La mission de la Croix-Rouge, par Gérard Leclerc.
J’abordais hier la question épineuse d’un conflit de devoirs entre Realpolitik et urgence humanitaire. C’était à propos du chantage de la Turquie pressant une foule de réfugiés aux frontières de l’Europe. Je me contentais d’exposer les termes d’un dilemme, sans apporter de véritable réponse. On serait fondé à me le reprocher si je donnais le sentiment d’une impossibilité pratique. Face à l’inéluctable, au rapport de forces, il n’y aurait aucune échappatoire. En l’espèce, il faudrait se résoudre à abandonner ces pauvres gens, livrés à la cruauté d’une situation sans remèdes immédiats. Mais alors, le pape parlerait en leur faveur dans le vide, en pur idéaliste n’exprimant que des vœux pieux ? Il se trouve que l’éditorialiste du Monde aborde après moi cette même difficulté, dont il ne fait pas une aporie, c’est-à-dire un problème sans issue : « Plutôt que de céder à une quelconque panique, écrit-il, l’Union européenne doit faire montre à la fois de solidarité, de fermeté, de réalisme et d’humanité. »
