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Ephéméride du 25 mars

Le pavillon de la reine Jeanne, aux Baux de Provence

 

507 : Date possible de la bataille de Vouillé 

Neuf ans auparavant, Clovis avait finalement connu le triomphe lors de la terrible bataille de Tolbiac, alors qu'il y avait d'abord frôlé le désastre. Les conséquences de ce succès militaire furent immenses pour le futur de ce qui n'était pas encore la France, mais qui était en train de le devenir, et pour une très large part grâce à Clovis, qui venait de redonner à la Gaule sa frontière « romaine » du Rhin, en refoulant les Alamans sur l'autre rive du fleuve (voir l'éphéméride du 10 novembre).

Un autre danger subsistait cependant : celui de la puissance wisigothique, qui s'étendait alors sur la plus grande partie de la péninsule ibérique et sur un très large quart sud/sud-ouest de la France actuelle, comme on le voit sur la carte ci dessous  

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D'une part, les rapports entre Francs et Wisigoths n'avaient jamais été bons. D'autre part, devenu le champion du catholicisme depuis sa conversion, Clovis était soutenu indéfectiblement par l'Eglise catholique, et regardé comme un espoir par la masse des populations gallo-romaines catholiques, sur laquelle régnaient des souverains tous acquis à l'hérésie arienne (notamment les Wisigoths). Dans les années 500, l'agitation des catholiques est à son comble dans le royaume wisigoth d'Alaric II : celui-ci exile à Bordeaux les évêques Rurice (de Limoges) et Césaire (d'Arles), accusés de comploter avec les Burgondes, alliés de Clovis.

Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths d'Italie, essaye de calmer les esprits, et pense pouvoir jouer les médiateurs, car il est marié à une soeur de Clovis, et le roi Alaric est marié à sa propre fille : il veut faire semblant de croire que l'opposition Francs/Wisigoths est purement territoriale et politique, et feint d'ignorer la détestation des ariens par les masses catholiques. Sur le conseil de Théodoric, Clovis et Alaric se rencontrent à la frontière de leurs deux royaumes, sur l'Île d'Or (ou Île Saint Jean), au milieu de la Loire, face à Amboise. Mais la guerre est en réalité inévitable, car Clovis veut à la fois redonner à la Gaule son autre frontière naturelle des Pyrénées et redonner ce vaste ensemble de territoires à la catholicité...

Ainsi, donc, après de vaines tentatives de médiations, Clovis attaqua Alaric II, dans la plaine de Vouillé (ou peut-être de Voulon, mais, dans les deux cas, tout près de Poitiers), « au printemps 507 », disent les historiens, sans donner de jour précis pour cet évènement considérable qui, de toutes façons, recouvrait une période de temps bien plus étendue qu'une ou même plusieurs journées. Au même moment, l'Empereur d'Orient, Anastase, allié de Clovis, attaquait Théodoric le Grand, pour lui reprendre l'Italie, privant ainsi les Wisigoths de leur unique soutien. 

25 mars,frederic mistral,provence,felibrige,les baux,prix nobel,maillane,mireille,calendal,provençal,malrauxMais, au-delà et en plus des conséquences immédiates de la bataille de Vouillé - qui venait comme couronner le précédent triomphe de Tolbiac, et permettait à Clovis de rendre le service immense qu'il a si bien rendu... - une chose est à noter : la France que nous connaissons aujourd'hui n'était nullement une évolution obligée des choses, un Etat qui aurait naturellement vu le jour de toutes façons. Bien au contraire, plusieurs autres entités que la France que nous connaissons aujourd'hui auraient pu naître à sa place, sous d'autres formes et recouvrant d'autres territoires. Précisément, la première de ces entités possibles était celle-ci : une vaste monarchie wisigothique s'étendant de part et d'autre des Pyrénées, et rejoignant peut-être un jour ses cousins d'Italie ! C'est cette première « autre France possible » que Clovis rendit, justement, impossible.

Par la suite, il aurait pu naître « quelque chose » autour de la puissante maison des Comtes de Toulouse : mais le trop faible poids démographique de la ville de Toulouse et, surtout, la Croisade des Albigeois rendirent cette option impossible.

Les Anglais, aussi, autour des Plantagenêts, auraient pu créer un vaste ensemble s'étendant à la fois sur la Grande Bretagne et la France : là, ce furent plusieurs rois (Philippe Auguste, Saint Louis...) qui anéantirent ce rêve, amis au prix de très grands efforts, et sur une longue période.

La dernière grande entité qui aurait pu naître en lieu et place de la France, c'est du côté de la Bourgogne qu'elle se trouvait, et c'est Louis XI qui, bien plus faible au départ que ses rivaux - les Grands Ducs d'Occident - empêcha les Ducs de Bourgogne de réunir leurs riches et immenses territoires du sud (en gros, la Bourgogne et la Franche-Comté actuelle) à ceux du nord (en gros, les actuelles Hollande et Belgique, et une part de l'actuel nord/nord-est de la France).

25 mars,frederic mistral,provence,felibrige,les baux,prix nobel,maillane,mireille,calendal,provençal,malrauxAinsi, dès Clovis et la première dynastie, les rois de France - surtout à partir d'Hugues Capet - ont-ils inlassablement repoussé tout ce qui s'opposait à leur tâche de rassemblement et d'unification des territoires de la France que nous avons reçue en héritage, et à la création d'un Etat qui a fait d'elle la première puissance du monde sous Louis XVI :

« La France fut faite à coups d'épée. La fleur de lys, symbole d'unité nationale n'est que l'image d'un javelot à trois lances. » (Charles de Gaulle) 

« Pour moi, l'histoire de France commence avec Clovis, choisi comme roi de France par la tribu des Francs, qui donnèrent leur nom à la France. Avant Clovis, nous avons la préhistoire gallo-romaine et gauloise. L'élément décisif pour moi, c'est que Clovis fut le premier roi à être baptisé chrétien. Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l'histoire de France à partir de l'accession d'un roi chrétien qui porte le nom des Francs » (Charles de Gaulle).

Sur Clovis, et l'importance capitale de son règne, voir : l'éphéméride du 25 décembre (baptême de Clovis); l'éphémeride du 27 novembre (sa mort); sur le sens véritable de l'épisode du vase de Soissons, voir l'éphéméride du 1er mars; et, sur son autre victoire décisive de Tolbiac, voir l'éphémeride du 10 novembre.

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1873 : Fondation de l'Ecole française de Rome

 

L'Ecole française de Rome est un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, sous tutelle du ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche. Conçue d'abord comme relais romain de l'École française d'Athènes (1873), puis comme École d'archéologie (1874), elle est fondée en 1875 et occupe le Palais Farnèse, partagé depuis avec l'Ambassade de France en Italie (ci dessous).

Relais de l'action scientifique de la France en Italie et en Méditerranée centrale dans le domaine de l'histoire, de l'archéologie et des sciences sociales, l'École travaille dans le cadre de programmes avec des opérations de recherche qui sont conduites avec des partenaires surtout français et italiens mais aussi en provenance du Maghreb et des pays riverains de la mer adriatique (Albanie, Croatie, Serbie et Slovénie) et de l'Union européenne.

Ses opérations donnent lieu à des échanges scientifiques dans le cadre d'ateliers et de séminaires, voire de colloques, et s'articulent avec l'organisation de sessions de formation doctorale et la collaboration à des expositions. L'École accueille des membres, fonctionnaires détachés ou post-doctorants contractuels, des boursiers, des enseignants chercheurs et des chercheurs qui sont mis à disposition, détachés ou invités.

 

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http://www.efrome.it/lefr/histoire.html

 

 

École française d'Athènes, École française de Rome, Institut français d'archéologie orientale du Caire, École française d'Extrême-Orient et Casa de Velásquez à Madrid : dans les aires géographiques et les domaines scientifiques de leurs compétences, les cinq écoles françaises à l'étranger ont pour mission de développer la recherche fondamentale sur le terrain et la formation à la recherche.

Fondées entre 1846 et 1928, ces cinq Écoles relèvent du ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche et sont placées sous l'autorité scientifique de plusieurs Académies de l'Institut. Etablissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, ce sont des lieux d'échanges entre les chercheurs français et étrangers, contribuant au rayonnement de la science française.

 

La France entretient donc, dans le monde, un réseau de cinq Etabllissements culturels de très haut niveau, tous présentés dans ces Ephémérides (avec leurs ramifications éventuelles...). Pour le premier d'entre eux, chronologiquement, l'Ecole française d'Ahènes, fondé par Louis-Philippe en 1846, voir l'Ephéméride du 11 septembre; cette Ephéméride vient de vous présenter l'Ecole française de Rome, fondée en 1873; pour l'Institut français d'Archéologie orientale, fondé en 1880, voir l'Ephéméride du 28 décembre; pour l'Ecole française d'Extrême-Orient, fondée en 1898, voir l'Ephéméride du 15 décembre; et pour la Casa de Velazquez, fondée en 1928, voir l'Ephéméride du 20 novembre...

 

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1914 : Mort de Frédéric Mistral

 

Il avait reçut le Prix Nobel de Littérature en 1904. 

 

1. Extrait de l’article que Maurras publia dans L’Action française du 26 mars 1914 :

"...On peut tenter de faire le compte de l’oeuvre immense. Pour nous ce n’est encore rien. Mistral a ressuscité au fond de nos coeurs notre histoire, notre légende, notre sagesse provinciale, notre raison même ; il a éclairé pour nous jusqu’au sens des choses, telles qu’elles sont, mais telles que nous ne les eussions jamais comprises sans lui. La respectueuse affection dont il avait bien voulu nous permettre d’entourer sa noble vieillesse ajoute à notre douleur. Mais je connais des Provençaux de ma génération qui ne l’ont jamais vu ou qui l’ont vu à peine : aujourd’hui dispersés sur tous les points du monde, ils sentiront qu’avec la personne brisée de Mistral se perd en eux le centre d’une attraction suprême auquel correspondaient, comme par un accord de sourires mystérieux, le nom et l’image de leur pays..." 

 

2. De Mistral, Maurras, a tiré la quintessence poétique et intellectuelle dans Maîtres et Témoins de ma vie d’esprit :

"...Au soubassement général de (son) oeuvre... courent en lettres d’or et de feu deux mots-clefs qui en découvrent le sens profond : Multa renascentur. Le monde est fait, inspiré, excité, et comme nourri d’une renaissance perpétuelle : c’est de la cendre des empires et de la poussière des civilisations que sortent les progrès dignes de ce nom. La vie mourrait si elle n’était soutenue, stimulée et alimentée par les morts..."

 

Voir notre Album : Maîtres et témoins... : Frédéric Mistral. (90 photos).  

 

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 Ci dessus et ci dessous, deux photos du Mas du Juge, où Mistral vit le jour le 8 septembre 1830. S'il passa toute sa vie dans son village de Maillane, Mistral y occupa trois maisons différentes. Le Mas du juge, où il naquit, fut la première, dans laquelle il passa les vingt-cinq premières années de son existence, et commença l'écriture de Miréio.

 

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On peut évidemment le regretter, mais c'est ainsi : l'évolution des choses, l'histoire, a fait que le provençal est devenu, comme le grec et le latin, non pas une langue morte, mais une langue ancienne. Ce qui est bien sûr tout à fait différent.

Il serait très difficile - et ce serait d'ailleurs tout à fait vain... - d'expliquer pourquoi et comment ce qui se passe dans la Catalogne espagnole ne s'est pas passé en Provence, à savoir le maintien d'une langue catalane extraordinairement vivace, et parlée au quotidien par plusieurs millions d'hommes et de femmes, et de jeunes. Et parlée dans tous les actes de la vie courante. Le castillan étant de fait comme une sorte de seconde langue. En France, le provençal, pas plus que les autres langues régionales d'ailleurs, n'est plus parlé au quotidien, vingt quatre heures sur vingt quatre, par l'ensemble de la population, dans l'ensemble de ses activités. Certaines langues régionales se portent peut-être un peu mieux - ou, plutôt, un peu moins mal... - que d'autres, mais le fait est là, et l'on est bien obligé d'en tenir compte.

 

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             En 1855, à la mort de son père, Frédéric Mistral quitte le Mas du Juge, son mas natal, et vient habiter avec sa mère à la Maison du Lézard. Il y restera vingt et un ans, jusqu'à son mariage, en 1876. Dans cette maison, il écrit "Mireio" et "Calendau". C'est aujourd'hui la bibliothèque municipale, le bureau du tourisme et le centre de recherches mistraliennes.

             C'est Mistral lui-même qui la baptisa Maison du Lézard en inscrivant au dessus d’un cadran solaire trois vers faisant référence au temps qui passe et mettant en scène un lézard.


            La traduction en est : "gai lézard, bois ton soleil, l'heure ne passe que trop vite et demain il pleuvra peut-être."

 

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Faut-il donc, pour autant, se priver, se couper, des trésors que renferment - pour toujours - ces langues régionales ? Évidemment, non. Faisons une comparaison. Il ne viendrait à personne l'idée d'étudier le grec ou le latin pour aller faire ses courses en parlant grec ou latin dans les magasins ou dans le métro. Si l'on étudie ces deux langues anciennes, c'est uniquement, mais c'est l'essentiel et c'est essentiel, pour avoir un accès direct aux trésors de réflexion, de pensée, de sagesse, que renferment les textes anciens; et pour avoir un accès direct à ces oeuvres et à leurs auteurs. Tout le monde est bien d'accord là-dessus. On "fait" du grec, on "fait" du latin pour fréquenter Sénèque, Virgile ou Térence et, à leur contact, à leur lecture, les laisser nous guider vers les sommets, nous instruire, nous améliorer.

André Malraux, dans Les voix du silence, a bien exprimé cette idée: en prenant l'exemple de Rembrandt, il parle en fait de tous les artistes du passé - mais aussi des écrivains, comme ici avec Mistral en l'occurrence - lorsqu'il écrit "...non moins misérable néant si les millénaires accumulés par la glaise ne suffisent pas à étouffer dès le cercueil la voix d'un grand artiste... Dans le soir où dessine encore Rembrandt, toutes les Ombres illustres, et celles des dessinateurs des cavernes, suivent du regard la main hésitante qui prépare leur nouvelle survie ou leur nouveau sommeil..... Et cette main dont les millénaires accompagnent le tremblement dans le crépuscule, tremble d'une des formes secrètes et les plus hautes, de la force et de l'honneur d'être homme."

Nous en sommes là maintenant, semble-t-il, avec le provençal, qui est maintenant à considérer de la même façon que le grec et le latin. Loin d'être une langue morte, il doit être considéré comme une langue ancienne, renfermant des trésors de sagesse et -pour Mistral- de poésie. Il peut, et il doit, donc, être connu et reconnu, pratiqué et aimé comme tel. Certes son rôle vernaculaire semble terminé, comme pour le latin et le grec; mais pas son rôle d'élévateur du coeur, de l'âme et de l'esprit...

 

  Ci dessous, la troisième et dernière maison de Mistral, qu'il fit construire en 1876, au moment et à l'occasion de son mariage.

 

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Voici la suite de notre évocation de Frédéric Mistral, à travers sa poésie, que nous déclinons en trois temps : aujourd'hui, 25 mars, date anniversaire de sa mort, nous poursuivons la lecture commencée le 29 février (réception du Prix Nobel de littérature), qui s'achèvera le 8 septembre, jour anniversaire de sa naissance.
 
Et nous l'évoquons au moyen de deux poèmes (ou extraits) à chaque fois, soit au total six textes majeurs, qui permettront de se faire une première idée du fond de ses inspirations. 

1. Le 29 février, nous avons lu un poème que l'on qualifiera de chrétien, tant est forte et sous-jacente partout chez Mistral cette source d'inspiration : La coumunioun di sant (La communion des saints) de 1858. Puis l'enracinement dans l'Histoire provençale et dans cette Provence charnelle, à travers ses paysages et ses villes. L'amour profond pour sa terre transparaît évidemment lui aussi partout chez Mistral: "...Se quauque rèi, pèr escasènço..." (Si Clémence était reine.., Mireille, Chant II)

2. Aujourd'hui - 25 mars - nous lisons un poème de combat, pourrait-on dire : I troubaire catalan (Aux troubadours catalans, partie I) de 1861. Puis, un poème peut-être un peu plus politique : A la raço latino (Ode à la race latine), de 1878.

3. Enfin - le 8 septembre - nous verrons le Mistral virgilien et homérique, paysan au sens fort et grand du terme, de l'invocation de Miréio (Mireille). Et, pour finir, l'invocation épique et historique de Calendau (Calendal).

Il est très dommage que le logiciel de Hautetfort, l'hébergeur de ce blog, ne permette pas de mettre en parallèle la traduction française, à droite du texte provençal. Vous devrez donc vous reporter à la fin du poème pour en connaître le sens, si vous ne connaissez pas le provençal; c'est très incommode, et nous vous prions de nous en excuser, mais nous n'y pouvons rien...

Aujourd'hui, donc, 25 mars, deuxième partie de l'évocation (précédent, le 29 février; suivant, le 8 septembre).

 

     

   III : Première partie de I Troubaire Catalan (Aux Troubadours Catalans). Le poème comprend deux Parties, de douze strophes chacune.

 

Fraire de Catalougno, escoutas ! Nous an di / Que fasias peralin reviéure e resplendi / Un di rampau de nosto lengo : / Fraire, que lou bèu tèms escampe si blasin / Sus lis oulivo e li rasin / De vosti champ, colo e valengo.                

Dou Comte Berenguié, fraire, bèn nous souvén, / Quand de la Catalougno adus pèr un bon vènt, / Emè si velo blanquinelo / Intrè din noste Rose, e recaupè la man / E la courouno e li diamant / De la princesso Doucinello.  

 

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                                    Blason de la Generalitat de Catalunya               

 

Prouvènço e Catalougno, unido pèr l'amour, / Mesclèron soun parla, si coustumo e si mour; / E quand avian dins Magalouno, / Quand avian dins Marsiho, a-z-Ais, en Avignoun, / Quauque bèuta de grand renoum, / N'en parlavias a Barcilouno                            

Cènt an li Catalan, cènt an li Prouvençau, / Se partajèron l'aigo e lou pan e la sau: / E (que Paris noun s'escalustre !) / Jamai la Catalougno en glori mountè mai, / E tu, Prouvenço, plus jamai / As agu siècle tan ilustre !                      

Li troubaire, - e degun lis a vincu despièi, -  / A la barbo di clergue, a l'auriho di rèi / Aussant la lengo poupulàri, / Cantavon amourous, cantavon libramen / D'un mounde nou l'avenimen / E lou mesprès di vièis esglàri.                      

Alor i'avié de pitre e d'aspre nouvelun: / La republico d'Arle, au founs de si palun, / Arresounavo l'emperaire; / Aquélo de Marsiho, en plen age feudau, / Moustravo escri sus soun lindau: / Touti lis ome soun de fraire.                       

Alor, d'eilamoundaut, quand Simoun de / Pèr la glori de Diéu e la léi dou plus fort, / Descaussanavo la Crousado, / E que li courpatas, abrasama de fam, / Vaulastrejavon, estrifant / Lou nis, la maire e la nisado;                     

Tarascoun, e Bèu-Caire, e Toulouso,  e Beziés, / Fasènt bàrri de car, Prouvènço, li vesiés, / Li vesiés bouie e courre is armo / E pèr la liberta peri touti counsènt.... / Aro, nous agroumoulissèn / Davans la caro d'un gendarmo !           

Segur, i'avié de chaple à grand cop de destrau, / E la lucho de-longo, e pertout plago e trau; / Mai lou fio caufo, se devoro ! / Alor avian de Conse, e de grand cièutadin / Que, quand sentien lou dre dedin, / Sabièn leissa lou rèi deforo.   

 

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                                               Les remparts d'Avignon

 

Fuguessias rèi de Franço, e Louis Vue voste noum, / E cènt milo Crousa vosto armado, Avignoun / A si pourtau metié la tanco. / La vilo èro esclapado, èro espoutido à plat... / Mai noste libre Counsulat / Avié fa tèsto à l'armo blanco.                            

De Pèire d'Aragoun, fraire, bèn nou souvèn : / Segui di Catalan, venguè coume lou vènt, / Brandant sa lanço bèn pounchudo. / Lou noumbre e lou malastre aclapon lou bon dre : / Davans li bàrri de Muret / Soun touti mort à nosto ajudo !                    

Tambèn, coume lou clergue emè lou capelan, / Despièi, lou Prouvençau respond au Catalan / A travès l'oundo que souspiro; / A travès de la mar, tambèn, i'a de moumen, / Vers Barcilouno tendramen / Barcilouneto se reviro.  

 

Proposition de transcription en français :   

 

Frères de Catalogne, écoutez ! On nous a dit / Que vous faisiez au loin revivre et resplendir / Un des rameaux de notre langue: / Frères, que le beau temps épanche ses ondées / Sur les olives et les raisins / De vos champs, collines et vallées !

Du Comte Bérenger, frères, il nous souvient bien, / Quand de la Catalogne amené par un bon vent, / Avec ses voiles blanches / Il entra dans notre Rhône, et qu'il reçut la main / Et la couronne et les diamants / De la princesse Douce.

Provence et Catalogne, unies par l'amour, / Mêlèrent leur langage, leurs coutumes et leurs / Et quand nous avions dans Maguelonne, / Quand nous avions à Marseille, à Aix, en Avignon, / Quelque beauté de grand renom, / Vous en parliez à Barcelone.

Cent ans les Catalans, cent ans les Provençaux / Se partagèrent l'eau, et le pain, et le sel: / Et (que Paris n'en prenne pas ombrage !) / Jamais la Catalogne ne monta plus haut en gloire, / Et toi, Provence, plus jamais / Tu n'as eu siècle aussi illustre !

Les Troubadours, et nul ne les a vaincus depuis, / A la barbe des clercs, à l'oreille des rois / Elevant la langue du peuple, / Chantaient avec amour, et chantaient librement, / L'avènement d'un monde neuf / Et le mépris des vieilles peurs.

Alors dans les poitrines montait un âpre renouveau: / La république d'Arles, au fond de ses marais, / Parlait en face à l'empereur; / Et celle de Marseille, en plein âge féodal, / Montrait ces mots, écrits sur son seuil : / Tous les hommes sont frères !

 

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                                                 Simon de Montfort

 

Alors, du septentrion, quand Simon de Montfort / Pour la gloire de Dieu et la loi du plus fort / Déchaînait la croisade, / Et que les noirs corbeaux, les corbeaux affamés / Voletaient, déchirant / Le nid, la mère et la nichée;

Tarascon et Beaucaire, et Toulouse et Béziers, / Faisant rempart de chair, Provence, tu les vis, / Tu les vis, bouillonnants, courir aux armes, / Et pour la liberté périr, tous d'un seul coeur.... / Aujourd'hui, nous nous blottissons / Devant la face d'un gendarme !

Il y avait, sans doute,des tueries à grands coups de hache, / Et la lutte incessante, et partout plaies et trous; / Mais le feu chauffe, s'il dévore ! / Alors nous avions des consuls et des grands citoyens / Qui, quand ils sentaient le droit dedans / Savaient laisser le roi dehors.

Fussiez-vous roi de France, et Louis VIII votre nom, / Et cent mille Croisés votre armée, Avignon / Barricadait ses portes.  / La ville était brisée, était broyée, rasée... / Mais notre libre Consulat / Avait fait face à l'arme blanche.

 

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Bataille de Muret, 1213, Miniature des Grandes Chroniques de France, 1375-1379

 

 

De Pierre d'Aragon, frères, il nous souvient bien : / Suivi des Catalans, il vint comme le vent, / Brandissant sa lance bien pointue. / Le nombre et le destin accablent le bon droit : / Devant les remparts de Muret / Ils moururent tous à notre aide !

Aussi, comme le clerc avec le prêtre, / Depuis le Provençal répond au Catalan / A travers l'onde qui soupire; / A travers la mer, aussi, à certaines heures, / Vers Barcelone tendrement / Barcelonette se retourne.

 

 

                            

       IV : Un poème plus politique : A la raço latino (Ode à la race latine)

 

Ci dessous, les cinq Etats latins d'Europe; aux cinq langues de ces pays, s'ajoutent la Catalan et bien sûr le Provençal pour faire les sept branches de ce grand fleuve qu'est la langue latine et qu'évoque le poète dans la deuxième strophe.

Le refrain de quatre vers Aubouro te, raço latino... s'intercale entre chaque strophe (ici, nous ne l'avons pas remis à chaque fois...).

 

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Aubouro-te, raço latino, / Souto la capo dou souléu ! / Lou rasin brun boui dins la tino, / Lou vin de Dièu gisclara lèu.          

         

Emé toun pèu que se desnouso / A l'auro santo dou Tabor, / Tu siés la raço lumenouso / Que viéu de joio e d'estrambord; / Tu siés la raço apoustoulico / Que sono li campano a brand: / Tu siés la troumpo que publico / E siés la man que trais lou gran.           

Ta lengo maire, aquéu grand flume / Que pèr sèt branco s'espandis, / Largant l'amour, largant lou lume / Coume un resson de Paradis, / Ta lengo d'or, fiho roumano / Dou Pople-Rèi, es la cansoun / Que rediran li bouco umano, / Tant que lou Verbe aura resoun.     

 

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En trois ans - du 20 septembre 1519 au 6 septembre 1522 -
Magellan et El Cano réalisent le premier tour du monde...

 

Toun sang ilustre, de tout caire, / Pèr la justiço a fa rajou; / Pereilalin ti navegaire / Soun ana querre un mounde nou; / Au batedis de ta pensado / As esclapa cènt cop ti rèi... / Ah! se noun ères divisado, / Quau poudriè vuei te faire lèi?               

A la belugo dis estello / Abrant lou mou de toun flambèu, / Dintre lou mabre e sus la telo / As encarna lou subre-bèu. / De l'art divin siés la patrio, / E touto gràci vèn de tu : / Siés lou sourgènt de l'alegrio / E siés l'eterno jouventu !               

Di formo puro de ti femo / Li panteon se soun poupla; / A ti triounfle, a ti lagremo, / Touti li cor an barbela; / Flouris la terro quand fas flori; / De ti foulié cadun vèn fou; / E dins l'esclussi de ta glori / Sèmpre lou mounde a pourta dou.   
 
 
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                                                   La Vénus d'Arles.     

 

Ta lindo mar, la mar sereno / Ounte blanquejon li veissèu, / Friso a ti pèd sa molo areno / En miraiant l'azur dou cèu. / Aquelo mar toujour risènto, / Diéu l'escampè de soun clarun / Coume la cencho trelusènto / Que déu liga ti pople brun.                        

Sus ti coustiero souleiouso / Crèis l'oulivié, l'aubre de pas, / E de la vigno vertuiouso / S'enourgulisson ti campas: / Raço latino, en remembranço / De toun destin sèmpre courous, / Aubouro-te vers l'esperanço, / Afrairo-te souto la Crous !     

                  

Aubouro-te, raço latino, / Souto la capo dou souléu ! / Lou rasin brun boui dins la tino, / Lou vin de Dièu gisclara lèu !     

         

 

Proposition de transcription en français :

 

 

Relève-toi, race latine, / Sous la chape du soleil ! / Le raisin brun bout dans la cuve, / Et le vin de Dieu va jaillir.

 

Avec ta chevelure dénouée / Aux souffles sacrés du Thabor, / Tu es la race lumineuse / Qui vit de joie et d'enthousiasme; / Tu es la race apostolique / Qui met les cloches en branle: / Tu es la trompe qui publie, / Tu es la main qui jette le grain.

Ta langue mère, ce grand fleuve / Qui se répand par sept branches, / Versant l'amour et la lumière / Comme un écho du Paradis, / Ta langue d'or, fille romane / Du Peuple-Roi, est la chanson / Que rediront les bouches humaines / Tant que le Verbe aura raison.

 

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Ton sang illustre, de toutes parts, / a ruisselé pour la justice; / Au loin, tes navigateurs / Sont allés découvrir un monde nouveau. / Au battement de ta pensée / Tu as brisé cent fois tes rois. / Ah, si tu n'étais pas divisée, / Qui pourrait, aujourd'hui, re dicter des lois ?

Allumant ton flambeau / A l'étincelle des étoiles, / Tu as, dans le marbre et sur la toile, / Incarné la suprême beauté. / Tu es la patrie de l'art divin, / Et toute grâce vient de toi: / Tu es la source de l'allégresse, / Tu es l'eternelle jeunesse !

Des formes pures de tes femmes / Les panthéons se sont peuplés. / A tes triomphes, comme à tes larmes, / Tous les coeurs int palpité. / La terre est en fleur quand tu fleuris; / De tes folies chacun s'affole; / Et dans l'éclipse de ta gloire, / Toujours le monde a pris le deuil. 

 

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Ta mer limpide, la mer sereine / Où blanchissent les vaisseaux, / Crêpe à tes pieds son sable doux / En reflétant l'azur du ciel. / Cette mer, toujours souriante, / Dieu l'épancha de sa splendeur, / Comme la ceinture étincelante / Qui doit lier tes peuples bruns.

Sur tes côtes ensoleillées / Croît l'olivier, l'arbre de paix, / Et de la vigne vertueuse / S'ennorgueillissent tes campagnes: / Race latine, en souvenance / De ton passé toujours brillant, / Elève-toi vers l'espérance/ Et fraternise sous la Croix !

 

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Le tombeau de Mistral à Maillane, réplique du Pavillon de la Reine Jeanne, des Baux de Provence (Val d'enfer).
 
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Trois de nos Ephémérides essayent donc de restituer au moins une partie de la puissance et de la beauté de la poésie mistralienne (8 septembre, naissance; 25 mars, décès; 29 février, Prix Nobel) : elles sont réunies et "fondues", pour ainsi dire, en un seul et même PDF, pour la commodité de la consultation : Frédéric Mistral

 

Mais six autres de nos Ephémérides rendent compte de son action, de ses initiatives ou d'autres prises de position importantes :

 

 

3 fevrier,philippe auguste,paris,esther,racine,boileau,lully,phedre,louis xiv,simone weil,thibon,mauriac,stofflet

 

3 janvier,sainte geneviève,paris,pantheon,attila,gaule,puvis de chavannes,huns,saint etienne du mont,larousse,joffreCette Ephéméride vous a plu ? En cliquant simplement sur le lien suivant, vous pourrez consulter, en permanence :

la Table des Matières des 366 jours de l'année (avec le 29 février des années bissextiles...),

l'album L'Aventure France racontée par les cartes (211 photos),

écouter 59 morceaux de musique,

et découvrir pourquoi et dans quels buts lafautearousseau vous propose ses Ephémérides  :

 

Ephémérides de lafautearousseau.pdf

Commentaires

  • Il y a dans votre propos une prémisse contestable: vous nous dites qu'il est raisonnable et utile, de proposer au public de se souvenir de Mistral, mais vous expliquez ensuite, comme si cela allait de soi, qu'il serait très difficile -et que ce serait d'ailleurs tout à fait vain...- d'expliquer pourquoi et comment ce qui se passe dans la Catalogne espagnole ne s'est pas passé en Provence. Il se trouve que c'est cela, au delà de la satisfaction jubilatoire et littéraire de relire Calendal ou lis Isclo d'or, qui me paraît le plus intéressant. La raison pour laquelle le provençal a disparu est simple: il n'est pas possible de maintenir un particularisme culturel dans une structure contrôlée par l'idéologie jacobine. Si le provençal s'était perpétué, cela n'aurait pu se faire que dans une contestation totale de la domination française et républicaine. Il est illusoire de se le cacher, si la langue corse s'est maintenue, c'est parce qu'elle a bénéficié d'une préférence exclusive des insulaires au détriment des hommes de l'hexagone, et d'un véritable détournement des institutions de l'état par les structures claniques traditionnelles ou adventices. Le maintien d'une langue, que cela vous horrifie ou non, est un rapport de force.

  • Je ne suis, pour ma part, nullement horrifié par l'idée que le maintien d'une langue est un rapport de force.
    Ainsi, le catalan a survécu au franquisme et s'y est même développé, parce qu'il était à la fois, fût-il contestable par ailleurs, un vecteur culturel mais aussi politique. Il n'est pas sûr du tout qu'il résiste aussi bien à la massification par l'économie, le libéralisme, le consumérisme, l'Europe, etc...
    Mistral a évidemment combattu le jacobinisme et même, en ce sens, la domination française et républicaine. (Voir, par exemple, un poème comme "La Comtesse").
    Mais il s'est refusé à suivre l'exemple de ses amis catalans et à entrer sur le terrain politique. Son système fut, au fond, de s'en tenir au domaine poétique. Sans-doute par préférence et goût personnels, mais peut-être aussi parce que le système politique national avait déjà envahi et perverti l'esprit public en Provence, où les rouges et les blancs, les partis politiques français s'affrontaient déjà. Par là, le rapport de force était sans-doute déjà défavorable au maintien du provençal et tout simplement de la Provence en tant que telle. Autrement dit, le maintien d’une langue a aussi besoin d’un cadre politique.
    Il me semble que le jeune Maurras l’avait compris : voir le manifeste des félibres fédéralistes que Mistral, malgré les sollicitations, n’a pas désavoué.
    Peut-être, d’ailleurs, Mistral avait-il raison et, peut-être était-il déjà trop tard pour sauver le provençal et la Provence de « l’uniforme niveau ». Restait la délectation jubilatoire et littéraire d’une haute poésie, ce qui n’est pas, à tout prendre, tout à fait rien …

  • Antiquus, vous voyez bien que les langues celtiques ont sinon disparu, du moins perdu de leur superbe. Alors que les îles britanniques n'ont pas connu notre jacobinisme. Pourquoi donc leur effacement, dans votre "logique" ?...

  • Beaucoup de force et de fraicheur dans la poesie de Mistral.Rien n'est perdu,nous devons garder en mémoire les histoires de nos anciens et les transmettre à nos enfants.Les langues régionales ne sont pas mortes mais il faut prendre le temps de communiquer (parler) avec les plus jeunes,à la maison.En avons-nous la volonté?Eteindre la télévision et sortir les livres de la bibliothèque,écouter la grand mère bretonne ou le grand père provençal?Sommes-nous assez "nourris"pour pouvoir "régurgiter"notre savoir?Espérer c'est combattre.Confiance,nos racines latines,grecques sont solides,nous avons le choix!Bien à vous tous.

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