Ne peut que mieux faire, par Louis-Joseph Delanglade
Vaudeville pour les uns, psychodrame pour les autres, les amours élyséennes ont partiellement parasité la conférence de presse de M. Hollande. Ainsi peut-on considérer que la question de M. Domenach (Marianne) sur la santé de Mme Trierweiler (« comment va-t-elle ? ») répondait à l’attente de l’aréopage médiatique. D’autres journalistes, non contents de remettre en cause le principe même des « grand-messes de l’Elysée », jugées compassées et obsolètes, réclament désormais une sorte d’égalité de fait avec le chef de l’Etat, avec « droit de réponse » pour le journaliste questionneur… Décidément, ces gens-là se croient tout permis.
La conférence a quand même eu lieu, au cours de laquelle M. Hollande s’est exprimé de façon plus ou moins évasive, passant ainsi de l’habituelle incantation européiste à la récurrente évocation de notre millefeuille administratif. Plutôt bon sur la forme, convenons-en, il n’est pas vraiment, sur le fond, sorti de son ambiguïté coutumière – en bon admirateur de M. Mitterrand qu’il est. D’abord, en jouant avec les mots. Est-il social-démocrate, social-libéral ou social-patriote ? Il peut bien faire rire l’assistance aux dépens de M. Levaï (France Inter) sur sa fibre social-démocrate, c’est lui qui est plaisant de se référer à une posture politique qui a fait long feu dès lors que le(s) patronat(s) jouent gagnant à tout coup avec la mondialisation – même dans les pays de tradition germanique, aux syndicats puissants.
On objectera qu’il ne pouvait quand même pas se proclamer social-libéral : c’eût été un comble pour l’élu de la défunte gauche unie ! Et pourtant… N’a-t-il pas explicitement prôné une « politique de l’offre », confortant par là les tenants du libéralisme le plus classique ? Mais, passé maître dans le funambulisme verbal, pour désamorcer toute critique, M. Hollande n’a pas hésité à rapprocher les deux adjectifs « social » et « patriote » : en renvoyant ainsi, même de façon implicite, à la présence, de l’Etat, il rassure un pays qui a la tripe étatique. Pour un « socialiste », quel grand écart entre l’aspiration libérale et le souffle patriotique !
Si M. Hollande est fidèle à sa nature et à ses convictions, le problème reste entier. Quid, en effet, des moyens ou, de façon plus triviale, qui va régler l’addition des mesures annoncées ? Alléger les charges des entreprises va dans le bon sens, mais cela suppose soit qu’on supprime les allocations familiales, soit qu’on trouve l’argent ailleurs. Réponse : on va faire des économies. On nous permettra d’être sceptique. Ne vaudrait-il pas mieux mettre tout à plat et avoir le courage de demander à tous de faire des sacrifices, de vrais sacrifices : ce serait faire preuve de cette vertu essentielle en politique qu’est le courage.
Cette fois encore, ce ne sera sans doute pas le cas. En effet, on peut se demander si M. Hollande n’est pas déjà en pré-campagne électorale pour 2017. Ses offres de service au patronat mettent la droite U.M.P. dans l’embarras : si les résultats sont là, ce sera porté au crédit du candidat Hollande ; si c’est un échec, les Bertrand, Copé et autres adeptes du libéralisme pourront difficilement se poser en recours.
M. Hollande vient de rappeler qu’il est un maître-politicien. Il eût été préférable, pour le pays, qu’il se manifestât davantage comme un véritable chef de l’Etat.










