Iran : en flânant à travers Téhéran. Voyage d'un érudit dans l'Iran de Rohani
Je fus saisi à ma descente d’avion par cette espèce d’odeur un peu âcre qui me rappelait que j’avais retrouvé Téhéran la miséreuse et son haleine pétrolière. Le temps d’attendre une heure en compagnie d’un acheteur de tapis italien et d’un allemand en mission interlope, je me frayai un chemin dans la rue, égayé par le concert étrange des imperceptibles coups de klaxon qui accompagne le flot anarchique des voitures.
Les marchands sont partout
L’on circule bien la nuit sous les banderoles à la gloire du régime et il me fallut attendre la chaleur du jour suivant pour examiner la façon dont la ville avait changé. Téhéran est sans doute la capitale du bricolage électrique, les compteurs surchargés de fils sont autant de points d’interrogation au sujet des incendies qui ne se déclenchent pas. Les marchands sont partout, étonnamment jeunes, et vendent à peu près tout, jusqu’au débris rouillés d’une cave que l’on a vidée. Les boutiques entassent un bric-à-brac indescriptible où un oiseau en cage chante parmi des pièces de moteur pour moto. De jeunes iraniens poussent des chariots antiques à bras sur lesquels ils entassent de la pacotille de chine ou des bouteilles de soda. L’on vous propose des noix fraîches, des pistaches ou de petites pêches à chaque coin de rue. Mais il faut acheter vite pour éviter d’être écrasé par la moto qui passe. Quant aux vendeurs de melons, ils entassent leurs denrées dans une petite camionnette et déambulent les rues en annonçant le prix à l’aide d’un haut parleur.
Les sanctions ont conforté le régime
Du huitième étage d’un immeuble, une femme ouvre sa fenêtre et les interroge sur la qualité de la marchandise. Les affaires ne semblent pas au beau fixe : trop de marchands sans doute et trop peu d’acheteurs. La pauvreté est réelle en tout cas. Il n’est que de voir les malades qui entrent en clopinant dans Sina hospital, un pied bandé entouré d’un sac en plastique. Quant au Muze-ye Melli-ye Irān, le musée chargé de mettre en valeur le passé préislamique de l’Iran, l’on y voit que peu de pièces et encore moins de visiteurs. Après plusieurs décennies de sanctions, qui semblent avoir conforté le régime, l’Iran manque d’investissements et une partie de la jeunesse rêve parfois de partir quelques années ailleurs : en France ou en Corée du Sud et pourquoi pas aux Etats-Unis. Ceci ne la dispense pas de la plus exquise politesse, vestige de la civilisation qui fut. Bref, beaucoup de pauvres parmi lesquels se glissent quelques occidentalisés des quartiers nord. Ces derniers ont leurs endroits : au parc Laleh, par exemple, l’on minaude, ou l’on joue aux échecs à l’ombres des arbres. Une femme s’est parée d’un drapeau américain en guise de voile. A la sortie du métro, qui diffuse des valses viennoises, l’on distingue parfois un jeune Mollah, coiffé d’un turban d’une blancheur surnaturelle et rehaussant sa robe d’une coquette cape de bure lui tombant jusqu’aux pieds. Il a l’élégance et la bonté, en tout cas les passants l’écoutent aujourd’hui et le vénèreront peut être demain. Une jeune fille au tchador rose, passe rapidement à côté de lui, un violon à la main.
Adieu Facebook, Twitter, Youtube?
Le gouvernement a supprimé Facebook, Twitter et Youtube depuis 2009, mais toute la jeunesse y accède par le biais de proxys. Quant aux septuagénaires, ils déclament toujours des poèmes lorsqu’ils vous croisent. Ici, la frange fidèle à la révolution estime que Rohani n’a gagné l’élection que par des moyens déloyaux et qu’il a trahi intérieurement son propre régime. Aussi les forces profondes proposent elles de le rejeter à la périphérie. Mais tout est calme et il n’y a rien de plus sûr que la capitale pour flâner. Cela durera-t-il ? Malgré les quelques annonces flatteuses sur les marchés conclus avec l’étranger, le développement semble suspendu. Pourtant les investisseurs sont là, attirés par le gigantesque marché, et ne sachant pas toujours comment l’aborder.
Entre le loup et le marchand
Dans ce contexte, l’Iran hésite entre la posture du loup maigre et vindicatif vouant aux gémonies les puissances qui ont provoqué son jeûne forcé et celle du marchand affable, prêt à converser aimablement avec tous ses voisins pourvu que les affaires reprennent enfin. Le guerrier raidi et le marchand malicieux, voici peut être l’héritage antinomique qui se perpétue pour mieux travailler l’Iran par ses contradictions. A l’Université, la créativité inépuisable du professorat se plait à catégoriser, définir les mots et surtout inventer de nouveaux concepts. Tout espace clos tend à sécréter ses propres légendes : l’on entend ainsi dans un cours que les peaux-rouges seraient sur le point de se révolter aux Etats-Unis ou bien que les Israéliens auraient négocier pour obtenir un territoire où se fixer en Australie dans quelques décennies, après que leur Etat se soit effondré. A côté de cela, beaucoup de réflexions sont frappées au coin du bon sens : « Ensani ke robot nist », déclare un professeur : l’être humain n’est pas un robot.
Nez raccourcis
Les étudiantes viennent en métro ou elles jouissent du privilège de choisir entre les wagons réservés aux femmes – situés à l’avant et à l’arrière du train – ou bien de se mêler aux hommes. La mode est ici de se faire raccourcir le nez dans les cliniques des quartiers nord de Téhéran. Ce sont en tout cas les seules à prendre des notes et à transmettre des questions sous la forme de petits papiers qui remontent vers la chaire professorale. Elles se promènent avec un port de reine, mais après tout, la révolution les y autorise peut être.
L’autobus qui se rend de Téhéran à Qom tient à partir plein. Comme il reste quelques places, il part la porte ouverte. Le receveur des billets se place à l’entrée en hélant les passants à tous les carrefours : Qom, Qom ! La municipalité a planté de nombreux arbres, à proximité immédiate des quartiers sud. Mais après quelques kilomètres, toute végétation disparaît pour laisser place à un désert aride, éclairé à un moment par la croûte blanche du lac salé.
Qom bardée de portables
A Qom, la ville sainte, les Irakiens chiites ont installé leur bazar, dans un quartier qui jouxte le sanctuaire de Fatima Massoumeh. Ils proposent du jus de melon glacé aux pèlerins qui déambulent vers la mosquée avant de se diriger vers le sanctuaire des Martyrs. La ferveur religieuse a t’elle tendance à croître ? Le succès du pèlerinage vers l’Irak tendrait à le montrer, toujours est il que les Iraniens sont également tentés par d’autres préoccupations. La généralisation des téléphones portables les rend moins volubiles qu’il y a une décennie. Le chargeur de portable est d’ailleurs l’objet qui se vend le plus facilement dans le métro même si les vendeurs n’ont parfois que six à sept ans. Les pouvoirs publics, se préoccupent du grand enfermement électronique et diffusent actuellement des affiches dans le métro montrant un homme gisant à terre dans une prison carrée formée par 4 i-phones. Un médecin, muni d’une trousse de secours se dirige vers lui. Quant à la télévision, elle diffuse à plein régime un modèle consumériste avancé, mettant en vedette des familles réduites de la classe supérieure, dans un décor esthétisé. Dans ce cadre, le voile semble simplement une touche de couleur, faisant partie du décor.
Le bazar de Téhéran s’est aseptisé
Le grand bazar de Téhéran a singulièrement changé. Même si l’on peut encore trouver quelques recoins pittoresques à peindre, il s’est progressivement aseptisé et l’on y crie moins fort qu’autrefois. Les échoppes sont devenues de véritables magasins avec vitrines, au moins dans certaines avenues. Cela ne lui ôte pas son charme pour autant car le marché central, grouillant de vie est encore présent. A l’entrée, plusieurs groupes bruyants de marchands achètent des monnaies et enchérissent à la voix avec un téléphone dans la main. Ici, l’on ne recule devant rien pour vendre. Aussi tel marchand de poussins n’a t’il pas hésité à teindre une partie des petits oiseaux en rose ou en bleu pour attirer l’attention des passants, tel autre a peint la tête des cactus à la vente d’une couleur fluorescente afin de simuler une anomalie naturelle. Certaines parties du bazar ont été restaurées ou agrandies avec de jolies briques neuves Le soir, les marchandises restent sur place, simplement recouvertes d’un drap. Tant il est vrai que les voleurs ne sont pas craints. Au nord, l’une des fiertés de la ville est le musée dédié à la guerre Iran-Irak.
Le long couloir des martyrs
Devant ses portes sont exposées les quatre voitures de savants nucléaires éliminés par l’usage de bombes magnétiques. Il est adossé à une mosquée et débute par la galerie des papillons une salle dédiée aux âmes des combattants illustres. Un film d’image de synthèse montre un insecte monstrueux dévorant une carte d’Iran. Mais la pièce la plus étrange, est certainement ce long couloir parfumé au dessus duquel sont suspendues des milliers de plaques d’identité militaires éclairées par une lumière rouge. Ce long couloir des martyrs mène tout simplement au paradis, c’est à dire à une pièce monumentale, éclairé par un lustre immense, et dont deux buffets gigantesques, dorés à l’or fin, réfléchissent la lumière. Vous cherchiez un musée, l’Iran a déployé toutes les ressources de sa sensibilité pour vous plonger au cœur d’un mausolée. •

Le pape François vient de publier un texte où il plaide pour «faire passer la sécurité personnelle [des migrants] avant la sécurité nationale», et appelle à un accueil beaucoup plus large des migrants. Que vous inspirent ces propos? Sont-ils inédits ?
Contrairement aux premiers espoirs, Julian le petit australien recherché par son grand-père est mort à Barcelone assassiné par des criminels islamistes.
Depuis le début de la guerre en Syrie, Israël soutient directement plusieurs groupes islamistes syriens. Armes, argent, médicaments ont été fournis en quantité importante aux djihadistes, en particulier le long de la frontière commune aux deux pays, sur le plateau du Golan.
Le refus de l’enracinement est certainement un des traits caractéristiques de l’idéologie dominante de notre temps. Il trouve des relais à gauche comme à droite. En fait, l'orgueil commun à la gauche radicale « altermondialiste » et à la droite néolibérale globaliste, c’est de regarder la patrie (et plus particulièrement sa patrie) avec condescendance et mépriser ouvertement ceux qui y tiennent, comme s’ils étaient des attardés enfermés dans une époque révolue, et résolus à ne pas en sortir. C’est une forme d’orgueil qui se veut progressiste. Ils sont nombreux à s’en réclamer chez ceux qui se veulent éclairés et à l’avant-garde.
Dans un message pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, - que le Vatican a publié le 21 août, pour une célébration devant avoir lieu en janvier 2018 - le pape François vient de déclarer que « la sécurité des migrants passe toujours avant celle des nations ». Parce que, dit-il, les personnes passent avant les communautés auxquelles elles appartiennent.


La décision de retirer la statue du général Lee à Charlottesville n'était pas - la suite l'a montré - un acte d'apaisement mémoriel ni de paix civile... Les anachroniques et allogènes svastikas brandis par des suprémacistes blancs hallucinés n'étaient, non plus, ni pacifiques ni malignes.
Il y a quelques jours, le général italien Vincenzo Santo, interrogé par un journaliste sur la submersion migratoire actuelle, affirmait : « il suffit d'utiliser l'armée pour la mission qui est à l'origine de sa création, celle de défendre nos frontières. Il est tout à fait possible de mettre le holà à cette immigration désordonnée et massive. En quelques jours, l'armée italienne pourrait y mettre fin ».
Depuis Le Radeau de Mahomet, paru en 1983, et jusqu'à présent, dans vos écrits, on ressent une certaine peur de l'Islam, comme d'ailleurs chez d'autres intellectuels occidentaux. Cette religion est-elle si dangereuse que cela ?
Même mes pires détracteurs, je crois, reconnaissent que je n'ai cessé, tout au long de mes reportages et de mes livres, de décrire les réussites historiques des cultures islamiques, de l'Indus au Sénégal via le Nil ou la Moulouya, sans m'interdire pour autant de critiquer ce qui me paraissait devoir l'être car, selon le mot de Beaumarchais, « sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ». Hélas, cette civilisation musulmane a peu à peu décliné jusqu'à ne plus vivre que de ses souvenirs ; et si elle est en train de renaître à présent, je crains que ce ne soit sous une forme politico-religieuse radicale qui a déjà commis de nombreux dégâts...Quant aux autres « fondamentalismes », ils font bien pâle figure de nos jours, sauf peut-être, il est vrai, sous forme d'interventions militaires euro-américaines en pays d'Islam. Et c'est d'ailleurs pour cela que, tel le philosophe français indépendant Michel Onfray, j'ai toujours été hostile aux expéditions occidentales, notamment françaises, à l'étranger, sauf ponctuellement lorsqu'il s'agit uniquement de sauver nos ressortissants. La comparaison entre les attentats islamistes aveugles et nos bombardements anti-djihadistes qui tuent également des civils au Levant, en Libye ou en Afrique noire, n'est pas du tout infondée. Il faut laisser les Musulmans vider entre eux leurs querelles, tout en leur proposant évidemment nos bons offices diplomatiques.
Depuis plusieurs années, une poche islamiste s'était constituée dans la montagne libanaise appelée Antiliban, à cheval sur la frontière syrienne, à quelques kilomètres du beau site antique de Baalbek. De là, le Front al Nosra (rebaptisé depuis Fatah al Cham) se sentait suffisamment sûr de lui pour faire des incursions dans la Plaine de la Bekaa. Il y avait affronté l'armée libanaise, tuant et faisant prisonnier plusieurs de ses soldats. Il faut noter que des éléments de Daesh étaient venus lui prêter main forte ; il décapitera deux soldats libanais...
La semaine dernière, le Roi Mohammed VI du Maroc a tenu un discours remarquable sur le terrorisme et l’islamisme en Europe, à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance marocaine.
Il peut sembler facile, très facile, et même trop facile, de dire du mal de Donald Trump et de son administration. Hélas, il est difficile d’en dire autre chose !
Face au chaos libyen qu’ils ont provoqué, s’obstinant à nier le réel et encalminés dans le néocolonialisme démocratique, les « Occidentaux » ont prétendu reconstruire la Libye autour d’un fantomatique gouvernement d’ « Union nationale ». Présidé par M. Fayez Sarraj, ce GUN est en réalité l’otage des milices islamistes de Tripolitaine et des Frères musulmans de Misrata.