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Actualité Monde - Page 119

  • Vidéo : Où l'ambassadeur de Russie développe les bases d'une poltique réaliste au Moyen-Orient

     

    Alexandre Orlov est ambassadeur de Russie à Paris. Il était, vendredi dernier, 25 septembre, l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC. C'est la vidéo de cette émission (18') que nous vous proposons de regarder.

    Jean-Jacques Bourdin n'a guère eu matière ou prétexte à contredire son invité, sans-doute parce que le discours de cet ambassadeur - au demeurant parfaitement francophone - est exempt de contenu idéologique, voire expansionniste, et se fonde sur une vision pragmatique des réalités. C'est de Real Politik dont on traite avec lui. Et appliquée à la situation au Proche-Orient, la politique russe vise à détruire Daech, combattre le terrorisme, restaurer l'ordre dans la région, où le chaos s'est installé. Ou plus exactement l'a été.

    En l'occurrence, la part que va y prendre la Russie peut être déterminante. Et dans la situation où nous nous sommes mis (terrorisme, migrants, expansion du califat islamique ...), il devient difficile de la négliger ou, pire, de la rejeter, pour d'obscurs motifs. A vrai dire, l'intérêt français (et européen) ne fait pas de doute. Sauf inconscience, le choix d'accepter ou refuser de coopérer avec la Russie dans cette affaire ne nous est pas donné. C'est pour cela que le vent tourne à Washington, Londres et Berlin. Et même à Paris où, malheureusement, les politiques aux affaires seront sans-doute les derniers à comprendre l'erreur dans laquelle ils se sont enfermés ces dernières années. Avec les conséquences d'extrême gravité que l'on sait. Sur tous ces sujets, nous-mêmes, parce que notre guide est l'intérêt français, n'avons jamais changé d'avis.  Lafautearousseau    

     

     

  • La stratégie de Poutine au Moyen-Orient

    Au lendemain de la rencontre de Vladimir Poutine avec le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, Hadrien Desuin* analyse pour le Figaro - avec pertinence selon nous - les enjeux  de la guerre en Syrie. Un nouvel équilibre des forces au Moyen-Orient se met en place. Lequel, soit dit en passant, relativise et renvoie au passé, les violentes critiques portées par les Etats-Unis, l'Union Européenne, la diplomatie française et maints observateurs, à l'encontre de la Russie et de Vladimir Poutine. Les échecs qu'on lui prédisait, ainsi d'ailleurs que la chute d'Assad annoncée comme imminente il y a trois ou quatre ans, ne se sont pas produits. Et cette politique nous a fait perdre ces mêmes trois ou quatre années, au cours desquelles Daech s'est considérablement renforcé, où le chaos s'est répandu à travers le Moyen-Orient tout entier, avec, pour nous, Français et Européens, les conséquences que l'on sait. Cette politique, nous l'avons toujours dénoncée, ici. Et sans-doute avions-nous raison.  LFAR 

     

    LE FIGARO - Le président russe Vladimir Poutine a rencontré lundi à Moscou le Premier ministre israélien Nétanyahou au sujet de la guerre en Syrie. Selon Haaretz, cette visite semble refléter « le manque de foi [de ce dernier] dans la capacité et la volonté des Etats-Unis à protéger les intérêts sécuritaires israéliens. » La Russie est-elle un nouvel acteur majeur dans la région ? 

    Hadrien DESUIN - Les derniers renforcements russes en Syrie frappent l'imaginaire collectif. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide et l'intervention soviétique en Afghanistan, l'armée russe s'apprête à intervenir au Moyen-Orient. Les Russes avaient conservé leur base de Tartous et fournissaient en armes l'armée syrienne mais Poutine a changé de braquet: désormais c'est l'armée russe qui frappe. Il s'agit d'un événement majeur qui va marquer l'histoire des relations internationales: un nouvel équilibre des forces au Moyen-Orient se met en place. Il faut se souvenir que les interventions américaines dans le Golfe ont été rendues possible par la chute de l'URSS. Mais progressivement la Russie poutinienne restaure les positions soviétiques au Moyen-Orient, ce que n'aurait pas déplu à Evgueni Primakov qui vient de disparaître. 

    Il faut toutefois nuancer. La stratégie russe n'est pas une logique de guerre froide et d'opposition aux armées occidentales mais plutôt d'aiguillon. L'idée est de participer à la coalition anti-Daech en s'appuyant sur l'armée syrienne et non les «rebelles». Rebelles qu'à l'exception de quelques idéologues, on peine à distinguer des groupes djihadistes proches d'Al-Qaïda. La Russie ne veut pas apparaître comme un trublion mondial. Au contraire, elle souhaite jouer un rôle dans le nouveau monde multipolaire qui s'ouvre après la fin de l'hégémonie américaine post-URSS. 

    Côté israélien, il y a une vraie déception vis-à-vis des Etats-Unis et un certain pragmatisme. Marqué par le conflit contre le Hezbollah au Liban-sud, le chef du Likoud a d'abord misé sur la chute de Bachar Al-Assad. Le premier ministre israélien a dès lors voulu jouer le Capitole contre la Maison-Blanche ; mal lui en a pris. Ses réseaux dans le parti républicain n'ont pas suffit. Même les électeurs juifs démocrates n'ont pas suivi son obsession anti-iranienne. Peut-être aussi que la droite nationaliste israélienne voit d'un bon oeil l'émergence de Daech, qui peut cyniquement diviser le camp djihadiste, notamment le Hamas. 

    Par dépit, Netanyahou se tourne vers Moscou qui pourtant applique une politique pro-iranienne dans la région. Il s'agit sans doute d'une simple coordination technique entre les états-majors aériens. Netanyahou en profite aussi pour marquer sa désapprobation vis-à vis de l'administration Obama. Avec l'idée que le grand retour de la Russie au Moyen-Orient ne manquera pas d'être exploité par les républicains qui pointent la prudence excessive de Barack Obama. 

    Comment expliquer ce basculement alors que la Russie était la cible de violentes critiques de la part des EU et de l'UE ? 

    Le principe de réalité finit toujours par prendre le dessus sur les émotions morales. La stratégie occidentale est en échec en Syrie depuis quatre ans. Le groupe des amis de la Syrie qui avait exclu les positions iranienne et russe n'a jamais pu apporter la preuve de la crédibilité de l'armée syrienne libre (ASL) et sa branche politique, le conseil national syrien. La Russie, de son côté, a toujours proposé ses bons offices diplomatiques pour dénouer le nœud syrien et trouver une solution interne au régime des Assad.

    Pour l'opinion occidentale, les crimes de Daech sont désormais nettement plus insupportables que les tentatives de Bachar Al-Assad de rester au pouvoir. C'est donc la position russe qui apparaît la plus juste mais aussi la plus réaliste. On joue sur les mots mais plus personne en haut lieu n'appelle à un changement de régime à Damas. Mutatis mutandis, les occidentaux s'alignent sur la position russe. C'est-à-dire la priorité donnée à la lutte contre le terrorisme islamiste. 

    La Russie semble être le pays le plus déterminé à attaquer Daech . Comment expliquer la lenteur des pays européens et des Etats-Unis à s'allier avec Moscou ? 

    On disait l'économie russe à genoux, le pouvoir politique de Poutine vacillant, isolé sur la scène internationale. Il n'en n'est rien. Comme disait Bismarck, «la Russie n'est jamais aussi forte ni aussi faible qu'il n'y paraît.» Largement surestimée au cours de la guerre froide, la Russie a, depuis 25 ans, été négligée au Moyen-Orient. Mais l'image d'une armée russe en déliquescence dans les années 90 n'est plus d'actualité. Poutine et ses généraux se sentent suffisamment forts désormais pour se projeter au Moyen-Orient et déployer le meilleur de leur technologie. 

    Comme à son habitude, Vladimir Poutine a manœuvré en discrétion pendant tout le mois de septembre jusqu'à ce que son appui à l'armée syrienne ne puisse plus être contesté. Comme en Crimée et en Géorgie, Poutine ne veut pas provoquer mais les Occidentaux sont mis en douceur devant le fait accompli, sans déclaration tonitruante ni fanfaronnade. Les rôles s'inversent puisque jusqu'à présent ce sont les Occidentaux qui mettaient bruyamment la Russie devant le fait accompli. 

    Pour autant, les puissances occidentales, échaudées par leurs échecs successifs dans la région réalisent au fur et à mesure que Poutine et Lavrov peuvent poursuivre le rôle positif qu'ils ont joué dans les négociations avec l'Iran. 

    Laurent Fabius s'est montré hostile à la visite de parlementaires français en Crimée, et opposé à la vente des Mistral à Moscou. La France est sous embargo alimentaire russe depuis 2014 après les sanctions économiques prises à l'encontre de la Russie… Comment analysez-vous l'attitude de la diplomatie française envers la Russie? La France est-elle en train de manquer une rapprochement de poids avec Moscou ? 

    La position de Laurent Fabius reste arc-boutée sur le départ de Bachar Al-Assad comme s'il vivait encore dans le mirage des printemps arabes. Mais Daech a pris de plus en plus d'importance jusqu'à la prise de Mossoul. Les Occidentaux ont alors été contraints de prendre la défense de Bagdad et les militaires ont fait pression pour élargir les opérations à la Syrie. Jean-Yves Le Drian en France, John Kerry et Ashton Carter [actuel secrétaire d'Etat américain à la Défense, ndlr] aux Etats-Unis ont été les premiers à pousser à reprendre le dialogue avec Damas. C'est eux qui tirent François Hollande et Barack Obama à se rapprocher de la position russe. 

    Laurent Fabius, toujours en retard d'une guerre, semble encore penser le monde des années 90. Depuis trois ans, il réclame le départ préalable de Bachar Al-Assad sans tenir compte de la position russe. Dans un entretien paru aujourd'hui dans Le Figaro, il trouve pour la première fois absurde de demander des excuses à Assad avant toute discussion. Mais si on négocie avec un chef d'État, c'est reconnaître sa légitimité et sa capacité dans l'avenir à mettre en place l'accord. Ce qui n'est pas compatible avec une exigence de départ à court ou moyen terme. 

    Sur les questions de sécurité, Laurent Fabius qui se comporte en Vice-président, accumule les revers. Ses rapports avec la Russie ont semblé en opposition avec le ministère de la Défense dont l'approche est nettement plus réaliste. Engoncé dans un discours moralisateur, Laurent Fabius est en décalage avec les événements et semble avoir perdu tout crédit pour diriger la diplomatie française. Son départ en décembre, à la faveur du remaniement post-élections régionales pourrait permettre de renouer les liens traditionnels avec la Russie et redonner des marges de manœuvre à François Hollande. 

    * Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr puis de l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d'un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d'Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l'Égypte, réalisé au Centre d'Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd'hui il collabore à Causeur et Conflits où il suit l'actualité de la diplomatie française dans le monde. 

    Entretien réalisé par Eléonore de Vulpillières  

     

  • Réfugiés et pays sous-peuplés …

     Les gratte-ciel à moitié vides de Doha © Copyright : DR

     

    Par Péroncel-Hugoz  

    Ayant acquis l’assurance que de richissimes Etats pétroliers ne veulent pas de réfugiés arabes, Péroncel-Hugoz  mord …

     

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    L’Italie, l’Espagne, la France n’ont pas la chance allemande de jouir actuellement d’une économie florissante mais, au contraire, ces pays ploient sous le triple poids du chômage, de l’endettement et de la dépression économique. Or, ce qu’il est convenu d’appeler la « communauté internationale » — mélange de l’ONU, de l’Union européenne, de diverses autorités morales, de médias bien-pensants, etc. — ne s’est pas privée, néanmoins, de tarabuster ces nations latines pour l’hospitalité « insuffisante » qu’elles offrent aux « migrants » proche et moyen-orientaux fuyant bombes, tyrannie et désintégration économique.

    En revanche, et assez curieusement, on n’a capté de ladite «  communauté internationale » aucun appel pressant aux « pays-frères » arabo-musulmans, très bien pourvus en hydrocarbures et devises mais pauvres en populations. L’Emirat de Qatar, les sept Emirats-Arabes-Unis, par exemple, sont traditionnellement obligés, par leur démographie déficiente, de faire venir bras et cerveaux d’un peu partout, y compris de terres lointaines comme les Philippines avec lesquelles ils n’ont pratiquement pas d’affinités. Pourquoi ne se sont-ils pas ouverts, au moins un peu, à leurs malchanceux cousins syriens ou irakiens, arabophones et musulmans comme eux ? Un père de famille damascène bien accueilli, avec les siens, depuis juin 2014, près de Mayence en Allemagne, a déclaré au « Monde » du 10 septembre 2015 : « Si on avait eu le choix, on aurait préféré aller dans un pays islamique ».

    Des blogueurs,  libres d’esprit, nous expliquent depuis les rives du Golfe arabo-persique, que cet « égoïsme d’Etat » vient de la crainte que, parmi les réfugiés, ne se cachent «  futurs djihadistes et terroristes » … Ah ! bon ? Ces blogueurs, s’ils étaient en Europe occidentale, risqueraient, en émettant une telle hypothèse, de tomber sous le coup du nouveau délit inventé par le Vieux Continent : l’ « islamophobie »…

    D’ailleurs, il n y a pas que les pétro-Etats arabes du Golfe qui pourraient accueillir, au moins jusqu’à la fin des hostilités au Levant, des Syro-irakiens. Qui ? Eh ! bien la prospère Algérie, par exemple, très sous-peuplée par rapport à son territoire national et qui aurait là l’occasion de mettre en pratique cette fameuse « fraternité » arabo-musulmane, que ses dirigeants aiment invoquer dans leurs discours … Les héritiers des nationalistes algériens semblent avoir oublié que leurs pères, lors de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), bénéficièrent largement de cette fraternité en Tunisie, au Maroc et en Libye. Alger a même instauré un visa pour les Syriens … Hélas ! hélas, le Maroc a pris récemment la même décision. Que ces malheureux Syriens aillent donc se faire voir en Europe ! 

    Notre impitoyable consœur tunisienne de « Jeune Afrique », Faouzia Zouari, n’y pas allée par quatre chemins : « Nous n’oublierons pas l’immobilisme honteux des Arabes : celui d’Emirats repus qui ferment les yeux devant le drame [syro-irakien], l’immobilisme d’Etats musulmans qui regardent, imperturbables, des Etats chrétiens recueillir les victimes d’un islamisme avec lequel ils composent, eux … » 

    Un Marocain marié à une Russe musulmane auquel je lisais tout ce qui précède m’a rétorqué : « Et pourquoi Moscou n’ouvrirait pas aussi ses frontières aux réfugiés orientaux ? L’immensité eurasiatique de la Russie est extrêmement sous-peuplée et je vous assure que les musulmans russes, quoique non arabophones, seraient contents de manifester leur solidarité aux Syriens ou Irakiens ». L’Islam de Russie compte en 2015 environ 20 millions de fidèles autochtones. 

  • La croissance dangereuse ?

     

    Par Jean-Philippe Chauvin*

    En matière d'écologie, comme sur d'autres sujets, notamment celui du régime, Jean-Philippe Chauvin poursuit une réflexion qui nous intéresse et intéressera nos lecteurs. Tel le pertinent article qui suit. 

     

    arton8470-7b8cd.jpgIl n’y a pas une semaine durant laquelle la presse n’évoque un nouveau drame environnemental, mais sans que cela ne suscite autre chose qu’une sorte de fatalisme bien-pensant ou moult déclarations désolées et lénifiantes, malgré quelques tentatives de réaction, vite étouffées par l’oligarchie médiatique ou, simplement, par l’oubli des informations de la veille. Ainsi, la sixième extinction animale et végétale, puis la vidange accélérée des océans, n’ont occupé quelques colonnes de journaux et quelques minutes d’écran que le temps d’une journée vite achevée, et ces informations reviendront l’année prochaine, entre une déploration sur le réchauffement climatique et une lamentation sur la bétonisation des campagnes, désormais véritables marronniers télévisuels et imprimés…

    Et pourtant ! Ces questions sont bien urgentes et nécessiteraient une vaste mobilisation des Etats et des consciences, et les personnalités politiques qui veulent s’inscrire dans le temps long ne peuvent faire l’économie de réponses à réfléchir, à apporter, à envisager au regard des enjeux écologiques qui engagent toute la planète et ceux qui la peuplent. Mais il y a une grande difficulté qui tient à la nature même du système idéologique qui prévaut dans nos sociétés contemporaines, un système qui a plusieurs têtes comme l’hydre et qui semble inaltérable et obligatoire, système en définitive globalitaire et qui se pare de vertus qui n’en sont pas forcément…

    Benjamin Franklin, celui-là même qui porte un beau prénom mais s’avéra un cruel individualiste au service de ce que jadis l’on nommait « Veau d’or », a résumé, en une formule célèbre, cette véritable révolution du temps, du sens de la nature humaine et de son inscription, de son action dans ce que les catholiques nomment « création », révolution qui s’est faite au détriment de cette dernière, en définitive : « le temps, c’est de l’argent ». Formule aux conséquences incalculables qui fait basculer le monde (si on la suit aveuglément) dans une logique « utilitariste » et matérialiste qui oublie tout ce qui fait, en définitive, le sel de la vie et la particularité humaine : quelle place, dans le monde franklinien, pour la beauté d’un coucher de soleil, éternellement renouvelée et éminemment gratuite, ou pour le plaisir d’une flânerie, d’une conversation ou pour la transmission de ces légendes, de ces traditions qui font les couleurs du monde ? 

    La notion de croissance est un élément de ce système et qu’il est parfois difficile de mettre en cause dans la dégradation de la planète : non qu’elle n’en soit pas responsable, comme le fameux « développement » théorisé par Rostow dans les années de l’après-guerre ou le « développement durable », oxymore qui connaît une grande gloire depuis le Sommet de Rio de 1992. Mais nos contemporains n’en veulent retenir que la définition purement économique quand elle est beaucoup plus que cela : c’est aussi une idéologie, celle du « toujours plus », celle du « désir infini dans un monde fini », et cette logique est infernale car elle épuise inéluctablement la planète comme le prouvent à l’envi (et jusqu’au plus profond dépit) les drames environnementaux et les études qui se penchent sur ceux-ci. 

    Pourtant, il en est qui ne veulent rien voir ni rien entendre aux souffrances de notre bonne vieille Terre d’accueil, et qui dénoncent sans retenue ni discernement tous ceux qui osent prôner une forme ou une autre de décroissance : ainsi Augustin de Romanet, dans le dernier numéro de la revue Commentaire, s’en prend-il à ceux-ci avec des arguments plus simplistes que ceux des « décroissants » qu’il moque, réduisant la question à une petite affaire d’arithmétique électorale en arguant que les listes portant nommément cette idée ont fait des scores dérisoires. Je suis bien placé pour savoir que notre système de représentation démocratique, s’il n’est pas forcément inutile, n’est pas le plus juste ni le plus légitime quand il s’agit d’évoquer les grands problèmes, et qu’il est surtout le moyen de « tenir le politique » beaucoup plus que de le fortifier face aux féodalités économiques et financières… Qui n’a pas d’argent peut difficilement se faire entendre, si ce n’est en cassant des vitres ou en faisant scandale, ce qui, parfois, brouille le sens du message porté par ces mouvements minoritaires condamnés à le rester longtemps, et cela quelles que soient la pertinence de leurs idées et propositions : le piège démocratique, diraient certains, mais qui participe à cette « fatigue civique » que les observateurs pointent depuis un bon bout de temps… 

    Mais Romanet a tort : si la croissance apparaît si peu contestée, ce qui d’ailleurs mériterait confirmation plus crédible que celle qu’il avance, elle n’en est pas moins dangereuse parce qu’elle ne sait pas se limiter d’elle-même quand la nécessité appellerait ce sens de la mesure, cet esprit de reconnaissance des limites naturelles et humaines qui permettent aux sociétés humaines de durer. Et le pape, par sa récente encyclique Laudate si’, a donné au concept de décroissance de belles lettres de noblesse, à la grande rage des « croissancistes » qui voient leur idéologie réduite à ce qu’elle est, c’est-à-dire une construction théorique qui s’émancipe du réel pour ne s’intéresser qu’aux chiffres et à « l’avoir » statistique en négligeant les contextes et les perspectives environnementales comme sociales.

    Cette décroissance évoquée par le pape ne signifie pas qu’il faut en revenir à un âge des cavernes qui méconnaîtrait les savoirs techniques et leurs applications, qui ne sont pas forcément inutiles ou maudites, mais qu’il faut en revenir à l’essentiel sans négliger autrui, et les paysages, les fleurs ou les animaux qui les peuplent, sont ces autres qu’il ne faut pas oublier, ni mépriser, comme saint François d’Assise nous l’a enseigné en son temps en quelques leçons qu’il nous faut encore et toujours méditer et appliquer… 

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin

     

  • Algérie : « Monsieur Frère » et l'Odjak des janissaires [1]

     

    Une analyse de Bernard Lugan

    La stabilité de l'Algérie est-elle compromise ? Quiconque se soucie de l'avenir de la France, de sa propre stabilité, ne peut manquer de se poser, dans toute son ampleur, cette inquiétante question. Elle nous concerne directement pour toutes sortes de raisons qu'il est sans-doute inutile de rappeler ici. On en pressent de façon très immédiate toute la gravité. Samedi 19 septembre, Bernard Lugan, grand spécialiste de l'Afrique, a publié sur son blog une note qui traite de la question du pouvoir en Algérie, de la succession de Bouteflika, des manœuvres qui sans-doute la préparent, des incertitudes qu'elle réserve. On lira cette note avec attention en attendant la suite que Bernard Lugan a annoncée. Malgré les apparences, nous ne nous sommes peut-être éloignés de la question des migrants que par anticipation. LFAR

     

    46878456-jpeg_preview_large.jpgEn Algérie, les récents limogeages opérés à la tête de l'armée et des services spéciaux ont une explication: le pays n'est plus gouverné par le président Abdelaziz Bouteflika, mais par Saïd, son frère.

    Enseveli sous de très graves affaires de corruption, ce dernier sait qu'il ira dormir en prison au lendemain de la mort clinique de son aîné s'il ne s'est pas auparavant taillé un pouvoir à sa main. Or le temps presse puisque, depuis sa réélection le 17 avril 2015, Abdelaziz Bouteflika n'a assisté à aucune  cérémonie officielle en raison de son état de santé...
     
    Voilà pourquoi le général "Toufik" Mediene qui avait osé dénoncer les trafics de "Monsieur frère" vient d'être remplacé à la tête de la DRS (le contre-espionnage) par le général Bachir Tartag. Quand des nominations officielles à des postes importants sont décidées, elles sont normalement annoncées par l'APS (Algérie Presse Service), l'agence de presse officielle; dans le cas présent, ce fut par d'obscurs canaux...remontant directement à Saïd Bouteflika.
     
    Ce remplacement intervient après plusieurs autres, dont ceux du général M'Henna Djebbar, chef de la direction de la sécurité de l'Armée, du général Rachid Laalali, chef de la DSE (Direction de la sécurité extérieure), du général Ahmed Bousteila, chef de la gendarmerie etc. Tous au profit du général Ahmed Gaïd Salah, chef d'Etat-major et vice-ministre de la Défense, né en 1940.
     
    L'alliance avec l'Etat-major a donc permis à Saïd Bouteflika d'écarter le très puissant général Mediene. Est-elle pour autant un gage de survie? Il est permis d'en douter.
    Si parmi les hauts cadres de l'Odjak, ceux qui ont des comptes à rendre à la Justice devraient lui rester fidèles, la loyauté des autres est incertaine. Lesquels parmi les généraux, notamment chez les nouvellement promus, voudront en effet apparaître liés aux profiteurs du régime quand la rue grondera dans un dramatique contexte économique et social aggravé par l'effondrement du prix des hydrocarbures[2]?
     
    Dans la course contre la montre engagée par Saïd Bouteflika, trois grandes hypothèses se dégagent:
     
    1. Saïd Bouteflika et l'Etat-major s'entendent pour installer un homme de paille au pouvoir.
     
    2. L'Odjak se refait une "vertu" à bon compte en donnant la tête de Saïd Bouteflika au peuple avant de placer l'un des siens aux commandes.
     
    3. Prenant tout le monde de vitesse, "Monsieur frère" s'empare directement du pouvoir...
     
    Une situation à suivre, mais qui interdit de fonder une politique sécuritaire régionale sur l'Algérie. 
     
    Le blog de Bernard Lugan
     
  • D"accord avec Frédéric Pons : « Il faut se rapprocher de la Russie pour affronter l'État islamique »

    Vladimir Poutine est résolu à intervenir en Syrie contre Daech. Mais quelles sont ses réelles motivations ? Décryptage de Frédéric Pons, rédacteur en chef Monde à Valeurs actuelles.

    Son avis [le nôtre aussi] : « Il faut se rapprocher de la Russie pour affronter l'État islamique ».

    A noter que c'est probablement ce qui par la force des choses est en train de se passer. La diplomatie française devra de fait renoncer à son absurde « ni-ni » (ni Bachar, ni Daech) qui plaçait ses espoirs dans une inconsistante rébellion démocratique laquelle s'est évanouie en abandonnant à Daech les armes que nous lui avions fournies.  

    Trois ou quatre ans auront été ainsi perdus à poursuivre cette absurde chimère permettant l'expansion de Daech, ses crimes et ses destructions, dont la conséquence est, aujourd'hui, une invasion sans précédent de l'Europe par un flux migratoire massif.

    Les protagonistes de cette politique portent une responsabilité dont ils semblent n'être même pas conscients. Il n'y a aucune raison de ne pas en dire la gravité. Et de les dispenser de devoir en rendre compte. Au moins pour l'Histoire. •  

     

    (2min 03s)

  • Crise chinoise : Le crédit aux particuliers ...

     

    Par François Reloujac

    L’éclatement de la bulle chinoise à laquelle nous assistons devrait nous conduire, au-delà de la seule analyse économique – sur laquelle nous reviendrons ultérieurement – à nous interroger sur la dérive actuelle du fonctionnement de l’économie dans tous les pays du monde, d’une part sous l’influence de la « mathématisation » de l’économie, comme disait autrefois Jacques Ellul et, d’autre part, sous la poussée de l’individualisme qui conduit chacun à rechercher son intérêt individuel immédiat sans se soucier de l’intérêt général – encore moins du bien commun.

    Lorsque l’investissement immobilier a commencé à paraître s’essouffler en Chine, alors que les marchés financiers faisaient preuve d’euphorie, « l’immense majorité des investisseurs sur les valeurs cotées en yuans, ont gonflé artificiellement leurs mises en empruntant massivement pour jouer en Bourse » et participer ainsi au partage du gâteau. Haiyan Li-Labbé expliquait récemment au Figaro que « près de 25 % des titres qui s’échangent sur les marchés chinois sont ainsi détenus par le biais de crédits contractés par des particuliers ».

    Ce type de crédit ne correspond pas, malgré les apparences à un crédit à l’investissement mais à un crédit à la consommation. En effet, pour les « investisseurs-emprunteurs », il ne s’agit absolument pas de soutenir l’activité d’une quelconque industrie utile au pays, mais de participer – si possible – au partage des bénéfices qui résultera de la spéculation financière. Qu’il y ait de la part des « emprunteurs-investisseurs » un motif de sécurité (comme aurait dit Keynes) et qu’ils n’aient eu en vue que de protéger leur future retraite, cela est possible. Mais ils l’ont fait à partir d’un raisonnement purement financier, sans sous-jacent économique : il s’agissait de participer au partage des plus-values résultant du processus de fuite en avant qui soutenait l’activité des marchés financiers.

    Or, ce processus de fuite en avant a été clairement soutenu par les pouvoirs publics chinois, comme il l’est partout dans le monde, car c’était la seule façon de maintenir une croissance apparente des chiffres à défaut de participer à la poursuite du bien commun. Notre système économique mondial est en effet devenu le monde de l’apparence sur lequel les hommes politiques en place cherchent à « capitaliser » en espérant refiler les difficultés qui ne manqueront pas d’éclater, à leurs successeurs.

    L’outil principal de ce transfert est le crédit

    Le crédit n’est plus la confiance que peut avoir le prêteur dans la solvabilité future de l’emprunteur du fait de la qualité et du réalisme de ses projets. Le prêteur ne cherche plus à connaître son emprunteur, à savoir s’il peut lui faire confiance pour utiliser, dans le futur, les sommes mises à sa disposition pour vivre normalement, lui et les siens, et dégager une plus-value économique qui lui permette de rembourser sa dette.

    Le crédit est devenu le résultat d’un calcul statistique froid sur la capacité dont les individus placés dans des circonstances analogues ont montré, dans le passé, qu’ils avaient remboursé leurs dettes, que ce soit grâce à leur activité économique, soit grâce à la valeur des « collatéraux » remis en garantie. L’avantage du « collatéral » sur le bien remis en garantie est que le prêteur n’a aucune formalité à remplir pour s’en saisir. L’inconvénient est que sa valeur varie souvent dans le même sens que la capacité du débiteur à rembourser ses dettes. En période d’euphorie économique ou surtout, d’expansion financière (artificielle ou non) ce système est fiable et ne nécessite aucune connaissance particulière du client ni de l’usage qu’il fait du crédit demandé. Si la conjoncture se retourne, tous les établissements sont logés à la même enseigne et les Pouvoirs publics sont obligés d’intervenir.

    Dans un tel monde, les banques ne cherchent plus à accompagner leurs clients en leur faisant crédit, c’est-à-dire en leur faisant confiance tant au regard de la valeur intrinsèque de leur projet que de leur capacité à le mener à bien.

    Le crédit n’est plus qu’un simple « produit » qu’il faut « vendre » pour en tirer le plus rapidement possible le bénéfice financier le plus important possible. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que dans la plupart des banques on demande aujourd’hui aux « conseillers » de « vendre » la plus grande quantité possible de crédits. Mais le monde oublie que le mot vendre signifie aussi bien « céder en faisant payer » que « trahir », « abandonner quelqu’un contre une somme d’argent ». 

     

  • Prêchi-prêcha

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    La déferlante migratoire qui sabat sur lEurope, mêlant dans un flux continu prétendus réfugiés politiques et authentiques fuyards économiques - quil est vain de vouloir distinguer puisquau bout du compte tous restent -, oblige à jeter les masques. Mme Merkel, au nom dune Allemagne toujours dans lexcès dune repentance qui ne regarde quelle, veut accueillir près dun million de personnes et créer par là même les conditions dun cataclysme désormais annoncé. Et M. Hollande de faire sienne la proposition allemande de quotas « obligatoires ». LUnion dévoile ainsi un peu plus son véritable visage, autoritariste et bientôt inquisitorial. Il suffit de voir comment sont traités ceux qui prétendent résister, non seulement les pays dits « de lEst » (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie), mais aussi la majorité des Français dont on stigmatise quotidiennement dans les médias « le coeur de pierre » (lexpression est de M. Aphatie, journaliste).

     

    Cest quon a des valeurs, voyez-vous. Tous nous jouent désormais la même musique - de M. Valls à Calais invoquant « les valeurs de la République » à M. Fabius faisant la leçon aux Hongrois sur « les valeurs de lEurope ». Cest oublier que nous nous devons dabord de respecter, au nom de tous les morts de ce pays et de tous les vivants à venir, le principe même de notre existence, laquelle passe par la défense de ce que nous sommes. Personne ne nous convaincra jamais qu’« accueillir » en Europe des centaines de milliers, voire des dizaines de millions, d’êtres totalement « étrangers » à lhistoire et à la culture européennes ne nous fait pas courir un danger mortel.

     

    Une telle politique dimmigration massive est dailleurs menée sciemment en France depuis des décennies, pour diluer lessence même du pays. Aujourdhui ce même pays, qui nen peut mais, semble vouloir se refermer. Sursaut protecteur : comment ne pas être effrayé en effet par ces centaines de Syriens musulmans hurlant « Allah akbar » sur les quais de la gare de Budapest ? Pourquoi ces gens-là ne bénéficient-ils pas dune exfiltration dûment organisée vers un des « pays frères » du Golfe où il y a de largent et de la place ? De plus, que penser de ces « réfugiés » qui ont programmé leur installation dans tel ou tel pays, faisant de lEurope non une terre dasile mais un libre-service ?

     

    Le rôle du politique nest pas de donner dans la sensiblerie ambiante, comme celle quexploitent de façon éhontée certains médias avec la photo de cet enfant syrien retrouvé noyé. Le rôle du politique est davoir la lucidité et le courage de choisir lintérêt de la France, voire de lEurope. Non seulement il ne faut pas faiblir avec les Allemands mais il faut, dans un sursaut souverainiste, déclarer que limmigration en France ne saurait être quune démarche individuelle, pour le coup contingentée, non un phénomène massif et communautariste. Faute de quoi, la réalité des pays dont on senfuit (misère ou guerre civile) nous infectera sur notre propre sol - et le rappel incantatoire des « valeurs » paraîtra alors bien vain. Il ne sera que ce quil est : un prêchi-prêcha veule et mortifère. 

     

  • Michel Onfray : « Bernard-Henri Lévy est complice de la mort de cet enfant ».

     

    Nous vous l'annoncions hier, nous mettons en ligne aujourd'hui, dimanche, les explications données par Michel Onfray à la journaliste effarée de BFMTV (Vidéo).  

    A lire ou relire (note Lafautearousseau du 21 mai 2015) : 

    Roland Dumas : « Bernard-Henri Lévy se prend pour le ministre des Affaires étrangères. Je n'ai aucune sympathie pour ce flibustier de la politique. »

     

     

  • Vers une intervention russe en Syrie ?

     

    Par Jacques Burnel 

    C’est le média i24news qui l’annonce : la Russie va intervenir militairement en Syrie pour tenter d’endiguer la progression de l’Etat islamique (EI). Selon des diplomates occidentaux, l’armée russe aurait d’ores et déjà installé une base aérienne près de Damas, dans une région contrôlée par le régime d’Assad. Y sont attendus des conseillers militaires, des instructeurs et, surtout, des pilotes de chasse. La composition exacte de cette force reste pour l’instant inconnue, mais il semblerait en effet que l’intervention russe soit uniquement aérienne. Ce qui devrait cependant changer la face du conflit.

    Ce qui a déclenché cette intervention ? La crainte de voir Daech atteindre les républiques de l’ancienne URSS. Il s’agit donc de tout faire pour maintenir Assad au pouvoir afin que la Syrie serve de zone tampon entre Moscou et ses satellites du Caucase. Il a également été décidé de coordonner ces efforts avec l’Iran, partenaire fiable de la Russie dans la région. Le général iranien Qasem Soleimani, chef de la force Al-Quds, force spéciale des Gardiens de la Révolution, a ainsi visité Moscou pour discuter de la menace que fait peser l’EI : elle a abouti à cette décision stratégique.

    Longtemps ostracisé, Téhéran est d’ailleurs en train de devenir un interlocuteur incontournable dans le conflit. En témoigne le réchauffement récent de ses relations avec Washington. Une administration américaine qui serait consciente de l’intention des Russes d’intervenir en Syrie et qui ne s’y opposerait pas : depuis quelques temps, les Etats-Unis ont renoncé à lancer des appels à la dissolution du régime d’Assad. Du coup, même la Turquie, qui a jusqu’ici évité toute action qui renforcerait Assad, s’est rapprochée du camp russo-iranien, conduisant Ankara, avec l’accord tacite américain, à mener ses propres frappes aériennes contre l’EI en Syrie. Enfin un retour à des positions raisonnables dans cette région du monde en proie à la folie destructrice de Daech. Qu’en pense Laurent Fabius ?  

     

  • MEDIAS • Chantage au roi, vu du Maroc

     

    Eric Laurent – Catherine Graciet : les journalistes prédateurs !

    Les médias ont déjà largement évoqué cette ténébreuse affaire où deux journalistes français n'ont pas le beau rôle. Se sont-ils simplement livrés à un vulgaire chantage envers le roi du Maroc, ou, comme l'a envisagé maître Dupond-Moretti, l'avocat du royaume, ont-ils aussi été instrumentalisés par quelque entreprise terroriste ou autre de déstabilisation du royaume chérifien ? L'affaire serait alors beaucoup plus grave. Voici, en tout cas, ce qu'en dit le 360, le plus important média francophone du Maroc, sous la signature de Mohamed Chakir Alaoui. 

     

    cateteric.jpgIls ont tenté de faire chanter Mohammed VI en brandissant la menace de publier un livre à charge contre le royaume, mais sont tombés dans leur propre piège. Les détails d’une affaire qui décrédibilise complètement ces journalistes qui s’autoproclament spécialistes du Maroc.

    L’affaire d’Eric Laurent, interpellé cet après-midi, en flagrant délit de tentative d’extorsion de fonds au roi Mohammed VI commence à livrer ses secrets. Le360 a pu avoir accès à plus de détails concernant cette histoire inédite où un duo de journalistes a poussé l’audace jusqu’à tenter de faire chanter un chef d’Etat. 

    « Le 23 juillet dernier, Eric Laurent a pris contact avec le secrétariat particulier de Sa Majesté », nous confie une source proche du dossier. Et d’ajouter : « Il a annoncé qu’il détenait des informations explosives concernant le royaume et a insisté pour décrocher un rendez-vous ». 

    Le palais a mandaté alors un avocat pour rencontrer le journaliste. Rencontre qui a effectivement eu lieu le 11 août dernier et durant laquelle Eric Laurent est allé droit au but. « Vous savez que Catherine Graciet ne porte pas particulièrement le Maroc dans son cœur », a lancé Eric Laurent à l’avocat marocain. « Elle détient des informations cruciales concernant le Maroc qui vont être révélées dans un livre que nous écrivons ensemble. S’il vient à être publié, ce livre risque de déstabiliser le royaume », a-t-il poursuivi avant de proposer de convaincre Graciet d’abandonner ce projet moyennant la somme faramineuse de 3 millions d’euros. 

    Bien évidemment, il n’était pas question d’acheter le silence de quiconque pour les autorités marocaines « et encore moins de céder au chantage de deux raquetteurs ». Une plainte a été alors déposée suite à laquelle le parquet de Paris a autorisé une enquête en mobilisant les moyens de surveillance. 

    C’est ainsi que la deuxième rencontre du 21 août entre l'avocat du palais et Eric Laurent, qui s’est déroulée sous surveillance policière sur ordre du parquet de Paris, a été totalement enregistrée et filmée. Et les propos tenus par l’auteur de « Les mémoires d’un roi » ne laissaient aucune ambiguïté quant à sa tentative de racketter le chef de l’Etat. « Dans l’enregistrement, on voit et on entend clairement le journaliste réitérer son offre de mettre de côté ce projet de livre contre 3 millions d’euros, nous confie notre source. En le visionnant, le parquet de Paris n’a pas hésité un seul instant à ouvrir une information judiciaire ». Il ne restait alors plus que de tendre le piège pour établir le flagrant délit… 

    Rendez-vous a été ainsi donné à Eric Laurent et à sa complice Catherine Graciet, ce mardi 27 août, au restaurant de l’hôtel Raphael à Paris, une des tables les plus courues du 16ème arrondissement. Pour les appâter, l'avocat a expliqué à Eric Laurent que le Maroc était prêt à payer à condition de discuter le prix et de signer un engagement non seulement pour abandonner la publication du livre, mais de ne plus écrire un mot au sujet du royaume. 

    Les deux journalistes ont alors accepté l’invitation et ont passé leur temps à marchander, comme le ferait un marchand de tapis, avec l’avocat marocain. Ce dernier joue le jeu à la perfection comme le ferait un agent infiltré. Il fait parler les co-auteurs de « Le roi prédateur » pendant que le magnéto autorisé par la justice française enregistre une nouvelle fois toute la conversation. Il se met d’accord avec les deux journalistes prédateurs sur la somme de 2 millions d’euros, leur fait signer le document où ils s’engagent de ne plus parler du Maroc et leur remet chacun une enveloppe blanche contenant la somme de 40.000 euros. Autant de pièces à convictions qui sont saisies sur le duo Laurent – Graciet quand ils sortent du restaurant. 

    Désormais les deux journalistes sont poursuivis pour « chantage et tentative d'extorsion de fonds » et risquent gros. Pour défendre les intérêts du royaume, le dossier a été délégué à Maître Eric Dupond-Moretti. C’est lui d’ailleurs qui a révélé cette affaire au micro de RTL. 

    Mohamed Chakir Alaoui

     

  • Alerte rouge sur le monde ... entre réalisme et illusions

     

    Après de longues vacances, la matinale de France Inter, est de retour, avec Patrick Cohen entouré des clercs de son équipe, habiles à dire le dogme. Celui du politiquement correct, bien-sûr. Pourquoi nous y intéressons-nous ? Tout simplement parce qu'elle est en France la première du genre et touche près de quatre millions d'auditeurs.

    Bernard Guetta aussi est de retour, dans un contexte mondial qui n'est pas rose du tout et met à la peine son optimisme messianique natif. Ainsi, depuis quelques lustres, s'est-il habitué à osciller entre réalisme contrit et illusions persistantes. Et c'est ce qu'il fait avec talent dans la chronique qui suit, d'hier jeudi. Fondamentalement, on le verra, les situations dictent son réalisme. Et ses remarques ne manquent pas d'intérêt. Ses illusions ? La démocratie à l'occidentale dans le monde entier, la marche inéluctable des peuples vers elle à travers leurs révolutions obligées, l'Union (européenne), réputée elle aussi irréversible et, in fine, la prétendue communauté internationale, la gouvernance de l'ONU, l'unité du monde, dans la paix et la prospérité, naturellement partagées.

    Réaliste Guetta l'est plus qu'Alain Minc, Hollande, Merkel ou Macron, quand il analyse la crise chinoise et les répercussions intérieures et extérieures, pas seulement économiques, mais aussi politiques, et géopolitiques, très graves et très profondes qu'elle peut avoir. Il a raison de signaler le risque que se rouvrent les plaies toujours à vif de l’histoire asiatique. Peu de politiques ou d'observateurs seront capables d'envisager l'avenir dans cette dimension, ne connaissant plus l'Histoire.

    Il est réaliste lorsqu'il souligne les actuelles difficultés de la Russie qui sont patentes. Mais il redevient idéologue lorsqu'il oublie de noter que les Etats-Unis et l'Europe les ont stupidement aggravées par leur politique systématiquement hostile à la Russie. Les sanctions que nous lui avons appliquées, nous autres Français et Européens, à l'instigation pressante des Américains, sont retombées comme en boomerang sur nos industries et nos agriculteurs. Elles nous ont nui probablement plus qu'aux Russes... « La seule arme dont [la Russie disposerait] est son pouvoir de nuisance sur la scène internationale qu’elle exerce aussi bien en Syrie qu’en Ukraine. » Mais comment accepter sans discuter une proposition aussi dogmatique - qui n'est, en fait, que polémique ? Que dire de notre politique en Syrie ? Et de notre interventionnisme actif dans les pays jadis sous domination russe ?      

    Réaliste, Bernard Guetta l'est encore lorsqu'il constate l'interminable chaos dans lequel le Proche-Orient s'enfonce toujours plus. Il néglige le fait que nous avons grandement contribué à l'y installer, par nos interventions désastreuses et ratées en Irak, en Afghanistan, en Libye .. Et par le mythe largement formé en Europe des printemps arabes, que nous aurions stupidement voulu appliquer à la Syrie, après qu'il n'ait été ailleurs qu'une illusion. On en voit, partout, les résultats.  

    Parmi ces derniers, l'invasion massive de l'Europe par ceux qui fuient misère et chaos. Oh ! Guetta ne peut manquer de constater le phénomène, qui bouscule ce havre de paix qu'est l'Union. Cette chère Union qui n'en est pas une, où chacun - chacun pour soi - hérisse partout des murs, des barbelés et des contrôles.   

    Alors, on verra comment Bernard Guetta guette les lueurs d'espoir. « L’Onu vient d’imposer un accord de paix au Soudan du Sud, la diplomatie tente de reprendre la main en Syrie, l’Europe pourrait bien sortir renforcée des épreuves qu’elle accumule. »  Etc.

    La vérité est toute simple : l'ordre du monde n'est pas ce que croit Bernard Guetta. Voilà tout.   Lafautearousseau 

     

     

    Si vous préférez lire ... 

    Alerte rouge sur le monde

    « On n’aime pas dire cela. Si vacillante soit-elle, il est infiniment plus utile au débat public de montrer la lumière au bout du tunnel que son inquiétante obscurité mais tous les voyants du monde, les faits sont là, sont au rouge.

    Dans l’ordre de gravité, il y a d’abord la crise chinoise. On peut vouloir la relativiser pour ne pas alimenter la panique des marchés. François Hollande, Angela Merkel et bien s’autres s’y emploient mais cette crise va s’approfondir, lentement mais sûrement, parce que la spectaculaire phase de croissance de la Chine a pris fin et que son régime de parti unique ne dispose d’aucune soupape de sécurité, ni sociale ni politique, pour canaliser le mécontentement puis la colère qui en découleront. Au-delà même des problèmes intérieurs qui s’annoncent, la déconfiture de la deuxième économie du monde aura des répercussions sur les cinq continents et le pouvoir chinois pourrait bien avoir, un jour, à tenter de se survivre en jouant du nationalisme et rouvrant les plaies toujours à vif de l’histoire asiatique.

    La Russie, deuxième sujet d’inquiétude, n’est pas en bien meilleure forme. Le pays le plus étendu du monde n’en finit plus de voir sa bourse et sa  monnaie dégringoler car les sanctions occidentales prises après l’annexion de la Crimée ont accentué de profondes difficultés structurelles liées au manque d’investissements et à une totale dépendance au cours des matières premières dont la crise chinoise va maintenant accélérer la baisse. La Russie ne sait pas où elle va, ne sait pas ce qu’elle veut, et la seule arme dont elle dispose est son pouvoir de nuisance sur la scène internationale qu’elle exerce aussi bien en Syrie qu’en Ukraine. 

    Ensanglanté, troisième problème, par les crimes du régime syrien et ceux de l’Etat islamique, le Proche-Orient paraît toujours plus s’enfoncer dans un interminable chaos. On le sait. Inutile de s’étendre sur ce chapitre mais la nouveauté, quatrième problème, est que les ricochets de ces conflits ont maintenant atteint l’Europe. Parce qu’ils n’ont plus d’autre moyen d’échapper à la mort et que rien ne les arrêtera donc, des centaines de milliers de réfugiés, hommes, femmes et enfants, se bousculent aux portes de ce havre de paix qu’est l’Union. 

    En coordonnant ses efforts, l’Union européenne pourrait parfaitement bien relever ce défi mais force est de constater qu’il met à l’épreuve la solidarité de ses Etats, révèle la lourdeur de ses processus de décision et nourrit ses nouvelles extrêmes-droites, promptes à dénoncer des terroristes en puissance dans ces malheureux qui, pourtant, fuient la terreur. 

    Tout cela ne veut bien sûr pas dire que l’apocalypse soit pour demain. La sagesse, après tout, a fini par prévaloir dans les négociations grecque et iranienne. L’Onu vient d’imposer un accord de paix au Soudan du Sud, la diplomatie tente de reprendre la main en Syrie, l’Europe pourrait bien sortir renforcée des épreuves qu’elle accumule mais, pour l’heure, non, il y a peu de lumière au bout du tunnel. » 

     

  • Chine, la puissance inquiète ... Il n’y a pas que la Grèce, dans le monde…*

     

    Nous avons publié cet article le 21 juillet dernier, il y a donc un peu plus d'un mois. Sous le même titre. Août et sa torpeur ont passé. Et voici que l'actualité rattrape notre sujet. Nous croyons utile de le remettre en ligne, de vous proposer de le lire ou relire. On nous accordera d'avoir visé juste et d'avoir posé de bonnes questions !  

    Cet article - de Jean-Luc Gréau, dans Causeur - nous a vivement intéressés. Il ouvre notre regard et notre réflexion non seulement à l'existant mais aussi à des possibles futurs, fussent-ils inquiétants et en contradiction avec ce que, jusqu'à présent, il a été convenu de penser. Ainsi de la Chine, comme puissance, ou même hyperpuissance de demain. De façon naturellement inélectable. Il suffit de prolonger les courbes, n'est-ce pas ?  

    Mais ici, nous n'avons jamais cru à la théorie de la fin de l'Histoire, ni au primat de l'Economie, ni que la mondialisation, réalité d'aujourd'hui, soit nécessairement le fait devant donner forme au monde de demain, ni qu'elle doive supprimer les peuples, les nations, leurs rivalités et leurs différences, ni qu'elle doive apporter à tous égale prospérité, niveaux comparables de développement et la paix universelle. Peut-être même est-ce tout le contraire.

    Le grain de sable grec a grippé pour longtemps - peut-être définitivement - la machinerie européenne. Qu'en sera-t-il si, démentant le conformisme des prévisionnistes, le géant chinois devait entrer en crise ? Economiquement, on peut l'imaginer. Mais d'autres domaines qui y sont corrélés, devraient appeler l'attention. Par exemple le surarmement dans lequel se sont lancées les puissances asiatiques (Chine, Inde et aujourd'hui Japon). Nous ignorons si Jean-Luc Gréau nous suivrait dans de telles considérations extra-économiques. Qu'il veuille bien nous en excuser. En tout cas, son analyse - qui plus est fort bien écrite - nous a amenés à y réfléchir.  LFAR  

     

    « La Chine m’inquiète » disait la duchesse de Guermantes dans Du côté de chez Swann. Le propos, dérisoire mais divertissant, a fini par devenir vrai quand la Chine a atteint récemment le statut de premier producteur mondial aux côtés et au grand dam des Etats-Unis, après avoir trente cinq années durant élargi et renforcé sa capacité économique.

    En juin cependant, tandis que l’imbroglio grec faisait perdre leur latin aux Européens, les bourses de Shanghai et de Pékin ont offert le spectacle d’un krach qui n’était attendu par aucun des économistes spécialisés. L’effondrement des cotes, de plus d’un tiers en deux semaines, a touché toutes les valeurs et la peur s’est emparée des entreprises qui étaient cotées ou voulaient se faire introduire en bourse.

    Il y avait deux façons d’aborder l’évènement. La première consistait à prendre le mouvement comme une profonde correction survenant après cinq mois de folie qui avaient vu, depuis janvier, les cotes s’élever de 55% environ. Il aurait fallu alors attendre la stabilisation spontanée du marché revenu à plus de réalisme. La seconde consistait à s’alarmer des répercussions du mouvement qui ont eu lieu dans sa foulée : report de toutes les introductions en bourse, report de toutes les augmentations de capital, à commencer par celles envisagées par les entreprises surendettées pour renforcer leur solvabilité. C’est ainsi qu’ont réagi les autorités de Pékin.

    D’abord, en injectant de la monnaie directement vers les brokers à partir des guichets de la banque centrale, ensuite en faisant intervenir un organisme public de marché, le Chinese Finance Securities Corp, ensuite encore en mettant en action les banques commerciales d’Etat, pour un montant de plus de 200 milliards de dollars, enfin en interdisant toute vente durant six mois aux détenteurs d’au moins 5% des actions. Le caractère massif de l’intervention en dit long sur l’inquiétude du pouvoir de Pékin.

    Un mois après la baisse initiale, la perplexité s’est installée. Personne ne sait si la hausse de la cote obtenue grâce aux mesures publiques de soutien du marché va déboucher sur une stabilisation durable. Nous pouvons dire cependant que cette stabilisation sera considérée comme acquise si le mouvement d’introductions et d’augmentations de capital reprend.

    A la faveur de l’épisode, la Chine a cessé de produire l’image d’une puissance orgueilleuse, dominatrice et sûre d’elle-même. Paraphrasant la duchesse de Guermantes, on dira « La Chine s’inquiète ». Elle s’enracine sans doute dans le fait central du surendettement qui touche d’innombrables entreprises liées aux secteurs du logement et des infrastructures. Entre 2008 et 2014, l’endettement global des Chinois a rejoint des niveaux « occidentaux », passant de 140% à 250% du PIB. L’endettement nouveau s’est concentré dans les entreprises et les collectivités locales.

    L’énoncé du problème économique chinois est désormais le suivant : ou bien les autorités de Pékin parviennent à réduire graduellement la croissance, sans la casser, pour contenir la dette des entreprises ; ou bien ils acceptent une fuite en avant consistant à doper sans cesse l’économie du pays, pour repousser l’échéance d’un « crash landing » dont le krach boursier de juin n’aurait été qu’un signal précurseur.

    Il n’y a pas que la Grèce dans le monde, il y a aussi la Chine. 

     

    Jean-Luc Gréau - Causeur

    *Photo : Zhengyi Xie/REX Shutter/SIPA/Rex_Stocks_Soar_China_4900402B//1507101258

  • Du krach boursier chinois au chaos mondial

     

    Une analyse d'Yves de Kerdrel

    Ces justes réflexions d'Yves de Kerdrel confirment - à l'autre bout de l'échiquier politique, au moins théorique -  l'analyse alarmiste de Jacques Atali que nous avons publiée vendredi dernier. Kerdrel rappelle à juste titre que le Chinois est joueur et qu'il saura plus ou moins s'accommoder de ses pertes. Ce n'est pas là, en principe, la psychologie française ni européenne. Il pointe aussi les lourdes conséquences sociales et politiques, voire géostratégiques, qui peuvent résulter de cette situation. Nous dirons quant à nous qu'après avoir longtemps eu peur que la Chine s'éveille, les nations développées, dont la France, ont sans-doute été bien légères de placer tout à coup en elle, tant de confiance, de se faire sur elle tant d'illusions. L'idéologie libre-échangiste et ultralibérale de nos milieux politico-économiques, l'appétence très court termiste des dirigeants d'entreprise pour des profits industriels et commerciaux accrus par des importations à bas prix, l'illusion que la Chine pouvait devenir sans dommages l'atelier du monde, les délocalisations massives qui s'en sont suivies, et, peut-être, au fond des choses, une certaine lassitude envers le travail, la facilité consistant à le transférer, tout cela compose, face à la situation présente, un tableau que l'on ne peut observer sans beaucoup d'esprit critique. Les désillusions peuvent être très grandes et les conséquences très graves. Il serait à souhaiter que nos sociétés en reviennent en matière d'activité et d'espace écomiques à des notions plus sages et, en un sens, plus modestement réalistes.  LFAR               

     

    1038351-investisseurs-pas-confiance-retour-proche.jpgLe lecteur me pardonnera, je l'espère, de lui assombrir ces belles journées d'été. Au-delà du drame humain qui se joue à Tianjin, je voudrais livrer quelques réflexions sur les conséquences du krach boursier qui frappe l'ensemble des marchés chinois depuis le mois d'avril. En l'espace de quelques semaines, ce sont près de 4 000 milliards de dollars de valeur qui sont partis en fumée. Comme pour l'heure cette déroute boursière est circonscrite à la Chine, et que, de surcroît, le régime communiste abreuve la terre entière de communiqués lénifiants pour assurer que la situation est sous contrôle, personne n'y prête plus grande attention, surtout dans la torpeur de l'été. Pire que cela, certains groupes occidentaux continuent même d'investir massivement en Chine.

    La première conséquence de ce krach boursier est bien sûr pour les investisseurs. À commencer par les actionnaires individuels chinois. Ils sont estimés à 90 millions, appartenant pour l'essentiel à cette classe moyenne qui contribue à la croissance du pays. Une grosse partie de son épargne est désormais partie en fumée. Ce que le Chinois peut accepter, parce qu'il est joueur. En revanche la chute des marchés chinois va entraîner un effet-richesse à l'envers. C'est-à-dire que cette classe moyenne va beaucoup moins dépenser. Ce qui va évidemment affecter une grosse partie de l'industrie locale.

    Déjà les importations de matières premières, notamment le cuivre et le fer, sont au plus bas. Plusieurs usines commencent à tourner au ralenti. Et, bien que le régime communiste tente de camoufler les chiffres, il semblerait que jamais il n'y ait eu autant de chômeurs déclarés que depuis la fin du mois de juin. Cela se justifie aussi par la perte progressive de la compétitivité de la Chine. Un ouvrier chinois est désormais payé plus cher qu'un ouvrier hongrois. Et un ingénieur informaticien à Shanghaï coûte le même prix que son homologue américain. D'où d'importants mouvements de relocalisation qui se produisent depuis quelques mois. C'est ce qui explique que la Banque populaire de Chine a dévalué trois fois la monnaie chinoise, en une semaine, pour un montant total de 5 %. Un geste inédit depuis plus de vingt ans.

    Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour affirmer que ces dévaluations ne résoudront pas les problèmes économiques de la Chine. Le pays a épuisé son modèle de croissance par les exportations sur lequel il s'appuie depuis des décennies. En revanche, les dévaluations vont inévitablement accélérer les sorties de capitaux. De plus, ce changement de parité ne permettra pas d'endiguer la crise de surendettement de l'économie chinoise avec un taux estimé à 240 %, et la crise latente du système bancaire local qui a prêté sans compter aux entreprises chinoises quand le rythme de croissance était supérieur à 10 % et qui va devoir s'adapter d'ici un ou deux ans à un taux de croissance compris entre 3 et 4 %.

    De fait, les Chinois qui avaient accumulé d'importants bons du Trésor américain et même des titres en euros vont être amenés à les liquider dans les semaines qui viennent. Ils auraient d'ailleurs commencé à le faire. Ce qui explique le regain de volatilité sur les places occidentales. Le problème, c'est que ces ventes de panique vont venir interférer en septembre prochain avec le désir de la Réserve fédérale américaine de commencer à remonter ses taux. Dans ces conditions, nous pourrions connaître d'ici peu un véritable krach obligataire annonciateur d'un krach boursier de grande ampleur qui ramènera les actions américaines ou européennes aux niveaux de cours plus en phase avec un monde où il n'existe plus de locomotive économique après dix années de croissance mondiale tirée par la Chine.

    Mais au-delà de ces conséquences purement financières, il faut s'attendre à voir la Chine connaître ses premiers troubles sociaux de grande ampleur, dans la mesure où la croissance économique va ralentir très brutalement. Surtout, le président Xi Jinping, qui avait déclaré il y a moins de deux ans, lors de son accession au pouvoir, « vouloir renforcer le rôle du marché dans l'économie chinoise », risque de connaître des heures difficiles. Le mythe de l'infaillibilité du plénum du Parti communiste pourrait bien s'effondrer. Et dans ce cas, ce serait tout le régime chinois qui serait sur la sellette. Ce n'est peut-être pas un hasard si les Japonais, qui surveillent leurs voisins comme le lait sur le feu, ont commencé à se réarmer de manière inquiétante.

    Sept ans après le krach de l'affaire Lehmann, qui suivait de sept ans celui des valeurs Internet, qui suivait de sept ans le krach des pays d'Amérique du Sud, qui suivait de sept ans le gigantesque krach d'octobre 1987, la loi des cycles pourrait bien frapper à la porte de cette rentrée économique. Encore une crise que François Hollande n'aura pas vue venir !   

    Yves de Kerdrel  -  Figarovox