne disparaissent pas du Levant les traces de cette civilisation. Il reste, malgré tout, que les injustices et les cruautés que les chrétiens d’Orient ont subies dans l’histoire, et qu’ils endurent encore, sont très certainement une marque de ce dont l’islam est capable envers les non-musulmans. Cette dimension interroge sans doute nos compatriotes et accroît leur mobilisation. 

    En réfléchissant aux probables adaptations de la loi de 1905 envisagées par le président Emmanuel Macron, vous suggérez des révisions compatibles avec l’esprit de cette loi. Le contrôle des associations cultuelles que vous préconisez ne risque-t-il pas de conduire à un contrôle identique de l’Etat sur l’enseignement dispensé dans les institutions chrétiennes, si celui-ci contredit les évolutions législatives, notamment en matière de droit de la famille ou de bioéthique ? 

    Ce n’est jamais sans risque qu’on encadre une liberté. Toutefois, il existe une différence importante entre les associations cultuelles islamiques relevant par nature de la loi de 1905, et les écoles relevant par nature de la loi de 1901.
    Et par ailleurs, il est tout de même difficile, même avec la plus parfaite mauvaise foi, de considérer qu’une opinion différente de la pensée unique sur les questions de bioéthique, par exemple, a le même statut politique et représente pour la cohésion sociale le même risque qu’un discours ouvertement anti-occidental, fondé sur la violence et le mensonge comme des outils légitimes ! Le problème, pour la puissance publique française, n’est pas d’apprendre à traiter avec la plus grande fermeté les doctrines considérées comme adversaires. Elle le fait déjà. Le problème est de considérer que l’Islam comme doctrine fait partie de ces adversaires. Or, nous en sommes très loin. C’est pourquoi toutes les démarches pédagogiques portant sur le contenu et les stratégies de l’islam sont bienvenues : il s’agit d’éclairer autant que possible le peuple français comme ses responsables.
     

    Vous-même, en tant qu’homme politique, que préconisez-vous comme mesures politiques concrètes face à l’extension de l’islam en France ? 

    Poisson©F.Ayroulet-620x330.jpgLe document de l’ISESCO montre que l’islamisation de la France relève d’une volonté stratégique portée par des Etats, agissant sur le champ culturel, et soutenue par des moyens financiers importants. Par conséquent, si la France veut y répondre, elle doit le faire sur ces trois plans.

    D’abord, faire de l’islamisation un enjeu de politique publique, porté par le gouvernement, et ne pas laisser les maires se débrouiller seuls. Il est aussi impératif de réinvestir le champ culturel par la promotion de notre civilisation, notamment à travers les réformes des programmes de l’Education nationale, en histoire comme en français. Il faut réapprendre à nos jeunes la fierté d’un héritage si beau malgré ses imperfections et ses dérives. Enfin, des moyens conséquents doivent servir cet objectif afin de répondre d’égal à égal aux pays musulmans qui, au moins sur ce plan, sont nos adversaires. Nous ne pouvons pas accepter que les Etats du Golfe continuent d’acquérir les plus beaux fleurons de notre hôtellerie et de nos châteaux, ou nos clubs de football – pour ne citer que ces exemples.

    Ensuite, l’islamisation relève d’un « gagne-terrain » favorisé par le renoncement de la puissance publique à appliquer la loi française, dans sa lettre et son esprit. Ainsi, même s’il n’est pas illégal de réserver des horaires de piscine aux musulmanes, une telle pratique est violemment contraire à l’esprit d’égalité et de confiance dans la personne humaine qui est la marque de notre civilisation. Il convient donc, là aussi, de réaffirmer la force de l’Etat.

    Enfin, tout doit être fait pour soutenir notre démographie. Il y a longtemps que, pour le bien commun de notre pays, nous réclamons un contrôle strict des flux migratoires, la suspension du droit du sol pour l’acquisition de la nationalité française et le renforcement de la politique familiale. Ces dispositions ne portent pas directement sur la contention de l’islam, mais leurs effets permettraient de lutter contre le déséquilibre démographique alimenté par sa progression. Evidemment, la dénonciation sans réserve du Pacte de Marrakech sur les migrations que la France a récemment signé, s’inscrit dans cette perspective.  

    Article paru dans La Nef, n° 310 – Janvier 2019. 

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    L'ISLAM, Annie Laurent,
    Editions Artège, 285 p., 19,90 €

    Annie Laurent
    Spécialiste du Proche-Orient, des chrétiens d’Orient et de l’islam, Annie Laurent est à l’origine de l’association Clarifier et est l’auteur notamment de L’Islam, pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore) (Artège, 2017), L’islam peut-il rendre l’homme heureux (Artège, 2012), Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ? (Salvator, 2017). 
  • Médias & Actualité • Éloge du mur

    Mur d'Hadrien

    De Guillaume Roquette

    Nous ne sommes pas toujours d'accord. Son libéralisme droitier n'est pas le nôtre. Pas plus que son conservatisme selon nous trop complaisant envers la modernité. Mais quand nous sommes d'accord, nous sommes d'accord. Pourquoi ne le dirions-nous pas ? Ici, il ne s'agit pas d'accord sur des broutilles. Comme Régis Debray a fait l'éloge des frontières, Guillaume Roquette fait dans cet article du dernier Figaro magazine l'éloge du mur. N'en déplaise au pape à qui il n'hésite pas à dire son fait. L'éloge du mur, ce n'est pas rien. C'est peut-être même l'essentiel. Et nous sommes d'accord.   LFAR

    XVM0e3451c0-d466-11e7-8428-569ae9712d9b.jpgLes applaudissements ont été immédiats.

    Emmanuel Macron s'est taillé un beau succès cette semaine en expliquant, lors d'un déplacement en banlieue, qu'il ne croyait pas aux gens qui font des murs. « Ça marche pas » (sic), a-t-il expliqué à un public conquis. Quelques jours plus tôt, le pape François affirmait pour sa part que « ceux qui construisent des murs sont dans la peur et dans la crainte ». L'un et l'autre pensaient évidemment à Donald Trump, ce grand méchant loup que toutes les belles âmes de la planète se plaisent à sermonner ad nauseam.

    Chacun pensera ce qu'il voudra des analyses psychologiques de François, mais on peut en tout cas soutenir qu'Emmanuel Macron se trompe. En Hongrie, Viktor Orbàn a réduit drastiquement l'immigration clandestine en rendant étanches ses frontières. En Italie, les demandes d'asile ont baissé de 58 % depuis l'arrivée au pouvoir de Matteo Salvini. Et aux Etats-Unis, il est pour le moins prématuré de nier l'efficacité du mur voulu par Donald Trump puisque celui-ci n'existe pas encore. Les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, font d'ailleurs tout ce qui est en leur pouvoir pour en retarder la construction. Par peur de devoir en reconnaître l'efficacité ?

    Il n'en reste pas moins, n'en déplaise à l'estimable corporation des maçons, que les murs ont mauvaise presse ces temps-ci. Chez les élites, le grand déménagement du monde est considéré comme le progrès ultime. L'enracinement est devenu haïssable, comme si l'un des premiers droits de l'homme n'était pas de pouvoir vivre chez lui. Comme si nous n'avions pas le devoir de dissuader, y compris par des barrières physiques, les immigrants non éligibles au droit d'asile qui rêvent de venir dans nos pays. Culpabilisés par le souvenir du mur de Berlin, biberonnés à l'universalisme, nous feignons de croire que les migrations sont devenues inéluctables, alors qu'il nous appartient de les réguler.

    L'hospitalité est une magnifique vertu, mais il faut être chez soi pour héberger l'autre. L'accueil ne se conçoit que de manière volontaire : s'il est subi, c'est une intrusion, voire un envahissement. C'est bien pour cela que les accords de Schengen, en abolissant les frontières intérieures sans sécuriser les entrées dans l'Union, ont provoqué un rejet inédit du projet européen chez tous les peuples du continent. Les électeurs « populistes » ne sont pas devenus racistes, ils veulent simplement contrôler qui entre chez eux.

    Une question pour finir : avez-vous déjà visité la maison Sainte-Marthe, résidence du pape au Vatican ? Non, et pour cause : elle est jalousement protégée par des gardes suisses empêchant d'approcher quiconque n'a pas montré patte blanche. Et c'est la même chose à l'Elysée : en plus de ses hauts murs, le palais présidentiel est même cerné désormais par une clôture de barrières grises solidement fichées dans le sol. Personne ne reproche au pape ou à notre président de vouloir se protéger. Mais pourquoi auraient-ils droit à des murs et pas nous ?  

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  • Les Occidentaux doivent-ils planifier leur suicide démographique pour le bien de la planète ?

    Par  Mathieu Bock-Côté 

    Un commentaire critique vigoureux et pertinent des propos et plus encore des idées d'Yves Cochet, leader écologiste d'esprit extrême ou, si l'on préfère, radical. Au point d'en devenir hideux à force de haine de notre civilisation. Comme souvent cette chronique du Journal de Montréal [6 janvier] est aussi un un cri d'alarme.  LFAR 

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    Retour sur un entretien d’Yves Cochet.

    Un leader écologiste français invite les peuples occidentaux au suicide démographique. 

    Ancien ministre de l’Environnement français, Yves Cochet n’a rien d’un marginal.

    C’est un écologiste dont la parole est sollicitée. Et dans le plus récent numéro de L’Obs, il livre ses réflexions à propos de la logique de la décroissance, qu’il croit nécessaire pour sauver la planète à l’heure des changements climatiques. Et cette décroissance, selon lui, devrait être démographique. Il faudrait prendre les mesures nécessaires pour limiter les naissances, notamment en cessant de financer la natalité. « Faire des enfants n’est plus seulement une question personnelle. C’est devenu un choix politique. Ne pas faire un enfant supplémentaire, c’est le premier geste écologique. Les enfants qui attendent un foyer sont déjà bien assez nombreux ». 

    1608804_3_28dd_yves-cochet-eurodepute-eelv_55a43c5e69a28a6d0b52eb6e78b3f31f.jpgOn ne saurait dire assez à quel point un telle perspective est mortifère, en plus d’être philosophiquement glaçante. C’est l’instinct de vie de l’humanité qu’on entend ainsi étouffer, et l’élan qui pousse les hommes et les femmes, d’une génération à l’autre, à se reproduire pour la suite du monde. On aura compris que les hommes et les femmes ne devraient plus voir dans leurs enfants la suite de leur lignée – un tel principe serait probablement tribal, archaïque, et pourquoi pas, réactionnaire – mais plutôt s’inscrire à un pool collectif d’adoption mondialisé. On aurait envie de répondre que si l’adoption est une grâce et un acte d’une générosité inouïe, elle ne saurait, à l’échelle d’une civilisation non plus que pour la plupart des hommes et des femmes, se substituer à ce qu’on appellera pudiquement la manière traditionnelle d’avoir des enfants. 

    Mais là où Cochet devient carrément effrayant, c’est lorsqu’il tire les conséquences politiques de sa vision du monde.

    immigres5.jpgLorsque la journaliste de L’Obs lui demande si c’est la France qui doit faire le plus d’efforts, il répond : « je précise que je ne vise pas les pays les plus pauvres, qui font plus d’enfants que les autres. Au contraire. Les pays riches sont les premiers à devoir décroître démographiquement. Ce sont eux qui ont le mode de vie le plus polluant. Par ailleurs, limiter nos naissances nous permettrait de mieux accueillir les migrants qui frappent à nos portes ». La dernière phrase est ahurissante mais est révélatrice de la tentation nihiliste d’un certain écologisme, qui carbure à l’aversion pour l’Occident et fantasme sur sa disparition. 

    En gros, les peuples occidentaux, coupables d’avoir saccagé la planète, devraient faire pénitence et planifier leur propre extinction démographique. Ils devraient plus exactement s’effacer pour faire de la place à des populations nouvelles, venues du tiers-monde, et qui veulent s’établir chez eux. En cédant la place à de nouveaux peuples et en se suicidant démographiquement, les peuples occidentaux pourraient enfin connaître une certaine rédemption à l’échelle de l’histoire, comme si on pouvait se grandir en s’abolissant soi-même. Il n’est pas certain que cet appel au suicide civilisationnel vertueux soit de nature à enthousiasmer les peuples auxquels il est destiné. Il a néanmoins la vertu de révéler le fond idéologique hideux d’un certain écologisme qui cache derrière sa prétention à la vertu des sentiments profondément haineux pour notre civilisation.   

    Mathieu Bock-Côté

    Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur d'Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) de La dénationalisation tranquille (Boréal, 2007), de Le multiculturalisme comme religion politique (éd. du Cerf, 2016) et de Le Nouveau Régime (Boréal, 2017).  
  • Le dernier carré de Daech résiste encore près de la frontière irakienne

    Antoine de Lacoste 

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    L’offensive actuelle des FDS (Forces Démocratiques Syriennes) devrait être la bonne.

    C’est en tout cas ce qu’affirment ses combattants, kurdes pour la plupart, armés et financés par les Américains.

    Des annonces péremptoires de ce type ont déjà été faites ces dernières semaines, mais cette fois il se pourrait qu’elles se concrétisent. En effet, depuis plusieurs jours, des milliers de civils liés à Daech fuient la zone des combats et se rendent aux FDS.

    Les témoignages recueillis auprès de ces réfugiés sont à peu près les mêmes : Daech nous a trahis, ses combattants se moquent de nous et il n’y a plus rien à manger. Femmes et enfants affluent donc et si les dirigeants de l’Etat islamique acceptent de les laisser partir c’est pour ne plus s’encombrer de bouches inutiles.

    Alors chacun pour soi avec un souci commun : minimiser son rôle et son engagements auprès du « Califat ». Les Kurdes accueillent tout ce beau monde, les interrogent et les regroupent dans des camps, plus au nord.

    Le problème majeur est posé par les hommes disséminés dans ces convois : combattants de Daech ou pas ? « Lorsque nous interceptons ces convois, il est impossible sur le moment de distinguer parmi eux les civils des combattants. Ce qui est sûr, c’est que Daech cherche à disséminer ses cellules dormantes dans d’autres parties de la région. On peut être certain qu’il y a aujourd’hui dans ce convoi des combattants déguisés en civil. » affirme une combattante kurde au journal libanais l’Orient le Jour.

    Ce jour-là, beaucoup de caucasiens figurent parmi les réfugiés : Russes, Ouzbeks, Kazakhs. Les autres, comme d’habitude, Syriens et Irakiens. Ce sont eux les plus critiques : « Il n’y a plus ni eau, ni nourriture dans les territoires de Daech, plus rien. Les combattants étrangers gardaient tout pour eux. » dit Fatma à un officier FDS.

    Certains allument une cigarette pour montrer leur mépris des consignes de Daech. Mais Aram, un officier FDS, ne croit guère à leur innocence et affirme au journal libanais : « Tous les civils que vous voyez aujourd’hui, y compris les vieux, les femmes et les enfants, ce sont des partisans de Daech. »

    Selon l’Etat-Major des FDS, Daech ne détient plus que quatre kilomètres carrés dans ce désert, tout à fait à l’est de la Syrie. Les combattants ne seraient pas plus de 2000, dont beaucoup d’étrangers. Combien de Français parmi eux ? Impossible de le savoir avec précision, mais leur présence est à peu près certaine.

    AFP_QH99H-840x450.jpgLe mystère plane aussi sur le sort du chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi. Donné mort ou blessé à plusieurs reprises, aucun élément récent n’est venu confirmer ces rumeurs. Son dernier message audio date du mois d’août.

    En tout état de cause, l’échéance se rapproche, mais ce dernier carré se défend avec acharnement et, malgré les bombardements américains, les fantassins kurdes ne progressent que très lentement. Les derniers combats seront rudes.

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Vers l’effondrement monétaire du Système pour éviter le krach boursier

    Par Marc Rousset    

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    Au Japon, le GPIF, le plus gros fonds de pension au monde (celui des retraites des fonctionnaires japonais, dont la capitalisation boursière est de plus de 10.000 milliards de dollars), a perdu, fin 2018, la modique somme de 136 milliards de dollars, suite à des placements en actions à la Bourse de Tokyo.

    On peut imaginer ce qui se passerait dans le monde en cas de krach…

    Les banques centrales, par leur politique monétaire laxiste, ne savent que prolonger la vie des États malades dont l’hyper-endettement devient de plus en plus incurable. En 1958, la dette américaine s’élevait à 280 milliards de dollars. Elle a été, depuis cette époque, multipliée par 75 (par 31 depuis 1981, tandis que les recettes fiscales n’étaient multipliées que par 6) pour atteindre, aujourd’hui, 22.000 milliards de dollars.

    La dette est, en réalité, une maladie mondiale, nonobstant la bombe potentielle des produits dérivés bancaires. En Chine, la dette totale est passée de 2.000 milliards, en 2000, à 40.000 milliards de dollars. Le Japon, avec une dette publique de 250 % du PIB, ferait défaut si les taux d’intérêt augmentaient de seulement 0,5 % ! On comprend mieux pourquoi le Japon ne peut pas revenir en arrière dans sa politique monétaire. Et partout dans le monde, le système bancaire, avec un effet de levier des capitaux propres de 10 à 50, sera bien incapable de rembourser les déposants en cas de krach. Quant à l’État français, il faut savoir que sa dette de 2.000 milliards d’euros représente plus de deux fois la valeur de son patrimoine public et de ses actifs.

    images.jpgAux États-Unis, la Fed est en train de capituler et de faire marche arrière face au risque imminent de krach, d’où les cocoricos triomphants des médias sur l’envolée récente à Wall Street, qui repose en fait sur du sable. La Fed met fin à la politique annoncée de l’augmentation des taux d’intérêt actuellement à 2,25 %-2,50 % et envisage même, l’année prochaine, l’arrêt de la politique d’assouplissement quantitatif monétaire à l’envers, voire même, si nécessaire, une reprise de la création monétaire et, donc, de l’augmentation de ses actifs. La Fed a acheté des centaines de milliards d’obligations de 2008 à 2015, au point d’avoir quintuplé, à 4.500 milliards dollars, la taille de son bilan. Face aux « contre-courants » possibles évoqués par Jerome Powell, la Fed, comme au Japon, n’hésitera pas à condamner la monnaie, à réduire les taux d’intérêt pour prolonger la vie du Système et éviter le krach boursier, jusqu’au jour où, suite à la perte subite de confiance, tout explosera !

    Et en zone euro avec Mario Draghi, rebelote et même dilemme qu’aux États-Unis, qu’au Japon ! La BCE s’est engagée à maintenir « un degré élevé de soutien monétaire ». Les taux d’intérêt négatifs pour les banques pourraient passer, fin 2019, du taux ridiculement bas de -0,4 % à un taux maximum tout aussi ridicule de -0,2 %… en visant 0 % en 2020 ! La politique d’assouplissement quantitatif monétaire à l’envers n’est même pas envisagée. L’emprunt OAT français est à 0,58 %, le Bund allemand à 0,18 % et le taux italien à 10 ans à 2,66 %. La BCE envisage même des opérations de refinancement LTRO à 4 ans pour les banques dans une situation délicate, ce qui aura aussi pour conséquence d’accroître la masse monétaire et de faire baisser les taux d’intérêt sur les marchés.

    La politique économique électoraliste et laxiste des populistes italiens ne fait qu’aggraver la récession, ce qui rend furieux le patronat italien Confindustria. La banque Monte dei Paschi a eu besoin de 8 milliards d’euros, mais il a fallu que l’État italien trouve encore 400 millions d’euros pour sauver la banque Carige. L’Italie ne pouvait compter, jusqu’à fin 2018, que sur la BCE pour acheter ses obligations, d’où la nécessité pour l’Italie d’émettre maintenant des obligations libellées en dollars, alors que les investisseurs étrangers ont vendu, entre mai et novembre 2018, pour 70 milliards nets d’obligations italiennes.

    image.pngLe bitcoin, c’est fini, avec une crypto-devise à 4.000, contre 20.000 dollars fin 2017 ! Les banques centrales, un signe qui ne trompe pas, se sont ruées sur l’or et ont acheté 4.315 tonnes d’or en 2018, les réserves actuelles de la Chine s’élevant probablement à 17.100 tonnes, soit deux fois celles des États-Unis. À Londres, l’once d’or vient de franchir le seuil psychologique de 1.300 dollars. ■  

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    Économiste
    Ancien haut dirigeant d'entreprise