jeudi, 28 février 2013

Ephéméride du 29 Février.

1904: Frederic Mistral reçoit le Prix Nobel de Littérature.

 

         Il reste dix ans à vivre au poète provençal, qui a écrit la quasi totalité de son oeuvre: Mirèio, en 1851; Calendau, en 1866; Lis Isclo d'Or, en 1875; Memori e raconte, en 1906; Lou Tresor dou Felibrige; de 1878 à 1886.

 

         Son dernier recueil, Lis Oulivado (Les olivades, 1912) commence par ces vers :

         

         "Lous tèms que se refrejo, e la mar que salivo / Tout me dis que l'ivèr es arriba per ièu / E que fau, lèu e lèu, acampa mis oulivo / E n'oufri l'oli vierge à l'autar dou bon Diéu" (Le temps qui frâichit et la mer qui gronde / Tout me dit que l'hiver est arrivé pour moi / Et qu'il faut, vite, vite, ramasser mes olives / Et en offrir l'huile vierge sur l'autel du Bon Dieu).

 

         C'est Lamartine, au sommet de sa notoriété, qui avait lançé Mistral, dans son "40° entretien".

 

         Voici le portrait qu'il brosse du jeune poéte, en 1859 :

 

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Lamartine, peint par Decaisne.

         "Le lendemain, au soleil couchant, je vis entrer Adolphe Dumas, suivi d'un beau et modeste jeune homme, vêtu avec une sobre élégance, comme l'amant de Laure, quand il brossait sa tunique noire et qu'il peignait sa lisse chevelure dans les rues d'Avignon. C'était Frédéric Mistral, le jeune poëte villageois destiné à devenir, comme Burns, le laboureur écossais, l'Homère de Provence.

 

         Sa physionomie, simple, modeste et douce, n'avait rien de cette tension orgueilleuse des traits ou de cette évaporation des yeux qui caractérise trop souvent ces hommes de vanité, plus que de génie, qu'on appelle les poëtes populaires : ce que la nature a donné, on le possède sans prétention et sans jactance.

 

         Le jeune provençal était à l'aise dans son talent comme dans ses habits; rien ne le gênait, parce qu'il ne cherchait ni à s'enfler, ni à s'élever plus haut que nature. La parfaite convenance, cet instinct de justesse dans toutes les conditions, qui donne aux bergers, comme aux rois, la même dignité et la même grâce d'attitude ou d'accent, gouvernait toute sa personne.

 

         Il avait la bienséance de la vérité; il plaisait, il intéressait, il émouvait; on sentait dans sa mâle beauté le fils d' une de ces belles arlésiennes, statues vivantes de la Grèce, qui palpitent dans notre Midi." (Cours familier de littérature, tome septième, 1859).

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            Mistral avait dédicacé Mirèio à Lamartine en ces termes:
 
            A Lamartino. Te counsacre Mirèio : es, moun cor e moun amo ; Es la flour de mis an ; Es un rasin de Crau qu'emé touto sa ramo Te porge un païsan. "
            " À Lamartine. Je te consacre Mireille : c'est mon cœur et mon âme ; C'est la fleur de mes ans ; C'est un raisin de Crau qu'avec toutes ses feuilles T'offre un paysan ".
 
            Mistral consacrera l'intégralité de son Prix à un projet extra-ordinaire, qui lui tenait à coeur: la réalisation du Muséon Arlaten (achat du palais lui-même, acquisition des collections...) :
 
 
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Le Muséon arlaten, musée départemental d’ethnographie, est installé dans l’hôtel Laval-Castellane du XVème siècle.
Créé en 1896 par Frédéric Mistral, grâce à l'argent de son Prix Nobel,
il présente costumes, mobilier, outils de travail, objets de culte....
et illustre la vie des provençaux du XIXème siècle.
 
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              Voici une évocation de Frédéric Mistral, à travers sa poésie, que nous allons décliner en trois temps. Aujourd'hui, 29 février, date anniversaire de son Prix Nobel de littérature; puis, le 25 mars, jour anniversaire de sa mort; enfin le 8 septembre, jour anniversaire de sa naissance. Et nous avons choisi de l'évoquer au moyen de deux poèmes (ou extraits) à chaque fois, soit au total six textes majeurs, qui permettront de se faire une première idée du fond de ses inspirations

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Le Mas du Juge, la première maison de Mistral (qui en habita trois !).

Il y naquit le 8 septembre 1830, y passa les vingt-cinq premières années de son existence, et y commença l'écriture de Miréio.

            D'abord - aujourd'hui, 29 février - un poème que l'on qualifiera de chrétien, tant est forte et sous-jacente partout chez Mistral cette source d'inspiration : La coumunioun di sant (La communion des saints) de 1858. Puis l'enracinement dans l'Histoire provençale et dans cette Provence charnelle, à travers ses paysages et ses villes. L'amour profond pour sa terre transparaît évidemment lui aussi partout chez Mistral: "...Se quauque rèi, pèr escasènço..." (Si Clémence était reine..., Mireille, Chant II)

            Ensuite - le 25 mars - un poème de combat, pourrait-on dire : I troubaire catalan (Aux troubadours catalans, partie I) de 1861. Puis, un poème peut-être un peu plus politique : A la raço latino (Ode à la race latine) de 1878.

            Ensuite - le 8 septembre - le Mistral virgilien et homérique, paysan au sens fort et grand du terme, de l'invocation de Miréio (Mireille). Et, pour finir, l'invocation épique et historique de Calendau (Calendal).

            Il est très dommage que le logiciel de Hautetfort, l'hébergeur de ce blog, ne permette pas de mettre en paralèlle la traduction française, à droite du texte provençal. Vous devrez donc vous reporter à la fin du poème pour en connaître le sens, si vous ne connaissez pas le provençal; c'est très incommode, et nous vous prions de nous en excuser, mais nous n'y pouvons rien....

            Aujourd'hui, donc, 29 février, première partie de l'évocation (à suivre les 25 mars et 8 septembre).

 
 

            I : Un poème chrétien : La coumunioun di sant (La communion des saints).

                Ci dessous, le portail de la Cathédrale Saint Trophime d'Arles, puis deux vues du cimetière antique des Alyscamps ( Elysii Campi ), les Champs Elysées des Grecs et des Romains: des tombeaux, et l'église Saint Honnorat.

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Davalavo, en beissant lis iue, / Dis escalié de Sant-Trefume; / Ero a l'intrado de la niue, / Di Vèspro amoussavon li lume. / Li Sant de pèiro dou pourtau, / Coume passavo, la signèron, / E de la glèiso a soun oustau / Emé lis iue l'acoumpagnèron.                         

Car èro bravo que-noun-sai, / E jouino e bello, se pou dire; / E dins la glèiso res bessai / L'avié visto parla vo rire; / Mai quand l'ourgueno restountis, / E que li saume se cantavon, / Se cresiè d'èstre en paradis / E que lis Ange la pourtavon !                            

Li Sant de pèiro, en la vesènt / Sourti de-longo la darriero / Souto lou porge trelusènt / E se gaudi dins la carriero, / Li sant de pèire amistadous / Avien pres la chatouno en gràci; / E quand, la niue, lou tèms es dous, / Parlavon d'elo dins l'espàci.                               

-La vourriéu vèire deveni, / Disié sant Jan, moungeto blanco, / Car lou mounde es achavani, / E li couvènt soun de calanco. / -Sant Trefume diguè : -Segur ! / Mai n'ai besoun, iéu, dins moun tèmple, / Car fau de lume dins l'escur, / E dins lou mounde, fau d''eisèmple.                      

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-Fraire, diguè sant Ounourat, / Aniue, se'n-cop la luno douno / Subre li lono e dins li prat, / Descendren de nosti coulouno, / Car es Toussant : en noste ounour / La santo taulo sara messo... / A miejo-niue Noste-Segnour / Is Aliscamp dira la messo.                             

-Se me cresès, diguè sant Lu, / Iè menaren la vierginello; / Ié pourgiren un mantèu blu / Em'uno raubo blanquinello. / E coume an di, li quatre Sant / Tau que l'aureto s'enanèron; / E de la chatouno, en passant, / Prenguèron l'amo e la menèron.                        

Mai l'endeman, de bon matin, / La bello fiho s'es levado... / E parlo en touti d'un festin / Ounte per sounge s'es trouvado: / Dis que lis Ange èron en l'èr, / Qu'is Aliscamp taulo èro messo, / Que sant Trefume èro lou clerc / E que lou Crist disiè la messo.    

         Proposition de trancription en français:

Elle descendait, en baissant les yeux, / L'escalier de Saint-Trophime. / C'était à l'entrée de la nuit / On éteignait les cierges des Vêpres. / Les Saints de pierre du portail, / Comme elle passait, la bénirent, / Et de l'église à sa maison / Avec les yeux l'accompagnèrent.

Car elle était sage, vraiment, / Et jeune, et belle, on peut le dire; / Et dans l'église nul peut-être / Ne l'avait vu parler ou rire. / Mais quand l'orgue retentissait, / Pendant que l'on chantait les psaumes, / Elle croyait être en Paradis / Et que les anges la portaient !

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Les Saints de pierre, la voyant / Sortir tous les jours la dernière / Sous le porche resplendissant / Et s'acheminer dans la rue,  / Les Saints de pierre bienveillants / Avaient pris en grâce la fillette; / Et quand, la nuit, le temps est doux, /Ils parlaient d'elle dans l'espace.

"Je voudrais la voir devenir / -Disait Saint Jean- nonette blanche, /Car le monde est orageux, / Et les couvents sont des asiles. / -Saint Trophime dit : "Oui, sans doute ! /Mais j'en ai besoin dans mon temple, / Car dans l'obscur il faut de la lumière, /Et dans le monde il faut des exemples."

"Ô frères -dit Saint Honnorat- / Cette nuit, dès que luira la lune / Sur les lagunes et dans les prés, / Nous descendrons de nos colonnes, /Car c'est la Toussaint: en notre honneur / La sainte table sera mise.... / A la mi-nuit Notre-Seigneur / Aux Alyscamps dira la messe."

"Si vous m'en croyez -dit Saint Luc- / Nous y emménerons la jeune vierge; / Nous lui donnerons un manteau bleu / Avec une robe blanche." / Et cela dit, les quatre Saints / Tels que la brise s'en allèrent; / Et de la fillette en passant, /Ils prirent l'âme et l'emmenèrent.

Le lendemain, de bon matin, / La belle fille s'est levée... / Elle parle à tous d'un festin / Où elle s'est trouvée en songe: / Elle dit que les Anges étaient dans l'air, / Qu'aux Alyscamps table était mise, / Que Saint Trophime était le clerc /Et que le Christ disait la messe.

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            II : L'enracinement dans la terre de Provence : Ci dessous, le château des Baux, ruine grandiose sur son rocher escarpé, que Clémence rebâtirait et dont elle ferait sa capitale.....

                 "Se quauque rèi, pèr escasènço, de iéu veni'amourous...." (Si quelque roi, par hasard, devenait amoureux de moi...), M'envendriéu, iéu la rèino, i Baus, moun paure endrè ! (Je m'en viendrais, moi la Reine, aux Baux, mon pauvre pays!)

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Di Baus fariéu ma capitalo ! / Sus lou roucas que vuei rebalo, / De nou rebastiriéu noste vièi castelas : / I'apoundriéu uno tourrello / Qu'emé sa pouncho blanquinello / Ajougneguèsse lis estello ! / E pièi, quand voudriéu un pauquet de soulas,    

Au tourrihoun de ma tourriho, / Sènso courouno, ni mantiho, / Souleto emé moun prince amariéu d'escala. / Souleto em'éu, sarié, ma fisto ! / Causo de bon e de requisto / Peralin de perdre sa visto / Contro lou releisset, couide à couide apiela !      

De vèire en plen, fasié Clemènço, / Moun gai réiaume de Prouvènço / Coume un claus d'arangiè davans iéu s'espandi: / E sa mar bluio estalouirado / Souto si colo e si terrado, / E li grand barco abandeirado, / Pounjanto à plen de velo i pèd dou Castèu d'I;                                                                                                     

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E Ventour que lou tron labouro, / Ventour que, venerable, aubouro / Subre li mountagnolo amatado souto éu, / Sa blanco tèsto fin-qu'is astre, / Coume un grand e vièi baile-pastre / Qu'entre li fau e li pinastre, / Couta'mé soun bastoun, countèmplo soun vaciéu.                      

MONT VENTOUX.JPG

 

E lou Rose, ounte tant de vilo / Pèr béure vènon à la filo / En risènt e cantant s'amourra tout-de-long, / Lou Rose, tant fier dins si ribo, / E qu'Avignoun tant lèu arribo, / Counsènt pamens à faire gibo, / Pèr veni saluda Nosto-Damo de Dom;                

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E la Durènço, aquelo cabro, / Alandrido, feroujo, alabro, / Que rousigo en passant e cade e rebaudin, / Aquelo chato boulegueto / Que vèn dou pous'mé sa dorgueto, / E que degaio soun eigueto / En jougant'mé li chat que trovo pèr camin....  

DURANCE.jpg

     

                 Proposition de transcription en français

Des Baux je ferais ma capitale ! / Sur le rocher où il rampe aujourd'hui, / Je rebâtirais à neuf notre vieux grand château: / J'y ajouterais une tourelle / Qui, de sa pointe blanche, / Atteignît les étoiles ! / Et puis, quand je voudrais un peu de distraction,

Au donjon de ma tourelle, / Sans couronne, ni mantille, / Seule avec mon prince j'aimerais à monter. / Seule avec lui ce serait, je vous jure ! / Chose plaisante et délicieuse / Que de perdre au loin sa vue, / Contre le parapet coude à coude appuyés !

De voir en plein -disait Clémence- / Mon gai royaume de Provence / Tel un clos d'orangers devant moi s'épanouir: / Et sa mer bleue, mollement étendue / Sous ses collines et ses plaines, / Et les grandes barques pavoisées / Cinglant à pleine voile au pied du Château d'If !

 

Et le Ventoux, que laboure la foudre, / Le Ventoux qui, vénérable, élève / Sur les montagnes blotties au-dessous de lui / Sa blanche tête jusqu'aux astres, / Tel un grand et vieux chef de pasteurs / Qui, entre les hêtres et les pins sauvages, / Accoté de son bâton, contemple son troupeau !

 

Et le Rhône, où tant de cités, / Pour boire, viennent à la file / En riant et chantant, plonger leurs lèvres, tout le long; / Le Rhône si fier dans ses bords, / Et qui, dès qu'il arrive à Avignon, / Consent pourtant à s'infléchir, / Pour venir saluer Notre-Dame des Doms.

Et la Durance, cette chèvre, / Ardente à la course, farouche, vorace, / Qui ronge en passant et cades et argousiers, / Cette fille sémillante / Qui vient du puits avec sa cruche, / Et qui répand son onde / En jouant avec les gars qu'elle trouve sur sa route.....

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Cadran solaire de la Maison du Lézard, deuxième maison de Mistral, où il vécut jusqu'à son mariage.
Cette maison doit précisément son nom à ce cadran solaire dédié au lézard et qui dit:
"Gai lézard, bois ton soleil; l'heure passe si vite, demain il pleuvra peut-être

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