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D’un côté, il y a l’intelligence économique (I.E.) qui peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques.
De l’autre il y a le renseignement qui peut se caractériser par la recherche d’indications, d’informations, ou bien d’éclaircissement à donner sur quelqu’un ou quelque chose. La frontière entre les deux activités peut être poreuse et porter à confusion. C’est ce souci d’éclaircissement qui a motivé l’auteur, Jean-Christophe Damaisin d’Arès, à rendre accessible, au commun des mortels, l’intelligence économique, autour de laquelle flottent de nombreuses zones d’ombre. Son objectif est également de faire tomber le mythe que l’intelligence économique aurait des liens quasi exclusifs avec le monde (lui aussi obscur) du renseignement et naturellement de l’espionnage. C’est pourquoi, de manière très pédagogique, il livre ses conseils sur les grands domaines et les outils à maîtriser pour une action efficace dans le domaine de l’I.E. : veilles juridique, sociale, informatique, concurrentielle ; protection de l’information, des locaux, du personnel, utilisation du SWOT, du Knowledge management etc. Finalement l’esprit de l’ouvrage est bien résumé d’entrée de jeu avec cette citation de Jean-François Bianchi, auteur de la préface : « S’intéresser à la l’intelligence économique, c’est s’intéresser à notre époque ». •
Les ostensions limousines ont été inscrites au Patrimoine immatériel de l'UNESCO. Pour les « racines chrétiennes » de la France, c'est plus qu'un honneur : une sorte de consécration et, en tout cas, de reconnaissance...
Tous les sept ans - depuis l'an de grâce 994 ! - le Limousin honore ses saints par des processions. On sort les reliques, on les montre (en latin : ostendere) en des processions spectaculaires accompagnées de reconstitutions historiques dans les rues pavoisées :
Les dernières ostensions ont eu lieu en 2002 puis en 2009 : c'étaient alors les 71èmes ! Soit, en 2016, les 72èmes.
Les premières ostensions eurent lieu le 12 Novembre 994.
La population souffrait d’une terrible maladie provoquée par un champignon, l’ergot de seigle, parasite des céréales de fin de récolte utilisées pour faire le pain. Les malades souffraient comme si un feu ardent les brûlait de l’intérieur, d'où le nom de cette épidémie : le mal des Ardents (du latin ardere, brûler). Les évêques, abbés et seigneurs d’Aquitaine réunis en concile à Limoges décidèrent de lever les restes de Saint Martial afin d’endiguer l’épidémie. Suite à ces processions et aux prières adressées au saint patron de la ville, le miracle se produisit, l’épidémie cessa.
Les Ostensions Limousines célèbrent donc le miracle des Ardents. Au début, ces cérémonies religieuses avaient lieu lors d’évènements ou circonstances particulières puis en 1518, l’usage s’établit de les célébrer tous les 7 ans. Les reliquaires et trésors religieux sont exposés au cours des processions auxquelles participent la population locale. Après l’ouverture des reliquaires selon des rites précis, les reliques elles-mêmes sont exposées à la vénération des fidèles.
Les rues des communes ostensionnaires sont décorées, ornées de fleurs, tout le monde participe : les autorités civiles et militaires, le clergé et les confréries oeuvrent ensemble, défilant religieusement dans les rues de chaque ville ou village.
Les ostensions mêlent ainsi le religieux et le profane, la dévotion et le spectacle. C’est un moment fort de rassemblement, une affaire de culture commune, de racines et d’identité limousine.
En 2009, le sdernières ostensions aurent lieu dans quatorze communes, presque toutes en Haute-Vienne.
C'est traditionnellement Limoges qui ouvre les cérémonies, recevant pour l'occasion non seulement les communes environnantes mais aussi des délégations de toutes les paroisses ostensionnaires. On célèbre à Limoges saint Martial (le premier évêque de la ville, ci dessous), saint Aurélien, son successeur, saint Loup, qui fut évêque de la ville au VII° siècle, et sainte Valérie, la première martyre de l'église d'Aquitaine.
Les processions s'y déroulèrent les 18 et 19 avril, avec l'ouverture des châsses.
Le 8 mai, saint Blaise fut honoré à Javerdat, le 21 mai les saints Gaucher et Faucher le seront à Aureil, village situé à quelques kilomètres de Limoges. Gaucher est le fondateur d'Aureil, et Faucher fut son disciple; ils vécurent au XIIème siècle.
Le 23 mai, une procession nocturne parcourut les rues du village d'Aixe, décorées de fleurs. On y célèbre Alpinien, compagnon de saint Martial.
Le 24 mai, Saint Léonard de Noblat fit mémoire de son fondateur, Léonard, ermite franc du Vème siècle. Une grande procession historique parcourut les rues de la ville mediévale, en recevant le concours d'une délégation bavaroise.
Mille figurants en costumes se retrouvèrent le 31 mai à Rochechouart, où l'on vénèra saint Julien de Brioude, soldat romain martyrisé sous Dioclétien, en 304. Le 1er juin, a Esse, dix saints furent escortés. Le 6 juin, au Dorat, ce fut le tour des saints Israël et Théobald, deux chanoines du XIème siècle.
Enfin, le point d'orgue des ostensions eut lieu le 28 juin à saint Junien : une grandiose procession historique de mille cinq cents figurants rendit hommage à saint Junien et à son maître Armand, du Vème siècle.
Mais il faut citer aussi :
• Nexon, où l'on vénère saint Ferréol, évêque de Limoges du VIème siècle;
• Saint-Victurnien, où l'on célèbre le patron de la ville, Victurnien dont on dit qu'il serait venu d'Ecosse pour vivre en ermite en Limousin;
• Chaptelat, qui honore son plus célèbre habitant, saint Eloi, conseiller du roi Dagobert, fondateur de Solignac en 632 et évêque de Noyon-Tournai;
• Saint-Yrieix-la-Perche, qui célèbre son fondateur, Aredius ermite du VIème siècle qui fonda un monastère à Attane, futur Saint-Yrieix;
• Abzac, ancien prieuré-cure du diocèse de Limoges connu pour son pèlerinage septennal des saints Lucius et Emerite;
• Et Saint-Just-le-Martel, bourg de la banlieue limousine, qui vénère un petit berger qui vécut auprès du grand saint Hilaire de Poitiers au Vème siècle, saint Just. •
Renseignements, informations : Maison du Limousin, 30 rue Caumartin, 75009 Paris (Tél.: 01 40 07 04 67).
Tourisme de la Haute-Vienne (tél.: 05 55 79 04 04).
Un excellent billet, tout à fait dans notre ligne politique et sociétale, qu'Amaury Grandgil a publié sur son blog mesterressainteset sur Causeur [08.07]. Nous avons aimé. LFAR
Les oligarques nous mènent où ils veulent presque aussi facilement qu’un troupeau à l’abattoir, croyant nous faire prendre des vessies pour des lanternes le plus longtemps possible. Les peuples cependant expriment de plus en plus leur colère face à tant de mépris, de dédain à peine caché. Ils pensent parfois se trouver des leaders pour mener la révolte mais ceux-ci sont autant de pieds nickelés sans grande envergure qui se contentent de jouer leur « emploi » de comédie afin de continuer à bénéficier du système et que l’on continue de voir leur binette partout dans la presse. C’est à désespérer de se dresser contre les pseudo-élites de plus en plus déconnectées des peuples…
En Grande-Bretagne les promoteurs passionnés du Brexit se dégonflent les uns après les autres. Ce sont autant de pieds nickelés, de Nigel Farage à Boris Johnson, le maire de Londres ayant la même tignasse que Ribouldingue. Ils ressemblent un peu à ces mauvais élèves qui n’en croient pas leurs yeux et leurs oreilles d’avoir réussi à convaincre le pion rassis de service de ne pas retourner en classe et de faire cours dehors. Et finalement ils ont l’air de songer que leur blague est allé un peu trop loin et abandonnent toute responsabilité laissant leur peuple aux mains de responsables dont le rêve humide récurrent est de faire de la Grande-Bretagne le « paradis fiscal » du monde entier. Ils reviennent sagement dans les rails.
Personne n’est d’ailleurs plus vraiment certain maintenant que le Brexit sera réellement finalisé. Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, le responsable européen qui parle aux ovnis, trouveront bien un moyen de ne pas tenir compte de ce vote, de le renvoyer aux oubliettes de l’histoire. Ils feront une petite leçon de morale aux mauvais élèves et tout rentrera dans l’ordre à coup de chantage économique, ainsi qu’en Grèce. Et Farage et Johnson font finalement partie du spectacle tout autant que les Le Pen en France, épouvantails utiles de la droite dire républicaine et de la gauche sociétale, tout autant que les autres politiques.
En France, les opposants à la « loi travail », soit disant de Myriam El Khomri, alors que ses véritables auteurs sont quelques technocrates européens, ont décidé donc que la lutte sociale s’arrête pendant les vacances d’été. On me rétorquera que les utopistes de Nuit debout ont aussi décidé de remettre la révolution après leur séjour au camping des Flots bleus ou à Ibiza, ou chez Tata Geneviève à Nice. Quant aux « casseurs » anarchistes jusqu’au-boutistes, attention, s’ils ne se retenaient pas, on verrait ce qu’on verrait, ils font appel à la justice bourgeoise.
Pour ne cependant pas totalement se ridiculiser des responsables syndicaux comme Jean-Claude Mailly prédisent des « surprises » pendant l’été, des actions ponctuelles qui marqueront les esprits… Des flash-mobs ? Une vente de tongs écrivant FO ou CGT sur le sable de la plage ? Une quête à la sortie des agences Pôle emploi ?
Pourtant cette « loi travail » empêchera par ses conséquences sur de nombreux salariés, leur paupérisation, leur précarisation, de partir en vacances justement. Un peu moins de la moitié des Français n’en ont justement plus les moyens. C’est finalement à se demander si Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly ne jouent pas aussi leur rôle, leurs « emplois » de « repoussoirs » pour les élites, au sein du grand « Barnum consumériste » rentrant ensuite bien sagement à l’étable comme le reste du troupeau.
Il faut dire que pour eux le pion rassis en chef, Manuel Valls, a décidé de siffler une bonne fois pour toutes la fin de la récréation en faisant jouer encore une fois le 49.3…
Et les oligarques seront ainsi à peine inquiétés. Encore une fois… •
Amaury Grandgil anime le blog mesterressaintes.hautetfort.com
Comment les réseaux islamistes recrutent-ils ? Quels sont leurs ressorts psychologiques ? Comment s’insinuent-ils dans les cerveaux des jeunes au point que certains rompent avec leur famille et s’en vont mener des attaques « suicide » ? Ce sont quelques-unes de ces questions auxquelles Jean-Christophe Damaisin d’Ares tente de répondre dans un court mais dynamique et didactique ouvrage, né des attentats du 13 novembre dernier. L’auteur, spécialiste des opérations d’influence, décortique les liens qu’entretiennent l’islamisme et le terrorisme, dissèque les principaux courants de l’islam et ses influences réelles ou supposées, décrit la typologie des recrues islamistes en insistant sur la perméabilité des jeunes gens, en perte de repères mais sensibles à certains messages radicaux et à l’espoir d’un futur soi-disant meilleur. Cet endoctrinement est, selon l’auteur, une opération minutieusement menée et qui ne laisse pas de place à l’improvisation : entre repérage, approche, accroche, initiation, rencontre, échanges, convictions, nombreux sont les personnes en position de faiblesse, capables de tomber dans le piège mortel du terrorisme djihadiste. Un lecteur averti en vaut deux ! •
Xavier Rousset, élève de 2° année à l’ENA, a écrit une lettre ouverte pour se plaindre qu’il faille dorénavant seulement savoir parler anglais pour entrer à l’ENA, ce qui est une aberration et une soumission de l’ENA au monde anglo-saxon ! Une très belle lettre dûment argumentée, pratiquement imparable, montrant la stupidité de la réforme projetée qui remplace le multilinguisme par l’unilinguisme ! C'est avec sympathie que Lafautearousseau publie aujourd'hui ce très intéressant courrier. LFAR
Xavier ROUSSET
Elève en 2ème année à l’ENA
Ecole Nationale d’Administration
1 rue Ste Marguerite
67080 Strasbourg
Paris, le 23 juin 2016
A l’attention de Madame Annick GIRARDIN, Ministre de la Fonction publique Copie à : Mme Nathalie LOISEAU, directrice de l’ENA
Objet : Lettre ouverte – Réforme du concours d’entrée à l’ENA rendant l’anglais obligatoire : trahison du multilinguisme, qui dessert l’ENA et menace, à terme, la langue française
Madame la Ministre,
Je tiens à attirer votre attention sur la communication trompeuse qui a été faite par votre ministère sur le multilinguisme à l’ENA lors de la réforme de l’épreuve de langues au concours d’entrée rendant l’anglais obligatoire et langue étrangère unique. L’arrêté du 16 avril 2014 pris par votre prédécesseur a pour effet que l’anglais sera (à partir de 2018) la seule et unique langue étrangère que les candidats devront maîtriser pour entrer à l’ENA. La communication de votre ministère sur le multilinguisme, une fois entré à l’ENA, relève à mon sens de l’hypocrisie (cf. la réponse du ministère de la Décentralisation et de la Fonction publique publiée dans le JO Sénat du 12/11/2015 mentionnant « l’enjeu essentiel des langues étrangères dans un cadre européen »). Dans cette communication, il n’est pas mentionné que le signal fort donné par votre ministère à l’ensemble du monde de l’enseignement secondaire et universitaire est le suivant : il est dorénavant inutile d’apprendre une autre langue que l’anglais pour entrer à l’ENA. Il en résulte une incitation très forte à poursuivre dans la voie de l’unilinguisme anglais et une démotivation pour les élèves d’apprendre dans l’enseignement secondaire une autre langue que l’anglais puisque les autres langues ne servent à rien ! La réponse du ministère sur l’apprentissage des langues étrangères -mais seulement une fois entré à l’ENA !- est donc l’arbre qui cache la forêt d’une trahison du multilinguisme.
Rendre l’anglais langue obligatoire unique au concours d’entrée n’envoie pas un signal d’ouverture de l’ENA. L’ENA est présentée par sa directrice[1] comme une « grande école de management public française ». Pourtant HEC grande école, une référence en matière d’école de management des entreprises privées, maintient deux langues étrangères obligatoires au concours d’entrée. HEC a réalisé depuis longtemps que dans le domaine des affaires, la seule langue internationale qui vaut, c’est celle de l’acheteur ! Imposer l’anglais au concours d’entrée comme seule langue étrangère, c’est oublier que la diversité linguistique permet l’ouverture sur le monde. A l’inverse, faire valoir le multilinguisme au concours d’entrée à l’ENA, c’est envoyer un signal d’ouverture aux pays membres de la Francophonie et aux autres pays étrangers non-anglophones partenaires de l’école et pourvoyeurs d’étudiants notamment au Cycle International Long, en leur montrant que leurs langues ne sont pas supprimées du concours et qu’elles ne valent pas moins que l’anglais.
La maîtrise de la langue anglaise est nécessaire au haut fonctionnaire ; mais ce n’est pas une raison pour promouvoir cette langue indûment. Pour le journaliste Jean-Pierre ROBIN[2], certes « le besoin d’un langage international est de toute époque », mais par cette réforme du concours d’entrée, « la France fait tout son possible pour la suprématie de l’anglais ». A titre d’illustration, je citerai le discours introductif de la directrice de l’ENA tenu en anglais lors de la journée de rencontre entre l’ENA et l’université allemande DUV Speyer[3]. Si le thème de la journée de rencontre était « comment aller au-delà de nos spécificités nationales pour augmenter la coopération ? »[4], le discours introductif de la directrice tenu en anglais suggérait, il me semble, la réponse: en reniant nos spécificités et nos identités linguistiques ! Certes 17 étudiants américains étaient présents dans la salle. Mais il s’agissait, sauf erreur de ma part, d’étudiants à la DUV Speyer qui ont fait le choix de venir étudier en Allemagne. Pourquoi donc les 195 élèves allemands, français et étrangers, francophones et germanophones ont dû écouter un discours introductif en anglais ? Heureusement, la journée a été conclue par un discours de Jérôme CLEMENT, ancien fondateur et président du directoire de la chaîne de télévision ARTE, en français et traduit en allemand simultané, qui a notamment rappelé l’importance du respect des spécificités linguistiques. Comme le linguiste et Professeur au Collège de France Claude HAGEGE l’a récemment écrit[5] « la langue internationale, c’est la traduction ».
Les arguments avancés par votre ministère[6] pour justifier l’anglais obligatoire au concours d’entrée sur les thèmes de l’économie budgétaire et de l’égalité de traitement sont difficilement recevables. Argument 1 : votre ministère justifie cette réforme par la nécessité pour les futurs hauts fonctionnaires de disposer d’un niveau d’anglais minimal à la sortie de l’école. Contre-argument 1: il suffit d’imposer ce niveau minimal d’anglais à la sortie de l’école et non pas à l’entrée ! En outre, cela permettrait de davantage rétribuer les efforts faits pendant la scolarité et rendus possibles grâce à l’excellente équipe pédagogique du département des langues de l’ENA.
Argument 2 : votre ministère justifie cette réforme pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats. Contre-argument 2 : de quelle égalité de traitement parle-t-on dès lors que des élèves issus du concours externe ayant étudié dans des Instituts d’Etudes Politiques sont partis en échange dans des pays anglophones, tandis que d’autres sont partis en pays lusophones, hispanophones, ou germanophones ? De même pour les élèves issus du troisième concours : certains ont travaillé huit ans au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en entreprise anglo-saxonne, tandis que d’autres ont travaillé dans une entreprise française agissant sur le seul marché français. Il est donc manifeste que, dans les nouvelles conditions de concours, les candidats n’ayant pas séjourné en pays anglophone ou travaillé dans des entreprises anglo-saxonnes se voient traités de manière inégale.
Argument 3 : votre ministère justifie cette réforme au vu des difficultés d’organisation et des coûts supplémentaires que génère l’organisation des épreuves de langue. Contre-argument 3 : d’une part ces coûts sont très faibles et l’économie avancée ne vaut pas pour les épreuves de langue à l’oral qui coûteront toujours autant d’heures de vacation, même avec une langue unique; d’autre part, l’argument des coûts est trop souvent évoqué par celles et ceux qui veulent promouvoir l’anglo-américain comme langue universelle et voir disparaitre les langues nationales (à ce titre, le journaliste Jean QUATREMER rappelle que pour le fonctionnement des institutions de l’UE avec 23 langues officielles, le coût de la traduction n’est que de 60 centimes d’euros par an et par citoyen européen[7]); enfin, avancer l’argument économique c’est oublier que l’homme européen ne vit pas que de pain, mais aussi de sa langue, de sa culture et de son identité. Utiliser l’argument économique, c’est mélanger le bien commun avec le bien marchand.
Cette trahison du multilinguisme est un coup fatal porté à la langue française alors qu’il conviendrait de remettre la langue anglaise à sa juste place. Si l’ENA a quitté Paris pour s’implanter à Strasbourg, c’était notamment pour contribuer au rayonnement de la langue française, de la pensée française à Strasbourg au cœur de l’Europe, et non pas pour contribuer à l’américanisation de l’Europe. L’ENA doit être un phare francophone sur le Rhin, ouvert au multilinguisme : elle doit briller de tous ses feux par son excellence « à la française » et non pas se coucher devant l’anglo-américain. D’ailleurs il est nécessaire -comme l’ont suggéré Claude HAGEGE et Maurice DRUON, ancien Secrétaire perpétuel de l’Académie française- de rappeler les inconvénients de la langue anglaise du fait de son imprécision, notamment sur le plan administratif et juridique (à titre d’exemple, la résolution 242 de l’ONU dans le conflit israélo-palestinien ; ou cet accident d’avion survenu le 29 décembre 1972 en Floride suite à la réponse de la tour de contrôle « turn left, right now !»). Votre ministère devrait donc laisser et remettre l’anglais à sa juste place, plutôt que lui dérouler le tapis rouge.
Cette réforme va à l’encontre du multilinguisme souhaité et pratiqué dans l’Union Européenne. Dans les traités, la politique linguistique de l’UE a pour objectif le multilinguisme. D’ailleurs l’Union européenne -comme la quasi-totalité des Etats membres de l’ONU à deux exceptions près dont les Etats-Unis- a adhéré à la convention de l’UNESCO d’octobre 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles dont le préambule rappelle que « la diversité linguistique est un élément fondamental de la diversité culturelle ». La Commission européenne cherche à promouvoir l’apprentissage des langues avec pour ambition que chaque citoyen maîtrise au moins deux langues étrangères en plus de sa langue maternelle. Plusieurs institutions de l’UE ont plusieurs langues de travail : la Commission et l’Office européen des brevets utilisent trois langues officielles (l’anglais, le français et l’allemand) ; le Parlement européen se doit d’assurer un multilinguisme intégral pour l’ensemble des séances plénières, etc. Dès lors, réserver une place à part à l’anglais - notamment par rapport à l’allemand- ne se justifie nullement.
En conclusion cette réforme, comme les réactions très vives l’ont montré, dessert le multilinguisme et, par conséquent, la langue française. Cette réforme ne contribue pas au rayonnement international de l’ENA et n’envoie pas un message d’ouverture, mais bien au contraire un message de soumission de la haute administration française à Washington et au monde anglo-saxon.
Je me tiens à votre disposition, Madame la Ministre, pour toute précision que vous souhaiteriez recevoir de ma part et vous prie de croire en l’assurance de ma très haute considération.
Xavier ROUSSET •
[1] Interview de N. LOISEAU dans Les Echos (22/03/2016)
[2] Le Figaro, article du 23/02/2016, http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/02/23/31002-20160223ARTFIG00358-la-france-fait-tout-son-possible-pour-la-suprematie-de-l-anglais.php
[3] Le 10 juin 2015 dans les locaux de l’ENA à Strasbourg
[4] Traduit du programme de la journée, édité en anglais
[5] L’Express, le 28/03/2012, http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html
[6] La réponse de votre prédécesseur publiée au JO Sénat du 12/11/2015
[7] Libération, le 20/04/2016, http://www.liberation.fr/planete/2016/04/20/le-jeu-dangereux-d-une-ue-anglophone_1447552
Eclairer sur l'Islam, former et conseiller, tel est l'objet spécifique de cette publication dont Lafautearousseau recommande la lecture et qu'il est bon de soutenir. LFAR
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Nous l'avons déjà évoqué, dans Lafautearousseau : Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de gauche, a récemment formulé le vœu qu'une rue de Paris porte le nom de Maximilien de Robespierre. Mais qui était-il ? Dans un intéressant entretien donné à Figarovox [20.06], l'historien Patrice Gueniffey souligne, notamment, la responsabilité que le révolutionnaire porte dans la Terreur. LFAR
Quelle place Robespierre occupe-t-il dans la mémoire républicaine ?
Le consensus républicain sur la Révolution française, au début de la IIIe République, s'est fondé sur l'exclusion de Robespierre du Panthéon des grands hommes de la décennie 1789-1799. Cette interprétation, forgée par les Thermidoriens dès le lendemain de la chute de Robespierre, a été popularisée par les manuels scolaires canoniques (Lavisse, Malet et Isaac) de la Belle Epoque. La IIIe République acceptait tout de 1789 à la chute des Girondins (juin 1793), et triait dans la période qui commence en juin 1793. Elle acceptait Danton et Carnot, qui représentaient la défense nationale, et refusait Robespierre, qui incarnait la guerre civile et la Terreur. Par ailleurs, le culte de l'Etre suprême cher à l'Incorruptible était suspect aux yeux de ces anticléricaux. C'est à l'occasion du centenaire de la Révolution, en 1889, qu'est érigée la statue de Danton place de l'Odéon à Paris. Le représentant de cette sensibilité parmi les historiens de l'époque, c'est Alphonse Aulard.
Pourtant, Clemenceau et Jaurès revendiquaient « l'Incorruptible » ?
Oui, mais l'un était radical et l'autre socialiste, donc beaucoup plus à gauche que les « pères fondateurs » de la IIIe République (Jules Ferry, Jules Grévy, Jules Simon, etc.). Après eux, le PCF va batailler pour réintégrer Robespierre dans la mémoire glorieuse de la Révolution. L'historien Albert Mathiez est l'interprète de cette thèse à l'université. Il célèbre l'Incorruptible en raison même de la Terreur, instrument, à ses yeux, de l'égalité sociale projetée par Robespierre. Et il est vrai que celui-ci préconisait un impôt progressif sur le revenu, idée qui révulsait jusqu'aux Montagnards respectueux de la propriété privée.
Les pétitionnaires qui demandent une rue Robespierre à Paris reprennent donc une revendication classique des communistes ?
En effet, mais sans l'assumer. Le PCF, du temps de sa puissance, réclamait une rue Robespierre à Paris (il y en a, et même une station de métro, dans les anciens bastions communistes) en se fondant sur son action, laquelle incluait la Terreur. Aujourd'hui, leurs épigones demandent une rue Robespierre en alléguant qu'il n'était pour rien dans la Terreur. C'est le paradoxe: ces pétitionnaires rabaissent le rôle historique de l'Incorruptible afin de le défendre. Ils le rapetissent pour le rendre plus présentable. En somme, c'est une réhabilitation de la Terreur qui n'ose pas se revendiquer comme telle, avec des arguments sommaires. Une sorte de Nuit Debout appliquée à l'interprétation de la Révolution.
Sur le fond, Robespierre était-il responsable de la Terreur ?
Robespierre est l'un des responsables, parmi d'autres, de la Terreur qui a débuté en 1793. A l'époque, d'autres (Fouché, Tallien, Barras), envoyés en mission en province, sont beaucoup plus directement responsables de massacres. En revanche, Robespierre est le principal responsable de la Terreur pendant la période qui va de l'exécution de Danton en avril 1794 à sa propre chute en juillet. La loi du 22 Prairial (10 juin 1794), la plus terroriste de la Révolution, est son œuvre et inaugure la Grande Terreur. Elle supprime les rares garanties procédurales encore accordées aux accusés. Et le tribunal révolutionnaire n'a qu'une alternative: l'acquittement ou la mort. Dès lors, la guillotine fonctionne à une cadence exponentielle. Jusqu'alors, les partisans de la Terreur l'avaient justifiée par les circonstances exceptionnelles (la nécessité de punir les ennemis intérieurs et extérieurs). A partir de Prairial, et par la volonté directe de Robespierre, la Terreur devient consubstantielle à la Révolution. La Terreur n'a plus d'objectif précis ni de fin assignée. Son objectif est de paralyser toute opposition, mais elle multiplie aussi les adversaires de Robespierre, qui ont peur pour leur tête. C'est une période où il n'y a plus ni lois ni règles. Le seul enjeu, pour les conventionnels, c'était de rester en vie.
Diriez-vous que la Grande Terreur a été une expérience proto-totalitaire ?
Oui, cette période a vu l'invention du phénomène idéologique tel qu'on le verra ensuite dans d'autres révolutions. Du reste, Lénine s'en est inspiré pour élaborer sa théorie de la conquête du pouvoir et de la terreur comme instrument au service de la révolution. Pour que l'hécatombe se transforme en un massacre sans exemple dans l'histoire, il ne manquait rien: il y avait une idéologie, une rhétorique du bouc émissaire, la paranoïa révolutionnaire, le culte du chef (l'Incorruptible), des comités, des tribunaux d'exception, un système de surveillance et de délation généralisé. Il ne manquait qu'une chose: le parti. Les jacobins, malgré leurs efforts, n'ont jamais réussi à former un parti homogène et centralisé. Heureusement. Ce qui fait le grand intérêt de Robespierre, c'est précisément la responsabilité, en grande partie, de la Terreur. Il incarne, d'une façon presque «chimiquement» pure, l'idée moderne de la révolution et de la table rase. •
Grand historien de la Révolution française et de l'Empire, Patrice Gueniffey, ancien élève de François Furet, est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Parmi ses ouvrages qui ont le plus marqué figure « La Politique de la Terreur. Essai sur la violence révolutionnaire, 1789-1794 » (Fayard, 2000) . Son dernier livre, « Bonaparte » (Gallimard, 862 p., 30€), a reçu le grand prix de la biographie historique 2013.
Stéphane Bern, le Ministre Emmanuel Macron et le Prince Jean de France
Le 10 juin dernier, S.A.R. Le prince Jean de France à répondu présent à l’invitation de Stéphane Bern pour l’inauguration de son Musée dédié aux Collèges royaux et militaires au sein du Domaine du Collège militaire royal de l’Abbaye de Thiron-Gardais. (le Prince avait assuré la présidence du comité d’honneur lors du 900e anniversaire de la fondation de l’Abbaye de Thiron-Gardais en 2014).
Pour cette inauguration, étaient également présents : la princesse Constance et le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, ainsi que deux ministres du gouvernement, la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, et le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, accompagné de son épouse.
En décembre 2012 Stéphane Bern, dont nous connaissons tous la passion pour l’histoire, a acheté ce qui restait de l’ancien Collège royal et militaire, lui-même issu de certaines dépendances de l’abbaye de Thiron-Gardais au conseil départemental d’Eure-et-Loir qui n’avait pas les moyen de le restaurer. Après presque 4 ans de travaux de restauration, le domaine composé d’une ancienne abbaye du XIIe siècle, d’un collège bénédictin devenu plus tard, en 1776, l’un des douze collèges royaux de France sous Louis XVI, ainsi que des jardins, sublimes, signés par le paysagiste Louis Benech, à qui l’on doit entre autre les jardins des Tuileries, reprend peu à peu vie grâce au dynamisme de son nouveau propriétaire. Le musée et les jardins ouvriront au public dès le 6 juillet prochain •
Le prince Jean de France, la princesse Constance et le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme
Mardi soir [28 juin], David Pujadas clôt son Journal sur un petit reportage, assez bien fait, d'ailleurs, sur le tableau Le radeau de La Méduse. On aime ou on n'aime pas Géricault, mais, au début, « la voix » se cantonne à l'art lui-même : bon; peu à peu, on sent que l'arrière-fond politique va arriver, les allusions montent, « la voix » s'extasie sur le fait que Géricault ait mis un noir au centre et au sommet du tableau : « c'est lui, le héros du tableau », dit « la voix », à laquelle il ne manque que le sanglot, et qui ne se rend évidemment pas compte - dans la plus parfaite bonne conscience qui caractérise, justement, les « bonnes consciences » auto-proclamées... - qu'elle fait du racisme inversé, aussi misérable que l'autre.
Mais le pire est à venir : In cauda venenum, ce sont les dernières paroles qui se veulent assassines : l'affaire se passait sous la Restauration, le commandant du navire ne naviguait plus depuis vingt ans, et il était royaliste; vive donc le grand, l'immortel Géricault, bon républicain, lui, qui dénonce le fait, dans son tableau, non moins immortel (du moins, pour « la voix »).
Fermez le ban, la messe est dite (pardon, Robespierre !), les méchants et mauvais royalistes sont sonnés, renvoyés dans les cordes par « la voix » : tout est bien qui finit bien, nous sommes en République et nous vivons dans le meilleur des mondes : ouf, on a eu très peur mais ces temps-là sont révolus, on est sauvés !
Sauf que...
Sauf que cette pauvre « voix » omet de parler du « tout », du contexte, ce qui est le devoir le plus élémentaire de tout historien, fût-il d'art.
Et, si l'on replace ce fait divers tragique dans son ensemble, on est bien obligé d'admettre une vérité fort dérangeante pour le Système établi, qui trouve ses fondements dans la Révolution (cf le préambule de notre actuelle Constitution). Car cette funeste Révolution a déstabilisé tout un pays - la France - et même tout un continent - l'Europe -, pendant plus de vingt ans. En France, même, elle a fait environ huit cent mille victimes (avec le Génocide vendéen), auxquels elle a ajouté le million et demi de jeunes Français morts - pour rien - pendant les inutiles guerres napoléoniennes.
Comment voudrait-on que cette monstrueuse saignée humaine - inédite dans l'Histoire - n'ait pas produit un grand nombre de dégâts collatéraux, privant le pays d'un très grand nombre de citoyens qualifiés, dans tous les domaines, et notamment dans la Marine : l'exemple peut-être le plus frappant étant, bien sûr, celui du chevalier de Charette (ci contre) entré au Gardes Marines en 1779, lieutenant de vaisseau à l'âge de vingt-quatre ans, et comptant onze campagnes à son actif en à peine trois ans (Amérique, Mer du Nord, Russie, Barbaresques...). Roi de la Vendée, « laissant percer du génie » - comme le disait Napoléon - il sera misérablement fusillé à Nantes, en 1796.
La Révolution a ainsi décapité tous azimuts, et le peuple de France et ses élites, Bonaparte continuant le travail jusqu'en 1815. Comment voudrait-on qu'une telle folie sanguinaire n'ait pas eu de conséquences ? Et que l'on n'ait pas manqué de cadres lorsque, enfin, les Bourbons revinrent sur le trône ?
Certes, l'épisode du naufrage de La Méduse n'est pas glorieux, et aurait pû, et dû, être évité. Mais Louis XVIII avait tant à faire - et il le fit si bien - qu'il est malhonnête, comme l'a fait « la voix » du JT de France2 d'étendre aux royalistes le choix malheureux d'un homme qui certainement, dans des conditions normales, n'aurait pas été choisi pour commander un navire, quel qu'il soit.
Qu'est-ce que j'en sais ? Ceci : avant la Révolution, la France de Louis XVI est maîtresse absolue des mers. Elle vient de vaincre les Anglais et sur terre et sur mer, ce qu'aucun roi de France n'avait fait jusqu'alors, pas même Louis XIV, le plus grand roi du monde. La Royale vient de faire traverser l'Atlantique - aller-retour - à toute une armée française, au nez et à la barbe des Anglais, qui n'en purent mais. Et les Etats-Uniens d'aujourd'hui savent très bien que c'est cette armée qui, débarquée sur le sol américain, vainquit les Anglais, ce qui aurait été impossible aux Insurgents, réduits à leurs propres forces.
Et, à peine quinze ans après, ce pauvre Napoléon fut incapable de faire traverser à son armée les malheureux trente kilomètres séparant, par la Manche, la France de l'Angleterre.
Que s'était-il donc passé, pour expliquer un tel retournement de situation ? Oh ! rien : la Révolution. Puis l'auto-sabordement par une République d'incapables de notre flotte, maîtresse des mers, en deux temps-deux désastres : Aboukir (où nos bateaux non coulés furent tout simplement recyclés dans la Royal Navy !...), puis Trafalgar, où le reste de notre puissance descendit au fond de l'eau, laissant pour plus d'un siècle la suprématie mondiale aux Anglais.
Alors, c'est bien beau de ne pas apprendre l'Histoire aux Français; c'est bien beau, même, de leur en raconter une mensongère et travestie - quand d'aventure on leur en parle. Il n'empêche : les faits sont les faits, et ni Géricault, ni le mauvais esprit, ni les mensonges n'y changeront rien. Si la France a perdu son rang, c'est à la Révolution qu'elle le doit, puis, depuis 1875, à l'instauration de la funeste République, malheureusement devenue son Régime, un Régime dégénérant en un monstrueux Système, qui - tel un virus - poursuit son oeuvre de déconstruction nationale encore aujourd'hui... •
Propos recueillis par Daoud Boughezala et Frédéric Rouvillois, repris de Causeur [1.07]
Pierre Boutang ayant littéralement appris à lire dans l’Action française, en quoi cela a-t-il conditionné son rapport au roi comme figure de l’autorité ?
Stéphane Giocanti*.Chez Boutang, l’image du roi se superpose affectivement à celle du père et à celle de Maurras – servir le roi et la France était pour lui une dette à l’égard de son propre père maurrassien appelé lui aussi Pierre Boutang ! L’intuition métaphysique s’ancre ainsi souvent dans les circonstances de l’existence. Si l’histoire personnelle de ce fils rend compréhensible sa théorie royaliste, on peut aussi l’interpréter comme une limite – que Boutang n’interroge pas vraiment. Mais ses Carnets inédits révèlent une inquiétude à propos de son destin : « Si mon père n’avait pas connu l’A.F. Pour lui. Pour moi. » Ce lien excessif comparable à l’amour passion aura constamment laissé Boutang dans un état d’enfance : une très grande capacité d’étonnement et d’enthousiasme, mais aussi de vulnérabilité et de crainte.
Pour vulnérable qu’il fût, Boutang n’a jamais cédé aux sirènes du fascisme, à la différence de ses camarades d’Action française, Brasillach ou Rebatet. Comment l’expliquez-vous ?
La sensibilité chrétienne et une certaine idée du Pauvre, étaient déjà agissantes en 1940 lorsque Boutang détourna Maurice Clavel du doriotisme et l’amena au royalisme et à Maurras en personne. Son ancrage maurrassien contribua à détourner Boutang de la tentation fasciste ou totalitaire qui s’exerçait sur sa génération : ancré sur des principes traditionnels, le respect des mesures passées (proposées par l’histoire de la monarchie française elle-même), le fédéralisme, mais aussi sur une forme d’empirisme politique, Maurras s’oppose en son fonds au fascisme qui est à la fois jacobin et socialiste, axé sur le culte du chef, de la force, de l’État et de la jeunesse. Quant au « pauvre Brasillach », Boutang l’a en vérité peu connu, et peu aimé. Il ne lui pardonnait pas son admiration pour les défilés de Nuremberg, et s’il tenta d’obtenir des signatures pour sa grâce en 1945, c’était surtout parce qu’il savait que des personnages plus compromis que Brasillach passaient à travers les filets de l’épuration.
Sous Vichy, Boutang a condamné les persécutions antijuives tout en soutenant la Révolution nationale. Si Boutang fut révoqué de l’Éducation nationale à la Libération, est-ce en raison de ses atermoiements ?
Boutang n’a jamais exercé aucune fonction officielle à Vichy. Il s’est entremis pour faire libérer Jean Wahl des griffes allemandes en 1940, il a rejoint le Maroc dès 1941 et participé, à sa mesure, à la préparation du débarquement américain de 1942 au Maroc. Certes, Boutang a maintenu une fidélité morale au maréchal Pétain comme beaucoup de Français de son époque, mais il a objectivement servi les Américains et le général Giraud, pour lequel il a travaillé, comme chef de cabinet de Jean Rigault au ministère de l’Intérieur. Giraud était alors condamné par Vichy. Joué par l’histoire, Boutang a servi de Gaulle sans l’avoir voulu, en se plaçant du côté du monde libre. D’ailleurs, s’il fut révoqué sans pension en 1944 – et pendant vingt-trois ans – c’est en raison de la lutte acharnée entre giraudistes et gaullistes à laquelle sa contribution reste obscure. Malgré cette exclusion purement politique, il servit le drapeau jusqu’en 1945, année de sa démobilisation.
Boutang fut un antisémite virulent avant-guerre avant de terminer en fervent soutien d’Israël. Quel est le ressort de cette évolution ?
Boutang fut antisémite jusqu’en 1955 environ. Plusieurs articles d’avant-guerre, son pamphlet La République de Joinovici (1949), relèvent du courant antisémite qui va de Drumont à Bernanos, plus encore qu’ils ne prolongent l’antisémitisme dit « politique » de Maurras. Pourtant, en 1936, son témoin de mariage, Adrien Benveniste, était juif. L’étude de la Bible, la découverte de la mystique juive, sa lecture des commentaires de Rachi, contribuèrent à faire de lui un judéophile autour de 1955, de plus en plus loin de « l’antisémitisme d’État ». On retient cette date symbolique parce qu’elle correspond à l’année de lancement de son hebdomadaire La Nation française. Boutang évolue donc très en avance par rapport à l’Église catholique, qu’il a peut-être influencée parallèlement à Maritain. Si Boutang cherchera toujours à comprendre (non à justifier) l’antisémitisme de Maurras, au risque de contorsions parfois discutables, et si la notion de « repentance » échappe généralement à sa génération, il n’en demeure pas moins que la haine des Juifs lui est apparue comme une faute morale et un péché détestable du point de vue chrétien. En 1967, pendant la guerre des Six Jours, il soutint énergiquement Israël, et entraîna Gabriel Marcel dans son combat.
Dix ans plus tôt,Boutang a-t-il vu dans la Ve République gaulliste la monarchie républicaine dont il rêvait ?
On pourrait écrire facilement une histoire des variations gaullistes et antigaullistes de Boutang ! Ce dernier a tout d’abord appuyé de ses idées, de ses articles à La Nation française et de son influence la victoire gaulliste de 1958. Penseur de la légitimité autant que Michel Debré, Boutang a de fait inventé le « monarcho-gaullisme » dont tant d’historiens ont parlé récemment. Son adhésion relative à la Ve République n’empêcha pas Boutang de demeurer royaliste et de maintenir sa vie durant sa critique de la démocratie. Mais l’exercice de la Ve République l’a dégoûté à propos de l’affaire algérienne. En 1961-1962, ses articles sont furieusement antigaullistes. Pour autant, déchiré par les événements et par les scissions qui éclatèrent à la rédaction de la Nation française, il n’adhéra pas à l’OAS, et en condamna les méthodes. Le « mieux » apporté par les institutions de la Ve République ne suffit donc pas à Boutang, parce qu’il défend un principe politique issu non de l’opinion, mais de la légitimité, et qu’un pouvoir légitime ne peut selon lui réussir que sur la durée. Mes conversations avec lui m’ont fait comprendre que Boutang admettait l’idée d’une démocratie couronnée à l’anglaise, même si cela ne correspondait pas exactement au modèle qu’il préconisait. Il resterait à savoir si une monarchie peut s’établir selon des modèles préparés: c’est un problème de restauration…
Pour conclure, pourrait-on dire de Pierre Boutang qu’il fut un philosophe catholique ?
Il fut un philosophe, un métaphysicien et (même si ce mot est rare), un ontologicien. Boutang disait que sa philosophie était croyante, et que sa foi était philosophante. On ne peut pas résoudre mieux la question, ni mieux repousser le piège des étiquettes. Je dirais pour ma part qu’il fut un penseur chrétien dont le travail parle aussi bien à un catholique qu’à un orthodoxe ou un anglican – et au-delà, à tout lecteur. Il s’est servi de Thomas d’Aquin comme d’un maître qui aurait formulé des positions équilibrées là où Boutang aurait pu facilement se laisser aller à l’hétérodoxie. Là où Boutang me semble intéressant, c’est dans son Purgatoire – roman que le grand éditeur Raphaël Sorin place à côté de l’Ulysse de Joyce et de L’homme sans qualités de Musil. Il s’agit du chef d’œuvre du roman anti-pharisien, à la fois œuvre de conversion (tout chrétien vrai se convertit chaque seconde) et louange, dans le sillage des Confessions d’Augustin. Ce Boutang-là passe encore inaperçu, alors que c’est peut-être lui qui est le plus bouleversant et le plus attachant. Derrière certaines phrases du Purgatoire, il y a des positions philosophiques ou théologiques longuement méditées, que seules des notes très savantes pourraient expliciter et référencer. Enfin, il me semble que le Boutang militant catholique est un de ses masques et l’une de ses comédies – comédies dans lesquelles il s’efforçait de croire, sur le moment. La vérité se trouve dans ses Cahiers (dont l’essentiel sera publié au Cerf d’ici un an) : Boutang ne se sent nullement meilleur que les autres – plutôt pire, parfois. Il témoigne de ses péchés, montre une incroyable vulnérabilité, qui est celle d’un enfant, et d’une inquiétude métaphysique parfois oppressante. Cela vaut mieux que certaines de ses injustices et fulminations, commises au nom d’une foi aussi robuste que celle de Bossuet. •
* Écrivain et historien de la littérature, Stéphane Giocanti vient de publier Pierre Boutang, Éd. Flammarion, 2016.
Vendée créole - La chouannerie en Martinique, Odile de Lacoste Lareymondie, Via romana, 2015, 89 pages, 15 euros
Quatrième de couverture :
Histoire inconnue du grand public et ignorée des manuels scolaires, la victoire de la Vendée créole contre la République en 1794 fut celle des blancs, mulâtres et noirs unis dans une même résistance à la barbarie révolutionnaire.
Mais quelles furent les motivations, les figures et les campagnes de cette armée fidèle à son Dieu, fidèle à son roi ? Qui connaît encore l'incroyable destinée de son chef, Bernard de Percin, le Charette de la Martinique, celle de Dubuc de Marcoussy le fier artilleur, de Sainte-Catherine et Montlouis Jaham à la tête de leurs compagnies d'hommes de couleur ?
L’écrivain Maurice Georges Dantec est mort samedi soir à Montréal au Québec, où il s’était installé depuis longtemps, fuyant, semble-t-il, une France où il n’était plus guère à l’aise. Qu’on le veuille ou pas, qu’on l’ait aimé ou détesté, il faut se rendre à l’évidence que la littérature est, bel et bien, en deuil, parce que le défunt l’avait admirablement servie, avec une liberté supérieure. Provocateur né, il était porté aux sentiments extrêmes, et l’air qu’il respirait était celui des grands espaces métaphysiques, voire apocalyptiques. Il définissait un de ses romans Villa Vortex, comme une parabole sur la création du monde, sur la chute, sur la Genèse. Et il n’hésitait pas à se réclamer de la théologie. Et tenez-vous bien, il se définissait comme catholique intégral.
Un critique littéraire du Figaro parlait à son endroit de catholicisme sauvage. « Mon catholicisme, déclarait-il au même journal en 2003, c’est celui du Christ, de saint Paul, de saint Jean, des Pères de l’Église : Tertullien, Origène, saint Hilaire, saint Athanase… tous ceux qui, entre 0 et 600 ont bâti le corpus christologique. » Il n’était pas tendre avec les fadaises d’un christianisme light contemporain. Ce n’est pas pour autant qu’il faut le considérer comme un Père de l’Église pour aujourd’hui. Néo-réactionnaire revendiqué, il était sans doute souvent injuste, excessif, scandaleux parfois. Rien ne lui faisait plus plaisir que d’être comparé à notre Léon Bloy, qui lui aussi ne craignait pas une certaine brutalité morale. Mais l’univers bernanosien, qui peut servir également de modèle de comparaison, n’était-il pas marqué par une volonté de porter à l’extrême la noirceur du monde, avec une déformation heurtée de la réalité qu’on a pu rapprocher de l’art expressionniste du début du XXe siècle ?
Dantec forçait encore la note. A-t-il pu ainsi ouvrir un registre mystérieux à ses lecteurs, que la culture actuelle avait enfermée dans la clôture d’une intériorité nihiliste ? Au moins aura-t-il secoué sérieusement ses contemporains, en se servant de l’instrument littéraire en virtuose et en sombre prophète. C’était le contraire d’un tiède, et son incandescence le vouait au paradis des plus fortes espérances. •
Publié en 1983, Le Radeau de Mahomet annonçait dans une large mesure les problèmes à venir. Un ouvrage mal accueilli par la caste journalistique, largement acquise à une islamomanie acritique.
PAR PÉRONCEL-HUGOZ
Œuvrant en terre d'Islam depuis 1965 (administrateur civil, correspondant ou envoyé spécial du Monde, directeur de collection éditoriale et, à présent, chroniqueur au 360, un des principaux quotidiens marocains en ligne), Péroncel-Hugoz n'est sans doute pas le plus mal placé pour décrire le sort des chrétiens vivant sous autorité musulmane.
« J'ai pu toucher du doigt la condition de demi-citoyens des coptes et autres chrétiens, les discriminations quotidiennes dans la rue, à l'école, dans l'administration... »
Je n'avais pas non plus encore examiné invivo la dhimmitude au quotidien. En Égypte, je fus peu aidé en cela par le mutisme des coptes, sans doute par honte vis-à-vis d'un chrétien « libre », et par crainte de représailles de la part de musulmans glosant haut et fort, eux, devant les Occidentaux, sur la « tolérance » de leur religion, alors que nous, nous avions eu les Croisades, l'Inquisition, le Colonialisme, le Nazisme et tout le saint-frusquin... Aidés par une puissante cohorte d'intellos marxistes, huguenots, juifs, cathos de gauche, etc., ceux des mahométans songeant déjà à une Reconquista à l'envers de l'Europe latine, avaient vite compris qu'en culpabilisant leurs adversaires potentiels, ils les affaibliraient d'autant. La « cohorte », elle, comptait secrètement sur le pouvoir électoral des « masses musulmanes » - et ça continue sous nos yeux en France, Espagne, Belgique, etc. - pour installer durablement au gouvernement la gauche socialiste...
ANAOUATI ET 8OUIROS-GHALI
Cc furent, au Caire, au milieu de la décennie 1970, le père Georges Anaouati, fameux érudit dominicain égypto-levantin, conseiller culturel de Jean-Paul II, et un autre érudit oriental, Mirrit Boutros-Ghali, fondateur de la Société d'archéologie copte, qui m'ouvrirent définitivement les yeux sur la terrible réalité de la dhimmitude. Désormais, en Orient, je passai une partie de mon temps à parcourir quartiers et villages mixtes où je touchai mille fois du doigt la condition de demi-citoyens des coptes et autres chrétiens, les discriminations quotidiennes dans la rue, aux champs, à l'école, dans l'administration, etc. C'est en outre parmi les coptes que je trouvai les pauvres des pauvres, même si la misère frappait aussi de nombreux musulmans. Comme je rapportais mes tristes constats à Anaouati, il me donna une sorte d'ordre : « Écrivez tout ça ! ». Et ce fut, en 1983, Le Radeau de Mahomet, où je développais ce que j'avais déjà esquissé dans Le Monde sur la situation de la Chrétienté orientale. Si j'eus le soutien de mes supérieurs hiérarchiques, type André Fontaine ou Michel Tatu, nombre de mes confrères, au Monde et ailleurs, au nom d'un « Islamo-progressisme » imaginaire, nièrent les faits que je rapportais...
DE MORSI A SISSI
En Égypte, bien sûr, mais là où me conduisaient aussi d'autres reportages : Libye, Soudan. Yémen Pakistan, Brunei, et même dans les soi-disant États « laïques » de Syrie, Irak ou Turquie, je découvrais, peu à peu, la condition dihimmie : pas de mariage ni même de flirt avec une « vraie croyante » alors que tout mâle musulman a le droit d'épouser juives ou chrétiennes dont les enfants seront obligatoirement islamisés ; pour celles de ces épouses ayant conservé leur foi native, en cas de veuvage, aucun héritage ni aucune garde des enfants; impossibilité pour les dhimmis d'accéder à certaines professions « délicates », comme la gynécologie ou bien à des postes politiques réellement importants : le célèbre Boutros Boutros-Ghali, au rôle diplomatique mondial, ne dépassa jamais chez lui le rang de « ministre d'État » qui, au Caire, équivaut à « secrétaire d'État ».
Le « laïc » Nasser aggrava encore la dhimmitude en interdisant aux chrétiens d'enseigner l'arabe, « langue du Coran » ; en contrepartie, si on peut dire, il interdisit à ses coreligionnaires les manifestations festives trop bruyantes lors des conversions de coptes à l'Islam. Subsistèrent les mille mesquineries paperassières, légales ou non, imposées aux constructeurs de la moindre chapelle tandis que le gouvernement continuait à encourager l'édification de nouvelles mosquées.
Sous Sadate les attentats antichrétiens se multiplièrent tandis que le pape copte qui avait eu le toupet de se plaindre était assigné à résidence...
Lors du renversement du président islamiste élu, Morsi, en 2013, par le maréchal Sissi, des musulmans passèrent leurs nerfs en détruisant en deux jours plus de cent édifices chrétiens dans la vallée du Nil, soit plus que durant toute la conquête arabe de cette région en 639... J'avais un jour demandé à un jeune prêtre cairote comment tant de ses coreligionnaires avaient pu résister depuis plus de 1000 ans à l'islamisation, laquelle, d'un coup, simplifie la vie. Il me répondit sans hésiter : « Nous prions ! ». •
EN IMAGES - Vienne fête le centième anniversaire de la mort de François-Joseph. La capitale autrichienne, aujourd'hui, bénéficie d'une qualité de vie qui tient aussi au cadre majestueux légué par les grands travaux d'urbanisme de cet empereur. Jean Sévillia nous fait visiter cette capitale européenne [Figarovox 24.06] à laquelle la France est liée par de nombreux liens de mémoire et autres, contemporains. LFAR
A Vienne, dans les magasins pour touristes, François-Joseph et l'impératrice Elisabeth tournent ensemble sur les présentoirs de cartes postales, pendant que leur effigie figure sur des boîtes de chocolats, des puzzles, des porte-clés, des tee-shirts et des statuettes, sans oublier les boules de verre avec de la fausse neige. Si le kitsch Habsbourg fait marcher le commerce, il y a, Dieu merci, plus sérieux pour célébrer le centième anniversaire de la mort de François-Joseph, disparu en 1916, au mitan de la Première Guerre mondiale. Dans la capitale autrichienne, les librairies proposent des piles de biographies, d'albums et de magazines historiques qui lui sont consacrés, tandis que se tiennent quatre expositions, une cinquième étant proposée dans le château de Niederweiden, à 50 kilomètres à l'est de la ville (lire notre carnet de voyage,p. 79). Impossible, en ce moment, de se rendre à Vienne et d'ignorer que 2016 est une année François-Joseph. Mais, à part ses favoris immaculés et le surnom de son épouse (Sissi), qu'est-ce que le visiteur connaît de lui? Et mesure-t-on bien tout ce que le visage actuel de Vienne doit à cet empereur?
Né en 1830, François-Joseph est le petit-fils de François Ier, l'adversaire malheureux de Napoléon. C'est en 1848 qu'il accède au trône, à la faveur de l'abdication de son oncle Ferdinand Ier, chassé par la révolution. Par la force des armes, le jeune souverain rétablit la puissance autrichienne en Lombardie et en Hongrie, où l'insurrection est matée avec l'appui des Russes. Cette première partie du règne impose un régime autoritaire, opposé aux aspirations libérales ou nationales. A Solferino, en 1859, François-Joseph perd la guerre contre Napoléon III, et doit céder la Lombardie au royaume de Piémont. Une déroute qui le contraint, à l'intérieur, à l'ouverture vers le fédéralisme. En Allemagne, l'empereur doit composer avec la prépondérance de Berlin, rivalité qui débouche sur un conflit clos par la défaite autrichienne devant les troupes prussiennes, à Sadowa, en 1866. Un nouveau revers qui pousse François-Joseph à un nouveau changement manifesté par des concessions aux Magyars. Entichée de la Hongrie, l'impératrice Elisabeth contribue à cette politique. En 1867, le compromis austro-hongrois place l'empire d'Autriche et le royaume de Hongrie sur un pied d'égalité, l' empereur et roi gouvernant la double monarchie avec trois ministres communs.
Arnaud RobinSuivront quarante années de paix: l'apogée du règne. Un temps néanmoins traversé de tensions intérieures et de drames familiaux: l'exécution du frère de François-Joseph, Maximilien, au Mexique (1867) ; le suicide de son fils unique Rodolphe à Mayerling (1889) ; l'assassinat de l'impératrice Elisabeth par un anarchiste italien à Genève (1898). Et, pour finir, l'assassinat de son neveu François-Ferdinand par un révolutionnaire serbe, à Sarajevo, en 1914. Cet attentat obligera l'Autriche à réclamer réparation à la Serbie, déclenchant, par le jeu des alliances, la Première Guerre mondiale. Lorsqu'il meurt, en 1916 - laissant la couronne à son petit-neveu, Charles Ier, qui régnera jusqu'en 1918 - François-Joseph est âgé de 86 ans. Il a été empereur pendant soixante-huit ans et a vu 150 autres souverains régner en Europe, puis disparaître.
François-Joseph incarne un pan de l'histoire de l'Europe, de l'histoire de l'Autriche et de l'histoire de Vienne. Son nom est un mythe, un mythe historique, culturel, littéraire et cinématographique. Ce mythe existait du vivant du souverain dont le portrait ornait chaque bâtiment officiel, chaque maison, chaque auberge. Après l'effondrement de l'empire, l'Autriche, paradoxalement, était un pays neuf. Non seulement en raison de la forme républicaine de l'Etat, mais parce que le territoire délimité par les frontières de 1919 n'avait jamais existé comme un pays indépendant, l'Autriche étant jusqu'alors le berceau de l'empire d'Autriche auquel elle avait donné son nom. Aussi ceux des Autrichiens qui doutaient de la solidité de leur nouveau pays et de sa capacité à résister au voisin allemand, surtout après 1933, se raccrochaient-ils au mythe François-Joseph. Sans être lié nécessairement à une nostalgie monarchique, le souvenir du vieux souverain ramenait l'image rassurante d'une Autriche forte, prospère et sûre, contrastant avec les menaces du moment. Chez Franz Werfel, Robert Musil, Joseph Roth ou Stefan Zweig, la littérature autrichienne d'alors abonde en livres ressuscitant «le monde d'hier».
La statue de François-Joseph dans le Burggarten, qui était autrefois le jardin privé de l'empereur. C'est aujourd'hui un lieu d'agrément très prisé.
Après la Seconde Guerre mondiale, le mythe est réactivé car il permet d'évacuer l'épisode trouble vécu par l'Autriche sous la botte nazie. Au cinéma, la célébrissime trilogie du réalisateur autrichien Ernst Marischka - Sissi (1955), Sissi impératrice (1956) et Sissi face à son destin (1957) - met en scène l'impératrice sous les traits de la jeune Romy Schneider, François-Joseph étant joué par le séduisant Karlheinz Böhm. Ces films ont fixé dans le public, jusqu'à nos jours, une image historiquement fausse du couple impérial. Ils ont cependant contribué à la popularité mondiale du mythe François-Joseph et Sissi, et auront suscité, dans les années 1950 et 1960, l'envie d'aller découvrir les palais viennois et les lacs alpins, avantage non négligeable pour un pays qui, ayant recouvré sa souveraineté en 1955, ne demandait qu'à s'ouvrir au tourisme. Il ne faut pas croire, pour autant, que François-Joseph a toujours été l'objet de panégyriques. Dès 1919, Ernest von Koerber, qui avait été chef du gouvernement autrichien sous la monarchie, considérait que cet empereur avait nui deux fois au pays, au début par sa jeunesse, à la fin par son trop grand âge. De nos jours, l'absolutisme des débuts du règne ou l'évaluation de la responsabilité de l'empereur dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale suscite des débats. Karl Vocelka, auteur d'une biographie de François-Joseph parue l'an dernier et commissaire de l'exposition qui se tient actuellement à Schönbrunn, déplore ainsi longuement la répression de la révolution hongroise de 1848 ou le fait que de nombreux problèmes nationaux et sociaux soient restés sans réponse avant 1914. L'historien reconnaît toutefois les acquis économiques et culturels de cette époque, tout en hésitant à les attribuer à l'action personnelle du souverain.
Un fiacre traversant la Hofburg, immense palais qui est une ville dans la ville. Vienne possède près de 150 fiacres, dont les conducteurs portent une tenue traditionnelle. Ces voitures et leurs chevaux font partie du paysage viennois.
L'historien tchèque Palacky, dès 1848, disait que si l'Autriche n'existait pas, il faudrait l'inventer. On peut trouver mille défauts à François-Joseph, mais sa vertu principale, le service qu'il a rendu aux peuples danubiens et par-là à l'Europe entière, c'est d'avoir su durer - or durer, en politique, est un art - et d'avoir su réunir sous ses deux couronnes une douzaine de peuples qui parlaient autant de langues et pratiquaient toutes les religions. Au siècle des nationalités, la mosaïque ethnique et culturelle du bassin danubien aurait pu être le théâtre d'atroces guerres intestines. Cette catastrophe a été évitée à l'Europe centrale grâce à l'Autriche-Hongrie, foyer de civilisation. La cour de François-Joseph, avec son étiquette, ses uniformes et ses titulatures, pouvait laisser l'impression d'un univers figé. Ce n'était que la surface des choses. En réalité, à cette époque, l'Autriche s'était transformée en une puissance moderne, un Etat de droit où la Constitution de 1867 garantissait les droits du citoyen, où le suffrage universel attendrait 1907, mais où la législation sociale, dès la seconde moitié du XIXe siècle, était sur de nombreux points (assurance-maladie, congés payés) plus avancée qu'en France ou en Angleterre. L'Autriche-Hongrie, dans ces années-là, était devenue une force industrielle, la quatrième d'Europe après l'Angleterre, l'Allemagne et la France. Et c'est sous le long règne de François-Joseph que la capitale autrichienne avait revêtu ce visage qui lui vaut de nos jours d'attirer les visiteurs du monde entier.
Au centre de Vienne, la Hofburg, ancienne résidence des Habsbourg, se compose de plusieurs ailes dont la construction s'étale du XIIIe siècle au début du XXe siècle. Ici, le bureau de l'impératrice Elisabeth, dite Sissi, l'épouse de François-Joseph, assassinée en 1898.
En 1857, une ordonnance impériale commande la destruction de la vieille enceinte qui, en 1529 et en 1683, avait repoussé les Ottomans mais qui, désormais inutile, étouffe la ville comme un corset. François-Joseph impose cette décision aux militaires, qui craignent que cette mesure ne profite aux révolutionnaires. Dans son esprit, il s'agit de faire de Vienne la capitale d'un vaste empire dynamique, ce qui suppose un plan de rénovation urbaine à l'instar de celui lancé par le baron Haussmann à Paris. Les meilleurs architectes sont mobilisés - l'Autrichien Heinrich von Ferstel, l'Allemand Gottfried Semper, le Danois Theophil Hansen - et chargés d'organiser l'espace situé à l'emplacement des anciennes murailles. Le choix a été fait d'entourer la vieille ville par un boulevard circulaire de 5,3 kilomètres de longueur. Sur cette artère de prestige, la Ringstrasse, en abrégé le Ring, s'édifieront des bâtiments publics, des institutions culturelles, des hôtels de luxe, des immeubles de bureaux et d'habitation. Inauguré en 1865, le Ring restera en chantier pendant plus de vingt ans.
Entre 1860 et 1890 sont ainsi bâtis la Votivkirche (l'église du Vœu, commencée avant la démolition des remparts et construite en action de grâce pour la tentative d'assassinat à laquelle François-Joseph a échappé en 1853), l'Opéra, la chambre de commerce, la Maison des artistes, le musée des Arts appliqués, la salle de concert du Musikverein, la Bourse, le musée d'Histoire naturelle, le musée d'Histoire de l'art (Kunsthistorisches Museum), l'Académie des beaux-arts, le nouvel hôtel de ville, le Parlement, le Burgtheater, l'aile nouvelle du palais de la Hofburg et l'université. Le goût étant à l'historicisme, le Parlement a été conçu dans le style grec, l'hôtel de ville dans le style néogothique et l'Université dans le style néo-Renaissance. Ces monuments, en 2016, conservent à Vienne son air de capitale impériale. Si plusieurs d'entre eux, bombardés en 1944-1945, ont été reconstruits à l'identique, ils remplissent la même fonction depuis l'origine.
Les cafés, à Vienne, sont une institution. On peut y prendre un repas ou une consommation, et lire les journaux qui sont à la disposition des clients. Des portraits de François-Joseph et de l'impératrice Elisabeth ornent la grande salle du Café central.
Sur le Ring s'étaient également édifiés des immeubles habités par des aristocrates, mais plus souvent par des familles bourgeoises dont l'ascension accompagnait les progrès économiques de l'Autriche. Les Juifs étaient nombreux dans ce milieu, encouragés par l'abolition, en 1867, des ultimes interdits qui les frappaient. Rothschild, Epstein, Ephrussi ou Todesco se faisaient bâtir des palais dont l'architecture, la décoration des façades et la richesse des intérieurs proclamaient la réussite. Forte de cet essor, Vienne organisait en 1873 une Exposition universelle ambitieuse qui venait après celles de Londres et Paris. De 430 000 habitants en 1857, la population passait à 820 000 personnes en 1890, et atteindra les 2 millions en 1910. Autrichiens, Italiens, Polonais, Hongrois, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Juifs de l'Est, tous les peuples de l'empire étaient représentés à Vienne. La ville était la cinquième métropole occidentale, derrière Londres, New York, Paris et Berlin.
Vienne fin de siècle ? Rien de plus trompeur que cette formule. Contrairement à une idée reçue, nul sentiment de décadence, ou de fin du monde, n'étreignait cette société où personne ne pressentait la fin de la monarchie. C'est encore sous le règne de François-Joseph que s'épanouirait, laboratoire de la modernité, la Vienne du Jugendstil et de la Sécession, avec des architectes comme Otto Wagner et Adolf Loos, des peintres comme Gustav Klimt, Egon Schiele et Oscar Kokoschka, des musiciens comme Gustav Mahler, Arnold Schönberg et Alban Berg, et des médecins lauréats du prix Nobel ou pionniers de la psychanalyse, tel un certain docteur Sigmund Freud, loyal sujet de l'empereur.
Edifié à partir de 1695 et réaménagé entre 1743 et 1749, le château de Schönbrunn, chef-d'œuvre de style baroque et rococo, était la résidence d'été des Habsbourg. Comme ses prédécesseurs, l'empereur François-Joseph y passait une partie de l'année.
Aujourd'hui, dans la capitale autrichienne, une aile du vieux palais impérial de la Hofburg abrite la présidence de la République. Alexander Van der Bellen, l'écologiste élu chef de l'Etat le 22 mai dernier, à l'issue d'un scrutin qui a fait parler dans le monde entier, travaille non loin du bureau de François-Joseph. Les services de la présidence ont attendu 1999 pour commander à la manufacture de porcelaine d'Augarten, à Vienne, un service de 200 pièces aux armes de la République: jusqu'alors, les dîners officiels étaient servis dans la vaisselle portant la couronne des Habsbourg, vaisselle restée sur place en 1918…
Dans la crypte des Capucins, la nécropole des Habsbourg, la tombe de François-Joseph est toujours fleurie. Dans les rues du centre-ville, nombre de magasins, du bottier Rudolf Scheer au café-pâtisserie Demel, conservent sur leur devanture l'inscription k.u.k. Hoflieferant: «fournisseur de la cour impériale». Dans le Burggarten, aux beaux jours, des étudiants révisent leurs cours assis dans l'herbe au pied de la statue de François-Joseph. Dans la grande salle du Café central, les consommateurs lisent leur journal en buvant leur expresso sous le portrait de François-Joseph et de Sissi. A l'Opéra, les mélomanes se pressent pour assister à des représentations ultracontemporaines dans un temple de la musique inauguré par François-Joseph. Au Parlement, les députés siègent dans un bâtiment dont le sommet de la façade présente un relief sculpté: «François-Joseph accordant la Constitution». Chaque année, le cabinet américain Mercer publie une liste internationale de 230 villes classées selon la qualité de vie. En 2016, pour la septième année consécutive, c'est Vienne qui a été jugée comme la ville offrant la meilleure qualité de vie au monde. Voilà cent ans que François-Joseph est mort, mais les Autrichiens bénéficient toujours de son héritage. •
C’est un film culte qu’on ne devrait plus présenter. Les Tontons flingueurs adapté de l’ouvrage Grisbi or not grisbi d’Albert Simonin et réalisé en 1963 par Georges Lautner avait drainé plus de trois millions de téléspectateurs dans les salles obscures. Ce fut un bon succès commercial avant de devenir l’un des films préférés de nombreux Français qui connaissent les répliques par cœur grâce à Michel Audiard et au jeu des acteurs : Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre, Francis Blanche, etc. Les Tontons flingueurs, c’est une histoire de succession dans le milieu. Louis le Mexicain juste avant de « canner » ou « clamser » (mourir) fait de Fernand Naudin qui est maintenant dans « l’honnête », son héritier. Mais certains comme les frères Volfoni ou Théo ne trouvent pas ça « comac » (bien).
Sans doute pour mieux suivre l’histoire et mettre les futurs (jeunes) téléspectateurs dans le bain, Philippe Chanoinat et Charles Da Costa ont décidé d’établir la fiche d’identité des principaux personnages du film : vingt-deux fiches que viennent agrémenter vingt-deux scènes majeures du film comme celle du bowling quand les fères Volfoni tentent de convaincre Fernand Naudin de laisser tomber l’affaire, sinon, il pourra faire des « Nervous breakdowns » ou encore celle du manteau de la cheminée, quand Fernand Naudin explique à la mouflette Patricia que son petit Antoine commence à les lui « briser menu ». Les aficionados, auront l’impression de compulser un fichier de police où s’égrainent le « blaze » de chacun des participants. Ils en sauront un peu plus sur le parcours de chacun des protagonistes. •
Les Tontons – éparpillés façon puzzle, de Chanoinat et Da Costa, éditions Glénat, 48 pages, 13, 90 euros
Après les Tontons Flingueurs qu’ils avaient déjà croqués de manière très intelligente, voici que Philippe Chanoinat et Charles Da Costa récidivent avec un autre film culte : Fantômas. Chacun des trois films réalisés par André Hunebelle qui a fait plusieurs métiers (décorateur, verrier…) et qui a commencé sa carrière de réalisateur sur le tard (52 ans), a drainé en moyenne quatre millions de spectateurs dans les salles obscures. Reprenant l’approche des Tontons flingueurs, les auteurs déroulent en 60 pages la biographie et la carrière artistiques des acteurs principaux de la trilogie : Fantômas (1964), Fantômas se déchaîne (1965) et Fantômas contre Scotland Yard (1967). S’il le lecteur n’apprend pas grand chose sur les deux principales vedettes que sont Louis de Funès et Jean Marais, il en sait en revanche un peu plus sur Mylène Demongeot (Hélène) sur la riche carrière de Jacques Dynam (inspecteur Bertrand) ainsi que sur Robert Dalban, le prince des seconds rôles et sur Guy Delorme, souvent cantonné à des rôles de méchants. En connaître un peu plus sur les secrets de tournage n’aurait pas été inutile… Un bon livre toutefois, à mettre entre les mains des passionnés. •
Je t’aurai, Fantômas, de Philippe Chanoinat& Charles Da Costa, éditions Glénat, 64 pages, 15,00 euros.