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  • Martinique, "Vendée créole" : la victoire des royalistes sur les républicains en 1794...

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    Vendée créole - La chouannerie en Martinique, Odile de Lacoste Lareymondie, Via romana, 2015, 89 pages, 15 euros

    Quatrième de couverture :

    Histoire inconnue du grand public et ignorée des manuels scolaires, la victoire de la Vendée créole contre la République en 1794 fut celle des blancs, mulâtres et noirs unis dans une même résistance à la barbarie révolutionnaire.

    Mais quelles furent les motivations, les figures et les campagnes de cette armée fidèle à son Dieu, fidèle à son roi ? Qui connaît encore l'incroyable destinée de son chef, Bernard de Percin, le Charette de la Martinique, celle de Dubuc de Marcoussy le fier artilleur, de Sainte-Catherine et Montlouis Jaham à la tête de leurs compagnies d'hommes de couleur ?

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  • Mathieu Slama : « Le grand drame de la modernité »

     

    Mathieu Slama, essayiste, vient de publier son premier livre : La guerre des mondes : réflexions sur la croisade idéologique de Poutine contre l’Occident. Nous publions d'autant plus volontiers l'entretien qu'il vient de donner à Boulevard Voltaire [23.06] qu'il y exprime des idées tout à fait essentielles qui sont nôtres et qu'en peu de mots il définit la nature de l'affrontement entre la modernité et la tradition. Soit, « deux grandes visions du monde concurrentes : le monde libéral d’un côté, exaltant l’individu et son émancipation ; et le monde de la tradition, exaltant la communauté et l’enracinement. » Qu'on veuille bien lire cet entretien et l'on comprendra davantage encore pourquoi nous avons écrit le 27 mai dernier, à propos de son premier livre : « Nous prévenons les lecteurs de Lafautearousseau; ces réflexions sont importantes. Il faudra être attentifs désormais aux publications de Mathieu Slama ! ». Nous confirmons. LFAR 

     

    sans-titre.pngVous parlez d’une croisade de Moscou contre l’Occident, mais l’offensive n’est-elle pas plutôt menée par les États-Unis, Poutine se bornant à défendre les traditions ?

    Il y a sans doute une part de provocation dans le choix du mot « croisade », mais aussi deux raisons essentielles : d’abord, Poutine lui-même a décidé, depuis quelques années, de s’attaquer frontalement au modèle libéral des sociétés occidentales. Non seulement il défend les valeurs traditionnelles de la Russie, mais il s’en prend explicitement aux pays euro-atlantiques, et à l’Europe tout particulièrement, qu’il accuse de rejeter ses racines et de tomber dans le « primitivisme », au mépris des « valeurs spirituelles de l’humanité ». Ensuite, le mot « croisade » contient une dimension éminemment religieuse, et il se trouve que c’est aussi sur ce terrain que Poutine s’en prend à l’Occident. Défendant « les valeurs de la famille traditionnelle, de la vie humaine authentique, y compris de la vie religieuse des individus », il s’est attaqué à plusieurs reprises à la conception européenne de la laïcité. On connaît aussi sa proximité affichée avec l’Église orthodoxe, qu’il lie étroitement, dans ses discours, au destin national de la Russie. 

    Voici l’intuition de mon livre : ce qui se joue dans le conflit entre Poutine et les pays occidentaux est bien plus fondamental qu’un simple conflit d’intérêts sur les dossiers syrien ou ukrainien. Il y a, en arrière-plan de tout cela, le retour d’un vieil affrontement entre deux grandes visions du monde concurrentes : le monde libéral d’un côté, exaltant l’individu et son émancipation ; et le monde de la tradition, exaltant la communauté et l’enracinement.

    Vous présentez Poutine comme une personnalité attachée à l’égalité entre les nations. Mais est-il vraiment cet apôtre du droit international et de la non-ingérence ? Nous pensons à la Géorgie, à l’Ukraine. Stratégie rhétorique ?

    Un des mots les plus souvent utilisés par Poutine est « diversité du monde ». Dans son discours, l’Occident se rend coupable de vouloir modeler le monde à son image. Il y a là un argument essentiel qu’il faut entendre (stratégie rhétorique ou non) : l’Occident est persuadé que son modèle libéral est applicable au monde entier. Il suffit de feuilleter les reportages dans les médias français sur l’Iran, par exemple : on célèbre ce pays parce qu’il s’occidentalise ! Mais on crie à l’obscurantisme dès qu’il s’agit d’évoquer ses composantes traditionnelles. C’est tout le paradoxe de nos sociétés libérales : nous exaltons l’Autre mais ce n’est que pour annihiler son altérité. Il y a, dans cet universalisme occidental, un mélange d’incompréhension et de mépris. Cet universalisme est aussi dangereux quand il se transforme en action extérieure (cf. les ingérences occidentales catastrophiques au Moyen-Orient).

    En revanche, il est exact que Poutine ne s’applique pas forcément cette règle de non-ingérence. Poutine n’est pas un saint : il y a, chez lui, une ambition impériale, liée à une volonté de protéger les intérêts stratégiques de la Russie face à une Amérique agressive et intrusive. Comme le disait Soljenitsyne, qui s’inquiétait du renouveau impérialiste russe, plutôt que de chercher à s’étendre, la Russie devrait plutôt s’attacher à conserver l’âme du territoire qu’il lui reste. 

    Faisant l’éloge de l’enracinement, vous prenez l’exemple de Bilbo, un Hobbit frileux à l’idée de quitter sa terre natale pour partir à l’aventure. Attachement que vous qualifiez de « noble ». Or, il me semble plutôt que les Hobbits incarnent cette prudence petite-bourgeoise, aux antipodes de la vraie noblesse qui est lutte pour la vie, mépris du confort matériel et passion pour les équipées lointaines.

    Pour illustrer les limites du modèle libéral occidental, j’évoque, en effet, la belle parabole de Tolkien sur le combat de plusieurs communautés fictives qui luttent pour leur survie face à un ennemi technicien et guerrier. Les Hobbits sont des personnages intéressants car ils vivent en vase clos, selon des rites traditionnels immémoriaux. Ils partent à l’aventure à contrecœur, ayant sans cesse la nostalgie de leur terre durant leur voyage. C’est cette nostalgie que je trouve formidable, parce qu’elle représente tout ce que nous avons perdu en Occident. Le rapport à la terre, au lieu, comme disait Levinas, le sens de la mesure, la perpétuation de vieilles traditions qui donnent un sens à notre existence : tout cela ne veut plus rien dire pour nous autres Occidentaux. Les Européens ne comprennent plus qu’un seul langage, celui des libertés individuelles. C’est cela, le grand drame de la modernité.

    Entretien réalisé par Romain d’Aspremont 

    Essayiste
     
     
  • Pour saluer Dantec

     

    Maurice G. Dantec, par Gérard Leclerc

     

    GERARD LECLERC.JPGL’écrivain Maurice Georges Dantec est mort samedi soir à Montréal au Québec, où il s’était installé depuis longtemps, fuyant, semble-t-il, une France où il n’était plus guère à l’aise. Qu’on le veuille ou pas, qu’on l’ait aimé ou détesté, il faut se rendre à l’évidence que la littérature est, bel et bien, en deuil, parce que le défunt l’avait admirablement servie, avec une liberté supérieure. Provocateur né, il était porté aux sentiments extrêmes, et l’air qu’il respirait était celui des grands espaces métaphysiques, voire apocalyptiques. Il définissait un de ses romans Villa Vortex, comme une parabole sur la création du monde, sur la chute, sur la Genèse. Et il n’hésitait pas à se réclamer de la théologie. Et tenez-vous bien, il se définissait comme catholique intégral.

    Un critique littéraire du Figaro parlait à son endroit de catholicisme sauvage. « Mon catholicisme, déclarait-il au même journal en 2003, c’est celui du Christ, de saint Paul, de saint Jean, des Pères de l’Église : Tertullien, Origène, saint Hilaire, saint Athanase… tous ceux qui, entre 0 et 600 ont bâti le corpus christologique. » Il n’était pas tendre avec les fadaises d’un christianisme light contemporain. Ce n’est pas pour autant qu’il faut le considérer comme un Père de l’Église pour aujourd’hui. Néo-réactionnaire revendiqué, il était sans doute souvent injuste, excessif, scandaleux parfois. Rien ne lui faisait plus plaisir que d’être comparé à notre Léon Bloy, qui lui aussi ne craignait pas une certaine brutalité morale. Mais l’univers bernanosien, qui peut servir également de modèle de comparaison, n’était-il pas marqué par une volonté de porter à l’extrême la noirceur du monde, avec une déformation heurtée de la réalité qu’on a pu rapprocher de l’art expressionniste du début du XXe siècle ?

    Dantec forçait encore la note. A-t-il pu ainsi ouvrir un registre mystérieux à ses lecteurs, que la culture actuelle avait enfermée dans la clôture d’une intériorité nihiliste ? Au moins aura-t-il secoué sérieusement ses contemporains, en se servant de l’instrument littéraire en virtuose et en sombre prophète. C’était le contraire d’un tiède, et son incandescence le vouait au paradis des plus fortes espérances.  

    France Catholique [28.06]

    Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 juin 2016.

  • UNE SERVANTE COMBLEE

     Sa Majesté le roi Mohamed VI

     

    Par Péroncel-Hugoz

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Peroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR  •

     

    peroncel1.jpgMARDI 29 MARS 2011, VOL CASA-MARSEILLE 

    Hier, sans le savoir et sans crier gare, le roi du Maroc m'a causé un intense plaisir personnel. J'en ai lu le reflet très net, ce matin, dans les yeux de ma fidèle servante Faouzia : hier, elle a vu le monarque, chez elle, dans son bidonville où, depuis 3 ans, elle attend, la concrétisation des promesses du Makhzen [1], c'est-à-dire des logements décents et bon marché.

    Depuis 3 ans, moi-même je n'y croyais plus, mais elle, si, me disant régulièrement : « Le roi l'a promis !». Donc, hier, avec force voitures noires, fonctionnaires habillés de la même couleur, heureusement sur fond de drapeaux rouges, Sa Majesté chérifienne, malik et emir el mouminine [2], est venu, s'est montré à la foule des bidonvilles en délire, priant pour capter un peu de la baraka [3]  alaouite, et il a promis des maisons pour dans deux ans [4].

    Attendons, confiants comme Faouzia et les autres habitants du karyan [5], Ech-Chalalat, les Cascades - lesquelles (j'y étais dimanche dernier) sont devenues des poubelles géantes depuis le départ des derniers Européens du lieu, il y a peu d'années...  •

    1. L'Etat royal marocain

    2. Roi et prince des croyants (ou commandeur des croyants musulmans)

    3. Grâce divine pouvant être obtenue en touchant un personnage comme le roi, réputé descendre de Mahomet

    4. Et il a tenu parole

    5. Bidonville

  • Ephéméride du 30 juin

    American friends of Versailles, fondés le 30 juin 1998

     

    1470 : Naissance du futur Charles VIII

     

    Il n'aura qu'un règne très court, durant lequel il sera, en quelque sorte, conduit par les modes et l'air du temps, notamment l'esprit d'aventure qui soufflait sur la France d'alors (en pleine pré-Renaissance, si l'on peut dire) dont a parlé Jacques Bainville : 

    CHARLES VIII.jpg

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  • Roger Scruton : « Le Brexit est un choix éminemment culturel »

     

    Par Vincent Trémolet de Villers

    Le grand philosophe britannique Roger Scruton* justifie le choix de ses compatriotes, qui assimilent le projet européen à la disparition de l'État-nation. Il s'en entretient avec Vincent Trémolet de Villers [Figarovox 28.06]. Et nous sommes en accord profond avec sa vision de l'Europe : celle des peuples, des nations et des Etats.  LFAR 

     

    Images-stories-Photos-roger_scruton_16_70dpi_photographer_by_pete_helme-267x397.jpgQue vous inspire le vote des Britanniques ?

    Je suis fier de nos concitoyens. Ils ont eu le courage de déclarer leur volonté de se gouverner eux-mêmes. Ils ont dit clairement qu'ils voulaient reprendre le contrôle de leur pays. Je suis fier, mais je suis inquiet aussi. Nous allons subir, je le crains, de nombreuses tentatives qui viseront à faire annuler ce résultat ou à en réduire les effets. Je crains aussi que le Royaume-Uni se fragmente. La vérité est que le choix qui nous a été proposé n'était pas de mon point de vue le plus judicieux.

    À la dialectique imposée : « Voulez-vous quitter ou rester dans l'Union européenne ? » nous aurions dû préférer une troisième possibilité : la rédaction d'un nouveau traité, adapté à la situation de l'Europe d'aujourd'hui. Traité que nous aurions pu soumettre à toutes les nations pour qu'elles y souscrivent.

    Comment expliquez-vous le choix des électeurs. Est-il économique ou culturel ?

    C'est un choix éminemment culturel. Les électeurs ont réagi contre deux effets de l'Union : la nécessité de vivre sous des lois imposées de dehors et la nécessité d'accepter des vagues d'immigrés de l'Europe - surtout de l'Europe de l'Est - dans des quantités qui menacent l'identité de la nation et sa cohésion. Ils veulent reprendre en main le destin de leur nation. C'est la cause profonde de ce vote.

    L'Union européenne est-elle, selon vous, un projet politique condamné à la dislocation ?

    C'est une évidence. Ce projet n'a jamais vraiment reçu l'approbation du peuple européen et il érode la partie la plus essentielle de notre héritage politique : l'État-nation. La motivation de ceux qui ont initié le projet d'union - Jean Monnet surtout - était alimentée par une peur de l'État-nation qui débouchait forcément sur le nationalisme. Pour Monnet il n'y a pas de nationalisme sans hostilité envers les autres nations. Lui et ses associés ont décidé, sans l'assentiment des peuples européens, d'abolir les frontières, de diminuer la souveraineté nationale et de créer une union politique. Les gens ordinaires, au départ, n'ont cru qu'à une entente commerciale. « Communauté de l'acier et du charbon », le projet, à l'origine, n'était présenté que sous ce type de forme. Petit à petit la mesure des ambitions des fondateurs s'est révélée, l'élargissement impressionnant a donné au projet une dimension préoccupante et chaque mouvement de résistance a été neutralisé par des manœuvres non démocratiques. La plus choquante fut le traité de Lisbonne voté par les parlements des pays européens et parfois même, comme en France, contre le choix exprimé, dans les urnes, par le peuple.

    Pour Monnet et sa génération, la nation c'était la guerre…

    Si, dans notre histoire, des formes de nationalisme ont menacé la paix du continent (celui de la France révolutionnaire, par exemple, et surtout celui des Allemands au XXe siècle), d'autres formes de nationalisme ont, à l'inverse, contribué à la paix de la Vieille Europe. Je pense, par exemple, à celui des Polonais, des Tchèques et peut-être, si j'ose le dire, celui des Anglais, sans lequel les nazis n'auraient pas été vaincus. Tout dépend de la culture politique et militaire du pays. Je sais bien que la culture de « soft power » que nous associons à l'UE est souvent louée comme un instrument de paix : mais les événements en Ukraine nous ont montré que ce genre de puissance est très peu efficace. Les dangers qui nous entourent aujourd'hui exigent que nous retrouvions les moyens de nous défendre, et la restauration des frontières nationales en est la condition sine qua non.

    Les campagnes ont voté contre les villes…

    Il ne faut pas exagérer : pas contre les villes, mais dans un autre sens que les villes. Dans un petit pays comme le nôtre, la campagne est le symbole de la nation. Sa paix, sa beauté : c'est ce qui est vraiment nôtre. Ceux qui habitent la campagne ont payé cher pour pouvoir y vivre. Ils craignent aujourd'hui de perdre ce qui fait leur environnement, leur identité. Chez eux, le sentiment d'appartenance est bien plus vivace que chez les habitants des villes. Partout en Europe, les gens ordinaires ont perdu confiance dans l'élite politique. Cette défiance se manifeste plus vivement dans la campagne que dans les villes. La cause profonde est sociologique. Être attaché au local, au lopin de terre, à une sociabilité immédiate (celle des villages) nous éveille à l'hypocrisie et aux mensonges de ceux qui peuvent facilement changer leur mode de vie et l'endroit où ils poursuivent leur existence. Ces derniers sont facilement accusés, par ceux qui n'ont que la terre où ils se sont enracinés, de « trahison des clercs ». C'est, bien entendu, une vue réductrice d'une question complexe mais c'est cette vue qui permet de comprendre la fracture qui existe entre le peuple et les élites.

    Croyez-vous au sens de l'histoire ?

    L'idée qu'il y a un « sens » de l'histoire est, pour moi, peu convaincante. Bien sûr, les philosophes allemands,  sous l'influence de Hegel, ont essayé de créer un récit linéaire, qui mène d'une époque à la suivante par une espèce d'argumentation logique. Et peut-être, pour la durée du XIXe siècle, l'histoire européenne avait une certaine logique, étant donné que l'Europe était un système de pouvoir autonome et dominant le monde entier. Maintenant, sous l'effet des forces émanant du Moyen-Orient, de la Chine, des États-Unis, etc., l'Europe se trouve de nouveau dans la condition des autres peuples : sans aucun sens, à part celui qu'elle peut trouver pour elle-même. Malgré cette nouvelle donne, l'élite des institutions de l'UE continue de rejeter les inquiétudes identitaires des gens ordinaires. Pour preuve, ils ont présenté un projet débarrassé des références chrétiennes et niant la validité des nations. Le résultat se voit partout en Europe - une désorientation du peuple, et une révolte électorale contre une classe politique qui pour une grande part de l'opinion publique a perdu tout crédit. 

    *Philosophe de l'esthétique, Roger Scruton a notamment enseigné à Oxford et à la Boston University. La traduction de son essai  How to Be Conservative doit paraître à l'automne aux Éditions de l'Artilleur.

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    Vincent Tremolet de Villers

  • Encore un coup des xénophobes !

     

    Par Natacha Polony          

    Dans cette chronique [Figarovox 25.06] Natacha Polony développe sa réflexion - déjà fort intéressante en soi - en deux points : Le vote pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'est pas un signe de xénophobie. Et, d'autre part, le commencement d'une construction de l'Europe des peuples et des nations serait la traduction politique d'une grande civilisation. Nous n'avons jamais été opposés et sommes même favorables à une telle démarche.  LFAR

     

    brexit-royaume-uni-immigration-europe.jpgIls sont de retour. Les xénophobes, les racistes, ceux qui avaient accompagné le résultat du 29 mai 2005. Ceux qui courent à longueur d'éditoriaux ou de discours, sous la plume de Bernard-Henri Lévy ou de Franz-Olivier Giesbert, dans la voix de Jacques Attali ou de Pascal Lamy. Le peuple a voté, qu'il soit britannique aujourd'hui ou français hier, il a mal voté, il est donc xénophobe. Raciste, même. Voter pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, c'est militer pour la hiérarchie entre les races.

    Voilà déjà longtemps que les tenants de la « seule politique possible » usent de ces notions de racisme et de xénophobie - user étant bien le terme - pour éviter de débattre de la nature et des motivations de leurs choix économiques et politiques. Évidemment, on aurait des raisons non négligeables de soupçonner une entourloupe idéologique, particulièrement de la part de gens qui nous expliquaient il y a peu que la Grande-Bretagne était un modèle de prospérité économique dont nous ferions bien - paresseux et réactionnaires que nous sommes - de nous inspirer, et qui affirment aujourd'hui avec gravité que le vote pro-Brexit n'est qu'une réponse un peu trop éruptive d'une classe ouvrière déboussolée par la crise. Et l'on connaît la suite : qui dit crise, dit besoin de boucs émissaires, dit flambée raciste contre les immigrés…

    Qu'il existe dans tous les pays d'Europe (comme dans toute l'humanité, faut-il le rappeler ?) des racistes rêvant de préserver une supposée pureté, personne ne le niera. Mais voter contre l'Union européenne est-il une marque de xénophobie ? Et, question corollaire, voter pour l'Union européenne relève-t-il de l'amour de l'Autre et, plus largement, de l'adhésion à une citoyenneté européenne ? Et d'ailleurs, citoyenneté ou identité ?

    Ceux qui nous vendent aujourd'hui une Union européenne essentiellement occupée à organiser la libre circulation des profits vers le paradis fiscal luxembourgeois et la libre circulation des travailleurs détachés vers des lieux où les protections sociales sont scandaleusement garanties vont-ils nous expliquer enfin quelle est leur définition de l'Europe ? De fait, on n'en trouve pas trace dans les traités précédemment signés.

    L'Europe est-elle cette civilisation qui naît sur les ruines de l'Empire romain, dans des royaumes convertis de justesse au catholicisme après un passage par l'arianisme ? Doit-on garder le souvenir de la frontière marquée par les missions de Cyrille et Méthode qui la partage entre monde grec et monde latin, cette frontière qui a ressurgi quand l'Allemagne et le Vatican ont reconnu de manière unilatérale la Croatie (catholique et pro-allemande) qui voulait se séparer de la Serbie (orthodoxe et slave) ? L'identité de l'Europe est-elle dans cette communauté de penseurs humanistes qui, après 1453 et la prise de Constantinople par les Turcs, ont redécouvert l'Antiquité grâce aux lettrés byzantins ? Est-elle dans le libéralisme d'Adam Smith ou la déconstruction cartésienne, dans les Lumières de Montesquieu ou dans celles de Kant ?

    Il est curieux que les contempteurs de la xénophobie soient justement ceux qui effacent consciencieusement cette histoire complexe de la civilisation européenne. Ni souvenir lointain de Rome et d'Athènes, ni royaumes chrétiens… surtout pas ! On risquerait de constater que la Turquie, décidément, n'a rien à faire dans l'Europe. On pourrait s'apercevoir que la France a au moins autant à voir avec les pays du pourtour méditerranéen, le Mare Nostrum des Romains, qu'avec les tolérants et froids scandinaves. Bref, mieux vaut nier l'autre, les autres, effacer leur histoire, pour permettre le grand marché. Nier l'histoire spécifique de la Grande-Bretagne, et même accuser le peuple le plus tourné vers le monde d'être désormais fermé sur lui-même. Un comble !

    La négation des nations européennes et de leur histoire, maquillée en lutte contre la xénophobie, ne saurait se prévaloir d'une quelconque « ouverture à l'autre » (surtout de la part de gens qui ont soutenu et parfois suscité les guerres les plus hasardeuses et dont les réfugiés qui frappent aux portes de l'Europe sont les tristes témoins), pas plus que la négation des langues européennes au profit d'un « globish » de technocrates et de financiers ne saurait se faire passer pour un amour de l'Europe et de sa civilisation. Respecter la différence, c'est construire l'Europe sur l'articulation de ses différences et la liberté de ses peuples. C'est se souvenir que le peuple anglais n'a jamais eu besoin des leçons des élites françaises pour résister aux folies meurtrières.

    Mais la vérité, c'est que la globalisation, unique programme de l'Union européenne, déteste les différences et s'accommode mal de l'esprit des peuples et de l'histoire des nations. Alors, remercions les Anglais qui, une fois de plus, nous ont rappelés aux devoirs des grands pays. « Ce n'est pas la fin, disait Churchill en 1942, ni même le commencement de la fin, mais c'est peut-être la fin du commencement. » Le commencement d'une construction de l'Europe des peuples et des nations, traduction politique d'une grande civilisation. 

    Natacha Polony           

  • La dhimmitude au quotidien [3]

    Le pape François en compagnie d'un dignitaire musulman. Sa décision de ramener de Grèce des réfugiés musulmans en « oubliant » un peu vite les chrétiens d'Orient a choqué une partie de l'opinion catholique. Le souci de pacification interreligieuse conduit sans-doute le pontife romain à entretenir certaines illusions vis à vis de l'Islam. 

     

    PAR PÉRONCEL-HUGOZ

    Œuvrant en terre d'Islam depuis 1965 (administrateur civil, correspondant ou envoyé spécial du Monde, directeur de collection éditoriale et, à présent, chroniqueur au 360, un des principaux quotidiens marocains en ligne), Péroncel-Hugoz n'est sans doute pas le plus mal placé pour décrire le sort des chrétiens vivant sous autorité musulmane.

    IMG - JPEG - Copie.jpg« J'avais un jour demandé à un jeune prêtre cairote comment tant de ses coreligionnaires avaient pu résister depuis plus de 1000 ans à l'islamisation, laquelle, d'un coup, simplifie la vie: il me répondit sans hésiter : " Nous prions !" ». 

    ISIIMOMANIE DU VATICAN 

    Des prières bien solitaires car, depuis plus d'un demi-siècle l'église de Rome, sauf exceptions individuelles, s'est montrée peu solidaire de nos frères orientaux, jusqu'à manifester même parfois une provocante « islamomanie », comme le pape François ramenant avec lui ce printemps, d'un bref passage en Grèce, trois familles syriennes musulmanes alors que chacun sait que les réfugiés chrétiens, eux, ne pourront uns doute jamais retourner dans leurs foyers au Levant... Passons sur les imams « belges » qui ont refusé de prier pour les victimes « mécréantes » des attentats de 2016 à Bruxelles, ce qui, en effet, est conforme aux prescriptions islamiques en vigueur depuis l'Hégire. Cependant, ne jetons pas la pierre trop vite aux musulmans installés chez nous et où, quoiqu'on dise, c'est de notre seul fait qu'ils ont été généralement choyés au point de créer une véritable « préférence étrangère » qui explique une bonne partie du vote ouvrier français pour le Front national; en ne manifestant que pas ou très peu de compassion à notre égard, en ne s'impliquant guère dans le combat verbal contre l'islamisme, « nos » mahométans n'ont fait, là aussi, qu'obéir aux préceptes élémen­taires de leur religion : voile féminin, auto­rité des maris sur les épouses, polygamie, répudiation, héritage double pour les garçons, égorgement à vif des animaux, guerre sainte, tout ce qui choque ou plutôt effraie une partie de l'opinion occidentale, est clai­rement énoncé, jusque dans les détails par le Coran, parole d'Allah, et la Sunna, parole de Mahomet : « Vous formez la meilleure de communautés ! », dit Dieu aux mahométans dans la sourate de la famille d'Imrane tandis que celle de la Table servie interdit : « Ne prenez pas pour amis les chrétiens ! ». Ou encore celle de l'Immunité : « qu'Allah anéantisse [les chrétiens], ils sont tellement stupides ! ». Et ainsi de suite. Les musulmans appliquent simplement leur religion car, dès leur arrivée en Europe, nous les avons laissés faire sans restrictions comme s'ils étaient en terre d'Islam. 

    SALAFISTES ET WAHABITES 

    C'est une naïveté de croire que La « radi­calisation » d'un certain nombre de jeunes mahométans installés en Europe ou restés chez eux soit due à quelques fougueux imams « salafistes » ou « wahabites ». Ladite radicalisation, elle est tétée au sein, elle est apprise aux bambins par ces excellentes mères analphabètes, croyant dur comme fer à la supériorité de l'Islam sur le reste de l'Humanité et observant le devoir de tout « croyant » d'œuvrer à l'islamisation de la planète, comme jadis les mères euro­péennes enseignaient à leur progéniture la valeur inestimable de nos « racines chrétiennes » que le président Chirac et ses pareils ont rejetées car « les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chré­tiennes... » Il est patent que des jeunes Français de souche sans religion sont passés à l'Islam afin d'y retrouver une nourriture spirituelle que le christianisme occidental ne leur propose plus.

    (A suivre)

    Lire ...
     
     


    Repris de La Nouvelle Revue d'Histoire avec l'aimable autorisation de l'auteur

    LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE • 43 Hors-série n° 12 • Printemps 2016

     

  • Trop attendrissant, n'est-ce pas ? Ces gens-là sont des sentimentaux, à l'évidence !

    Jean-Claude Juncker et Pierre Moscovici, le 27 juin 2016 - Crédits photo : FRANCOIS LENOIR/REUTERS

  • Toulon : Ce mercredi 29 juin au Café Histoire évocation des catholiques du « Midi blanc »

     

    Comme tous les derniers mercredis du mois, la prochaine causerie se tiendra le mercredi 29 juin 2016 devant les Amis du Pub Le Graal. Cette sixième causerie 2016, animée par Philippe Lallement, portera sur le thème :  La mémoire disparue des catholiques du « Midi blanc ». 

    Parce que rien de ce qui touche à la Provence n’est étranger à la curiosité et au territoire du Café Histoire de Toulon, Philippe Lallement va utiliser plusieurs études provinciales pour retrouver la mémoire disparue du Midi blanc. Dans l’imaginaire politique, le Midi est rouge. Pourtant un Midi blanc, donc catholique, s’est opposé à ce Midi rouge, mais qui le sait ? A part quelques très rares universitaires provinciaux, l’histoire savante se désintéresse du Midi blanc. Elle l’ignore presque. Philippe Lallement présentera plusieurs exemples représentatifs pour faire découvrir différentes facettes de la sensibilité des blancs du Midi. Dans cette première causerie, il abordera la période de l’émergence du Midi blanc entre 1790 et la fin de la Restauration en 1830. 

    Lire aussi ...

    Article Café Histoire de Toulon - Mai 2016  [Cliquer]

    Café Histoire de Toulon - Causerie d'Alain Vignal [Cliquer] "Les confréries de Pénitents provençales et le catholicisme social ". 18 pages avec illustrations.  

    Le Grall, Pub associatif des missionnaires de la Miséricorde (adhésion 1 €)
    377 avenue de la République , 83000 Toulon
    La soirée pourra se poursuivre autour d’une pizza (Participation aux frais)
    Contact : cafehistoiredetoulon@gmail.com

    Café Histoire deToulon Programme 2016 des causeries du Grall

  • Ephéméride du 29 juin

    Le 20H aujourd'hui (Pierre Sabbagh lance le premier journal télévisé le 29 juin 1949 ) 

     

    1786 : Fin du voyage triomphal de Louis XVI à Cherbourg 

     

    Il avait débuté le 21 de ce mois de juin : on aura un début de relation de cette "anecdote triomphale dans un règne malheureux" ici : 

    http://www.jstor.org/pss/20527905 

    et plus de choses ici :

     

    http://dumouriez.free.fr/pdf/chap4.pdf

     

    LOUIS XVI MEDAILLE CHERBOURG 1786.jpg
     
    La mer domptée à Cherbourg, Médaille commémorative de la visite de Louis XVI (cuivre, 64mm, signée Duvivier)
     
     
    louis xvi cherbourg 1786 CREPIN.jpg
    Louis XVI visite les travaux du port de Cherbourg, par Louis-Philippe Crépin
     
     
    Témoignage parlant et émouvant : à Houdan, l'Auberge de la fleur de lys témoigne du passage de Louis XVI lors de ce voyage triomphal : dans notre album Fleur de lys, fleurs de lys... voir la photo Auberge de la fleur de lys, à Houdan
     
     
    24 juin,loi d'exil,orléans,du pont de nemours
     

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  • Le petit prince Joseph de France a été baptisé dimanche dernier à Dreux

    Le prince Joseph dans les bras de la duchesse de Vendôme

     

    Dimanche 26 juin, les cloches sonnent à 11 heures à l'église Saint Pierre de Dreux, annonçant l'arrivée du Prince Joseph.

    Le 4ème enfant du Duc et de la Duchesse de Vendôme va en effet être baptisé. Sur le parvis, dans les bras de sa mère, la Princesse Philomena, le petit prince est entouré de son père, le Prince Jean et de ses parrains : SAR D. Afomso de Bragance, SAS Wenzel de Liechtenstein, et Benedikt du Cassé, cousin de la princesse,  et de ses marraines : SAR Marie-Liesse d'Orléans (épouse du prince Eudes), SAS Tilsim de Liechtenstein et de Kildine Stevenson, fille de la Princesse Chantal. La cérémonie commence et c'est durant la messe que le petit Joseph est baptisé. La cérémonie terminée, parents et amis se rendent au Domaine royal où vivent les Ducs de Vendôme. Le soleil étant de la fête, c'est un plaisir de se promener dans le merveilleux parc du domaine. Un délicieux déjeuner est servi dans « l'évêché », petit manoir que la fondation Saint Louis réserve aux réceptions. Joseph toujours dans ses dentelles et rubans, va rejoindre son berceau alors que ses parents s'occupent de leurs invités avec leur gentillesse et leur simplicité habituelles. La vie à Dreux est dominée par le sens de la famille et la convivialité.

    Cette journée en fut le meilleur exemple. 

    Francesca 

     

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    Le prince Joseph dans les bras de sa grand-mère, la duchesse de Montpensier. A ses côtés, la princesse Marie-Liesse d'Orléans, duchesse d'Angoulême

     

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    Le baptême du prince Joseph de France en l’église Saint-Pierre de Dreux (Copyright photo : L’Echo Républicain)

  • Brexit : la seule panique est dans les médias

     

    Une analyse pertinente de Patrice de Plunkett   [25.06]

     

    hqdefault.jpgComment peuvent-ils dire que la campagne du "out" s'est faite sous le signe de la peur ? C'est celle du "in" qui a voulu terroriser le votant ! (sans succès, le peuple anglais n'étant pas facile à terroriser). Et la campagne de peur continue : cette fois à la télévision française.

    Il fallait voir le spectacle toute la journée d'hier. Nos commentateurs étaient courroucés. Certains en perdaient le souffle. Les présentatrices prenaient de petits airs sarcastiques. Des experts jetaient en l'air rageusement la liste de "tous les problèmes à résoudre maintenant", comme si la vie politique ne consistait pas à résoudre des problèmes. Sur iTélé et BFM, le défilé des breaking news (comme disent nos newsrooms) annonçait en boucle la "panique" et le "tremblement de terre" boursiers... alors que les chiffres ne montraient rien de tel, surtout pas à Londres où la Bourse ne perdait que 3 points. La crise de nerfs annoncée ne se produisait que dans les équipes rédactionnelles.

    Pourquoi cette attitude ? Parce que jusqu'ici l'irréversibilité de "l'Europe" formait l'univers mental des médias. Ils étaient habitués depuis plusieurs dizaines d'années à distribuer l'éloge et le blâme : comme dit Hubert Védrine, l'UE était le bien, critiquer l'UE était le mal. Etre "européen" faisait partie d'un ensemble normatif : "je suis féministe [*] et européenne", tranchait Marie Darrieussecq il y a vingt ans. (Pour n'être pas "européen", il fallait être un déviant, suspect de vouloir nous ramener au temps des guerres : toujours déclenchées par "le nationalisme", évidemment jamais par les intérêts économiques transnationaux). L'européisme était plus qu'une opinion : c'était un bain amniotique. Soudain le bain amniotique disparaît. "L'Europe" n'est plus irréversible. Nos journalistes se retrouvent dans l'air froid des réalités. Ils prennent mal. Leur organisme se révolte. 

    D'où les choses stupéfiantes que l'on entendait hier, non de la part des invités politiques (circonspects) mais de celle des journalistes. Certains n'hésitaient pas à prôner une "attitude ferme" à l'encontre de l'Angleterre : ils parlaient de "sanctions dures", de "procédure accélérée". On sentait chez eux une forte envie de casser la vaisselle et de déchirer les rideaux en poussant des cris, symptôme de l'état mental des leaders d'opinion. Centre nerveux de la postdémocratie, nos médias ne supportent pas la réalité ; ils n'existent que pour la conjurer, l'exorciser, la rejeter au loin. L'individu postmoderne s'accomplit dans le déni de réalité : être "européen" [**], pour lui, fait partie du même ensemble qu'être transhumaniste ou agro-industriel OGM ; c'est refouler la réalité que l'on refoule aussi sur le plan anthropologique et environnemental.

    Voilà pourquoi l'acte des Anglais paraît indécent et inadmissible à nos commentateurs. Ils se sentent mis en cause au tréfonds de leur être : les écoles de journalisme ne les avaient pas éduqués dans ces idées-là. 

    P.S. Bien entendu, le Brexit en soi reste un fait ambigu

    _______________

    [*] "féministe" au sens bobo, bien sûr : tournant le dos à toute anthropologie.

    [**] au sens bobo.  

    Patrice de Plunkett : le blog

  • La dhimmitude au quotidien [2]

    Publié en 1983, Le Radeau de Mahomet annonçait dans une large mesure les problèmes à venir. Un ouvrage mal accueilli par la caste journalistique, largement acquise à une islamomanie acritique.

    PAR PÉRONCEL-HUGOZ

    Œuvrant en terre d'Islam depuis 1965 (administrateur civil, correspondant ou envoyé spécial du Monde, directeur de collection éditoriale et, à présent, chroniqueur au 360, un des principaux quotidiens marocains en ligne), Péroncel-Hugoz n'est sans doute pas le plus mal placé pour décrire le sort des chrétiens vivant sous autorité musulmane.

     

    IMG - JPEG - Copie.jpg« J'ai pu toucher du doigt la condition de demi-citoyens des coptes et autres chrétiens, les discriminations quotidiennes dans la rue, à l'école, dans l'administration... » 

    Je n'avais pas non plus encore examiné in vivo la dhimmitude au quotidien. En Égypte, je fus peu aidé en cela par le mutisme des coptes, sans doute par honte vis-à-vis d'un chrétien « libre », et par crainte de représailles de la part de musul­mans glosant haut et fort, eux, devant les Occidentaux, sur la « tolérance » de leur reli­gion, alors que nous, nous avions eu les Croi­sades, l'Inquisition, le Colonialisme, le Nazisme et tout le saint-frusquin... Aidés par une puissante cohorte d'intellos marxistes, huguenots, juifs, cathos de gauche, etc., ceux des mahométans son­geant déjà à une Reconquista à l'envers de l'Europe latine, avaient vite compris qu'en culpabilisant leurs adversaires potentiels, ils les affaibliraient d'autant. La « cohorte », elle, comptait secrètement sur le pouvoir électoral des « masses musulmanes » - et ça continue sous nos yeux en France, Espagne, Belgique, etc. - pour installer durablement au gouvernement la gauche socialiste... 

    ANAOUATI ET 8OUIROS-GHALI 

    Cc furent, au Caire, au milieu de la décen­nie 1970, le père Georges Anaouati, fameux érudit dominicain égypto-levantin, conseiller culturel de Jean-Paul II, et un autre érudit oriental, Mirrit Boutros-Ghali, fondateur de la Société d'archéologie copte, qui m'ouvrirent définitivement les yeux sur la terrible réalité de la dhimmitude. Désor­mais, en Orient, je passai une partie de mon temps à parcourir quartiers et villages mixtes où je touchai mille fois du doigt la condition de demi-citoyens des coptes et autres chrétiens, les discriminations quoti­diennes dans la rue, aux champs, à l'école, dans l'administration, etc. C'est en outre parmi les coptes que je trouvai les pauvres des pauvres, même si la misère frappait aussi de nombreux musulmans. Comme je rapportais mes tristes constats à Anaouati, il me donna une sorte d'ordre : « Écrivez tout ça ! ». Et ce fut, en 1983, Le Radeau de Mahomet, où je développais ce que j'avais déjà esquissé dans Le Monde sur la situation de la Chrétienté orientale. Si j'eus le soutien de mes supérieurs hiérarchiques, type André Fontaine ou Michel Tatu, nombre de mes confrères, au Monde et ailleurs, au nom d'un « Islamo-progressisme » imaginaire, nièrent les faits que je rapportais... 

    DE MORSI A SISSI 

    En Égypte, bien sûr, mais là où me conduisaient aussi d'autres reportages : Libye, Soudan. Yémen Pakistan, Brunei, et même dans les soi-disant États « laïques » de Syrie, Irak ou Turquie, je découvrais, peu à peu, la condition dihimmie : pas de mariage ni même de flirt avec une « vraie croyante » alors que tout mâle musulman a le droit d'épouser juives ou chrétiennes dont les enfants seront obligatoirement islamisés ; pour celles de ces épouses ayant conservé leur foi native, en cas de veuvage, aucun héritage ni aucune garde des enfants; impossibilité pour les dhimmis d'accéder à certaines professions « délicates », comme la gynécologie ou bien à des postes poli­tiques réellement importants : le célèbre Boutros Boutros-Ghali, au rôle diploma­tique mondial, ne dépassa jamais chez lui le rang de « ministre d'État » qui, au Caire, équivaut à « secrétaire d'État ».

    Le « laïc » Nasser aggrava encore la dhimmitude en interdisant aux chrétiens d'enseigner l'arabe, « langue du Coran » ; en contrepartie, si on peut dire, il interdisit à ses coreligionnaires les manifestations festives trop bruyantes lors des conversions de coptes à l'Islam. Subsistèrent les mille mesquineries paperassières, légales ou non, imposées aux constructeurs de la moindre chapelle tandis que le gouver­nement continuait à encourager l'édification de nouvelles mosquées.

    Sous Sadate les attentats antichrétiens se multiplièrent tandis que le pape copte qui avait eu le toupet de se plaindre était assigné à résidence...

    Lors du renversement du président islamiste élu, Morsi, en 2013, par le maréchal Sissi, des musulmans passèrent leurs nerfs en détrui­sant en deux jours plus de cent édifices chrétiens dans la vallée du Nil, soit plus que durant toute la conquête arabe de cette région en 639... J'avais un jour demandé à un jeune prêtre cairote comment tant de ses coreligionnaires avaient pu résister depuis plus de 1000 ans à l'islamisation, laquelle, d'un coup, simplifie la vie. Il me répondit sans hésiter : « Nous prions ! ».

    (A suivre)

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    Repris de La Nouvelle Revue d'Histoire avec l'aimable autorisation de l'auteur

    LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE • 43 Hors-série n° 12 • Printemps 2016