UA-147560259-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Actualité Monde - Page 113

  • Et si on laissait un peu le Maroc tranquille ?

    Marche homo à Paris en 2015 © Copyright : DR

     

    Par Peroncel-Hugoz

    Cette fois-ci notre confrère a essayé de se mettre à la place du Marocain moyen face au déferlement grandissant de pressions extérieures pour remodeler le Royaume selon des normes « mondialistes » …

     

    peroncel-hugoz 2.jpgUn jour ce sont les « avocats socialistes de Wallonie », un autre les « féministes radicales » de Barcelone ou Nantes , et ensuite, au choix, des partisans français radicaux de « l’abolition de la peine capitale au Maroc », des militantes genevoises « contre le travail des enfants », ou bien des tenants de la « théorie du genre » (gender studies), se disant mandatés par l’Union européenne ou par dieu sait quelle université germanique ou hexagonale, etc … Arrêtez, n’en jetez plus, bientôt à ce rythme, plus un jour ne se lèvera sur le Maghreb sans que ne débarquent, le verbe haut, à Tanger, Rabat, ou Laâyoun des délégations plus ou moins officielles, d’ « assoces » ou d’ONG, qui, avant un long week-end branché de « Kech » ou sur une plage sans mikas d’Agadir ou Larache, chercheront à ameuter des Marocains pour qu’ils se « mobilisent » contre la loi locale sur l’avortement, l’inversion sexuelle, l’héritage inégal ou tout autre sujet choquant l’ultra-sensibilité occidentale. Sans parler des spectaculaires exhibitions de Femens à Rabat, face au Mausolée royal, ou à Béni-Mellal, symbole du Maroc profond, exhibitions organisées pour forcer les autorités marocaines à adopter en matière de mœurs des mesures libertaires semblables à celles qui se sont mises en place en Occident ces derniers lustres … 

    La palme récente des intempestives tentatives d’ingérence dans les affaires intérieures du Maroc revient sans doute à cette chanteuse corso-séfarade au prénom de série nord-américaine, Jenifer, artiste en perte de vitesse en Europe, et qui pour faire parler d’elle, a profité d’une prestation lors d’un défilé de mode en musique au Maroc, pour mettre en demeure les autorités du pays d’abroger l’article du code pénal en vigueur (d’ailleurs très rarement appliqué) prévoyant jusqu’à 3 ans de prison pour des cas avérés d’homosexualité. De quoi je me mêle, Madame Jenifer ?! Imagine-t-on le tintamarre médiatique qui se déclencherait illico outre-Méditerranée si tel artiste maghrébin profitait d’une performance en Catalogne, sur la Côte-d’Azur ou les bords de Seine, pour prêcher en faveur de la polygamie, de la circoncision ou des aliments halal ? 

    Pays généralement poli et mesuré, attentif aussi à ses intérêts touristiques (rien n’est plus volatil que le touriste …), mais jaloux quand même de sa souveraineté, le Maroc s’efforce le plus souvent de ne pas perdre patience devant ce harcèlement moral de plus en plus insistant, y mettant quand même le holà lorsque les bornes de l’outrecuidance sont plus que dépassées, par exemple quand le bateau-clinique d’avorteuses bataves fut interdit à proximité des ports de Chérifie. Les groupes de pression étrangers, culottés mais quand même pas téméraires (et puis Tizi-Ouzou ou même Tipaza n’ont pas les « charmes » de « Kech » ou  Essaouira …) usent et abusent de la bienveillance marocaine, mais ils ne se risqueraient évidemment pas à essayer d’aller porter leurs « bonnes paroles » en Algérie, Turquie ou Egypte sans songer un instant même à l’Arabie… 

    Justement, venons-en maintenant aux sonores manifs désormais programmées à l’avance pour contraindre Rabat à abolir la peine capitale ; Rabat qui bien sagement, n’a pourtant pas exécuté un seul condamné, si grave soit son crime,  depuis 1993. Indulgent (et habile), le Maroc vient même d’autoriser sur son sol la tenue, en 2016, d’un « Festival du film contre la peine de mort » (sic) Néanmoins, les vitres trembleront sans doute encore sous les cris des abolitionnistes à Rabat ou Casa, voire Khénifra ou Tétouan, mais aucun danger que ce soit le cas en Chine (record mondial des exécutions capitales dont le chiffre exact est secret d’Etat), en Iran (plus de 1000 exécutions en 2015), en Arabie (151 en 2015), ou aux Etats-Unis d’Amérique ( 28 en 2015) … •

    Lire : François Bonjean, « L’âme marocaine vue à travers les croyances et la Politique » , 1948, réédité en 2016 par Afrique-Orient, Casablanca ; Elie Faure « L’âme islamique ou de l’érotisme à l’abstraction », in « D’autres terres en vue », Livre de poche, Paris, 1980

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le 360 du 29.04.2016

  • D'ACCORD AVEC GUILLAUME ROQUETTE : LA VOCATION DU PAPE N'EST PAS DE SE SUBSTITUER AUX CHEFS D'ÉTAT

     Rome, le 16 avril. Le Pape François souhaite la bienvenue au groupe de réfugiés qui sont repartis avec lui de l'île grecque de Lesbos. AFP/FILIPPO MONTEFORTE/Pool

     

    LA PARABOLE DES 12 MIGRANTS

    C'est sous ce titre empruntant à la terminologie des Ecritures que Guillaume Roquette a traité, dans la dernière livraison du Figaro magazine*, de la délicate question de la politique vaticane dans l'affaire des migrants. Il l'a fait avec finesse et avec tact. Mais aussi avec une justesse de ton et d'analyse que l'on apprécie et que l'on approuve spontanément. Les prises de position du Pape en matière migratoire, les gestes publics qu'il accomplit et sont repris par tous les médias pour être exploités dans le sens qu'on devine, n'engagent pas la politique de la France. Du moins celle qu'elle devrait avoir. Et que, malheureusement, elle n'a pas. LFAR

     

    guillaume_roquette-edito__00000002__d_147_221.jpgEn ramenant avec lui de Grèce douze migrants syriens, le pape François est-il sorti de son rôle ? Difficile de ne pas voir dans son coup d'éclat un acte politique, et c'est d'ailleurs comme tel qu'il a été exploité par les dirigeants européens de tous bords, applaudissant ou critiquant - c'est selon - l'engagement pontifical en faveur d'un accueil plus généreux des réfugiés. En France, on a même vu Jean-Luc Mélenchon crier « Vive le pape ! » (l'Esprit souffle décidément où il veut).

    Au risque de passer pour un jésuite, on voudrait risquer l'hypothèse que le souverain pontife a pu se permettre un geste politique samedi dernier dans la mesure où la politique n'est pas son métier. Quand il embarque des migrants dans son avion, François met strictement en pratique l'amour du prochain auquel est appelé tout catholique, amour d'autant plus gratuit qu'il s'applique en l'occurrence à des musulmans (il paraît que des chrétiens devaient être aussi du voyage, mais qu'ils n'ont pas eu leurs papiers à temps. Si cela est vrai, on imagine que le pape annoncera bientôt leur arrivée au Vatican).

    François s'est donc conduit en autorité spirituelle, traduisant par des actes l'idéal de sa foi. Mais, malgré tout son ascendant moral, il n'a pas vocation à servir de modèle aux gouvernants européens. Le christianisme n'est pas l'islam : la distinction entre le politique et le religieux, entre Dieu et César, est un principe constant en Occident. Et c'est tant mieux. Quand les Etats se mettent à conduire leur politique étrangère en privilégiant les grands principes sur leurs intérêts vitaux, le résultat est généralement désastreux : la diplomatie des droits de l'homme menée par la France en Libye ou en Syrie n'est pas pour rien dans le chaos que connaissent ces pays, et la suppression irréfléchie des frontières dans l'espace Schengen met aujourd'hui en danger l'existence même de l'Union.

    Nous n'avons pas à avoir honte de notre politique vis-à-vis des migrants. L'Europe en a déjà accueilli un million l'année dernière, quand la plupart des pays musulmans, parfois richissimes, leur fermaient obstinément leurs portes. Nous ne pouvons pas, au risque de déstabiliser durablement nos sociétés, accueillir tous les réfugiés - de culture et de religion différentes des nôtres - qui rêvent encore d'entrer en Europe. Avec la fermeture de la route des Balkans, des centaines de milliers de nouveaux migrants vont tenter d'arriver par la Libye. Et cinquante mille attendent encore de quitter la Grèce. Malgré toute sa générosité, le pape n'a pu en emmener que douze.   

    CROOUETTE@LEFICARO.FR
    22 AVRIL 2016 - LE FIGARO MAGAZINE

  • Hubert Védrine [5] : « Le défi de l'islamisme »

     

    Dans son dernier essai, Le monde au défi, Hubert Védrine fait le constat de l'impuissance voire de l'inexistence de la communauté internationale. Il dresse un vaste et éclairant panorama de l'état du monde et des illusions perdues du marché, de la mondialisation heureuse et de l'Union européenne. Secrétaire général de l'Élysée sous François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, Hubert Védrine se distingue par sa finesse d'analyse et sa connaissance précise des dossiers. Loin des incantations et de la dialectique binaire qui tend à remplacer la géopolitique, il défend, à la manière d'un Bainville, une vision réaliste et pragmatique de la politique étrangère. Il plaide pour « un  retour au monde réel, et inévitablement à la realpolitik, moins néfaste que l'irreal politikLafautearousseau en publie au fil des jours des extraits choisis par Vincent Trémolet de Villers pour Le Figaro [8.04].  LFAR 

     

    1162846081.jpg

    Le défi de l'islamisme

     

    Mais venons-en au principal défi actuel en Eurasie et en Afrique : l'affrontement mondial au sein de l'Islam entre le 1 % terroriste, au maximum (impossible à calculer, mais c'est pour souligner que c'est un pourcentage infime), et les autres. Plusieurs scénarios sont possibles. À cheval sur la Syrie et l'Irak, l'État islamique peut s'enkyster, malgré la coalition occidentalo-sunnite et la coalition russo-iranienne, toutes deux plus ou moins convergentes et qui lui ont fait perdre du terrain depuis 2015. L'organisation terroriste peut toujours essayer de déstabiliser une partie du Liban, de la Jordanie, et le nord-ouest de la péninsule arabique. Des entités associées se sont implantées et tentent de s'enraciner au Yémen - d'où la guerre qui fait rage - au Sinaï, en Libye, au Sahel, autour du lac Tchad. Comme elles l'auraient fait au Mali, jusqu'à Bamako, si la France ne s'était pas mise en travers, à la demande et au soulagement des Africains et avec l'accord du Conseil de sécurité. Dans l'hypothèse, la pire, celle où Daesh durerait et s'enracinerait, on ne peut exclure que des États sunnites, faibles ou inquiets, voire d'autres États, finissent par se résigner à traiter avec lui, d'autant que la Turquie restera toujours moins mobilisée contre lui que contre les Kurdes, à l'instar de l'Arabie contre l'Iran, etc.

    Même renforcé internationalement par l'accord de juillet 2015, l'Iran ne peut empêcher à lui seul cet enracinement de Daesh en Irak (sauf à Bagdad et dans le Sud irakien chiite qu'il protège). Il continue probablement à défendre et à utiliser à ses propres fins les chiites (Alaouites) de Syrie, du Liban (Hezbollah), du Yémen (houthistes) et de Bahreïn. L'influence du «califat», s'il dure, se fait sentir aussi en Turquie et chez les 20 millions de musulmans d'Europe. Le statu quo qui s'enkyste pose alors aux voisins de Daesh, mais aussi à l'Occident, à la Russie, à la Chine, etc. un épouvantable dilemme, comparable à ceux qui le paralysèrent durant les premières années du régime bolchevique et du communisme chinois: que faire avec cette entité, si elle n'a pas été éradiquée? Faut-il traiter avec elle? Ce cauchemar est très peu probable, mais il n'est pas totalement impensable.

    À l'inverse, il est possible que Daesh soit non seulement stoppé et affaibli, mais éradiqué, région après région - Syrie, Irak, nord-est du Nigeria, Sinaï, Libye, etc. -, et définitivement vaincu. Cela supposerait que les djihadistes aient été contenus, assiégés, neutralisés, asphyxiés, puis détruits par des coalitions arabo-occidentale-irano-russo-africaines à géométrie variable, mais déterminées et coordonnées, avec des objectifs politiques clairs et conçus au cas par cas (Syrie, Irak, Yémen, Libye, etc.). Ce scénario est apparu envisageable à la fin de 2015, quand a été évoquée une possible «grande coalition». Elle ne s'est pas concrétisée depuis, et l'affrontement Arabie-Iran a repris des formes aiguës.

    Néanmoins, chacun conserve ses propres raisons de réduire à néant Daesh. Cela ne sera possible que si, dans chaque cas, des solutions politiques de remplacement sont trouvées. Et, au-delà du Moyen-Orient, où une place devra être redonnée aux sunnites là où ils ont été marginalisés, cela suppose qu'une vaste, courageuse et efficace contre-offensive théologique et politique sunnite ait réussi à supplanter, partout dans le monde musulman, dans les mosquées, les écoles et sur Internet, dans le monde arabe, mais aussi en Asie, en Afrique, en Europe, l'endoctrinement wahhabite et salafiste qui circule sans entraves depuis des décennies et qui a alimenté et légitimé sans contre-feux un islamisme primaire, inculte et, à l'occasion, meurtrier. Dans ce schéma, l'Arabie serait contrainte, pour sortir du guêpier, car menacée par Frankenstein-Daesh, de clarifier son attitude envers l'islamisme, à l'instar de la Turquie, ce qui redonnerait a l'Égypte du maréchal Sissi un rôle de premier plan.  [Fin]

    Hubert Védrine      

    A lire aussi dans Lafautearousseau :

    Hubert Védrine [1] : « La communauté internationale n'existe pas »

    Hubert Védrine [2] : « L'hubris américaine »     

    Hubert Védrine [3] : « Le marché impuissant »

    Hubert Védrine [4] : « L'Occident désemparé »

    9782213700892-001-X.jpg

    Le monde au défi, Fayard, 180 p.

  • Hubert Védrine [4] : « L'Occident désemparé »

     

    Dans son dernier essai, Le monde au défi, Hubert Védrine fait le constat de l'impuissance voire de l'inexistence de la communauté internationale. Il dresse un vaste et éclairant panorama de l'état du monde et des illusions perdues du marché, de la mondialisation heureuse et de l'Union européenne. Secrétaire général de l'Élysée sous François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, Hubert Védrine se distingue par sa finesse d'analyse et sa connaissance précise des dossiers. Loin des incantations et de la dialectique binaire qui tend à remplacer la géopolitique, il défend, à la manière d'un Bainville, une vision réaliste et pragmatique de la politique étrangère. Il plaide pour « un  retour au monde réel, et inévitablement à la realpolitik, moins néfaste que l'irreal politikLafautearousseau en publie au fil des jours des extraits choisis par Vincent Trémolet de Villers pour Le Figaro [8.04].  LFAR 

     

    1162846081.jpgL'Occident désemparé  

    La construction européenne, nouvel objet politique aux justifications successives, s'était d'ailleurs voulue depuis l'origine sans racines, sans origines, post-historique et post-tragique, fondée, par génération spontanée, sur le dépassement, voire la négation des nations et des identités des peuples comme sur celui de la puissance. Plus tard, réunis en 2003-2004 au sein de la Convention sur l'avenir de l'Europe, la majorité des représentants des États membres refuserait d'assumer une évidence: les racines chrétiennes de l'Europe. Il s'agissait pourtant de racines, pas de programme! Autre exemple, ses pères fondateurs européens la proclamaient «mère de la paix» («l'Europe, c'est la paix!»), alors qu'elle était plutôt la fille inventive de la paix imposée sur le continent par l'URSS et les États-Unis, les premiers pères fondateurs ayant été Staline par la menace, Truman par la réponse. L'Europe avait été conçue depuis l'origine, selon Monnet et Schuman, sous parapluie américain, sans aucun projet de puissance. Ce manque de racines et de sens assumé (imagerie européenne vide et symboles creux que ne compense pas un drapeau marial détourné) la rattrape aujourd'hui, au point de saper ses fondements.

    À l'opposé, Samuel Huntington avait, dès 1993, alerté sur un risque de «choc des civilisations», notamment entre l'Occident et l'Islam. Que n'avait-il dit! Cela le fit vivement condamner par les chiens de garde de la bien-pensance universaliste, alors dominante en Occident, comme s'il avait préconisé le clash et non pas alerté sur le risque. Quand le président Jacques Chirac me dit un jour de l'année 2002: «Je condamne cette théorie», je lui répondis: «Je combats ce risque, car il y a, de part et d'autre, des minorités qui jouent le clash.» Il reprit: «Mais ce n'est pas un choc de civilisations, ni même de cultures, mais d'incultures!» Et moi: «Vous avez raison, et c'est pourquoi c'est si dangereux.» Les incultures occidentale et musulmane portent en elles le risque d'un affrontement sans fin… Durant la décennie 1990, et encore après, en Europe, le parti du «Bien», qu'aucun doute n'effleure jamais, a continué de postuler comme une évidence que notre universalisme… est universel, même si c'est un universalisme qui s'est sapé lui-même, de l'intérieur, en acceptant les communautarismes et, a l'extérieur, en intervenant militairement plusieurs fois à tort.

    En réalité, personne en Occident n'accepte de se remettre sérieusement en cause en raison de ce que pensent, ressentent et revendiquent les peuples anciennement colonisés ou le monde russe. Non qu'il faille nécessairement leur donner raison, mais au moins les écouter et réfléchir. Pour beaucoup, c'est tout simplement impensable. Américaine ou européenne, la vision occidentale prédominante dans ces années n'a tenu aucun compte de ce que ressentait the rest, c'est-à-dire tous les autres. Ou alors s'est imposé dans certains milieux, et tout spécialement en France, l'excès inverse: culpabilité, repentance et, sous prétexte du rejet de la haine de l'autre, haine de soi.  

    Hubert Védrine      

    A lire aussi dans Lafautearousseau :

    Hubert Védrine [1] : « La communauté internationale n'existe pas »

    Hubert Védrine [2] : « L'hubris américaine »     

    Hubert Védrine [3] : « Le marché impuissant »

    9782213700892-001-X.jpg

    Le monde au défi, Fayard, 180 p.

  • Hubert Védrine [3] : « Le marché impuissant »

     

    Dans son dernier essai, Le monde au défi, Hubert Védrine fait le constat de l'impuissance voire de l'inexistence de la communauté internationale. Il dresse un vaste et éclairant panorama de l'état du monde et des illusions perdues du marché, de la mondialisation heureuse et de l'Union européenne. Secrétaire général de l'Élysée sous François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, Hubert Védrine se distingue par sa finesse d'analyse et sa connaissance précise des dossiers. Loin des incantations et de la dialectique binaire qui tend à remplacer la géopolitique, il défend, à la manière d'un Bainville, une vision réaliste et pragmatique de la politique étrangère. Il plaide pour « un  retour au monde réel, et inévitablement à la realpolitik, moins néfaste que l'irreal politikLafautearousseau en publie au fil des jours des extraits choisis par Vincent Trémolet de Villers pour Le Figaro [8.04].  LFAR

     

    3791358239.jpgLe marché impuissant 

    Avatar économique de la communauté de valeurs : la conviction que le marché - l'économie globale de marché (en l'espèce dérégulée et financiarisée), la « démocratie de marché » - avait vocation à unifier le monde et à dissoudre les identités récalcitrantes comme de vulgaires calculs rénaux. Si la liberté du commerce est un dogme (celui-là même au nom duquel, au milieu du XIXe siècle, l'Empire britannique avait fait la guerre à la Chine pour l'obliger à acheter son opium qu'elle produisait en Inde), le protectionnisme n'est pas une erreur, mais une hérésie. Et tous les particularismes antagonistes de l'Histoire ont vocation à se fondre dans le marché mondial. À l'évidence, ce n'est pas ce qui s'est produit, d'où, entre autres, le piétinement des négociations générales dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce pour ouvrir les marchés et harmoniser les normes. La mondialisation récente a créé des milliardaires à foison et sorti des centaines de millions de paysans (en général asiatiques) de l'extrême pauvreté, mais au prix d'un accroissement faramineux des inégalités de plus en plus insupportable.

    Partie pour être un triomphe de l'Occident, à la fois géopolitique, économique, idéologique, culturel et conceptuel, l'histoire du dernier quart du XXe siècle démontre en fait que les perceptions des peuples ne sont pas devenues homogènes par le miracle de la mondialisation, de la généralisation des portables et d'Internet, de l'action de l'ONU, de la multiplication des sommets, que nos valeurs occidentales universelles ne sont pas partout considérées comme universelles, que les mémoires des peuples ne coïncident toujours pas entre elles, pas plus que leurs espoirs ou leurs craintes. L'histoire reste dans beaucoup de pays un réservoir ou l'on cherche des munitions pour les controverses du moment et les batailles de demain. En France, la névrose est plus forte qu'ailleurs et un roman masochiste antinational prétend y supplanter le simpliste roman national façon IIIe République. On y est passé de l'autoglorification sans nuances à l'autoaccusation expiatoire sans s'être stabilisé de façon consensuelle à l'étape intermédiaire de la lucidité historique. 

    Hubert Védrine      

    A lire aussi dans Lafautearousseau :

    Hubert Védrine [1] : « La communauté internationale n'existe pas »

    Hubert Védrine [2] : « L'hubris américaine »     

    9782213700892-001-X.jpg

    Le monde au défi, Fayard, 180 p.

  • Enfin un socialiste français marocophile et clairvoyant

    © Copyright : DR

     

    Par Péroncel-Hugoz

    Lassé d’avoir toujours à distribuer ses « coups de dent » sur la Toile à la filière algéro-socialiste antimarocaine de Paris, notre confrère a enfin trouvé un socialiste français positif, ce qui lui permet de reposer un peu sa mâchoire…

     

    peroncel-hugoz 2.jpgJ’ai eu tant de fois, sur ce blog, la triste occasion de dénoncer, de « mordre » les intrigues marocophobes de la filière algérienne au sein du Parti socialiste français, actuellement au pouvoir à Paris, que je suis bien aise d’avoir à donner aujourd’hui un coup de chapeau à une figure socialiste française ouvertement marocophile. J’ai nommé Hubert Védrine, qui passa une partie de son enfance au Maroc et fut plus tard le conseiller diplomatique très « gaullien » du président Mitterand, lequel n’était socialiste que de nom, ayant même été en sa jeunesse un fidèle de la dynastie royale française alors exilée au Royaume de Belgique. Ensuite, Hubert Védrine fut, de 1997 à 2002, le ministre des Affaires étrangères, toujours très « gaullien » du gouvernement Jospin, vraiment socialiste lui ( et même jusqu’au trotskysme …), mais heureusement ne manifestant guère d’intérêt que pour la politique intérieure de la France. 

    Hubert Védrine, fils lui-même d’un Français marocophile ayant jadis travaillé dans le secteur privé en Chérifie, n’a jamais caché son empathie pour la politique marocaine tant au Sahara qu’en Afrique noire ou bien en matière intérieure : il s’est élevé contre la détérioration des relations Rabat-Paris en 2014-2015, suite aux manigances de la mafia socialo-algérienne nichée rue de Solférino, siège parisien du Parti socialiste; il a loué la percée économique marocaine au sud du Sahara, jugeant que Rabat et Paris n’étaient pas rivaux mais « complémentaires » en cette partie du monde; il a vanté le « chemin original » que Rabat trace au milieu de la « turbulence arabe » depuis le soi-disant « printemps » de 2011. Enfin, Védrine n’a jamais caché sa réprobation devant le caractère « abusif », un peu partout à travers la planète, de l’ « hyperpuissance » états-unienne. Tout cela plus ou moins au moment où des politiciens de droite (Chirac, Sarkozy, Juppé, etc) ou de gauche (Hollande, Ayrault, etc) mettaient fin sans vergogne aux derniers pans gaulliens de la diplomatie française. On comprend que ni Sarkozy ni Hollande n’aient voulu remettre le talentueux Védrine au Quai d’Orsay où il aurait sans doute essayé de stopper le retour de Paris dans le giron hégémonique nord-américain. 

    En dernier ressort, Hubert Védrine vient de publier à Paris «  La France au défi » (Fayard, 180 pages) d’où nous extrayons pour nos suiveurs quelques formules bien frappées de celui qui reste l’un des rares esprits européens indépendants et décomplexés quand il s’agit des affaires du monde :

     

    MONDIALISATION 

    « La mondialisation récente a créé des milliardaires à foison et sorti des centaines de millions de paysans (en général asiatiques) de l’extrême pauvreté, mais au prix d’un accroissement faramineux des inégalités de plus en plus insupportable »


    FRANCE 

    « En France, la névrose est plus forte qu’ailleurs et un roman national nouveau prétend y supplanter le roman national façon IIIe République. On est passé de l’autoglorification sans nuances à l’autoaccusation expiatoire sans s’être stabilisé à l’étape intermédiaire de la lucidité historique »


    EUROPE  

    « En 2003-2004, au sein de la Convention sur l’avenir de l’Europe, la majorité des représentants des Etats-membres refusa d’assumer une évidence : les racines chrétiennes de l’Europe. Il s’agissait pourtant de racines pas de programme ! »


    «FIN DE L'HISTOIRE » 

    « Le géopolitologue Samuel Huntington avait, dès 1993, alerté sur un risque de « choc des civilisations », notamment entre l’Occident et l’Islam. Que n’avait-il dit ! Cela le fit vivement condamner par les chiens de garde de la bienpensance universaliste, alors dominante en Occident, comme s’il avait préconisé l’affrontement et non pas alerté sur le risque ».


    DAECH 

    « Dans l’hypothèse, la pire, celle où Daech durerait et s’enracinerait, on ne peut exclure que des Etats sunnites, faibles ou inquiets, voire d’autres Etats, finissent par se résigner à traiter avec lui, d’autant que la Turquie restera toujours moins mobilisée contre lui que contre les Kurdes ». 

    « L’influence du « Califat », s’il dure, se fera sentir aussi en Turquie et chez les 20 millions de musulmans d’Europe ».   

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le 360 du 15.04.2016

  • Alliances tacites

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    Petit coup d’accélérateur diplomatique au Proche-Orient. Tous bien conscients de leurs intérêts respectifs, Turquie et Israël semblent décidés à renouer après quelques années de brouille tandis qu’Egypte et Arabie Séoudite jettent un pont sur la Mer Rouge. On sait par ailleurs que le monarque séoudien vient d’être reçu à Ankara comme il se doit par M. Erdogan, que l’Egypte reste le pays arabe pionnier de la paix avec Israël (traité de 1979), que ce même Israël n’a pas protesté contre la cession par l’Egypte à l’Arabie Séoudite des îles Tiran et Sanafir pourtant assez proches de son territoire : plus de doute donc, on assiste bien à la mise en place d’un axe israëlo-sunnite qui ne dit pas son nom ; M. Lavergne, directeur de recherche au C.N.R.S. estime même qu’il s’agit « presque [d’]un renversement d’alliance ». L’explication qui revient le plus souvent est l’attitude des Etats-Unis, jugés trop « naïfs » dans leurs nouveaux rapports avec l’Iran. 

    L’ennemi commun, c’est en effet l’Iran : l’Iran parce qu’il est chiite et au coeur du « croissant chiite », parce qu’il entend jouer son rôle de grande puissance régionale, parce qu’enfin il est susceptible de se doter de l’arme nucléaire. Les choses paraissent donc simples mais se compliquent du fait que Russes et Américains ne peuvent rester insensibles à ce qui se passe en raison de la géographie et de leur propre antagonisme - dont la dernière illustration est, mardi 12 avril, le survol répété par des appareils russes d’un navire de guerre américain dans les eaux internationales de la mer Baltique, survol qualifié d’« agressif », voire d’ « attaque simulée » par l’US Navy ; survol que l’on doit interpréter comme une manifestation de l’exaspération de Moscou face à l’attitude hostile des Etats-Unis sur sa frontière terrestre occidentale. On sait aussi que, si Turcs et Américains sont membres de l’OTAN, Turcs et Russes s’opposent indirectement, par clients interposés, dans le différend Arménie-Azerbaïdjan et plus directement par leurs options en Syrie, comme l’a montré l’incident du 24 novembre - deux F-16 turcs abattant un SU-24 russe qui rentrait d’une mission de combat en Syrie. 

    On ne peut certes pas (pas encore ?) faire de comparaison avec la situation qui prévalait en Europe à la veille de la Première Guerre mondiale, quand deux grandes alliances militaires (Triple-Alliance et Triple-Entente) étaient en place ; on doit quand même admettre que, une fois éradiquée - ou à tout le moins fortement réduite - l’implantation géographique de l’Etat islamique (contre lequel l’engagement français, si minime soit-il, reste justifié au regard des répercussions en France même de l’existence de Daesh), il faudra bien prendre en compte la nouvelle donne géopolitique. C’est toute une politique étrangère, toute une diplomatie qu’il faudra repenser. Que veut la France ? Que peut-elle ? Où sont ses intérêts ? Comment manoeuvrer ? Faudra-t-il choisir un camp ? 

    Voilà qui demande une vision politique d’Etat que n’ont certes pas partagée la plupart des ministres qui se sont succédé au Quai d’Orsay depuis quelques années. Le droit-de-l’hommisme (« une politique de remplacement », selon M. Védrine) aura finalement prévalu pendant les quinquennats de MM. Sarkozy et Hollande. Concernant le Proche-Orient, l’intérêt politique de ce genre de discours est à peu près nul. 

  • Algérie : l’heure de vérité approche pour le clan Bouteflika

     

    En date du 13 avril, Bernard Lugan a publié le communiqué qu'on va lire. Nous-mêmes avons à plusieurs reprises analysé la situation inquiétante de l'Algérie. Inquiétante pour ce pays voisin, mais surtout pour la France. Une explosion politique, économique et sociale de l'Algérie entraînerait en effet une série de graves conséquence pour notre pays. Fort de son expertise des affaires africaines Bernard Lugan confirme le risque - peut-être même à court terme - d'un chaos algérien.  LFAR 

     

    46878456-jpeg_preview_large.jpgLa visite que le Premier ministre français, M. Manuel Valls, vient d’effectuer à Alger, fut l’occasion de constater ce que les lecteurs de l’Afrique Réelle n’ignoraient pas, à savoir que l’Algérie est « dirigée » par un président moribond.

    Depuis son accident vasculaire cérébral survenu le 27 avril 2013, Abdelaziz Bouteflika, paralysé, sourd et quasiment muet, n’apparaît plus en public que très rarement, et sur un fauteuil roulant. Ses trois frères, sa sœur - tous quatre conseillers à la présidence -, et leurs affidés, savent qu’ils vont vivre des moments difficiles dans les heures qui suivront son trépas. Il ne doit donc pas mourir tant que les clans qui, dans l’ombre, dirigent l’Algérie, ne seront pas parvenus à un accord permettant une succession contrôlée.

    Acculée, l’équipe au pouvoir a épuré l’armée au profit du général Ahmed Gaïd Salah, chef d'Etat-major et vice-ministre de la Défense. Est-ce pour autant un gage de survie ?

    Il est permis d'en douter car, lesquels parmi les généraux, notamment chez les nouvellement promus, voudront en effet apparaître liés aux profiteurs du régime quand la rue grondera dans un dramatique contexte économique et social aggravé par l'effondrement du prix des hydrocarbures [1] ? L'Odjak des janissaires [2] pourrait alors être tenté de se refaire une « vertu » à bon compte en donnant au peuple la tête de Saïd Bouteflika et celles de ses proches, avant de placer l'un des siens aux commandes.

    En Algérie, l’agonie présidentielle avec les mensonges et les tractations qui l’entourent, est ressentie comme une humiliation nationale. De plus en plus nombreux sont donc ceux qui demandent l’application de l’article 88 de la Constitution qui permet de constater la vacance du pouvoir. Pour l’entourage du président Bouteflika, la situation est donc devenue intenable.

    Quant à la France, sorte de vaisseau ivre tanguant entre repentance et ethno-masochisme, son président a soutenu l’aberrant quatrième mandat d’un Bouteflika grabataire, espérant ainsi acheter la paix sociale dans les banlieues. Cette mise en dhimmitude mentale ne l’empêchera cependant pas de subir  directement les conséquences des évènements majeurs qui risquent de se produire bientôt en Algérie. Peut-être même à court terme. 

    Bernard Lugan, 13.04.2016

    [1] Voir à ce sujet les dossiers consacrés à cette question dans les numéros de mai, de juillet, d'août et d’octobre 2015 ainsi que les numéros de l’année 2016  de l'Afrique Réelle.  

    [2] Commandement des Janissaires. Lire ici l'Etat-major de l'armée.

    le blog officiel de Bernard Lugan

  • Hubert Védrine [2] : « L'hubris américaine »

      

    Dans son dernier essai, Le monde au défi, Hubert Védrine fait le constat de l'impuissance voire de l'inexistence de la communauté internationale. Il dresse un vaste et éclairant panorama de l'état du monde et des illusions perdues du marché, de la mondialisation heureuse et de l'Union européenne. Secrétaire général de l'Élysée sous François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, Hubert Védrine se distingue par sa finesse d'analyse et sa connaissance précise des dossiers. Loin des incantations et de la dialectique binaire qui tend à remplacer la géopolitique, il défend, à la manière d'un Bainville, une vision réaliste et pragmatique de la politique étrangère. Il plaide pour « un  retour au monde réel, et inévitablement à la realpolitik, moins néfaste que l'irreal politikLafautearousseau en publie au fil des jours des extraits choisis par Vincent Trémolet de Villers pour Le Figaro [8.04].  LFAR

     

    hubert_vedrine_sipa.jpgL'hubris américaine

    Ainsi, au cours des vingt-cinq dernières années, les États-Unis ont souvent abusé, jusqu'à l'hubris, de ce qu'ils ont cru être leur toute-puissance - et c'est d'ailleurs dans la décennie 1990 que j'ai utilisé à leur égard le terme d'« hyperpuissance ». Lors de la décennie suivante, les États-Unis réagirent de façon contrastée et contradictoire à la prise de conscience, partielle et douloureuse, de la perte de leur monopole de puissance, tandis que les Européens se berçaient d'illusions, que les Russes ressassaient leur amertume, que le monde arabo-islamique oscillait entre verrouillage, dénonciations et convulsions, qu'enflait la vague du terrorisme islamique et que l'économie globale de marché, financiarisée et dérégulée, finissait par exploser en 2008. 

    Hubert Védrine           

    9782213700892-001-X.jpg

    Le monde au défi, Fayard, 180 p.

  • Hubert Védrine [1] : « La communauté internationale n'existe pas »

      

    Dans son dernier essai, Le monde au défi, Hubert Védrine fait le constat de l'impuissance voire de l'inexistence de la communauté internationale. Il dresse un vaste et éclairant panorama de l'état du monde et des illusions perdues du marché, de la mondialisation heureuse et de l'Union européenne. Secrétaire général de l'Élysée sous François Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, Hubert Védrine se distingue par sa finesse d'analyse et sa connaissance précise des dossiers. Loin des incantations et de la dialectique binaire qui tend à remplacer la géopolitique, il défend, à la manière d'un Bainville, une vision réaliste et pragmatique de la politique étrangère. Il plaide pour « un  retour au monde réel, et inévitablement à la realpolitik, moins néfaste que l'irreal politikLafautearousseau en publie au fil des jours des extraits choisis par Vincent Trémolet de Villers pour Le Figaro [8.04].  LFAR

     

    hubert_vedrine_sipa.jpgLe Monde de Babel

    Mais que fait la « communauté internationale » ? Confrontés que nous sommes au spectacle chaotique du monde qui aggrave la confusion des idées, cette question lancinante vient naturellement à l'esprit. Réponse: rien ou si peu. Comment pourrait agir une communauté internationale qui n'existe pas encore en 2016, ou à peine ? C'est un noble objectif mais toujours pas une réalité. Comment est-ce possible soixante-dix ans après la fondation des Nations unies dont on a célébré l'anniversaire en automne 2015 ? L'expression « communauté internationale » est tellement courante qu'elle en est presque devenue un tic de langage dans les médias, la classe politique, les ONG et les communiqués des sommets multilatéraux… Pourtant, elle correspond bien peu à la réalité, chaque jour observable, d'une Babel après la chute des illusions. 

    Hubert Védrine           

    9782213700892-001-X.jpg

    Le monde au défi, Fayard, 180 p.

  • Syrie : une lettre-témoignage du prince Jean de France

    Messe d'accueil au patriarcat grec-melkite catholique de Damas

     

    Le Prince Jean fait part dans la lettre ci-après de son récent voyage en Syrie où il vient de passer la semaine de Pâques. Le Duc de Vendôme, déjà engagé pour les chrétiens d’Orient, a accepté l’invitation de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, initiateur de ce voyage.

     

    david-niviere5.jpgLe chemin de Damas


    « Aidez nous à rester chez nous ». C'est par ces mots que les chrétiens de Syrie accueillent la délégation d'une quarantaine de personnes menée par monseigneur Rey en Syrie et dont je fais partie. Cinq jours de rencontres qui resteront profondément gravés dans mon âme.

    Cette semaine pascale nous mène de Damas à Homs en passant par un certain nombre de villages chrétiens le long de la frontière libanaise. C'est une zone stratégique plutôt stable que l'armée et ses affiliés, dont le Hezbollah, ont reprise au printemps 2014, après trois ans de combats qui ont laissé des traces, même si ici ou là subsistent quelques poches islamistes.

    Commencer par Damas où Saint Paul a été baptisé n'est pas anodin, la Syrie est le berceau des communautés chrétiennes. C'est le patriarche grec-melkite catholique Grégoire III Laham, un homme de 84 ans, mais portant la joie et la determination sur son visage, dans ses gestes et ses paroles, que nous rencontrons le premier jour. Tous les évêques et les prètres avec lesquels nous parlons ensuite sont taillés dans le même roc joyeux, pasteurs de leurs brebis dans les difficultés et les moments d'espérance.

    Yabrud, Qusayr, Rableh, Maaloula, Sednaya, des villages chrétiens - araméens, grecs, arméniens, syriaques, ... - catholiques ou orthodoxes, tous détruits, où les familles ont onnu le martyre. C'est le cas d'Antoine, à Maaloula, exécuté pour sa foi sur le perron de sa maison, devant sa femme Antoinette. Je lui ai promis que notre petite Antoinette prierait pour elle et sa famille. Elle a commencé hier.

    « Aidez nous à rester chez nous, pour repartir à nouveau, reconstruire nos lieux de vie. dans un pays stabilisé ». Après trois ans de guerre, depuis le printemps 2014, les familles se réinstallent. C'est d'abord le prêtre ou l'évêque qui revient et ensuite autour de lui les familles chrétiennes et les quelques familles musulmanes qui ont vécu en paix avec les chrétiens. Les églises sont reconstruites, les maisons et les écoles aussi. Que des beaux visages joyeux, pleins de vie et d'espérance, celle du Christ ressuscité.

    Si je peux terminer ainsi ce court témoignage, je souhaite remercier monseigneur Rey pour son invitation, SOS Chrétiens d'Orient pour l'organisation de ces rencontres et les personnes de la délégation pour les échanges que nous avons eus, en particulier toute cette jeunesse engagée, qui m'ont permis de vivre intensément cette semaine pascale auprès de nos frères syriens. 

    Jean de France Duc de Vendôme.jpg

    Domaine Royal de Dreux, le 4 avril 2016

     

    Photos reprises du site Prince Jean de France

    Syrie-2-1-300x233.jpg

    Le patriarche Grégoire III Laham et Monseigneur Rey

     

    Syrie-3-1-300x225.jpg

    Village détruit de Qusayr

     

    Syrie-4-300x225.png

    Maaloula, village où Antoine est mort pour sa foi chrétienne

     

    Syrie-5-221x300.jpg

    Chantier de reconstruction de la cathédrale Notre Dame de la Paix à Homs

     

    Syrie-61-218x300.jpg

    Une famille chrétienne qui s'est réinstallée à Qusayr

     

    Syrie-8-225x300.jpg

    Le Duc de Vendôme dans une rue désertée de Homs

     

    Syrie-7-300x225.jpg

    Vue de la Vallée des Chrétiens au pieds du Krak des Chevaliers

     

    PRINCE JEAN DE FRANCE

  • André Bercoff : « Ma cabane au Panama...»

     

    Par André Bercoff

    HUMEUR - André Bercoff s'amuse de la réaction de François Hollande au scandale Panama Papers. « Est-il normal que le chef de l'Etat découvre le pot aux roses après sa divulgation ? », s'interroge-t-il [Figarovox, 5.04]. Il constate surtout « l'étendue illimitée des inégalités » au coeur d'un Système qui prétend pourtant les avoir abolies ... Il y a 227 ans déjà, une nuit d'août 1789. Bien-sûr, il n'en était rien. On n'abolit pas la nature humaine. On ne peut y substituer que des leurres. LFAR 

     

    photo.jpgQue j'aime le son des boîtes de Pandore ouvertes au bout des clés USB. Ma cabane au Panama est désormais exposée à tous vents. En neuf mois, des centaines de journalistes regroupés dans une association financée notamment par Georges Soros et autres philanthropes, ont accouché d'une montagne de documents et de noms plus ou moins propres : optimisation ou fraude fiscale, telle n'est plus la question. Chefs d'Etats et hommes politiques, artistes et modèles, sportifs et bureaucrates, princes et émirs, dictateurs et démocrates, ils sont des milliers à avoir fui les législations de leurs pays respectifs pour les rivages ensoleillés des océans protecteurs et des îles miraculeuses, afin de garder la plus grosse part de leur magot. La démarche en forme d'évasion était connue depuis fort longtemps, mais en l'absence d'une gouvernance mondiale qui relève encore de l'utopie, force est de reconnaître que la nature humaine ayant horreur du vide, surtout financier, elle a inventé les paradis fiscaux, substituts sonnants et trébuchants quand on n'est pas sûr de sa propre survie dans l'au-delà du Paradis céleste. Ce qui est nouveau, c'est le coup de fouet du numérique et des hautes technologies, qui ont donné une sacrée accélération à la transparence dans tous les domaines. Julian Assange et Edward Snowden, parmi d'autres, ont déjà démontré qu'il suffisait de la bonne manipulation d'un simple employé, pour dévoiler des dizaines de milliers d'informations ultra confidentielles. Puissance et abîmes de l'Internet.

    Mais l'un des bonheurs de cette nouvelle et massive exposition du blanchiment mondial, est, comme d'habitude, la réaction de François Hollande. Le président de la République n'a pas attendu longtemps pour signifier sa satisfaction quant à la publication de ces bonnes nouvelles. Cela va nous permettre, a-t-il dit en substance, de poursuivre et condamner les fraudeurs, et partant, faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat qui, comme chacun sait, en a bien besoin. Et de conclure l'exercice de satisfaction par un hommage appuyé à ceux qui ont soulevé le couvercle de la machine à laver: « Il faut protéger les lanceurs d'alertes ; ils font un travail utile et prennent des risques ».

    L'intervention hollandaise appelle plusieurs remarques. La première, c'est qu'il est pour le moins étonnant qu'un chef d'Etat découvre le pot aux roses après la divulgation. N'a-t-on pas eu, aux cimes de l'Elysée, les moyens de savoir ce qui se passait, quelques jours au moins avant le scoop ? Deuxièmement: faut-il à chaque fois se précipiter pour faire un commentaire, quitte à mélanger une fois de plus les fonctions présidentielles et simplement chroniqueuses ? Enfin, comment l'exécutif se permet-il de donner des ordres au judiciaire, en annonçant que des poursuites sont d'ores et déjà engagées ? Nous qui croyions naïvement à la séparation des pouvoirs, en sommes, comme d'habitude, pour nos frais.

    Porochenko l'Ukrainien et Salman le Saoudien, Cahuzac et Platini, des Syriens et des Russes, le Premier ministre islandais et un cadre du Front National, sans compter les centaines d'identités à venir : cet inventaire à la Prévert ne devrait tout de même pas être la forêt panaméenne qui cache l'arbre européen. A deux pas de chez nous, la Belgique et le Luxembourg demeurent des paradis tout à fait convenables. A l'intérieur de l'Hexagone, les avantages fiscaux prodigués à des corporations diverses et variées montrent encore l'étendue illimitée des inégalités. Avant de rejoindre le chœur des vierges de l'indignation à bons comptes secrets, balayons vigoureusement devant notre porte. 

    André Bercoff           

    André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi est paru en octobre 2014 chez First.

  • Syrie : Un voyage spirituel hautement symbolique conduit par Mgr Rey ... Le prince Jean dans les pas de Saint-Louis

    « Divine liturgie » à Damas © Charlotte d'Ornellas

    par Annie Laurent  

    Pour Lafautearousseau, Annie Laurent a bien voulu rédiger ses impressions de voyage. Un voyage, on va le voir, « en tous points exceptionnel », selon l'expression de notre confrère Péroncel-Hugoz. Et d'une indéniable portée symbolique s'agissant de l'amitié franco-syrienne, soulignée par la participation du prince Jean de France. Un grand merci à Annie Laurent !  LFAR 

     

    2444184188.jpgLe 28 mars dernier, lundi de Pâques, le prince Jean s’est envolé pour la Syrie en compagnie d’un groupe conduit par Mgr Dominique Rey, l’évêque de Fréjus-Toulon, qui avait d’ailleurs célébré son mariage en 2009. Ce court voyage, auquel Jean-Baptiste d’Albaret, rédacteur en chef de Politique Magazine, a également participé, et que j’ai eu le privilège d’accompagner, s’est achevé dans la nuit du 2 au 3 avril. L’organisation logistique avait été confiée à la jeune association SOS Chrétiens d’Orient, fondée en 2013 et très active sur le terrain. Grâce à elle, nous avons obtenu des autorités toutes les facilités pour circuler sans problèmes, étant entendu que nous sommes restés dans des régions dont l’armée a repris le contrôle, ce qui n’est pas le cas, par exemple, de certaines banlieues de Damas.

    Ce voyage avait un but précis : il s’inscrivait dans le cadre du jumelage conclu entre le diocèse varois et l’éparchie grecque-catholique de Homs, dont le titulaire est Mgr Abdo Arbach. Il s’agissait donc d’un pèlerinage et c’est pourquoi il ne comportait aucune rencontre avec des dirigeants politiques syriens. Notre groupe, composé de 45 personnes, parmi lesquelles un bon nombre de jeunes professionnels et étudiants, s’est rendu sur les pas de saint Paul à Damas ainsi qu’en divers sanctuaires de Homs et de sa région. Le séjour fut aussi, bien entendu, ponctué de rencontres avec plusieurs ecclésiastiques et des fidèles chrétiens appartenant à diverses Eglises orientales mais également à l’Eglise latine.

    A Damas, après une visite très recueillie à la maison d’Ananie, l’évêque qui eut l’honneur de baptiser Saul, le futur « apôtre des nations », la délégation a été accueillie par Sa Béatitude Grégoire III Laham, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient des grecs-melkites-catholiques, de Jérusalem et d’Alexandrie, dont le siège se trouve dans la capitale syrienne. Invité à s’exprimer, le prince Jean s’est présenté en évoquant son lointain ancêtre Saint Louis ainsi que l’attention particulière que ce dernier portait aux chrétiens d’Orient et en se situant lui-même dans cette noble tradition de protection dont la France actuelle se doit d’être la digne héritière. Dans la soirée, après une messe célébrée en rite byzantin dans l’église patriarcale, Grégoire III a invité toute la délégation à un dîner officiel auquel il avait aussi convié le nonce apostolique en Syrie, Mgr Mario Zenari, et des évêques de divers rites, tous déjà présents lors de la « divine liturgie ». L’ambiance, très festive, ponctuée de chants français entonnés joyeusement par les prélats, suffisait à montrer la reconnaissance de nos hôtes syriens, touchés par notre visite alors que Paris a rompu toutes relations avec ce malheureux pays. Durant tout notre séjour, nous n’avons d’ailleurs croisé aucun autre Français.

    Dans la capitale toujours, sous la conduite de l’archevêque maronite, Mgr Samir Nassar, qui nous a fait visiter sa modeste cathédrale, nous avons aussi pu prier devant la tombe des trois bienheureux frères Massabki, martyrisés avec un groupe de franciscains lors des massacres de masse commis en 1860 contre les chrétiens du Mont-Liban et de Damas, ce qui avait préludé à l’expédition de troupes françaises à l’initiative de l’empereur Napoléon III.

    1459494701-887ba8a80b67b1aaeefec541655445ad.jpgLa deuxième partie du séjour s’est déroulée à Homs, ville terriblement sinistrée, où nous avons pu déambuler à pieds sur plusieurs centaines de mètres, sous la protection bienveillante des soldats syriens, très souriants comme tous ceux que nous rencontrions. Les deux cathédrales que nous avons visitées, la grecque-catholique et la syriaque-catholique, sont dans un état pitoyable : coupoles et toitures perforés par les obus, iconostase et autels brûlés, icônes aux yeux perforés par les balles des djihadistes. SOS Chrétiens d’Orient participe à la reconstruction de la première. Partout alentour, ce n’est qu’amoncellement d’immeubles détruits. Nous avons aussi prié sur la tombe du Père Frans van der Lugt, jésuite hollandais, qui avait tenu à demeurer sur place malgré les dangers, pour secourir les chrétiens qui n’avaient pas pu quitter la ville. Assassiné le 7 avril 2014, il est enterré dans le jardin de son couvent. Comme Homs, les deux autres villes de la région que nous avons visitées, Qussaïr et Yabroud, ont été pendant des mois le théâtre d’affrontements entre les djihadistes de diverses obédiences, y compris Daech, et l’armée nationale qui a finalement pu reprendre possession des lieux (en mai 2014 pour Homs), avec parfois l’appui du Hezbollah libanais. De notre autocar, nous pouvions alors contempler les sommets enneigés du pays du Cèdre.

    Les dernières étapes nous ont conduits dans la « Vallée des chrétiens », également très proche du Liban, avec notamment une visite captivante du célèbre Krak des Chevaliers édifié au XIIIème siècle sur un sommet stratégique. Une brigade de Daech a aussi séjourné dans ses murs avant d’en être délogée. Les dégâts ne sont heureusement pas irrémédiables et la restauration de l’imposant édifice est sur le point de commencer. Puis, nous sommes allés à Maaloula, l’un des trois villages syriens où les habitants parlent l’araméen, la langue du Christ. Cet endroit a beaucoup souffert. En 2013, lors de l’attaque des djihadistes, trois jeunes gens ont été abattus devant chez eux après avoir refusé de se faire musulmans et six autres ont été enlevés. On est sans nouvelles d’eux. La localité compte deux monastères, l’un dédié à sainte Thècle, cette disciple de saint Paul, venue d’Asie mineure, qui échoua ici sous une protection divine qui la fit échapper à la persécution. Les moniales qui y vivaient et qui ont pu quitter les lieux ne peuvent pour l’heure envisager d’y revenir car le bâtiment a été entièrement détruit par les rebelles. L’autre monastère, dédié aux saints Serge et Bacchus, est quant à lui beaucoup moins endommagé, mais il est encore vide de toute présence de religieux. Depuis la libération de Maaloula, la sécurité est en partie assurée par une brigade locale, affiliée à une « garde nationale » qui reçoit ses armes et ses munitions du gouvernement, ses membres conjuguant la surveillance avec leurs activités professionnelles.

    Enfin, nous sommes allés au sanctuaire grec-orthodoxe de Sednaya, situé à une heure de route au nord de Damas. 36 moniales résident en ce lieu qui abrite une célèbre icône représentant la Vierge Marie, dont la réalisation est attribuée à saint Luc. L’icône ne sort jamais de sa niche toujours fermée où elle est soigneusement gardée. Lors de notre passage, il y avait une foule de pèlerins, l’église était pleine de fidèles en prière.

    Partout, nos interlocuteurs ont montré une force d’âme, un courage et une vitalité vraiment étonnants et sans doute inattendus pour beaucoup d’entre nous. Comment oublier, par exemple, cette classe de l’école patriarcale grecque-catholique de Damas où les jeunes élèves, tous en uniforme, ont interprété pour nous des chants en français ayant pour thème le désir de paix ? Après ce voyage, on se dit que la France a vraiment trahi son histoire et ses responsabilités et que l’un des moyens de racheter cette faute majeure est de se rendre dans ce beau pays de Syrie, berceau du christianisme comme ont tenu à nous le rappeler tous nos interlocuteurs. 

     

  • Donald Trump ou l’Amérique en crise

     

    par Gilles Varange

    Menacés par la montée du milliardaire iconoclaste, les appareils de deux partis se sont ligués pour lui barrer la route coûte que coûte.

     

    Gilles Varange.jpgLe discrédit des classes dirigeantes est devenu tel qu’il n’est plus un seul pays où le jeu habituel de l’alternance suffit à contenir la colère explosive des populations. Partout, même là où le bipartisme est ancré dans les traditions nationales, la domination des formations politiques classiques est remise en cause, parfois même de l’intérieur. Signe des temps : les états-Unis eux-mêmes n’échappent plus à cette tornade comme en témoigne la tournure prise par le processus des « primaires » organisées par les deux grands partis pour départager en leur sein les candidats à l’élection présidentielle de novembre prochain.

    Dans ce contexte, l’ascension du milliardaire « populiste » Donald Trump chez les Républicains concentre l’attention et la vindicte de la quasi-totalité des médias occidentaux, conscients de la menace que constituerait son succès pour le maintien de leur emprise sur le public. Mais ce serait une erreur de mésestimer le phénomène représenté, certes dans une moindre mesure, par la montée parallèle du « socialiste » Bernie Sanders chez les Démocrates face à une Hillary Clinton, adoubée par les financiers de Wall Street et les idéologues néo-conservateurs du complexe militaro-industriel. Les deux hommes se disputent de façon paradoxale les mêmes catégories sociales en révolte : jeunes à la recherche désespérée d’un premier emploi, anciens ouvriers qualifiés condamnés à l’enfer des bas salaires et du travail à temps partiel, chômeurs et leurs familles vivant dans la crainte de l’expulsion.

    Autant de représentants d’une classe moyenne en voie de prolétarisation rapide, très majoritairement blanche, victime des délocalisations et de la concurrence de l’immigration de masse. Ainsi s’est constitué un immense réservoir d’électeurs potentiels méprisés par l’établissement démocrate de Washington n’ayant d’yeux que pour les « minorités » visibles et invisibles mais ignorés aussi par la majorité républicaine du Congrès dont la doctrine peut se résumer en une formule : moins d’état, moins d’impôts et plus de mondialisation.

    Une stratégie de rupture

    Devenu l’un des principaux contributeurs de Mitt Romney, lors de la campagne présidentielle de 2012, Donald Trump s’était déjà efforcé à l’époque de convaincre celui-ci que son unique chance de victoire face à Obama résidait dans sa capacité à ramener aux urnes cet énorme bloc d’abstentionnistes en lui tenant le langage de la brutale vérité et en modifiant sensiblement les thèmes ressassés de la doctrine conservatrice et ultra-libérale du Grand Old Party. Pour avoir refusé de l’écouter, le candidat républicain avait subi une humiliante défaite, tout comme son prédécesseur John McCain quatre ans plus tôt. Aussi, cette stratégie de rupture, Trump la met-il à présent en œuvre pour son propre compte, quitte à accepter le rôle de grand transgresseur de la doxa républicaine. Il ne faut donc pas s’étonner si ses propositions ont pour effet de dresser contre lui une large majorité des élus et des cadres du parti ainsi que l’ensemble des organisations, clubs de pensée et médias qui lui sont liés.

    En plus des mesures-choc préconisées pour stopper et renverser les flux migratoires, le redoutable iconoclaste ne promet-il pas de lancer une politique de remise en état des infrastructures en déshérence, de supprimer les niches fiscales dont profitent les fonds d’investissement, de s’attaquer aux plus-values financières, d’instaurer des mesures protectionnistes à l’encontre de la Chine, de s’opposer aux traités de libre échange transpacifique et transatlantique ? Et ces multiples entorses au dogme du libre-échange ne suffisant pas, notre trublion n’hésite pas non plus à prôner le retour à un prudent isolationnisme en politique étrangère symbolisé par la restauration de relations confiantes avec Vladimir Poutine et un désengagement diplomatique et militaire en Europe et au Moyen-Orient.

    L’opposition des membres de l’appareil du parti républicain s’avère d’autant plus haineuse et violente que les discours enflammés et souvent provocateurs de Trump, les manifestations organisées par ses opposants pour perturber ou empêcher la tenue de ses réunions, les campagnes négatives et souvent diffamatoires diffusées par les médias (y compris par la grande chaîne conservatrice Fox News) n’ont contribué pour le moment qu’à renforcer sa popularité et à lui offrir des auditoires de plus en plus nombreux et enthousiastes. C’est par dizaines de milliers que les Américains se pressent à chacun de ses meetings pour l’entendre dénoncer la pusillanimité des cuckservatives (contraction de cocus et de conservateurs). Il est un autre signe qui inquiète fort les détracteurs du milliardaire : alors que la participation est restée la même qu’il y a quatre ans aux élections primaires démocrates, celles du parti républicain sont marquées par une affluence record. Un exemple : dans le Missouri, là où 250 000 sympathisants s’étaient déplacés pour voter en 2012, ils ont été cette fois 780 000 à le faire ! Ce sont-là des chiffres qui contribuent à terrifier les élus républicains. Si la vague continue à enfler, ne risque-t-elle pas de les balayer au profit de candidats nouveaux et tout dévoués à Donald Trump lors des élections pour le renouvellement du Congrès en novembre ?

    Un symptôme plus qu’un remède

    Même s’il finit par obtenir l’investiture du parti, il faut donc tenir pour certain que le milliardaire verra se multiplier, dans ses propres rangs, les trahisons et les coups bas destinés à lui barrer coûte que coûte l’accès à la Maison Blanche. Sa défaite est la seule garantie de survie d’un appareil républicain qui, comme la plupart des directions des partis dits « de droite » dans les autres démocraties occidentales, s’est depuis longtemps rallié à la vision de la société imposée par ses adversaires pour se polariser sur la seule défense du libéralisme économique. Et quand bien même il parviendrait à surmonter ces obstacles, il ne fait aucun doute qu’un Donald Trump élu par miracle à la présidence se heurterait très vite à un mur infranchissable de connivences. Quelle que soit la sincérité – douteuse – de ses convictions, l’homme n’aurait pas d’autre choix que de finir par renoncer à toutes les mesures de son programme menaçant les intérêts vitaux des cercles au sein desquels se concentre la réalité du pouvoir.

    On n’a jamais vu le suffrage universel vaincre le pouvoir de l’argent. Aussi, le « phénomène Trump » doit-il être interprété surtout comme un nouveau symptôme révélateur de la maladie sénile qui n’épargne plus aucune des démocraties libérales. Partout, les peuples, durement atteints dans leur niveau de vie et menacés jusque dans leur identité par une immigration programmée, découvrent dans la douleur que la réussite apparente des régimes démocratiques durant un court demi-siècle n’aura été que le fruit d’un faisceau de conditions favorables mais fortuites qui ont toutes disparu. Chacun prend conscience que le « modèle » est épuisé mais que son agonie et son remplacement inévitable n’iront pas sans d’éprouvantes convulsions. 

  • Pourquoi l'Algérie s'oppose à la marocanité du Sahara

    Copyright : DR

     

    par Peroncel-Hugoz 

    Jean Pierre Péroncel-Hugoz a recueilli les propos de l'ambassadeur Alain Pierret sur l'époque où une partie du Sahara était département français. Il en profite pour donner un coup de dent à la mauvaise mémoire algérienne. Des prières dans les mosquées à Tindouf étaient dites pour le Sultan du Maroc.

     

    peroncel-hugoz 2.jpgAlain Pierret est un ancien élève de l'Ecole de la France d'outremer. Il a été sous-préfet au Sahara puis diplomate, notamment ambassadeur à Niamey, à Tel-Aviv, à Bruxelles et au Vatican. Nous l'avons rencontré récemment en Provence où il mène une très active retraite, publiant articles et livres*. Nous savions qu'en 1934, quand l'armée française atteignit l'oasis de Tindouf, plus d'un siècle après son débarquement en Algérie, elle constata que la prière musulmane y était dite pour le sultan du Maroc, ce qui n'empêcha pas ladite armée d'annexer purement et simplement cette région saharienne d'obédience marocaine; en revanche nous ignorions, et Alain Pierret nous l'apprend, qu'en 1961, à près de 1000 km à l'est de Tindouf, au Sahara central, la prière était dite pour Sa Majesté chérifienne… 

    Voici quelques-unes des réflexions de M. Pierret :  

     UN FAIT COLONIAL FRANCAIS ... 

    « Reconnaître et soutenir résolument la " république sahraouie", comme le fait Alger depuis 40 ans c'est avaliser l'annexion par le colonisateur français** de territoires sahariens historiquement marocains. Situation paradoxale... » 

    Rappelons que le gouvernement provisoire algérien, durant la guerre d'indépendance (1954-1962) et alors qu'il recevait une aide consistante de Rabat, avait promis au Maroc de revoir ces annexions françaises une fois l'indépendance algérienne acquise. Cette promesse fut allègrement « oubliée » par Alger après 1962...  

    UN GUERRIER ESPAGNOL AU SERVICE DU MAROC ... 

    « Peut-on parler d'"annexion" du Sahara occidental pour le Maroc au jour du retrait, en 1975, de l'administration coloniale espagnole ? La réponse est simple : pendant plus de trois siècles ce Sahara fut incontestablement marocain. Le confirment les expéditions de Djouder-Pacha *** jusqu'au Niger en 1591, pour le compte du sultan saâdien Ahmed El Mansour, et l'itinéraire de l'explorateur français René Caillé, durant la décennie 1820, de Tombouctou à la côte atlantique via le Tafilalelt » 

    LA PRIÈRE POUR LE SULTAN...  

    In-Salah, est aujourd'hui un chef-lieu d'arrondissement (daïra)  du département de Tamanrasset, au Sahara algérien, un arrondissement peuplé d'environ 35 000 âmes. En 1961, avant-dernière année de l'Algérie française, In-Salah était une préfecture du département des Oasis. Voici ce que nous en dit Alain Pierret:  

    « Au lendemain du putsch d'Alger, en avril 1961, je fus nommé par Paris sous-préfet d'In-Salah. Le district comportait à Aoulef, escale aérienne pour la traversée du désert, un important quartier des Chorfas, où le vendredi, à la mosquée, les fidèles priaient pour le roi du Maroc. Il est permis de douter que cette pratique ait pu se maintenir après l'indépendance de l'Algérie, en juillet 1962... Rappelons que cette oasis est  950 km à l'est de Tindouf ! » 

    LA STUPEUR DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'ONU 

    « Le Péruvien Javier Perez de Cuellar, secrétaire général de l'ONU de 1982 à 1991, et hispanophone de langue maternelle, rencontra en 1985 à Addis-Abeba le chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz. Il s'adressa naturellement à lui en espagnol, langue dispensée dans les écoles de la Saguia-el-Hamra et du Rio-de-Oro durant la colonisation de ces territoires par Madrid, et il constata que M. Abdelaziz ne comprenait pas cette langue... » 

    M.Perez de Cuellar ignorait que Mohamed Abdelaziz est né le 17 août 1947 à Marrakech, sous le règne de Mohamed-V et sous le protectorat français et a été étudiant à l'Université Mohamed-V. Le secrétaire général de l'ONU ne savait pas non plus que presque toute la famille de Mohamed Abdelaziz vivait (et vit toujours en 2016) au Maroc non-saharien, à Kasba-Tadla, Casablanca, Agadir, etc.  

    Retraité des Forces armées royales, le père du chimérique président du Polisario a d'ailleurs, à notre époque, été décoré par le roi Mohammed VI... 

     

    * Notamment "De la case africaine à la villa romaine", L'Harmattan, Paris, 2010  

    ** Une France coloniale par ailleurs inlassablement vilipendée par l'Algérie officielle, un demi-siècle après l'indépendance... 

    *** Génial aventurier espagnol devenu général des armées marocaines qu'il conduisit jusqu'au fleuve Niger. Il mourut en 1606.  

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le 360 du 1.04.2016