UA-147560259-1 UA-147538561-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Actualité Monde - Page 5

  • Quand l’islam 2.0 fascine les Latino-américaines [2/2]

    Mexique: 300 Indiens tzotzils se sont convertis à l'islam

    Par Sylvie TAUSSIG

    Islam Sudamérique.jpgNous proposons (...) à nos suiveurs un article fouillé de S. Taussig paru récemment dans la revue internationale en ligne The Conversation. Créée en 2011 en Australie, ce site est vite devenu le rendez-vous de la fine fleur de l’intelligentsia universitaire mondiale, et il dispose maintenant d’une version francophone, d’où nous avons ramené cet article. Bonne lecture !  Péroncel-Hugoz 

     

    AVT_Sylvie-Taussig_4260.jpgRecherche du « vrai » islam 

    Le plus surprenant est sans conteste la recherche, pour les femmes, de l’homme musulman indépendamment de sa personnalité. Cette quête est en outre encouragée dans les milieux musulmans qui prônent voire prêchent un islam conservateur du point de vue des mœurs, sur la base de l’affirmation répétée que « le mariage est la moitié de la religion ». 

    file-20181113-194485-g5mnct.pngLes conversions à l’islam concernant principalement les femmes, la convertitis crée chez les nouveaux croyants le zèle du néophyte et le désir d’un respect intégral de ce qui leur est présenté comme le vrai islam. (Photo : Site Facebook, sur l’homme idéal et le mariage « musulman ». Facebook, Author provided)  

    Comme l’islam est une nouvelle religion dans la région – bien que l’arrivée de musulmans dans les Amériques depuis Christophe Colomb soit attestée, l’islam a été à peu près oublié jusqu’à sa réactivation dans les années 1980 – sa définition est bouclée par ceux qui en font la prédication, la dawah, et qui en proposent une version essentiellement déculturée. 

    La communication virtuelle de l’islam est supervisée par un magistère islamique parfois autoproclamé parfois adoubé par des autorités religieuses des pays majoritairement musulmans, parfois dotées de diplômes en sciences islamiques parfois appartenant de façon plus ou moins informelle à une organisation internationale (comme l’organisation IslamInSpanish). 

    Tahar Ibn Ali, prédicateur d’origine marocaine ayant une certaine popularité en Amérique latine

    Ce magistère singulier, pour une religion qui théoriquement n’en connaît pas, mais indispensable pour guider de nouveaux fidèles et les mettre dans la communauté – selon le principe de formatage du nouveau croyant de la part de l’institution religieuse démontré par Loïc le Pape, énonce des règles et avertissements au sujet des dangers potentiels du mariage et procède à la reconfiguration d’une figure classique, le wali, ou tuteur. 

    Celui-ci, qui est un acteur secondaire dans cet acte civil qu’est le mariage dans les pays musulmans, réglés le plus souvent par un code personnel musulman, crée dans les pays d’Amérique latine le mariage musulman comme un mariage religieux et a une action performative : par l’obligation d’avoir un tuteur, les femmes deviennent des mineures, de majeures qu’elles étaient suivant la définition laïque du mariage. 

    Le wali peu à peu n’est plus seulement le témoin du mariage ; il peut être l’entremetteur (pour une musulmane qui cherche un mari musulman et ne veut pas passer par des sites de rencontre) ; s’il ne présente pas le fiancé, il mène une enquête de moralité, c’est-à-dire de « musulmanité » sur le promis. 

    Quant à la cérémonie même, ce tuteur peut n’avoir une présence que virtuelle, via WhatsApp, et si ceux que j’ai interrogés affirment que leur intervention n’est pas rétribuée, l’activité doit cependant être lucrative car les wali se multiplient sur les réseaux. Il faut néanmoins noter que ce phénomène demeure ultra minoritaire à l’échelle des pays, cette activité étant invisible pour la société en général. 

    Cette reconfiguration du rôle du wali illustre également le paradoxe des cours d’endoctrinement via des chaînes YouTube vendant un islam rigoureux qui interdit le marivaudage, le flirt et le sexe en dehors du mariage. Le site « noviazgo y fornicación » en est un exemple. 

    Connaissances religieuses prémâchées 

    Les réseaux sociaux sont devenus le principal moyen de prédication et de diffusion du savoir, où se mêlent toutes sortes de traditions. Les nouveaux musulmans trouvent toute une gamme de doctrines dans des articles, des vidéos et des publications qui leur permettent d’obtenir leurs connaissances religieuses dont ils mesurent mal à quel point elles sont prémâchées. 

    Les formats numériques, qui impliquent une information simplifiée pour une lecture rapide et sont prêts au « partage », sont très largement utilisés par les initiatives de dawah à côté de la distribution des prospectus sur le modèle des religions évangéliques et postchrétiennes, et du travail social. 

    Ces médias sont fondamentaux pour la formation religieuse islamique en Amérique. Les stéréotypes des femmes musulmanes attachées aux traditions les plus conservatrices de l’islam sont diffusés et présentés comme des pratiques acceptables et souhaitables, voire comme une obligation pour une bonne pratique religieuse, telles que le mariage de gré à gré (mariage à la fatiha), l’utilisation de la hijab et parfois la polygamie. 

    Islam New Age 

    À l’autre extrémité de cette pratique, nous trouvons les groupes qui diffusent une version new age de l’islam, mélangée à des pratiques chamaniques, des rituels autochtones, des rites de guérison, qui proviennent principalement des États-Unis et ont trouvé un moyen idéal de diffusion sur le Web. 

    Ces groupes fonctionnent parfois comme des étapes initiatiques dans la conversion religieuse, car certains convertis commencent leur chemin dans des groupes de méditation, poursuivent avec un groupe du philosophe et ésotérique George Gurdjieff, puis se rapprochent de l’islam par une branche soufie plus ou moins orthodoxe, par exemple, respectivement, Yerrahi et Naqshbandi. 

    Certains de ces groupes tolèrent des pratiques telles que l’homosexualité, la consommation de drogue et d’alcool. Cependant, une partie des femmes qui approchent ainsi l’islam adopte par la suite des pratiques plus conservatrices telles que l’utilisation du hijab et le mariage à un musulman. 

    « Empowerment » des femmes 

    Malgré la propagande dont témoigne ces sites, certains sont parfois occupés par des femmes qui ont eu des désillusions avec des musulmans en tant que tels et qui s’emploient par leurs commentaires et récits à dissuader celles qui sont tentées de faire venir leur habibi dans leur pays. 

    D’autres répondent par la description idyllique de leur mariage, et rappellent que leur mari serait un excellent wali. La diffusion d’un islam orthodoxe passe par l’empowerment des femmes. 

    Lire ces pages demande un certain recul et une connaissance des acteurs, pour discriminer le récit sincère du propos du troll ou du prosélyte. À l’inverse, des sites créés pour l’expression de la douleur de la trahison sont parfois trollés par des acteurs qui font un travail de dawah. On pense ainsi à Isa Garcia, un prédicateur d’origine argentine célèbre, traducteur du Coran désormais installé en Colombie, et dont la moindre expression circule aussi vite que l’éclair. 

    L’analyse effectuée sur les paroles des femmes, prises dans cet enchevêtrement entre désirs d’islam et désirs amoureux, outils numériques et prosélytisme, montre aussi une certaine logique de la part d’acteurs précis, souvent lointains, tendant à créer des conflits de loyauté dans un pays où l’État n’est pas régi par des lois islamiques.    [Série, suite et fin].

    Sylvie Taussig
    Chercheuse, CNRS, Institut français des études andines

    Voir dans Lafautearousseau ...

    De Péroncel-Hugoz : Sylvie TAUSSIG, de Gassendi à l’islamisation via le roman moderne et Richelieu…
    Quand l’islam 2.0 fascine les Latino-américaines [1]
  • Quand l’islam 2.0 fascine les Latino-américaines [1]

    Jeunes femmes autochtones priant à San Cristobal de Las Casas, État du Chiapas, Mexique, 2016

    Par Sylvie TAUSSIG

    Islam Sudamérique.jpgNous proposons (...) à nos suiveurs un article fouillé de S. Taussig paru récemment dans la revue internationale en ligne The Conversation. Créée en 2011 en Australie, ce site est vite devenu le rendez-vous de la fine fleur de l’intelligentsia universitaire mondiale, et il dispose maintenant d’une version francophone, d’où nous avons ramené cet article. Bonne lecture !  Péroncel-Hugoz 

     

    AVT_Sylvie-Taussig_4260.jpgLes réseaux sociaux jouent un rôle considérable dans tous les domaines de la mondialisation, y compris la spiritualité, la religion et la foi. Le pape s’exprime par tweet, le dalaï-lama donne des cours en ligne, et le phénomène des imams sur le web est bien étudié. 

    Il existe cependant une réalité musulmane encore peu étudiée pour l’Amérique latine, mais bien vivante, et qui prospère d’autant plus que la population musulmane y est clairsemée. De fait l’implantation musulmane est faible dans la plupart des pays (voir l’étude du Pew Research Center pour une estimation totale) mais structurée par les grands courants prosélytes depuis les années 1980. Nous sommes dans bien des cas dans un islam de deuxième génération, qui prétend à une certaine visibilité. Je me limite ici aux pays principalement hispanophones, le Brésil présentant un cas particulier d’islam plus local.

    Documentaire de Vice sur les musulmans mexicains. 

    La structuration de ces musulmans en Amérique hispanophone passe le plus souvent par une connexion forte soit avec les pays d’origine, soit avec des groupes très actifs aux États-Unis (et l’un n’empêche pas l’autre), et donc par la circulation de prédicateurs et de biens symboliques. En marge de ces connexions transrégionales, il existe de façon surprenante des sites de rencontre spécifiquement musulmans, spécialement conçus pour mettre en contact des hommes vivant dans des pays musulmans avec des femmes latino-américaines, dans le but de contracter un mariage temporaire ou permanent, via l’immigration. 

    Dans certains cas, Internet réalise la projection de la sociologue marocaine Fatima Mernissi, à savoir que l’amour, facilité par Internet, permet de dépasser le fossé entre islam et occident ; dans d’autres cas, l’abus de confiance est caractérisé. 

    Habibi latino 

    Alors que les courants musulmans orthodoxes remettent en question le caractère haram (illicite) des relations virtuelles entre hommes et femmes non mariés, et argumentent moins sur la dimension éthique que sur des concepts de légalité islamique et de relation entre les sexes. Certains sites Web (où les usagers communiquent en espagnol et parfois en anglais) et pages Facebook, parfois des « groupes secrets » et réservés aux femmes (Musulmanas latinas por un matrimonio halal, Enamorada De Un Musulman, CUÉNTANOS TU HISTORIA (TENGO PAREJA MUSULMANA), Amor Arabe Enamorada, Casada de un Arabe o Musulman, Quien es mi habibi) ont spécifiquement ouvert un nouvel espace de réflexion sur la violence contre les femmes.

     

    Enamorada de un musulm

    Un mariage religieux plutôt que laïque 

    Ces pages poursuivent différents types d’objectif – soit facilitation de la rencontre en vue du mariage, soit expression de doléances, soit vérification que le « habibi » en vue n’est pas déjà le « habibi » d’une autre, soit enquête informelle sur la sincérité du galant –, et elles ont souvent une durée de vie limitée car elles sont à un moment ou un autre « trollés » et investis par des officines prosélytes ou des individus voulant vendre tel ou tel type de services. 

    Les pages Facebook de femmes latino-américaines – interdites aux hommes sur la base d’un questionnaire d’entrée- racontent leurs terribles histoires de tromperie et désillusion, où se font jour de nombreux éléments de la violence faite aux femmes. Les femmes racontent comment elles ont été abusées par leur habibi, qui parfois en drague plusieurs à la fois ; parfois elles leur ont envoyé de l’argent pour qu’il vienne les rejoindre et n’en ont jamais vu la couleur ; certaines se sont même rendues dans le pays du habibi, où elles se sont vu retirer leur passeport et ont vécu des choses qui relèvent du crime. Elles viennent raconter, informer, dissuader, conseiller ou simplement pleurer pour se reconstruire par l’écoute. On constate que ces hommes s’attaquent plus facilement à des personnes fragiles (par leur âge, leur physique, leur situation de famille, etc.) 

    C’est particulièrement le cas lorsque les mariages ne sont célébrés que par religion et non sous une forme civile. Ces sites ouvrent aussi une fenêtre sur des pratiques moralement douteuses, soit des hommes qui draguent plusieurs femmes en même temps, soit des femmes qui tâchent de s’emparer des « habibis » des autres, dont elles savent tout via l’indiscrétion virtuelle. 

    Dans ce cas, alors que les pays d’Amérique latine exigent, comme en France, un mariage civil, cette problématique montre comment les exigences religieuses peuvent s’opposer à la normativité juridique laïque. Ainsi certains religieux en font même un instrument prosélyte. 

    Le wali pakistano-péruvien que j’ai rencontré affirme que l’islam constitue une meilleure protection pour les femmes que l’État de droit qui, pour un croyant, crée une culpabilité morale intérieure et génère une loyauté divisée (tension par rapport à ce qu’on doit à Dieu). En effet, le mariage « islamique » où la femme est nécessairement accompagnée de son témoin garantirait selon lui une protection supérieure au mariage civil. 

    L’Arabe glamour de la télénovelas 

    Le vaste travail de terrain que j’ai mené, principalement au Mexique, au Pérou et au Chili met d’abord en lumière la manière dont se constitue et se véhicule une image de l’Arabe idéal, à travers les telenovelas et sur la série el clon et son succès au Brésil et les réseaux sociaux, sur la base d’un goût « oriental » déjà ancien. 

    Trailer de « El clon » (le clone) série diffusée depuis 2010. Met en scène une histoire d’amour entre Lucas, son clone et une belle jeune femme exotique car « arabe », Jade.

    Prince sur son cheval, émir du pétrole, bellâtre caractérisé par son romantisme et sa douceur avec les femmes, par opposition au machiste latino – la violence conjugale est effectivement un thème majeur – l’arabo-musulman jouit d’une représentation favorable (à côté de formes non moins certaines de xénophobie). 

    Cette dernière est encouragée par les réussites spectaculaires d’un Carlos Slim et autres hommes d’affaires d’origine du Levant, que l’on retrouve d’un pays à l’autre, en politique ou dans le mécénat. Ceci est aussi répercuté par les sites musulmans. 

    La valorisation, qui part d’une ambivalence liée à la mise en avant d’une source arabe de l’identité espagnole des Latinos, va jusqu’à la « glamourisation ».   [Série suite et fin demain].

    Sylvie Taussig
    Chercheuse, CNRS, Institut français des études andines

    Voir dans Lafautearousseau ...

    De Péroncel-Hugoz : Sylvie TAUSSIG, de Gassendi à l’islamisation via le roman moderne et Richelieu…
  • Sylvie TAUSSIG, de Gassendi à l’islamisation via le roman moderne et Richelieu…

    929029399.jpgIncroyable, indéfinissable, inclassable Sylvie Taussig, ce petit bout de femme française, cette mère de famille moderne mais rangée, et qui est bonne sur tous les sujets qu’elle aborde !

    Cela, évidemment, ne lui donne pas que des amis, surtout dans le monde universitaire, incroyablement envieux envers ceux qui, en ce milieu, sortent des clous par leur singularité. 

    Jésus et Épicure

    PierreGassendi.jpgSylvie Taussig a d’abord forgé sa plume avec Gassendi (Photo), ce philosophe méridional du Grand Siècle qui voulait (et pourquoi pas ?) montrer que Jésus et Épicure étaient compatibles ; elle a ensuite publié des romans oniriques à l’écriture décoiffante ; elle nous a donné un plus classique Richelieu mais débordant de vie et qui montrait également que le grand cardinal-ministre de Louis XIII, fut, en toute discrétion, un bon prêtre ; ensuite elle contribua à soulever le voile, c’est le cas de le dire, sur l’islamisation de moins en moins rampante qui avance inexorablement dans notre pays, depuis plus de 30 ans ; elle joua alors un  rôle moteur dans un hors-série de la revue Cités, en 2004, l’Islam en France (une nuée de contributaires les plus divers dans un volume de 725 pages qui a fait date) ; sur cette lancée islamologique, Sylvie Taussig est partie comme chargée de mission du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en Amérique latino-amérindienne, basée dans la province mexicaine puis à Cuzco, au cœur du Pérou inca. Elle a opéré, sous ces latitudes, des découvertes absolument inattendues sur le recul du catholicisme*, non seulement devant les évangéliques, bras armé et financé par l’hégémonie étatsunienne dans la région (cela on le savait)** mais désormais, et ça c’est la découverte de S. Taussig, l’Islam grignote aussi l’ex-monopole catholique sud-américain. 

    L’Islam coranisateur

    Et l’Islam coranisateur, en Amérique du Sud, attire une majorité de femmes. Pourquoi, alors que la religion de Mahomet passe pour être « anti-femmes » ? Parce que les ultra-féministes  latino-américaines ont massivement tapé sur le machisme latin, qui n’est en fait qu’un mot dépréciatif pour désigner cette vertu qu’est la virilité. Voulant de « vrais hommes », nombre de Sud-américaines se sont tournées vers des mâles arabes… Merci mesdames Bachelet, Kirchner, Roussef et cie !

    Francois-rencontre-Mohammed-Issa-secretaire-general-Ligue-mondiale-musulmane-Vatican-20-septembre-2017_0_729_486.jpgSur ce phénomène inédit et passablement inquiétant pour l’Eglise (que fait notre pape italo-argentin ? Il vante l’accueil des musulmans en Europe !) 

    Nous proposerons demain à nos suiveurs un article fouillé de S. Taussig paru récemment dans la revue internationale en ligne The Conversation. Créée en 2011 en Australie, ce site est vite devenu le rendez-vous de la fine fleur de l’intelligentsia universitaire mondiale, et il dispose maintenant d’une version francophone, d’où nous avons ramené cet article. Bonne lecture !   [Série à suivre demain et après-demain].

    *  Voir l’article de S. Taussig sur « la théologie musulmane de la libération » in les Temps modernes N° 700, octobre-décembre 2018.
    ** Voir notamment notre Petit journal lusitan (Domens 2001, Privat-Le Rocher  2007)

    Mini-glossaire arabe

    Habibi: Mon chéri
    Fatiha: Sourate d’ouverture du Coran servant à marier des couples musulmans; Fatiha est aussi un prénom féminin assez répondu parmi les mahométans.
    Hidjab: voile complet des femmes musulmanes.
  • Les islamistes contrôlent la province d’Idleb au nord-ouest de la Syrie

    Antoine de Lacoste 

    téléchargement.jpg

    La province d’Idleb est la dernière province que l’armée syrienne n’ait pas reprise.

    Elle avait été conquise par le Front al-Nosra il y a plusieurs années, puis a servi de réceptacle aux islamistes qui acceptaient de se rendre sur les différents fronts syriens.

    C’est ainsi que plus de 50 000 hommes armés avec leurs familles se sont agglutinés dans cette zone de 3 millions d’habitants, devenue un véritable chaudron islamiste.

    Certains ont contesté cette stratégie russe consistant à négocier la fin plus rapide d’un combat en échange de la vie sauve et surtout du transport sécurisé de plusieurs centaines d’islamistes à chaque fois. Ils se demandaient comment résoudre le problème d’Idleb par la suite. La question est en effet pertinente mais il faut reconnaître que cela a permis de purger la presque totalité du sol syrien des poches islamistes qui étaient multiples. De plus, de nombreuses vies de soldats syriens ont ainsi été économisées.

    La donne a changé après l’invasion par la Turquie du nord de la Syrie afin d’empêcher les Kurdes de se tailler un territoire autonome trop important en plus de celui sous contrôle américain. L’armée syrienne avait auparavant massé des troupes au sud d’Idleb et n’attendait plus que le feu vert russe, indispensable pour l’appui aérien, pour lancer son offensive.

    Mais les pays occidentaux, Américains en tête,  avaient alors prévenu qu’ils interviendraient pour éviter une « catastrophe humanitaire » en cas d’offensive syrienne. Grandeur d’âme touchante surtout après que les Américains aient rasé Rakka, capitale de Daech, faisant des milliers de morts civils. Mais quand c’est le camp du bien qui bombarde, on appelle cela des « dégâts collatéraux.. »

    Erdogan, peu désireux de voir l’armée syrienne reconquérir Idleb, a alors proposé à Poutine de prendre le contrôle de la zone avec ses 50 000 miliciens issus d’anciens groupes djihadistes passés sous contrôle turc. De plus, il ferait reculer l’ensemble des groupes islamistes de 10 km à l’intérieur de la zone, permettant de faire cesser les bombardements, notamment sur Alep. L’installation de postes d’observation turcs et russes était en même temps décidée pour éviter toute déflagration imprévue.

    Poutine avait accepté afin de supprimer tout prétexte aux occidentaux pour intervenir.

    Mais HTS (Hayat Tahrir al Sham), le nouveau nom d’al-Nosra, n’a jamais tenu compte de cet accord. Pire : ses combattants viennent de déloger, sans trop de mal finalement, les hommes d’Ankara de leur zone.

    De ce fait, HTS contrôle maintenant la quasi-totalité de la province, où la charia s’applique bien sûr. Cette situation, humiliante pour Erdogan qui a montré son incapacité à contenir les islamistes, ne saurait durer.

    Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, l’a confirmé en conférence de presse le 18 janvier : « Il est impossible de maintenir indéfiniment ce dernier foyer de terrorisme sur le territoire syrien. »

    Les choses vont bientôt bouger à Idleb. ■

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • L'Union Royaliste Provençale* a rudement bien fait d'inviter André Bercoff pour une conférence-débat brillante ce 21 janvier 2019 !

     

    blue-wallpaper-continuing-background-wallpapers-bigest-images - Copie.jpgParticipants nombreux, salle pleine, ambiance chaleureuse ; assistance captivée par un André Bercorff au parler vrai, direct, nature, informé de tout, plein d'humour et même de drôlerie ; un débat sur la situation explosive de la France et du monde nourri par de nombreuses questions, une excellente organisation de la soirée, un riche buffet où les conversations se sont multipliées, pour clôturer la rencontre ... Nous n'en dirons pas davantage sur cet événement qu'une vidéo mise en ligne dans les prochains jours fera revivre intégralement, notamment pour nos lecteurs qui souhaiteront la regarder en France et ailleurs. Voilà de la bonne besogne, à l'honneur de l'Action Française.  Lafautearousseau

    En attente de la vidéo, nous nous contenterons ici de mettre en ligne les photos qui suivent, précédées de celles de la Messe célébrée auparavant en la Basilique du Sacré-Coeur - église comble - par Monseigneur Jean-Pierre Ellul, recteur de la basilique tandis que l'homélie - belle et profonde - était donnée par le père Antoine Deveaux.  

    Messe en la basilique du Sacré-Coeur

    IMG_5147.jpg

    IMG_5150.jpg

    IMG_5149.jpg

    Conférence-débat 

    IMG_5156.jpg

    André Bercoff - Jean Gugliotta, président de l'Union Royaliste Provençale

    IMG_5151.jpg

    Vue partielle de l'assistance [1]

    IMG_5154.jpg

    Vue partielle de l'assistance [2]

    50754099_1873088336134583_2303890057519431680_n.jpg

    Un groupe de jeunes d'A.F. avec André Bercoff,  J. L. Hueber et G. Bertran de Balanda 

    1939836_498902073553223_1794630765_n - Copie.jpg* L'Union Royaliste Provençale est la fédération régionale du Centre Royaliste d'Action Française, 10 rue Croix-des-Petits-Champs 75001 PARIS

  • La voie étroite

    par Louis-Joseph Delanglade 

    sinistra-italiana_una-nuova-proposta-il-documento_sfondo-rosso-170204 - Copie.jpg

    On se rappelle qu’à la suite de l’échec de la conférence de Rambouillet (6 février - 22 mars 1999), l’Otan avait déclenché une campagne de frappes aériennes pour faire plier la Serbie et lui faire accepter l’inacceptable indépendance du Kosovo.

    Preuve était faite que l’organisation, ayant perdu son essentielle raison d’être depuis la fin de l’Union soviétique, n’était plus qu’une force au service de la politique étrangère américaine. Dix ans après, M. Sarkozy, dit « l’Américain », commettait la faute impardonnable, puisque rien ne le justifiait au regard de notre intérêt national, de nous faire revenir dans le commandement intégré de l’Otan. 

    15581327.jpgAujourd’hui, ironie de l’Histoire, voilà que les Etats-Unis, par la bouche de leur erratique président, semblent remettre en cause leur propre appartenance à l’Otan. Cette organisation, ce sont les Etats-Unis plus vingt-huit autres Etats membres. Les arguments comptables de M. Trump sont parfois contestables mais, finalement, il est exact que ce sont bien les Etats-Unis qui financent l’Otan pour l’essentiel (25% du budget de l’organisation et jusqu’à 70% de ses dépenses d’intervention). Arguant de cet état de fait, M. Trump vient donc d’évoquer la possibilité d’un retrait pur et simple si les autres membres ne se décident pas à payer davantage. Cela aurait pour première conséquence de laisser les Européens en tête-à-tête avec la Russie de M. Poutine : inutile de préciser que cette perspective ne déclenche pas de ce côté-ci de l’Atlantique les habituelles moqueries médiatiques à l’encontre du président américain. Il s’agirait en fait d’un véritable séisme géopolitique résultant de la simple mise à nu de la vérité : il n’existe pas de défense européenne, l’Union ayant toujours été incapable de sortir de sa matrice commerciale et financière. Plus de « parapluie nucléaire » américain donc, sauf pour la France et la Grande-Bretagne. 

    star-wars-1728x800_c (1).jpgIl faut toutefois comprendre que cet éventuel retrait américain, ou pas, de l’Otan est l’option basse et qu’existe aussi une option haute car, avec M. Trump, les choses ne sont pas aussi simples que peuvent le penser les simplistes commentateurs de la presse française. En réalité, en bon manager, M. Trump menace un peu pour peut-être obtenir encore plus : il vient en effet d’annoncer également son intention de relancer la fameuse « guerre des étoiles », cette idée de feu M. Reagan, abandonnée après la chute de l’URSS car jugée chère et inefficace. Ce serait la seule option stratégique propre à protéger efficacement les Etats-Unis et… les alliés qui accepteraient de payer encore davantage que pour la seule appartenance à l’actuelle Otan. Option basse ou option haute, l’alternative pour la France est la même : en passer par les exigences de M. Trump ou envisager une solution plus conforme à l’idée que nous pouvons nous faire de l’indépendance nationale.

    Force-de-dissuasion-nucleaire-quel-est-le-projet-de-Hollande.jpgLa voie est étroite et c’est au pouvoir politique qu’est dévolue la tâche essentielle de conjuguer au mieux alliances et souveraineté. Pour l’instant, l’Allemagne reste l’horizon indépassable de l’Elysée. M. Macron retrouvera ainsi Mme Merkel à Aix-la-Chapelle, demain, 22 janvier, pour la signature conjointe d’un nouveau traité franco-allemand, cinquante-six ans après celui de l’Élysée (on n’a pas beaucoup avancé depuis). Ce énième traité est très critiqué alors qu’on nous le certifie avant tout « symbolique » ; sa seule innovation résiderait dans la création d’un Parlement franco-allemand, un parlement sans pouvoir (tant mieux) mais un parlement de plus (à quoi bon ?). M. Macron devrait au plus vite se  rappeler que, s’il n’est ni Jupiter ni Louis XIV, il reste le chef de l’Etat français et qu’à ce titre il est le chef des armées et le décisionnaire ultime et quasi monarchique en matière de dissuasion nucléaire, ce qui l’ « oblige » en quelque sorte. ■

  • Le krach dès 2019 plutôt que l’effondrement ultérieur du Système

    Par Marc Rousset    

    3890715347.jpg

    Les investisseurs broient à nouveau du noir et anticipent un scénario très négatif de ralentissement de la croissance mondiale.

    Le CAC 40 perd environ 10 % depuis le début de l’année, tandis que le DAX allemand affiche une chute de l’ordre de 20 %. Les valeurs plus petites et moyennes à la Bourse de Paris ont chuté, elles aussi, d’environ 20 %, avec des baisses spectaculaires de plus de 50 % pour Vallourec, Pierre et Vacances, Derichebourg, Marie-Brizard. Quant à l’indice PMI manufacturier de la zone euro, il est au plus bas depuis août 2016, Allemagne incluse.

    Un indicateur suggère que l’activité américaine et mondiale est davantage susceptible de ralentir que d’accélérer : l’inversion de la courbe des taux conduit généralement à la récession. Tout récemment, le taux d’intérêt à cinq ans sur la dette des États-Unis est passé en dessous de celui à trois ans. L’écart entre le taux d’intérêt de la dette à dix ans (2,952 %) et à deux ans évolue à son plus bas niveau depuis 2007. Les taux à trente ans ne s’élèvent qu’à 3,22 %. James Powell, le président de la Fed, a déclaré que les taux d’intérêt actuels se trouvaient juste en dessous de leur position neutre, ce qui laisse penser qu’il va encore augmenter les taux à court terme en décembre 2018, mais sans doute arrêter de les relever ou moins les relever en 2019, contrairement aux annonces précédentes.

    Donald Trump, malgré ses taxes punitives sur les marchandises importées, fait face à un déficit commercial record depuis dix ans, en octobre 2018, de 55,5 milliards de dollars, dont 38,18 avec la Chine et 15,05 avec l’Union européenne. Trump juge ridicules les nouvelles hausses de taux de la FED et s’inquiète des banques américaines en difficulté. L’action Goldman Sachs a baissé de 35 % depuis son plus haut historique de février 2018. Le cours de Bourse moyen des 24 plus grandes banques américaines a baissé de 22,5 % depuis le 26 janvier 2018, tandis que celui des petites banques régionales a plongé de 22,3 % depuis le 8 juin 2018.

    La Commission européenne a adopté une recommandation visant à promouvoir une utilisation plus large de l’euro dans les transactions internationales et les secteurs stratégiques clés tels que l’énergie, mais tout cela semble relever de vœux pieux, avec un manque de détermination géopolitique. Les ambitions de Macron semblent contrariées puisque le MES (mécanisme européen de stabilité) pourra porter secours à une banque européenne menacée de faillite ou à un État en crise en 2024 au plus tard, avec faculté d’agir en moins de 24 heures, sans attendre un feu vert du Bundestag ; mais les krachs bancaires, boursiers et immobiliers auront lieu bien avant…

    Quant à un autre outil européen « anti-crise », le système européen de garantie des dépôts bancaires, il a été reporté, faute d’unité des pays membres. Enfin, de nombreux États restent hostiles au projet de mini-budget de « stabilisation » sur la zone euro, cher à Macron. Trois schémas semblent prévaloir, après les élections européennes de mai 2019 : soit l’Italie met de l’eau dans son vin et se « grecquise », la France la suivant dans la roue, soit l’Italie sort de l’union monétaire, soit l’Allemagne sort de l’union monétaire.

    La zone euro est l’objet d’inquiétudes suite à la situation des banques et de l’Italie. Qui achète de la dette italienne depuis 2015 ? Essentiellement la BCE, qui détient aujourd’hui environ 280 milliards d’obligations, tandis que les investisseurs italiens désinvestissaient. 3.000 chefs d’entreprise de la Confindustria viennent de faire savoir à Turin qu’entre la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté, le budget coûtait 18 milliards d’euros et « ne faisait rien pour la croissance »« Ça suffit, la campagne électorale permanente et les politiques qui pénalisent notre capacité à investir ! Basta ! » Un défaut de l’Italie serait dix fois plus grave que la faillite de Lehman et de la Grèce.

    Autrefois la France et l’Italie, sans l’euro, auraient fait fonctionner encore davantage la planche à billets et tout serait déjà terminé depuis longtemps par une gigantesque dévaluation qui aurait ruiné tous les épargnants. Macron aurait mieux fait de dire qu’avec l’euro, à défaut de baisser la dépense publique et d’arrêter net l’immigration, l’enjeu de la fiscalité écologique était en fait un faux alibi pour éviter la faillite de la France.. ■  

    41LRKbfMFHL._SL300_.jpg

    Économiste
    Ancien haut dirigeant d'entreprise
  • Le Qatar finance la construction d’une église chrétienne au Liban !

    Le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï et l’ambassadeur du Qatar, Mohammad Hassan Jaber al-Jaber, représentant l’émir du Qatar.

    Antoine de Lacoste 

    téléchargement.jpg

    Le 31 décembre dernier, le patriarche maronite libanais, Mgr Béchara Raï, a inauguré l’église Saint Jean le Bien aimé, dans le Kesrouan, une région majoritairement chrétienne, au nord de Beyrouth.

    Cette église appartient au couvent du Saint Sauveur, et elle ne constitue que la première partie d’un vaste projet qui comprendra une bibliothèque, un amphithéâtre, des logements, le tout sur 1700 m2.

    L’inauguration s’est faite en présence de l’ambassadeur du Qatar au Liban, ce qui est bien le moins, car tout cela est financé par l’émir du Qatar.

    Sans-titre-1-5.jpgEn avril dernier, le même Mgr Raï (photo) posait la première pierre d’une autre église, dédiée à Saint Charbel, le grand saint libanais, mais au Qatar cette fois, sur un terrain offert par l’émir. Trente mille libanais travaillent au Qatar il est vrai, mais de là à offrir un terrain pour une église chrétienne…

    Pour comprendre un processus aussi improbable, il faut remonter à juin 2017 : le nouvel homme fort de l’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salmane, décide un blocus contre le Qatar, blocus auquel se joignent les Emirats arabes unis et Bahrein. Motif invoqué : le Qatar finance le terrorisme international (venant du régime le plus islamiste de la planète c’est tout de même assez cocasse) et surtout il entretient de bonnes relations avec l’Iran.

    Le Qatar proteste, appelle au secours l’allié américain qui, bien évidemment, ne bouge pas. Depuis quand Washington contrarie Riyad ?

    Derrière ces différends récents (la relation avec l’Iran notamment), se cache un contentieux plus ancien. Les deux pays les plus riches de la péninsule arabique sont en concurrence depuis des décennies et la vaste offensive de charme du Qatar vis-à-vis de l’Occident se traduisant par des investissements considérables dans le sport ou la culture, ont agacé l’Arabie. Le statut des femmes et des autres religions chez cette dernière ont dégradé son image et le royaume wahhabite est aujourd’hui vu comme un régime totalement rétrograde et intolérant, alors que le Qatar veut échapper à cette image.

    1a91389de2019fcc6006a883a0c0c.jpgLors de la mise en place du blocus, la Turquie avait volé au secours du Qatar et envoyé des soldats dans l’émirat à titre d’avertissement pour Ryad. La bonne entente des deux pays s’explique notamment par leur proximité commune avec les Frères musulmans. Rassuré sur sa sécurité, l’émir qatari (photo) met depuis les bouchées doubles pour se démarquer en tout du voisin honni saoudien. Il a ainsi cessé tout soutien aux milices islamistes en Syrie alors que l’Arabie garde un pied là-bas, et continue à entretenir de bonnes relations avec l’Iran, le grand Satan chiite.

    Le soutien actif à la communauté maronite et sa grande tolérance vis-à-vis des chrétiens jusque sur son sol, constituent un des points d’orgue de la politique qatarie.

    Tant mieux pour les chrétiens d’Orient qui, pour une fois, sont aidés par un puissant voisin. Que ne ferait le Qatar pour contrarier son nouvel ennemi ? ■

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Actualité & Religion • LES MARTYRS D’ALGÉRIE BÉATIFIÉS

    Par Annie LAURENT  

    1214153452.jpg

    « Que Mgr Pierre Claverie et ses dix-huit compagnons, fidèles messagers de l’Évangile, humbles artisans de paix, soient dès maintenant appelés bienheureux ».

    En proclamant ce décret de béatification à l’ouverture de la messe solennelle présidée par lui le 8 décembre dernier dans le sanctuaire Notre-Dame de Santa-Cruz, situé sur les hauteurs d’Oran, le cardinal Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour la Cause des saints, donnait à l’événement une dimension historique. En effet, pour la première fois, une telle célébration s’est déroulée dans un pays dont la population est majoritairement musulmane et dont l’Etat se réfère officiellement à l’islam.

    Puisqu’il est d’usage, dans l’Eglise catholique, de célébrer les béatifications sur les lieux où les nouveaux élus ont terminé leur vie terrestre, le choix de l’Algérie pour honorer les dix-neuf martyrs (quinze Français, deux Espagnoles, un Belge et une Maltaise), assassinés dans ce pays entre 1994 et 1996, se justifiait.

    La mission de ces bienheureux s’est déroulée dans l’Algérie indépendante, même si les congrégations religieuses auxquelles appartenaient la plupart d’entre eux y exerçaient leur apostolat depuis plus ou moins longtemps. Les Missionnaires d’Afrique (les Pères Blancs) y furent fondés en 1868 par le cardinal Charles Lavigerie, troisième évêque d’Alger. Quatre des leurs, Jean Chevillard, Alain Dieulangard, Christian Chessel et Charles Deckers, ont été tués ensemble le 27 décembre 1994 à Tizi-Ouzou (Kabylie) par un commando islamiste.

    cq5dam.thumbnail.cropped.750.422.jpgQuant à la présence de moines trappistes, elle remonte à 1843. D’abord érigé à Staouëli, près d’Alger, leur monastère se fixa en 1938 à Tibéhirine, dans le massif de l’Atlas. C’est là que le prieur, Christian de Chergé, et six de ses moines (les Pères Célestin Ringeard et Bruno Lemarchand ; les Frères Luc Dochier, Michel Fleury, Christophe Lebreton et Paul Favre-Miville) ont été enlevés dans la nuit du 26 mars 1996, leurs têtes ayant été retrouvées à quelques kilomètres le 30 mai suivant, neuf jours après l’annonce de leur meurtre par les Groupes islamiques armés (GIA).

    Pour leur part, les Frères maristes ont ouvert leurs trois premières écoles en 1891. Arrivé à Alger en 1969 pour y diriger le collège Saint-Bonaventure, le Frère Henri Vergès demeura sur place après la nationalisation des établissements catholiques, prenant alors en charge la bibliothèque étudiante de la Casbah, propriété de l’archevêché d’Alger, où il était secondé par Sœur Paul-Hélène Saint-Raymond, appartenant aux Assomptionnistes, présentes en Algérie depuis 1946. Ils moururent ensemble sous les balles de trois terroristes venus les tuer le 8 mai 1994.

    Les Augustines missionnaires, originaires d’Espagne, se sont établies à Constantine et à Blida en 1933, ouvrant ensuite une maison à Bab-El-Oued, quartier populaire d’Alger, où elles s’adonnaient à des œuvres de charité. Deux d’entre elles, les Sœurs Esther Paniagua Alonso et Caridad Alvarez Martin, ont été assassinées dans la rue le 23 octobre 1994 alors qu’elles partaient assister à la messe. La congrégation missionnaire Notre-Dame des Apôtres est en Algérie depuis 1937 pour divers services (paroisses, enseignements, santé). Deux de ses religieuses, les Sœurs Bibiane Leclercq et Angèle Marie-Littlejohn, ont été tuées à bout portant à Belcourt (Alger) en revenant de la messe, le 3 septembre 1995. Les Petites Sœurs du Sacré-Cœur, de spiritualité foucauldienne, sont, elles aussi, arrivées en Algérie avant l’indépendance. L’une d’elles, Odette Prévost, vint à Alger en 1968 pour fonder une communauté puis intégrer le Centre culturel diocésain des Glycines. Elle a été abattue dans la rue le 10 novembre 1995 alors qu’elle se rendait à la messe.

    Enfin, l’itinéraire de Mgr Pierre Claverie se distingue des autres bienheureux car, né en 1938 à Bab-El-Oued dans une famille de pieds-noirs, il était un enfant du pays. Devenu dominicain, il put s’établir dans la capitale algérienne en 1967. Avant d’être nommé évêque d’Oran en 1981, il dirigeait le Centre diocésain d’Alger. Victime d’une bombe qui l’attendait à la porte de son évêché, il est mort le 1er août 1996, devenant le dernier des dix-neuf martyrs dans l’ordre chronologique. Mais s’il est placé en tête de la liste c’est bien sûr en sa qualité d’évêque, ce qui explique aussi le choix d’Oran comme lieu de la cérémonie des béatifications.

    Un choix expressément demandé au Vatican par les quatre évêques d’Algérie, comme l’a indiqué le successeur de Mgr Claverie, Mgr Jean-Paul Vesco, lui aussi dominicain, car il s’agissait de mettre en lumière la fidélité des bienheureux à leur vocation, librement consentie malgré l’islamisation croissante de la société et les menaces que les djihadistes faisaient peser sur eux. Déjà en germe durant la guerre d’indépendance où djihad et socialisme s’entrecroisaient, cette évolution s’appuya ensuite sur l’arabisation promue par les dirigeants algériens avec l’aide de professeurs venus du Proche-Orient. Elle s’accompagna de l’extension de la charia dans des domaines tels que la famille ou la liberté de culte. L’Eglise peine aussi à obtenir des visas pour ses membres (1).

    « Dans la logique de l’islamisme, tout ce qui n’est pas musulman est impur. Pour nous, il est important de rester pour mettre en échec cette logique de haine », confiait, peu avant sa mort, Mgr Claverie (2). Il tenait à ce que le rôle des chrétiens fût bien compris en France. « Je n’aime pas l’on nous fasse passer pour des martyrs (…). C’est le moment pour nous de la gratuité et j’y insiste toujours, nous n’avons rien d’autre à proposer que d’être là et de garder avec ce peuple une relation d’amitié dans laquelle se traduit un peu de l’amour de Dieu, sans autre moyen que d’être avec eux, avec le risque d’y laisser sa vie (…). Nos interlocuteurs sentent bien dans quel esprit nous agissons » (3).

    La collaboration de l’Etat pour le bon déroulement de la cérémonie, la présence à Santa-Cruz du ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, ainsi que des principaux imams, semblent accréditer cette affirmation. L’Eglise a néanmoins pris soin de poser des gestes visant à empêcher toute incompréhension. Ainsi, dans un message lu avant la célébration, le pape François a souhaité que celle-ci soit aussi « une prière pour tous les fils et filles de l’Algérie qui ont été, comme eux [les bienheureux], victimes de la même violence », allusion aux 200 000 victimes de la guerre civile, dont 114 imams qui s’opposaient aux islamistes, sans oublier le jeune chauffeur musulman de Mgr Claverie, Mohamed Bouchikhi. A l’intention des représentants de l’Etat, le Saint-Père a ensuite émis le vœu « que cet événement inédit dans votre pays dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier ».

    Mais « faut-il encore une fois faire le deuil de nos morts et de la vérité ? », s’est interrogé l’écrivain algérien, Boualem Sansal, craignant que ces béatifications ne servent de prétexte à enterrer l’enquête relative aux circonstances et aux responsabilités du drame des moines de l’Atlas (4). Or, sur ces points le mystère demeure comme le montre la journaliste Mireille Duteil, au terme d’une recherche fouillée : outre les maladresses de la politique française envers le pouvoir algérien et la « guerre des services » de renseignements, nos juges s’opposent depuis le début à des manœuvres dilatoires du côté de l’Etat algérien et de sa justice. « Tellement de bruits invérifiables et d’intoxications plus ou moins volontaires ont couru sur ce septuple enlèvement (…). Chacun garde ses secrets », note l’auteur qui, tout en retenant l’hypothèse d’une opération montée par l’armée algérienne, conclut à « l’impossible vérité » (5).

    lesechosdalger-Monseigneur-Paul-Desfarges-église-protestante-660x330.jpgDans une Lettre pastorale intitulée La béatification de nos frères et sœurs, une grâce pour notre Eglise, Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger, invite ses fidèles à ne pas faire de tri parmi les dix-neuf bienheureux, malgré l’attirance que chacun peut avoir pour « la figure de l’un ou l’autre », car « l’Eglise nous les donne ensemble ». Et de préciser : « Quoi de commun entre tous ? Ils ont donné leur vie dans l’amour et le service du peuple algérien » et partageaient la parole de Christian de Chergé dans son testament : « J’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent qe ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays ».

    L’archevêque évoque ensuite les possibles ambiguïtés du dialogue islamo-chrétien. « II n’y a qu’un seul médiateur, le Christ », écrit-il. Puis il rappelle comment Mgr Claverie « a bien su mettre en garde […] contre des ressemblances qui sont des ressemblances apparentes », mentionnant notamment Abraham et Jésus. Faut-il y voir une allusion aux positions doctrinales du prieur de Tibéhirine dont certains écrits peuvent légitimement troubler tant il semblait subjugué par l’islam ? Mgr Desfarges entend sans doute souligner avec raison que la reconnaissance d’un martyr, si beau que soit son sacrifice, n’en fait pas un docteur de l’Eglise. 

    Article paru dans La Nef, n° 310 – Janvier 2019.

    __________

    1. Mireille Duteil, Les martyrs de Tibhirine. L’histoire d’un drame politico-religieux, Salvator, 2018.
    2. Ibid., p. 35. 
    3. Pierre Claverie, Un amour plus fort que la mort, Cerf, 2018, p. 78-79. 
    4. Le Figaro, 7 décembre 2018. 
    5. Duteil, op. cit., p. 176, 220-225.

    FIC129731HAB40.jpg

    L'ISLAM, Annie Laurent,
    Editions Artège, 285 p., 19,90 €

    Annie Laurent
    Spécialiste du Proche-Orient, des chrétiens d’Orient et de l’islam, Annie Laurent est à l’origine de l’association Clarifier et est l’auteur notamment de L’Islam, pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore) (Artège, 2017), L’islam peut-il rendre l’homme heureux (Artège, 2012), Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ? (Salvator, 2017). 
  • « Les principes libéraux sont en train de voler en éclats » [2]

    Par David Cayla

    blue-wallpaper-continuing-background-wallpapers-bigest-images - Copie.jpgCet article (Figarovox, 31.12) est long, raison pour laquelle nous l'avons publié en deux parties, hier et aujourd'hui. Mais il est capital, surtout dans ses conclusions qui démontrent le grand retour du politique, sa reprise en mains de l'économique, la fin prévisible du néolibéralisme et du multilatéralisme mondialistes. A lire dans sa totalité.  LFAR     

    La mort du multilatéralisme 

    800-000-employes-federaux-affectes-shutdown-moitie-obligee-travaillerdes-services-juges-essentiels-etrelinstant-payee-tandis-lautre-chomage-force_0_729_486.jpgTensions commerciales, fin du cycle de croissance américain, contexte international déprimé, division au sein de l'administration américaine sur les politiques budgétaires et monétaires… On le voit, cette fin d'année 2018 n'incite guère à l'optimisme pour 2019. Aussi, la question que se posent aujourd'hui la plupart des économistes n'est pas de savoir s'il y aura ou non une récession l'année prochaine (celle-ci semble acquise) mais si cette récession était à l’image de 2001, de courte durée, ou si elle s’accompagnerait d'un effondrement plus brutal comme ce fut le cas en 2008. 

    En réalité, ce ne sera certainement ni 2001, ni 2008. Ce qui se passe aux États-Unis et plus largement dans le monde relève d'une logique nouvelle et d'un profond tournant dans la gouvernance économique. 

    ffa3a45921911b083eaa9d1690fc0ee9-guerre-commerciale-la-chine-accuse-les-etats-unis-de-vouloir-saborder-l-omc.jpgPremier bouleversement : la politique de Trump acte la mort du multilatéralisme. Cette fin touche de nombreuses organisations internationales, en premier lieu l'ONU et ses agences, dont l'Organisation internationale du travail (OIT) qui n'est plus depuis longtemps un lieu de de développement du droit social. Mais c'est surtout l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui connait la crise existentielle la plus grave. Depuis l'échec du cycle de Doha, acté en 2006, les accords commerciaux se négocient et se signent de manière bilatérale, sans l'aval de l'OMC, à l'initiative des pays riches. Des accords qui excluent presque systématiquement les pays les moins avancés. Plus grave, l'Organe de règlement des différends (ORD), chargé de résoudre les contentieux commerciaux entre pays ne fonctionne plus qu'au ralenti et pourrait définitivement cesser toute activité en décembre 2019. En effet, les États-Unis bloquent le renouvellement des juges. Alors qu'ils devraient être sept pour un fonctionnement optimal, il n'en reste plus que trois, dont deux titulaires d'un mandat qui s'achève fin 2019. 

    L'ORD apparaît surtout totalement dépassé par les conflits commerciaux qui ne cessent de se développer. La gestion unilatérale du commerce international par l'administration Trump crée en retour des représailles tout aussi unilatérales de la part de ses partenaires commerciaux. Impossible d'instruire judiciairement ces conflits alors qu'ils ne cessent de se multiplier. À force, les nouvelles relations commerciales à la sauce Trump menacent de rendre caduc tous les traités commerciaux multilatéraux négociés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    Donald Trump n'est pourtant pas le seul responsable de l'affaiblissement du multilatéralisme économique. De fait, la manière dont les États-Unis tentent de s'accorder de nouveaux privilèges commerciaux n'est pas sans rappeler la manière dont l'administration Obama a fait plier le secret bancaire suisse en imposant aux banques du monde entier l'extraterritorialité de son droit national… ou, pour remonter plus loin encore, la manière dont Nixon mit subitement fin au système monétaire de Bretton Woods en renonçant (de manière là aussi unilatérale) à assurer la convertibilité en or du dollar. 

    Une reprise en main du politique sur l'économie 

    Le mythe d'une économie mondiale qui serait organisée autour de règles décidées en commun a vécu. La gestion contemporaine de l'économie en revient à un ordre mondial originel, bien éloigné de celui anticipé par George Bush senior en 1990. Ainsi, le nouvel ordre mondial qui émerge n'est pas celui de la règle mais celui d'un ordre fondé sur la logique des rapports de force, qui pousse chaque pays à mettre ses armes économiques au service de ses seuls intérêts. Ce passage d'une gestion par la règle à une gestion par la force suppose le retour du pouvoir politique et de sa capacité à agir de manière discrétionnaire. 

    image.jpgVoilà qui permet de mieux comprendre les tensions actuelles entre Donal Trump et la Fed. En effet, derrière le conflit relatif au niveau des taux d'intérêt se trouve une question bien plus fondamentale : une banque centrale doit-elle être indépendante du pouvoir politique ? Lorsque vendredi 21 décembre, Bloomberg annonce que le président américain a demandé à ses conseillers s'il était possible de démettre Powell (photo) de ses fonctions, la presse américaine et la plupart des économistes ont crié à l'hérésie. Interrogé par le Washington Post, le Sénateur démocrate Mark Warner, membre de la Commission bancaire sénatoriale, a parfaitement résumé le sentiment général : « Ce que le Président ne comprend pas, c'est que la politique monétaire doit être séparée de la politique. Toute mesure prise pour démanteler l'indépendance de la Fed serait non seulement inappropriée, mais menacerait les institutions qui protègent notre État de droit.» 

    Mais dans un monde où les règles s'affaiblissent et où les rapports de force deviennent prédominants, ne serait-ce pas Trump qui aurait raison ? La doctrine selon laquelle la banque centrale doit être strictement indépendante du pouvoir politique repose sur l'idée qu'il faut à tout prix éviter l'interférence du politique sur l'économie. C'est une doctrine d'obédience libérale qui consiste à mettre la politique monétaire sur une sorte de pilotage automatique confié à un comité d'experts chargés de créer un cadre favorable à l'épanouissement des marchés. 

    Mais dans un monde où l'incertitude domine et où la gestion économique est un important levier d'action, on ne peut plus gérer la politique monétaire en s'extrayant de toute considération politique. Prenons la crise des pays émergents. Le principal problème de pays tels que l'Argentine ou la Turquie c'est que leurs entreprises ont profité des taux faibles pour emprunter en devises étrangères, notamment en dollars. La hausse des taux américains met ces entreprises en difficulté et l'effondrement de leurs monnaies les rend insolvables. Ces pays auraient donc besoin d'un dollar plus faible et d'une politique monétaire qui ne restreigne pas trop vite l'accès à la liquidité. Or, une gestion purement administrative de la politique monétaire américaine par la Fed est incapable de prendre ces questions en considération. 

    L'ère de la gouvernance économique illibérale

    Du point de vue de Trump au contraire, les négociations commerciales difficiles dans lesquels il est plongé impliqueraient des alliés et donc une capacité à utiliser la politique monétaire comme une arme de négociation vis-à-vis de pays tiers. Hérésie économique ? Ce qui est sûr c'est que l'affaiblissement des règles et le retour de la souveraineté politique sur les marchés impliquent de reconsidérer l'ensemble des vérités établies auxquelles nous nous sommes habitués. Car c'est une véritable gouvernance économique illibérale qui est en train d'émerger aux États-Unis, mais également en Chine et en Russie. 

    1671-dossier-prevoyance-assurance-vie.jpgC'est la raison pour laquelle le prochain retournement économique n'aura rien à voir avec ceux de 2001 et de 2008. Les principes libéraux qui ont tracé les grandes lignes de l'économie mondiale au cours des dernières décennies sont en train de voler en éclat. La politique qui avait été mise à distance de la sphère économique et des marchés au nom d'une gouvernance d'experts d'inspiration libérale est en train de faire son grand retour. Aussi, si une crise économique apparaît aux États-Unis en 2019 elle ne manquera pas d'ouvrir une nouvelle ère dont la gestion marquera le grand retour des politiques économiques souveraines. C'est une ère à laquelle l'Union européenne, avec son système institutionnel extrêmement rigide, figé dans l'idéologie des années 80 et 90, n'est absolument pas préparée. (FIN)    

    David Cayla est économiste, maître de conférences à l'université d'Angers. Il a notamment publié L'Économie du réel (De Boeck Supérieur, 2018) et a contribué à l'ouvrage collectif, coordonné par Henri Sterdyniak, Macron, un mauvais tournant (Les liens qui libèrent, 2018).
    David Cayla
  • Les Américains vont-ils vraiment quitter la Syrie ?

    Antoine de Lacoste 

    téléchargement.jpgTrump l’a dit, mais le fera-t-il ?

    Plusieurs jours après l’annonce fracassante du départ américain de Syrie, rien ne s’est passé. Aucun préparatif de départ n’a été observé et les membres des forces spéciales continuent de patrouiller dans Manbij comme si de rien n’était.

    Certes la démission de Mattis, le secrétaire d’Etat à la Défense, reste à l’ordre du jour mais le doute demeure. Il a été renforcé par les déclarations du sénateur Graham, un proche du président américain. Selon lui, Trump est prêt à « ralentir » le retrait des soldats mais cette affirmation n’a pas été relevée par le président.

     Pour les militaires américains, ce retrait est prématuré : ils considèrent que Daech n’est pas vaincu (ce qui est vrai) et que les Kurdes risquent de se faire « massacrer » par la Turquie. Ce n’est pas complètement faux mais c’est faire peu de cas de la présence russe. Poutine ne tolérera jamais qu’une tuerie de grande ampleur se passe sous les yeux de son armée. Erdogan a besoin de l’aval russe pour toute initiative importante et tout le monde le sait.

    Les Kurdes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et ont appelé l’armée syrienne à se réinstaller dans les environs de Manbij, mais pas à Manbij même : tant que les forces spéciales américaines y sont, ce n’est évidemment pas possible. C’est pourtant un territoire syrien, mais si les Américains accordaient de l’importance à la souveraineté d’un pays, cela se saurait.

    En attendant que la situation se décante, c’est dans la province d’Idleb que des combats violents entre islamistes viennent d’avoir lieu.

    Ce territoire, situé au nord-ouest de la Syrie est censé être administré par l’armée turque. Elle y contrôle des milliers de djihadistes (supposés ex djihadistes…) qu’elle a regroupés au sein d’un Front de la Libération Nationale. C’est ce Front qui a appuyé l’armée turque en janvier 2018 pour la bataille d’Afrin décidée pour en chasser les Kurdes.

    Mais la moitié de ce territoire est encore tenu par l’ex Front al-Nosra, devenu Hayat Tahrir al-Cham (HTC).  Pour l’étendre encore, HTC a attaqué plusieurs positions d’un groupe rival nommé Noureddine al-Zinki. Les combats ont fait plus d’une centaine de morts et HTC l’a emporté. L’armée turque a laissé faire : Nourredine al-Zinki avait refusé l’allégeance à la Turquie et son élimination ne provoquera aucun regret.

    1032985970.jpgL’armée syrienne quant à elle, qui campe face aux positions de HTC, aimerait bien commencer la reconquête d’Idleb : près de 60 000 combattants plus ou moins islamistes (plutôt plus que moins en fait) y sont regroupés et c’est une épine qu’il faudra bien extraire un jour. La présence turque reste un obstacle majeur.

    L’armée syrienne a gagné la guerre, mais beaucoup reste à faire. ■

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • « Les principes libéraux sont en train de voler en éclats » [1]

    Par David Cayla

    blue-wallpaper-continuing-background-wallpapers-bigest-images - Copie.jpgCet article (Figarovox, 31.12) est long, raison pour laquelle nous le publions en deux parties, aujourd'hui et demain. Mais il est capital, surtout dans ses conclusions qui démontrent le grand retour du politique, sa reprise en mains de l'économique, la fin prévisible du néolibéralisme et du multilatéralisme mondialistes. A lire dans sa totalité.  LFAR    

     

    Depuis son élection, le président américain Donald Trump a fait de la hausse de Wall Street un indicateur de la bonne santé économique américaine et de la réussite de sa politique. Mais voilà : les effets conjugués d'une déréglementation financière et d'une réduction massive d'impôts s'estompent. La chute brutale, en fin d'année, des indices boursiers américains est perçue comme le signe annonciateur d'une crise économique imminente. Il y a quelques bonnes raisons d'y croire. 

    La première et la principale source d'inquiétude est que les États-Unis en sont à leur neuvième année consécutive de croissance économique, ce qui correspond à l'un des plus longs cycles de croissance de leur histoire. La dernière performance de ce type date de 1992-2000 ; elle avait débouché sur une brève récession en 2001, à la suite de l'effondrement de la bulle Internet. Or, loin de s'affaiblir, la croissance américaine des derniers mois s'est en fait accélérée, dépassant les 3 % en rythme annuel au 2ème et 3ème trimestre. Bonne nouvelle ? Pas vraiment, car cette croissance se fait sur une économie de plein-emploi (3,7 % de chômage) et n'apparaît pas soutenable à court terme. Elle l'est d'autant moins qu'ailleurs dans le monde les performances économiques régressent. Les économies européennes et chinoises sont en phase de décélération tandis que les pays émergents tels que la Turquie, le Brésil ou l'Argentine ont plongé dans la crise depuis le début de l'année. 

    Des conflits commerciaux en suspens 

    Autre signe peu encourageant, l'administration Trump ne cesse de souffler le chaud et le froid en matière commerciale. Tantôt elle menace ses partenaires commerciaux d'une hausse unilatérale de droits de douane, tantôt elle annonce la conclusion d'un accord ou d'une trêve, lorsqu'elle parvient à obtenir quelques concessions chez la partie adverse. La stratégie commerciale américaine est en réalité loin d'être erratique. Depuis qu'il est au pouvoir, Donald Trump applique une politique déterminée qui consiste à négocier en position de force avec la Chine et l'Union européenne à tour de rôle. Cette stratégie fonctionne dans la mesure où ni les autorités européennes ni la Chine ne parviennent pour l'instant à lire clairement les objectifs américains de long terme qui semblent varier en fonction des circonstances. 

    téléchargement (1).jpgDe fait, Trump ne mène pas une politique protectionniste, ce qui consisterait à encadrer le commerce international dans le but de contribuer à des objectifs économiques et sociaux, mais développe une stratégie de type mercantiliste. Son comportement relève davantage de l'homme d'affaires que du responsable politique. Il ne cherche pas à réguler mais à obtenir des concessions spécifiques au service de ses industriels. En échange d'une trêve commerciale de trois mois, il est ainsi parvenu à obtenir de la Chine qu'elle augmente ses achats de gaz US et qu'elle renforce la protection légale des droits de propriété intellectuelle. De même, en menaçant les constructeurs automobiles allemands, il a obtenu de Merkel un renoncement au projet européen de taxation des « GAFAM » (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), ces entreprises du net (exclusivement américaines) qui parviennent à échapper à l'impôt en jouant de la concurrence fiscale entre les États. 

    Ces tensions commerciales ne sont pas sans inquiéter. Il pourrait arriver un moment où les partenaires commerciaux des États-Unis pourraient se rebiffer, voire se coaliser, et imposer à leur tour des sanctions aux entreprises américaines. 

    Querelles sur le front intérieur 

    zbimg_700_800.jpgEnfin, dernier sujet d'inquiétude, les querelles internes à l'administration américaine elle-même. Incapable d'obtenir du Congrès les 5 milliards de dollars nécessaires au financement de la construction du mur frontalier avec le Mexique, la présidence bloque depuis le 20 décembre l'adoption du budget fédéral, conduisant au « shutdown », c'est-à-dire à l'arrêt soudain du paiement des salaires de 800 000 fonctionnaires fédéraux américains et à la cessation de nombreuses missions fédérales. Depuis les élections partielles de novembre dernier, les Républicains ont perdu la Chambre des représentants nécessaire à l'adoption du budget ce qui implique une forme de cohabitation à l'américaine entre le Président républicain et la Chambre démocrate, en particulier pour tout ce qui relève de la politique budgétaire. 

    Autre cohabitation difficile, celle qui oppose Donald Trump à Jerome Powel, le président de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine (Fed). Depuis décembre 2015, la Fed mène une politique monétaire qui vise à sortir de la politique accommodante menée depuis 2008. Aussi entend-elle d'une part se débarrasser progressivement des actifs détenus à son bilan achetés pour soutenir l'économie américaine et les dépenses publiques dans le cadre du « Quantitative Easing », et d'autre part relever progressivement ses taux d'intérêt directeurs. En 2018, ils ont été relevés quatre fois, passant de 1,5 % à 2,5 %, une hausse plus rapide que lors des années précédentes. 

    fed-1-445x317.jpgOr, la dernière hausse en date, celle de décembre, a suscité le courroux du président américain. Trump accuse notamment cette dernière hausse d'être responsable de l'effondrement des marchés financiers de décembre. Une hausse des taux de la Fed conduit mécaniquement à hausser la rentabilité des créances de court terme, des actifs sans risque. Aussi, plus les taux d'intérêt augmentent, moins les marchés d'actions sont attractifs, par comparaison. De plus, les taux d'intérêt déterminent les taux d'emprunt pour les entreprises et les ménages ; leur hausse contribue donc à déprimer l'investissement et la consommation et tend à freiner l'économie dans son ensemble. Enfin, des taux d'intérêt en hausse contribuent à valoriser le dollar sur le marché des changes, ce qui renchérit le coût des exportations et diminue à l'inverse celui des importations. Bref, Donald Trump craint, et il n'a pas entièrement tort, que cette hausse rapide des taux d'intérêt de la Fed ne contribue à fragiliser l'économie américaine et ne suscite le retournement de cycle qu'elle est censée prévenir. (A suivre, demain)    

    David Cayla est économiste, maître de conférences à l'université d'Angers. Il a notamment publié L'Économie du réel (De Boeck Supérieur, 2018) et a contribué à l'ouvrage collectif, coordonné par Henri Sterdyniak, Macron, un mauvais tournant (Les liens qui libèrent, 2018).
    David Cayla 
  • Le « pacte mondial sur les migrations » arme de destruction massive des nations

    par Olivier Pichon 

    1581440061.jpgImmigration 

    « Il me semble que les solutions que le pacte migratoire de l’ONU propose vont exactement dans le sens à la fois des valeurs de l’Europe et des intérêts de l’Europe », a dit Emmanuel Macron à Bruxelles, le 23 novembre. 

    Les hommes ont toujours été animés par la pulsion migratoire ; ce fut même un état presque permanent de l’humanité dans les temps préhistoriques et anciens et qui dépendait du climat, des ressources disponibles, des catastrophes naturelles ou humaines, voire des conquêtes, dont on ne soulignera jamais assez qu’elles caractérisent dans la plupart des cas, la migration. Mais ce phénomène migratoire s’accomplissait le plus souvent selon un processus naturel et, historiquement, dans un monde qui était loin d’être plein. Souvenons-nous que l’humanité ne comptait encore au début du XXe siècle qu’environ 1 milliard et demi d’humains pour plus de 7 milliards aujourd’hui. Au surplus, les hommes ont inventé les royaumes, les nations et les empires par logique d’affinités culturelles et ethniques, lesquels, en dépit des guerres, constituaient un facteur d’équilibre mondial et civilisationnel dans le temps long. L’ONU, par ce pacte, ruine cet ordre et ouvre la boîte de Pandore, car l’accord spécifie : « Réfugiés et migrants bénéficient des mêmes droits de l’homme universels et des mêmes libertés fondamentales (que les nationaux), droits qui doivent être respectés, protégés et déployés à tout moment. » (Préambule, section 4).

    L’ONU ouvre la boîte de Pandore

    Qui ne voit la folie destructrice de cette réduction de l’humanité à un agrégat d’individus indifférenciés ? On ne peut ici que faire référence à René Girard. Selon lui, « la société moderne vit une crise d’indifférenciation généralisée : fin de la différence entre les peuples, les classes, les rôles, les sexes ! Je constate que la société moderne est capable de supporter, sans crise, [ndlr : c’était il y a quelques années !] un degré d’indifférenciation supérieur aux sociétés traditionnelles mais je constate que la société moderne est bien en crise », disait-il. On peut raisonnablement penser qu’un tel pacte, s’il est appliqué, fonctionnera comme un accélérateur de crise ! René Girard n’hésitait pas, quant à lui, à affirmer que cette indifférenciation est source de « la violence mimétique » et qu’en revanche les différences permettent précisément, autant que faire se peut, et à rebours de l’opinion commune, une forme d’entente.

    De plus, l’idéologie occidentale dominante de nos jours se fonde sur le culte d’un individualisme forcené dans lequel l’être humain, libéré de toutes les normes et obligations morales, peut satisfaire tous ses désirs. Chacun peut revendiquer n’importe quoi au nom du « c’est mon choix ». Ce faisant, les Onusiens projettent sur les peuples du tiers-monde, à travers ce pacte, sans même le savoir et le vouloir, la domination idéologique occidentale et donc une forme de néo-colonialisme !

    En France, entre 2004 et 2018, le nombre de demandeurs d’asile a doublé et, depuis 2011, le nombre de visas délivrés a augmenté de 65% et le nombre d’étrangers en situation irrégulière bénéficiant de l’Aide médicale d’État a augmenté de 50%. Source : Avis sur le projet de loi de finances pour 2018, tome 2 : « asile, immigration, intégration et nationalité ». 23 nov. 2018.

    Un constructivisme orwellien

    Ainsi donc, les 10 et 11 décembre, lors de la conférence intergouvernementale tenue à Marrakech le « Pacte mondial des Nations Unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » devrait être signé par les États membres. Il ne s’agit pas ici d’aide aux réfugiés, mais d’une obligation radicale d’ouverture des frontières aux migrants du monde entier avec obligation de les aider à choisir leur pays de destination. L’ONU organise un vaste supermarché de l’installation avec fiche du consommateur à l’appui. Deux hommes sont en charge du dossier : Jürg Lauber, citoyen suisse et représentant son pays auprès des Nations unies (la Suisse dont les conditions d’entrée sont extrêmement restrictives !), et un Mexicain, Juan José Gomez Camacho, représentant permanent du Mexique auprès des Nations unies !

    MONDE-1-BIS-3.jpgDans cette affaire l’ONU agit subrepticement ; car il ne s’agissait pas de proclamer juridiquement haut et fort la migration comme un droit de l’homme ; ainsi présenté le pacte eût enflammé l’opinion ! Le texte, donc, n’en fait pas mention de peur de compromettre le projet. Mais, bien entendu, il est, en fait, érigé en droit de l’homme. L’accord se divise en vingt-trois objectifs, tous à prétention universelle. Il convient de noter l’aspect consumériste de l’opération migratoire sous couvert de droits et de justice : il traduit bien l’intention marchande qui est derrière ce pacte aux aspects humanitaires et moraux, comme à l’accoutumée. Les grands groupes mondialisés ne veulent avoir affaire qu’à une légion de consommateurs, pour les mêmes biens produits en séries longues et peu coûteuses, les fameuses économies d’échelle. Curieuse coïncidence, c’est à Marrakech qu’avait été signé l’accord donnant naissance à l’OMC en avril 1994 !

    Ainsi, le migrant devra avoir la possibilité de connaître (par un site web) toutes les caractéristiques du pays d’arrivée, frais de scolarité, taux de change, réglementation des permis de travail, évaluations des diplômes, bref une version mondialisée de Que choisir ou 7 milliards de consommateurs ! De frontières point ! L’ONU raisonne, comme si elles n’existaient pas.

    Là où perce l’intention profonde, c’est lorsque nos honorables penseurs se défendent justement de l’indifférenciation – risque qu’ils semblent entrevoir – en proclamant : « le respect mutuel des cultures, traditions et coutumes, etc. ». Discours connu mais contradictoire avec l’interchangeabilité des individus, double contradiction même, puisqu’en préconisant le respect des cultures d’origine, par exemple les mutilations génitales, les commissaires onusiens les rendent du coup impossibles à dénoncer.

    Ecoutons encore celui qui fut un des plus grands penseurs de la fin du XXe siècle, René Girard :

    « Les pandémies nouvelles qui apparaissent aujourd’hui dans le monde (comme le sida ou le virus H5N1) sont une conséquence de la globalisation qui se caractérise par le phénomène typique de l’indifférenciation aujourd’hui en cours sur la planète. Le terrorisme peut, à certains égards, y être assimilé. Comme les pandémies, il franchit les frontières et frappe à l’improviste, profitant de la fluidité des échanges rendue possible par le commerce planétaire. »

    Bien entendu le pacte est muet sur cette dimension du problème.

    Dissymétrie de fait

    Nos admirables penseurs mondialistes ne voient pas non plus dans leur aveuglement idéologique que le phénomène migratoire est évidemment dissymétrique, eu égard au formidable différentiel de prospérité d’une zone géographique à l’autre. En conséquence le phénomène migratoire n’a rien d’universel et ne justifie en aucun cas son traitement universaliste.

    Mieux encore, il faut parfois le considérer comme une variante contemporaine d’un vieux phénomène historique cité plus haut : la conquête. Sa phénoménologie reste très classique sous les apparences de la modernité ; il suffit de voir les téléphones cellulaires des migrants ! Prise au tas des richesses, rapt ou viol des femmes, voilà la réalité particulièrement contraire aux grands principes du pacte : le migrant vient non pas en travailleur mais en prédateur. Bien entendu, tous n’agissent pas ainsi, mais l’Europe, par exemple, zone cible par excellence, en raison des dispositions du pacte, se voit contrainte de mettre à disposition ses richesses accumulées par des générations et payées par les impôts ou sa protection sociale dont les coûts augmentent d’autant dans des sociétés déjà surtaxées.

    Ce formidable surcoût peut déclencher des révoltes fiscales dont on sait qu’elles sont souvent à l’origine de révolutions. Les Français connaissent : ils ont aimé l’invasion, ils adoreront la guerre civile ! Ce risque de conflit n’étant pas exclu, les auteurs du pacte prétendent le corriger par la censure médiatique ; toujours le même réflexe : « En mettant en place des normes éthiques pour le reportage et la publicité et en privant de subvention ou d’aides matérielles tous les médias qui promeuvent systématiquement l’intolérance, la xénophobie, le racisme et d’autres formes de discrimination à l’égard des migrants, le tout dans le plein respect de la liberté des médias » (Objectif 17). Un morceau d’anthologie ! Il faut être onusien pour proférer de telles énormités : c’est le Big Brother planétaire ! Qui admet, d’ailleurs, que les médias sont déjà subventionnés mais qu’il leur retirera ses subventions au cas où… Et qui définira l’intolérance, le racisme ? Enfin les auteurs ont l’impudence d’affirmer que ce contrôle se fera dans le respect des libertés. Un invraisemblable galimatias qui s’accommode aisément de toutes les contradictions. « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force ». Tout est dit dans 1984 par George Orwell.

    Le camp du refus

    Les États-Unis ont refusé le pacte ; la Hongrie s’en retire assez logiquement selon le ministre hongrois des Affaires étrangères puisque le pacte constitue « une menace pour le monde car il est susceptible de mettre en mouvement des millions de migrants ». De même, l’Australie, l’Autriche, le Danemark, la Pologne, Israël, la Bulgarie refusent de signer ce contrat. L’Allemagne discute actuellement au Bundestag à ce sujet, nouvelle pomme de discorde probable au sein de la GrosKo et entre les partis. Dès novembre la République tchèque à annoncé qu’elle allait refuser de signer et la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic a déclaré qu’elle ne signerait pas non plus l’accord.

    On ne s’étonnera guère qu’en visite d’État en Belgique le président français Emmanuel Macron a, sans réticence, exprimé son soutien au pacte de l’ONU sur les migrations qu’il qualifie néanmoins de non-contraignant.

    Bruxelles a critiqué la décision des pays qui refusent de signer, notamment l’Autriche, mais les oligarques ne sont pas à une contradiction près, puisque c’est à la demande de l’UE que ce document n’a pas de caractère contraignant ! Car, souligne l’historien du droit Jean-Louis Harouel¹, il n’est pas un traité mais, en tant qu’axe principal des droits de l’homme, la libre migration se transforme en un dogme, substitut au défunt communisme, de la « véritable religion séculière mondiale en s’en prenant à la propriété des peuples sur eux-mêmes ».

    Face à cette religion, le nombre des hérétiques est potentiellement considérable ; il ne nous déplaît pas de nous y compter. 

    Photo ci-dessus : Ils ont refusé le pacte. [Sebastian Kurz, chancelier d’Autriche - Donald Trump et Scott Morrison, premier ministre d’Australie - Kolinda Grabar-Kitarovic, présidente de la Croatie, avec Viktor Orban, premier ministre de Hongrie] 
    1. Professeur émérite à l’université Paris II Panthéon Assas, auteur de Revenir à la nation et Les droits de l’homme contre le peuple.

  • Face à la menace turque, les Kurdes demandent l’aide de l’armée syrienne

    Antoine de Lacoste 

    1456949215.png

    Depuis l’annonce par Donald Trump de retrait américain de Syrie, l’effervescence règne parmi les principaux acteurs du conflit.

    Les Turcs annoncent qu’ils vont s’occuper des « terroristes » kurdes et ces derniers, très inquiets, viennent d’appeler à l’aide l’armée syrienne. Beau renversement d’alliance !

    Il est certain que le lâchage par les Etats-Unis de son allié kurde, s’est fait dans une optique de réconciliation avec la Turquie, toujours membre de l’OTAN. Les Kurdes ne pouvant rester seuls face à l’armée turque beaucoup plus puissante qu’eux, avaient besoin d’un autre parapluie. Ils savent aussi qu’ils ne peuvent compter sur la France, malgré de pressants appels.

    L’armée syrienne s’est bien sûr empressée d’accourir et elle a pu pénétrer le 29 décembre dans les environs de Manbij sans avoir à craindre cette fois une agression américaine. Elle n’est toutefois pas entrée dans Manbij même, toujours occupée par les forces spéciales américaines. C’est une nouvelle portion de territoire syrien qui revient ainsi sous la souveraineté de Damas. C’est un succès important pour Bachar el-Assad et une capitulation en rase campagne pour les Kurdes qui espéraient naïvement se tailler là un territoire indépendant sous protection américaine.

    Lorsque les Turcs ont annoncé l’attaque de l’enclave kurde d’Afrin en janvier dernier, les Syriens avaient alors proposé aux Kurdes d’en reprendre le contrôle afin de leur éviter une défaite certaine et de rendre inutile l’initiative turque. Les Kurdes, comme souvent, s’étaient obstinés dans un refus hautain alors qu’ils savaient que les Américains ne bougeraient pas. Quelques jours et quelques centaines de morts plus tard, les Kurdes évacuèrent Afrin…

    L’expérience a, semble-t-il, porté et les Kurdes savent maintenant que seuls les Russes et les Syriens peuvent empêcher leur écrasement par une attaque turque.

    On ne sait d’ailleurs pas très bien quelles sont les intentions précises d’Erdogan qui ne peut évidemment agir sans consulter la Russie. Trump lui a pourtant mis le pied à l’étrier. Dans un entretien téléphonique relaté par l’agence Reuters, le président américain a demandé à Erdogan s’il pouvait en finir avec l’Etat islamique. Devant sa réponse affirmative, Trump a conclu :  « Alors faites-le. »

    Ce n’est pas si simple. Les derniers réduits de Daech se situent à 250 km de là, dans des déserts entre Palmyre et l’Euphrate d’une part et, plus au sud-est, le long de la frontière iraquienne. On voit mal des colonnes de blindés turcs traverser de vastes zones kurdes puis arabes à la recherche d’un ennemi camouflé et qui refuserait le combat. De surcroît, l’armée syrienne ne le tolérerait pas : si elle se réjouit grandement du retrait américain (qui d’ailleurs n’a toujours pas commencé), ce n’est pas pour laisser l’armée turque s’installer à sa place.

    Alors comme toujours dans la région, le dernier mot reviendra à la Russie qui a annoncé une réunion tripartite pour début janvier. Poutine, Erdogan et l’Iranien Rohani devront trouver un modus vivendi. ■

    Retrouvez l'ensemble des chroniques syriennes d'Antoine de Lacoste dans notre catégorie Actualité Monde.

  • Le Japon reprend la pêche à la baleine …

     

    580234331.2.jpg

    L'on a appris ces jours derniers qu'invoquant une tradition séculaire, le Japon reprend la pêche à la baleine.

    Il en est résulté, a-t-on écrit, un tollé international.

    abe.jpgLe très nationaliste premier ministre nippon, Monsieur Shinzö Abe, a annoncé lui-même cette importante nouvelle – du moins importante pour son pays. On y respecte les traditions. L'on y honore l'Empereur. On y chérit la nation. Et l'on se soucie de ses intérêts avec l'ardeur de ceux qui chez nous travaillent à trahir les nôtres.  Souci et ardeur ataviques chez les Japonais, on le sait bien. Compte-tenu des rythmes saisonniers, le Japon reprendra donc la pêche - ou chasse - à la baleine en juillet 2019. 

    Il l’avait abandonnée dans le cadre d'accords internationaux auxquels il avait adhéré naguère (il y a tout juste trente ans). Ils ne lui conviennent plus aujourd'hui. Il a donc annoncé sans ambages son retrait de la Commission Baleinière Internationale. Comme Donald Trump s'est retiré des accords de Paris sur le climat que son prédécesseur venait de signer. Et comme il a déchiré le traité signé par le même Obama sur le désarmement nucléaire iranien. America first !  

    Japanemperorbirthday.jpgCette mince affaire de la pêche à la baleine nous rappelle, si nous l'avons oublié, ce que valent les conventions, accords ou traités internationaux, de quelque nom qu'on les baptise ; et quelle est leur capacité à durer, à résister, quand les réalités, les nécessités, en bref les intérêts des peuples et des nations en lice viennent à s'en trouver contrariés. Le multilatéralisme à vrai dire est en train de s'effondrer, lui aussi, un peu partout dans le monde, comme bien d'autres illusions de notre époque en train de changer.  

    Les conventions internationales sont en vérité fragiles et de faible durée. Elles s'effacent devant les intérêts nationaux, comme des chiffons de papier que le premier vent contraire emporte. Fruits des palabres et des bons sentiments, elles n'offrent qu'une résistance dérisoire aux réalités pérennes.  

    Les nations, elles, sont des réalités pérennes. Elles ne sont sans-doute pas éternelles mais leurs impératifs, comme nous le montre le Japon, finissent par triompher un jour ou l'autre des rêves unanimistes. Et - le Japon nous en donne aussi un exemple - elles durent infiniment plus longtemps... Ce qui n'est pas une mince différence.  ■ 

    Retrouvez l'ensemble des chroniques En deux mots (110 à ce jour) en cliquant sur le lien suivant ... 

    En deux mots, réflexion sur l'actualité