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Le cauchemar kurde

 

par Louis-Joseph Delanglade

 

logo lundis.jpgOn sait désormais que la chute du « califat » proclamé à Raqqa en 2014 par l’ « émir » Al-Baghdadi (re)pose à la région le problème kurde, c’est-à-dire la revendication par les combattants kurdes de la coalition d’un Etat indépendant qui pourrait s’appeler « Kurdistan ». Dans sa plus grande extension, c’est-à-dire en s’étendant de manière très inégale sur quatre pays souverains (Syrie, Irak, Iran et, surtout, Turquie), le Kurdistan pourrait couvrir un territoire presque aussi grand que la France et être peuplé (émigration non comprise) de trente à trente-cinq millions d’habitants. Le problème trouverait son origine dans le non respect d’une promesse faite par Britanniques et Français d’établir sur les ruines de l’empire ottoman un Etat kurde (ce qu’invite à penser le traité de Sèvres, 1920), Mustapha Kemal ayant obtenu qu’il n’en soit plus question (traité de Lausanne, 1923). Peut-être cela a-t-il été une erreur, peut-être pas. Ce qui compte aujourd’hui, ce sont les faits d’aujourd’hui. 

Plusieurs approches sont possibles. La plus stupide, parce qu’elle n’est fondée que sur le sentiment, est l’approche « romantique » et sa variante, l’approche morale. Bon exemple de la première, M. Lévy, l’homme à la chemise blanche, qui s’est beaucoup mis en scène aux côtés des peshmergas. Mais n’est pas Byron qui veut : ce dernier, partisan enthousiaste de l’indépendance grecque, a eu la bonne idée d’aller mourir en 1824 à Missolonghi, même si ce n’a pas été au combat. Et puis, la Grèce c’est - quand même - autre chose que le Kurdistan. Pour la variante, on citera M. Guetta (France Inter, 16 octobre) : « les Kurdes ont conquis le droit moral à l’indépendance ». On peut se demander qui va faire respecter ce « droit », c’est-à-dire qui a intérêt à ce que ce droit soit respecté. Personne, semble-t-il. 

14089113_1315644015142623_3953563346437149643_n.jpgLa pire approche se fonde(rait) sur le fameux « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », droit dûment recensé dans la Charte de l’ONU, droit qui s’appuie sur le funeste principe des nationalités dont on sait les ravages qu’il a pu engendrer en Europe aux XIXe et XXe siècles, aboutissant notamment à la destruction de la Double monarchie austro-hongroise et à l’affirmation de la grande Allemagne - avec toutes les conséquences que l’on sait. On pourrait certes profiter de la faiblesse des Etats syrien et irakien pour laisser s’installer une entité kurde mais cette « entité » ne serait qu’un petit Kurdistan (environ 20% du territoire et 25% de la population), au demeurant fort peu homogène, et constituerait surtout un tel danger et une telle provocation pour les deux Etats forts de la région  (Turquie et Iran, 75% de la population et 80% du territoire kurdes) qu’on voit mal ces derniers répondre autrement que par la guerre.

Les choses étant donc ce qu’elles sont, la création d’un Etat kurde constituerait une faute politique grave qui déstabiliserait une fois de plus et pour longtemps tout le Proche-Orient. Or, on ne voit pas très bien en quoi cette instabilité répondrait aux intérêts français et européen. A contrario,  l’élimination de l’Etat islamique ouvre des opportunités à la France pour reprendre pied dans la région en lui permettant de retisser des liens politiques et économiques avec Ankara, Téhéran et les autres. 

Commentaires

  • Très intéressante analyse de la situation kurde de Monsieur Delanglade. Il serait temps que la France dirigée par ses élus et non par des intellectuels non élus et non responsables, se positionne en fonction de ses seuls intérêts et non de chimères romantiques ou morales. Quant à une position morale, nos dirigeants devraient avoir à l'esprit qu'une position morale un jour peut devenir à plus ou moins long terme irréaliste et destructrice pour ceux dont on pensait défendre les droits et la sécurité. A titre d'exemple, il faut se souvenir de la position morale de la France à l'aube des rebellions populaires assez récentes en Tunisie et surtout en Lybie qui ont permis à des groupes extrémistes et dangereux de tenter et parfois de réussir à s'emparer du pouvoir en semant la mort et la désolation au sein des populations locales.

  • Bien d'accord avec Gilbert Claret qui résume excellemment la question. Et, bien-sûr, avec le "Lundi" de LJD.
    Ce matin même, d'ailleurs, BHL a réitéré sur France Inter ses positions pro-kurdes. A base de moraline. Il tente d'être Chateaubriand ou Malraux. C'est un tantinet grotesque. Malheureusement, il ne faut pas sous-estimer son influence ...

  • Les faits d'aujourd'hui c'est tout de même qu'un peuple partagé contre son gré entre trois Etats différents va continuer à s'agiter et à susciter des troubles dans ces trois pays, donc contribuer à l'instabilité régionale. Quelle est la solution "raisonnable", même si elle ne nous concerne pas directement ?... Et si ce droit des peuples à disposer d'eux-mêmes on l'utilisait, chez nous en France, pour justifier et réclamer un référendum par lequel le peuple français dirait clairement s'il est d'accord ou pas avec cette politique d'immigration de masse, calamiteuse et dangereuse pour sa survie identitaire, que lui imposent tant nos gouvernements que l'U.E., est-ce que ce serait scandaleux ?

  • Ce ne serait pas scandaleux et ça n'a rien à voir.
    Nous sommes un Etat constitué depuis 10 ou 15 siècles.
    Notre survie en tant que peuple n'est en rien facteur de trouble de l'ordre européen et ne suppose le démentèlement d'aucun autre Etat.
    Vraiment rien à voir avec les Kurdes !

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