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Actualité Monde - Page 105

  • DÉFENSE : D'INQUIÉTANTES NOMINATIONS

     

    PAR MATHIEU ÉPINAY

    Il se passe des choses très inquiétantes à Washington », écrivait, fin janvier, Dominique Merchet de L'Opinion où il tient le blog « Secret Défense » encore assez lu dans les Armées.

    Dans une courte vidéo, avec la mine grave et le ton angoissé qui conviendraient à l'annonce d'une guerre nucléaire, Merchet nous alerte du pire. Trump a nommé Steve Bannon au conseil de sécurité nationale : un « idéologue d'extrême droite » dont « la qualification pour occuper le poste est égale à zéro ». C'est « comme si Sarkozy avait nommé Buisson au conseil national du renseignement », poursuit-il. Nous voilà rassurés.

    L'Opinion, de Nicolas Beytout, c'est Bernard Arnaud, les Bettancourt et « quelques autres mililardaires », indique Mediapart. La rumeur signale Pierre Bergé et Xavier Niel qui démentent. Quoi qu'il en soit, L'Opinion est bien de cette presse au service de « l'Argent » qui n'en finit plus de s'étrangler depuis l'élection de Trump.

    On lira ailleurs que Steve Bannon est un « idéologue très structuré » avec une « immense culture » et une capacité reconnue à « écouter, absorber et tirer des conclusions stratégiques ». Il dit de l'establishement : « Ces gens nous haïssent mais nous avons le peuple, c'est le pays légal contre le pays réel et moi je suis avec le pays réel ». À un responsable français : « Nous sommes à la fin des Lumières, vous avez lu Maurras ? » Steve Bannon a probablement lu L'avenir de l'intelligence...

    Un peu plus tôt, Merchet avait déjà perdu son sang-froid à l'occasion de la nomination du général Mattis au poste de secrétaire à la Défense. Sans nier les éminentes et incontestables qualités de cet ancien des Marines aux allures de général Patton, il n'avait pu s'empêcher de signaler « ses propos d'adjudant-chef qui ont toujours du succès dans les casernes, moins dans les cercles diplomatiques ». Les adjudants-chefs qui lisent Secret Défense apprécieront. Ce mépris des cadres de maîtrise militaires, dont les colonels savent bien le rôle primordial, est emblématique.

    Le général Flynn, ancien patron du renseignement, avait rallié Trump après avoir été mis à la retraite. Controversé dans l'armée, il se disait victime politique d'Obama. Sa nomination par Trump au conseil de sécurité a inquiété L'Opinion : « Un dingue », selon le général français que cite Merchet, ajoutant qu'il « n'est pas le plus brillant des intellectuels » et fustigeant ses « jugements sans nuances » sur l'Islam. Pire, Flynn est partisan d'un rapprochement avec la Russie. Une cible idéale pour l'establishment. Il a été contraint de démissionner.

    La CIA a des comptes à régler avec Trump qui s'en méfie au point de l'avoir sortie du conseil de sécurité nationale. Elle a livré au Washington Post un entretien téléphonique où Flynn, avant l'investiture de Trump, aurait rassuré l'ambassadeur russe sur l'expulsion de ses diplomates par Obama qui les accusait de cyber-attaques contre Clinton. Cet entretien est inutile, il n'apprend rien aux Russes ; d'un professionnel du renseignement qui devrait se douter qu'on l'écoute, c'est une faute, mais une aubaine pour ceux qui veulent gêner Trump sur le dossier russe. Autre faute de Flynn, il nie avoir tenu ces propos au vice-président Pence, mis ainsi en difficulté devant la presse. Merchet peut être rassuré, Flynn n'aura pas duré 3 semaines au conseil de sécurité nationale d'où Trump l'a viré.

    À Paris, tout cela donne des idées à Emmanuel Macron, candidat de l'Argent, qui s'invente une théorie du complot russe par cyber-attaques contre sa candidature. Mais attention monsieur Macron, malgré le zèle de la CIA, la ficelle, un peu grosse, n'a pas réussi à madame Clinton.

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  • Histoire & Monde • Vers une réhabilitation des Pahlavi ?

    L'impératrice Farah et Andy Warhol 

    Par Péroncel-Hugoz

    Près de 40 ans après la Révolution iranienne, notre confrère revient sur la politique d’ouverture culturelle de l’Iran jadis et essaie de décrypter des signes actuels de réouverture.

     

    peroncel-hugoz 2.jpgDes années avant que le mouvement des mollahs ne chasse d’Iran la dynastie nationale des Pahlavi, le roi Hassan II avait conseillé au chah Mohamed-Réza de ménager traditions et susceptibilités musulmanes dans sa vaste entreprise de modernisation de l’Empire perse islamisé. 

    Le monarque iranien, l’épée dans les reins tenue par des « progressistes » du monde entier, en fait des marxistes poussés par les Soviétiques, n’en continue pas moins sa fuite réformatrice  en avant, allant, au nom de sa « Révolution blanche » jusqu’à soumettre à la réforme agraire les immenses propriétés du clergé chiite iranien. Dès lors le chah ne sortirait plus que broyé, avec son régime modernisateur, de sa confrontation avec l’ayatollah Khomeiny, intraitable religieux originaire des Indes. 

    Occidentalisation ?

    Parmi les reproches adressés par les mollahs aux Pahlavi, figurait au premier rang leur « tentative d’occidentalisation du peuple musulman de l’Iran », et de citer «l es sommes fabuleuses données à l’impératrice Farah par le chah pour l’achat de tableaux impies en Occident ».

    En effet, Mohamed-Réza avait chargé son épouse de constituer une collection d’Etat d’œuvres d’art moderne du monde entier, Iran compris. La chahbanou avait été initiée à la culture universelle lors de ses études d’architecture à Paris, avant ses fiançailles inattendues avec le chahinchah, comme on disait alors.

    Au cours de la décennie 1970, en particulier, période qui devait se terminer par la Révolution islamique, ce fut, de la part de l’impératrice et de ses conseillers artistiques, une véritable frénésie d’achats. Je citerai en vrac Van Gogh, Picasso, Faridah Lachaï, Hopper, Magritte, Pollock, Bacon, Moore, Calder, Miro, Léger, Rouault, Derain, Monet, Ensor, Vuillard, Giacometti, Gauguin, etc., etc. Un ensemble unique dans les pays du Sud.

    Le président Rafsandjani

    Une collection estimée aujourd’hui à 2 ou 3 milliards d’euros et qui, après le départ forcé des Pahlahi en 1979 (pour un exil en Egypte puis au Maroc, enfin aux Amériques et en France), ne fut pas détruite mais cachée.

    Lorsque je fus reçu par le président Rafsandjani après la mort de Khomeiny, pour un entretien publié dans Le Monde, j’osai demander à ce haut dignitaire politico-religieux la faveur exceptionnelle de voir la fameuse collection. Non seulement cela me fut accordé mais en plus les autorités iraniennes me firent voir jusqu’aux appartements privés des Majestés impériales déchues, avec les uniformes du chah et les manteaux de l’impératrice laissés dans les penderies…

    De Boucher à Bacon

    Parmi les tableaux je notai un Boucher très nu, très coquin ayant appartenu, selon mon guide, à la mère du chah, alors exilée en Californie et aussi un Francis Bacon, de la collection d’Etat, figurant un homme nu se contorsionnant…  Si le Boucher n’a pas réapparu lors de la réouverture du Musée d’Art moderne de Téhéran, conçu jadis sur les instructions de Farah, en revanche, à ma grande surprise, j’ai pu voir sur internet que le nu de Bacon était bien actuellement montré aux Iraniens et aux étrangers à Téhéran. Il y a quelque chose de changé dans la République des mollahs et des pasdarans…

    La « collection Farah »

    Jusqu’où cela ira-t-il ? Jusqu’à une réhabilitation au moins culturelle des Pahlavi ? Pas tout de suite sans doute mais il y a des prémices sous nos yeux : des échanges provisoires d’œuvres d’art de la sulfureuse « collection Farah » ont lieu ou vont avoir lieu avec l’Allemagne, la France, etc.

    Un membre de la famille Khomeiny, qui avait rencontré un Pahlavi à l’étranger, a seulement été assigné à résidence à son retour au pays. Tout récemment, une manifestation royaliste en Iran, près du mausolée de Cyrus le Grand, empereur perse avant l’Islam, que les Pahlavi érigèrent en modèle, a été dispersée sans poigne excessive.

    Le portrait de la chahbanou qu’elle avait commandé à Andy Warhol n’est évidemment pas encore montré sur les cimaises téhéranaises… mais les portraits de Mao l’athée ou de Marilyn Monroe la scandaleuse ont, en revanche parait-il, été tirés du placard où ils étaient remisés depuis la Révolution et les Iraniens peuvent voir derechef ces exemples de l’« art décadent de l’Ouest »… Soit 60 œuvres des 300 du « Fonds Pahlavi ». 

    Attendons la suite. Une élection présidentielle aura lieu ce printemps en Iran. 

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le360 du 31.03.2017

  • Que de monde sur le front nord syrien !

    Antalya : Sommet russo-turco-américain sur la Syrie 

     

    Par Antoine de Lacoste

     

    antoine_de_lacoste.pngIl y a quelques semaines nous nous interrogions sur le fait de savoir qui entrerait le premier dans Al Bab entre l'armée turque et l'armée syrienne. Un compromis a été trouvé sous le contrôle de la Russie et ce sont donc les Turcs qui ont libéré cette ville de l'Etat islamique (non sans mal d'ailleurs malgré le peu de combattants islamistes restés sur place).

    L'armée syrienne a dû laisser faire à la demande de Moscou qui ne voulait surtout pas voir les deux armées s'affronter. En revanche, les Syriens se sont positionnés juste au sud de la ville, sur la route de Raqqa, capitale de Daech. Le but est d'empêcher l'armée turque de s'aventurer plus loin en Syrie, ce dont Damas ne veut évidemment pas. La situation est très tendue, d'autant que les Turcs sont accompagnés de rebelles syriens à leur solde. Damas enrage de voir ces islamistes devenus pro turcs par nécessité se pavaner dans les rue d'Al Bab sans pouvoir intervenir.

    Mais même si Erdogan exige des Russes de participer à la future bataille de Raqqa, prévue d'ici quelques semaines, son principal souci n'est pas là. En effet, on se rappelle que si l'entrée de l'armée turque en Syrie avait pour prétexte de lutter contre l'Etat islamique, en réalité ce sont surtout les Kurdes qui étaient visés. Ankara ne veut pas d'un territoire autonome kurde dans le nord de la Syrie et a donc installé son armée de la frontière à Al Bab, empêchant ainsi les deux territoires kurdes à l'est et à l'ouest de faire leur jonction.

    Le nouvel enjeu crucial pour Erdogan est la ville de Manbij, tenue par les Kurdes et qui se situe à quelques dizaines de kilomètres au nord-est d'Al Bab. Pour éviter un assaut turc qui semblait tenter le sultan d'Ankara, les Kurdes ont solennellement remis une vingtaine de villages à l'armée syrienne tout en conservant le contrôle de Manbij, principale ville de la région.

    Il est évident qu'Erdogan ne peut pas donner l'ordre d'attaquer frontalement l'armée syrienne au risque de voir les Russes intervenir directement.

    Mais au-delà de cet accord kurdo-syrien, qui marque tout de même une évolution intéressante, l'enjeu de Manbij permet aux Américains de revenir au premier plan.

    Actif soutien des Kurdes depuis le début du conflit, les Américains leur ont adjoint quelques milliers de rebelles syriens, soi-disant non islamistes, armés et entraînés par eux. Plusieurs dizaines de membres des forces spéciales américaines sont présents depuis des mois dans la région pour accomplir cette tâche. On dit aussi que quelques militaires français sont sur place...

    Sous leur contrôle, cette force kurdo-rebelles syriens, appelée FDS (Front Démocratique Syrien, on a le droit de sourire...), progresse au sud vers Raqua que Washington aimerait voir libérer par cette coalition à sa solde, empêchant ainsi Damas de reconquérir son territoire. Pour bien marquer leurs intentions, les Américains viennent d'envoyer 400 hommes supplémentaires à Manbij. Les choses avancent d'ailleurs assez rapidement et la route reliant Raqqa à Deir ez Zor a été coupée, isolant donc la capitale de l'Etat islamique.

    Bachar a qualifié ce renforcement des effectifs américains d'invasion (il est vrai que contrairement aux Russes, il ne leur a rien demandé) mais on se doute que Washington n'en a cure.

    Pour prévenir tout risque de dérapage, une réunion vient de se tenir à Antalya, en Turquie, réunissant de hauts gradés russes, turcs et américains. Parallèlement Erdogan et Poutine se sont rencontrés et nous verrons probablement dans les prochains jours ce qui a été décidé.

    La grande confusion qui règne sur ce front nord permet d'envisager toutes les hypothèses pour la suite des opérations.

    Une chose importante semble toutefois se dessiner, c'est que Trump s'intéresse davantage à la Syrie qu'Obama et, compte tenu des options américaines habituelles dans cette région, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle. 

  • Printemps à Baden

    G20 à Baden-Baden - Lichtentaler Allee

     

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

     

    Moins de trente ans après la disparition de l’empire soviétique, ce qui reste du bloc occidental est peut-être en train d’imploser. Il aura suffi que M. Trump, par l’entremise de son représentant au dernier G20 réuni à Baden-Baden, s’oppose à ce que soient réitérées conjointement l’opposition à « toute forme de protectionnisme » et la sacro-sainte profession de foi libre-échangiste et multilatéraliste. M. Sapin, croyant peut-être faire un bon mot mais surtout assuré de ne pas participer au prochain G20, a parlé de « désaccords […] entre un pays et tous les autres » - feignant ainsi d’oublier que le « pays » en question reste quand même la première puissance mondiale, tout à fait capable d’imposer la plupart de ses vues. M. Sapin eût donc  été mieux inspiré de profiter de l’occasion pour en appeler à un commerce plus « juste », en l’occurrence un commerce dont les règles ne joueraient pas à sens unique en faveur de certains dont nous ne sommes pas.

     

    P170316-06-770x470.jpgSon pays non plus pour M. Trump qui rappelle que « les échanges internationaux sont un jeu à somme nulle dont les Etats-Unis ont été les grands perdants ». Le grand gagnant en Europe est l’Allemagne, les autres pays de l’Union étant bien incapables de faire autrement que de suivre, y compris à leur détriment. M. Perri, ancien journaliste devenu chef d’entreprise, répète volontiers que, tout étant affaire de bonne gestion, il est bien naturel que les excédents allemands ne cessent de s’accroître. Raisonnement d’économiste pour qui le facteur humain reste secondaire.

     

    Rappelons à M. Perri que la France n’est pas l’Allemagne et que les Français ne sont pas des Allemands : à chacun son tempérament et ses atouts. Il serait plus vrai de dire que l’U.E., parce qu’elle est historiquement et essentiellement fondée sur l’économie, le commerce, la monnaie, profite à une Allemagne laborieuse, tirée du néant après 1945 par les Etats-Unis qui en ont fait, notamment avec le dogme du libre-échange, leur plus fervent soutien et leur allié inconditionnel. On comprend bien, dès lors, pourquoi Mme Merkel affichait une mine si déconfite lors de son entretien à Washington avec M. Trump,  rencontre qualifiée de « glaciale » entre la femme de foi et l’entrepreneur pragmatique.

     

    Dans l’intérêt de la France, ni libre-échangisme ni protectionnisme ne devraient constituer une position de principe. C’est affaire de nécessité, d’opportunité et de choix politique. En l’état actuel, nul besoin d’être un grand spécialiste pour se convaincre que des pans entiers de notre tissu industriel et agricole ont été victimes d’une mondialisation sauvage dont il est impératif de nous protéger pour simplement continuer d’exister. Il n’est sans doute pas trop tard pour revitaliser les grands secteurs de notre économie, au prix bien évidemment de mesures protectrices susceptibles d’entraîner, pour un temps difficile à évaluer, une diminution conjuguée de nos importations et de nos exportations. Ce serait en tout cas profiter au mieux de la nouvelle donne économique voulue par les Etats-Unis de M. Trump. 

     

  • Google, ou la révolution transhumaniste via le Big Data

     

    Par Eric Delbecque           

    A l'occasion de la sortie du livre de Christine Kerdellant Dans la Google du loup, Éric Delbecque décrypte dans cette tribune [Figarovox, 13.03], le projet de « fusion » entre le vivant et le digital porté par le géant de l'informatique américain. Ne nous y trompons pas : l'entreprise est - volens nolens - une révolution anthropologique menée par ce qu'Eric Delbecque nomme à juste titre un capitalisme sauvage darwinien et froid qui pourrait se révéler terriblement destructeur.  LFAR 

    Christine Kerdellant a relevé un beau défi Dans la Google du loup (Plon)! Elle met le doigt là où Google pose véritablement problème, à savoir sur la révolution anthropologique du transhumanisme… Pour ce qui concerne sa participation à la société de surveillance globale que fabriquent un certain nombre d'acteurs publics et privés, l'affaire est entendue depuis des années… Sous l'administration Obama, les dirigeants de Google se rendirent à la Maison-Blanche 230 fois! Ils confirmèrent en 2013 que les agences gouvernementales de l'Oncle Sam les sollicitaient annuellement - dans le cadre du Patriot Act - pour surveiller 1000 à 2000 comptes. En janvier 2015, la firme vedette du Web a reconnu avoir fourni au Ministère de la Justice américain l'intégralité des comptes Google de trois membres de Wikileaks.

    Il paraît dès lors compliqué de penser qu'une idéologie sécuritaire explique à elle seule l'extension de l'ombre de Big Brother sur le monde. Les géants du numérique du secteur privé (les GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple) participent largement à la manœuvre, plus ou moins volontairement (pas pour des raisons politiques, mais économiques). Nous assistons à l'émergence d'une société de surveillance de masse dont l'État n'est pas le centre mais l'un des maillons. Sa stratégie en matière de renseignement doit se lire comme un fragment d'un système cybernétique (au sens de science du contrôle) beaucoup plus vaste, où le capitalisme financier californien et numérique occupe une place décisive. Séparer ce dernier du complexe militaro-sécuritaro-industriel de l'Oncle Sam devient de plus en plus difficile, voire hasardeux.

    L'intérêt plus décisif du livre de Christine Kerdellant est ailleurs. Il explore de manière très accessible et percutante le cœur du projet Google, ou plutôt sa signification philosophique profonde. Derrière les joyeux Geeks de la Silicon Valley s'exprime la volonté de réifier l'humanité, de l'enchaîner à une raison calculante. Cette dernière va nous émanciper nous répète-t-on, nous libérer - via le Big Data - des limites de notre condition, nous délivrer de la mort et transformer notre existence en un jardin de fleurs. Mais lorsqu'on choisit d'examiner de plus près les conséquences des propositions de Google, on découvre une perspective d'avenir moins réjouissante.

    En réalité, c'est l'infiltration du capitalisme sauvage, darwinien et froid comme l'acier qui se laisse apercevoir dans le dessein clairement transhumaniste de Google. Derrière le slogan de « l'homme augmenté », on discerne une posthumanité clivée entre une hyperclasse, capable de se payer l'immortalité (la filiale du géant de Mountain View, Calico, veut « tuer la mort ») et la « surhumanité », et le reste de la population mondiale, qualifiable de « chimpanzés du futur » pour reprendre la formule du cybernéticien britannique Kevin Warwick.

    Tout cela est alimenté par le storytelling sur la « singularité » technologique (ou simplement la singularité). Ce dernier est un concept se définissant de la manière suivante : à partir d'un certain point de son évolution, la civilisation humaine pourrait franchir un seuil conduisant à une accélération inédite de la dynamique technologique. De nombreux spécialistes pensent que ce bond est lié à l'intelligence artificielle. Une fois cette étape franchie, le progrès sera l'œuvre d'intelligences artificielles en constante progression autonome. Un film a matérialisé cette abstraction : Transcendance, de Wally Pfister (2014), avec Johnny Depp. Ce dernier y incarne un scientifique génial spécialisé sur l'intelligence artificielle. Mais une organisation extrémiste, le RIFT (groupe révolutionnaire d'indépendance vis-à-vis de la technologie), tire sur lui avec une balle radioactive, qui ne lui laisse pas plus d'un mois à vivre. Pour survivre, il choisit de télécharger sa conscience dans un ordinateur.

    La singularité induirait des changements tels sur la société que l'individu humain d'avant la singularité pourrait difficilement les appréhender ou les anticiper. Les hommes risqueraient alors de perdre la maîtrise de leur destin (on rejoint là des scénarii mille fois envisagés par la science-fiction). En 2008, Ray Kurzweil (embauché depuis par Google) a fondé aux États-Unis l'université de la Singularité (dans la Silicon Valley). Le concept trouve ses sources dans les travaux sur la cybernétique de John von Neumann. La singularité acquit une certaine popularité dans les années 1990 grâce à Vernor Vinge. La possibilité même et la date de cet événement hypothétique soulèvent des débats. Plusieurs futurologues et transhumanistes l'attendent pour la troisième décennie du XXIe siècle. Mais ces hypothèses sont régulièrement critiquées pour leur manque de solidité scientifique. On comprend bien en revanche pourquoi Google et quelques autres ont tout intérêt à promouvoir ce thème ! Il fait signe vers nos rêves de puissance et d'éternité, matérialisés par le cyborg.

    Le cyborg est une fusion de l'homme et de la machine, et l'intelligence artificielle une tentative de reproduction du fonctionnement du cerveau humain à l'intérieur d'un ordinateur. Dans ces deux cas, il s'agit d'une véritable intrusion de l'univers mécanique et numérique à l'intérieur de la chair et de l'esprit. Ils représentent une menace sur la nature même de l'humanité dans la mesure où ils pourraient modifier notre rapport aux autres et au monde. Nos perceptions, nos sentiments, notre expérience charnelle de la réalité à travers nos sens seraient susceptibles d'être profondément transformés, voire annihilés. Si cet interfaçage homme/machine semble enthousiasmer les partisans les plus radicaux de l'ère digitale, il suscite l'appréhension d'une très grande part de nos contemporains.

    Au bout du compte, Christine Kerdellant fournit un dossier bien documenté permettant de se construire une opinion. Elle explique clairement qu'îl ne s'agit pas de formaliser une quelconque technophobie, mais de lire derrière le storytelling avantageux de Google une application au monde du vivant en général, et à l'être humain en particulier, d'une conception agressivement marchande du monde et de l'esprit. Cette dernière menace d'élaborer lentement une Big Mother au sourire figé et numérique qui ne rendra pas présent le rêve émancipateur prométhéen des Lumières mais risque de nous faire perdre le sens de l'humanité.   

    « C'est l'infiltration du capitalisme sauvage, darwinien et froid comme l'acier qui se laisse apercevoir dans le dessein clairement transhumaniste de Google. » 

    Eric Delbecque 

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    Éric Delbecque est président de l'ACSE et Directeur du département intelligence stratégique de SIFARIS, auteur de: Le bluff sécuritaire. Essai sur l'impuissance française (Éditions du Cerf, 2017)

  • « Boutef », du beau gosse à la momie…

    « Boutef » jadis avec des Algériennes

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    Notre confrère puise une fois de plus dans ses carnets d’Alger, quand il y était correspondant du journal Le Monde, sous la dictature du colonel Boumediène, pour relier le président actuel en fauteuil roulant à ses « glorieuses années » passées…

     

    peroncel-hugoz 2.jpgLes observateurs qui s’interrogent sur la façon dont l’Algérie peut être gouvernée par un homme que paralyse la maladie, ignorent ou feignent d’ignorer que, de toutes façons, depuis le coup d’Etat de 1965, ce pays est régi par une camarilla de quelques militaires quasi invisibles et une police politique omniprésente. Dans ce système, le chef de l’Etat et le gouvernement ne sont qu’une façade et ne font qu’appliquer ce que décident une poignée d’officiers vétérans et les patrons des services secrets. Seul l’éphémère président Ahmed Boudiaf, en 1992, peut-être influencé par ses 28 ans d’exil au Maroc, après l’indépendance algérienne, tenta de secouer le joug kaki mais il fut presque aussitôt abattu par un… militaire. 

    Un natif d’Oujda

    Sous le régime du colonel Boumediène, Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères fut, quoique civil, le n°2 de facto du système algérien. Ce furent les belles années du natif d’Oujda, resté volontairement célibataire. Chaque fin de semaine ou presque les Algérois informés, voyant des avions filer vers Nice ou Genève, murmuraient: «C’est Boutef qui va rejoindre ses bonnes amies!». Liens de cœur ou aventures tarifées ; ou un peu des deux, peu importe, le jeune dirigeant séduisait avec sa moustache conquérante et faisait oublier sa petite taille grâce à d’épais talons. Des espions occidentaux enregistraient méthodiquement ses escapades coquines…

    Cependant ses cheveux donnaient déjà du souci au ministre séducteur qui faisait mentir le proverbe méditerranéen selon lequel : « un vrai homme n’a pas honte de sa calvitie ! ». Un demi-siècle plus tard, de pathétiques photos du président immobilisé et hagard, avec ses derniers cheveux collés sur le crâne, font terriblement penser à la momie du pharaon Ramsès II dont les embaumeurs durent batailler avec les ultimes mèches du monarque antique comme tel coiffeur algérois avec celles du président algérien…

    L’ex « beau gosse » des chancelleries et des palaces, pour lequel d’irrespectueux gamins d’Alger forgèrent jadis le verbe « beaugosser » est à présent un mort-vivant auquel des docteurs-miracle de France ou de Suisse (cruelle ironie de l’histoire, les territoires des exploits masculins passés d’Abdelaziz Bouteflika) permettent de se dire encore de ce monde. D’où le sinistre canular récurrent, ces dernières années, sur la Toile, de l’annonce du décès du président algérien, suivie de réactions lapidaires d’intervenants du type : « mais il est déjà mort depuis belle lurette…». Il paraît que même une branche des agences d’espionnage américaines a apporté de l’eau à ce moulin de mauvais goût, pour tester le régime d’Alger…   

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le360 du 17.03.2017

  • Langue française • La Tunisie réaffirme son choix du français

     

    Par Ilyes Zouari

    Secrétaire général adjoint de la revue Population & Avenir [

    Le gouvernement tunisien a réaffirmé son attachement au statut privilégié de la langue française, porteuse de valeurs et passerelle vers la vaste Afrique francophone. Cette décision répond aux intérêts supérieurs du pays, tant géopolitiques qu’économiques.

     

    zouari_ilyes.jpgSuite à la polémique déclenchée en octobre dernier par le ministre tunisien de l’Éducation, M. Néji Jalloul, qui proposait de faire de l’anglais la seconde langue du pays, le gouvernement a réaffirmé le statut privilégié du français en Tunisie, quelques jours plus tard.

    Dans ce pays arabo-francophone, celui-ci est appris au plus tard à partir de la troisième année du primaire, constitue la langue d’enseignement des matières scientifiques et économiques à partir du second cycle du secondaire, et représente, au même niveau que l’arabe, la langue de l’administration, des affaires et des médias. Chose qui peut surprendre bon nombre de francophones du Nord, tant furent nombreux les articles affirmant que le français y était en régression. Et ce, au plus grand étonnement des Tunisiens eux-mêmes, qui n’ont jamais été aussi nombreux à le parler et à le maîtriser.

    Le français, valeurs et géopolitique  

    Comme d’autres langues, mais probablement davantage, le français, langue des Lumières, est connu pour être porteur de valeurs humanistes, telles que l’égalité, le partage ou encore le rejet de toute forme d’extrémisme. Ainsi, ce n’est pas un hasard si les seuls pays et territoires à avoir interdit le port du niqab sont francophones ou francophiles. En Europe, la France et la Belgique ont été rejointes par le canton suisse italophone du Tessin (où le français a le statut de première langue étrangère enseignée) et, partiellement, par les Pays-Bas qui l’ont interdit dans certains lieux publics (et où la majorité des élèves apprennent le français au premier cycle du secondaire). En Afrique, le Tchad, le Congo et le Sénégal ont également proscrit le niqab, suivis par le Cameroun et le Niger pour les parties de leur territoire voisines du Nigeria.

    Pour sa part, le Maroc vient d’interdire, en janvier dernier, toute commercialisation de la burqa "afghane" (qui dissimule également les yeux). Avancée modeste, certes, mais qui constitue toutefois une première dans les pays arabes. Du moins depuis la révolution tunisienne, avant laquelle la burqa et le niqab étaient formellement interdits en Tunisie, pays qui demeure toutefois largement en avance en matière d’égalité hommes-femmes. Au passage, il convient de noter que le Maroc avait décidé, début 2016, de réintroduire l’enseignement du français à partir de la première année du primaire, et de refranciser l’enseignement des matières scientifiques dès le primaire également.

    Un passage à l’anglais éloignerait ainsi la Tunisie du monde francophone et des valeurs qui sont les siennes, et conduirait à une érosion très progressive des relations diplomatiques privilégiées et amicales liant historiquement la Tunisie aux autres pays ayant le français en partage. De même, cela l’éloignerait, lentement mais sûrement, du reste du Maghreb, dont la langue française est un des piliers de l’identité linguistique, avec l’arabe et le berbère. Ce qui, in fine, rapprocherait la Tunisie des pays "anglophones" du Moyen-Orient, de leurs codes culturels, et, à terme, de leurs orientations géopolitiques.  

    Le français, ou l’accès à un vaste marché francophone émergent

    Mais le français peut également permettre à la Tunisie d’avoir des relations économiques privilégiées avec les autres et nombreux pays francophones. Faisant partie de ces pays, la France demeure le premier partenaire de la Tunisie (21,2 % de son commerce extérieur de biens en 2014), devançant assez largement l’Italie (16,5 %) et l’Allemagne (8,3 %). Cette forte présence s’explique par ce lien linguistique, sans lequel les entreprises hexagonales s’orienteraient plutôt vers les pays d’Europe de l’Est, plus proches et aux coûts de production souvent comparables.

    De plus, la Tunisie commence également à prendre conscience de l’émergence démographique et économique de l’Afrique subsaharienne francophone, désormais un des principaux relais de la croissance mondiale. Cet ensemble de 22 pays, regroupant 290 millions d’habitants et vaste comme 2,4 fois l’Union européenne (Royaume-Uni inclus), constitue la partie la plus dynamique du continent avec une croissance globale de 3,7 % en 2016 (0,8 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne). Concentrant, cette même année, 9 des 13 pays africains ayant enregistré une croissance supérieure ou égale à 5 %, cet espace a réalisé les meilleures performances pour la troisième année consécutive et pour la quatrième fois en cinq ans, notamment grâce à la meilleure résistance de la majorité des pays francophones pétroliers et miniers à la chute des cours. En 2016, la croissance s’est ainsi établie à 5,6 % au Cameroun et à 3,2 % au Gabon (ou encore à 3,6 % en Algérie, plus au nord), tandis qu’elle était quasi nulle en Afrique du Sud et en Angola (0,4 %) et négative au Nigeria (-1,7 %). Performance qui s’explique par les avancées en matière de diversification, mais aussi en matière de bonne gouvernance, comme en témoigne le succès de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives), norme internationale déjà adoptée, fin 2016, par 68 % des pays subsahariens francophones, hors petits États insulaires (et par 38 % des autres pays subsahariens).

    La Tunisie a donc tout intérêt à s’inspirer de l’Algérie, qui vient d’organiser son premier "Forum africain d’investissements et d’affaires", en décembre 2016, et qui aimerait bien rattraper le Maroc, bien plus en avance en la matière. Deuxième investisseur africain sur le continent, derrière l’Afrique du Sud, et premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire en 2015 (devant la France), celui-ci peut même s’appuyer, en Afrique de l’Ouest francophone, sur un réseau d’agences bancaires marocaines désormais plus de deux fois plus étoffé que celui de l’ensemble des banques françaises présentes. Cet intérêt marocain pour cette partie du continent vient à nouveau de se manifester, fin février, par le dépôt d’une demande officielle d’adhésion à l’espace CEDEAO.

    Un niveau en anglais déjà assez bon

    Une remise en cause du statut du français serait d’autant plus injustifiée que les jeunes Tunisiens ont déjà, globalement, un niveau assez bon en anglais, appris obligatoirement et en tant que deuxième langue étrangère (depuis l’indépendance). Le pays s’est ainsi placé à la 52e place mondiale en la matière dans la dernière édition de l’EF English Proficiency Index, faisant ainsi mieux que sept anciennes colonies britanniques, comme l’Égypte, la Jordanie et le Qatar. Dans ce classement très médiatisé, la Tunisie n’est donc pas loin de faire aussi bien que le Maroc (44e), ou encore que la France, classée 29e et faisant mieux que dix anciennes colonies britanniques ayant toutes l’anglais comme langue co-officielle, de jure ou de facto (dont Hong Kong et les Émirats arabes unis).

    Être francophone n’est donc pas incompatible avec l’acquisition d’un bon niveau d’anglais. Par contre, l’expérience démontre bien que l’inverse est très improbable, vu la relative complexité de la langue française (plus facile que les langues slaves ou germaniques) et le manque de motivation qui résulterait chez les élèves du sentiment contreproductif d’avoir fait le plus important en ayant déjà appris l’anglais.

    Par ailleurs, un renoncement au français ne permettrait nullement de développer massivement et suffisamment les investissements et échanges de toutes sortes (entreprises, société civile…) en provenance de pays anglo-saxons, afin de compenser la baisse, lente, mais certaine, de ceux en provenance des pays francophones. Et ce, du fait de l’éloignement géographique des premiers, qui peuvent déjà, au passage, compter sur de nombreux pays anglophones ou anglophiles attractifs. À cela s’ajoute le fait qu’il serait plus difficile de maintenir des liens étroits avec une diaspora de près d’un million de personnes vivant dans des pays de langue française, selon les autorités tunisiennes.

    Le gouvernement tunisien a donc conscience de l’importance stratégique du français pour le pays, dont les difficultés économiques actuelles ne résultent que du manque de stabilité politique et des problèmes sécuritaires qui ont suivi la révolution de 2011. L’année précédente, le Forum économique mondial de Davos venait d’ailleurs de classer à nouveau ce pays arabo-francophone à la première place continentale en matière de compétitivité (32e place mondiale), largement devant l’Afrique du Sud (54e) et Maurice (55e, et autre pays francophone). 

    Ilyes Zouari

    @i_Zouari
  • Monde & Culture • Profil d’un penseur tunisien « incorrect »…

    Mezri Haddad avec Moncef Marzouki, quand ils étaient amis

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    En mars 2015, notre confrère avait dressé un inquiétant tableau de la situation intérieure tunisienne, que les faits hélas ne démentirent pas. A présent, il récidive mais en contrepoint il met en lumière la pensée d’un fils du pays qui peut rendre optimiste pour l’avenir. La situation au Maghreb est évidemment de celles qui intéressent les royalistes et patriotes français. Pour qui, d'ailleurs, Mezri Haddad est loin d'être un inconnu. Il avait débattu avec Jacques Trémolet de Villers, il y a quelques années, à Marseille, pour la Fédération Royaliste Provençale...

     

    peroncel-hugoz 2.jpgAyant connu la Tunisie de la douceur de vivre, de la sécurité quasi assurée, des succès touristiques et des chauds encouragements du Fonds monétaire international, ce n’est pas de gaité de cœur qu’en 2015, sur la foi de témoignages concordants, j’avais ici même brossé un tableau d’une Tunisie « apocalyptique ». Cela me fut reproché par certains de ces intellos « parisiens » qui pratiquent volontiers le déni de réalité… 

    Je ne suis pas retourné récemment au pays du Jasmin mais j’ai recueilli derechef des témoignages dignes de foi sur l’actualité tunisienne présente qui m’ont malheureusement ramené deux ans en arrière : le vaillant président nonagénaire Beji Caïd Esselin, obligé en janvier, d’interrompre une tournée en province à cause de violentes manifs ; un rapport parlementaire français, révélé par Jeune Afrique, soulignant  « l’extrême fragilité » du régime et la « très grande tension sociale ».

    Diplomate et théologien

    Heureusement sur ce fond peu encourageant, j’ai découvert les réflexions, émises sans tambour ni trompette, depuis l’an 2000, sur son pays, par Mezri Haddad. Né en 1961, ce fils d’un syndicaliste, fut ambassadeur de Tunisie près l’Unesco et le premier musulman à être reconnu par l’Université française comme maître de conférence en théologie catholique. 

    Il fut proche de feu le penseur algérien Mohamed Arkoun et un temps de l’opposant et futur chef d’Etat tunisien Moncef Marzouki (avec lequel il se brouilla ensuite). Mezri Haddad a développé solitairement une pensée originale, lucide, indépendante, opposée au « politiquement correct », une pensée pleinement séculière mais prenant néanmoins en compte la force de la foi et de la religiosité. Quand le moment de la reconstruction politique et intellectuelle de la Tunisie viendra, les réflexions, les jugements, les angles d’attaque de Mezri Haddad seront peut-être très utiles.

    Amis suiveurs, jugez par vous-mêmes à travers ce choix de citations ! 

    Quelques jugements « osés » de Mezri Haddad 

    « Le président Ben Ali, en janvier 2011, n’a pas fui la Tunisie. Il en a été cordialement expulsé par des factieux au sein de l’armée à qui certains services étrangers avaient fait miroiter le trône de César poignardé. Deux jours avant l’expédition de Ben Ali à Djeddah, Hillary Clinton déclarait à Doha (Qatar): il faut aider Ben Ali à partir ! » 

    «Au peuple tunisien on a servi une soupe démocratique, des « droits subjectifs » à défaut de pain, logement et travail, principales revendications de la révolte sociale. Les gauchistes ont vite oublié les « droits objectifs » (économiques et sociaux), chers à leur prophète Marx. » 

    « En dépit ou plutôt en raison du despotisme éclairé de Bourguiba et de l’autoritarisme de Ben Ali, la Tunisie fut un pays sécularisé, sécurisé, tolérant, socialement policé et économiquement prospère. [Aujourd’hui], il est tchadorisé, fragilisé sur le plan sécuritaire et économiquement ruiné. » 

    « L’influence des islamistes [en Tunisie] n’a jamais été aussi grande. Ils ont partiellement quitté le gouvernement mais pas le pouvoir. » 

    « En 2011, des intellectuels, des journalistes, des droits-de-l’hommistes et autres « printologues* » bénissaient ces révoltes et annonçaient la naissance d’un homo-arabicus démocrate et civilisé. Par un caprice de l’Histoire, c’est un homo-islamicus qui est né, y compris en France. » 

    * Néologisme ironique forgé par Mezri Haddad pour qualifier les « spécialistes » auto-proclamés, notamment occidentaux, d’un « Printemps arabe » ayant tourné en plusieurs endroits à la « glaciation djihadiste ». 

    Quelques ouvrages à consulter 

    Président Béji Caïd Essebsi, Tunisie, la démocratie en terre d’Islam, Plon, Paris, 2016.

    Président Moncef Marzouki, Arabes, si vous parliez…, Africorient, Casablanca, 2012, (1ere édition : Lieu commun, Paris, 1987). 

    Sous la plume de Mezri Haddad 

    La face cachée de la Révolution tunisienne, Arabesques, Tunis, 2011.

    Islam et athéisme, dans Rétrospective, Eska, Montréal, Canada, 2000.Le fascisme vert, Le Monde, 25 avril 2009, Paris.

    Articles

    Le politique est coupable, pas le religieux, dans L’islam est-il rebelle à la libre critique?, Corlet-Marianne, Paris, 2001.

    Le wahabisme, négation de l’Islam, Libération, 21 avril 2008, Paris.

    Le marchand de tapis et la striptiseuse, Libération, 31 décembre 2004, Paris.

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le360 du 3.03.2017

  • Le conseiller de Trump, Steve Bannon, lecteur du roman apocalyptique Le camp des saints

     

    Par Eugénie Bastié

     

    2944728943.jpgUn décryptage qui met en lumière le rayonnement du Camp des Saints de Jean Raspail jusque dans les plus hautes sphères gouvernementales de ce qui est - pour l'instant - la première puissance du monde [Le Figaro, 9.03]. Ce roman était surtout comme une vision - une pré vision - de ce qui allait advenir en Europe - l'invasion migratoire -, sous une forme en partie différente, mais conduisant à des résultats très comparables et tout aussi tragiques. On peut vouloir en limiter l'audience aux milieux qu'il est convenu, dans l'ère vacillante de la doxa et du politiquement correct, de nommer l'extrême droite. Cet article démontre le contraire même s'il sacrifie au vocabulaire à la mode. On s'apercevra plus tard que la dite extrême droite recouvrait surtout et même très au delà une large frange de Français, sans-doute majoritaires, attachés à la Tradition et à leur identité. Tel était bien le cas lorsque, dans les années où parut Le Camp des Saints, Jean Raspail s'adressait aux royalistes français, au rassemblement des Baux de Provence [Illustration ci-dessus, à gauche].  Lafautearousseau              

     

    picture-2563491-61xply87.jpgC'est le Huffington Post qui a mis en exergue cette information: Steve Bannon, le conseiller de l'ombre de Trump, devenu l'homme fort de la Maison-Blanche, cite régulièrement Le Camp des Saints, un roman de l'écrivain français Jean Raspail. «L'Europe centrale et de l'Est a quasiment subi une invasion du type Camp des Saints» dit-il par exemple en octobre 2015, en pleine crise migratoire, sur son site Breitbart News . Puis, en janvier 2016, «le problème de l'Europe, c'est l'immigration. C'est aujourd'hui un problème mondial, un ‘Camp des Saints' généralisé». Ou encore, en avril: «Quand on a commencé à en parler il y a environ un an, on a appelé ça ‘Le Camp des Saints'. Nous sommes en plein dedans, vous ne trouvez pas?»

    Connu pour ses positions nationalistes tranchées, et réputé être l'architecte du décret anti-immigration de Donald Trump, Steve Bannon est souvent décrit comme le «Raspoutine» du président américain, le nourrissant idéologiquement grâce à ses lectures variées. Un conseiller le décrivait sur le site Politico comme «la personne la plus cultivée de Washington».

    Une dystopie sur l'invasion migratoire

    La citation de Raspail n'a rien d'anodine. Son roman est devenu culte dans les milieux d'extrême droite identitaire et autres tenants du «Grand remplacement» depuis sa sortie en 1973. Marine Le Pen elle-même recommande sa lecture. «Aujourd'hui, c'est une submersion migratoire. J'invite les Français à lire ou relire Le Camp des Saints.» , disait-elle sur RMC en septembre 2015.

    Le roman raconte l'invasion de la France par une multitude de migrants venus d'Inde, fuyant la misère. Ils sont un million à débarquer sur les côtes du sud de la France, à bord d'une armada de fortune. Jean Raspail résume ainsi les enjeux de l'intrigue: «Ils sont l'Autre, c'est-à-dire multitude, l'avant-garde de la multitude. Et maintenant qu'ils sont là, va-t-on les recevoir chez nous, en France, «terre d'asile et d'accueil», au risque d'encourager le départ d'autres flottes de malheureux qui, là-bas, se préparent? C'est l'Occident, en son entier, qui se découvre menacé. Alors que faire? Les renvoyer chez eux, mais comment? Les enfermer dans des camps, derrière des barbelés? Pas très joli, et ensuite? User de la force contre la faiblesse? Envoyer contre eux nos marins, nos soldats? Tirer? Tirer dans le tas? Qui obéirait à de tels ordres? À tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose ces questions, mais trop tard...» À la fin du roman, le pays est envahi, et il ne reste qu'une poignée d'irréductibles dans le sud qui tirent sur tout ce qui bouge. Le gouvernement prend finalement la décision de supprimer la loi du 9 juin 1973 qui interdit la discrimination. En arrière-plan de cette fresque cauchemardesque, des élites politiques médiatiques et religieuses qui, elles, plaident pour l'accueil des migrants. On trouve même un pape latino-américain progressiste… Il n'en faut pas plus pour que certains voient dans ce brûlot une dimension prophétique, comme le journaliste André Bercoff qui écrivait en septembre 2015 dans Le Figaro que «Le Camp des Saints [était] devenu chronique d'actualité».

    «Parabole» prophétique ou «morceau de névrose raciale»?

    Les médias américains parlent d'un «obscur roman», «étonnamment raciste». Pourtant, Le Camp des Saints a eu son petit succès, et Jean Raspail est un écrivain reconnu, qui a gagné le Grand prix du roman de l'Académie française en 1981 pour son roman Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie. À sa sortie en 1973, Le Camp des Saints reçut un accueil mitigé dans la presse et les ventes furent moyennes: environ 15.000 exemplaires. Mais deux ans plus tard, il est publié aux États-Unis par la prestigieuse maison d'éditions Scribner. Le magazine Kirkus Reviews le compare alors à Mein Kampf. Mais, selon Jean Raspail, le président américain Ronald Reagan et le théoricien du choc des civilisations Samuel Huntington l'ont lu et apprécié. Jeffrey Hart, professeur à Priceton, écrit dans National Review : «Raspail n'écrit pas à propos de race, mais de civilisation».

    Sa réédition en 2011 par Robert Laffont avait fait polémique. Le roman avait été qualifié d' «odieusement raciste» par Daniel Schneiderman dans Libération, et d' «authentique morceau de névrose raciale» par Aude Lancelin dans le Nouvel Obs. «Aujourd'hui, Le Camp des Saints pourrait être poursuivi en justice pour 87 motifs», convenait alors Jean Raspail dans une interview au Figaro . L'auteur se défend pourtant d'être raciste. Il affirme que le sujet du roman est d'abord celui de la mauvaise conscience occidentale face à l'autre. «Le Camp des Saints est une parabole où se condense le choc de toute conscience de Français de souche face à l'installation de la diversité», expliquait alors Raspail.   

    Eugénie Bastié     

    Journaliste et essayiste

    Ses idées

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    Son dernier livre Adieu Mademoiselle [19 €] 

          

  • Qatar-Russie : une lune de miel énergétique à l’ombre de la crise syrienne

    L'émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, et Vladimir Poutine.

     

    Une analyse de Caroline Galactéros

    parue dans Causeur et sur le blog de Caroline Galectéros [3.03] : un éclairage comme toujours réaliste et solidement documenté. Et un sujet où les intérêts de la France sont évidemment en jeu.  

     

    2286962327.jpgL’idylle naissante entre la Russie et le Qatar est de nature d’abord énergétique, mais pourrait toucher demain l’industrie et la coopération militaires. A première vue, tout donne l’impression que la Russie sépare de manière étanche sa politique économique de sa politique étrangère, dans la mesure où le Qatar et la Russie sont officiellement opposés sur le dossier syrien. Or, il n’y a pas de réel hiatus entre la politique économique et la politique étrangère de Moscou mais une manœuvre stratégique fort habile, qui voit et vise loin.
     
     
    Quelques points de chronologie d’abord. Le 20 février, l’ambassadeur de Russie au Qatar, Nurmakhmad Kholov, a annoncé à l’agence russe Tass que « le Qatar investissait près de 2 milliards de dollars dans les activités de l’entreprise russe Novatek, plus important producteur indépendant de gaz de Russie ». Kholov a précisé que « la Russie et le Qatar ont réussi ces trois dernières années à obtenir de bons résultats en matière d’économie et d’échanges commerciaux grâce au travail conjoint de la commission intergouvernementale pour le commerce, l’économie, la science et la coopération technique » entre les deux pays. Avant de conclure : « Le Qatar exprime un grand intérêt pour les produits agricoles russes ainsi que pour les projets russes en matière de pétrochimie et de sources énergétiques, autant que dans le domaine de la construction ».

    Un embryon de coopération militaire

    Ceci est dans la droite ligne de la privatisation du géant public russe du pétrole, Rosneft, qui a eu lieu au début du mois de décembre dernier. L’Etat russe qui possédait 50% de Rosneft, première entreprise pétrolière mondiale, en a cédé 19,5% du capital au fonds d’investissement Glencore ainsi qu’au fonds souverain du Qatar (dans une proportion que l’on ignore) pour un montant de 10,5 milliards de dollars, qui doivent servir au renflouement du budget russe via l’entreprise publique Rosneftegaz. Précisons que le Qatar est lui-même majoritaire au sein du fonds Glencore.

    Précisions enfin, pour illustrer cette « lune de miel » qu’au delà de l’énergie, un embryon de coopération militaire existe entre les deux pays. Le 6 septembre 2016, Moscou et Doha ont en effet signé un accord militaire après une visite du ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al Attiyah à son homologue russe Sergueï Choïgou, lors du Forum international militaire et technique de Moscou « ARMÉE-2016 ». Cet accord faisait suite à la rencontre, en mai de la même année, du vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov avec l’émir Tamim ben Hamad al-Thanin. « Nous avons signé un accord de coopération militaire avec la Russie, mais il ne comprend pas l’achat d’armes », a indiqué Saoud Bin Abdallah al-Mahmoud, Ambassadeur du Qatar à Moscou. Comme l’explique le site Opex360, « s’agissant d’éventuels contrats d’armement, rien n’est fermé du côté de Doha, le diplomate ayant assuré que son gouvernement examinerait cette ‘possibilité’ ». Dans ce nouveau contexte marqué par les progrès en matière de coopération énergétique, il n’est pas à exclure que des armes russes soient vendues au Qatar dans les deux ans, d’autant plus qu’elles ont, au grand dam de Doha, démontré toute leur efficacité en Syrie et que Moscou engrange déjà de précieux contrats d’armement dans la région (nous ferons un point d’ici peu sur ces contrats tous azimuts).

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  • Civilisation • Laurent Dandrieu : « l'Église doit défendre l'identité »

     

    ENTRETIEN. Quel est le rôle du pape dans le suicide de la civilisation européenne ? Rédacteur en chef des pages culture de Valeurs actuelles et spécialiste des questions religieuses, Laurent Dandrieu signe un livre choc sur la politique de l'Église face à l'immigration.

     

    dandrieu-2.jpgPROPOS RECUEILLIS PAR RAPHAËL DE GISLAIN

    Vous montrez que les migrations sont devenues pour l'Église le moyen de faire advenir « l'unité de la famille humaine ». La crise des migrants ne fait-elle que révéler ne posture idéologique de l'Église plus ancienne ?

    Le discours de l'Église sur les migrations est né très récemment et s'est inventé sans véritable ancrage dans la Tradition. Il se développe notamment dans les années 196o, où l'Église est marquée par un état d'esprit favorable à la mondialisation, qu'elle voit comme une réalisation avant l'heure de la « cité sans frontières de Dieu ». Dès lors, la migration est perçue comme un moyen de manifester « l'unité de la famille humaine » défendue par Jean XXIII dans Pacem in terris (1963).

    Aussi ne faut-il pas s'étonner si le droit de migrer, qui était encore soumis sous Pie XII à une exigence de nécessité vitale, devient sous Jean XXIII un « droit inhérent à la personne humaine » défini comme « la faculté de se rendre en tel pays où on espère trouver des conditions de vie plus convenables », et dès lors le droit des États à réguler les migrations devient secondaire par rapport à une migration qui, pour Jean-Paul II, symbolise le plan de rédemption de Dieu pour l'homme, et « contribue à cultiver le "rêve" d'un avenir de paix pour l'humanité tout entière. »

    Contrairement à l'image qu'il donne de lui, le pape François est-il un pape politique ?

    L'immigration est au coeur de son pontificat... Elle l'est par la force des choses, puisque ce pontificat coïncide avec la crise des migrants et l'explosion du terrorisme islamique en Europe. Mais alors qu'on aurait pu attendre que cela le pousse à davantage de prudence, on a assisté à une sorte de fuite en avant, avec un discours dévalorisant les frontières, dénonçant les politiques restrictives, et prêchant un accueil inconditionnel. C'est un discours qui ne cesse de se présenter comme exclusivement dicté par l'Évangile, mais qui est en réalité éminemment politique, comme lorsque le pape ramène . de Lesbos des migrants soigneusement choisis parmi les familles musulmanes. Quand le pape dit que, même s'il y a un risque d'infiltration terroriste, il faut accueillir car c'est un commandement de la Bible, ce primat de l'accueil sur la sécurité est en soi une position politique. En réalité, sur ces questions, tous les papes ont fait de la politique, prônant le regroupement familial ou condamnant les politiques d'assimilation. Et concrètement, les évêques occidentaux n'ont jamais cessé de condamner les politiques restrictives comme contraires aux droits humains. Le secrétaire général de la conférence épiscopale italienne, Mgr Galantino, nommé à ce poste par François, a même déclaré que l'accueil des migrants était une compensation que nous leur devions pour avoir pillé leurs pays durant la colonisation...

    On est frappé par la concomitance des paroles du pape François à Lampedusa ou à Lesbos et la décision d'Angela Merkel de laisser entrer un million de migrants... L'humanitarisme à l'excès met-il l'Église sur la voie d'une forme de libéralisme ?

    Je ne sais pas si c'est l'humanitarisme ou le libéralisme qui a primé dans la position de Mme Merkel. Ce qui est certain c'est que, depuis des décennies, les milieux libéraux et patronaux poussent à la roue de l'immigration de masse, en raison de la formidable pression à la baisse qu'elle exerce sur les salaires. L'archevêque hongrois Gyula Mârfi y a même vu une forme moderne d'esclavagisme. Il est donc d'autant plus désolant de voir l'Église prêter la main à ce phénomène.

    L'islamophilie à laquelle s'abandonne l'Église, particulièrement sous le pontificat actuel, se fait-elle au mépris de la nature véritable de l'islam ?

    Ce qui est certain c'est que le dialogue interreligieux engagé avec l'islam depuis les années 196o a poussé à mettre de côté certains sujets qui fâchent, notamment la question de la violence, mais aussi celle de l'incompatibilité de l'islam avec nombre de valeurs occidentales. Seul Benoît XVI a tenté d'aborder la question de la violence, retournant la violence islamique contre lui, mais aussi poussant nombre d'intellectuels musulmans à entreprendre une salutaire réflexion. François, lui, a décidé de revenir à l'angélisme, soutenant que le terrorisme islamique n'a rien à voir avec l'islam, « parce que le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s'opposent à toute violence » (Evangelii Gaudium, 2013). Ce faisant, il ne rend service ni aux musulmans, qu'il conforte dans leur déni, ni aux Européens, dont ce discours émollient affaiblit l'esprit de résistance.

    Alors qu'on assiste au retour des peuples en Europe, l'Église n'est-elle pas en décalage en refusant aux nations le droit légitime de se protéger ?

    En matière politique, l'Église a souvent un train de retard... Traditionnellement, elle avait pourtant toujours su miraculeusement tenir les deux bouts de la chaîne, comme dit Bossuet, entre l'universalisme qui fait partie de son ADN et la bénédiction des identités particulières qui sont le cadre concret de son évangélisation et le canal par lequel l'homme prend conscience de cette universalité. C'est pourquoi Pie XII écrivait, dans Summi Pontificatus (1939), qu' « il n'est pas à craindre que la conscience de la fraternité universelle, inculquée par la doctrine chrétienne, et le sentiment qu'elle inspire, soient en opposition avec l'amour que chacun porte aux traditions et aux gloires de sa propre patrie, et empêchent d'en promouvoir la prospérité et les intérêts légitimes ; car cette même doctrine enseigne que dans l'exercice de la charité il existe un ordre établi par Dieu, selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l'on est uni par des liens spéciaux ». Il est urgent que l'Église retrouve cet équilibre et permette aux peuples d'Europe de protéger leur identité nationale des menaces que fait peser sur eux l'immigration de masse, faute de quoi l'universalisme qu'elle prône ne sera qu'un vain mot et le cache-nez de l'anarchie et du chaos.

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    À LIRE : ÉGLISE ET IMMIGRATION, de Laurent Dandrieu, presses de la Renaissance, 18 euros.

    Politique magazine, février 2017  -  Consulter ... S'abonner ...

  • L'affligeante, inconsciente et dangereuse « indignée », maire dont Barcelone est affligée...

     

    Mur-bleu gds.jpgAda Colau, « indignée » et maire de Barcelone, a tenu des propos enflammés sur l'immigration en général, et, en particulier, sur ceux qu'elle et la gauche caviar/bobo appelle des « migrants », alors qu'ils ne sont que des envahisseurs déguisés. « Vous êtes chez vous, chez nous ! » a-t-elle lancé, à un moment où chez elle, manifestement, le lyrisme (?) l'emportait sur la raison et, pour parler net, l'hystérie sur la réflexion et le simple bon sens.

    Cette « indignée » et maire de gauche, soutenue par l'extrême gauche, a proposé, lors de la même envolée qu'elle a voulue lyrique - alors qu'elle n'est que du « grand n'importe quoi » - la création d'un réseau de « villes-refuges » européennes pour les « venus d’Afrique » : « C'est un souhait, c'est une intention, c'est un appel à d'autres villes », a -t-elle déclaré, le samedi 18 février. 

    3959960461.jpgCette pasionaria aux propos déments s'inscrit donc dans les pas du démago Mitterrand, qui, dans sa campagne électorale de 81, avait lui aussi, cédé à l'incantation : « Venez à nous, nous travaillons pour vous ! » avait-il déclaré à l'adresse des immigrés, à qui il disait, lui aussi, « vous êtes chez vous, chez nous ». On voit le résultat. Si les banlieues votent bien à gauche à 92/93%, on voit aussi des quartiers entiers sans femmes dans les rues, parce que les femmes ne sortent pas ; où, lorsqu'elles sortent, beaucoup le font voilées de la tête au pied, en contradiction flagrante avec la loi ; où, sur les parkings des cités et banlieues, les belles voitures abondent, alors qu'on y est au chômage à plus de 60%, et qu'on y touche en masse le RSA, quand le trafic de drogue génère un revenu quotidien de 90.000 euros, et les morts qui vont avec : dernier épisode, le rocambolesque rodéo/western de l'A55, à Marseille, où deux voitures ont pris en chasse, à 150 km/h, un troisième véhicule, tuant son occupant en lui tirant dessus, à travers - si l'on peut dire - les passants qui rentraient tranquillement chez eux !

    Ada Colau semble atteinte du syndrome de Munich, où de naïfs Bavarois étaient venus à la gare avec des panneaux « Willkommen » pour accueillir des réfugiés syriens, auxquels s'étaient mêlés, bien sûr, des gens de Daech. On ne devait s'en rendre compte qu'après, à Cologne, pour le réveillon du Nouvel An, ou à Berlin, sur le marché de Noël, et dans deux ou trois autres endroits. Depuis - comme c'est curieux !... - on ne voit plus d'Allemands se balader avec les même panneaux « Willkommen » ; et l'adhésion à la coalition CDU/CSU de l'inconsciente Angela Merkel est passée sous la barre des 30% ! Vous avez dit bizarre ?

    Tournons nos yeux vers le Royaume-Uni : on a vu, lors des JT du soir (TF1 et France 2) ces quartiers entiers où des tribunaux islamiques rendent la loi... islamique ! La Charia, si vous préférez...

    Tournons-les maintenant vers l'Irak : les Assyriens, ou Chaldéens, premiers habitants et propriétaires du pays, héritiers des antiques Ninive et Babylone, vivaient sur leur terre depuis plus de 3.000 ans. Devenus chrétiens, ils avaient été envahis par l'Islam, mais restaient malgré tout largement plus d'un million, voire un million et demi, sous Saddam Hussein. Sont-ils encore 300.000 aujourd'hui ? Ou, même, seulement 200.000 ? Les autochtones, les indigènes, ont dû fuir l'Islam, totalitaire, persécuteur et intolérant, et partir pour le Canada, la France, les Etats-Unis...

    Ada Colau sait-elle tout cela ? A moins qu'elle n'ait pas la télé ou la radio, chez elle ? A moins qu'elle ne sache pas lire ?

    Est-ce tout cela que veut, pour sa ville, cette pauvre inconsciente d'Ada Colau ?

    Qui sait : si son rêve se réalise, « à la Merkel », et que Barcelone et la Catalogne se remplissent de gentils petits bisounours immigrés qui, tôt ou tard, tomberont le masque - eux qui sont très majoritairement musulmans - alors, peut-être que, dans quelques siècles, les descendants des Catalans et Barcelonais d'aujourd'hui se retrouveront à Vancouver, Vladivostok ou Johannesburg, leur ville et pays d'origine étant devenu une république islamique. 

  • « La France n’a pas colonisé l’Algérie. Elle l’a fondée »

     

    Par Xavier Scott 

    « On l’oublie souvent mais l’identité algérienne n’existait pas avant 1830. » Cette utile et intéressante mise au point a été publiée dans Boulevard Voltaire [18.02].

     

    images.jpgCes mots ne viennent pas d’un nostalgique de l’Algérie  française  mais de Ferhat Abbas, ex-leader FLN et président de la  République algérienne du temps du GPRA.

    On l’oublie souvent mais l’identité algérienne n’existait pas avant 1830. Jusqu’au VIIIe siècle, les populations qui y vivaient étaient d’origine phénicienne, berbère, romaine et de religion majoritairement chrétienne. Ce sont les Arabes, peuple nomade venant du Moyen-Orient, qui ont envahi toute l’Afrique du Nord et converti de force toutes ces populations. Ainsi, et après quelques siècles de domination arabo-islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico-romaine.

    Plus tard, au XVIe siècle, en profitant du chaos répandu par les Espagnols, mais aussi en soufflant habilement sur les nombreuses divisions existant entre les différentes tribus de la région, les Ottomans en prirent le contrôle avec Alger pour capitale.

    C’est alors que se développa, pendant près de 300 ans, la piraterie barbaresque, arraisonnant tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. 

    Ainsi, dans l’Alger des corsaires du XVIe siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. 

    Plusieurs tentatives de destruction de ces bases furent alors entreprises. D´abord par Charles Quint, à l’action duquel succédèrent les bombardements anglais, puis ceux des Néerlandais et même ceux de la jeune nation américaine également victime de ces perfidies…

    Toutefois, seul le débarquement des troupes françaises en 1830 mit fin définitivement à trois siècles d’atrocités. 

    Par la suite, et à l’inverse des autres puissances  colonisatrices, comme les  Américains avec les Indiens ou les Britanniques avec les Aborigènes ou encore les Turcs avec les Arméniens, la France ne massacra pas les peuples qu’elle venait de conquérir. Au contraire, la France soigna, grâce à ses médecins, toute la population, amenant cette dernière de moins d’un million en 1830 à dix millions en 1962. De plus, la France draina, assécha, fertilisa des sols à l’abandon depuis des siècles, transformant une agriculture moyenâgeuse en une agriculture riche, prospère et exportatrice.

    La France respecta aussi la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, et respecta la religion musulmane.

    Bien entendu, la France ne faisait pas dans la philanthropie, mais cela n’enlève rien au fait qu’elle a réussi à désarmer les différentes tribus et mis en place une infrastructure durable (encore utilisée aujourd’hui), qui a été  capitale  pour  l’État  naissant de l’Algérie. Par ailleurs, le nom même du pays a été donné par la France en 1839 : jusqu´alors, il était officiellement appelée « le pays de Barbarie ».

    In fine, renier l’œuvre de la France, c’est logiquement renier l’Algérie en tant qu´État unifié et souverain.   

  • Histoire & Actualité • Macron en Algérie : un crime contre la vérité En Marche pour caresser un certain électorat

    Emmanuel Macron accueilli par le chef de la diplomatie algérienne. Sipa 

     

    Par Bernard Domeyne.

    En visite en Algérie, Emmanuel Macron a qualifié la présence française dans le pays (1830-1962) de « crime contre l'humanité ». Une ficelle électoraliste aussi grosse que honteuse. La critique qui en est faite ici [Causeur, 16.02] est, en elle-même, pleinement justifiée. Elle confirme les analyses déjà publiées sur ce triste sujet dans Lafautearousseau. S'il en est un pour qui patriotes et royalistes ne voteront pas à la présidentielle, c'est bien, en toute certitude, Emmanuel Macron.  LFAR

     

    « C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes »

    Voici ce qu’a affirmé, en Algérie, Emmanuel Macron, candidat autoproclamé à la Présidence de la République Française, lors d’une interview au média local Echorouk News.

    Lyautey et Goering, même combat !

    Crime contre l’humanité. Si les mots ont un sens, cela veut dire que l’on met sur le même plan qu’Adolf Hitler, Joachim von Ribbentropp, Hermann Göring, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Alfred Rosenberg, les Français Jacques Cartier, Joseph-François Dupleix, Louis Antoine de Bougainville, Thomas Robert Bugeaud, et les maréchaux Joseph Simon Gallieni et Hubert Lyautey entre autres. Et bien entendu les penseurs de ce crime contre l’humanité, Colbert, Duplex, Jules Ferry et tant d’autres…

    Il conviendra donc, si l’on suit ce bel esprit, de débaptiser toutes les rues, tous les lycées Jules Ferry, les places Lyautey, les avenues Gallieni…

    Avec ces propos dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont navrants, on voit bien où le candidat autoproclamé veut en venir : au vote des musulmans des banlieues, bien sûr. Un électorat à caresser dans le sens du poil.

    Ces propos révèlent qui est Emmanuel Macron, que beaucoup fantasment comme un homme providentiel, au-dessus des querelles partisanes… C’est clairement un héritier de François Hollande, un socialiste qui a inspiré le quinquennat, et il sera prêt, lui aussi, à crier, « reviens, Léonarda ! » et à faire dans la contrition pour s’attirer les bonnes grâces des indigènes de la république, qui, c’est sûr, veulent beaucoup de bien à la France…

    Des crimes de guerre largement partagés

    Puisqu’il s’agit de l’Algérie, il convient toutefois de rappeler quelques vérités historiques. Que jusqu’en 1818, l’un des repaires des pirates barbaresques qui infestaient la Méditerranée depuis trois siècles, était précisément le port d’Alger, célèbre pour son marché aux esclaves, et que deux pays occidentaux, avant la France, avaient fait la guerre au Dey d’Alger pour faire cesser – outre la piraterie – ce qui était, précisément, un crime contre l’humanité, l’esclavage subi par les chrétiens et les chrétiennes. Les États-Unis, on le sait peu, ont fait la guerre aux barbaresques de 1801 à 1805, puis à nouveau en 1815 ; les Anglais en 1818, toujours pour libérer les esclaves chrétiens.

     

    J’ai grandi sous la présidence du Général de Gaulle. J’ai 59 ans. Je ne suis pas d’origine pied-noir. Alors que les armateurs nantais et bordelais s’enrichissaient dans le commerce triangulaire, mes aïeux crevaient de faim dans les Hautes-Alpes. Je ne me sens, contrairement à Emmanuel Macron, en tant que Français, coupable de rien, de rien du tout, et je n’ai d’excuses à faire à personne.

    Jacques Cartier, Bougainville, Lyautey… Le père Bugeaud et sa casquette… Tous ces héros ont peuplé mon enfance. Car jamais personne ne pourra me faire avaler – car il s’agit bien de cela – que ces héros, dont certains, je pense à Gallieni et Lyautey, ont sauvé la France et son empire durant la Guerre de 1914-18, sont des criminels contre l’humanité. Jamais leur image ne pourra être associée aux bouchers des camps d’Auschwitz et de Treblinka.

    Une ambition pour la France ?

    Je ne suis pas en train de dire que la France n’a rien à se reprocher. Notre pays n’a pas su mener la décolonisation, celle de l’Indochine, celle de l’Algérie. Des crimes de guerre ont été commis. Mais ces crimes de guerre ont été largement partagés : le Viet-Minh et le FLN aussi ont du sang sur les mains, du sang français, comme l’armée française a sur les siennes du sang vietnamien et algérien.

    C’était il y a longtemps. Les sujets, les enjeux, désormais, sont ailleurs. Il serait peut-être temps d’en parler.

    Il paraît que M. Macron serait un philosophe. Qu’il serait un littéraire. En tout cas, ce n’est sûrement pas un historien.

    Pour qu’Emmanuel Macron devienne Président de la République, il faudrait qu’à côté de l’ambition et du sens des affaires qu’on apprend à l’École Nationale d’Administration, il ait aussi de l’ambition pour la France ; une vision.  Cela s’appelle le sens de l’histoire. 

    Bernard Domeyne
    docteur en histoire.

  • Sa Majesté Kim III, roi communiste de Corée du Nord, lance la foudre

     

    Mur-bleu gds.jpgKim Jong Un, le troisième représentant de la dynastie marxiste-léniniste de cette pauvre Corée du Nord, s'appelle - cela ne s'invente pas ! - « Nuage vertueux ». Il a succédé à son père Kim II (dit Kim Jong Il, ou « Cher dirigeant », ou « Dirigeant Bien Aimé), lequel succédait à son père, Kim 1er, fondateur de la dynastie : de son vrai nom Kim Il Sung, appelé rien moins que « Grand Leader », « Président éternel » ou encore - allons-y gaiment ! - « Professeur de l'humanité toute entière ». Rien que ça ! Modestes s'abstenir...

    Il y a aussi Castro, qui a « passé » le pouvoir à son frère ; Loukachenko, en Biélorussie, qui prépare son fils à lui succéder (Gorbatchev l'annonçait déjà en 2011 : en public, il « tient Kolia (son fils) par la main, il se prépare un successeur sans le cacher, comme si c'était le Royaume de Biélorussie » ...

    Ces trois régimes marxistes-léninistes instaurant, curieusement, une monarchie, cela nous avait déjà interpellé quelque part, comme disent les précieux ridicules pédagogistes-bobos, et dès 2010*

    Voir, en effet, des héritiers de Karl Marx - ou prétendus tels - rejoindre Franco, qui a, lui aussi, réinstauré la royauté en Espagne, avouez que cela a de quoi laisser pantois ! On aimerait demander son avis à Olivier Besancenot, lui qui disait que « ce qu'il nous fallait c'était une bonne vieille révolution » : une révolution, mais qui, si ça se trouve, nous remettrait un roi ? Pourvu qu'il  ne ne soit pas du même type qu'en Corée, qu'à Cuba ou qu'en Biélorussie, on aurait envie de lui répondre : chiche !

    Allons, revenons aux choses sérieuses, et observons ce qui se passe du côté de la monarchie marxiste etc.… de Corée du Nord.

    D'abord, « Nuage vertueux » a fait tirer un missile balistique samedi dernier (le 11 février, à 23h55, heure française, pour qui aime la précision). Tiré de la base aérienne de Banghyon (ouest de la Corée du Nord) l'engin a parcouru environ 500 kilomètres avant de tomber en mer du Japon...

    Ensuite, le même « nuage », toujours « vertueux », a fait exécuter, tout simplement, son demi-frère, à l'aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie : Kim Jong-Nam, 45 ans, fils aîné du dirigeant défunt Kim Jong-Il, vivait depuis des années en exil. Il a vraisemblablement été empoisonné par deux femmes qui auraient pris la fuite en taxi ; certains médias ont évoqué des aiguilles empoisonnées, d'autres parlent d'un liquide lancé au visage de la victime. 

    Rien de nouveau sous le soleil - le « soleil rouge drapé de deuil » comme l'a si justement écrit Jacques Julliard : Trotsky, poursuivi par les sbires de Staline jusqu'au Mexique où il s'était réfugié, et où il pensait lui avoir échappé, fut, lui, massacré en 1940, d'un coup de piolet à l'arrière du crâne. Finalement, sur l'échelle de l'horreur, on dira ce qu'on voudra, mais « Nuage vertueux » est un tout petit peu moins sauvage que Staline, non ? Il y aurait comme une légère évolution, oh, très légère, dans les moeurs !

    Bon, d'accord, le résultat ne change pas, mais tout de même...  

    Lire aussi dans Lafautearousseau ... 

    Ces monarchies que l'on instaure : Kim Jong-il prépare l'arrivée du petit prince rouge.

    Ces monarchies que l'on instaure : le Tsar Loukachenko, et le tsarévitch de cinq ans, son petit-fils.