Chevènement au Figaro : « La supranationalité européenne a échoué, faisons confiance aux nations »
TRIBUNE - « Le principe d'une autorité supérieure aux États membres de l'Union européenne est désormais rejeté par les peuples du Vieux Continent ». Tel est l'argument des auteurs de cette tribune* pour tenter de refonder l'Europe sur les nations. Ce qui devra être, selon nous, en partenariat avec la Russie. Telle est ici, aussi, notre ligne politique, conforme aux intérêts et à la vocation de la France. Ne nous cachons pas toutefois que même ainsi redéfinie, les divergences d'intérêt, de visées politiques et géostratégiques, sans compter la médiocrité d'une bonne part des dirigeants européens et les réticences désormais installées des peuples, continueront de rendre l'entreprise difficile et aléatoire. LFAR
Nous avons connu l'Europe balbutiante, puis l'Europe triomphante, le temps est maintenant venu de l'Europe affaissée que même les coups de boutoir d'un Trump ne réveillent pas. À ces phases d'une « construction » dont le ciment est aujourd'hui irrévocablement fissuré ont correspondu de la part des peuples d'abord l'indifférence, puis la résignation (« c'est l'Europe »), enfin le rejet. Une seule certitude aujourd'hui : l'Europe ne va plus de soi. Trente années de dérégulation sur le marché et de mise sous contrôle des politiques nationales ont rendu ce constat aveuglant.
Le plus préoccupant dans l'affaire est l'incapacité de la classe politique dans son ensemble à répondre à cette nouvelle « crise de la conscience européenne ». Les principaux partis de gouvernement se taisent ; ils ont enfin compris que l'invocation à « l'Europe mieux expliquée », à « l'Europe des projets », à l'Europe à laquelle « il faut redonner du sens », tout cela est dépassé. Mais ils n'osent franchir le pas vers une vision nouvelle.
En face d'eux, les casseurs d'Europe prédisent un avenir de tumulte : dénonciations désordonnées et improductives, confondant dans un même opprobre le tout marché et l'immigration incontrôlée, chez le Front national. Insoumission fondée sur la révolte des peuples chez Jean-Luc Mélenchon comme si la seule désobéissance aux règles et directives les plus choquantes tenait lieu en soi d'horizon politique.
Dans un appel lancé il y a quelques mois à la suite du Brexit, nous avions appelé à la réunion d'une conférence sur le modèle de la Conférence de Messine en 1955. Nous rappelions ce simple fait que, à la faveur de la crise, les peuples se réveillent d'une longue duperie politique. Nous disions que l'Europe ne suit pas un rêve de puissance politique et d'indépendance stratégique. Depuis ses débuts, elle nourrit à l'endroit des peuples une méfiance hautaine et fait de la Commission son auxiliaire technocratique, son agent réfrigérant des passions démocratiques. Aujourd'hui, six décennies plus tard, le vice contractuel entre les peuples d'Europe et les institutions apparaît dans sa vérité crue. Il faut donc revoir de fond en comble le contrat. Il faut le faire en gardant à l'esprit le triple objectif que dessine en creux le rejet populaire : une Europe démocratique, prospère, indépendante.
Union nouvelle
Comment y parvenir ? Nous appelons aujourd'hui les chefs d'État et de gouvernement élus d'ici à la fin de l'année en France, en Allemagne, en Italie à lancer une invitation aux pays constituant le nouveau cercle fondateur : il serait composé des principaux pays membres en population et en PIB. Il s'agirait de réunir une conférence refondatrice - pourquoi pas à Rome ? - qui poserait le socle de l'Union nouvelle. Son objet serait de redéfinir les principes essentiels fondant les institutions et les compétences de cette Union, principes qui seraient ensuite soumis au vote populaire par référendum - pourquoi pas le même jour ? - dans chaque pays refondateur.
Cette conférence des refondateurs redéfinirait en profondeur la vocation des principales institutions actuelles de l'Union européenne : un Conseil des chefs d'État et de gouvernement, seule autorité chargée des grandes décisions avec droit de veto de chaque membre, un Parlement composé de délégations de parlementaires de chaque pays, une Commission chargée de la seule exécution des décisions du Conseil et du Parlement, une Cour de justice chargée d'arbitrer non d'imposer. La conférence déciderait aussi des domaines dans lesquels les compétences de l'Union seraient exercées : politique agricole, énergétique, recherche… La question de l'Europe de la défense serait quant à elle subordonnée à la ferme volonté d'une indépendance de l'Europe. À défaut de ce choix commun, devraient être envisagées des alliances partielles au cas par cas.
À l'issue des référendums approuvant cette refondation, des conventions composées de membres de gouvernements et parlements nationaux déclineraient le traité nouveau, en prévoyant le passage du système ancien avec sa réglementation foisonnante au système nouveau.
Ne nous résignons pas à laisser la crise de l'Europe faire de celle-ci un continent à la dérive dans un monde où se nouent les grands enjeux de demain. Ne laissons pas la génération qui vient dans un bateau ivre, conduit par des courants venus d'ailleurs. Est-ce trop demander à l'heure où la France va décider pour cinq ans de son destin ? •
« Depuis ses débuts, l'Union européenne nourrit à l'endroit des peuples une méfiance hautaine et fait de la Commission son auxiliaire technocratique, son agent réfrigérant des passions démocratiques »
* Jean-Pierre Chevènement, Marie-Françoise Bechtel, Éric Conan, Franck Dedieu, Coralie Delaume,Éric Delbecque, Estelle Folest, Jean-Pierre Gérard, Christophe Guilluy, Emmanuel Lévy, Michel Onfray, Jean-Philippe Mallé, Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, Claude Revel et Paul Thibaud.
Article publié dans le Figaro du 24.03.2017
Il est des émissions politiques qui ont marqué l'histoire de la télévision française, d'autres, l'Histoire contemporaine tout court, il est plus rare qu'elles aient provoqué un débat sur l'Histoire de France. L'Émission Politique, puisque tel est son nom, diffusée jeudi dernier sur France 2 et dont François Fillon était l'invité, marquera, à n'en pas douter, l'histoire de la télévision mais seuls les résultats du premier tour des élections présidentielles permettront de dire si elle aura joué un rôle dans l'histoire politique de notre pays. Néanmoins, une chose est sûre désormais, cette émission aura fait de l'Histoire de France un enjeu majeur de ce scrutin.
Les solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ?
Que la présente campagne présidentielle se consacre depuis deux mois à l’exposé de vétilles en dit long sur la façon dont la société du spectacle camoufle le politique sous des falbalas, et d’acteurs que nous fûmes (le passé simple aussi fait de moi un homme de droite) nous transforme en marchandises. Parce c’est de politique qu’il s’agit — et personne n’en parle. On frappe sur des casseroles, on s’invective sur des frais de transport (ça avait commencé il y a vingt ans à propos des « frais de bouche » de Chirac à l’Hôtel de ville de Paris), on met en examen pour des broutilles — alors qu’on devrait inculper tous ceux qui ont miné la France depuis trente ans, par exemple dans l’Education nationale — et qui persistent et signent.
Et si la version de certains événements, telle qu’elle figure dans les livres d’histoire, était un tissu de mensonges destiné à dissimuler de sombres secrets d’État ? L’idée est séduisante, parce que souvent vérifiable …




Issu d'une lignée présente aux Croisades, Paul de Barras (1755-1829), était natif d'un petit village haut perché de Provence intérieure, Fox-Amphoux (400 âmes en 2017), resté quasi intact jusqu'à présent, grâce à son éloignement des circuits touristiques de masse. En 19581959, le maître hollandais Bram Van Velde (1895-1981), fuyant Paris, vécut à Fox. Barras, lui, a surtout gravé son nom dans la capitale, comme régicide (1793) puis comme le plus influent des cinq « directeurs » de ce Directoire empanaché qui, entre Terreur et Consulat, exploita la France.
Sentant l'opinion revenir au royalisme, l'élu varois alla voir dans sa geôle le petit Louis XVII, au moment même où on tuait Robespierre, puis, en 1799, il offrit ses services tarifés au futur Louis XVIII... Les monarchistes surnommèrent Barras «Colibri », tandis que Bonaparte qualifiait de « chef des pourris » celui qui lui avait quand même présenté Joséphine de Beauharnais... Cependant, une face moins connue de ce « politichien » tend à nuancer un peu ce sinistre portrait : l'attachement de l'homme à son terroir provençal, incluant sa mère (morte en 1805) et sa femme, Marie-Pélagie Templier, née de roture aisée en 1759 et épousée en 1791 à l'église Saint-Blaise de Fox ; sa dot comportait une solide bastide des environs que le marié embellit et qui est restée connue jusqu'à nous comme « Château-Barras ». Le couple étant sans postérité, la propriété passa ensuite de mains en mains avant d'être acquise en 2002 par la galeriste d'art moderne Sabine Puget qui a redonné du lustre au lieu, y ajoutant notamment un sobre jardin de sculptures, non loin de l'allée historique des buis. La chapelle où priait la catho-royaliste Pélagie a été décorée par deux artistes de notre époque : Francis Limerat et Jean-Pierre Schneider.
François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.
Il peut arriver qu'en politique, comme souvent en psychanalyse, sous la couche superficielle du discours, on découvre la vérité des choses.
Les média de l’oligarchie ont déjà écrit le scénario – le meilleur à leurs yeux, le pire pour la France : le second tour de l’élection présidentielle opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen et ce sera évidemment le premier qui l’emportera haut la main. Ce faisant, ils donnent raison à la présidente du Front national qui n’a de cesse de répéter que la vie politique française est désormais scindée entre mondialistes et patriotes. Macron n’est en effet que la créature du trouple formé par les milieux d’affaires, les grands média qui sont leurs courroies de transmission auprès de l’opinion publique et cette partie du pays légal qui a définitivement bradé la France. Qu’importe qu’il soit le dauphin de François Hollande, le clone de Juppé avec trente ans de moins ou encore le dépeceur d’un Parti socialiste en voie de décomposition avancée. Toutes ces éventualités, plus complémentaires qu’exclusives, ne concernent que les écuries électorales. Ce qui intéresse les Français, c’est que ce mondialiste décomplexé n’est que le prête-nom d’une finance internationale qui a trouvé en lui son meilleur ennemi, au sens où François Hollande l’a été durant son quinquennat.

