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  • RELIGIONS & SOCIETE • Vandalisme à La Mecque ?

    Les nouveaux gratte-ciel de La Mecque  © Copyright : DR

     

    Par Péroncel-Hugoz

    Sans aucun lien avec les récents événements tragiques, Péroncel-Hugoz a découvert - sur documents - des destructions stupéfiantes dans la Ville sainte de l'Islam. Sa connaissance exceptionnelle du monde arabo-musulman nous renseigne sur des sujets peu connus de nous et, par exemple, nous apprend que les talibans ou Deach ne sont pas les seuls à avoir démoli des souvenirs historiques de portée universelle ...

     

    peroncel-hugoz 2.jpgJe suis conscient que parler de faits survenus dans une cité où mon statut de non-musulman m’empêche d’aller, va encore me valoir des reproches du type : « Cela ne vous regarde pas ! » Néanmoins, je persiste car mes sources sont fiables ; car il s’agit aussi d’une question historico-culturelle interessant le monde entier ! Certes, La Mecque est avant tout une ville sainte de l’Islam mais elle appartient également au patrimoine archéologique universel comme d’autres cités sacrées : Rome, Lhassa, Bénarés, Jérusalem, Fatima, Moulay-Idriss, etc.

    Je m’empresse d’ajouter que, contrairement à certains Occidentaux, je n’ai jamais réclamé au nom de Dieu sait quelle égalité ou plutôt égalitarisme, que le Haram-el-Chérif, en Arabie, soit ouvert aux non-mahométans au moins en dehors du grand pèlerinage annuel. Pourquoi ? Parce que j’ai vécu douloureusement la foire touristique, bruyante, vulgaire et parfois indécente qui a largement désacralisé le Saint-Sépulcre (tombeau) de Jésus à Jérusalem ou les mosquées de Kairouan, grandes ouvertes aux hordes touristiques. 

    Voici donc la liste, pas forcément complète, des principaux bâtiments ou lieux historiques de La Mecque, détruits ou endommagés au XXIe siècle (Voir notamment le plan paru dans le quotidien parisien « Le Monde » des 27-28 septembre 2015) :

    • Arasement de la colline d’où parla le patriarche Ibrahim (Abraham)
    Destruction de la maison d’Aboubaker, premier des quatre califes « bien guidés » et père d’Aïcha, l’une des principales épouses de Mahomet.
    Remplacement de la demeure présumée de Khadija, première épouse de Mahomet*, par des latrines publiques.
    Démolition de la maison natale de Mahomet, prophète de l’Islam.
    Destruction de la première école coranique, sous prétexte d’agrandir la Grande Mosquée de La Mecque.
    Mise à bas des quartiers abbassides et ottomans, près de la Grande Mosquée de La Mecque, etc. 

    J’ajoute à cette liste de dégâts un petit souvenir personnel rapporté d’Arabie, à Djeddah, hors du périmètre interdit aux non-musulmans, donc, et qui concerne la disparition du long tumulus qualifié par la tradition populaire depuis un temps immémorial, de « tombeau d’Eve », Haoua en arabe, mère de toute l’Humanité, non-mahométans compris. Ce tumulus était très long car la compagne d’Adam aurait été, comme son époux, géante. Je vis donc ce tumulus à travers une grille l’entourant, sous le règne du roi Fayçal, à la fin du XXe siècle, et puis, quelques années plus tard, des voyageurs dignes de foi, musulmans ou non, m’assurèrent que ce simple mausolée de terre, pourtant conforme au strict dépouillement ouahabite, avait été arasé par ordre du gouvernement de Ryad car des croyants venaient y prier ou se recueillir, en invoquant les mânes de Lalla Haoua …

    Ces diverses démolitions, opérées sans tambours ni trompettes, sont comparées en privé par des membres de l’UNESCO, y compris arabes, aux dynamitages à grand spectacle d’antiquités, organisés par des djihadistes en Afghanistan ou en Syrie. Sans remonter au vandalisme des révolutionnaires français athées sous le régime de la Terreur (1792-1795).

    Depuis le XXe siècle, l’Arabie a été reconnue universellement comme gardienne des Lieux saints de l’Islam mais elle n’a pas pour autant reçu mandat de quiconque pour supprimer des souvenirs historiques matériels des Villes saintes dont elle a la responsabilité. Surtout si c’est pour construire à la place une sorte de « Mahomet Parc », expression utilisée par l’hebdo français « Valeurs actuelles », « Parc » centré autour d’un gratte-ciel stalino-américain de 600 m de haut qui écrase le périmètre à échelle humaine de la Kaâba.   

    * Mahomet est la graphie française, spécifique et neutre, fixée millénairement, du nom du prophète de l’Islam, Mohamed. Dans l’espace francophone, le mot « Mahomet » n’a aucune connotation dépréciative et désigne d’emblée le personnage historique et religieux, tandis que « Mohamed » n’évoque que les millions de musulmans portant ce prénom. La demande de certains croyants islamiques de remplacer en français « Mahomet » par « Mohamed » est donc aussi absurde et irrecevable que si les francophones exigeaient des arabophones qu’ils appellent « Jésus » le personnage sacré nommé par eux « Aïssa » ou « Sidna Aïssa ». A chaque langue ses caractéristiques ! C’est ce qui fait leur saveur. 

    Péroncel-Hugoz - Le 360 

  • LIVRE • Paucard, sale réac !

     

    par Bruno Stéphane-Chambon

    Alain Paucard est un sacripant. Il a repris sa mitraillette en bandoulière et tire ses rafales. Tout y passe ! Comment imaginer, au siècle radieux dans lequel nous vivons, pouvoir donner encore des leçons sur un tableau noir ? Encourager les enfants à visiter le temple de la barbarie qu’est le Musée de l’Armée ? Donner une leçon de prosodie en osant se moquer des chanteurs modernes, du rap de banlieues et surtout de René Char ? Ne pas se mobiliser contre le Sida et limiter la science à la découverte de l’usage du canon et de la dynamite en regrettant le temps où on pouvait se trucider d’homme à homme en se servant d’estoc et de taille ?

    Pire encore, ses moqueries à l’égard de la fonction de président de la République sont indigestes, surtout lorsqu’il prône un retour à la Royauté. Complètement archaïque cet homme !

    Il prône la sensualité de l’écriture à la plume, déplore le manque de romantisme du courriel et traite les lecteurs de consommateurs. Il en est même à désapprouver la disparition des classes de première dans le métro, en prophétisant comme son père que « les gens finiront par se promener avec une plume au cul ». Il ose affirmer que la démocratie est ennemie de l’érotisme et il rend hommage aux libertins, nostalgiques du porte-jarretelles et à la prostitution à l’ancienne. D’après lui, la plus grande libération est l’œuvre des catholiques avec leur messe en latin, la beauté des processions, les prêtres en soutane et, surtout, leur art pictural qui, depuis les premiers siècles, présente la chair de manière sublimée. Il en serait presque à reprocher à Calvin et à Luther d’avoir détruit l’image.

    A notre époque où Internet relie les peuples, il le qualifie de la plus grande catastrophe de l’humanité. Quant à la jeunesse, il se permet un hymne aux voyous et blousons noirs en méprisant les révolutionnaires de Mai 68 qu’il considère comme des enfants de BOF dont les seules qualités seraient la débrouillardise, la combine et un amour immodéré pour le rap, sorte de sabir américano commercial. En fait, il ne trouve de vertu pour la jeunesse que l’engagement dans la Légion ou la préparation à Saint Cyr.

    Il se permet aussi de reprocher aux écologistes de jeter l’argent par les fenêtres en érigeant des éoliennes vissées dans du béton et accuse les architectes du renouveau, tel Portzamparc, d’être des barbares. Ce pauvre sacripant en est encore à la nostalgie des vieux villages. Ce vieux réac, puisqu’un réac ne peut être que vieux, pleure sur la disparition du cinoche et s’afflige de la prépondérance de la télévision en citant André Malraux : « La différence entre le cinématographe et la télévision : dans un cas la lumière vient de derrière et dans l’autre de devant. »
    Même le sport en prend son grade. Il sanctifie le grossier spectacle de la boxe, regrette que le rugby soit devenu professionnel, et glorifie le vélo, sport adulé par les travailleurs et Michel Audiard, donc des beaufs, qui l’utilisaient pour se rendre au boulot.

    En fait, les regrets de cet ombrageux auteur se limitent à la disparition des triperies, des putes de Saint Denis, de la 2 CV, du cinoche avec Jean Gabin, des bars enfumés et j’en passe…
    Alain Paucard est bien un Sacripant ! La définition donnée pour cette appellation par le Littré est synonyme de mauvais garnement, fripouille et querelleur, et, pour le Larousse, de vaurien capable de mauvais coups. Mais la véritable étymologie vient du patronyme italien Sacripante, personnage du poète de Matteo Maria Boïardo, qui dans son œuvre, l’Orlando Innamorato (Roland amoureux, 1476-1494), est doué d’une bravoure exceptionnelle et d’une force extraordinaire. Grand chevalier, il porte secours de manière désintéressée à la Dame dont il est épris.

    Paucard est un sacripant dans le sens chevaleresque et son livre, courageux et lucide, est à lire et à relire sans aucune modération.

    Oui, c’était mieux avant, d’Alain Paucard, éditions Jean-Cyrille Godefroy, 118 p., 12 euros. 

     

  • MEDIAS • Laurent Baffie mis en examen pour injure publique

     

    Un clown atteint du syndrome de Tourette ? Question posée avec esprit par Manuel Moreau dans Causeur. Sa satire des mœurs et du niveau des invités patentés des plateaux télé fait mouche. Ces gens-là ne méritent rien d'autre que d'être moqués et dénoncés pour ce qu'ils sont. Peu de chose, en vérité ... 

    « Elle est partie, la pute ? » C’est en ces termes que Laurent Baffie s’était enquis de la présence de Virginie Tellenne (Frigide Barjot) sur le plateau de « C à vous », l’émission de France 5 à laquelle il était convié le 17 novembre 2014. L’année précédente, déjà, il l’avait publiquement traitée de « connasse », en son absence bien entendu. Plus classe, tu meurs. Mais personne ne s’était ému de cet acharnement ad hominem (oui, en latin Frigide Barjot est un homo comme un autre). Au contraire, les sites d’info s’étaient fait un plaisir de relayer la vidéo du « clash » pour exciter les hyènes 2.0 sur Twitter et ailleurs.

    Depuis, la plainte déposée par la victime pour injure publique a valu au célèbre « sniper » d’être convoqué par les enquêteurs, le 18 août dernier. Et sa déposition, que Causeur s’est procurée, vaut son pesant de cacahuètes… A la question « Reconnaissez-vous que le terme de “pute” puisse être considéré comme une expression outrageante et méprisante pour la personne visée ? », Laurent Baffie trouve amusant d’avouer que « cette comparaison est très outrageante pour les prostituées ». Et il « s’excuse donc auprès de toutes les prostituées » pour lesquelles il dit avoir « beaucoup de respect », contrairement à « la personne visée ».

    Mais attendez, il y a encore plus bidonnant. Au lieu de lui rappeler fermement la loi, et de faire remarquer au rigolo que sa réponse pourrait être interprétée par un juge comme la preuve de sa volonté d’insulter la victime, les « enquêteurs » enchaînent directement sur une question ahurissante : « Y aurait-il une connotation humoristique ou décalée au moment où vous tenez ces propos ? » Transposons la question dans le cadre de l’audition d’un jeune banlieusard suspecté de trafic de drogue, par exemple. Cela donnerait sans doute : « Quelqu’un vous aurait-il glissé ce sachet de cocaïne dans la poche, profitant d’une minute d’inattention ? »

    Au terme de cet interrogatoire à décharge, « l’humoriste » n’a eu qu’à acquiescer aux suggestions des enquêteurs pour affirmer la main sur le cœur qu’il faisait de l’humour, rien que de l’humour. Au passage, il n’a pas omis d’assurer qu’il ignorait être à l’antenne au moment de prononcer ces mots. Et pour cause : l’injure publique, lorsqu’elle est caractérisée, coûte infiniment plus cher que si elle est proférée en privé. Bien qu’invraisemblable, dans une émission connue pour mettre en scène l’entrée des invités par une porte donnant sur le plateau, cette version pourrait faire économiser une jolie somme au pauvre saltimbanque barjophobe…

    Laurent Baffie a finalement été mis en examen le 7 octobre. En attendant une décision de justice, on comprend mieux la séquence de l’émission « On n’est pas couché », samedi dernier, où il avait traité Yann Moix de « merde »… pour mieux lui signifier quelques minutes plus tard que, bien sûr, c’était pour rire ! Ce vrai-faux clash avait laissé perplexes un certain nombre de téléspectateurs, qui n’en percevaient pas bien le sens ni l’intérêt. Au vu de ses démêlés judiciaires du moment, le clown cherche de toute évidence à démontrer que l’injure n’est jamais, de sa part, qu’une bonne blague. Et si, sur un malentendu, Yann Moix venait à porter plainte, le courageux Baffie jurerait sans doute qu’il ne pensait pas être filmé… 

    Manuel Moreau

     

  • Valeurs actuelles a peut-être raison mais ce serait quoi une Révolution en 2015 ?

     

    A noter que Valeurs actuelles dans sa livraison d'hier jeudi ne dit pas révolte mais Révolution. Son titre l'annonce pour demain. C'est à dire pour bientôt. Or les mécontentements catégoriels (salariés, paysans, profs, policiers, retraités, médecins, artisans ...), si puissants soient-ils, peuvent créer un mouvement de révolte; et, s'ils se conjuguent, cette révolte peut devenir générale. Mais cela ne fait pas une Révolution. Du moins, au sens profond. S'il s'agit de remplacer le roi fainéant tristement figuré sur la couverture de Valeurs actuelles, par un de ses clones, la dite révolte ne constituera pas une Révolution. Une révolte n'est pas une Révolution. A moins que ça n'en soit que le simulacre. Boutang aurait dit : une semble-Révolution, comme nous avons, aujourd'hui, un semble-Etat.

    Quel visage pourrait prendre une Révolution dans la France d'aujourd'hui ? Dans le monde d'aujourd'hui ? Donc, de quelle nature, cette Révolution ? La question se pose et ne se résout pas en un titre. Ni en quelques manifs. Ni en quelques lignes ...

    Il y a un peu plus de deux siècles, la Révolution consistait à abattre la monarchie, guillotiner le Roi et la Reine, tuer le Dauphin, éradiquer la Famille de France; combattre la Religion, détruire l'ordre ancien : l'aristocratie et le peuple, l'Eglise, les corporations et les provinces; instaurer tout à la fois l'individualisme en lieu et place de l'esprit communautaire ancien, et le jacobinisme féroce. Nous avons vécu sur cet héritage déconstructeur, y vivons encore, et subissons ses effets pervers. Cet héritage, aujourd'hui, pour le dire de façon très modérée, ne fait plus l'unanimité... 

    Au XXe siècle, le Révolution ce fut l'Internationale communiste, sous idéologie marxiste. Et le rêve planétaire qu'elle fit germer partout dans le monde. Ce devait être la société sans classes, ce fut le marxisme-léninisme, les soviets, le stalinisme, le maoïsme et ses terrifiants succédanés asiatiques, la nomenklatura, l'archipel du goulag, l'oppression de masse, les grands procès, la ruine économique et l'effondrement final. Il n'y a de cela que vingt-cinq ans ... 

    La Révolution d'aujourd'hui a pris des formes douces. Elle se nomme mondialisme, consumérisme, abaissement des frontières, effacement des nations et réduction des Etats à la quasi-impuissance, formatage et indifférenciation des peuples, dislocation de la famille et même négation des sexes, métissage universel et multiculturalisme. Cette Révolution établit par là, faute d'un autre, le règne exclusif de l'Argent, de l'argent hors sol, celui que condamnent les Papes, et, sous couvert de multiculturalisme, elle installe partout une terrible et quasi universelle inculture. Au peuple est laissé, autant qu'il se peut, peut-être plus pour très longtemps, assez de moyens pour consommer et vivre selon son caprice. Sans raison de vivre et de mourir. Telle est, nous semble-t-il, la modernité ou postmodernité.

    Les trois véritables Révolutions que nous venons à très grands traits de caractériser sont aujourd'hui mal vues et contestées par de nombreux esprits libres. Edgar Morin, lui-même, se refuse désormais à utiliser le mot et à souhaiter la chose. Le courant bien ou mal nommé des néo-réacs ou néo-conservateurs, pour hétéroclite qu'il soit en effet, comme Alain de Benoist le signale à juste titre, s'oppose à la plupart des caractéristiques des révolutions passées ou présente, que nous venons de rappeler. On voit bien que ce courant - qui ne contrôle ni les médias, ni l'Université, ni les pouvoirs établis - suffit à affoler médias et politiques. Le Système  ...

    Il n'y aura pas de Révolution future véritable qui se situe dans la lignée des trois autres. Qui ne soit qu'un changement de majorité ou de présidence. Qui ne soit qu'une alternance de plus avec son lot de déceptions et son inefficacité. Qui ne remette pas en cause l'ensemble des erreurs et des faux principes que nous n'avons fait ici qu'évoquer et qui ont ruiné la France et, par surcroît, l'Europe.

    Alors quoi ? Disons-le tout net : il n'y aura pas de Révolution véritable qui ne soit en quelque façon une contre-révolution, ou, si l'on veut, car on ne remonte jamais le temps, une alter-révolution. Henri Guaino, sous le quinquennat précédent avait soufflé à Sarkozy le mot Renaissance. Il avait raison. La grande ambition, l'entreprise ainsi nommée nous eût ramenés à notre culture, notre Histoire, nos racines, notre souveraineté, notre ordre, notre excellence. Il présupposait de la part du peuple français et de ses dirigeants une forme de retournement, de métanoïa. C'eût été, pour le coup, une Révolution de fond, une Révolution salvatrice. C'était évidemment peine perdue.

    Alors, va pour une Révolution ! Mais la vraie. Celle que nous venons de dire. Le reste ? C'est l'esprit politicien qui perpétue le mouvement du Système. L'inverse de la Révolution légitime que l'on doit souhaiter à la France. Lafautearousseau  

     

  • Zemmour, Onfray et les autres, ces suppôts du réel : La « réaction » est en marche

    Image : Soleil

    Eric Guéguen dans Causeur : une réflexion pertinente et fine sur la gauche, la droite, la réaction, les politiques et les médias.  Une réflexion politique et métapolitique dont nous conseillons la lecture ...     

    egueguen.jpg« La gauche est une route rectiligne, dédaignant le paysage. La réaction est un chemin qui serpente entre les collines. » Dans cette phrase de Nicolás Gómez Dávila, la « gauche » est à entendre comme le « progrès », et ce dernier comme inconditionnel. Quant à la « réaction », l’auteur s’y référait constamment en lieu et place du mot « droite », déprécié par les réflexes marchands qui peu à peu s’y sont rattachés. Hostiles aussi bien au socialisme qu’au capitalisme ou à la démocratie d’opinion, les aphorismes de Gómez Dávila feraient aujourd’hui bondir le landerneau du prêt-à-penser. Néanmoins, sa formule lapidaire mise en exergue nous instruit parfaitement de ce qui, d’un point de vue idéologique, est en train de se passer aujourd’hui en France : un retour de bâton.

    À entendre Léa Salamé, les réactionnaires sont partout, on n’entend qu’eux, il n’y en a que pour eux. Elle en veut pour preuve les couvertures d’hebdomadaires sur lesquelles on peut voir régulièrement Finkielkraut, Zemmour, Onfray. Mais également Onfray, Zemmour et Finkielkraut. Ainsi que Zemmour, Finkielkraut et même Onfray. C’est dire ! Franchement Léa, la « réaction », combien de divisions ? De plus en plus chez les petites gens, très certainement, et il faudra vite expliquer pourquoi. Mais combien de généraux ? Et surtout, Léa, combien en face ? Combien d’universitaires, d’auteurs, d’éditeurs ? Combien de journalistes et de présentateurs télé ? Combien de chanteurs et de bateleurs en tous genres ? Combien d’acteurs, de producteurs, de scénaristes ? Combien de professeurs et d’instituteurs ? Combien d’entre eux sont dévoués corps et âme et ouvertement à l’idée du Bien qu’on impose aux Français depuis un demi-siècle ? Et dans la classe politique, combien de « réacs » ? On nous assure maintenant que Nadine Morano en est. Est-ce bien sérieux ? Parlons de son cas une minute puisque c’est un lièvre que Mademoiselle Salamé et son nouveau complice Yann Moix ont eux-mêmes levé.

    Nadine Morano est une habituée des plateaux nocturnes de Laurent Ruquier. Du moins l’était-elle encore récemment. Bien qu’elle n’ait pas inventé le jeu de quilles, peut-on sincèrement imaginer une seule seconde que ses derniers propos tenus dans On n’est pas couché aient consisté à affirmer que la France avait vocation à demeurer un pays de race blanche ? Les yeux dans les yeux, et sans croiser les doigts sous la table, est-ce seulement envisageable ? Non, sauf à penser qu’elle ait voulu, ce soir-là, se suicider médiatiquement, précisément parce que l’anti-progressisme ne fait pas la pluie et le beau temps dans les médias. Car il est évident que les « commissaires aux idées propres » (Taguieff) appointés par Monsieur Ruquier ne pouvaient laisser passer un tel « dérapage »… qu’ils ont par ailleurs pour tâche de provoquer. Au moins est-ce pratique pour le patron : il n’a pas à leur jeter d’os à ronger, ils se servent directement sur la bête. Quand on a des idées en vent contraire et que l’on n’est pas préparé à aller au combat pour les défendre, on ne va surtout pas chez Ruquier, même pour un livre à vendre. À moins, bien sûr, que le fiasco induit fasse partie de la stratégie de l’éditeur : faire le buzz coûte que coûte.

    Le cas Morano est révélateur de la standardisation des propos dans les médias de grande écoute. Il ne s’agit nullement d’une offensive « réactionnaire » encouragée voire orchestrée en sous-main par un méchant de service. Il s’agit au contraire d’une chape de plomb sémantique qui ne parvient plus à contenir tout le réel. Celui-ci dégouline, et c’est parce qu’il dégouline que des gens regardent encore les émissions de Laurent Ruquier le samedi soir – que l’intéressé en soit informé. C’est parce que l’on peut encore y glaner quelques vérités pas bonnes à dire que son talk-show attire le chaland. De la même manière, c’est parce que les susmentionnés Zemmour, Onfray et Finkielkraut font vendre du papier à nos pucelles effarouchées qu’une bonne partie de la presse politique survit. Certains ont beau jeu, après cela, de déplorer que le seul romancier français connu et reconnu à l’étranger – Michel Houellebecq – soit lui-même un pisse-froid réactionnaire ; ils seront toujours les premiers à le promouvoir.

    C’est là que le bât blesse. Chez Taddeï l’autre jour, Eugénie Bastié informait l’oracle Attali du grand retour du Réel, de son débordement disais-je plus haut. C’est inéluctable, et ils seront nombreux ceux qui, bientôt, ne pourront plus parader, gesticuler pour ne rien dire et ergoter sur l’emploi de mots que le bon peuple est ou n’est pas en mesure de comprendre. Il leur faudra alors lâcher d’une main ce à quoi ils tiennent le moins pour s’agripper à ce qu’ils revendiquent le plus. Il leur faudra choisir entre un vieux corpus féérique et doctrinaire, et l’appât du gain relativement à la demande. Ils devront accepter que leurs chimères ne puissent plus abuser qui que ce soit et qu’elles basculent dans le folklore le plus insignifiant. Ou alors ils devront retourner leur veste afin de donner au peuple ce qu’il demande et, à nouveau, retrouver sa confiance. Et ses deniers. Autrement dit faire non seulement avec Zemmour, mais avec tous les Zemmour en puissance, c’est-à-dire tous les citoyens français qui, de gauche ou de droite, de bonne ou de mauvaise foi, de propos réfléchis, nuancés ou rentre-dedans décryptent le monde chaque jour sur le web pendant que des intellectuels organiques se servent mutuellement la soupe dans les médias aseptisés.

    Alors oui, le vent tourne et la parole se délie à la base. Et comme dans ce pays tout fonctionne à la majorité, le haut du panier tremble à l’idée que la pensée « nauséabonde », rompue aux techniques putassières du progrès de commande, enrôle à son tour des majorités. Le progrès n’a plus la cote et il l’a bien cherché. À trop prendre les gens pour des demeurés, ses sectateurs ont ménagé une autoroute à la « réaction ». C’est elle qui vient désormais, tout le monde l’a compris. Et la partie se jouera entre réactionnaires, opposant d’inévitables extrémistes aux modérés d’entre eux. Sans oublier, bien sûr, de farouches « partisans du réel » qui s’ignorent. En effet, qu’elle assume ou non le qualificatif, toute personne se reconnaissant dans les propos liminaires de Gómez Dávila est, de fait, « réactionnaire ». Bienvenue au club. 

    Eric Guéguen

    auteur du Miroir des Peuples (Perspectives libres, 2015).

     

  • Altice, symbole du business moderne

     

    par Ludovic Greiling

    Passer de 500 millions d’euros d’actifs à 20 milliards en cinq ans, c’est possible ! C’est ce que révèlent les agissements d’Altice, la société de portefeuille luxembourgeoise contrôlée par l’homme d’affaires israélien Patrick Drahi. Ses dernières emplettes ? L’opérateur de télécommunications américain Cablevision, pour 17,7 milliards de dollars, trois mois après avoir racheté en Europe la compagnie Portugal Télécom pour 7,4 milliards d’euros.

    Devenu en quinze mois un magnat des médias français

    Auparavant, en quinze mois, Patrick Drahi avait mis la main en France sur la majorité de l’opérateur de téléphonie mobile SFR ainsi que sur Virgin Mobile (il contrôle déjà le fournisseur d’accès à internet Numéricâble). Il s’était également lancé dans le rachat de gros médias nationaux, comme le groupe médiatique Roularta (L’Express, L’Expansion, L’Etudiant, Point de vue, etc), 42% du journal Libération et la moitié du capital des radios-télés RMC et BFM.

    De la magie ? Non. Seulement une boulimie d’acquisitions obtenues par endettement, typique de l’actuel mouvement de concentration des richesses dans le monde. Fin juin, le montant dû par Altice à ses créanciers équivalait près de 30 milliards d’euros (avant acquisition de Cablevision). Qui lui prête ? « La société lève surtout de l’argent par émission d’obligations qui servent des taux d’intérêts élevés, de 5% à 6%. Et son business tient car elle améliore beaucoup les marges des entreprises acquises en coupant drastiquement dans leurs coûts », explique un analyste de banque qui suit la valeur. Un quart de la dette d’Altice est également assuré par des crédits bancaires.

    Comment la dette concentre les richesses

    Pour obtenir de tels financements, il faut du réseau et Patrick Drahi n’en manque pas. Celui qui avait commencé sa carrière télécom en France avec le soutien de nombreux fonds américains – dont Carlyle, bastion financier du complexe militaire états-unien – est très présent en Israël, où il a été reçu à plusieurs reprises par l’ancien président Shimon Peres. Il y a d’ailleurs lancé i24news, une chaine d’informations multilingue dont le but est de « doter Israël d’un outil d’influence », selon son directeur.

    Le modèle d’Altice peut-il tenir ? L’inquiétude a gagné certains banquiers après la publication d’une note de Goldman Sachs qui mettait en doute les montages financiers du groupe. « Même si les taux d’intérêts venaient à monter, son modèle devrait encore marcher », tempère cependant notre analyste bancaire. « Altice coupe drastiquement dans les coûts des entreprises rachetées. Par exemple, suite à son acquisition en République dominicaine, la marge d’exploitation y est passée en très peu de temps de 30% à 50% [à force de licenciements massifs – NDLR]. Quand vous rachetez une compagnie mal gérée et que vous pouvez en améliorer le business, ça fonctionne. Néanmoins, Altice ne pourra pas continuer à aller aussi vite comme cela », conclut le spécialiste.   

     - Politique magazine

     

  • Moirans : l'Etat tétanisé devant la hausse des violences

     

    Le point de vue de Thibault de Montbrial

    Un refus de permission de sortie à un détenu pour assister à des obsèques - mais cela devient une habitude - a provoqué une série d'incidents et de violences à Moirans, dans l'Isère. Pour Thibault de Montbrial, dans un entretien donné au Figaro, l'État a choisi de renoncer à intervenir sans comprendre qu'il envoyait un message de faiblesse. L'analyse de Thibault de Montbrial, pour intéressante qu'elle soit, ne dispense pas d'aller au delà, ce qu'il fait d'ailleurs lui-même brièvement in fine : ce n'est plus tellement par un choix délibéré que l'Etat renonce désormais à user de la force face à l'émeute, mais simplement à raison de sa propre décomposition, devenue en quelque sorte intrinsèque, en raison de la situation potentiellement explosive dans certains territoires, enfin, en raison du délitement profond de la société française. Ce que François Bayrou constatait hier en termes graves et précis dans la matinale de France Inter... En 2006, déjà, après les émeutes de Villiers le Bel, Raphael Draï et Jean-François Mattei, dans un ouvrage collectif qu'ils avaient codirigé, posaient la question de fond : « La République brûle-t-elle ? ». A vrai dire, elle vit sur une poudrière. Et nous avec.    LFAR

    Que vous inspirent les scènes de violence des gens du voyage à Moirans ?

    Les scènes hallucinantes vues à Moirans hier sont la conséquence de celles de l'autoroute A1 en août dernier. A l'époque, l'État avait fait le choix de laisser l'un des plus grands axes routiers d'Europe coupé par une centaine de personnes qui revendiquaient la sortie de prison de l'un des leurs. En renonçant à rétablir l'ordre contre une poignée d'individus, l'État avait alors envoyé un signal catastrophique dont les événements de Moirans sont la conséquence directe. Hier, comme en août, les forces de l'ordre ne sont pas intervenues pour interpeller les auteurs de ces violences et dégager les barrages en temps réel. Le signal donné est aussi clair que négatif : l'État ne recourra à aucun moment à l'affrontement physique contre des individus déterminés. On ne peut encore mesurer les conséquences délétères de ce message catastrophique, mais d'autres événements de cette nature paraissent dès lors inéluctables.

    Pourquoi n'y a-t-il eu aucune interpellation ?

    Ainsi qu'on l'a vu par exemple au cours des violents débordements qui ont suivi les matchs de l'équipe d'Algérie pendant la Coupe du Monde en 2014, La doctrine du gouvernement socialiste est la suivante : en matière de maintien de l'ordre, pas d'affrontement pour ne pas faire de victimes afin d'éviter que la situation n'empire. Le gouvernement a conscience que notre pays est dans une telle situation de tension qu'il suffirait de quelques blessés ou d'un tué parmi ces personnes issues de minorités pour que des territoires entiers du pays s'embrasent.

    Mais l'effet produit est exactement inverse : au lieu de montrer sa fermeté et de dissuader les futurs fauteurs de troubles, l'État a choisi de renoncer à intervenir sans comprendre qu'il envoyait un message d'une immense faiblesse. Les perturbations successives qu'on observe dès lors, avec des troubles inouïs à l'ordre public et des violences qui ont des coûts très importants pour la société, à la fois en ce qui concerne le fonctionnement - la coupure d'une autoroute en août, d'une route et d'une voie ferrée hier - et la remise en état - pour réparer les dégâts causés, en sont la triste illustration.

    Cette attitude des forces de l'ordre ne s'applique pas qu'aux gens du voyage…

    Non. On l'a vue à l'œuvre lorsque des débordements très graves étaient advenus après les matchs de l'équipe d'Algérie pendant la coupe du monde 2014, avec des scènes surréalistes notamment dans le quartier des Champs Élysées où des personnes étaient victimes de dépouillements systématiques et où se sont même produits certains cas d'agressions sexuelles. Certains de ces événements se sont déroulés à quelques mètres des cordons de forces de l'ordre, dont les demandes d'intervention formulées par le commandement de terrain étaient refusées par la hiérarchie.

    Pour en revenir aux incidents de l'A1 et de Moirans, il faut encore souligner que l'on a affaire à des individus qui non seulement entravent la liberté d'aller et venir, provoquent des dégâts importants aux biens matériels, mais dont l'action constitue de surcroît une pression sur l'autorité judiciaire.

    Tout ceci est d'autant plus insupportable que, dès que les manifestations sont pacifiques, la force publique est volontiers utilisée pour des évacuations parfois musclées, comme les avocats l'ont expérimenté hier devant le Tribunal de Lille.

    Il faut enfin souligner que les forces de l'ordre (policiers et gendarmes) ne sont que les exécutants de ces choix politiques, et que nombre d'entre eux en sont écoeurés et comprennent l'exaspération de nos concitoyens.

    Comment l'État peut-il encore affirmer son autorité en laissant passer de tels actes de violences ?

    Dans sa conférence de presse de rentrée, François Hollande avait justifié le comportement du préfet qui avait délibérément choisi ne pas libérer l'autoroute A1 par la force.

    L'exécutif est tétanisé devant l'ampleur de la décomposition du tissu social et la hausse des violences de toute nature. Mais refuser par principe le recours à la violence légitime, c'est afficher une faiblesse qui encourage les fauteurs de troubles quels qu'ils soient, et expose avec certitude notre société à des violences futures dont la gravité ne pourra que croître 

    Thibault de Montbrial est avocat au barreau de Paris et spécialiste des questions de terrorisme et président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure. Son premier livre, Le sursaut ou le chaos est paru en 2015 aux édition Plon. En tant qu'avocat et ancien militaire, il défend et conseille des policiers depuis 20 ans. 

  • Irreal politik

     

    D'utiles réflexions de Bertrand Renouvin

     

    Renouvin.jpgReal politik : être contre. Tel est l’un des principaux critères du bien-penser. Il s’accompagne d’ordinaire de la condamnation de la politique gaullienne. Par une fine dialectique, le refus hautain de la real politik se fit au nom de la réalité qui convenait à la classe dirigeante : celle d’une France toute petite, qui avait vécu « au-dessus de ses moyens ».

    Valéry Giscard d’Estaing lança cette thématique ; elle fut reprise par une gauche qui voulait recycler son internationalisme et son pacifisme dans l’Europe des traités. La gent socialiste  broda sur « l’Etat modeste », les droits de l’homme, le droit d’ingérence humanitaire contre « l’égoïsme national » – sans oublier « l’Europe qui doit parler d’une seule voix ». C’est cet assemblage de sous-produits idéologiques qui tient lieu de doctrine dans les relations avec l’étranger. L’oligarchie française s’est imprégnée de la religiosité étatsunienne, de la « guerre morale » du Bien contre le Mal, en vue de la démocratie par l’économie de marché. L’échec est total : les conséquences de l’irreal politik ont été cent fois pires que les froids compromis de la real politik.

    Après l’opposition à la croisade américaine en Irak clairement exprimée par Jacques Chirac et Dominique de Villepin en 2003, les gouvernements français n’ont plus rien empêché et ont fini par tout admettre. Le dénigrement de la Russie est une activité officielle.  Après avoir stupidement participé à la « guerre morale » pour le Kosovo, la France n’a plus eu de politique dans les Balkans livrés aux potentats locaux, aux proconsuls occidentaux et à la corruption endémique. Nous venons d’abandonner l’Afghanistan à son épouvantable sort.  Avec l’Arabie saoudite et le Qatar, les principes moraux et démocratiques ont été sacrifiés sans l’ombre d’un scrupule à des accords commerciaux rentables et à des pactes infâmes dont les historiens nous livreront le détail. En Syrie, François Hollande et Laurent Fabius ont levé l’étendard de la lutte contre le despotisme et fourni des armes au Front al-Nosra, succursale d’Al-Qaida, contre le dictateur de Damas. Lorsque le projet de frappes sur Damas a été bloqué par le vote du Congrès des Etats-Unis, des interrogations majeures auraient dû surgir. Tel n’a pas été le cas. L’aviation française bombarde Daech en Irak de manière supplétive et sans effets marquants. Nous décidons de bombardements en Syrie, au mépris du droit international, tout en continuant de militer pour le départ de Bachar el-Assad ; François Hollande ne voit pas que les Etats-Unis vont s’entendre avec la Russie et s’accommoder du régime syrien faute de solution alternative.

    Si la France veut retrouver son rang dans le monde, les gouvernements à venir devront abandonner le mélange de discours moralisateurs, d’affairisme cynique, de corruption manifeste et pour finir de reddition humiliante aux diktats étatsuniens ou allemands. Il faut en revenir aux principes qui orientaient, en ses meilleurs moments, la diplomatie française.

    Les Etats donnent la priorité à leurs intérêts nationaux sur les affinités idéologiques et les solidarités religieuses. Les rois de France et de Castille eurent un projet d’alliance contre les Ottomans avec Tamerlan ; les rois de France se sont alliés avec la Sublime Porte contre Vienne ; les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France combattante se sont alliés avec l’Union soviétique contre l’Allemagne.

    Les Etats nouent des relations avec les Etats, non avec des régimes politiques. Ce sont les constantes et les évolutions géopolitiques qui priment sur les sympathies et les antipathies, dans la recherche de compromis assurant le retour ou le maintien de la paix.

    La France n’a pas d’amis. Elle choisit des alliances qui peuvent changer. L’Allemagne de l’Ouest servit de glacis à la France pendant la Guerre froide. Il s’agit aujourd’hui d’en finir avec la domination allemande. En Europe continentale, l’alliance avec la Russie s’impose et le recul de l’influence étatsunienne est hautement souhaitable. Au Proche-Orient, une solution politique de très long terme doit être trouvée en concertation avec les Russes, les Iraniens et les Etats qui subsistent dans la région – en évitant que les Etats-Unis soient maîtres du jeu.

    La France ne retrouvera sa puissance que si elle développe ses capacités militaires, ses échanges économiques et ses échanges culturels. Pas de puissance retrouvée sans souveraineté réaffirmée. 

    Bertrand RENOUVIN

  • Qui les États-Unis visent-ils en Irak et en Syrie ?

     

    par Louis Vick 

    Nous publions le témoignage éloquent d’un expatrié français présent dans la partie kurde de l’Irak. La vidéo qui accompagne le témoignage fait actuellement fureur en Irak et en Syrie. Elle pourrait éclairer d’un jour nouveau l’inhabituelle discrétion des Américains quant à leur intervention militaire au Moyen-Orient.

    « (…) Je vais manger un kebab et faire des courses au supermarché. Sur le retour, je vois dans une petite rue adjacente des vieux armés de kalachnikovs. Ce sont d’anciens peshmergas qui font maintenant office de policiers gardant un bâtiment. Je les salue, ils me font signe de venir et on boit un thé assis sur des chaises dans la rue.

    L’un d’entre eux bredouille quelques mots d’anglais mais la discussion tourne vite en rond quand le sujet vient sur l’Etat Islamique. Je dis « peshmerga very good » mimant les combattants kurdes tirant sur Daech. Puis on fait le tour des pays… Je mime un avion russe en Syrie assorti d’un « very good », parole accueillie avec approbation.
    Turquie : mine de dégoût de mes interlocuteurs, « no good ». Nous mimons tous l’argent et les armes donnés par la Turquie à l’EI. Même chose pour l’Arabie saoudite.

    Puis l’un d’entre eux me demande : « America ? » Je fais la même imitation, ce qu’approuve l’un de mes petits vieux armés. Et là, il me mime un truc que j’ai immédiatement compris (comme quoi ça sert de connaître les nouvelles géopolitiques) : il place un sucre par terre et dit « Daech », puis sa main (« America ») représente un avion US qui balance quelque chose, puis Daech qui va fouiller. Ca a fait tilt immédiatement dans ma tête !

    Il faut savoir qu’il y a en ce moment une vidéo sur les réseaux sociaux irakiens, et qui est passée à la télé, que tout le monde commente. J’ai aussi réussi à la trouver sur youtube :

     

     

    C’est un commandant de l’armée irakienne qui a repris à l’EI une raffinerie. On le voit montrer des affaires par terre : « ça, c’est un parachute américain, ça aussi, là aussi, regardez ». Autrement dit, au lieu de balancer des bombes sur l’EI, la coalition américaine leur parachuterait des armes et des vivres.

    Vrai ou faux, je ne saurais dire… C’est en tout cas quelque chose qui est présent à l’esprit des Irakiens en ce moment : ils n’ont aucune confiance en les Américains et appellent de leurs voeux les Russes qui, eux, ne jouent pas double jeu ». • 

     - Politique magazine

  • Annonce d'un colloque d'Action Française, samedi 21 novembre à Paris : le sujet en est crucial !

     

    Le Centre Royaliste d’Action Française annonce ce colloque sans trop de détails, pour l'instant.

    Il est précisé que « de nombreux intervenants apporteront un éclairage pertinent sur la question de l’immigration. » On attend d'en savoir plus avec intérêt. 

    Le Centre Royaliste d’Action Française conseille de réserver son après-midi du samedi 21 novembre, de participer, de partager l'information autour de soi ! 

  • ZEMMOUR : MERKEL CONFRONTÉE À L'ÉPREUVE DE LA RÉALITÉ

     

    Angela Merkel est le sujet de ces derniers temps. Et elle est devenue sujet d'interrogation pour ceux que séduisaient sa rigueur, son style de gouvernance. Ou de réprobation pour qui s'inquiétait de son impérialisme européen. Ou encore, à l'inverse, sujet de reproches lorsqu'on la trouve totalement inféodée à la politique américaine. Comme si ce n'était pas une constante de la politique extérieure allemande, y compris au temps de De Gaulle, Adenauer et du traité de l'Elysée, y compris encore vingt-cinq ans après l'extinction de la menace soviétique qui pouvait alors justifier l'Alliance Atlantique mais ne la justifie plus ...  Il y a encore ceux - ils pourraient bien avoir raison - qui sont d'avis qu'Angela Merkel n'est pas vraiment le grand dirigeant que l'on a cru, qui pensent qu'on l'a créditée de trop de qualités, qu'elle est trop soumise à l'émotion, qu'elle varie au rythme des fluctuations de l'opinion, qu'elle est pétrie d'idéologie. Que grosso modo, elle se situe dans la même médiocrité moyenne que ses homologues dits occidentaux. Son comportement assez irresponsable à l'origine de l'invasion migratoire en cours tend à accréditer ces derniers points de vue. D'où l'intérêt de la brillante analyse que fait ici Eric Zemmour. Qu'il a publiée dans la dernière livraison du Figaro magazine.  LFAR 

     

    ZemmourOK - Copie.jpg« Jusqu'à l'été, les réfugiés étaient reconnaissants d'être chez nous. Ils demandaient où était la police, où était le centre d'enregistrement, où ils devaient aller. Aujourd'hui, ils quittent les .centres d'accueil, ils commandent un taxi et disposent étonnamment de l'argent nécessaire pour parcourir des centaines de kilomètres à travers l'Allemagne. Ils font la grève parce que leur logement ne leur convient pas, ils font des histoires car ils n'aiment pas la nourriture. » 

    Thomas de Maizière est le ministre de l'Intérieur allemand. Il a d'abord approuvé la politique des bras ouverts décidée par Angela Merkel. Depuis, la chancelière lui a ôté la gestion de ce dossier. Dans les camps, des réfugiés musulmans agressent les chrétiens. Les services secrets allemands, affolés, alertent leurs autorités au sujet de la présence de nombreux agents dormants de l'Etat islamique parmi les « réfugiés » accueillis avec des fleurs par la population. Le ministre-président de la Bavière, pourtant allié CSU de la chrétienne-démocrate Merkel, a reçu triomphalement Viktor Orbàn à Munich, alors même que le Premier ministre hongrois est le premier opposant à la politique allemande de répartition des « migrants » dans l'Union européenne. Les militants du mouvement anti-islam Pegida retrouvent de la voix à Dresde. Affichent le portrait d'Angela Merkel en Mère Teresa qui a fait la une du Spiegel avec cette légende : « Mutter (mère) Terrorresia », tandis que certains manifestants rappellent avec une rare cruauté qu'« Angela Merkel n'a pas d'enfants ». Après elle, le déluge. La chancelière allemande n'en a cure. Elle continue de répéter en boucle : « Nous y arriverons. » Il y a cinq ans, elle affirmait, tout aussi péremptoire : « Le multi-culturalisme, ça ne marche pas. »

    Une majorité d'Allemands est désormais inquiète ; la cote de popularité de la chancelière s'affaisse. La population allemande se réveille de son rêve pour reprendre pied avec la réalité. Comme si, par un étonnant retournement historique, la rationalité était devenue l'apanage du peuple, tandis que les élites restaient confinées dans l'univers de l'émotion, alliant, en Allemagne, le calcul économique du patronat, avide de main-d'œuvre pas chère, et le tourment de la culpabilité du nazisme.

    Les immigrants venus de Syrie, d'Irak, mais aussi d'Afghanistan ou d'Erythrée, et tous ceux, du Maghreb ou du Kosovo, qui profitent de l'aubaine pour se fondre dans leur flot, ne tarit pas : 800 000, I million, 1,5 million sont successivement annoncés. Deux millions attendent dans les camps turcs. Merkel se précipite à Ankara chez Erdogan pour qu'il n'ouvre pas les vannes en grand. Angela Merkel a paru enivrée des acclamations universelles qu'a suscitées son choix généreux ; le temps est venu de la gueule de bois. 

  • TV : Dr Dray est de retour

     

    par Grégoire Arnould

    Il avait disparu du paysage politique depuis quelques années. Julien Dray fut pourtant de tous les combats de la gauche depuis quarante ans. L’actuel vice-président de la région Ile-de-France a d’abord été trotskiste avant de rejoindre la LCR pour ensuite devenir membre fondateur de SOS Racisme et membre éminent de l’Unef. Un parcours sans faute, couronné par une adhésion au Parti socialiste et aux prébendes qui accompagnent le statut d’apparatchik de l’appareil.

    Valérie Trierweiler, l’une des meilleures ennemies, partie il y a de longs mois, les affaires judiciaires enterrées, Julien Dray est de retour depuis le mois de juin, comme pour mieux confirmer l’adage : « En politique, on n’est jamais mort ». Au début de l’été, l’homme revenait en qualité de conseiller de l’ombre, de consigliere à qui mission était donnée de réunir la « grande famille » de gauche. Ou, du moins, de limiter la casse dans la perspective des prochaines élections régionales. Il se murmure que son amitié de longue date avec François Hollande n’a rien d’anodin dans ce retour. Les défaites électorales, la bérézina annoncée en décembre prochain, ont, sans doute, accéléré les événements. Julien Dray reprend du service et monte désormais un peu plus au front. Il est même tête de liste pour les régionales dans le Val-de-Marne.

    C’est pour toutes ces raisons qu’il était l’invité-phare de l’émission « Supplément », diffusée sur Canal + dimanche 18 octobre. Face à Ali Baddou, nouvel animateur de ce programme depuis la rentrée, il est apparu tel qu’on le connaît : roublard et fin connaisseur de la cuisine électorale. Celle qui permet de remporter un scrutin. Au jeu des question-réponses, Julien Dray s’en est tiré avec habileté. Sauf, comme tous les élus de gauche, sur le bilan de la présidence Hollande. Lorsque l’animateur passa une séquence tirée de l’émission de Bourdin où l’on voit Mélenchon appeler à un renouvellement des actions violentes contre le patronat, Dray s’emporta, qualifiant de dangereuse et d’inconséquente la tirade du fondateur du Front de gauche.

    Une réaction qui n’est pas passée inaperçue. Quelques heures après la diffusion de l’émission, Alexis Corbière, secrétaire national du Front de gauche, s’en allait de sa petite vengeance. Sur son blog, il diffusait un enregistrement « pirate », non sourcé et non daté, dans lequel Julien Dray tacle sèchement Claude Bartolone et Jean-Christophe Cambadélis en les décrivant comme « manipulateurs » et « fainéants » et expliquant qu’avec eux « c’est à chaque fois une catastrophe » !

    Une potion dure à avaler pour « Dr Dray », comme le surnomme ses proches qui seront peut-être un peu moins nombreux dans les prochains jours. Dans la même émission, un reportage montrait Julien Dray, lors d’un déplacement en Ile-de-France, distillant ses conseils à celui qui convoite cette région : l’actuel président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone… En politique, on n’est jamais mort. En politique, on ne se refait pas. 

      - Politique magazine

     

  • Philippe de Villiers au Figaro : « Le pouvoir n'a plus de pouvoir : c'est une clownerie »

     

    Entretien Philippe de Villiers - Le Figaro publié le 15.10.2015

    Quelques phrases choisies :

    « La France est en train de mourir parce qu'elle est en même temps submergée de l'extérieur et effondrée de l'intérieur. »

    « A grand renfort d'intellectuels de la trempe de BHL, la France est devenue le seul pays au monde que nous n'avons pas le droit d'aimer. »

    « Le projet véritable de l'UE était d'abolir les nations pour installer en leur lieu et place un marché planétaire de masse qui viendrait un jour faire la jonction avec le marché américain : c'était l'idée de Jean Monnet. »

    « Aujourd'hui, les voies d'eau se multiplient sur le Titanic des eurocrates. »

    « Ils savourent avec un plaisir de gourmets l'idée exotique selon laquelle la France pourrait devenir la fille aînée de l'islam. » 

     

  • Alain de Benoist : « François Hollande aurait fait un très bon marchand des quatre-saisons »

     

    Cet entretien qu'Alain de Benoist a donné à Boulevard Voltaire est d'une rare qualité. Qu'il explique ne pas parvenir à détester François Hollande comme homme quelconque est prétexte ici à réflexion, précisément sur ce qui distingue l'homme quelconque de l'homme d'Etat et, plus encore, de celui qui est investi du Pouvoir. Et de Benoist de définir à sa façon qui n'est pas celle de Boutang mais finit pas y ressembler, en quoi consiste un Pouvoir légitime : Sacralité - même en un sens laïque - assentiment populaire, incarnation de la souveraineté et du destin d'un peuple, d'une nation, singularisés par l'Histoire ... Et pour réaliser une telle incarnation, il ne faut pas être un homme quelconque, il faut être en surplomb... Il n'y a peut-être aujourd'hui plus beaucoup de sujets sur lesquels nous soyons en désaccord avec Alain de Benoist. En tout cas, celui dont il est question ici en est un exemple.  LFAR     

     

    1530443371.jpgC’est devenu un gag récurrent : chaque nouveau Président parvient à nous faire regretter son prédécesseur. Avec François Hollande, on a atteint le fond, non ?

    Contrairement aux commentateurs qui le couvrent d’injures (se défouler en éructant est le meilleur moyen de faire savoir qu’on n’a rien à dire), je ne parviens pas à détester François Hollande. Je me désole de le voir occuper le poste qui est le sien, mais sur le personnage lui-même, je n’ai rien à dire. Il aurait sans doute pu faire un convenable receveur des postes, un directeur de succursale d’une société d’assurances, un marchand des quatre saisons. En tant que premier secrétaire du PS, il n’a pas été pire qu’un autre : dans les magouilles et les petites blagues, il a toujours été à son affaire. Le seul problème est que ce personnage insignifiant est président de la République.

    Depuis Pompidou, Mitterrand excepté, la fonction de chef de l’État n’a cessé de se dégrader. Il n’y a plus de chefs, et il n’y a guère plus d’État. La comparaison est certes facile, mais on imagine évidemment mal le général de Gaulle aller faire du jogging en suant à grosses gouttes sous un tee-shirt aux armes de la police new-yorkaise, ou partant en scooter pour aller rejoindre sous la couette une pom-pom girl du show-business. Un chef de l’État doit avoir conscience qu’il n’est pas seulement lui-même, mais qu’il incarne une fonction. Qu’il se discrédite lui-même passe encore, qu’il rabaisse sa fonction est impardonnable. L’homme et sa fonction sont deux choses différentes, et c’est la fonction qui doit l’emporter.

    Cela pose la question de savoir ce que l’on est en droit d’attendre de la part d’un chef de l’État.

    Dans ce domaine, qu’on soit en monarchie ou en république, on en revient toujours à Ernst Kantorowicz et à sa célèbre thèse sur Les Deux Corps du roi. Bien sûr, on n’attend plus du chef de l’État qu’il guérisse les écrouelles, mais au moins qu’il soit conscient de ce qu’il incarne, à savoir cette fonction souveraine qui le met en position de diriger une nation, c’est-à-dire un peuple singularisé par son histoire. Quand on incarne une telle fonction, on ne va pas parler à la télévision dans des émissions de « divertissement », on ne joue pas au « type sympa » et on apprend à nouer sa cravate ! On respecte la fonction qu’on incarne, et on s’applique à la faire respecter. Or, le pouvoir n’est respecté que s’il garde une dimension de sacralité. Même dans une république laïque, même dans une société sortie de la religion, il reste une appétence pour le sacré, d’abord parce que tous les grands thèmes politiques modernes sont d’anciens thèmes religieux qui ont été rabattus sur la sphère profane, ensuite parce que les hommes obéissent à tout sauf à des choix rationnels. La sacralité du pouvoir est, au même titre que le suffrage populaire, le fondement de la légitimité.

    Mais cette dégradation est allée significativement de pair avec le déclin du politique. Cerné par l’économie, par la morale des droits de l’homme, par les diktats de l’expertocratie, le politique décline. Et c’est l’impolitique qui règne. François Hollande n’est pas seulement un homme inculte, qui n’est même pas capable d’articuler une phrase en français correct, c’est un homme qui ignore aussi ce qu’est la politique. Il l’ignore parce que les notions de mythe collectif, de marche du monde, de sens historique, lui sont étrangères. Tout comme ses prédécesseurs, il ne sait pas que la politique est tragique. Ou plutôt qu’elle l’était. Car la politique est aujourd’hui devenue comique. La grande erreur des politiques est de croire qu’ils seront d’autant plus populaires qu’ils apparaîtront « comme tout le monde », alors que c’est exactement l’inverse. Ce n’est pas la proximité qui rend populaire, c’est la hauteur et la grandeur. Ce n’est même pas d’être aimé, c’est d’être admiré. Pour être admiré, il faut faire de grandes choses. Et pour faire de grandes choses, il faut être en surplomb.

    C’est-à-dire ?

    Dans l’entretien exclusif qu’il vient d’accorder à la revue Éléments, Patrick Buisson dit à merveille ce dont il s’agit quand il se moque de « Hollande disant : si le chômage ne recule pas, je ne me représenterai pas. La belle affaire ! Il montre par là qu’il n’a rien compris à ce qu’est la puissance politique du mythe dans l’Histoire […] Les mythes sont les agents de l’Histoire, ils font l’élection. Pas l’économie. »

    Régis Debray rappelait récemment que « la conscience historique, c’est l’essence de toute grande politique ». Mais cette notion même de grande politique est totalement étrangère à la classe politique au pouvoir, qui ne connaît que la météorologie électorale, la politicaille et les « petites phrases » qui font du buzz, et qui ne raisonne plus qu’en termes de « communication » et d’« image » parce qu’elle croit qu’on peut remplacer l’autorité par la séduction. « Chacun sait, ajoutait Debray, que nos décideurs ne décident plus rien, que nos élus n’ont plus de prise sur le cours des choses, que l’art de gouverner consiste à faire semblant […] La fin du politique est ce qui fait époque en Europe. » La politique, ce n’est pas la discussion sur les 35 heures ou sur le statut des fonctionnaires, ce n’est même pas la croissance ou le chômage. La politique, c’est le regard perçant et l’esprit de décision, les grands projets collectifs, le sens du moment historique, la claire perception d’un sujet historique. La politique, ce n’est pas l’avenir, c’est le destin. Allez parler de « destin d’un peuple » à François Hollande ! Tous les hommes politiques sont aujourd’hui des intermittents du spectacle. 

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    Entretien réalisé par Nicolas Gauthier - Boulevard Voltaire

  • Trois leçons d’économie du pape François

     

    par François Reloujac

    Le discours prononcé par le pape François à la tribune des Nations Unies le 25 septembre a donné lieu à de nombreux commentaires. Entre ceux qui se sont réjouis d’entendre le pape donner un satisfecit à l’ONU et ceux qui regrettent que le discours fut trop « moraliste » et pas assez « politique », beaucoup a été dit. Mais peu de commentateurs se sont penchés sur les trois leçons d’économie que contenait ce discours fort riche. Ces trois leçons ont trait au fonctionnement des organismes financiers internationaux, à la façon de mesurer les performances économiques et au rôle des États.

    Le fonctionnement des Organismes financiers internationaux

    Il est nécessaire, a dit le pape, d’accorder à tous les peuples de participer aux décisions des « corps dotés d’une capacité d’exécution effective, comme c’est le cas (…) des Organismes Financiers et des groupes ou mécanismes spécialement créés pour affronter les crises économiques ». Si l’on peut d’abord penser au Fonds Monétaire International (FMI), on ne peut pas écarter le cas de la Banque Centrale Européenne (BCE) ni celui du Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Aucun de ces organismes, selon ce que nous dit le pape ne peut donc « imposer » à un État quel qu’il soit une décision que celui-ci ne pourrait pas accepter. Le pape a ajouté que « les Organismes Financiers internationaux doivent veiller au développement durable des pays, à ce qu’ils ne soient pas soumis, de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui, loin de promouvoir le progrès, assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d’exclusion et de dépendance ». Certes, en prononçant cette phrase, le pape avait surtout à l’esprit le cas des « pays en voie de développement ». Mais, comment un Européen peut-il entendre cette recommandation sans penser en premier lieu à la Grèce et au diktat qui lui a été imposé par la « troïka » (FMI, Union européenne, BCE) ?

    La mesure des performances économiques

    Sur ce point, le pape commence par reconnaître que « la multiplicité et la complexité des problèmes exigent de compter sur des instruments techniques de mesure ». Ces instruments ne sont donc pas simplement utiles, ils sont nécessaires. Mais le pape ajoute que leur usage, à force de banalisation, peut conduire à deux dérives graves : une priorité absolue donnée au « travail bureaucratique » qui conduit à multiplier les normes, les processus et les contrôles au détriment de l’action proprement dite ; une confiance aveugle dans les constructions théoriques et a priori qui conduisent à se couper du réel. Car, nous rappelle le pape, une action économique n’est efficace que « lorsqu’on l’entend comme une activité prudentielle, guidée par un concept immuable de justice, et qui ne perd de vue, à aucun moment, qu’avant et au-delà des plans comme des programmes, il y a des femmes et des hommes concrets… ».

    Le rôle de l’État en matière économique

    Les gouvernants, nous dit le pape, « doivent faire tout le possible » pour permettre à chacun de vivre décemment. Et le minimum qu’ils doivent donner pour cela s’articule autour de trois besoins qu’il est impératif de combler : donner un « logement personnel » ; donner un « travail digne et convenablement rémunéré » ; donner accès à une « alimentation adéquate » et à une « eau potable ».

    Il convient ici de ne faire aucun contre-sens. Les pouvoirs publics n’ont pas à mettre en œuvre des politiques de faux-semblants, comme ils savent si bien le faire. Donner à chacun l’accès à un logement personnel ne signifie pas obligatoirement qu’il faille accorder une « aide à la pierre », ni venir au secours du secteur du bâtiment. Le choix des mesures à prendre est affaire de circonstance et telle mesure qui paraît opportune à un moment peut fort bien ne plus l’être ultérieurement. Les questions économiques relèvent du domaine prudentiel et les mesures circonstancielles doivent toujours être adaptées aux situations concrètes. Celles qui ne sont plus adaptées doivent donc toujours être rapportées. Mais il ne faut pas non plus se tromper sur le but premier poursuivi et, en l’occurrence nous dit le pape, les pouvoirs publics doivent veiller à ce que chacun puisse bénéficier d’un logement personnel où il puisse accueillir sa famille.

    Deuxième priorité : tous doivent pouvoir avoir accès à un « travail digne et convenablement rémunéré ». Dans son encyclique Laudato Si’, le pape avait rappelé de façon très concrète que « la création de postes de travail [par toute entreprise] est une partie incontournable de son service du bien commun » (§ 129). Mais créer un poste de travail n’est pas suffisant ; celui-ci doit être « digne », c’est-à-dire ne pas faire courir, même indirectement, à la personne qui l’occupe un danger moral, psychologique ou spirituel autant que physique. De plus, il doit être convenablement rémunéré, c’est-à-dire qu’il doit permettre à celui qui l’occupe de vivre normalement avec sa famille, selon son état. Si cela ne conduit à aucune course à l’échalote, cela suppose aussi que la famille ne doit pas être condamnée, pour vivre normalement, à suppléer le manque de rémunération par un crédit à la consommation. Mais être convenablement rémunéré ne signifie pas non plus que tout le monde soit en droit d’exiger de son employeur une rémunération qui lui permette de satisfaire tous les désirs artificiels entretenus et développés par une publicité agressive qui ne peut conduire qu’au surendettement.

    Troisième priorité : l’accès à une « alimentation adéquate » et à l’« eau potable ». Là encore, le pape fait clairement référence à son encyclique Laudato Si’. Sans entrer dans le détail, il convient de remarquer qu’une « alimentation adéquate » est celle qui correspond aux besoins physiologiques de chacun et qui varie donc en fonction de l’âge de la personne, de la nature de ses activités et du climat de son pays (de la saison). Si une « alimentation adéquate » sous-entend une certaine diversité, elle ne signifie pas que certains peuvent s’arroger le droit de manger de tout en toute saison, en faisant venir à grands frais (et en gaspillant de l’énergie fossile) des produits qui pourraient manquer à ceux qui les produisent ou les conduire à produire des produits inutiles ou nocifs – pavot par exemple – destinés à l’exportation en lieu et place de cultures vivrières indispensables à l’échelon local.

    Dans son discours à la tribune des Nations Unies, le pape n’a pas développé ces analyses qui, d’ailleurs, n’épuisent pas le sujet. Il s’est contenté de rappeler « le minimum absolu » auquel chacun doit avoir accès pour exercer sa dignité, « comme pour fonder et entretenir une famille qui est la base de tout développement social. Ce minimum absolu a, sur le plan matériel, trois noms : toit, travail et terre ; et un nom sur le plan spirituel : la liberté de penser, qui comprend la liberté religieuse, le droit à l’éducation et tous les autres droits civiques ». Il a donc mis chacun en garde contre toute « mauvaise gestion irresponsable de l’économie mondiale, guidée seulement par l’ambition du profit et du pouvoir ».