Jérusalem, la folle décision de Trump
Par Antoine de Lacoste

Trump n'en rate pas une pour embraser l'Orient.
Il a d'abord remis en cause l'accord nucléaire avec l'Iran, accusant, contre tout bon sens, celle-ci de terrorisme. Il a ensuite donné blanc-seing à l'Arabie Saoudite pour ses initiatives calamiteuses au Yémen avec, à la clé, une guerre sans issue. Puis il laisse ses troupes occuper la Syrie en toute illégalité et sans savoir quoi en faire.
Il s'attaque maintenant au symbole des symboles : Jérusalem.
En annonçant que les Etats-Unis transféreront leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, Trump fait ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait osé, même George Bush junior, pourtant peu avare d'initiatives calamiteuses.
Il conforte ainsi Israël dans sa politique qui viole constamment le droit international, en particulier par sa colonisation brutale de terres palestiniennes. Elle se traduit par des expropriations répétées, des vols en fait (lisez à ce sujet l'émouvant petit livre de Vera Baboun, maire chrétienne de Bethléem : Ma ville emmurée).
Mais Trump n'en a cure car il fait cela pour de strictes raisons de politique intérieure.
Il faut savoir que le Congrès américain a voté en 1995 le Jérusalem Embassy Act, qui prévoyait ce transfert. Mais une clause prévoyait que le Président des Etats-Unis pouvait repousser de six mois en six mois l'application de cette loi en fonction de la situation géopolitique locale.
Pendant sa campagne électorale, Trump, pour conforter son électorat de la droite évangélique protestante, s'était engagé à ne plus repousser l'application de l'accord. Pour les évangélistes, en effet, le retour du Messie sur terre passe par la reconnaissance d'Israël comme Etat juif avec Jérusalem comme capitale...
De plus, de très importants bailleurs de fonds de la campagne présidentielle de Donald Trump venaient du lobby sioniste (comme d'ailleurs chez Hillary Clinton) et les pressions, une fois l'élection acquise, étaient de plus en plus fortes.
Certes, aucune mesure concrète n'a encore été prise pour le déménagement de l'ambassade. Mais la décision étant maintenant annoncée, le principal verrou a sauté et ce n'est plus qu'une question de temps.
Il est évident que les Palestiniens n'ont guère les moyens de s'opposer à une telle mesure et si une nouvelle révolte éclate elle sera, comme les autres, sanglante mais stérile. Tout au plus, cela peut permettre aux deux factions rivales, l'Autorité palestinienne et le Hamas de se rapprocher. Mais là encore, cela ne saurait peser sur le cours des événements.
Les réactions dans le monde arabe ont été à l'aune des divisions actuelles : Ryad s'est à peine exprimé, la Jordanie, gardienne des lieux saints musulmans, a émis une protestation de principe et Téhéran a accusé l'Amérique de provocation.
Poutine a condamné bien sûr, tout comme les dirigeants occidentaux mais que peuvent-ils faire d'autre ?
Alors c'était au monde chrétien de réagir, en particulier le Vatican. Car au fond cette nationalisation de Jérusalem au profit d'un Etat confessionnel, lieu où le Christ est mort sur la Croix et où des millions de pèlerins viennent chaque année se recueillir sur son tombeau, est un acte qui attaque le cœur du christianisme.
Mais il ne s'est rien passé, ou presque.
Alors, devant cette passivité générale, il faut au moins que les catholiques prennent conscience de l'offense qui leur est faite. •
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« Le nationalisme est l'état de nature des relations internationales ».




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