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Actualité Monde - Page 112

  • La dhimmitude au quotidien [3]

    Le pape François en compagnie d'un dignitaire musulman. Sa décision de ramener de Grèce des réfugiés musulmans en « oubliant » un peu vite les chrétiens d'Orient a choqué une partie de l'opinion catholique. Le souci de pacification interreligieuse conduit sans-doute le pontife romain à entretenir certaines illusions vis à vis de l'Islam. 

     

    PAR PÉRONCEL-HUGOZ

    Œuvrant en terre d'Islam depuis 1965 (administrateur civil, correspondant ou envoyé spécial du Monde, directeur de collection éditoriale et, à présent, chroniqueur au 360, un des principaux quotidiens marocains en ligne), Péroncel-Hugoz n'est sans doute pas le plus mal placé pour décrire le sort des chrétiens vivant sous autorité musulmane.

    IMG - JPEG - Copie.jpg« J'avais un jour demandé à un jeune prêtre cairote comment tant de ses coreligionnaires avaient pu résister depuis plus de 1000 ans à l'islamisation, laquelle, d'un coup, simplifie la vie: il me répondit sans hésiter : " Nous prions !" ». 

    ISIIMOMANIE DU VATICAN 

    Des prières bien solitaires car, depuis plus d'un demi-siècle l'église de Rome, sauf exceptions individuelles, s'est montrée peu solidaire de nos frères orientaux, jusqu'à manifester même parfois une provocante « islamomanie », comme le pape François ramenant avec lui ce printemps, d'un bref passage en Grèce, trois familles syriennes musulmanes alors que chacun sait que les réfugiés chrétiens, eux, ne pourront uns doute jamais retourner dans leurs foyers au Levant... Passons sur les imams « belges » qui ont refusé de prier pour les victimes « mécréantes » des attentats de 2016 à Bruxelles, ce qui, en effet, est conforme aux prescriptions islamiques en vigueur depuis l'Hégire. Cependant, ne jetons pas la pierre trop vite aux musulmans installés chez nous et où, quoiqu'on dise, c'est de notre seul fait qu'ils ont été généralement choyés au point de créer une véritable « préférence étrangère » qui explique une bonne partie du vote ouvrier français pour le Front national; en ne manifestant que pas ou très peu de compassion à notre égard, en ne s'impliquant guère dans le combat verbal contre l'islamisme, « nos » mahométans n'ont fait, là aussi, qu'obéir aux préceptes élémen­taires de leur religion : voile féminin, auto­rité des maris sur les épouses, polygamie, répudiation, héritage double pour les garçons, égorgement à vif des animaux, guerre sainte, tout ce qui choque ou plutôt effraie une partie de l'opinion occidentale, est clai­rement énoncé, jusque dans les détails par le Coran, parole d'Allah, et la Sunna, parole de Mahomet : « Vous formez la meilleure de communautés ! », dit Dieu aux mahométans dans la sourate de la famille d'Imrane tandis que celle de la Table servie interdit : « Ne prenez pas pour amis les chrétiens ! ». Ou encore celle de l'Immunité : « qu'Allah anéantisse [les chrétiens], ils sont tellement stupides ! ». Et ainsi de suite. Les musulmans appliquent simplement leur religion car, dès leur arrivée en Europe, nous les avons laissés faire sans restrictions comme s'ils étaient en terre d'Islam. 

    SALAFISTES ET WAHABITES 

    C'est une naïveté de croire que La « radi­calisation » d'un certain nombre de jeunes mahométans installés en Europe ou restés chez eux soit due à quelques fougueux imams « salafistes » ou « wahabites ». Ladite radicalisation, elle est tétée au sein, elle est apprise aux bambins par ces excellentes mères analphabètes, croyant dur comme fer à la supériorité de l'Islam sur le reste de l'Humanité et observant le devoir de tout « croyant » d'œuvrer à l'islamisation de la planète, comme jadis les mères euro­péennes enseignaient à leur progéniture la valeur inestimable de nos « racines chrétiennes » que le président Chirac et ses pareils ont rejetées car « les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chré­tiennes... » Il est patent que des jeunes Français de souche sans religion sont passés à l'Islam afin d'y retrouver une nourriture spirituelle que le christianisme occidental ne leur propose plus.

    (A suivre)

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    Repris de La Nouvelle Revue d'Histoire avec l'aimable autorisation de l'auteur

    LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE • 43 Hors-série n° 12 • Printemps 2016

     

  • La dhimmitude au quotidien [2]

    Publié en 1983, Le Radeau de Mahomet annonçait dans une large mesure les problèmes à venir. Un ouvrage mal accueilli par la caste journalistique, largement acquise à une islamomanie acritique.

    PAR PÉRONCEL-HUGOZ

    Œuvrant en terre d'Islam depuis 1965 (administrateur civil, correspondant ou envoyé spécial du Monde, directeur de collection éditoriale et, à présent, chroniqueur au 360, un des principaux quotidiens marocains en ligne), Péroncel-Hugoz n'est sans doute pas le plus mal placé pour décrire le sort des chrétiens vivant sous autorité musulmane.

     

    IMG - JPEG - Copie.jpg« J'ai pu toucher du doigt la condition de demi-citoyens des coptes et autres chrétiens, les discriminations quotidiennes dans la rue, à l'école, dans l'administration... » 

    Je n'avais pas non plus encore examiné in vivo la dhimmitude au quotidien. En Égypte, je fus peu aidé en cela par le mutisme des coptes, sans doute par honte vis-à-vis d'un chrétien « libre », et par crainte de représailles de la part de musul­mans glosant haut et fort, eux, devant les Occidentaux, sur la « tolérance » de leur reli­gion, alors que nous, nous avions eu les Croi­sades, l'Inquisition, le Colonialisme, le Nazisme et tout le saint-frusquin... Aidés par une puissante cohorte d'intellos marxistes, huguenots, juifs, cathos de gauche, etc., ceux des mahométans son­geant déjà à une Reconquista à l'envers de l'Europe latine, avaient vite compris qu'en culpabilisant leurs adversaires potentiels, ils les affaibliraient d'autant. La « cohorte », elle, comptait secrètement sur le pouvoir électoral des « masses musulmanes » - et ça continue sous nos yeux en France, Espagne, Belgique, etc. - pour installer durablement au gouvernement la gauche socialiste... 

    ANAOUATI ET 8OUIROS-GHALI 

    Cc furent, au Caire, au milieu de la décen­nie 1970, le père Georges Anaouati, fameux érudit dominicain égypto-levantin, conseiller culturel de Jean-Paul II, et un autre érudit oriental, Mirrit Boutros-Ghali, fondateur de la Société d'archéologie copte, qui m'ouvrirent définitivement les yeux sur la terrible réalité de la dhimmitude. Désor­mais, en Orient, je passai une partie de mon temps à parcourir quartiers et villages mixtes où je touchai mille fois du doigt la condition de demi-citoyens des coptes et autres chrétiens, les discriminations quoti­diennes dans la rue, aux champs, à l'école, dans l'administration, etc. C'est en outre parmi les coptes que je trouvai les pauvres des pauvres, même si la misère frappait aussi de nombreux musulmans. Comme je rapportais mes tristes constats à Anaouati, il me donna une sorte d'ordre : « Écrivez tout ça ! ». Et ce fut, en 1983, Le Radeau de Mahomet, où je développais ce que j'avais déjà esquissé dans Le Monde sur la situation de la Chrétienté orientale. Si j'eus le soutien de mes supérieurs hiérarchiques, type André Fontaine ou Michel Tatu, nombre de mes confrères, au Monde et ailleurs, au nom d'un « Islamo-progressisme » imaginaire, nièrent les faits que je rapportais... 

    DE MORSI A SISSI 

    En Égypte, bien sûr, mais là où me conduisaient aussi d'autres reportages : Libye, Soudan. Yémen Pakistan, Brunei, et même dans les soi-disant États « laïques » de Syrie, Irak ou Turquie, je découvrais, peu à peu, la condition dihimmie : pas de mariage ni même de flirt avec une « vraie croyante » alors que tout mâle musulman a le droit d'épouser juives ou chrétiennes dont les enfants seront obligatoirement islamisés ; pour celles de ces épouses ayant conservé leur foi native, en cas de veuvage, aucun héritage ni aucune garde des enfants; impossibilité pour les dhimmis d'accéder à certaines professions « délicates », comme la gynécologie ou bien à des postes poli­tiques réellement importants : le célèbre Boutros Boutros-Ghali, au rôle diploma­tique mondial, ne dépassa jamais chez lui le rang de « ministre d'État » qui, au Caire, équivaut à « secrétaire d'État ».

    Le « laïc » Nasser aggrava encore la dhimmitude en interdisant aux chrétiens d'enseigner l'arabe, « langue du Coran » ; en contrepartie, si on peut dire, il interdisit à ses coreligionnaires les manifestations festives trop bruyantes lors des conversions de coptes à l'Islam. Subsistèrent les mille mesquineries paperassières, légales ou non, imposées aux constructeurs de la moindre chapelle tandis que le gouver­nement continuait à encourager l'édification de nouvelles mosquées.

    Sous Sadate les attentats antichrétiens se multiplièrent tandis que le pape copte qui avait eu le toupet de se plaindre était assigné à résidence...

    Lors du renversement du président islamiste élu, Morsi, en 2013, par le maréchal Sissi, des musulmans passèrent leurs nerfs en détrui­sant en deux jours plus de cent édifices chrétiens dans la vallée du Nil, soit plus que durant toute la conquête arabe de cette région en 639... J'avais un jour demandé à un jeune prêtre cairote comment tant de ses coreligionnaires avaient pu résister depuis plus de 1000 ans à l'islamisation, laquelle, d'un coup, simplifie la vie. Il me répondit sans hésiter : « Nous prions ! ».

    (A suivre)

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    Repris de La Nouvelle Revue d'Histoire avec l'aimable autorisation de l'auteur

    LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE • 43 Hors-série n° 12 • Printemps 2016

     

  • La dhimmitude au quotidien

    Béchir Gemayel, fondateur de la milice des Forces libanaises, et chef du camp chrétien au début de la guerre, en 1978. Le jeune chef phalangiste sera un éphémère président du Liban quelques années plus tard mais mourra assassiné en 1982. Favorisée par la France lors de la création du Grand Liban, la communauté chrétienne a ensuite perdu du terrain sur le plan démographique.

     

    PAR PÉRONCEL-HUGOZ

    Œuvrant en terre d'Islam depuis 1965 (administrateur civil, correspondant ou envoyé spécial du Monde, directeur de collection éditoriale et, à présent, chroniqueur au 360, un des principaux quotidiens marocains en ligne), Péroncel-Hugoz n'est sans doute pas le plus mal placé pour décrire le sort des chrétiens vivant sous autorité musulmane.

     

    IMG - JPEG - Copie.jpgEn 1976, étant correspondant du Monde en Égypte, je fus expédié au Liban pour remplacer provisoirement notre représentant local. Édouard Saàb, qui venait d'y être assassiné. On était alors au début de la longue guerre (1975-1990), non pas « civile », comme il est panurgiquement écrit partout, mais libano-palestinienne ou, pour être plus précis, maronito-islamique. Je constatai, en débarquant à Beyrouth, que la totalité de la presse étrangère était installée à Beyrouth-Ouest, en secteur « islamo-progressiste », comme répétait la doxa de l'époque, et ne mettait pratiquement jamais les pieds à Beyrouth-Est, en secteur "chrétien-conservateur"... Fidèle à l'enseignement d'Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde, dont le maitre-mot fut « Renvoyez les idées reçues à leurs auteurs ! », je décidai d'aller voir ce qui se passait de l'autre côté de la ligne de démarcation séparant les deux Beyrouth. La première chose qui me frappa, ce fut les décalcomanies de Jésus, la Vierge ou saint Maron, patron des catholiques maronites, apposées sur les armes des combattants. « Vous allez tuer au nom de Dieu ? », demandai-je à un jeune guerrier qui me regarda, stupéfait, avant de rétorquer : « Quoi, vous venez d'Égypte. vous avez vu le sort des coptes et vous me posez une telle question ! Nous nous battons pour ne pas devenir comme les coptes, et avec l'aide de Dieu nous gagnerons ! ».

    TAGHER, FATTAL ET ALDIB

    J'allai voir ensuite le jeune Béchir Gemayel, étoile montante des « fachos», pour Beyrouth-Ouest, et de la « résistance libanaise » pour Beyrouth-Est (et qui devait plus tard être élu président du Liban avant d'être assassiné); il donna raison à ses miliciens, précisant : « Nous combattons pour avoir le droit de continuer à sonner nos cloches ! Plutôt mourir que d'être dhimmi. » Dhimmi en arabe, « protégé » ; dhimmma : « protection », avec une nuance d'assujettissement, accordée par l'Islam depuis. croit-on, le « pacte » conclu entre des chrétiens et le calife Omar, l'un des premiers successeurs de Mahomet, pacte aussi appliqué aux autres « Gens du Livre » reconnus par l'islam : zoroastriens, israélites et sabéens essentiellement. J'avais rencontré pour la première fois le terme de « dhimma » dans les feuilles diffusées en Algérie nouvellement indépendante par ceux qu'on appellerait bientôt « intégristes » puis « islamistes » ou « djihadistes ». Je me trouvais alors au service de l'administration algérienne en tant que « coopérant militaire  », avant de devenir correspondant du Monde en Alger, où je suivis des cours d'Histoire islamique donnés par un universitaire musulman, selon lequel « on n'appliquait plus la dhimmitude nulle part au XXe siècle, sauf en Arabie ».

    Je n'avais pas encore lu les ouvrages fondamentaux sur le sujet, dus à l'Égypto-levantin Jacques Tagher [1], au Libanais Antoine Fattal [2] , au Palestinien de Suisse Samy Aldib [2], tous trois chrétiens d'Orient.  

    (A suivre)

    1. Coptes et musulmans, Le Caire, 1952.
    2. Le statut légal des non-musulmans en pays d’Islam, Beyrouth, 1958
    3. Non-musulmans en pays d’Islam. Fribourg, Suisse, 1979.


    Repris de La Nouvelle Revue d'Histoire avec l'aimable autorisation de l'auteur

    LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE • 43 Hors-série n° 12 • Printemps 2016

  • Société • Bouton rouge

     

    par Ph. Delelis

     

    Après sa victoire aux échecs, l’intelligence artificielle a réussi, récemment, à battre l’homme au jeu de go. Elle trouve désormais des applications pratiques dans de nombreux services en ligne et l’on prédit même la disparition de nombreux métiers humains (y compris celui d’avocat, parait-il, mais quid de la robe ?). Les progrès en IA sont considérables et ne suivent plus les prévisions des scientifiques. Certains d’entre eux s’émeuvent des conséquences possibles : Stephen Hawking, qui n’est pas un rigolo, estime ainsi que l’IA pourrait mettre fin à l’humanité.

    Des chercheurs en intelligence artificielle travaillent désormais sur la possibilité de désactiver un programme sans que celui-ci ne s’y oppose. En effet, dans le mécanisme d’apprentissage de l’IA, il est apparu que la « machine » pouvait trouver elle-même des solutions originales pour atteindre son but ou, au moins, éviter l’échec. On évoque ainsi ce programme de Tétris qui, pour éviter de perdre, s’était mis indéfiniment sur « pause »… Les chercheurs se demandent donc si, en intégrant un programme de désactivation – appelé « bouton rouge » – la machine ne chercherait pas aussi à le neutraliser. Ces mêmes spécialistes veulent nous rassurer en nous disant qu’ils ne cherchent pas à stopper des Robocops devenus fou-fous mais seulement à ce que « l’agent » apprenne correctement. Ce qui est fascinant dans ces recherches sur l’IA c’est que tout peut encore être inventé. Et surtout… évité.

    Rien de tel dans l’intelligence humaine. On le voit encore aujourd’hui : la France s’apprête à accueillir, du moins elle l’espère, plusieurs millions d’amateurs de football et, à cette occasion, certaines intelligences supérieures ont pensé que c’était une bonne idée de réduire drastiquement l’offre de transports intérieurs et internationaux, de transformer ses grandes villes – à commencer par Paris – en poubelles géantes, d’ignorer les effets des inondations récentes, de manifester contre un projet de loi qui ne concerne pas ceux qui manifestent, et, pour les plus enthousiastes, de casser quelques magasins, agresser des policiers et faire des feux de joie avec des voitures ou, au moins, leurs pneus.

    Où est le bouton rouge ? 

  • Libye : devons-nous applaudir à la victoire remportée à Syrte par le choléra salafiste sur la peste jihadiste ?

    Syrte, le 10 juin 2016 (AFP/MAHMUD TURKIA)

     

    Analyse de Bernard Lugan

     

    lugan.jpgEn Libye, l’Etat islamique (EI), surinfection d’une plaie jihadiste ouverte en 2011 avec la mort du colonel Kadhafi, est un commode « ennemi de confort » permettant d’éviter de désigner les vrais responsables du chaos. Que l’on réfléchisse un instant : - L’Etat islamique n’étant implanté à Syrte que depuis 2015, ce n’est donc pas lui qui a provoqué une anarchie libyenne ayant commencé en 2011, mais les milices salafistes de Tripoli et celles des Frères musulmans de Misrata.

    - Ce n’est pas davantage l’EI, dont la base démographique est insignifiante, qui envoie des dizaines de milliers de migrants en Europe, mais les cités côtières dont celles de Tripoli et de Misrata. Mêlées à tous les trafics, ce sont ces dernières qui se livrent à la forme contemporaine de la traite des esclaves.

    Or, soutenus militairement par la Turquie, par l’insatiable petit émirat du Qatar, par l’Europe et par les Etats-Unis,  ceux qui sont à l’origine du chaos -et qui en vivent-, viennent de se refaire une vertu auprès de la communauté internationale en chassant de Syrte un Etat islamique qu’ils avaient pourtant longtemps toléré… Cette victoire d’une fraction jihadiste sur une autre n’est en rien un gage de paix pour la Libye et pour toute la région. Le problème de fond est en effet ailleurs : les alliances tribales sur lesquelles reposait l’ordre socio-politique libyen ont été éclatées par l’intervention franco-otanienne de 2011. Dans le vide alors créé se sont engouffrés des acteurs secondaires devenus artificiellement les maîtres du jeu. Qu’il s’agisse des Frères musulmans de Misrata, des islamo-jihadistes de Tripoli ou de l’Etat islamique. Toute pacification de la Libye passe donc par le rééquilibrage entre les vrais acteurs tribaux actuellement tenus à l’écart du processus politique, et ces acteurs secondaires que la communauté internationale s’obstine à vouloir installer au pouvoir à travers le gouvernement dit d’Union nationale dominé par Misrata et placé à la merci de ses milices [1].

    Dans cette analyse, Bernard Lugan développera quatre points :

    1. Les raisons de l’échec de l’Etat islamique en Libye,

    2. Les balbutiements du gouvernement d’Union nationale

    3. La situation sur le terrain militaire et diplomatique

    4. Les  vrais moyens de reconstruire la Libye

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    [1] Voir Histoire de la Libye des origines à nos jours. Pour commander, cliquer ici

    Le blog officiel de Bernard Lugan

  • Le Dalaï Lama serait-il mieux inspiré que le pape de Rome ?

    Le Dalaï Lama à Aldershot au Royaume-Uni le 29 juin 2015 afp.com/BEN STANSALL

     

    Frankfurter-Allgemeine-Zeitung.jpgBerlin - Le Dalaï Lama a estimé qu'il y avait à présent trop de réfugiés en Europe après la vague d'arrivées l'an dernier et que ces migrants cherchant protection ne devaient rester que provisoirement sur place, dans une interview publiée mardi en Allemagne.

    « Quand nous regardons le visage de chaque réfugié, surtout ceux des enfants et des femmes, nous ressentons leur souffrance et un être humain qui a de meilleures conditions de vie a la responsabilité de les aider. Mais d'un autre côté, il y en a trop à présent » en Europe, a déclaré le chef spirituel des Tibétains au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung

    « L'Europe, l'Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l'Allemagne est l'Allemagne », a-t-il ajouté, en référence au fait qu'une majorité des migrants vient de pays arabes comme la Syrie ou l'Irak.  

    « Il y en a tant que cela devient difficile sur le plan pratique. Et sur le plan moral, je trouve aussi que ces réfugiés ne devraient être accueillis que provisoirement. L'objectif devrait être qu'ils retournent (dans leur pays) et aident à reconstruire leur pays », a estimé le Dalaï Lama, qui vit lui-même en exil en Inde depuis plus de 50 ans.  

    Il a à ce sujet de nouveau exprimé l'espoir de revenir de son vivant au Tibet, en Chine, « peut-être dans quelques années »

    « Si les conditions de mon retour sont réunies, ou à tout le moins d'une courte visite, cela serait pour moi une joie », a-t-il dit. 

     

  • Mathieu Slama : « Il y a du Soljenitsyne dans le discours de Poutine »

     

    Dans un premier essai passionnant, La guerre des mondes, Mathieu Slama analyse les ressorts de l'affrontement entre la Russie et l'Occident. Pour le jeune essayiste, ce sont avant tout deux visions du monde qui s'opposent. Et qu'il expose dans cet entretien - un peu long mais où beaucoup de choses essentielles sont dites - donné à Figarovox [25.05]. Nous prévenons les lecteurs de Lafautearousseau : ces réflexions sont importantes. Il faudra être attentifs désormais aux publications de Mathieu Slama !  LFAR

     

    image1.jpgPour quelle raison l'affrontement entre Vladimir Poutine et l'Occident est-il essentiellement idéologique ?

    Ma thèse est que dans le conflit politique qui oppose l'Europe et les Etats-Unis à la Russie de Poutine, il y a un arrière-plan idéologique fondamental qui met en jeu deux grammaires du monde qui s'opposent en tout point. A cet égard, ce qui se joue dans cet affrontement est bien plus décisif qu'un simple conflit d'intérêts.

    Mais il suffit d'écouter Poutine pour comprendre qu'il se situe lui-même sur le terrain idéologique. Ce fut particulièrement frappant à partir de 2013, lorsque les crises ukrainiennes et syriennes ont réellement marqué une rupture entre les Russes et les Occidentaux.

    Dans plusieurs discours, Poutine s'en est pris à la « destruction des valeurs traditionnelles » et à « l'effacement des traditions nationales et des frontières entre les différentes ethnies et cultures », visant implicitement les pays occidentaux. A plusieurs reprises il a exalté « les valeurs spirituelles de l'humanité et de la diversité du monde », « les valeurs de la famille traditionnelle, de la vie humaine authentique, y compris de la vie religieuse des individus », faisant appel au grand philosophe conservateur russe Nicolas Berdiaev. Il y a aussi, dans le discours de Poutine, des attaques directes adressées aux pays occidentaux et notamment aux pays européens. « Les pays euro-atlantiques rejettent leurs racines », a-t-il expliqué dans un discours, « dont les valeurs chrétiennes qui constituent la base de la civilisation occidentale ». Utilisant des termes très violents comme « primitivisme », s'en prenant ouvertement aux légalisations en faveur du mariage homosexuel, Poutine accuse aussi régulièrement les pays occidentaux de vouloir exporter leur modèle libéral au monde entier, au mépris des particularités nationales.

    Poutine est donc porteur d'une vraie vision du monde. Il se fait le défenseur des particularités nationales et des valeurs traditionnelles face à un Occident libéral, amnésique de ses fondements spirituels. Et surtout, et c'est peut-être la plus grande force de son discours, il s'en prend à l'universalisme occidental, à cette prétention qu'a une partie du monde de modeler à son image l'autre partie de l'humanité. C'est une manière pour lui de s'en prendre aux ingérences occidentales, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient.

    Poutine dit ici quelque chose d'essentiel. L'Occident est persuadé que son modèle, la démocratie libérale, est le devenir inéluctable de l'humanité toute entière. Mais il y a dans le monde des nations qui tiennent à leurs traditions culturelles et qui n'ont absolument pas envie de s' « occidentaliser » ! Il y a là un enjeu majeur, que l'un des plus grands penseurs du XXème siècle, Claude Lévi-Strauss, avait vu avant tout le monde : comment préserver les particularités culturelles dans un contexte de mondialisation politique, culturelle et économique croissante ? « Les grandes déclarations des droits de l'homme », expliquait Lévi-Strauss, énoncent « un idéal trop souvent oublieux du fait que l'homme ne réalise pas sa nature dans une humanité abstraite, mais dans des cultures traditionnelles ». Les démocraties occidentales n'ont de cesse d'exalter « l'Autre », mais ce n'est en réalité que pour annihiler son altérité et l'envisager comme un parfait semblable, c'est-à-dire un individu émancipé de tous ses déterminismes. L'Occident libéral est devenu incapable de penser et comprendre la différence culturelle. On le voit au Moyen-Orient aujourd'hui : nous ne célébrons l'Iran que parce qu'il s'occidentalise ; tout ce qui relève du traditionnel est perçu comme une barbarie amenée à disparaître. Il y a dans cette approche un mélange d'incompréhension et de mépris.

    Soljenitsyne est l'un des fils rouges de votre livre. En quoi est-il représentatif d'une partie de l'âme russe ?

    La figure d'Alexandre Soljenitsyne est intéressante à plusieurs égards. D'abord parce qu'il est étonnamment - et injustement - oublié aujourd'hui, alors qu'il est l'une des rares figures intellectuelles du XXème siècle à ne s'être jamais trompé dans ses combats politiques, ce qui est suffisamment rare pour le souligner.

    Ensuite parce qu'il a fait, en effet, l'objet d'un grand malentendu en Occident. Ses œuvres « Une journée d'Ivan Denissovitch » (1962), « Le Premier cercle » (1968) et surtout « L'Archipel du Goulag » (1973), révélant au monde entier les atrocités commises par les soviétiques dans les camps, ont fait de lui la principale figure de l'opposition intellectuelle et politique au régime soviétique. Accusé de trahison dans son propre pays, il est parti en exil en Suisse puis aux Etats-Unis. Mais voilà, et c'est le cœur du malentendu dont je parle dans mon livre : Soljenitsyne ne s'opposait pas au régime soviétique au nom des droits de l'homme ou au nom du « monde libre ». Il n'avait pas choisi le camp occidental contre le camp soviétique. Il s'opposait à l'URSS parce qu'il s'agissait pour lui d'un régime corrompu, matérialiste, violent, niant la dimension spirituelle propre à chaque homme. Il s'y opposait au nom de sa foi orthodoxe et au nom de la grande histoire nationale russe.

    Et c'est justement ce même attachement aux racines et à la dimension spirituelle de l'existence qui l'amena à s'opposer violemment au modèle libéral occidental à plusieurs occasions, notamment dans un célèbre discours devant les étudiants de Harvard en 1978 où il dénonça la dérive matérialiste de l'Occident, les ravages de son modèle capitaliste et surtout son obsession pour les droits individuels au détriment des valeurs traditionnelles comme l'honneur, la noblesse ou encore le sens du sacrifice. Soljenitsyne croyait à la possibilité d'une troisième voie entre le libéralisme occidental et les totalitarismes soviétiques ou fascistes, une troisième voie fondée sur l'enracinement et l'auto-restriction des hommes comme des nations. Il me semble qu'aujourd'hui, peut-être plus que jamais, ce message mérite d'être entendu.

    Je note dans mon livre la réaction de Jean Daniel qui voyait dans L'Archipel « un panslavisme illuminé, des idées étranges sur le Moyen-âge et sur la Sainte Russie » ou encore de Bernard-Henri Lévy qui accusa au début des années 90 Soljenitsyne de défendre des idées « obscurantistes », « populistes », de peindre « une Russie rustique et primitive ». Ces réactions sont absolument passionnantes car elles révèlent selon moi une opposition fondamentale entre deux mondes qui sont aux antipodes l'un de l'autre. Les pays occidentaux n'ont pas compris Soljenitsyne tout simplement parce qu'ils ne parlent pas le même langage : les premiers tiennent le langage de la liberté individuelle, le second celui de la tradition et de la mystique communautaire. Il me semble que cet affrontement renaît aujourd'hui à la faveur des conflits qui opposent la Russie de Vladimir Poutine et les pays occidentaux. Et je trouve dans le discours de Poutine beaucoup de rémanences du discours de Soljenitsyne. C'est pourquoi j'ai voulu faire de ce dernier le fil rouge de mon livre.

    La « révolution conservatrice » engagée par Poutine est-elle populaire en Russie ? Et ailleurs ?

    S'agissant de la Russie, personne ne conteste aujourd'hui que Poutine est soutenu par une immense majorité de la population. Emmanuel Carrère avait émis l'hypothèse, dans un de ses romans, que le succès de Poutine était dû au sentiment des Russes d'avoir été humiliés à la chute du régime soviétique. Et qu'en somme, on n'avait pas le droit de leur dire que toutes ces décennies passées sous le joug communiste, « c'était de la merde ». L'échec de l'expérience « libérale » avec Boris Eltsine est aussi un atout pour Poutine. Mais c'est oublier un peu vite l'attachement encore prégnant des Russes pour les valeurs traditionnelles, pour l'âme de leur pays. Hélène Carrère d'Encausse expliquait que « l'idée que les choses puissent être relatives heurte profondément les Russes ». Poutine est très certainement en adéquation avec l'état d'esprit d'une grande partie de l'opinion publique russe.

    Mais ce qui m'intéressait surtout dans mon livre, c'était de montrer que Poutine est devenu en quelque sorte le porte-voix de la cause conservatrice dans le monde, et notamment en Europe. Sa popularité auprès de beaucoup de partis conservateurs européens est le signe que Poutine a compris ce qui se jouait en Europe. Son génie est d'avoir permis la rencontre, au bon moment, entre ses idées et celles d'une partie de l'opinion européenne, de plus en plus hostile à la mondialisation et au multiculturalisme, de plus en plus attachée à ses racines et aux « protections naturelles » que sont les frontières nationales. De Viktor Orban en Hongrie à Marine Le Pen en France, en passant par Nigel Farage en Grande-Bretagne, ils sont tous animés d'une sympathie naturelle envers Poutine. Clairement, le « poutinisme » correspond à un certain esprit du temps, à une résistance de plus en forte des peuples vis-à-vis de la mondialisation.

    Vous écrivez que le sens du sacré est une clef de compréhension indispensable pour comprendre la Russie actuelle - qui avait bu le communisme comme le buvard absorbe l'encre, avait rappelé Philippe Séguin dans son discours du 5 mai 1992. Y a-t-il une opposition entre le « messianisme russe » et le « rationalisme libéral européen » ?

    J'essaie de comprendre la cassure idéologique fondamentale entre la Russie de Poutine et l'Occident, et il me semble que la question religieuse est un élément déterminant de cette incompréhension, du moins s'agissant de l'Europe. On le sait, Poutine dans ses discours lie très étroitement le destin de la nation russe avec celui de l'Eglise orthodoxe, et s'en prend à « l'approche vulgaire et primitive de la laïcité ». C'est une des armes essentielles de son combat idéologique, sans compter que cela lui permet d'asseoir son autorité dans son propre pays, où l'Eglise est depuis longtemps le constituant de la morale collective, comme l'a rappelé Hélène Carrère d'Encausse.

    Pour illustrer l'opposition entre la Russie et l'Europe sur ce terrain, j'évoque un exemple qui me semble particulièrement parlant, celui des Pussy Riot et des Femen. Quand en février 2012 les Pussy Riot, groupe de rock ultra-féministe russe, débarquent dans la cathédrale de Moscou en hurlant « Marie mère de Dieu, chasse Poutine ! », elles font l'objet d'une réprobation quasi-unanime, et sont condamnées quelques mois plus tard à deux ans de détention, provoquant d'ailleurs des réactions indignées de la part des dirigeants européens. Un an après cet épisode, en France quand des membres du groupe féministe Femen s'introduisent à Notre-Dame et vandalisent une cloche, l'expression « pope no more » inscrite sur le torse, elles sont toutes relaxées.

    En France, nous faisons du droit au blasphème un droit fondamental, un des piliers de la fameuse liberté d'expression, elle-même pilier des sacro-saintes libertés individuelles. On ne compte plus les défenseurs du blasphème sur le terrain médiatique. Il faut profaner, désacraliser absolument tout. Dieu est devenu une question dépassée, on le relègue à la sphère individuelle. On érige la profanation du sacré en droit fondamental sans même se poser la question de ce que peut bien nous apporter ce droit. En quoi moquer de manière vulgaire Jésus ou Mahomet est-il un progrès, une liberté nécessaire ? A force de libéralisme et d'individualisme, nous autres européens perdons de vue la dimension spirituelle de la vie humaine pour n'en retenir que la dimension proprement matérielle. Le phénomène djihadiste est venu nous rappeler que la question religieuse est encore loin, très loin d'être une question résolue.

    La souveraineté nationale est-elle davantage défendue par la Russie que par les Etats-Unis ou les pays européens ?

    La défense de la souveraineté nationale est en effet un aspect essentiel de la doctrine poutinienne. Voici ce qu'il disait en 2014 : « La notion de souveraineté nationale est devenue une valeur relative pour la plupart des pays » ; « les soi-disant vainqueurs de la Guerre froide avaient décidé de remodeler le monde afin de satisfaire leurs propres besoins et intérêts ». Et d'asséner cette attaque directe : « Si pour certains pays européens la fierté nationale est une notion oubliée et la souveraineté un luxe inabordable, pour la Russie la souveraineté nationale réelle est une condition sine qua non de son existence ». En ligne de mire : l'alignement quasi-systématique de l'Union européenne sur les positions américaines, comme récemment sur le dossier ukrainien. Poutine s'en prend également aux ingérences américaines et européennes au Moyen-Orient, qui ont conduit pour Poutine à une aggravation des conflits et à la propagation du chaos.

    Le discours américain est très différent. Barack Obama n'a de cesse de répéter que l'Amérique a un rôle à jouer dans la défense des libertés : « Nous soutiendrons la démocratie de l'Asie à l'Afrique, des Amériques au Moyen-Orient, parce que nos intérêts et notre conscience nous forcent à agir au nom de ceux qui aspirent à la liberté ». Il s'agit ici d'une conception fondamentalement universaliste des relations internationales, semblable à celle que défendaient les néo-conservateurs sous George W. Bush. La question de la souveraineté n'est jamais abordée par Obama.

    La Russie et les Etats-Unis défendent des conceptions géopolitiques qui servent leurs intérêts, écrivez-vous, souverainisme et multilatéralisme pour la première, universalisme pour les seconds. Quelle est la conception adoptée par les pays d'Europe ?

    Les pays européens sont dans l'alignement quasi-permanent avec les positions américaines. On l'a vu sur les dossiers syriens et ukrainiens. Cela pose quand même un problème car peut-on dire que les intérêts américains et européens sont parfaitement alignés ? Je n'en suis pas certain. Est-ce dans l'intérêt de l'Europe de se brouiller avec son voisin russe ou avec l'Iran ? N'y aurait-il pas un intérêt à jouer une carte intermédiaire, qui ne soit ni celle des Etats-Unis ni celle de la Russie ? Je laisse le soin aux géopolitologues de répondre à cette question.

    Comment la Russie de Poutine considère-t-elle l'exceptionnalisme américain ?

    Une des thèses de mon livre est de dire que les modèles américains et russes sont moins éloignés qu'on veut bien le croire, au moins du point de vue idéologique et culturel. Les deux pays partagent un même sentiment national très affirmé, avec un rôle politique du religieux encore très fort. Des deux côtés, les communautés nationales s'appuient sur des mythes fondateurs très puissants. Et en effet, les deux pays se fondent sur une certaine idée de l'exceptionnalisme, c'est à dire qu'ils ont la conviction qu'ils jouent un rôle qui dépasse le cadre purement national.

    Mais paradoxalement, Poutine a ouvertement attaqué l'exceptionnalisme américain, notamment dans une tribune publiée dans le New York Times en 2013. Voici en substance le propos de Poutine, qui réagissait à un discours d'Obama qui exaltait le rôle exceptionnel de l'Amérique dans le monde : il est très dangereux de se croire exceptionnel car cela va à l'encontre de la nécessaire diversité et égalité entre les nations. « Nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux » rappelait Poutine en conclusion, dans un pied-de-nez adressé à Obama qui lui aussi avait, dans son discours, fait référence à Dieu pour justifier la défense des libertés dans le monde. Pour Poutine, l'exceptionnalisme américain n'est que le prétexte d'une domination morale imposée au monde, là où lui défend, nous l'avons dit, les souverainetés et les particularités nationales.

    On pourra évidemment, non sans raison, considérer qu'il y a une contradiction entre ce discours et l'attitude de la Russie en Crimée, peu respectueuse de la souveraineté ukrainienne (sans nier les liens historiques profonds qui unissent l'Ukraine, notamment sa partie est, avec la Russie)…

    Pourquoi les partisans de Vladimir Poutine en France sont-ils régulièrement brocardés comme étant des « extrémistes » ?

    Vladimir Poutine reste, dans l'opinion publique française, un personnage autoritaire, brutal. Les morts suspectes d'opposants viennent aussi ternir considérablement son image.

    Mais il ne faut pas oublier que Vladimir Poutine séduit bien au-delà du cercle des « radicaux ». Il y a en effet des politiques peu subtils qui font l'erreur inverse des atlantistes, c'est-à-dire qui se rangent constamment derrière la Russie quel que soit le sujet. Il y a aussi le Front national, financé par des investisseurs privés russes, qui voit dans Poutine une sorte de fantasme de ce qu'ils souhaitent pour la France. Il y aussi des gens comme Jean-Luc Mélenchon, dont l'amitié pour Poutine tient plus de l'anti-américanisme qu'autre chose (car quoi de commun entre le conservateur Poutine et le progressiste Mélenchon ?). Mais dans l'entre-deux, il y a des gens beaucoup plus raisonnables et de tous bords, comme Hubert Védrine, Dominique de Villepin, Henri Guaino ou François Fillon, qui défendent une relation plus apaisée avec la Russie et une plus grande indépendance de la France et de l'Europe vis-à-vis des puissances étrangères, notamment des Etats-Unis. Nul extrémisme dans ce positionnement-là.

    Y a-t-il une différence de nature entre la stature de Vladimir Poutine et celle des dirigeants européens ? La notion de « chef d'Etat» est-elle mieux incarnée par le premier que par les seconds ?

    « Il incarne ! », se moquait Louis-Ferdinand Céline du maréchal Pétain dans D'un château l'autre ... Méfions-nous de ceux qui veulent « incarner », donc. Mais il est certain que le succès de Poutine doit beaucoup au fait qu'il représente une sorte d'animal politique disparu en Europe. Les démocraties libérales ont cette tendance naturelle, parce qu'elles se construisent - et c'est leur grande faiblesse - sur des fondements essentiellement juridiques, de faire émerger des dirigeants purement technocrates, très compétents mais incapables de prendre en compte la dimension symbolique, quasi-métaphysique, qu'impose l'exercice du pouvoir.

    Un récent sondage montrait que 40% des Français étaient favorables à un gouvernement autoritaire. C'est une tendance de fond dans les sociétés démocratiques, où réside une sorte de nostalgie des grands hommes. Poutine représente aussi cette nostalgie-là. De Gaulle avait fondé une grande partie de sa légitimité sur le mythe qu'il s'était construit autour de sa personne : le grand stratège militaire, la résistance, la libération de Paris, le monarque républicain… Quels mythes fondent la légitimité de François Hollande, d'Angela Merkel, de Matteo Renzi ? Aucun.

    J'aimerais conclure sur un exemple récent qui me semble tout à fait caractéristique de ce dont nous parlons ici. Il y a quelques semaines, la Russie a organisé, au sein de l'amphithéâtre de la ville de Palmyre libérée de l'Etat islamique, un concert symphonique où furent joués Prokoviev et Bach (un compositeur russe et un compositeur européen, ce n'est pas anodin). Quelques semaines plus tard, la France décidait d'organiser, à l'occasion de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun, un concert de rap, avant que la polémique n'oblige le maire de Verdun à annuler cette absurdité. D'un côté on a fait entendre ce que la civilisation a produit de plus noble et de plus élevé, de l'autre ce qu'elle produit de plus médiocre. La force de Poutine, c'est aussi cela : comprendre que la politique est aussi une affaire de symboles, de grandeur et d'élévation. Nous Européens avons oublié cela depuis longtemps. Céline, encore lui, avait prévenu : « Nous crevons d'être sans légende, sans mystère, sans grandeur ». 

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    Né en 1986, Mathieu Slama intervient de façon régulière dans les médias, notamment dans le FigaroVox sur les questions de politique internationale. Un des premiers en France à avoir décrypté la propagande de l'Etat islamique, il a publié plusieurs articles sur la stratégie de Poutine vis-à-vis de l'Europe et de l'Occident. Son premier livre, La guerre des mondes, réflexion sur la croisade de Poutine contre l'Ocident vient de sortir aux éditions de Fallois.

    Entretien par Eléonore de Vulpillières            

     

  • HuffPost Maroc : Les 7 meilleures répliques et réponses de Mohammed VI à des journalistes

     

    Lu sur le site du HuffPost Maroc [17.05]* ces quelques répliques de ce bon roi méconnu, Mohamed VI. Leur modestie, leur réalisme, leur sagesse, leur lucidité offrent un frappant contraste avec le style et le fond des déclarations systématiquement verbeuses des dirigeants occidentaux, notamment français. Le lecteur ne manquera pas de se livrer au jeu des comparaisons...  LFAR 

     

    Connu pour être peu prolixe, et n'accordant que de très rares interviews, le roi Mohammed VI a, néanmoins, assené quelques réponses mémorables aux journalistes qui l'ont interviewé. Répliques cinglantes, réponses construites ou encore réflexions générales sur la vie d'un roi, retour sur les 7 meilleures de Mohammed VI.

    "J'ai choisi la voie la moins spectaculaire"

    Lors d'une interview accordée au Figaro, et réalisée par l'ex-directeur adjoint de la rédaction, Charles Lambroschini, le roi s'est vu demander, en 2001, d'établir le bilan de ses deux premières années de règne. Mohammed VI a répondu qu'il préférait "utiliser un autre mot que celui de bilan. Bilan, cela semble à la fois prématuré et prétentieux, tout en suggérant la fin de quelque chose". Et de poursuivre: "j’ai délibérément choisi la voie la moins spectaculaire qui consiste à fonder mes choix sur les acquis et le socle de la continuité. Vous savez, je ne me réveille pas tous les matins en me disant: tiens, aujourd’hui, pour plaire ou pour faire la Une des journaux, je vais changer les choses. Ce serait ridicule et démagogique. Mon approche est à la fois plus pragmatique et plus réfléchie. Mon rythme est celui du Maroc."

    "Je ne suis pas candidat au Hit Parade"

    Au même journaliste, qui disait que le roi donne l’impression de cultiver le mystère, Mohammed VI a rétorqué qu' "au Maroc, on me connaît parfaitement. Les Marocains connaissent mon caractère et mes idées, ils savent absolument tout de moi". Pour le roi, "cette notion de mystère est entretenue par une certaine presse: pour vendre, il faut mettre une étiquette. On m’a donc collé une étiquette, celle du mystère, simplement parce que j’ai décidé que, avant de parler, j’attendrais de mieux savoir. Alors, cette attitude a peut-être surpris, déçu, ceux qui attendaient ou souhaitaient une démarche plus médiatique". "De toute façon, je ne suis pas candidat au Hit Parade".

    "Tous les Afghans ne sont pas Talibans, tous les Talibans ne sont pas Afghans"

    Lors d'une interview accordée à Paris Match, en 2001, il a été demandé au roi s'il craignait "que certains, dans le monde, fassent l'amalgame entre Islam et terrorisme."

    Réponse de Mohammed VI: "tous les Afghans ne sont pas Talibans, tous les Talibans ne sont pas Afghans, tous les Afghans ne sont pas islamistes, mais ils sont tous musulmans. C'est une réalité compliquée, mais il faut qu'en Occident on accepte de comprendre et de vivre cette complexité. S'il y a un risque d'amalgame, c'est d'abord par ignorance."

    "Le trône des alaouites est sur la selle de leurs chevaux"

    "Ici, on entend parfois dire que le roi n'est plus jamais à Rabat", affirmait le journaliste de Paris Match.

    "Mais le Roi n'a jamais été seulement à Rabat. Je me souviens qu'une année, pendant ma jeunesse, mes parents ont séjourné dix huit jours à Rabat, sur 365. Mon père, que Dieu ait son âme, avait coutume de dire que 'le trône des Alaouites est sur la selle de leurs chevaux'. J'ai bien l'intention de ne pas déroger à ce principe", a clarifié Mohammed VI.

    "Et puis, vous savez", poursuit le roi, "j'aime bien me rendre compte par moi-même, sur le terrain, de ce que sont les réalités de mon pays."

    "Le Cheikh Yassine se plaint"

    Au Figaro, le journaliste constate que "le paradoxe de la liberté, c'est qu'elle s’accompagne toujours de la critique. Vous avez permis à Cheikh Yassine, le contestataire islamique, de s’exprimer. Cela ne l’empêche pas de vous attaquer".

    Réponse de Mohammed VI: "je lui ai permis de mener la vie de tout citoyen marocain". Le journaliste de rebondir: "en somme, le revers de votre tolérance, c’est que Cheikh Yassine proteste." "D’avoir été libéré, peut-être ?", questionne, non sans ironie, Mohammed VI.

    "La burqa est une prison"

    À Paris Match, Mohammed VI a déclaré que "le sort fait aux femmes en Afghanistan est infâme et intolérable. Cette burqa qui les emprisonne est certes une prison en tissu, mais c'est plus encore une prison morale. Les tortures imposées à des petites filles qui ont osé montrer leurs chevilles ou leurs ongles peints, c'est effroyable. C'est inacceptable et insupportable", a déclaré Mohammed VI.

    "La sérénité fait que vous n’oubliez jamais vos responsabilités professionnelles"

    Trois ans plus tard, en 2004, Mohammed VI a accordé une nouvelle interview à Paris Match. À la question de savoir si la sérénité absolue existait chez les rois, le souverain répond: "je pense que l’insouciance, qu’on soit roi ou pas, disparaît à partir d’un certain âge. Elle laisse la place à la sérénité, celle qui vous rend plus solide face aux événements". Et de poursuivre que "cette sérénité fait que vous n’oubliez jamais vos responsabilités professionnelles, vous y pensez tout le temps. Je n’ai ni horaire, ni jour de repos fixe, encore moins de vacances planifiées longtemps à l’avance, c’est là d’ailleurs le propre du métier de roi." 

     

     
  • Syrie : Eviter le pire en attendant le meilleur

     

    par Jean-Baptiste d'Albaret

     

    C’est peu dire que les réactions politiques occidentales ont été discrètes après la reprise de Palmyre par l’armée syrienne. Il est vrai que nos gouvernants ont dû se livrer à un difficile exercice de style. Comment reconnaître à cette victoire militaire l’importance qu’elle mérite après avoir expliqué pendant des années que la priorité était de « renverser Assad » ? Camouflet suprême, il a même fallu saluer le concours des forces russes, comme l’a fait du bout des lèvres le département d’état américain. C’est déjà une avancée : il n’y a pas si longtemps, soutenir le régime syrien contre les islamistes revenait à préférer la peste au choléra. Jusqu’où peut aller l’aveuglement idéologique… N’est-ce pas Laurent Fabius ?

    à l’évidence, l’offensive de l’armée syrienne, aidée du Hezbollah libanais et de l’aviation russe, est une victoire stratégique et symbolique pour Bachar el-Assad. Elle n’est certes qu’une bataille dans la guerre contre le groupe état islamique. Mais le régime continue de pourchasser les djihadistes pour les extirper de leurs principaux fiefs dans le pays. Surtout, ce succès est le plus important obtenu face à Daech dans le conflit syrien. Le pouvoir alaouite s’impose comme l’adversaire le plus efficace et le plus déterminé de l’organisation terroriste, organisation qui a revendiqué les attentats meurtriers de Paris et de Bruxelles.

    C’est pourquoi la victoire de Palmyre devrait être célébrée comme telle par les chancelleries occidentales. Elle contribue à la stabilisation politique de la région et laisse entrevoir un avenir à des populations éprouvées par cinq années de guerre. C’est le cas, en particulier, des populations chrétiennes qui ont subi violences et discriminations. Politique magazine a pu rencontrer ces communautés dont la présence sur ces terres des origines du christianisme n’est aujourd’hui même plus assurée. L’enjeu est donc à la hauteur de l’espoir soulevé par le recul de l’hydre djihadiste aux confins syro-irakien. Présents en Syrie depuis 2000 ans, acteurs majeurs du tissu économique et social, les chrétiens sont des facteurs d’équilibre et de dialogue dans un Moyen-Orient en fragmentation. Nul besoin d’être prophète pour comprendre que la « transition » politique syrienne, sur laquelle se sont focalisés les Occidentaux au prix de compromissions dramatiques, n’est clairement pas une priorité.

    Ainsi, un léger frémissement se fait sentir du côté américain. Alors que les islamistes sont de plus en plus isolés dans Alep, la grande ville syrienne du nord, Barack Obama a répété que ce serait « une erreur de renverser le régime d’Assad ». Mieux vaut tard que jamais. Mais que de temps, et de vies, perdus ! On attend désormais une réaction officielle française à la hauteur des événements. Elle pourrait s’inspirer de cette réflexion du député des Français de l’étranger, Thierry Mariani : « M. el-Assad n’est pas un président idéal et sans reproche mais il est en train de gagner la guerre. Et nous avons avec lui des intérêts communs et des ennemis communs ». 

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    Rédacteur en chef de Politique magazine

  • A propos de Donald Trump : un populiste seul contre tous ? L'analyse d'Alain de Benoist

     

    Alors que la campagne présidentielle américaine a maintenant dégagé, à l'issue des primaires,  les deux personnalités qui vont s'affronter cet automne, Alain de Benoist a donné à Boulevard Voltaire [13.05] l'analyse qui suit s'agissant du très controversé Donald Trump. L'élection américaine ne sera pas sans conséquences pour nous, Français et Européens. Au vrai, elle nous concerne aussi ...  LFAR    

     

    alain-de-benoist-1280x660.jpgLe ticket présidentiel se profile aux États-Unis : ce serait donc Donald Trump contre Hillary Clinton. Le premier est voué aux gémonies par nos médias dominants, tout en étant porté au pinacle par une certaine droite française. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    Je suis extrêmement réservé sur Donald Trump, qui me fait l’impression d’un milliardaire paranoïaque mâtiné de Docteur Folamour en puissance. Je comprends très bien qu’on puisse jubiler à l’entendre se moquer sans complexe du politically correct, mais il faut aussi reconnaître qu’au cours de sa campagne, il a dit tout et n’importe quoi. Il veut construire un mur à la frontière du Mexique (« Personne ne construit de murs mieux que moi : c’est mon métier »), supprimer la Sécurité sociale, soutenir l’industrie du pétrole, envoyer les troupes au sol en Syrie tout en relançant la tension avec l’Iran (« On s’est aliéné notre meilleur allié, Israël, et on a capitulé devant l’Iran »), éventuellement même faire usage de l’arme atomique en Europe. En fait, il ne connaît strictement rien des affaires internationales et n’a pas la moindre idée de ce qu’est la politique (le parallèle qu’on a pu faire avec Ronald Reagan est trompeur : lorsque Reagan fut élu président des États-Unis, il était déjà gouverneur de la Californie depuis près de quinze ans), objection qu’il balaie au prétexte qu’il a l’« expérience d’un gagneur » (« Si je suis riche, ce n’est pas par hasard »). En fait, s’il devait entrer à la Maison-Blanche, personne ne peut dire ce qu’il ferait.

    Mais il faut distinguer le personnage Trump et le phénomène Trump, ce dernier étant beaucoup plus intéressant. L’électorat de Trump est en effet un électorat populaire, celui de l’Amérique profonde, des rednecks aux blue collars, un électorat qui n’avait jusqu’ici pas les moyens de se faire entendre. C’est en misant sur le peuple que « The Donald » a pu déjouer tous les pronostics et s’imposer à quinze autres républicains, depuis des candidats de l’establishment comme Jeb Bush ou Marco Rubio jusqu’au grand délirant évangélique Ted Cruz.

    Les jeux ne sont pas faits pour autant, car aux États-Unis, contrairement à ce que l’on croit souvent, ce ne sont pas les partis politiques qui organisent les primaires, mais les États, de façon à ce que soient ensuite désignés par les grands partis des candidats compatibles avec les intérêts de leurs gouverneurs. Il ne faut pas oublier non plus que les candidats n’ont pas l’habitude de présenter des « programmes », mais seulement des « positions » sur des sujets variés leur permettant d’obtenir des « soutiens » de telle ou telle « communauté ».

    Des deux candidats, quel serait le meilleur, ou le moins pire, pour l’Europe ?

    Difficile de répondre. Il y a toujours eu en Europe des gouvernements pro-américains, mais il n’y a jamais eu aux États-Unis de gouvernement pro-européen. Newt Gingrich, alors chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, disait en 1995 que « seule l’Amérique peut mener le monde ». Outre-Atlantique, c’est une conviction partagée par tout un chacun : qu’ils soient interventionnistes ou isolationnistes, les Américains veulent avant tout perpétuer leur hégémonie. Trump n’échappe pas plus à la règle que la très hystérique sorcière néo-conservatrice Hillary Clinton, la seule différence étant que la seconde est apparemment plus interventionniste que le premier – encore que Trump ne se cache pas d’être lui aussi « pour l’agressivité en politique étrangère ».

    Dans le registre populiste, le démocrate Bernie Sanders apparaît comme l’héritier d’une autre tradition, celle du New Deal. Simple feu de paille, ou faudra-t-il compter avec ses idées et, surtout, ses électeurs ?

    Il est sûr que, comparé à l’épouvantail déplumé et à la poupée Barbie ayant dépassé la date de péremption, Bernie Sanders fait au moins figure humaine. Bien qu’il n’ait pas réussi à surclasser Hillary Clinton, les résultats qu’il a obtenus n’en sont pas moins remarquables. Âgé de 74 ans, n’hésitant pas à se présenter comme « socialiste » (ce qui équivalait jusqu’ici aux États-Unis à s’afficher comme un partisan du goulag !), il obtient ses meilleurs résultats auprès des jeunes et dans la classe ouvrière blanche.

    Ce succès relatif, ajouté à celui de Donald Trump, fait que la prochaine élection présidentielle ne va ressembler à aucune de celles qui l’ont précédée. Dans le passé, les partis démocrate et républicain présentaient régulièrement des candidats de l’establishment, qui n’avaient aucune peine à l’emporter sur les « indépendants ». Cette fois-ci, et dans les deux camps, la contestation est venue de l’intérieur. Cela signifie que la vague de populisme qui ne cesse d’enfler en Europe touche maintenant les États-Unis (juste retour des choses quand on se souvient qu’un parti populiste y avait été fondé dès 1876). Le peuple américain a supporté l’establishment aussi longtemps qu’il pouvait encore croire au « rêve américain ». Mais il n’y croit plus, comme l’ont montré à droite, en 2009, l’émergence du Tea Party, et à gauche, en 2011, celle du mouvement Occupy Wall Street. C’est pourquoi il mise sur Trump, qui assure être en mesure de relancer ce « rêve », ou sur Sanders, qui dénonce la captation de la richesse nationale par 1 % de la population et appelle à plus de justice sociale.

    La plupart des néo-conservateurs républicains ont déjà fait savoir qu’ils voteraient pour Clinton. Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants, ne votera pas non plus pour Trump, suivant en cela l’exemple du clan Bush. À l’inverse, il n’est pas exclu que certains partisans de Sanders préfèrent, pour des raisons de classe, voter pour Trump plutôt que pour sa concurrente. Les deux grands partis, qui se croyaient protégés par un processus d’investiture biaisé, se retrouvent ainsi secoués de l’intérieur comme ils l’ont rarement été, le plus affecté étant le Parti républicain. Il serait naïf de croire que cela restera sans conséquences pour un système bipartisan désormais menacé de voler en éclats. 

    Intellectuel, philosophe et politologue
     
     

    Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

  • Encore à propos de Donald Trump, l'interrogation de Camille Pascal : se seraient-ils tous « trumpés » ?

     

    Par Camille Pascal

     

     

    Le peuple américain pourrait-il, cet automne, se rappeler au bon souvenir de toutes les intelligentsias du monde, en élisant Donald Trump ? Telle est l'hypothèse que Camille Pascal ne fait qu'évoquer [Valeurs actuelle, 13.05] au fil de cette chronique rafraichissante et non-conformiste qui restaure quelque chose de notre liberté de pensée ...  LFAR

     

    Camille%20Pascal_22222222222222.pngLes analystes de tout poil annonçaient sa défaite aux primaires. Et si l’Amérique profonde leur réservait une autre surprise à la présidentielle…

    Hier encore, les dîners en ville l’affirmaient avec cet aplomb et cet art de se tromper obstinément qui fait tout leur charme : Donald Trump ne passerait pas la barre des primaires républicaines. Il était impensable que ce provocateur rubicond, ce milliardaire grossier, ce blond oxygéné, ce « fasciste » texan, ce dictateur en puissance puisse être sérieusement candidat à l’élection présidentielle de la démocratie la plus puissante du monde.

    Quelques rares voix discordantes s’étonnaient pourtant que l’on puisse reprocher à Donald Trump les écarts de langage que ces mêmes esprits parisiens éclairés aimaient à encenser quelques années plus tôt chez Hugo Chávez. Paris et ses dîners en ville sont parfois pleins de mystérieuses contradictions. Chacun y allait donc de son analyse d’une société américaine, que tout le monde croit connaître à Paris pour aller passer de temps à autre, à New York ou à Los Angeles, un petit week-end culturel ou plus ou moins canaille, un roman de Truman Capote en poche.

    Des éditorialistes puissants et inspirés par l’air de Saint-Germain-des-Prés expliquaient doctement à des gens très informés, toujours soulagés d’apprendre ce qu’ils doivent penser, que, malgré son avance, Donald Trump n’obtiendrait pas la majorité absolue à la convention d’investiture de Cleveland et qu’un complot déjà se préparait pour empêcher sa victoire et lui tordre le cou. Bien sûr, ils ne pouvaient pas en dire plus mais des informateurs de première main, le plus souvent rencontrés au hasard d’une bonne série américaine, le leur avaient laissé entendre.

    Pourtant, depuis que les résultats de l’État d’Indiana sont tombés, la victoire de Donald Trump à la primaire républicaine paraît assurée. Ses concurrents ont été terrassés et ceux que l’on érigeait hier encore en sauveurs de la démocratie américaine et de l’ordre mondial n’ont pas résisté davantage, devant ce typhon politique, que Barras face à Bonaparte. Le « tout sauf Trump » s’est transformé en un sauve-qui-peut général.

    Les analystes sont perdus. L’image de Trump est désastreuse chez les élites, les sondages lui restent défavorables, mais il gagne et il n’est plus tout à fait impossible qu’il devienne le futur président des États-Unis, même si ceux-là mêmes qui annonçaient sa défaite aux primaires prédisent désormais la victoire, par sursaut, d’Hillary Clinton. C’est en tout cas ce que vont seriner les milieux autorisés, en France, pendant de longs mois.

    L’auteur de ces lignes ne prétend pas, comme d’autres, connaître les États- Unis, leur culture politique ni leur sociologie électorale, il est même probable qu’il lui serait difficile de situer correctement l’Indiana sur une carte. Pour autant, il est une réalité politique américaine connue de tous : le taux de participation aux élections présidentielles n’a jamais dépassé les 60 % depuis 1968. L’Amérique profonde, isolationniste et puritaine, murée dans sa défiance à l’égard des élites, ne vote pas. Si, demain, le personnage de Donald Trump répond à ses attentes, il se pourrait bien qu’elle aille voter et que le peuple américain se rappelle alors au bon souvenir de toutes les intelligentsias du monde. 

    Camille Pascal

  • Terrorisme : Présomption républicaine

     

    par Olivier Pichon

    La république est présomptueuse. Elle pense déradicaliser les terroristes potentiels. Cela a été annoncé à grand renfort de trompes médiatiques.

    Radical, déradicalisation : c’est, au sens étymologique, arracher les racines. La question se pose donc de savoir si les intéressés ont des racines, ce dont on peut douter. Nés en France pour la plupart, ils s’inventent  en réalité des racines qu’ils supposent être celles de leur origine ethnoculturelle. En revanche leur structure psychologique est simpliste : une dose de fascination pour la violence, beaucoup de frustration, une eschatologie vague sur le retour du califat et l’illusion qu’ils se déterminent seuls alors qu’ils sont le jouet des puissances du théâtre de la guerre en Syrie : Turquie, Qatar et Arabie saoudite. Mais ils sont aussi le jouet des puissances occidentales qui sont allées chercher au Proche-Orient des succès militaires aventureux pour détourner l’attention sur leurs problèmes internes. Il suffit de considérer la gourmandise avec laquelle notre président de la République s’est emparé des attentats de 2015. Enfin, le terroriste potentiel se sent «  autre », étranger au pays où il est né : le rejet de l’altérité non islamique va chez lui jusqu’à la névrose.

    Echec prévisible

    Le résultat est prévisible : la « déradicalisation » sera un échec. On peut cesser d’être djihadiste, on peut difficilement modifier sa façon de l’être. La taqyia aidant, les  « travailleurs sociaux » créés à cette fin seront dupes de la dissimulation. D’ailleurs, nos radicaux  «  indigènes » ne le sont-ils pas toujours ? Voyez Jean-Marc Rouillan. L’assassin d’Action directe a déclaré que les petits gars du Bataclan avaient bien travaillé mais qu’ils auraient pu faire mieux… Nous ne savons pas si ce sinistre personnage, qui était en liberté surveillée, est retourné en prison. Dans son cas, on aurait tendance à soupçonner les juges de quelque indulgence. Car la vraie question est là. La déradicalisation étant vouée à l’échec, il faut incarcérer ou expulser. Seulement, les juges si prompts à traquer des arrière-pensées racistes chez le péquin lambda, ne peuvent agir contre les terroristes islamistes qu’en cas de passage à l’acte. Et pourtant, imaginons, ce qu’à Dieu ne plaise, qu’un militant d’extrême droite soit soupçonné de radicalisation… Pas besoin d’être Jérémie comme disait ce cher Brassens pour deviner le sort qui lui serait réservé !

    Impuissance du catéchisme républicain

    Nous baignons ainsi dans la plus totale hypocrisie. La marâtre républicaine a ses chouchous. Elle va servir à ces graines de radicaux un prêchi prêcha sur les fameuses mais introuvables valeurs de la république ! Catéchisme bien pauvre qui, précisément, sera de nature à renforcer leur radicalité puisque c’est justement ce moralisme à deux sous qui les révulse.

    En plus, le terrorisme étant totalement décentralisé, ses acteurs agissent de façon indépendante, aléatoire voire improvisée. Ils ne sont pas des soldats ou des militants d’un parti, construits sur la rationalité de la guerre idéologique ou militaire.  Inutile de vouloir les «  retourner » ou les «  convertir ». Les chances de conversion sont d’autant plus minces que la République n’a, en ce domaine, absolument pas les moyens de ses ambitions. Son corpus idéologique, proposé comme prix de la conversion, est trop faible, trop léger.

     Il reste une solution, mais celle-là n’appartient pas à la République. C’est la conversion de Dismas, le bon larron, au Golgotha : «  Ce soir tu seras avec moi en paradis ! ». Ce paradis n’est certes pas celui du Coran. Quant au paradis terrestre socialiste et républicain, nous avons déjà donné pour les lendemains qui chantent…   

    Enseignant, journaliste et homme politique français

  • Le prince Jean explique le sens de son récent voyage en Syrie : « Témoigner de l'amitié de la France »

    Le prince Jean de France au Krak des Chevaliers 

     

    ENTRETIEN. L'héritier des rois de France, le prince Jean, accompagnait Mgr Rey en Syrie, du 28 mars au 2 avril dernier, semaine pascale. Il a donné à Politique magazine l'entretien qui suit [Numéro de mai – Chrétiens d’Orient, encore un souffle]

     

    P Jean Syrie.jpgMONSEIGNEUR, POUVEZ-VOUS EXPLIQUER VOTRE PRÉSENCE EN SYRIE AVEC LA DELEGATION FRANCAISE

    Mgr Rey est un ami. Il sait que j'ai tissé des liens forts avec le Proche-Orient. En octobre dernier, il m'a donc demandé de prononcer quelques mots après un concert caritatif organisé à Toulon au profit de SOS Chrétiens d'Orient. La recette a permis de financer une maison pour handicapés à Yabroud, ce qui me tenait à coeur. Quand il m'a proposé de l'accompagner en Syrie pour ce voyage, je n'ai pas hésité une seconde.

    PARLEZ-NOUS DE CES LIENS...

    Je ne connaissais pas la Syrie, mais je me suis rendu à quatre reprises au Liban. A chaque fois dans des perspectives différentes : politiques, sportives, amicales... J'y ai même présidé le bal des débutantes en 2010 ! Au Liban ou en Syrie, il me semble qu'en tant qu'héritier des rois de France, descendant de saint Louis et de François Ier, mon rôle est de donner un témoignage vivant de l'amitié historique qui unit notre pays et les chrétiens d'Orient. Et tant pis pour les vicissitudes politiques du moment. D'ailleurs, pour ma part, je ne vois pas comment on pourrait ne pas intégrer Assad dans la résolution du conflit sans risquer un chaos complet.

    CE N'EST PAS LA POSITION ACTUELLE DE NOTRE GOUVERNEMENT.. QUE PENSEZ-VOUS DE LA SITUATION EN SYRIE ?

    L'erreur est de plaquer nos habitudes de pensées et nos notions propres sur les réalités complexes de l'Orient. Hélas, c'est ce que font la plupart des médias occidentaux ! Ici, c'est l'équilibre confessionnel qui détermine le « vivre ensemble ». C'est pourquoi je suis persuadé que la voix de l'Église est très importante, car elle est à la fois réaliste et modérée. Minoritaires, les chrétiens sont aujourd'hui un symbole d'espérance pour ce pays. Ils reconstruisent écoles, logements, églises... Aidons-les à se réinstaller ! Cela facilitera le rétablissement des relations entre communautés. De mon côté, j'y trouve un encouragement à continuer mon travail sur l'enracinement, action que je mène avec mon association Gens de France auprès des jeunes générations et en particulier celles d'origine immigrée...

     

  • Jacques Myard à propos du TAFTA : « L'Europe ne doit plus être à la botte des Etats-Unis »

     

    François Hollande a rencontré Barack Obama, Angela Merkel, Matteo Renzi et David Cameron lundi 25 avril, à Hanovre, sur fond de tensions en Europe au sujet du traité transatlantique. Pour Jacques Myard, l'opacité des négociations est anti-démocratique [Figarovox 25.04]. Il est surtout d'avis - et nous le sommes aussi - que les conditions dans lesquelles ce traité se négocie sont contraires à notre souveraineté et qu'à son stade actuel l'appliquer serait contraire à nos intérêts. Jacques Myard a raison  LFAR

     

    904710507.jpgLe président des Etats-Unis a exprimé le souhait que les négociations concernant le TAFTA soient terminées d'ici la fin de l'année 2016. Que cela vous inspire-t-il ?

    A ce jour, nous n'avons aucune idée précise et tangible de ce que contient ce traité de partenariat transatlantique. Ces négociations s'orchestrent en l'absence totale de transparence.

    En commission des affaires européennes j'avais vivement protesté contre les conditions scandaleuses dans lesquelles les parlementaires français ont la possibilité de consulter l'état des négociations entre les Etats-Unis et la Commission européenne :

    Cette consultation se passe dans une salle sécurisée au secrétariat des Affaires européennes du gouvernement français. Les députés ont l'interdiction de prendre des documents avec clé USB, et demeurent sous la surveillance permanente d'un fonctionnaire, dans un temps limité, et au passage, exclusivement en anglais. Ce ne sont donc plus les États qui mandatent la Commission mais la Commission qui soumet les États à sa botte… elle-même aux ordres de Washington.

    Il n'y a donc aucune nécessité à précipiter les choses, quoiqu'en dise Barack Obama. La France n'a pas à redorer le blason pâlissant d'un président américain en fin de mandat.

    D'autre part nous savons pertinemment que le commerce mondial se développe très bien indépendamment de ce type d'accords ; hors crise, il croit de 7 % par an sans traité de ce type… C'est pourquoi je suis très réticent à accélérer le processus et fort sceptique quant à la nécessité finale d'un tel accord.

    En quoi les élus français pourraient-ils avoir une influence sur les négociations ?

    Je demande à ce que ce traité soit soumis au parlement français, et pas seulement au niveau européen. Il est largement question de la souveraineté de la nation. La Commission est en train de prendre des positions qui outrepassent son mandat.

    Sur la question des clauses d'arbitrage, de la création d'une cour indépendante d'arbitrage public, il est fondamental que l'Etat français se positionne. Pour être au minimum démocratique, cet accord devra impérativement être soumis à ratification ou approbation des parlements nationaux.

    Barack Obama affirme que cet accord permettra un relèvement des normes, et non son abaissement. Cette promesse vous paraît-elle crédible ?

    Les normes sanitaires américaines mettront en péril la qualité des nourritures venant des Etats-Unis en Europe. Notre pays met l'accent sur la qualité de la nourriture, à l'opposé de leurs méthodes de lavage des poulets au chlore ou de bœuf aux hormones…

    D'autre part, si l'accord n'est pas approuvé par une majorité qualifiée du congrès, les États fédérés des Etats-Unis ne l'appliqueront pas. Tant que nous n'aurons pas la garantie que l'accord sera appliqué côté américain, inutile de le signer. La réciprocité est le gage essentiel de la loyauté d'un accord.

    Ce sujet, comme l'extraterritorialité du droit américain doit être abordé franchement avec les Etats-Unis. Ce pays a trop tendance à outrepasser ses compétences juridictionnelles pour imposer des sanctions aux sociétés étrangères, dont françaises, au seul motif qu'elles ont utilisé le dollar…

    François Hollande rencontre Angela Merkel, Barack Obama, David Cameron et Matteo Renzi à Hanovre, pour évoquer les «grands sujets internationaux». Le président a précisé qu'il n'évoquerait pas le sujet du TAFTA car il est «trop impopulaire»…

    Ce sujet est une preuve supplémentaire du fait que M. Hollande refuse d'agir en chef d'Etat. Il ne veut pas se résoudre à parler franchement, droit dans les yeux aux Américains. Il est pourtant devenu plus que nécessaire de poser des limites à leur hubris et à leur volonté de puissance démesurée… 

    Jacques Myard est député-maire de Maisons-Laffitte (Yvelines). Il est également président du Cercle Nation et République.

    Entretien réalisé par Eléonore de Vulpillières

  • « Encore et toujours l'axe germano-américain » vu par Éric Zemmour

     

    L'Allemagne est devenue l'interlocuteur incontournable des États-Unis en Europe, brisant les dernières illusions françaises d'un couple franco-allemand au premier plan. Grand lecteur de Jacques Bainville, Eric Zemmour [Figaro magazine du 29.04] analyse la situation présente à la lumière d'un siècle d'histoire. Dont Bainville a démonté les mécanismes en son époque, qui, à bien des égards, préfigure le nôtre. Zemmour prolonge l'analyse jusqu'à nous avec pertinence. Et, comme au siècle dernier, la faiblesse de la France tient de même en tout premier lieu à son système politique. LFAR            

     

    XVM46b79742-8908-11e5-8758-aadd64fa74f8.jpgIl ne fait même plus semblant. Quand Obama vient en Europe, il ne s'arrête qu'à Berlin. Ne discute qu'avec Angela Merkel. Ne fait l'éloge que de la chancelière. La petite classe française, italienne, et même anglaise, est priée de se déplacer. Comme si les Américains avaient fini par trouver le fameux numéro de téléphone que Kissinger cherchait en vain pour l'Europe ; un numéro à l'indicatif berlinois. Comme s'il y avait la première et la deuxième division. Une hiérarchie qui ruine les illusions françaises sur le couple franco-allemand. Quand on se souvient que le général de Gaulle comptait sur l'Europe des six - dirigée par la France - pour «retrouver la place qu'elle avait perdue depuis Waterloo, la première du monde» - on évalue à sa juste mesure la décadence française. Et l'éclat de la revanche allemande. Obama n'est pas le seul à agir ainsi. Le sultan turc Erdogan a, lui aussi, négocié en tête-à-tête avec Merkel l'affaire des réfugiés syriens.

    Les Turcs ont renoué avec le tropisme berlinois des Ottomans. L'Amérique aussi. Les deux guerres mondiales ne doivent pas nous aveugler. A chaque fois, le ralliement américain aux armées franco-anglaises fut tardif et décisif. Mais il effaçait surtout dans les mémoires le soutien constant que l'Amérique avait apporté à son adversaire allemand. Soutien financier, diplomatique, et idéologique qui renforçait une proximité née de l'immigration allemande en Amérique, et d'une même obsession de la puissance industrielle, qui fonde l'impérialisme des armes. En 1870, les Américains se réjouissaient déjà de la défaite de Napoléon III dont ils venaient de se débarrasser dans leur arrière-cour mexicaine. A la fin de la Première Guerre mondiale, ils empêchaient Foch et Pétain de rentrer victorieux à Berlin. Les Allemands resteront persuadés de ne pas avoir perdu la guerre. Pendant les années 20, les Américains soutiennent financièrement, médiatiquement et diplomatiquement la «pauvre» République de Weimar assaillie et occupée par les «méchants» bellicistes français. Ce soutien, financier en tout cas, se poursuivra encore sous Hitler. Après 1945, les Français et les Anglais ont convaincu les Américains de transformer l'Allemagne en pays agricole. Mais ceux-ci font marche arrière. La menace soviétique fait taire les récalcitrants. En 1963, Kennedy prononce le fameux discours « Ich bin ein Berliner », non pour défendre Berlin contre les chars russes, mais pour couler l'alliance privilégiée des «deux vieillards», Adenauer et de Gaulle, scellée quelques mois plus tôt. Et en 1990, alors que Margaret Thatcher menace Kohl d'une guerre, c'est l'Américain Bush qui donne sa bénédiction à la réunification allemande. La messe est dite. La France a renoncé à se battre. La France de Sarkozy essayait d'être reconnue par le maître américain comme le meilleur élève de la classe otanienne. Ambition dérisoire que Hollande n'a même plus. 

    Eric Zemmour