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Idées, débats... - Page 480

  • Une impressionnante évocation : Bouvines, 27 juillet 1214, par Pierre de Meuse (3)

    Il s'agit, en vérité, de bien davantage qu'un récit - quoique tout y soit décrit par le menu - et de bien davantage que d'une évocation. Mais, outre tout cela, d'une étude politique, militaire, historiographique de la bataille de Bouvines, dont la France commémore les 800 ans. Compte-tenu de son importance, nous publierons cette étude en trois parties, dont voici la troisième et dernière.  Signalons encore que ce texte est repris du numéro 36 de La nouvelle revue universelle (avril-mai-juin) - que nous recommandons de lire en totalité *. 

     

    AG DREUX 026.JPGLES LEÇONS D'UNE VICTOIRE

    Quelle leçon nous apporte aujourd'hui le souvenir de Bouvines ? D'abord la preuve de l'épigénèse dans l'Histoire, c'est-à-dire l'imprédictibilité des évènements. Les hommes qui décidèrent de l'issue de la bataille (Tristan, Montigny, des Barres, bien davantage que les sergents ou les milices communales) étaient des personnages de second plan, des chevaliers sans puissance, mais animés d'une volonté de fer. Montigny avait gagé son fief pour pouvoir s'acheter un cheval avant de suivre l'ost. Si Tristan avait été moins prompt à réagir ou à sacrifier sa vie, Philippe Auguste aurait été tué, les coalisés se seraient retrouvés à Paris, la France n'existerait peut-être que comme une hypothèse historique écartée par les faits, exactement comme la Suède impériale rêvée par Gustave-Adolphe ou la Bourgogne lotharingienne du grand-duc Charles. De plus, Jean sans Terre aurait réalisé son projet d'une France anglaise ; les gains de la victoire lui auraient permis d'échapper aux contraintes qui l'obligèrent à signer la Grande Charte, et la Grande-Bretagne n'aurait peut-être jamais connu le parlementarisme. Ni d'ailleurs la Réforme de Wyclif, due pour l'essentiel à l'emprise de la papauté sur la monarchie anglaise. Tout est possible, rien n'est écrit. Maxime terrifiante, mais aussi roborative, car génératrice d'énergie et de volonté.

    Un autre enseignement est la capacité des Français, à la condition qu'ils ne soient pas dégénérés, à agir admirablement lorsqu'ils sont bien commandés. Philippe Auguste n'était nullement sûr de la victoire, et sa retraite prudente devant des forces supérieures (pas autant qu'on I'a dit) résulte d'une appréciation lucide des faits. Cependant, à aucun moment il ne s'explique sur ses motivations, de sorte que lorsqu'il constate que le projet qu'il avait conçu est impraticable, il peut en changer sans susciter aucune incertitude de la part de ses subordonnés. Bien au contraire, les contemporains laissent entendre qu'il savait, et que c'est intentionnellement qu'il a entraîné derrière lui les poursuivants afin de mieux les prendre au piège. Tel est le résultat d'une autorité tranquille et incontestée. Le pouvoir, comme le dit Joseph de Maistre, est toujours solitaire et absolu dans son exercice.

    On peut aussi considérer les évènements de 1214 comme un exemple de situation assez rare, mais récurrente, dans laquelle la France n'a pas d'alliés et ne doit compter que sur ses seules forces. Dans ces momnts-là, le besoin principal est l'unité, une denrée qui fait malheureusement défaut à l'état naturel dans notre pays celtique, toujours prêt à se diviser en factions. À Bouvines, ce sont nos ennemis qui sont divisés et la France qui obéit à son pouvoir légitime incontesté. Car il ne suffit pas d'être un chef talentueux, et même génial, pour triompher dans l'adversité. Il faut aussi que la dévotion au pouvoir « aille de soi », selon l'expression de Burke. C'était le « charme séculaire de la monarchie » que d'offrir aux Français un civisme simple et digne, ne nécessitant pas de calcul ni de raisonnements, mais une simple acceptation des évidences. Ce charme, assemblé par les siècles, ne peut être retrouvé sans de dures épreuves surmontées. Notre avenir ne manquera pas d'épreuves, certes, mais nous aurons bien besoin des exemples donnés par les preux des temps engloutis pour y faire survivre la patrie déchue.

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    Gisant de Richard  Cœur de Lion, à l'abbaye de Fontevraud

    Enfin, le rappel de ces temps si différents du nôtre ne doit pas nous tromper. Les hommes de ce IIIe siècle semblent rudes et brutaux, ils pratiquent le pillage et le rançonnage, ils portent des surnoms dignes de soudards, et pourtant ils se complaisent à composer des poésies, comme Richard Cœur de Lion, grand poète occitan, ou Pierre Mauclerc ; ils trouvent la mort dans les tournois mais pratiquent en permanence l'hospitalité et le pardon. Après Bouvines, aucun des prisonniers, même soupçonné de félonie, ne sera exécuté, encore moins jugé comme les vaincus des guerres modernes. La brutalité du XIIIe siècle est douce au regard des violences d'aujourd'hui. 

     

    La nouvelle revue universelle, 7 rue Constance, 75018 PARIS - 4 numéros par an - Tarif : m Normal, 1 an, 70 €  m Soutien, 1 an 100 €  m Normal, 2 ans, 130 € m Réduit, 1 an (étudiants, chômeurs) 40 €. 

  • Une impressionnante évocation : Bouvines, 27 juillet 1214, par Pierre de Meuse (2)

    Il s'agit, en vérité, de bien davantage qu'un récit - quoique tout y soit décrit par le menu - et de bien davantage que d'une évocation. Mais, outre tout cela, d'une étude politique, militaire, historiographique de la bataille de Bouvines, dont la France commémore les 800 ans. Compte-tenu de son importance, nous publierons cette étude en trois parties, dont voici la deuxième. Signalons encore que ce texte est repris du numéro 36 de La nouvelle revue universelle (avril-mai-juin) - que nous recommandons de lire en totalité *.  

     

    AG DREUX 026.JPGUNE BATAILLE BIEN MENÉE, MAIS JUSQU'AU BOUT LE DESTIN HÉSITE

     

    La bataille de droite ouvre les hostilités. D'un côté le corps flamand, chevaliers et milices, sans compter les routiers, qui est le premier au contact, et que commande le comte Ferrand. Il se trouve face à face au corps du duc Eudes de Bourgogne, accompagné de la Bannière de Montmorency. C'est lui qui ouvre l'engagement avec une furieuse charge de cavalerie, qui fait fléchir la chevalerie flamande. Elle réagit tout de même tardivement par une attaque ciblée d'une douzaine de Flamands contre le duc de Bourgogne, qui est jeté à bas de son cheval. Le sort vacille à ce moment. Pourtant, la garde du duc réussit à le rallier et à le remettre en selle. Le voyant repartir au combat, les chevaliers flamands mollissent, s'enfuient en laissant leur comte blessé aux mains de trois chevaliers qui tiennent avec lui la perspective d'une somptueuse rançon. Routiers et milices d'Ypres et de Gand quittent le champ de bataille, comme ils le peuvent. On ne constate aucun ralliement par l'aile vaincue des autres corps de bataille coalisés. D'ailleurs, le déroulement de l'action n'en laisse pas le temps aux rescapés.

    En effet, le même scénario se produit sur la gauche mais inversé. C'est la chevalerie anglaise qui charge les chevaliers français. Les milices communales sont dans un premier temps bousculées, leurs lignes traversées par l'ennemi. Salisbury cherche à atteindre le pont sur la Marque, afin de bloquer toute retraite avant de repartir ravager les lignes françaises. Derrière lui sont les fantassins brabançons, commandés par Renaud de Dammartin. Ce sont les meilleurs soldats de pied de l'époque,  admirablement commandés et animés par un esprit de corps incomparable. Cependant, lorsqu'il arrive avec ses bandes, Guillaume Longue-Epée se heurte à Philippe de Dreux, l'évêque de Beauvais, que Philippe a chargé de lui barrer la route. La chevalerie anglaise est bloquée inopinément par la cavalerie lourde de l'évêque, qui résiste et contre-attaque avec son frère Robert. L'évêque ne peut tirer l'épée, en vertu du précepte évangélique. Qu'à cela ne tienne ! Il manie la masse d'armes avec force et compétence, et se fraie un chemin jusqu'à Salisbury qu'il gratifie de trois coups sur son heaume, l'aveuglant et l'assommant, de sorte qu'il est fait prisonnier. Désorganisée, l'ost anglaise laisse le champ de bataille en désordre. 

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  • Une impressionnante évocation : Bouvines, 27 juillet 1214, par Pierre de Meuse (1)

    Il s'agit, en vérité, de bien davantage qu'un récit - quoique tout y soit décrit par le menu - et de bien davantage que d'une évocation. Mais, outre tout cela, d'une étude politique, militaire, historiographique de la bataille de Bouvines, dont la France commémore les 800 ans. Compte-tenu de son importance, nous publierons cette étude en trois parties, dont voici la première. Signalons encore que ce texte est repris du numéro 36 de La nouvelle revue universelle (avril-mai-juin) - que nous recommandons de lire en totalité *.  

     

    AG DREUX 026.JPGLa France capétienne a bénéficié tout au long de son histoire, d'un avantage considérable : celui d'être le pays le plus peuplé d'Europe. Cette supériorité démographique, notre pays la conservera jusqu'au XIXème siècle, au cours duquel l'Angleterre et l'Allemagne la dépasseront lorsque les règles fiscales issues de la Révolution viendront briser le dynamisme familial issu de l'Ancien régime. Il est donc logique que les concurrents de la France n'aient pu envisager de la vaincre, lorsqu'elle était unie, que par une coalition. Il arrive que ces coalitions triomphent, comme à Waterloo, ou qu'elles échouent, comme à Denain. Dans tous les cas, c'est un grave danger pour la nation française. Il y a huit cents ans cette année que la première de ces grandes coalitions européennes fut formée, et qu'elle vint se disloquer à Bouvines. Voilà un anniversaire plein de sens, puisque depuis quelques années l'héritage français se trouve menacé de submersion. Il convient donc de se remémorer les circonstances de cet évènement capital, qui est la deuxième grande bataille livrée par les rois depuis la fondation de la dynastie.

    À l'origine de ce conflit, il y a, comme ce fut souvent le cas au cours des âges, l'hostilité de l'Angleterre et de Jean sans -Terre, son roi. Les motifs de cette hostilité sont patents : Philippe Auguste, roi intelligent et calculateur, a habilement su récupérer dans son Domaine royal la plus grande partie de ce que son père Louis VII (1120-1180) avait perdu à cause de la répudiation de son épouse Aliénor d'Aquitaine : pratiquement toute la partie ouest de la France, c'est-à-dire la moitié du royaume.  Normandie, Bretagne, Maine, Saintonge, Angoumois, etc... Philippe s'est appuyé avec diplomatie sur les dissensions familiales de la dynastie anglaise. D'abord entre Henri II Plantagenet et son fils cadet, Jean sans Terre, puis entre les deux frères Richard Cœur de Lion et le même Jean sans Terre, enfin sur les révoltes causées par la paillardise et le manque de qualités guerrières de ce roi Jean après la mort de Richard, tué au siège de Châlus en 1199. Jean, qui a succédé à son frère mort sans postérité légitime, décide donc de reconquérir ses territoires perdus. Il noue alors une coalition avec tous les ennemis potentiels du roi de France, le comte de Flandre Ferrand (qui est en fait portugais) et celui de Boulogne, le duc de Brabant ainsi que le titulaire du Saint Empire Romain Germanique, Otton IV de Brunswick, tous unis dans un désir commun d'en finir avec la puissance de la monarchie capétienne. Chacun reproche au roi de France, soit de lui avoir pris des villes ou des territoires, soit de soutenir ses ennemis. Il y a aussi la forte dépendance entre l'économie drapière flamande et l'Angleterre. Il faut préciser que Philippe soutient le pape Innocent III qui vient d'excommunier Otton, et ils soutiennent tous deux le petit-fils de Barberousse, Frédéric de Souabe, un Hohenstaufen, alors qu'Otton est un représentant de la dynastie concurrente des Welfes. L’excommunication est à l'époque un procédé de pouvoir, et n'a rien de doctrinal : les seuls conflits que le pape sanctionne sont des questions de fiefs non cédés, d'indemnité non réglées ou de dîmes arriérées.

     

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  • Du nouveau chez Glénat, des lectures pour cet été, ce dimanche ...

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    L'éditeur Glénat poursuit, avec un réel talent, sa série historique consacrée aux hommes et aux femmes qui ont marqué l'histoire de France et celle du monde. Après les deux premiers opus retraçant la vie de Vercingétorix et Philippe Le Bel, il s'attaque cette fois-ci à Charlemagne et Jean Jaurès.

    Fils de Pépin le Bref, petit-fils de Charles Martel - qui a donné son nom à la dynastie des Carolingiens -, Charlemagne conquiert sa couronne impériale de haute lutte grâce à un sens politique aigu, une foi inébranlable et le souci d'éduquer son peuple tant il a compris que le savoir était l'un des fondements essentiels du pouvoir et que ce savoir pouvait faire rayonner son royaume et sa personne. L'histoire commence par la conquête du royaume des Lombards dirigé par le roi Didier sous la protection duquel ses neveux se sont mis. Eux-mêmes n'ont pas renoncé à leur part d'héritage. Ils seront vite écartés. Charlemagne, qui tente d'unir ses territoires, souhaite également les étendre. Il échoue à prendre l'émirat de Cordoue et doit se contenter des Marches d'Espagne où il perd son fidèle comte Roland au col de Roncevaux. Il met la main sur le duché de Bavière, parvient à mettre la main sur le Trésor des Avars qu'il redistribue à ses fidèles et à l'Eglise dont il se veut le grand protecteur. Au fil de ses conquêtes, il pose les bases d'un royaume administré, fidèle, incorruptible et vertueux. Gare à celui qui déroge à la loi de l'Empereur sacré en la basilique Saint-Pierre de Rome le jour de Noël 800. Il pourrait lui en coûter la vie.

    Une fois de plus, on ne peut être que séduit par la qualité du scénario, des dessins et de la mise en scène de cette BD qui s'appuie sur l'expertise de professionnels irréprochables.  

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    La biographie de Jean Jaurès est tout aussi remarquable par sa vérité et sa précision historique. Tout commence par l'attentat de Sarajevo le 28 juin et se termine par la Une de l'Humanité du 1er août qui annonce l'assassinat de Jaurès la veille, par Raoul Vilain. Le lendemain de la mort de l'archiduc et de l'archiduchesse d'Autriche, Jaurès ne croit pas à la guerre. Il soutient mordicus que « tous les groupes financiers européens vont être obligés de s'engager dans une coopération pacifique », ne serait-ce que pour dominer les marchés mondiaux.

    Cette biographie dessinée est émaillée de quelques flash-back comme la rédaction de son ouvrage, lesPreuves (1898) à propos de l'affaire Dreyfus, les grèves de Carmaux en 1892, son élection à la députation (1885), la création de l'Humanité en 1904 ou son discours pour lutter contre la loi portant le service militaire de deux à trois ans (1913) etc. L'on y découvre un Jaurès avec l'idéal socialiste chevillé au corps, pacifiste mais aussi activiste, antibourgeois, souvent impuissant à fédérer les forces socialistes des autres belligérants, ainsi que ce qu'il appelait « l'intelligence du peuple » pour stopper une guerre devenue inéluctable.

    Charlemagne - Bruneau, Delmas, Lemercier et Bührer-Thierry - Editions Glénat - 56 pages - 14,50 euros.

    Jaurès - Morvan, Duclert, Macutay et Voulyzé - Editions Glénat - 56 pages - 14,50 euros.

    Préparé par C.S. - Politique Magazine - Le jeudi 17 juil. 2014

     

  • Retour à Baudelaire, toujours grâce à France Inter : il n'aimait pas la modernité; il n'aimait pas non plus la démocratie. Lisez ou écoutez

      

    par Antoine Compagnon, du lundi au vendredi à 7h55 

    L'émission du jeudi 24 juillet 2014

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     Bouton de lecture

    disponible jusqu’au 18/04/2017 07h54

     Baudelaire n’était pas un démocrate. En 1848, il s’enthousiasma pour la Révolution, parcourant les rues de Paris en s’écriant : « Il faut aller fusiller le général Aupick ! », son beau-père, qui commandait l’École polytechnique, mais il devait vite déchanter. Le coup d’État de 1851 le choqua, et surtout le plébiscite qui le légitima ensuite, et dont il disait qu’il l’avait « physiquement dépolitiqué ». Comme beaucoup d’intellectuels, il en conçut une profonde méfiance pour le suffrage universel, qui avait consacré un tyran.

    Dans Pauvre Belgique, il compare le suffrage universel à un face à face de l’homme avec lui-même : « (Rien de plus ridicule que de chercher la vérité dans le nombre.) / Le suffrage universel et les tables tournantes. / C’est l’homme cherchant la vérité dans l’homme (!!!) » (II, 903) Les tables tournantes et le suffrage universel, deux lubies de Victor Hugo, l’une rationnelle et l’autre irrationnelle, sont aussi absurdes l’une que l’autre, car elles méconnaissent la misère de l’homme, comme disait Pascal, et témoignent de son orgueil, de son narcissisme, de son illusion qu’il peut trouver la vérité tout seul.

    Dans un court poème en prose du Spleen de Paris, Le Miroir, la souveraineté populaire est tournée en dérision :

    Un homme épouvantable entre et se regarde dans la glace.

    Pourquoi vous regardez-vous au miroir, puisque vous ne pouvez vous y voir qu’avec déplaisir ? » L’homme épouvantable me répond : « — Monsieur, d’après les immortels principes de 89, tous les hommes sont égaux en droits ; donc je possède le droit de me mirer ; avec plaisir ou déplaisir, cela ne regarde que ma conscience.

    Au nom du bon sens, j’avais sans doute raison ; mais, au point de vue de la loi, il n’avait pas tort. 

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  • Dostoïevski : "la ténuité des racines qui unissent la République au sol français" ...

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    Décidément il existe chez tout républicain une conviction fort malheureuse, à savoir que le mot de « république » suffit à tout et qu’il n’y a qu’à dire que le pays est une République pour que son bonheur soit assuré de l’éternité. Tout ce qui arrive de fâcheux à la République, on l’attribue à des circonstances extérieures gênantes, à des prétendants, à des ennemis perfides. Pas une fois on ne songe à la ténuité des racines qui unissent la République au sol français. 

    Dostoïevski, Journal d'un écrivain, 1873

     

  • Détour par la littérature, avec Verlaine, pour donner de l'altitude à notre critique du Système

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    Un médiocre fait-divers (une Marianne insolite et obscène exposée puis retirée de la mairie de Quimper), un article amusé et sans grand intérêt d'une certaine Jany Leroy, dans Boulevard Voltaire, ont amené le site de l'Action française à rappeler ce sonnet de Verlaine, qui insulte Marianne dans des termes, en effet, fort gaillards, comme seul un poète y est autorisé. Terrible poème, anti-républicain à l'extrême. Le fait-divers médiocre a provoqué une redécouverte littéraire et poétique, voire politique, que nous avons quelque plaisir, avouons-le, à remettre sous les yeux de nos lecteurs. Lecteurs courageux de cet été d'où la poésie est plutôt absente. Nous y reviendrons en reparlant de Baudelaire, lui aussi, peu ami du régime sous lequel nous vivons, et peu ami de la modernité ...  

     

    Buste pour mairies

    Marianne est très vieille et court sur ses cent ans,
    Et comme dans sa fleur ce fut une gaillarde,
    Buvant, aimant, moulue aux nuits de corps de garde,
    La voici radoteuse, au poil rare, et sans dents.
     
    La bonne fille, après ce siècle d’accidents,
    A déchu dans l’horreur d’une immonde vieillarde
    Qui veut qu’on la reluque et non qu’on la regarde,
    Lasse, hélas ! d’hommes, mais prête comme au bon temps.
     
    Juvénal y perdrait son latin, Saint-Lazare
    Son appareil sans pair et son personnel rare,
    A guérir l’hystérique égorgeuse des Rois.
     
    Elle a tout, rogne, teigne… et le reste et la gale !
    Qu’on la pende pour voir un peu dinguer en croix
    Sa vie horizontale et sa mort verticale. 

     

    Paul Verlaine, sonnet, Invectives, Buste pour mairies (1881) 

     

  • Les 800 ans de la bataille de Bouvines, c'est aujourd'hui ! Joyeux anniversaire, la France ! par Georges Garnier-Rousseau, étudiant *

    L'on trouve, dans Boulevard Voltaire, - c'est la physionomie de ce site ami - des prises de position diverses, souvent, même, contradictoires; mais surtout de bonnes analyses, de saines réactions. Dont celle que nous publions ici : la bataille de Bouvines vue par Georges Garnier-Rousseau, étudiant. Nous reviendrons sur Bouvines, notamment au travers des contributions du prince Jean de France et de Pierre de Meuse que la Nouvelle Revue universelle vient de publier.    

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    Alors que l’on s’apprête à célébrer le centenaire de la grande boucherie qui fit tant de mal à l’Europe, ainsi que la victoire de l’Allemagne sur l’empereur (et je ne parle pas de la Coupe du monde), il me semble que passe un peu à la trappe un souvenir certes plus lointain, mais bien moins douloureux pour les Français qui, ces derniers temps, auraient bien besoin d’une ou deux vraies victoires à commémorer.

    Bouvines, 27 juillet 1214 (il y a de cela 800 ans), s’apprête à vivre le moment le plus intense qu’on ait vu dans les Flandres. Une coalition germano-anglo-flamande, au mépris de la trêve voulue le dimanche, marche en direction de l’armée du roi de France Philippe II Auguste. Il est vrai que les coalisés n’en sont plus à une première entorse aux règles. Leur chef, l’empereur germanique Otton, du Saint Empire romain, a été excommunié. Quant à Ferrand de Flandre, il a trahi son suzerain, le roi de France. C’est un ange comparé à Renaud de Dammartin, parjure et traitre multirécidiviste. Honte suprême, leur armée est composée, en plus de la noblesse flamande et germanique, de mercenaires brabançons et saxons. Troupes efficaces mais peu recommandables, voire plus ou moins illégales.

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    Violation des conventions de la guerre par les coalisés et excommunication du chef adverse, voilà qui fait de Philippe II le défenseur de la chrétienté et du pape. Par ailleurs, ses troupes comprennent deux ecclésiastiques renommés, dont l’évêque de Beauvais. Celui-ci, ne pouvant faire couler le sang de ses ennemis chrétiens, brisera leurs membres à la massue. Il capturera notamment Guillaume Longue-Épée, frère batard du roi d’Angleterre et chef du contingent anglais.

    Les coalisés, en supériorité numérique et dotés d’une puissante infanterie, imagineront un temps pouvoir obtenir la victoire : le centre français est enfoncé, le roi Philippe jeté au sol, puis sauvé de la mort in extremis par ses chevaliers qui, ameutant les soldats autour de leur souverain, déclenchent une contre-offensive alors même qu’Otton, l’empereur excommunié, manque d’être tué et doit fuir à pied, sa monture ayant reçu le coup fatal qui lui était destiné.

    Le centre coalisé est en outre fragilisé par l’effondrement de l’aile gauche, qui s’est enfuie à l’annonce de la capture de Ferrand de Flandre qui la dirigeait. Ne reste que l’aile droite qui, d’abord victorieuse aux prémices du combat, se retrouve encerclée du fait de la débâcle de ses alliés. Ses deux chefs, Guillaume Longue-Épée et Renaud de Dammartin, sont pris après de durs combats. La bataille est finie, la victoire est totale. Otton perd sa couronne, Renaud et Ferrand leur liberté, le roi Jean une part de son autorité sur ses barons…

    Voilà une bataille aux conséquences énormes, qui assoira la dynastie capétienne comme force dominante en Europe occidentale. Alors si, pour ses 100 ans, la Grande Guerre a droit à documentaires et commémorations, la bataille de Bouvines mérite bien un petit rappel de ses 800 ans. Joyeux anniversaire !

  • Réédition de La Politique de Pierre Boutang, l'analyse d'Axel Tisserand : le nationalisme comme éthique

    9782912833341.jpgEn rééditant La Politique, de Pierre Boutang, les éditions Les Provinciales ont rendu un service inappréciable à l’intelligence française en ces temps troublés où le souci politique même de l’homme — tel est le sous-titre de l’ouvrage — est remis en cause, notamment par ce monstre froid, l’Europe, qui veut, conformément au souhait saint-simonien, remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses.  

    Or ce remplacement, en niant la dimension fondamentale du citoyen, fait de l’homme même une chose — un risque que prennent naturellement nos belles démocraties au nom d’un humanisme et d’un universalisme dont l’instrumentalisation trahit l’objectif affiché. Comme le remarquait déjà le jeune Boutang — le livre est paru en 1948 —, «  l’humanisme éternel, auquel se réfèrent les plus honnêtes des “moralistes” comme Albert Camus, n’a d’autre tort que de rejeter la politique, au lieu de l’assumer et de la transformer. » Aujourd’hui nos moralistes ne sont plus honnêtes : leur cynisme technocratique leur sert d’éthique.

    Car ce livre se veut avant tout une réflexion sur la nature politique de l’homme, que le philosophe découvre dans la figure du père, une figure que la révolution attaquera dans celle du Roi, avant que notre époque contemporaine, brouillant les repères fondamentaux de la famille elle-même, ne l’attaque plus radicalement encore en s’en prenant à l’enfant lui-même, légalement devenu objet d’un désir indéfini, voire monstrueux, en même temps que le citoyen se voit dépouillé de toute réalité. « [L’autorité], où l’enfant la découvrirait-il sinon dans son père [...] A l’origine, l’idée du père (et elle seule) donne son sens et sa valeur vivante aux interdictions [...] La réflexion politique ne pouvait alors me trouver désarmé. [...] Qu’y avait-il dans l’enseignement officiel d’une démocratie, dont la fonction première eût dû être de former des citoyens, qui permît vraiment de choisir ? Mais la politique ne pouvait justement être pour moi affaire d’opinion ni de préférence. Une idée était venue mesurer toutes les autres. La métaphysique même, où je m’élançais joyeusement à l’entrée de la classe de philosophie, ne pouvait déterminer la politique : c’est, au contraire, la politique, pour autant qu’elle prolongeait ma réflexion sur le rapport au père, sur cette situation idéale et non-choisie, qui avait mesuré, limité, la métaphysique naturelle [...] Le nationalisme, dont je trouvais les lignes claires, dessinées dans l’œuvre de Charles Maurras, ne m’était pas une doctrine à laquelle je dusse adhérer de volonté : il était une éthique, une manière d’agir exprimant mon rapport à une communauté de naissance que je n’avais pas choisie, pas plus que je n’avais choisi mon père. »

    C’est sur cette figure, trois fois fondatrice — comme Créateur, père et Roi —, que dès lors Boutang fait reposer le paradoxe constitutif du souci politique de l’homme, qui « se trouve à la jonction de l’universalité et de la singularité empirique : l’homme naît dans une communauté qu’il n’a pas choisie. Cet événement contingent et relatif constitue pour lui un engagement nécessaire et absolu, [...] un absolu que consacre l’Eglise lorsqu’elle commande de rendre à César ce qui est à César. »

    Ecrit en un temps où se disputaient deux matérialismes dont Boutang récusait la fausse querelle — le marxisme et le libéralisme : le second est encore vivace ! —, ce livre majeur, comme le note Michaël Bar-Zvi dans sa postface, « nous raconte, comme dans un récit, ce que peut et doit être la politique dans la vie d’un homme, de sa naissance à sa mort ». Oui, plus encore qu’un traité, ce livre est un récit, qui fait sa part à la légitimité de l’être politique de l’homme non pas comme identité close, qu’il est toujours possible de travestir — c’est le mensonge démocratique au semble-citoyen des Etats modernes — mais comme totalité vivante et paradoxale, engagée dans l’histoire, une histoire où chacun doit faire son salut sans que celui-ci s’y réduise (c’est le mensonge du marxisme : quant au libéralisme, c’est l’idée même de salut qu’il récuse). Car c’est par l’histoire que «  l’homme n’est pas “jeté dans le monde” mais qu’il s’y reconnaît, y retrouve son sens par le soin qu’il accorde aux jardins, aux saisons et aux cités mortelles. »

    Ou quand la politique devient souci existentiel.

    Axel Tisserand

    L’AF 2890

    Pierre Boutang, La Politique, la politique considérée comme souci, avec une postface de Michaël Bar-Zvi, Les Provinciales, 2014, 160 pages, 15 euros. En vente à LA LIBRAIRIE DE FLORE

     

  • C'est aujourd'hui : notre second site, lafautearousseau, grands auteurs ou acteurs de l'Histoire

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    Comme nous l'avons annoncé le 17 juillet dernier, nous inaugurons aujourd'hui le nouveau site Lafautearousseau grands auteurs ou acteurs de l'Histoire.

    En effet, depuis un peu plus d'un mois, nous avons pris l'initiative de mettre en ligne, chaque semaine, ordinairement le vendredi, une courte réflexion, en prose ou parfois, aussi, en vers, de grands auteurs ou acteurs de l'Histoire, réfléchissant sur notre temps, s'inquiétant de l'avenir, analysant le passé et le présent ou rappelant une vérité de tous les temps.

    Nous avons souhaité que ces textes ne soient pas empruntés aux auteurs que nous citons le plus souvent, dont nous pouvons dire, au sens de Georges Steiner, qu'ils sont nos maîtres. Sauf exception, vous n'y trouverez donc pas de textes de Maurras, Bainville, Daudet ou Thibon, si souvent présents dans nos écrits et dans nos pensées. 

    Nous nous réfèrerons plutôt à d'autres influences, d'autres grandes figures, françaises ou non, proches de nous ou pas, qui sur une question importante déterminée, pensent ou ont pensé comme nous, élargissent notre horizon et nous enrichissent. Et comme nous n'avons pas voulu qu'au fil des mois, ces notes s'enfouissent et se perdent dans les fonds d'archives de lafautearousseau quotidien, nous les regroupons dans ce second site, en lien avec ce blog. Vous pourrez toujours les consulter, y réfléchir, les utiliser.

    L'ouverture de ce nouveau site ? C'est aujourd'hui. Vous pourrez désormais y accéder en cliquant sur l'icône qui le figure (colonne de gauche, partie haute) et sa lettre de diffusion sera adressée tous les deux jours aux abonnés, en alternance avec celle de Lafautearousseau quotidien. Les deux blogs sont en lien et synergie; vous pourrez très simplement passer de l'un à l'autre. Bonne lecture ! 

     

  • C'est avec peine que nous apprenons le décès d'Hervé Bainville, fils de Jacques Bainville

    hervé bainville.jpgMme Hervé Bainville, née Vera Simoes, son épouse,
    M. et Mme Jacques Bainville, M. Charles-Henry Bainville et Mlle Marie-Josée de Guerre, ses enfants, M. et Mme Brent Kelsey, M. et Mme Nicolas Verlé, M. et Mme Lionel de Posson, ses petits-enfants, Maxfield, Eloïse, Marc, Achille et Julien, ses arrière-petits-enfants,
    ont la tristesse de faire part du rappel à Dieu de
    M. Hervé BAINVILLE
    à Rio de Janeiro, le 17 juin 2014, dans sa 93 e année.
    La cérémonie religieuse et l'inhumation ont eu lieu à Rio de Janeiro.

    Lafautearousseau, où le souvenir de Jacques Bainville est si souvent évoqué, exprime à Madame Hervé Bainville, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, ses condoléances attristées.

     

  • Quand Patrick Cohen, Bernard Guetta et Thomas Legrand sont en vacances, un été avec Baudelaire, sur France Inter : ce qu'il pense de l'idée de progrès

      

    par Antoine Compagnon, du lundi au vendredi à 7h55 

    l'émission du vendredi 18 juillet 2014

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    L'idée de progrès 

    Bouton de lecture     (ré)écouter cette émission

    disponible jusqu’au 12/04/2017 07h54 

    Baudelaire n'a pas aimé son époque, caractérisée à ses yeux par la croyance dans le progrès, technique, social, moral, artistique.

    « Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l’enfer. — Je veux parler de l’idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance ; la liberté s’évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l’histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l’amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s’endormiront sur l’oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d’une décadence déjà trop visible. » (II, 580)

     

    Baudelaire lance cette diatribe contre l’idéologie du progrès à l’occasion de l’Exposition universelle de 1855, grande fête organisée par le régime impérial pour célébrer sa modernité, quelques années après l’Exposition de Londres, qui avait inauguré cette mode en 1851. Il forge d’ironiques alliances de termes pour saisir le progrès dans sa contradiction, « lanterne moderne » et « fanal obscur », c’est-à-dire lanterne peu magique et qui « jette des ténèbres ». 

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  • Tsargrad ? Le Puy du Fou s'exporte au pays des tsars, Hélène Carrère d'Encausse répond aux questions du Figaro

    puydufou.jpgLe parc d'attractions vendéen vient de signer un accord avec un investisseur russe pour décliner son modèle. Stargrad doit ouvrir en 2017, près de Moscou.  

     

    Les Russes sont en train de redécouvrir leur histoire et leur passé

    Historienne spécialiste de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse*, élue à l'Académie française en 1990, a publié de très nombreux ouvrages, dont Les Romanov, crimes et châtiments, aux Éditions Fayard {20x3). 

    Que pourrait-on présenter et représenter dans ce futur Tsargrad ?

    Ce parc d'attractions historiques est une idée géniale. L’histoire russe possède tous les ingrédients pour faire des grands spectacles destinés à un large public. Il y a Ivan le Terrible, bien entendu, ses excès, sa folie, l’épopée des Romanov, avec leur part de grandeur, mais aussi de cruauté, On peut montrer l'Église orthodoxe fastueuse, puissante et proche du pouvoir. Le passé russe recèle des récits d'imposteurs qui sont formidables à raconter. Nulle part ailleurs, on trouve une histoire aussi éclatante, qui a des répercussions bien au-delà du pays. Elle ne s'arrête d’ailleurs jamais. En récupérant la Crimée, les Russes viennent d'en ouvrir une nouvelle page. 

    Comment, dans un pare destiné à un public familial, aborder le XXe siècle et l'ère soviétique ?

    C'est aux organisateurs de trouver une manière de le faire, par un biais ou un autre, Ils y semblent prêts. Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi, la Fédération de Russie n'avait pas effacé cette page d'histoire et l'avait évoquée. Comme biens d'autres épisodes. 

    Ce parc pourrait-il connaître un véritable engouement ?

    Les Russes sont en train d’opérer un immense retour vers le passé, lls redécouvrent l'histoire, leur histoire. Et ils en éprouvent désormais une certaine fierté. Je dirais même qu’ils sont devenus fous d'histoire. Ils ont opéré, il y a dix ans, une réflexion sur le contenu des manuels scolaires et la manière d'enseigner cette discipline, En France, on ne sait plus la transmettre, Là-bas, ils le font désormais vraiment, avec passion. Leurs manuels ressemblent à ceux de Malet et Isaac qu’on étudiait autrefois. Donc, si ce parc est bien conçu et bien pensé, et s'ils réussissent à écrire une fresque à la Tolstoï, je suis sûre que cela aura un écho formidable auprès du public. Au passage, cela ne m’étonne pas que les Russes se soient tournés vers le Puy du Fou, situé sur une terre particulière, pour les aider à monter ce projet. Alexandre Soljenitsyne avait déjà glorifié les guerres de Vendée.

     

    * Secrétaire perpétuelle de l'Académie française

     

  • Qui sont ces aveugles, cette Cité de somnambules, selon Goya et Baudelaire ? Et que Jean-François Mattéi a évoqués dans Le Regard vide ?

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    Eau-forte de Goya, No saben el camino

     

    Les aveugles

    Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !
    Pareils aux mannequins, vaguement ridicules ;
    Terribles, singuliers comme les somnambules,
    Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.

    Leurs yeux, d'où la divine étincelle est partie,
    Comme s'ils regardaient au loin, restent levés
    Au ciel ; on ne les voit jamais vers les pavés
    Pencher rêveusement leur tête appesantie.

    Ils traversent ainsi le noir illimité,
    Ce frère du silence éternel. Ô cité !
    Pendant qu'autour de nous tu chantes, ris et beugles,

    Eprise du plaisir jusqu'à l'atrocité,
    Vois, je me traîne aussi ! mais, plus qu'eux hébété,
    Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

     

    Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal 

     

  • La langue française est le service public de la liberté d’expression et de la liberté de penser. Pourquoi l’exclure de plus en plus de la cité ?

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    Communiqué    

    Notre association, l’Asselaf (Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française) souhaite vous faire connaître, si ce n’était pas déjà le cas, la revue Lettre(s) qu’elle édite.

    Cette revue pose sans complaisance la question du maintien, y compris en France même, d’un français de qualité comme langue de la cité et alerte les francophones pour que des « élites » mondialisées n’abandonnent pas, au profit de l’anglo-américain, la langue française, qui est notre premier lien social et la seule voie d’accès au débat public dans notre pays et dans les pays francophones.

    Voici donc en fichier joint quelques précédents numéros afin que vous puissiez faire connaissance avec nous et, si le coeur vous en dit, relayer notre action.

    Nous espérons que vous trouverez plaisir et intérêt à être de nos lecteurs et amis. 

    Philippe Loubière
    rédacteur en chef de Lettre(s)
    22, rue François-Miron, 75004 Paris
    asselaf@asselaf.fr  -  www.asselaf.fr
     

    Lettres_46.pdf  -  Lettres_47.pdf

    Lettres_48.pdf  -  Lettres_49.pdf