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  • Aujourd'hui, à Dreux, témoignage du duc de Vendôme sur les Chrétiens d’Orient

    Photo DR

    Suite à son récent voyage en Syrie, le Duc de Vendôme donne ce mardi 31 mai 2016 une conférence consacré aux chrétiens d’Orient en l’église Saint-Michel de Dreux. Le Prince Jean de France fera un compte-rendu de son voyage avec un reportage photographique à l’appui, des pistes de réflexion seront évoquées avec le soutien de SOS chrétiens d’Orient. 

    A l’issue du témoignage du Prince, les participants  pourront participer à une veillée de prière pour les chrétiens persécutés. 

    Source : Noblesse et Royautés

  • Au-delà de Verdun, quelle France ?

     De Gaulle et Adenauer sortant de la cathédrale de Reims le 8 juillet 1962. © AFP

    par Jean-Philippe Chauvin 

     

    arton8470-7b8cd.jpgLa bataille de Verdun apparaît désormais aussi lointaine que le Moyen âge aux yeux de nos contemporains, en particulier des plus jeunes : le siècle qui nous en sépare n'a pas été avare du sang des hommes et l'histoire a ici un goût de cendres et de sang, et Verdun rime trop avec Pétain pour que la mémoire n'en paraisse, du coup et injustement, ambiguë. Et pourtant ! Oublier Verdun, n'est-ce pas renier une part de notre histoire, aussi douloureuse soit-elle, et nous abandonner aux vents distraits de l'amnésie qui, en définitive, n'est jamais rien d'autre qu'une peur devant ce qui pourrait encore arriver de terrible ? L'amnésie est reposante, au moins un temps : elle est périlleuse, si elle se veut refoulement et non refondation. 

    Jadis, nous fêtions une victoire et les Allemands commémoraient une bataille : aujourd'hui, la France et l'Allemagne en ont fait une occasion « européenne », comme pour mieux se prémunir d'une contemporanéité qui bouscule les mythes d'hier et les élites bien-pensantes, d'où cette condamnation désespérée et unanime chez les officiels des « populismes » qui pousseraient au repli sur soi et, évidemment, à la guerre... Pourtant, à bien écouter le gouvernement républicain et son président, j'avais cru entendre et comprendre que, déjà, nous étions en guerre sans même que les nationalistes des différents pays d'Europe puissent en être tenus, quels que soient leurs défauts, pour responsables : les islamistes jettent leur haine en rafales sur les terrasses et dans les autres lieux publics, sans aucune hésitation ni remords, et la République se met en état d'urgence faute d'être, simplement, un État digne de ce nom et des attentes que les peuples, légitimement, doivent pouvoir placer en lui pour leur assurer protection et secours. 

    Plutôt que la triste mascarade de ce couple Hollande-Merkel, improbable et définitivement déséquilibré au bénéfice de notre voisine germanique, je préfère repenser à l'accolade De Gaulle-Adenauer et à ce traité de l’Élysée du début 1963, fameux traité franco-allemand sciemment saboté par le sinistre Jean Monnet, cet atlantiste qui se faisait passer pour « européen » quand il n'était que « l'homme des Américains » selon l'amère formule gaullienne. En fait, c'est à cette date que tout (ou presque) s'est joué : à l'idée d'une entente concrète et fondatrice entre deux nations souveraines, s'est substituée ensuite l'idéologie d'une Europe fédérale et supranationale, négatrice à la fois de l'histoire et de l'avenir possible d'une indépendance des pays d'Europe à l'égard des grandes puissances, qu'elles soient politiques ou économiques, empires ou multinationales... 

    On peut regretter cette occasion manquée de 1963, mais on peut aussi penser, désormais, à de nouvelles alliances et, simplement, à la possibilité d'un avenir français libre de ses choix et de son destin, en amitié possible et vraie avec ses voisins et en accord avec son histoire propre : pour cela, encore faudrait-il un État et, plus encore, une magistrature suprême de celui-ci qui incarne la France et non une partie électorale de celui-ci, cette dernière fût-elle majoritaire au terme d'un second tour d'élection présidentielle. 

    Là encore, la Monarchie n'est pas une « revanche » mais une chance et elle ouvre le champ des possibles, à l'intérieur comme pour l'extérieur, car, si elle a de la mémoire, elle n'en fait pas une politique, mais elle est « la France », celle qui n'a pas besoin de parader pour être et durer, par delà les générations et au-delà des ressentiments anciens, et qui peut, sereinement, tendre la main au-delà des tranchées et des barricades de l'histoire à ceux qui veulent bien la prendre... 

    Le blog de Jean-Philippe Chauvin

  • Derrière l'antiracisme de Cantona, le racisme anti-Français

     

    Un point de vue d'Aymeric Patricot          

    « Deschamps a un nom très français. Peut-être qu'il est le seul en France à avoir un nom vraiment français. » a déclaré Eric Cantona à propos du sélectionneur de l'équipe de France de football. Aymeric Patricot analyse l'inconscient anti-blanc et anti-Français contenu dans de telles affirmations. Une tribune dans Figarovox [30.05], une réflexion, une argumentation,  avec lesquelles l'on est d'emblée en empathie.  LFAR  

     

    IMG_2223.jpgDans le genre très en vogue des accusations croisées de racisme, l'affaire qui oppose aujourd'hui Eric Cantona et Didier Deschamps est un cas d'école. Non seulement on y voit un accusateur progressivement placé en position d'accusé à mesure que ses propos, faciles et bas, sont placés sous les projecteurs, mais on y découvre aussi combien certaines formes d'antiracisme relèvent d'un racisme certes apparemment inoffensif, puisque sanctifié par la doxa, mais néanmoins virulent.

    Je ne m'étendrai pas sur les compétences effectives de Benzema et de Ben Arfa, que je suis incapable d'évaluer. Qu'ils aient été écartés de la sélection nationale sur des critères ethniques, comme le suggère Cantona, semble en tout cas improbable, du moins si l'on en juge par le passé de Deschamps lui-même. De toute façon, là ne me paraît pas constituer la dimension la plus brûlante de l'affaire.

    Non, ce qui me sidère est qu'Eric Cantona, après avoir lancé ses accusations de manière irresponsable - on sait comme l'étiquette de racisme est infâmante - puisse se permettre, pour appuyer ses allégations, de dauber sur les origines de Deschamps lui-même. On assiste alors à un discours effrayant de bêtise et de mépris de la part d'un homme qui se présente pourtant comme un antiraciste convaincu.

    Qu'on en juge: «Deschamps a un nom très français. Peut-être qu'il est le seul en France à avoir un nom vraiment français. Personne dans sa famille n'est mélangé avec quelqu'un, vous savez. Comme les Mormons en Amérique.»

    Tout d'abord, ce que monsieur Cantona sous-entend, plutôt que «français», c'est «franco-français» puisqu'il utilise plus loin dans sa déclaration le mot français pour désigner Ben Arfa. Sans la rendre tout à fait explicite, Eric Cantona établit donc une distinction, parmi les Français, entre ceux qui ont au moins une origine extra-européenne et ceux qui n'en ont pas, avalisant une notion, celle de Français de souche, qu'il serait sans doute le premier à dénoncer dans la bouche d'un autre.

    Ensuite, on sent tout ce que les origines franco-françaises sont méprisables à ses yeux. La remarque sur le fait que Deschamps soit le seul à détenir un nom français est d'une ironie outrée, presque absurde, mais sous-entend bel et bien l'idée que Deschamps serait le dernier d'une race vouée à disparaître et qu'il y a quelque chose d'honteux dans cette position. Il est également permis de se demander si cette saillie n'est pas inspirée à Cantona par un jeu de mot implicite sur ces «champs» dont serait issu Deschamps, c'est-à-dire ces campagnes symbolisant, dans l'imaginaire collectif, la source fantasmée du peuple français blanc.

    La réflexion, enfin et surtout, sur le fait que la famille du sélectionneur français ne se soit jamais mélangée. Ce serait donc une tare, aux yeux de Cantona, que de ne pas avoir eu la chance, un jour ou un autre, de croiser la route sexuelle et procréatrice d'un membre d'une autre communauté. Pour le dire autrement, selon Cantona, il existerait une hiérarchie entre les métisses et les «races non mêlées». A ce propos, il ne s'agit pas bien sûr de critiquer la notion de métissage. Simplement, jeter l'opprobre sur ceux qui ne seraient pas encore assez métissés me paraît à la fois imbécile et dangereux. Se permet-on d'ironiser sur le fait que d'autres que les Blancs, eux non plus, ne se métissent pas forcément?

    On devine que l'insulte «consanguin» a dû venir aux lèvres de Cantona, celle-là même qui avait fleuri sur certaines banderoles dans un stade de football à propos des Chtis. La consanguinité est récemment devenue l'un des clichés courant sur les Blancs. Certes, Cantona préfère faire référence aux Mormons «qui se reproduisent entre eux», mais cette curieuse comparaison ne cherche pas moins à dénoncer le caractère sectaire et dégénéré de la famille Deschamps, ainsi que son ancrage dans un christianisme perçu comme mortifère.

    Passons sur l'absurdité de telles attaques puisque «Eric Cantona» ne sonne pas moins français, en tout cas pas moins européen, que «Didier Deschamps». En fait, du haut du couple qu'il forme avec Rachida Brakni, Eric Cantona s'estime sans doute en position de pouvoir distribuer les bons points de diversité raciale, se réservant le droit d'insulter ceux qui, malgré eux, ne disposent pas dans leurs veines de suffisamment de sangs mêlés. C'est, par une inversion courante des critères raciaux du fascisme, la race métisse élevée au rang des races maîtresses. C'est aussi, tout simplement, et avec l'effarante bonne conscience de celui qui se croit incarner l'homme de demain, un excellent témoignage de ce que peut être, précisément, la haine raciale.

    Espérons donc que Didier Deschamps maintiendra sa plainte et que le procès, s'il se tient, ne se contentera pas de juger l'éventuelle calomnie mais se prononcera bien sur le deuxième aspect de l'affaire, moins commenté mais plus grave à mes yeux: le racisme caractérisé de celui qui se fait une profession de dénoncer les racistes. D'autant que les prétendues justifications de Cantona, deux jours plus tard, n'ont fait que révéler un peu plus la laideur de sa pensée - s'il en y a une. 

    Aymeric Patricot           

    Professeur et écrivain, Aymeric Patricot a récemment publié «Les petits Blancs» (Point seuil) et «Les vies enchantées - enquête sur le bonheur» (Plein jour).

    A lire aussi ...

    Lettre ouverte à Eric Cantona [François Davin - Lafautearousseau - 28.05]

  • France Inter aux mains d'une bande où l'extrême vulgarité a sa place

     

    Selon Michel Onfray - il a évidemment raison -, France Inter, service public, a été privatisé par une bande. Une ou plusieurs bandes. Et, en tout cas, le matin, à l'heure de la plus grande écoute, par celle de Patrick Cohen, président ridiculement adulé d'une sorte de cour admirative mêlant grands prêtres de la politique (française ou internationale), humoristes aux propos surtout vulgaires, ponctués par les rires niais des présents au studio [Léa Salamé, Thomas Legrand ...], enfin des invités pressés de se soumettre au formatage idéologique de la bande. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de moments intéressants dans cette matinale très orientée. Mais qu'elle est sous-tendue par une idéologie gaucharde et déconstructiviste, dispensée par des journalistes qui sont d'abord des militants. Et ont en effet privatisé la chaîne.

    En d'autres temps, le billet de Charline Vanhoenacker que l'on pourra suivre ci-dessous, aurait déclenché une levée de boucliers ... Basses vulgarités sur Jeanne d'Arc (Oh ! Non ..et gloussements de Patrick Cohen, hirsute et barbu); à propos de Charles Beigbeder, allusion aux jeunes entrepreneurs des années 40 - inévitables - et pour finir, évocation de Frédéric Beigbéder, le frère de Charles, et donc perspective pour la « jeunesse française » d'« un sacré plaidoyer pour la drogue ». La drogue, sa dépénalisation, obsession constante des journalistes de cette matinale ... On nous dira que tout cela n'a pas d'importance. Qu'il suffit de ne pas écouter. Nous ne sommes pas d'accord.

    Ce « billet » de Charline Vanhoenacker aurait suffi au début du siècle dernier - au temps de l'affaire Thalamas, par exemple - à déclencher une riposte de nombreux Français attachés aux symboles nationaux. Et décidés à faire taire leurs insulteurs. Qui s'en chargera aujourd'hui, politiques responsables ou Camelots du Roi des nouvelles générations ?  • 

     

     

     2 minutes 15 secondes de vulgarités

  • L’âme de l’Europe

    Le pont Charles, à Prague, sur la Moldau

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    L’appellation « Union européenne » pourrait n’être bientôt plus qu’une simple alliance de mots, c’est-à-dire un excellent exemple d’oxymore, tant les pays semblent peu unis, tant les peuples semblent mécontents. Depuis des mois, le groupe de Visegrad (dénomination à forte connotation historique), qui réunit Pologne, Hongrie, Tchéquie et Slovaquie, s’oppose résolument aux injonctions de Bruxelles et de Mme Merkel sur les migrants. Le 6 avril, les Pays-Bas ont rejeté par référendum l'accord d'association entre l’U.E. et l’Ukraine. Le 22 mai, le candidat des nationaux autrichiens a échoué d’un rien (trente mille voix) à l’élection présidentielle. Le 23 juin prochain, les Britanniques devront décider de leur maintien dans l’Union.  

    Les commentateurs patentés de la pensée politique correcte nous expliquent que les pays de l’ex-Europe de l’Est, toujours traumatisés par le joug soviétique, seraient trop sourcilleux sur leur indépendance et leur identité; que les Hollandais n’auraient été que 30% à voter; que les Autrichiens ont quand même élu celui que soutenaient tous les partis de l’extrême gauche à la droite mondialiste; et qu’en Grande-Bretagne enfin les sondages donnent le « oui » à l’Union en tête. Tout cela est vrai mais occulte l’essentiel : la vague qualifiée avec mépris et condescendance de « populiste », car jugée dangereuse pour la démocratie prétendument « représentative », monte et continuera sans doute de monter jusqu’à se transformer peut-être un jour en déferlante. 

    Le cas autrichien est exemplaire. Le Monde (22 mai) y voit «  la fin d’une ère pour les partis traditionnels ». M. Zemmour (R.T.L., 24 mai) entend sonner « le glas du clivage droite-gauche traditionnel tel qu'il s'était incarné depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Cette remise en cause des grands partis du système qui ne concerne pas que l’Autriche « précise les fondements économiques, géographiques, sociologiques, idéologiques de nos affrontements de demain ». Tout le monde ne fait pas preuve de la même lucidité. Ainsi M. Védrine, après avoir justement critiqué la « référence implicite aux années trente » lorsqu’il est question de populisme et admis que « le vrai problème en Europe aujourd’hui, c’est le décrochage des peuples » (France Inter, 24 mai), pense qu’« il faut parler aux 60% de déçus ». On peut s’étonner que lui, d’habitude mieux inspiré, ne comprenne pas que c’est l’Union en tant que telle qui est rejetée, l’Union en tant que négatrice de la véritable Europe, celle des mille et une diversités, celle qui n’apparaît même pas sur les billets de la monnaie commune. 

    Non, l’Union n’est pas l’Europe mais une caricature pitoyable, avant tout héritière de la CECA et de la C.E.E. Quand on entend, après tant d’autres du même tonneau, M. Moscovici, Commissaire européen, s’exprimer sur les ondes de France Inter (26 mai), on comprend vite ce qu’est, ou plutôt ce qu’a vocation à être cette Union européenne : un « euroland » fédéral et libéral, partenaire soumis des Etats-Unis d’Amérique et complètement déconnecté des réalités humaines, culturelles, religieuses et historiques de la vieille et authentique Europe. Cette Europe-là veut vivre. C’est ce que montre semaine après semaine une poussée populiste qui, malgré les inévitables excès et dérives, est l’expression de l’âme même de l’Europe.

     

  • Éric Zemmour : Poutine, notre mauvaise conscience

     

    La guerre des mondes, de Mathieu Slama, est un plaidoyer en faveur de Poutine qui tranche heureusement avec les habituels réquisitoires contre le leader de la Russie. Et qui sonne comme le fruit de tous nos abandons [Figarovox - 26.05].

     

    ZemmourOK - Copie.jpgPoutine est méchant. Poutine est un tyran. Poutine ment et parfois en allemand. Poutine tue. Poutine vole. Poutine triche. Nos médias occidentaux ont fait du président russe l'incarnation du Mal. Avec une pugnacité qu'ils n'ont jamais montrée même aux pires époques de la guerre froide, contre les patrons de l'Union soviétique ; et une constance dans la dénonciation qui dépasse les éphémères figures du mal islamiste.

    Une fois qu'on a refermé le livre de Mathieu Slama, on comprend mieux pourquoi. Poutine n'est pas notre adversaire, il est notre mauvaise conscience ; il est notre Jiminy Cricket ; il est une sorte de pape qui nous dirait « Europe, qu'as-tu fait de ton message chrétien ? » ; mais avec un nombre respectable de divisions. Il est le seul Européen à dire non aux Américains, comme le faisait jadis de Gaulle. Il est le seul dirigeant démocratiquement élu à assumer les hiérarchies d'un pouvoir vertical, quand tous les autres s'inclinent devant l'égalitarisme d'une société horizontale. Il est le seul chef d'État européen à défendre une société traditionnelle, enracinée dans son Histoire et sa culture quand tous ses homologues occidentaux ont fait de l'individu déraciné et décontextualisé un Dieu impérieux et jaloux. Le seul à refuser l'assujettissement de la souveraineté nationale à « des règles de droit universelles qui font de chaque individu le membre d'une même humanité » énoncées au nom des droits de l'homme. Et il faut avoir l'humour de « M. Petites Blagues », ou son ignorance crasse, pour oser proclamer comme François Hollande à Moscou : « Nous avons en commun une vision du monde. »

    « Plaidoyer pour Vladimir Poutine »

    Mathieu Slama fait mine de renvoyer dos à dos les deux protagonistes, l'Occident et la Russie, les deux lignes, les deux idéologies, alors que chaque page respire de son penchant en faveur de Poutine. Par contraste avec les réquisitoires habituels dont on nous abreuve, cela fait du bien. Son livre est intitulé La Guerre des mondes, alors qu'il aurait dû oser un « plaidoyer pour Vladimir Poutine ». Un plaidoyer ne signifie pas que l'avocat s'aveugle sur les torts et travers du personnage et de sa politique, son autoritarisme, sa brutalité, ses penchants impérialistes ; mais qu'il est en empathie avec sa philosophie, sa démarche. Sans doute l'éditeur a-t-il eu peur des réactions médiatiques.

    Mais peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Notre auteur démolit les lieux communs sur le président russe. Non, Poutine n'est pas un satrape inculte, mais plutôt un grand lecteur. Il n'est pas la marionnette d'Alexandre Douguine, l'idéologue sulfureux de la Russie éternelle contre la décadence occidentale ; mais il a fait siennes les réflexions profondes qu'a inspirées à l'exilé Alexandre Soljenitsyne sa découverte de l'Occident.

    De Gaulle disait : « Dans les victoires d'Alexandre, il y a les idées d'Aristote.» Dans la pugnacité de Poutine contre le « primitivisme » occidental, il y a les écrits du grand écrivain russe qui n'a pas hésité à dire son fait à une civilisation occidentale qui, au nom de la liberté, s'abandonnait aux joies tristes du matérialisme. Poutine nous ramène au combat idéologique autour de la Révolution française. Comme l'Amérique d'aujourd'hui, les Français prétendaient exporter par leurs armées victorieuses les « droits de l'homme » dont ils vantaient l'universalisme, tandis que Burke ou Joseph de Maistre en contestaient l'arrogance. Poutine a ressuscité la lutte des sociétés holistes contre les individualistes. Il a redonné une légitimité idéologique et politique à un conservatisme qui n'avait plus droit de cité en Occident : « Comme le disait le philosophe russe Nicolas Berdiaev : “ le sens du conservatisme n'est pas d'empêcher le déplacement vers l'avant et vers le haut, mais d'empêcher le déplacement vers l'arrière et vers le bas, vers l'obscurité chaotique et le retour à l'état primitif ”.»

    Un malaise existentiel croissant

    C'est pour cela qu'il rencontre un écho grandissant au sein même des nations occidentales, au-delà de ses dirigeants inféodés et à Washington et plus encore à l'idéologie droit de l'hommiste. Il est vrai que Poutine dans son combat a de la chance. L'universalisme arrogant de l'Amérique a causé de multiples catastrophes dans le monde, Afghanistan, Irak, Syrie, etc. Le juridisme européen incarné par la Cour européenne des droits de l'homme suscite les réserves des vieux États nations comme l'Angleterre ou même la France. L'universalisme sans frontières de l'Union européenne, sa religion de l'Autre, bute sur l'hétérogénéité absolue de l'islam : « On ne peut à la fois se fondre dans la jouissance de l'autre, s'identifier à lui, et se maintenir différent » (Lévi-Strauss).

    Enfin, l'individualisme progressiste des droits provoque un malaise existentiel croissant au fur et à mesure qu'il repousse toutes les limites (mariage homosexuel, théorie du genre, exaltation de l'homme augmenté). Le discours de Poutine sonne comme la punition de tous nos échecs, de toutes nos folies et de tous nos renoncements. La realpolitik qu'il défend avec un talent incontesté n'est que la reprise d'une tradition qui fut celle de la France pendant des siècles, de Richelieu à de Gaulle en passant par nos rois, nos empereurs et nos Républiques. De même que la religiosité de la société russe fait écho dans la lointaine Amérique. Et le messianisme russe répond au messianisme américain. Mathieu Slama n'est dupe de rien. Son Poutine n'est ni un saint ni un héros. Ce n'est pas tant la réussite du modèle russe qui fascine les populations occidentales que la décadence du modèle occidental qui les effraie. Ce n'est pas tant la force de Poutine qui leur plaît que la désagrégation des démocraties occidentales qui les inquiète. C'est pourquoi Poutine est de moins en moins vu par les peuples d'Europe comme une menace - au contraire de ce que nous répètent nos médias - que comme un ami à soutenir, un modèle à suivre, voire comme un sauveur à appeler. 

    La guerre des mondes, Mathieu Slama. Éditions de Fallois. 124 Pages. 16 €.

    Eric Zemmour           

    Voir aussi

    Mathieu Slama : « Il y a du Soljenitsyne dans le discours de Poutine » [Lafautearousseau 27.05]

     

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • Famillle • Il paraît que la fête des Mères menace la paix sociale…

     

    par Marie Delarue

    Une réflexion [Boulevard Voltaire du 27.04] sur l'indigne projet de remplacement de la Fête des Mères par une stupide fête des gens que l’on aime. Jusqu'où ira la volonté de déconstruction sociale des gens en place ? LFAR

     

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    Sur le fond, je trouve que la directrice ne va pas assez loin. Pourquoi ne pas instaurer une grande journée pour les enfants GPA-PMA ?

    Par générosité d’âme, la directrice de l’école maternelle de Prignac-et-Marcamps, en Gironde, a décidé de ne pas fêter cette année les mères et les pères, mais d’organiser plus globalement une « fête des gens que l’on aime ». Un mot a été mis dans le cahier de liaison des enfants pour expliquer que la décision avait été prise « au vu de situations familiales délicates de certains enfants ».

    Grande sagesse de la directrice qui a, paraît-il, reçu une avalanche de compliments. Dont cette maman qui a confié au Figaro : « J’ai été enthousiasmée de voir que l’école avait la délicatesse de penser à toutes les situations familiales des enfants qu’ils accueillent. »

    On notera au passage que « l’école », sujet féminin singulier, est devenue dans la bouche de cette dame un masculin pluriel. C’est sûrement ce qu’on appelle intégrer la réforme de façon subliminale…

    Sur le fond, je trouve que la directrice ne va pas assez loin. Parce qu’entre nous, viser les mères célibataires, les couples homos et les familles décomposées-recomposées, c’est un peu restrictif. Voire mesquin. Que fait-on des petits issus de gamètes et d’ovocytes sur catalogue ? Pourquoi ne pas instaurer une grande journée pour les enfants GPA-PMA ?

    Déjà que la situation de nos petites têtes blondes, brunes, rousses, raides et frisées (je n’ai oublié personne ?) dans l’école de la République devient bien compliquée, il ne faudrait pas instaurer de nouvelles discriminations. C’est vrai, on leur a supprimé la crèche pour effacer l’Enfant Jésus du paysage ; puis le sapin de Noël parce qu’il renvoyait à Noël, qui renvoyait à la crèche et encore à l’Enfant Jésus. Lequel était gardé par le bœuf et l’âne gris. Oui, mais voilà, les religions de l’Inde ne mangent pas de bœuf, qui est une vache sacrée, tout le monde sait cela. Heureusement, on ne sache pas qu’il y ait eu un cochon au-dessus de la mangeoire divine… Mais bon, hein, il y a longtemps que le cochon est banni des écoles pour ne pas offenser juifs et musulmans. Dans la série des exécutions sommaires, on a aussi envoyé Gaspard, Melchior et Balthazar se faire voir chez les Grecs avec leur galette. On a, avec raison, jugé l’Épiphanie doublement condamnable. D’abord parce que le sort, ignorant de l’égalité républicaine, fait avec la fève un roi qui choisit une reine et vice versa. Ensuite parce qu’il se dit que les Rois mages étaient venus d’Orient pour adorer l’Enfant Jésus (voir plus haut). Et ça, dans une classe de 2016, ça n’est pas supportable.

    Et quand on en a fini avec les interdits religieux, il faut compter avec la peur. Celle des maires qui font dans leur froc et ont (un exemple) décidé d’interdire aux familles les kermesses de fin d’année au nom de « l’état d’urgence ». Au cas où mémé Malika arriverait avec sa kalach planquée sous sa robe, ou que tonton Ahmed aurait confectionné un space cake au TNT, ou que tata Fatou aurait gonflé au gaz sarin les paquets de fraises Tagada…

    Et pendant ce temps-là, les gros bras de la CGT – état d’urgence ou pas – allument tous les jours des feux sur les routes, montent des barrages, bloquent les ports, assèchent le pays et ruinent l’entreprise et le petit commerce.

    Mais attention, hein, faudrait pas que les petits enfants souhaitent une bonne fête à maman et à papa, ça pourrait mettre la paix sociale en danger !   

     
    Ecrivain, musicienne, plasticienne
  • Histoire & Actualité • Black M: ça dé-rappe pas mal à Verdun

     

    par Slobodan Despot

    Ce Dimanche 29 mai, le Président François Hollande et la chancelière Angela Merkel commémoreront les 100 ans de la bataille de Verdun. 

    La mémoire otage de la polémique : Pour rendre l’hommage que les morts méritent, il faut des gestes absolument solennels, absolument simples, absolument impartiaux. De la musique classique, par exemple, mais certainement pas du rap. C'est ce que Slobodan Despot expose ici - assez longuement - [Causeur 25.05] en termes très justes, stimulants et nobles ; et quand il écrit : « Les morts de Verdun et des autres golgothas de la Grande Guerre demeurent l’unique trait d’union entre tous les vivants de la France moderne, nation profondément divisée. Tragiquement, obstinément divisée par sa Révolution, maladie qu’elle a exportée vers le reste du monde, et dont tout le monde cherche à se remettre… sauf son foyer originel » c’est bien intéressant. Nous sommes attentifs. Approbatifs ...  LFAR

     

    Il n’y a pas de hasard, même quand on s’appelle Samuel Hazard, qu’on est maire de Verdun et qu’on a l’idée loufoque de convier un rappeur pour fêter — pardon : commémorer — le centenaire de la plus funeste bataille de tous les temps.

    Il n’y pas de hasard chez Hazard, mais il y a du danger (hazard en anglais). Un danger dont M. Hazard et ceux de sa coterie dirigeante n’avaient peut-être pas conscience et qui a abouti à l’annulation de leur happening.

    Petit préalable linguistique

    Les réseaux sociaux sont entrés en ébullition sur leur aile droite sitôt l’annonce du concert de Black M. Comment pouvait-on placer, hurlaient-ils, un tel événement sous le patronage d’un « rappeur antifrançais » ? Je déteste les pléonasmes. Un « rappeur antifrançais », c’est comme un « arrosoir mouillant ». Le rap est afrançais dans le meilleur des cas, étant importé sans sous-titres des ghettos de New York. Quoi ? On me dit qu’ils « râpent » en français ? Voyons ! L’accentuation d’une langue est son premier signe distinctif, et celle du rap dit français véhicule la phonétique d’une langue étrangère. Heureusement, cela a pour vertu d’entraver la compréhension des textes.

    Pour ma part je m’arrête là. Que ces MM. Casquette-à-l’envers soient antifrançais tombe sous le sens, même quand tout sens leur est étranger. Le caractère culturellement hostile du genre est peut-être difficile à capter pour la troisième génération de Français abreuvée de musiquettes anglosaxonnes hâtivement traduites. Si les grands-pères ont pu avaler le trémoussement écervelé des yéyés, comment reprocher aux petits-fils de gutturaliser leur parler ordinaire et de systématiquement mettre l’accent sur la première syllabe à la manière de Cabrel ?

    Dilemmes musicaux

    Les patriotes français n’auraient pas dû s’emporter contre M. Hazard, ni l’abreuver d’insultes jusqu’à lui faire annuler son spectacle. Cette campagne prouve leur manque de discernement. Ils auraient dû au contraire lui être reconnaissants. Black M n’est « représentatif » de la France d’aujourd’hui qu’aux yeux des propagandistes du melting pot global et de quelques communautés bien définies. Il ne risquait en aucun cas de « détourner » ou de « brouiller », ni même de « salir » la mémoire de Verdun. Au contraire, les indignations qu’il soulevait allaient bien au-delà du camp qui vote FN. Chaque famille française, qu’elle soit de droite ou de gauche, a laissé des ancêtres dans ce charnier et la simple idée de chanter sur leurs sépultures doit révulser plus de cœurs qu’on n’ose se l’avouer. En obtenant son bannissement, on l’a mis, lui et ses soutiens, dans la position enviable de victimes.

    Ce qui étonne, dans cette affaire, c’est la parfaite incongruité de l’ensemble. Avec un peu d’habileté, la mairie de Verdun aurait pu rassembler plutôt que diviser. Mais était-ce son but ?

    Il existait jusqu’il y a peu, et il existe encore dans certains pays, une musique taillée sur mesure pour les événements de ce genre. Cela s’appelle le classique. C’est vieillot, mais approprié. A Verdun, le Requiem de Fauré s’imposerait de lui-même. Sur les ruines de Palmyre, Assad et Poutine ont dépêché un grand orchestre symphonique, non le chanteur pop à la mode qui aurait « rallié les jeunes ». Mais la France n’est ni la Russie ni la Syrie. Au pays de festivus festivus, on enterre les morts aux sons des Rita Mitsouko « parce que le défunt les aimait bien et qu’il aurait voulu qu’on s’éclate plutôt que de faire la gueule ». Au pays de festivus festivus, la musique solennelle et l’état d’âme qui y correspond sont du dernier ringard. Le choix qui s’offrait à M. Hazard était donc, somme toute, assez restreint.

    Mais on aurait pu monter par exemple un opéra rock sur Les héros de Verdun avec Johnny dans le rôle de Joffre et Nina Hagen dans celui de von Falkenhayn, version trans. Un spectacle bling-bling-consensuel qui aurait été au patriotisme ce que les Enfoirés sont à la solidarité sociale. Avec une bonne orchestration et des paroles débordantes de pathos, on aurait « fait vibrer » toute la France frivole, c’est-à-dire beaucoup de monde. Mme Hollande et M. Merkel auraient pu monter sur scène sous les ovations, et les détracteurs de ce kitsch tudesque eussent passé pour de vils ronchons. Esbroufe, émotion, confusion : « Certes, c’est démago ! Mais quels beaux airs ! Quels interprètes ! »

    Or il n’en est rien. M. Hazard n’a rien trouvé de mieux que de convoquer l’antidote parfait à toute tentative de consensus national, le répulsif absolu. Offrant du même coup la mémoire de Verdun, malmenée mais intacte, tout entière aux forces de la réaction. Sur un plateau ! Comme on leur a offert Jeanne d’Arc. Comme s’il préparait secrètement son passage au FN…

    Un succès continu dans l’échec

    A tout bien prendre, il est surprenant qu’un pouvoir démonétisé n’ait pas su plus habilement exploiter une telle commémoration. Les morts de la Grande Guerre sont l’un des rares sujets sur lesquels les Français, en gros, peuvent tomber d’accord. Une de leurs dernières valeurs sacrées, également. Or que fait-on ? On s’empresse de les bafouer en invitant, littéralement, des rappeurs à danser sur leurs tombes.

    La symbolique de ce geste absurde est multiple et, à chaque fois, hautement significative.

    Tout d’abord, elle s’inscrit dans une course à l’abîme engagée de longue date. Pour tomber aussi bas dans l’estime de ses sujets — pardon : de ses concitoyens —, le pouvoir français n’a pas seulement failli sur les indices matériels de la gouvernance : chômage, sécurité, niveau de vie, prestige international. Il a aussi, et surtout, multiplié les provocations symboliques comme s’il avait voulu s’aliéner des franges de plus en plus vastes de l’électorat.

    Quelle urgence y avait-il à mobiliser la crédibilité et les ressources de l’État autour du Mariage pour tous, qui ne concerne, en tout état de cause, qu’une part très mince de la population ? A-t-on songé que l’électeur de base, fût-il socialiste, qui peine à boucler les fins de mois, pouvait avoir sur cette urgence une opinion très différente de celle de l’« intelligentsia créative » du Marais et de la Rive gauche ? Seule conséquence à portée historique : l’émergence par contrecoup de la Manif pour tous, embryon d’une Tea Party à la française.

    Quel besoin avait-on d’imposer des vulves conceptuelles à Versailles et des arbres de Noël en forme de plug anal sur des places où se promènent les familles ? D’inventer des ministres de la Culture qui ne lisent rien, pas même le prix Nobel français ?

    Qu’avait-on à soutenir diplomatiquement, au Moyen-Orient, des terroristes sanguinaires que les structures de sécurité du même État français considèrent comme une menace de premier plan ?

    Quel goût étrange, enfin, suggérait-il de perturber la paix des morts qui ont défendu la patrie avec des spectacles qui martèlent à grands coups de décibels le triomphe de l’étranger ? Voulait-on donner raison à Renaud Camus en attestant que les ex-colonies, sous tutelle anglo-saxonne, avaient déjà accaparé le pouvoir culturel en France, faute d’avoir physiquement remplacé sa population ?

    On observe dans les régimes à la dérive ce besoin de scandaliser leur propre population, comme s’ils voulaient inlassablement se donner des garanties de leur toute-puissance. Nous reviennent en mémoire l’élévation du cheval de Caligula au rang de sénateur, les palais blancs de Ceausescu dans une Roumanie crevant de faim, l’ostentation Duvalier et les mille carnavals africains.

    Le pouvoir des symboles

    Ceci nous conduit à un rapprochement hautement symbolique. Le projet de rap à Verdun survient au moment même où la France est gouvernée par diktat. Le recours à l’article 49.3 pour faire passer une loi sur le travail sans doute nécessaire revient à assommer le malade pour lui administrer un vaccin. Il achèvera de discréditer l’économie libre et de conforter dans son assistanat une nation dont les conditions de travail sont parmi les plus socialisées et les plus protégées en Europe. Encore un contrecoup (non) désiré ? La France serait-elle gouvernée à coups d’oxymores ?

    A ce point, un autre parallèle s’impose. Au moment même où les manifestations se multiplient en France, la Russie fête le jour de la victoire sur le nazisme, goujatement boudée par les Occidentaux. Au moment où le chef de l’État français, d’une impopularité jamais vue dans l’histoire, s’entoure de robocops, le chef de l’État russe assiste au défilé militaire au ras du sol, à hauteur d’homme, et non du haut de la fameuse tribune des apparatchiks. A l’heure où le pouvoir français délègue aux rappeurs le soin de commémorer ses combattants, le chef de l’État russe prend la tête du Régiment immortel en brandissant la photographie de son père, combattant et blessé de guerre. Ces symboles, qui ont dû impliquer un effort de sécurité colossal, sont d’une puissance historique.

    Changer de paradigme

    Mais il serait faux de réduire cet abîme à une affaire de personnel. Verdun est un symbole trop lourd et trop vaste pour la France actuelle, quels qu’en soient les dirigeants.

    Les morts de Verdun et des autres golgothas de la Grande Guerre demeurent l’unique trait d’union entre tous les vivants de la France moderne, nation profondément divisée. Tragiquement, obstinément divisée par sa Révolution, maladie qu’elle a exportée vers le reste du monde, et dont tout le monde cherche à se remettre… sauf son foyer originel.

    Pour leur rendre l’hommage que ces morts méritent, pour parachever le service qu’ils ont rendu à la nation, il faut des gestes absolument solennels, absolument simples, absolument impartiaux. Il s’agit de réintégrer dans un même corps les deux moitiés d’une âme déchirée sans qu’aucune ne s’y sente humiliée. Aucune idéologie ne peut accomplir cela à elle seule. C’est pourquoi la Russie a restauré sa foi sans renier son passé soviétique. C’est pourquoi son armée qui n’a pas changé ses insignes rouges défile derrière le signe de croix de son ministre de la Défense… lui-même bouddhiste. Les Russes, renaissant après quatre générations de cauchemar communiste, ont compris cette simple vérité encore totalement inaccessible aux élites françaises : que l’idéologie, c’est la division.

    Pour accomplir sa réunification, la France n’a pas besoin de héros. Mais elle a besoin de gens humbles, sans idéologie et impartiaux. Ce qui est peut-être encore plus rare.

    La tactique du Diable

    Mais les polémiques créées autour de Verdun vont masquer encore un autre aspect de cet héritage, peut-être le plus important à l’échelle de l’humanité. Le message Verdun dépasse les frontières de la France et les bornes de 14-18. Il est époqual : il nous fait entrer, tous, dans une autre époque.

    Dans le pays où je suis né, en Serbie, on a connu aux côtés des Français le versant héroïque de la Grande Guerre : les Dardanelles, le front de Salonique. D’où cette fraternité d’armes qui s’est transformée en fraternité tout court entre nos nations. Mais Verdun, la Somme, c’est son aspect purement mécanique. Aucune fraternité ne s’en dégage, juste le sentiment de l’absurde et du dégoût. Verdun annonce la sortie de l’Histoire du mâle européen. Dada, le surréalisme, le nazisme y prennent leur source. La massification, l’écrasement de l’humain par les moyens dont il s’est doté, y trouvent leur expression parfaite. Notre transformation rapide dans le ratorium puis la grande fourmilière des visions de Zinoviev, c’est là qu’elle commence.

    Je possède chez moi l’intégrale de l’Illustration, couvrant la période 1914-1919. Pour une grande part, c’est un catalogue d’armements. J’ai passé des heures à y survoler un défilement monotone de chiffres et de rodomontades technologiques. A chaque numéro, nous avions l’arme décisive qui allait permettre de les exterminer comme des blattes. Notre canon de 75, nos fusils supérieurs… On y voit déjà l’esquisse des « bombes intelligentes » et des « bombardements chirurgicaux » qui ne sont jamais que de nouveaux carnages. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer la même vantardise dans les Bildzeitungen de l’autre camp.

    Deux hordes de fous qui s’entre-tuent en clamant que l’autre n’est pas humain ! Les guerres de tribus, où la bataille est résolue par l’affrontement à la massue de deux champions délégués par chaque camp, sont infiniment plus civilisées et plus sensées que ce délire scientiste !

    Car les batailles du front de l’Ouest n’avaient rien, à vrai dire d’un combat. Cela revenait, pour les soldats, à affronter des forces élémentaires, des ouragans meurtriers, en priant la Providence. Les célèbres Orages d’acier de Jünger en témoignent : le pur bonheur d’être vivant, la satisfaction d’avoir tué son adversaire plutôt que d’être tué. Sans sentiment. Sans haine. Comme de survivre à un raz-de-marée. Comme de faire boucherie.

    Mieux encore, ce roman ironiquement appelé Civilisation, de Georges Duhamel, qu’on aurait dû faire lire dans tous les lycées en ces années de jubilés et qu’on s’est empressé d’enterrer malgré son prix Goncourt. On y voit la civilisation moderne incarnée par un autoclave soufflant et sifflant, un lazaret où l’on rafistole à la chaîne des machines humaines cassées par la guerre mécanisée. Un système de destruction autoalimenté, sans but ni raison, d’où la volonté humaine est exclue.

    Le fleuve des morts de Verdun charrie toutes ces ombres-là. Les réduire à une rivalité entre la culture rap et l’idéologie du Front national est une obscénité et une offense non seulement à l’égard de ces morts ou du sentiment patriotique, mais envers l’humanité entière. Tout compte fait, je reviens sur mon hypothèse de départ : peut-être savaient-ils parfaitement ce qu’ils faisaient. Si le Diable avait une tactique pour monter encore plus les peuples contre eux-mêmes, il ne s’y prendrait pas autrement. 

    Slobodan Despot

    directeur des éditions Xénia.

  • Livres • Napoléon en BD

     

    par CS

     

    C’est au déclin de l’empire napoléonien que nous convient Noël Simsolo (scénario), Fabrizio Fiorentino (dessin,) Alessia Nocera (couleurs) sous la tutelle historique de l‘historien Jean Tulard, président d’honneur de l’Institut Napoléon. C’est d’ailleurs cette autorité qui donne toute son épaisseur à ce troisième tome qui commence avec la naissance du roi de Rome, l’Aiglon, l’héritier tant attendu que la belle Joséphine de Beauharnais n’avait pas pu donner à l’Empereur. La joie est de courte durée car la guerre reprend le dessus : en Espagne, en Prusse, puis en Russie avec la bataille de la Moskova et bien entendu, la Bérézina.  Le lecteur suit l’Empereur des adieux de Fontainebleau jusqu’à l’île d’Elbe puis du débarquement à Golfe-Juan jusqu’à Waterloo, enfin de l’Elysée jusqu’à Sainte-Hélène

    Cet album, à l’image des deux précédents, retrace bien la chronologie de l’empire, le jeu des nombreux acteurs militaires (Murat, Ney,…) et politiques (Louis XVIII, Talleyrand, Fouché..) , les grands projets, les réussites, les trahisons, les échecs, les espoirs déçus, les vengeances.

    Cette merveilleuse fresque se termine comme à l’accoutumée pour cette série « Ils ont fait l’histoire de France » par un cahier explicatif de huit pages qui retrace les quatre dernières (mais riches) années de règne de Napoléon 1er en insistant notamment sur le désastre de la campagne de Russie, les Cent Jours et Sainte-Hélène.

    Un album à mettre entre toutes les mains. 

     

    Napoléon Tome 3 – N. Simsolo , F. Fiorentino, A. Nocera, et J. Tulard – Editions Glénat et Fayard – 56 pages – 14,50 euros 

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • Médias • « Libé » contre Bastié : quand le dénigrement tient lieu de pensée

     

    par Samuel Piquet

    Un excellent article [Causeur, 25.05] sur les méthodes d'une certaine presse, en l'occurrence à propos d'un entretien de Libération avec Eugénie Bastié. On sait l'intérêt et la sympathie que nous portons aux publications de cette dernière. Une excellente occasion d'y revenir. LFAR

     

    On a tout à fait le droit de ne pas aimer Eugénie Bastié et d’être en désaccord profond avec ses idées. Mais cela n’affranchit pas nécessairement de tout effort d’analyse ou d’argumentation. Dans son papier consacré à la journaliste et paru la semaine dernière, Libération nous en a davantage appris sur les méthodes d’une certaine presse qu’il ne nous a fait connaître l’auteur d’Adieu Mademoiselle.

    « Certitudes datées », « idéologie naphtaline », « discours décliniste »… Dès la fin du premier paragraphe, Eugénie Bastié est discréditée, non pas par l’incohérence de ses idées, encore moins par des contre-arguments (quasi inexistants tout au long de l’article) mais simplement parce que les idées qu’elle défend ne sont pas modernes. Sous prétexte que tout n’était pas « mieux avant », tout serait nécessairement mieux maintenant ? Aucun retour en arrière, dans aucun domaine que ce soit, ne pourrait jamais être judicieux ? Tout pas en avant serait infailliblement une avancée ?

    C’est ce que suggère implicitement le quotidien lorsqu’il qualifie la journaliste d’« étoile montante de la réacosphère ». D’emblée, on comprend que ce qui intéresse Libération n’est pas de savoir si Eugénie Bastié a des idées, encore moins de chercher à comprendre si celles-ci sont défendables, mais plutôt de la classer dans un groupe inventé de toutes pièces afin de savoir si celle-ci en est une « figure ».

    C’est ainsi que chaque question censée servir de problématique au journal est en réalité biaisée et s’apparente davantage à une question rhétorique qu’à une tentative de réflexion : « Deuxième question : à quoi sert Eugénie Bastié ? » Outre qu’on pourrait se poser la même question au sujet de la journaliste chargée de pondre ce papier et de toute personne vivant sur terre si l’on est pourvu d’un tant soit peu d’humilité, le sous-entendu donne le ton : Eugénie Bastié ne sert pas à grand-chose, sinon à faire figure de « bonne cliente », « dans l’air du temps » si l’on en croit Libé.

    Un pensée non-binaire, c’est si compliqué…

    thSUDYSLZ4.jpgMais ce sont sans doute les critiques sur le livre de la journaliste qui en disent le plus long sur les pratiques de certains médias. « Le résultat est un gloubi-boulga pernicieux », commente la journaliste en charge du papier, Johanna Luyssen, avant de préciser : « Que comprendre de ce mélange troublant droite-gauche-chais pas quoi, Houellebecq et Bernanos, Elisabeth Lévy et Finkielkraut, Muray et Michéa, le tout saupoudré d’idéologie post-Manif pour tous mais aussi de décroissance ? »

    Il semble, en réalité, que le « gloubi-boulga » soit moins provoqué par le livre que par la difficulté pour Johanna Luyssen de comprendre une pensée qui ne soit pas binaire. Qu’on ne puisse pas avoir des idées de droite sur tous les sujets alors qu’on est catholique et qu’on travaille au « Figaro », ça échappe complètement à l’esprit de logique de la journaliste qui voulait pouvoir remplir toutes ses cases pour mieux caricaturer Eugénie Bastié et lui reprocher ainsi d’être une caricature.

    Libération ne peut envisager ce mélange que comme un calcul « pernicieux ». Si l’on « saupoudre » ses idées réactionnaires d’idées plus modernes ou plus progressistes, ce ne peut être que dans l’unique but de mieux faire passer les premières.

     

    Cette manie de remplacer les arguments par des listes est également caractéristique de notre époque pour laquelle la respectabilité a priori de l’interlocuteur prévaut sur son discours. On se contente de placer des noms les uns à côté des autres, en espérant que la seule évocation de certains d’entre eux au côté de celui de la journaliste suffise à effrayer les potentiels lecteurs.

    Heureusement, la conclusion du papier, qui révèle l’attitude d’Eugénie Bastié à la fin de l’entrevue avec sa consœur de Libé, nous met d’accord sur un point avec l’auteur de l’article : « Touchante, [Bastié] hasarde un : “j’espère que je vous ai convaincue”. Le plus effrayant étant qu’elle paraît sincère. » On ne peut qu’abonder dans le sens de Johanna Luyssen : quelle naïveté en effet d’avoir pu penser qu’un débat d’idées pouvait influencer une opinion et qu’un journaliste de Libé pourrait, ne serait-ce que sur un sujet, tomber d’accord avec un représentant de la « réacosphère » !

    « Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l’espèce et non au sexe ; dans ses meilleurs moments il échappe même à l’humain » disait Marguerite Yourcenar dans Mémoires d’Hadrien. Grâce à nos médias, aucun risque : nous avons les deux pieds sur terre. 

    Samuel Piquet

    Voir aussi ...

    Eugénie Bastié

    Ses idées

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    Adieu Mademoiselle [19 €]

  • Société • Lettre ouverte à Eric Cantona

     

    par François Davin

     

    JBD Résolution 150.jpgMonsieur,

    Vous venez de tenir, à l'égard de Didier Deschamps, des propos d'une stupéfiante stupidité, témoignant d'un mauvais esprit littéralement révoltant. Vos propos font partie de ceux qui ne déshonorent que ceux qui s'abaissent à les proférer, aussi m'épargnerai-je de m'abaisser à les reprendre : il me faudrait pour cela descendre dans de si profonds abîmes de mauvais esprit - où vous vous complaisez, peut-être - que je ne chercherai pas à vous rejoindre dans votre monde bête et méchant, qui n'est pas le mien.

    Mais j'ai plusieurs problèmes...

    1. Mon oncle maternel est mort à vingt ans, pour la France, du côté de la Belgique, en 14. Comme l'écrit Pagnol, dans L'eau des collines, né dans sa garrigue plantée de thym, de fenouil, de romarin et autres pèbre d'aï, il est allé mourir « couché sur des plantes dont, pour la première fois, il ne connaissait pas le nom ». Oui, mais voilà : mon oncle était blanc, ni "nord-africain" ni "mélangé", comme vous dites dans votre langue politico/idéologique. Dois-je, au nom de ma famille, m'excuser pour cette couleur de peau ? Et, si oui, auriez-vous l'amabilité de m'aider à rédiger ma lettre d'excuses, m'expliquant ce que je dois dire pour tenter de nous faire pardonner ce crime impardonnable, et en quels termes je dois le dire ?

    2. Mon problème s'aggrave : mon oncle était catholique et allait à la messe. Pas longtemps, je vous l'accorde, puisqu'il est mort fort jeune, ce qui devrait peut-être aux yeux de votre justice atténuer cette autre faute impardonnable. Même demande que précédemment...

    3. Mon problème s'aggrave encore : mon oncle était royaliste, et lisait L'Action française, à laquelle mes grands-parents étaient abonnés. Là, je sens bien que c'est trop, et que la condamnation définitive et foudroyante ne peut que tomber du ciel, c'est-à-dire de vous, un « Dieu le Père » qui fait le Jugement Dernier et sépare les bons des méchants (j'allais écrire Deschamps)...

    4. Horreur et damnation : je m'aperçois, consterné, que mon oncle a commis un quatrième crime : comme les gens que vous citez, il ne gagnait pas des millions par an, et n'avait pas les mêmes cercles de « jeu » et les mêmes   « fréquentations » (dirons-nous) que vos amis Benzema et autres. Même relaxés, ces personnes ont eu des fréquentations et des activités que mon oncle n'avait pas : question d'éducation, sans doute...

    Vous comprendrez, monsieur, que je ne vous salue pas, mais vous devrez souffrir que je vous dédie la fameuse phrase de Chateaubriand : « Il y a des temps où l'on ne doit dépenser le mépris qu'avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux... »