Mehdi s’éclate et le « Grand Remplacement » passe
Par Emmanuel Dubois de Prisque
Un article érudit et d'actualité brûlante même s'il montre comment la subversion de notre identité peut emprunter d'autres chemins que ceux de la violence ordinaire des jeunes émeutiers des cités. [Causeur, 21.02]. Chemins d'une prétendue culture, de la douceur ou de la poésie. Mais nimbées d'une arrogance et parfois d'une agressivité qui en révèlent les objectifs et les dangers. La subversion par le biais culturel, chez elle dans les salles de rédaction et sur les plateaux de télévision, peut alors être aussi destructrice de notre être profond, ou davantage encore, que l'autre, d'apparence plus radicale. D'apparence seulement et l'on fera bien, si l'on est patriote, si l'on persiste à aimer la France et à ne pas désespérer d'elle, d'y prendre garde, très sérieusement. LFAR
« Nous sommes le Grand Remplacement ». En ouverture de l’éditorial du premier numéro de la revue Téléramadan, édito qu’il cosignait avec Badroudine Saïd Abdallah et Mouloud Achour en juin 2016, l’écrivain-twitteur Mehdi Meklat, jeune coqueluche de Libération, des Inrocks et de Pascale Clark réunis*, nous promettait sur un ton un poil arrogant, de nous « grand remplacer ». Une provoc’ bien sympa qui suscitait un grand éclat de rire dans le tout petit monde des lecteurs du Bondy Blog. Une journaliste du Monde, dénommée (mais ça ne peut être qu’un pseudonyme) Elvire Camus, dans un article d’une remarquable complaisance, précisait leur projet : restez calme, brave gens, il ne s’agit pas vraiment pour Mehdi, Badroudine et Mouloud de vous remplacer physiquement, mais seulement de parler à votre place afin de remplacer vos « idées nauséabondes » par leurs idées à eux, qui elles, sentent bon.
Ces jeunes rebelles parfumés de frais et bien sous tous rapports, semblent vaporiser leur prose odoriférante alentour sans agressivité, presque sans y penser, « naturellement », comme il est naturel et respectable pour tout grand mammifère triomphant d’imprégner de son odeur les territoires qu’il aborde. Ils le disent eux-mêmes, ils veulent seulement « reprendre leur place » et faire taire ceux qui défendent l’indéfendable : « la thèse » du Grand Remplacement de Renaud Camus, « en assumant, écrit Elvire Camus, ce rôle de « grands remplaçants » sur le terrain des idées. » Soucieux de nous rassurer pour de bon, Mehdi Meklat, au moment de conclure son éditorial, passe brutalement de la morgue ricaneuse au lyrisme papelard : « nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion ». Comme c’est sympa.
« Poésie, intelligence et humanité »
Cependant, triste paradoxe, il semble que cet idéal, s’il est pris au sérieux, est susceptible de nourrir le désespoir contre lequel il prétend lutter. Me mettant grâce au Printemps Républicain à l’écoute de Mehdi Meklat, je constate que ce sympathique blogueur préposé à la diffusion des effluves délicates de la bien-pensance, et à qui l’on donnait naguère le paradis du vivre-ensemble sans confession, souffre d’une incontinence verbale elle-même pestilentielle. A la réflexion, c’est inquiétant, et même tout à fait désespérant. Même si l’on s’abstient de consulter ses tweets les plus orduriers, force est de constater que l’espoir de nos médias de référence, non content de faire l’apologie de Hitler, d’appeler à l’autodafé des revues Charlie Hebdo et L’Obs (pour cause d’anti-antisémitisme), de souhaiter casser les jambes d’Alain Finkielkraut, de plaider pour l’égorgement de Marine Le Pen, déclare aussi sobrement : « il faut que les blancs meurent asap ». Ce n’est donc pas seulement les idées des petits blancs racistes qu’il faut remplacer, mais bien les blancs eux-mêmes. Voilà comme on nous parle aurait dit une Pascale Clark sans œillères, cet oxymore. C’est du brutal, mais au fond, il y a de quoi se réjouir. En s’exprimant sans fard, Mehdi Meklat clarifie ses intentions et nous empêche de prendre des vessies remplacistes pour des lanternes sympatoches. Personne et surtout pas les Inrocks ne parviendra à nous faire avaler qu’il n’y a aucun lien entre sa prose mi-narquoise, mi-mielleuse, adulée par les pharisiens de la bonne presse et ses tweets haineux.
Mais ce qui me chiffonne aussi, c’est qu’il utilise pour détailler son projet de vie le joli pseudonyme, franchouillard en diable, en hommage (?) à Marcel Duchamp, de Marcelin Deschamps. Marcelin est un prénom délicieusement obsolète, et parmi les nombreux saint Marcellin, il en est un, de Carthage, qui fut un ami de saint Augustin. L’évêque d’Hippone, qui l’appelle « mon bien cher fils », lui rend hommage dès les premières lignes de sa Cité de Dieu. Marcellin, un haut fonctionnaire cultivé et zélé, défendit la stricte orthodoxie catholique face à une bande de Donatistes excités qui finirent par le grand-remplacer, manu militari. Pas sûr que le favori de Pascale Clark soit digne du nom très-chrétien dont il s’est lui-même baptisé. Même si, réflexion faite, la grande prêtresse de l’antiracisme ne perçoit toujours chez son protégé que « poésie, intelligence et humanité ». •
Emmanuel Dubois de Prisque
Chercheur associé à l'Institut Thomas More.
Nous auront-ils « bassinés » avec lui (et ils continuent), les journaleux ? On peut l'appeler comme on veut : Saint Théo des banlieues, Saint Théo des bobos, Saint Théo des journaleux... mais il reste un fait central.
Ada Colau, « indignée » et maire de Barcelone, a tenu des propos enflammés sur l'immigration en général, et, en particulier, sur ceux qu'elle et la gauche caviar/bobo appelle des « migrants », alors qu'ils ne sont que des envahisseurs déguisés. « Vous êtes chez vous, chez nous ! » a-t-elle lancé, à un moment où chez elle, manifestement, le lyrisme (?) l'emportait sur la raison et, pour parler net, l'hystérie sur la réflexion et le simple bon sens.
Cette pasionaria aux propos déments s'inscrit donc dans les pas du démago Mitterrand, qui, dans sa campagne électorale de 81, avait lui aussi, cédé à l'incantation : « Venez à nous, nous travaillons pour vous ! » avait-il déclaré à l'adresse des immigrés, à qui il disait, lui aussi, « vous êtes chez vous, chez nous ». On voit le résultat. Si les banlieues votent bien à gauche à 92/93%, on voit aussi des quartiers entiers sans femmes dans les rues, parce que les femmes ne sortent pas ; où, lorsqu'elles sortent, beaucoup le font voilées de la tête au pied, en contradiction flagrante avec la loi ; où, sur les parkings des cités et banlieues, les belles voitures abondent, alors qu'on y est au chômage à plus de 60%, et qu'on y touche en masse le RSA, quand le trafic de drogue génère un revenu quotidien de 90.000 euros, et les morts qui vont avec : dernier épisode, le rocambolesque rodéo/western de l'A55, à Marseille, où deux voitures ont pris en chasse, à 150 km/h, un troisième véhicule, tuant son occupant en lui tirant dessus, à travers - si l'on peut dire - les passants qui rentraient tranquillement chez eux !
Ces mots ne viennent pas d’un nostalgique de l’Algérie française mais de Ferhat Abbas, ex-leader FLN et président de la République algérienne du temps du GPRA.
La démocratie, lorsque rien - aucun principe supérieur, aucune institution dégagée de ses turbulences - ne la surplombe et ne la transcende, engendre toujours et finit immanquablement par ressembler à une sorte de guerre civile plus ou moins larvée, violente et destructive. Ainsi le veut le jeu des partis, des surenchères, de la démagogie, des ambitions, des idéologies.
La République n'est plus qu'un tremblement. Parce qu'elle redoute la perspective de banlieues en guerre, elle est prête à tous les apaisements, accommodements et autres mots sucrés. Lundi, le premier ministre a dit vouloir « lutter contre les discriminations », à l'issue d'un week-end d'émeutes en région parisienne. Bernard Cazeneuve a aussi reçu les organisations antiracistes, jetant le doute sur l'éthique des forces de l'ordre laissées seules face à une contre-société en ébullition. Un policier est en effet accusé d'avoir violé un Noir, Théo, 22 ans, avec sa matraque lors d'un contrôle antidrogue à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 2 février: une thèse réfutée par la police des polices qui a conclu à un accident. François Hollande s'est rendu au chevet de la victime. Il n'avait pas eu ce geste pour les deux policiers brûlés vifs dans leur voiture à Viry-Châtillon, le 8 octobre, par des « sauvageons » (Cazeneuve).

Les manifestants de 1968 voulaient changer le monde — mince, c’est raté ! Ceux d’aujourd’hui veulent juste casser du flic, et être sur le selfie : chacun fait avec les moyens de ses ambitions. Ils ont fait de leur mieux, ces derniers temps — mais le policier grièvement brûlé dans sa voiture en octobre a disparu des radars, d’autant que François Hollande n’est jamais allé le voir, celui-là. Alors qu’il s’est précipité au chevet de Théo et
Bien que Victoria ne soit jamais allée en terre d’islam, nul ne s’étonne de la voir parfois entourée de personnages en turban et caftan. Ne fut-elle pas « impératrice des Indes » à partir de 1876 ? En principe, pour remplacer le dernier Grand Moghol, déposé par Londres après la révolte des Cipayes (1857), ces soldats musulmans (ou hindous) de l’armée coloniale. La reine voulut alors autour d’elle des représentants de ses sujets ultramarins, et pas seulement comme serviteurs.