samedi, 30 juillet 2011
Ephéméride du 30 juillet.
1178 : Frédéric Ier Barberousse est couronné en Arles Empereur du Saint Empire Romain Germanique.
La cérémonie est présidée par l'archevêque d'Arles, Raimon de Bollène.
A cette époque, la Provence ne faisait pas encore partie du Royaume de France, mais du Saint Empire, qui avait le Rhône pour frontière. Et la ville d'Arles jouissait d'un prestige certain : favorisée par Jules César, puis par Constantin le Grand, elle accueillit plusieurs Conciles, dont celui qui, en présence de l'Empereur Constantin lui-même, condamna le Donatisme.
A partir de la chute de l'Empire romain, l'histoire de la région fut marquée par les diverses invasions (wisigoths, ostrogoths, sarrasins...), puis l'intégration à l'Empire de Charlemagne et, à la dislocation de celui-ci, une certaine indépendance, plus ou moins maintenue, jusqu'à l'absorption, en 1032, dans le Saint Empire.
En 1365, le 4 juin, un autre empereur germanique, Charles IV, se fera couronner comme son prédécesseur Frédéric Barberousse, roi d'Arles, à la cathédrale Saint-Trophime....
En ce temps-là, les bateliers qui descendaient le Rhône ne disaient pas "à droite/à gauche", ni "babord/tribord" mais, s'ils voulaient aller à droite, "Reiaume" (parce qu'il fallait aller du côté du Royaume de France); ou, s'ils voulaient aller à gauche, "Empèri" (parce qu'il fallait aller du côté du Saint Empire. On trouve là l'origine du nom du Château de l'Empèri, à Salon...
Il faudra attendre plusieurs siècles pour que la France atteigne sa "frontière naturelle" du côté des Alpes. La première réunion fut celle du Dauphiné, en 1349, réunion à partir de laquelle l'héritier du royaume devait porter le titre de "Dauphin".
Il faudra attendre Louis XI, en 1481, pour que la Provence devienne française à son tour.
Enfin, il faudra attendre Napoléon III et les plébiscites de 1860 pour que Nice - détachée de la Provence en 1388 - et la Savoie (le Val d'Aoste ayant été malencontreusement "oublié" par les négociateurs français...) intègrent à leur tour la communauté nationale...
1867 : la Coupo santo....
Voici un sujet qui, s'il concerne bien sûr, au premier chef, les Provençaux, revêt une importance symbolique et politique pour l'ensemble des cultures françaises, et européennes. En effet, il montre bien que, si l'amour de la "petite patrie" est le meilleur moyen d'aimer "la grande", le nationalisme bien compris n'est nullement un repli sur soi mais, bien au contraire, une ouverture aux autres. On le voit ici, à travers l'amitié et la solidarité trans-frontalières entre Catalans et Provençaux : il s'agit, en l'occurence, de solidarité historique, culturelle et linguistique, mais ces solidarités peuvent s'étendre à tous les autres domaines.
Les abstractions ne font rêver personne : c'est parce qu'ils est enraciné dans une culture particulière - la provençale - que Mistral est universel, et qu'il chante, à travers la provençale, toutes les cultures soeurs et solidaires de l'Europe.....
Lorsque Mistral compose l'Ode à la Race latine, il est bien évident qu'il ne le fait pas dans un esprit d'exclusion des autres cultures qui composent l'Europe, mais qu'au contraire, en en exaltant une, il les exalte toutes, et les appelle toutes à se fédérer autour de leurs héritages communs, spirituels, religieux, historiques etc... : à travers l'Idéal que Mistral fixe A la Race latine, c'est toute l'Europe, chrétienne et gréco-latine qui, malgré ses déchirements, est appelée à rester greffée sur ses fondamentaux civilisationnels, qui sont les mêmes pour tous les Européens....
Voici donc, rapidement rappelées, l'histoire - et le sens - de la Coupo santo...
L'amitié de coeur et d'esprit entre les Catalans et les Provençaux est une constante chez ces deux peuples frères, qui sont deux des sept branches de la même raço latino.
En 1867 en Catalogne un puissant mouvement fédéraliste se dresse contre l'Etat espagnol : il est conduit par Victor Balaguer, Jacinto Verdaguer et Milos y Fontals. Pendant quelques temps ces derniers sont déclarés indésirables en Espagne et la reine Isabelle II les exile. Jean Brunet, lié à certains des exilés catalans, leur offre l'hospitalité, avec les félibres provençaux. Les catalans passent quelques mois en terre provençale puis regagnent leur pays.
Le 30 juillet 1867, les catalans sont invités par les félibres : un grand banquet se déroule à Font-Ségugne. C’est à ce moment là que les catalans, en remerciement de l'accueil fait par les félibres lors de leur exil, offrent la coupe en argent aux félibres.
Il s'agit d'une conque de forme antique, supportée par un palmier. Debout contre le tronc du palmier deux figurines se regardent: ce sont les deux sœurs, la Catalogne et la Provence. La Provence a posé son bras droit autour du cou de la Catalogne, pour lui marquer son amitié; la Catalogne a mis sa main droite sur son cœur, comme pour remercier.
La Coupo, offerte par les Catalans.....
Aux pieds de chacune des deux figurines, vêtues d'une toge latine et le sein nu, se trouve un écusson avec les armoiries de sa province.
Autour de la conque et au dehors, écrit sur une bande tressée avec du laurier, on lit l'inscription suivante:
"Souvenir offert par les patriotes catalans aux félibres provençaux pour l'hospitalité donnée au poète catalan Victor Balaguer. 1867".
Sur le piédestal sont finement gravées les inscriptions suivantes:
"Elle est morte, disent-ils, mais je crois qu'elle est vivante" (Balaguer) - "Ah ! s'ils savaient m'entendre ! Ah ! s'ils voulaient me suivre !" (F.Mistral)
Cette coupe a été ciselée par le sculpteur Fulconis d'Avignon, lequel refusa d'être payé pour son travail, lorsqu'il apprit la destination et le sens de cette Coupo, beau symbole de l'amitié entre deux peuples, auquel il a ainsi grandement contribué.....
Mistral prévenu de ce cadeau compose «la Cansoun de la Coupo». Elle contient 7 couplets de 4 vers et un refrain de 5 vers.
En temps normal la Coupo est conservée dans un coffre, traditionnellement elle «sort» au moins une fois l'an au moment de la Santo Estello (fête annuelle des félibres se déroulant pour Pentecôte dans une grande ville du pays d'Oc). A la fin du banquet de la Santo Estello, le Capoulié du Félibrige prononce un discours puis boit à la Coupo (du vin de Châteauneuf du Pape). Ensuite tous les félibres peuvent boire aussi à la Coupo...
A leur tour, quelques temps plus tard, les poètes provençaux offrirent une sorte de réplique de la Coupo à leurs amis Catalans.....
Voici le texte complet de l'hymne de la Coupo santo, et une proposition de traduction :
I
Prouvençau, veici la coupo / Provençaux, voici la Coupe
Que nous vèn di Catalan. / Qui nous vient des Ctalans.
Aderèng beguen en troupo / Tour à tour, buvons ensemble
Lou vin pur de nostre plant. / Le vin pur de notre cru.
Refrain
Coupo Santo, E Versanto / Coupe sainte, et débordante,
Vuejo à plen bord, / Verse à pleins flots,
Vuejo abord lis estrambord / Verse à flots les enthousiasmes
E l’enavans di fort ! / Et l'énergie des forts !
II
D’un vièi pople fièr et libre / D'un vieux peuple fier libre
Sian bessai la finicioun ; / Nous sommes peut-être les derniers.
E, se toumbon li Felibre, / Et si tombent les Félibres,
Toumbara nosto Nacioun. /Tombera notre Nation.
III
D’uno raço que regreio / D'une race qui regerme
Sian bessai li proumié gréu ; / Nous sommes peut-être les premiers bourgeons
Sian bessai de la Patrio / Nous sommes peut-être de la Patrie
Li cepoun emai li priéu. / Les piliers et les chefs.
IV
Vuejo-nous lis esperanço / Verse-nous les espérances,
E li raive dou jouvent, / Et les rêves de la jeunesse,
Dou passat la remembranço /Du passé, le souvenir,
E la fe dins l’an que vèn. / Et la foi dans l'an qui vient.
V
Vuejo-nous la couneissènço / Verse-nous la connaissance
Dou Verai emai dou Bèu, / Du Vrai comme du Beau,
E lis àuti jouissènço / Et les hautes jouissances
Que se trufon dou toumbèu. / Qui se rient du tombeau.
VI
Vuejo-nous la Pouesio / Verse-nous la Poésie
Pèr canta tout ço que viéu, / Pour chanter tout ce qui vit,
Car es elo l’ambrousio / Car c'est elle l'ambroisie
Que tremudo l’ome en Diéu. /Qui transforme l'homme en Dieu.
VII
Pèr la glori dou terraire / Pour la gloire du Pays
Vautre enfin que sias counsènt, /Vous enfin qui êtes consentants
Catalan, de liuen, o fraire, /Catalan, au loin, nos frères
Coumunien toutis ensèn ! / Communions tous ensemble !
00:00 Publié dans Ephéméride....Ou: Balade dans notre Culture. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : arles, saint empire, barberousse, mistral, coupo santo, balaguer, éelibrige |
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