Saint Augustin actuel [3]
Karl Marx et Friedrich Engels
Par Rémi Hugues
A l'approche des Fêtes, Rémi Hugues propose une série de sept articles consacrés à l'actualité de la pensée de Saint Augustin, père de l'Eglise. Ils sont publiés chaque jour. Bonne lecture ! LFAR
Augustin dʼHippone, premier grand philosophe de lʼÉglise
La distinction augustinienne entre les deux Cités veut être abolie par le fanatique, qui entend faire réapparaître le Jardin édénique, revenir à lʼâge dʼor originel. Le fanatisme, écrit Colas, « taraude la modernité tout entière »[1]
Le projet moderne, qui a accouché du triptyque Renaissance – Lumières – Révolution française, est en réalité le fanatisme même, le fanatisme chimiquement pur : « La nouvelle cité idéale est purement humaine et lʼeschatologie est comme absorbée dans une idée du progrès. Lʼâge dʼor est à portée de main grâce à la science. »[2] La science remplace la religion comme clef permettant dʼouvrir les portes du paradis, un paradis qui nʼest plus céleste mais terrestre.
LES SOURCES AUGUSTINIENNES DU MATÉRIALISME DE MARX
La science est la religion des modernes. Karl Marx disait de son socialisme quʼil était « scientifique », pour mieux se distinguer des socialistes français quʼil voyait comme des doux rêveurs. Marx, en composant sa doctrine du « socialisme scientifique » a accompli la synthèse de lʼéconomie politique britannique (Adam Smith), du socialisme français (Pierre-Joseph Proudhon), de la philosophie idéaliste allemande (Hegel) et du messianisme juif (Isaac de Louria[3] photo).
Une telle représentation de marxisme nʼa rien dʼoriginal. Jacques Attali la développe dans la biographie quʼil a consacré à Marx[4]. Cependant il semble que personne nʼa identifié les sources augustiniennes de la loi de lʼHistoire fondée par Marx, qui reprend la prophétie kantienne qui vise à trouver une solution à lʼépineux problème du millénarisme, de la paix cosmopolitique perpétuelle future, mais sʼen détache par son matérialisme, tandis que Kant voit dans le progrès de la raison le moteur du changement politique et social aboutissant à lʼavènement de lʼhomme moral de la fin des temps.
Voilà pourquoi le matérialisme de Marx est qualifié dʼhistorique. Son matérialisme sert à déterminer les ressorts de sa loi scientifique de lʼHistoire : lʼévolution des sociétés humaines, selon lui, est fonction des mutations des modes et des rapports de production. Elle est fonction, faut-il ajouter, des contradictions de la sphère économique. Car la pensée de Marx, outre quʼelle est scientifique et matérialiste, sʼavère dialectique.
Dʼaprès la méthodologie marxienne, le dynanisme du moteur de lʼHistoire résulte dʼune opposition entre les deux forces constitutives du processus de production, exploiteurs et exploités. Dans la Préface à la critique de lʼéconomie politique (1859), il montre que « dans la production sociale de leur existence les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. Lʼensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle sʼélève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées.[5] » Les champs autres que lʼéconomique – la superstructure : la politique, le droit, lʼart, la morale, la religion, les idées, etc. – se modéliseraient ainsi à partir de lʼinfrastructure économique, cʼest-à-dire quʼils auraient un rapport de dépendance vis-à-vis dʼelle.
« Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en général. Ce nʼest pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; cʼest inversement leur être social qui détermine leur conscience.[6] » Une vision du monde donnée voit sa substance, dans la logique de Marx, être définie par le contexte socio-économique au sein duquel est plongé lʼindividu ou le groupe qui fait exister cette vision du monde. Toutefois les marxistes ont rapidement fait en sorte de ne pas réduire cette explication de la dynamique sociale à une approche purement mécaniste. Cʼest pourquoi ils ont tenu à accoler lʼadjectif « dialectique » au matérialisme. Par conséquent lʼéconomique est devenu en dernière instance surdéterminant, pour reprendre lʼexpression consacrée, ce qui laisse aux autres sphères de la vie sociale une certaine autonomie, certes assez limitée.
Dans le marxisme le terme « dialectique » a deux aspects : confrontation des forces productives (dominants / dominés) dʼune part, et interaction entre deux éléments, lʼinfrastructure et la superstructure dʼautre part ; interaction asymétrique, comme au fond le choc perpétuel dʼun marteau et dʼune enclume où le marteau symbolise la superstructure, affectant lʼenclume de façon résiduelle, et où lʼinfrastructure est représentée par lʼenclume, qui use substantiellement le marteau.
Cʼest lʼacolyte et mécène de Marx, Friedrich Engels qui est à lʼorigine de cette précision théorique. Dʼabord dans une lettre de septembre 1890 adressée à Joseph Bloch, où il est écrit : « Dʼaprès la conception matérialiste de lʼhistoire, le facteur déterminant est en dernière instance la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx ni moi nʼavons jamais affirmé davantage. Si quelquʼun dénature cette position en ce sens que le facteur économique est seul déterminant, il le transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. »[7] Ensuite dans un courrier destiné à Conrad Schmidt, daté dʼun mois plus tard, dʼoctobre 1890 : « Il y a interaction entre deux forces inégales : action du mouvement économique, dʼune part ; de lʼautre, action du pouvoir politique, créé par lui, doué dʼune autonomie relative, qui se manifeste dʼune part dans la puissance de lʼÉtat, et de lʼautre dans lʼopposition, née de cette dernière. »[8] On peut noter quʼen sʼefforçant de ne pas réduire le politique à un simple reflet de lʼéconomique, Engels tend à réduire la superstructure au politique. Il déforme – les marxistes diraient révise – la pensée de son ami qui entend la superstructure comme lʼensemble de la sphère sociale auquel on retranche lʼéconomique.
Quelque part ailleurs Marx essaye de trancher cet impondérable de la philosophie quʼest le débat idéalisme / matérialisme en avançant que les idées sont in fine des choses, de la matière : les idées ne sont rien dʼautre que les choses matérielles transposées et traduites dans la tête des hommes. (A suivre) ■


Les pionniers de la sociologie, Comte puis Durkheim (photo), nʼétaient, cʼest le moins que lʼon puisse dire, aucunement des fidèles du dogme catholique quʼAugustin contribua à forger. Néanmoins il devrait avoir sa place, avec Montaigne et Tocqueville, au sein de la catégorie des sociologues dʼavant la sociologie désignés par Raymond Aron dans Les étapes de le pensée sociologique
Sombart, lʼautre grand fondateur de lʼécole allemande de la sociologie avec Max Weber (photo), était un socialiste de conviction, quand ce dernier était de tendance libérale. Sombart entendait restaurer la communauté
Comme « le royaume du Christ nʼest pas de ce monde, son nom ne peut être invoqué pour appeler à la destruction par le glaive des royaumes terrestres afin dʼédifier la Jérusalem céleste sur les ruines de Babylone, la putain. (Ci-contre, allégorie de William Blake) »
Par ailleurs, dans le même texte, Colas place sur le même plan fanatiques musulmans, comme ceux qui agréent « lʼincitation de lʼayatollah Khomeini (photo) à exécuter Salman Rushdie »
La rédaction de LʼHistoire a été judicieuse dans son choix de nous rappeler lʼimportance de de lʼœuvre de l’évêque dʼHippone, notamment du livre La Cité de Dieu. Il y a bel et bien une actualité de saint Augustin. Pour comprendre les enjeux de lʼheure, lʼétude de sa pensée est très précieuse.
Charles Baudelaire suggère cela dans un poème publié dans le recueil Le Spleen de Paris qui est une critique radicale du positivisme comtien, et qui a pour titre le « Le joujou du pauvre ».
Cette poésie, composée au milieu du XIX

Là encore, une « révolution royale », qui n’est pas un simple changement de locataire du Pouvoir, pourrait ouvrir de nouvelles possibilités à l’économie et à la consommation dans notre pays. En attendant, chaque consommateur, royaliste ou non, peut s’engager dans une « régence » économique en pratiquant ces quelques gestes simples qui transforment l’acte de consommer en acte social, économique et politique éminemment français. Le jeu en vaut la chandelle, et peut permettre une suite heureuse : alors, au-delà des paroles, agissons, concrètement et simplement, pour un Noël français !

Comme certaines parallèles finissent par se côtoyer et même par se croiser, contrairement aux préceptes de la géométrie euclidienne, cela donne un film qui saisit dès les premières images, éclatantes, du générique. Long panoramique qui remonte les quais de Marseille, de la Joliette vers le Vieux Port et qui montre, mieux qu'un long discours combien la ville est une juxtaposition de quartiers qu'unit seulement la vocation maritime et l'amour inconditionnel pour le glorieux Olympique de football. Cités HLM du nord, beaux immeubles du sud, villages de maisonnettes imbriquées les unes dans les autres, le tout relié par des ponts, des estacades, des portions d'autoroutes qui éventrent la cité et la parcellisent. Partout aussi des entrepôts, des hangars, des docks ; et beaucoup d'usines désaffectés dont le béton finit de s'esquinter au rude soleil. Marseille ne va pas bien : chômage, violence, difficultés d'intégration d'une immigration galopante.
Et ravages de la drogue, bien sûr. C'est peut-être par là qu'il faut commencer à saisir le film tant l'héroïne pèse sur le destin de Michèle (Ariane Ascaride), dont le mari est alcoolique, chômeur et violent et dont la fille Fiona se prostitue à toute la cité pour payer ses doses, incapable d'élever son bébé, dont elle ne connaît d’ailleurs pas le père. Fiona, c'est Julie-Marie Parmentier, que j'ai découverte dans Les blessures assassines de Jean-Pierre Denis - l'histoire du crime abominable des sœurs Papin - et dont la qualité de jeu ne cesse de me bluffer).
Autour d'elle, les habituels complices de Guédiguian, Paul (Jean-Pierre Darroussin), doux vieux garçon aux parents aimants (Jacques Boudet et Pascale Roberts) et Gérard (Gérard Meylan), muré dans ses souvenirs et sa violence. À côté d'elle, qu'elle ne verra pas mais qui, comme elle, font partie de la grande respiration blessée de la ville, un couple bourgeois, en train d'éclater (Christine Brücher et Jacques Pieiller), un jeune Comorien, Abderramane (Alexandre Ogou), une belle fille un peu timbrée, Ameline (Véronique Balme)... destins qui se croisent, qui influent peut-être les uns sur les autres...
Rares sont les scènes apaisées, dans La ville est tranquille ; je n'en vois, à dire vrai, qu'une seule, très drôle, d'ailleurs : Paul (Darroussin, donc), qui est conducteur de taxi, chantant à Michèle (Ascaride), L'Internationale, en français, anglais, espagnol, allemand... Mais que de séquences tendues, pénibles, douloureuses, même (ainsi les supplications de Fiona, en manque d'héroïne, à sa mère, pendant que son bébé hurle).


Préfacé par le père Boulad, jésuite égyptien qui s’y connaît, voilà un livre qui dénonce une catégorie d’idiots utiles de l’islam conquérant : les catholiques.
On rend grâce aussi à la réalisatrice d’avoir mis en scène le besoin d’une mère éprouvé par Théo, tristement « autiste » devant Jean, l’assistant familial qui s’occupe pourtant de lui avec beaucoup d’affection, alors que Mathieu sourit et commence à communiquer avec sa nouvelle maman…


Quant aux adversaires de ses idées dirigées contre la France – idées émanant de lʼun des quatre états confédérés auquel appartient Attali –, ceux qui sont hostiles au mondialisme, doivent élever leur niveau intellectuel au-delà de celui de Jacques Attali, ce qui nʼest pas forcément aisé puisquʼil est indéniablement un grand esprit, un génie, mais de lʼanti-France.
Jacques Attali, dont les ancêtres sont devenus français en vertu du décret Crémieux, est « très lié à David de Rothschild »
Ce dernier montre ainsi quʼil espère lʼirruption dʼune révolution mondiale, dans la continuité du communiste Trotsky auquel Staline opposa la voie du socialisme dans un seul pays. Attente dʼune disparition à terme des États-nations quʼil partage avec Marx et Trotsky et qui tire sa source moderne de lʼilluminisme dʼun Emmanuel Kant (photo). Lʼauteur de la Critique de la raison pure développa lʼidée selon laquelle lʼhumanité, au niveau interétatique, est restée au stade de lʼétat de nature, ce qui explique le déclenchement régulier de guerres. Mais celles-ci auront in fine un effet vertueux sur lʼhomme : le forcer à construire une Société des Nations, un état social géopolitique.
Ce Cinquième royaume, sur le plan politique, est caractérisé par la paix, lʼharmonie entre les hommes, et, au niveau économique, par la prospérité, lʼabondance. Voilà lʼhorizon que regardent avec tant dʼémerveillement Kant, Marx, Trotsky et Attali.
Dans son Dictionnaire amoureux du judaïsme, il reprend en utilisant un langage cryptique, ésotérique, la conception propre à Louria de la messianité : elle ne correspond pas à un homme supérieur, à un « Sauveur », mais à lʼensemble de la communauté juive.
Attali ne renie pas en effet lʼétiquette de socialiste, lui qui a consacré un livre au père du « socialisme scientifique », Karl Marx, car pour lui cette idéologie nʼest pas tant le soin apporté aux exploités et la volonté du partage équitable des richesses, cʼest-à-dire la prise en compte de la « question sociale », problème crucial à partir de la Révolution industrielle au XIXème siècle, que lʼédification de la Cité juste, dʼun Éden terrestre où le bonheur devient la règle, par le truchement dʼune réparation du monde – ou tiqoun olam –, concept kabbalistique sʼil en est, où toute idée dʼintervention de Dieu dans la vie des hommes, appelée Providence, est totalement écarté, car il sʼest retiré du monde, dʼaprès un autre concept kabbalistique, le tsimtsoum.
« Demain – si la mondialisation nʼest pas une nouvelle fois remise en cause – le maintien de la rentabilité du capital ne pourra pas passer par une socialisation mondiale des pertes, faute dʼun État mondial ; […] Lorsquʼil aura ainsi épuisé la marchandisation des rapports sociaux et utilisé toutes ses ressources, le capitalisme, sʼil nʼa pas détruit lʼhumanité, pourrait aussi ouvrir à un socialisme mondial. Pour le dire autrement, le marché pourrait laisser place à la fraternité. […] Comme il nʼy a pas dʼÉtat mondial à prendre, cela ne saurait passer par lʼexercice dʼun pouvoir à lʼéchelle planétaire, mais par une transition dans lʼesprit du monde – cette ʽʽévolution révolutionnaireʼʼ si chère à Marx. […] Tout homme deviendrait citoyen du monde et le monde serait enfin fait pour lʼhomme. »
En vérité, pour les sociétés chrétiennes, dont la nôtre, le monde, entendu comme la création, a été fait pour lʼhomme par le Créateur. Grégoire de Nysse, philosophe du christianisme primitif (IVème siècle), souligne quʼau regard de la création, « dans sa richesse, sur terre et sur mer »
Né le 1er novembre 1943 à Alger, il est passé par Sciences-Po, Polytechnique et lʼE.N.A. Étudiant brillant, plus enclin à aimer la ratiocination que les travaux physiques, Attali ambitionne de devenir, une fois diplômé, une figure intellectuelle du socialisme français. Sa référence est lʼauteur de LʼOpium des intellectuels, un pamphlet de 1955 qui vise lʼintelligentsia française accusée dʼêtre illusionnée par la religion marxiste, Raymond Aron, un atlantiste anti-communiste développant une pensée libérale-conservatrice largement inspirée dʼAlexis de Tocqueville. Il soutint le gaullisme avant de sʼen détacher en 1967, suite aux prises de position clairement anti-nord-américaines de De Gaulle. (« Vive le Québec libre ! », et surtout dénonciation de lʼhégémonie du dollar) et anti-israéliennes (« un peuple dʼélite, sur de lui-même et dominateur »).
Juif comme lui, Attali entend être le Raymond Aron de la gauche. Il rejoint le Parti socialiste (P.S.) de François Mitterrand dans les années 1970. Ce dernier lui confie, au tout début de sa campagne victorieuse de 1981, la mission de rencontrer Coluche, lʼhumoriste qui sʼest engagé dans la course en entonnant le refrain populiste du « tous pourris », pour mieux connaître ses intentions. Car une candidature effective de Michel Colucci, craint le camp socialiste, pourrait faire perdre de précieuses voix à son champion.
Protégé par des soutiens puissants, par des réseaux de pouvoir très influents, Jacques Attali joue un rôle majeur, malgré ses déboires. Les dossiers qui lui sont confiés traitent des questions économiques et des relations avec le monde anglo-saxon. Sa tâche principale est de préparer le tournant de la rigueur, qui nʼa pas été décidé par la nécessité du moment vers 1983, mais était dans les cartons avant même lʼélection de François Mitterrand. La politique réellement socialiste, consistant notamment à nationaliser un certain nombre de grandes entreprises françaises, nʼétait quʼun leurre censé attirer une part substantielle du vote communiste. Embrasser le Parti communiste français (P.C.F.) pour mieux lʼétouffer : la stratégie fonctionna à merveille.
Cʼest pourquoi un rapport sur les effets de la politique de relance par la consommation initiée par le pouvoir socialiste est passé sous silence... car il montre que celle-ci est une réussite : « Le ministre du Plan, Michel Rocard, demande à Dominique Strauss-Kahn, alors au Commissariat au Plan, de commander un rapport à lʼéconomiste américain Robert Eisner, afin de justifier ce tournant. Problème : Eisner aboutit à la conclusion inverse ! Le président de la très respectée Association américaine dʼéconomie estime que la politique de relance produit ses premiers effets, et que le pouvoir socialiste doit continuer sur sa lancée de 1981. Son rapport restera dans un tiroir. »

Il était inévitable que Philippe de Villiers en arrive à Clovis, pour renouer avec la question la plus fondamentale, celle des origines, et plus exactement, des origines de l'identité française, qu'on mutilerait si on en effaçait la marque chrétienne. Ce retour est une authentique transgression dans une époque qui ne veut justement rien savoir des origines, sauf à la repousser dans des temps si lointains qu'elles en deviennent insaisissables, comme on l'a vu dans l'Histoire mondiale de la France de
Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l'auteur
Entre l'importun qui appelle son vieux camarade pour lui demander l'accélération de la délivrance d'un passeport et la prise de décisions stratégiques, la marge est à la fois considérable et ténue. La vie d'un Directeur du Cabinet, c'est vraiment ça : le travail acharné, les nuits sacrifiées, la mobilisation permanente, continue, de toute son énergie.
La puissance publique est encore là, pour nommer à des postes éminents, réprimer des manifestations, accorder des faveurs. Mais il y a longtemps que le Pouvoir a déserté ses allées, égaré par les conventions internationales, les déclarations de droits réels ou prétendus, les injonctions des traités, les ukases bien-pensants, l'omnipotence de la fortune anonyme et vagabonde, l'arrogance des ONG et tout le tremblement. La qualité de L'exercice de l'État est de montrer cela dans sa nudité, dans sa cruauté, dans son évidence.
Revenons au film, qui est d'un rythme et d'une efficacité remarquables. Ôtons-en quelques fautes de goût : le dîner incongru et alcoolisé de Saint-Jean, le ministre (Olivier Gourmet, impressionnant de maîtrise) avec son chauffeur (Sylvain Deblé) et sa compagne (Anne Azoulay) ; le trop long plan sur la jambe arrachée dudit chauffeur après l'accident de voiture ; l'accentuation un peu trop forte qui montre Gilles, serviteur de l’État jusqu'à la moelle se passer en boucle l’admirable discours d'André Malraux accueillant au Panthéon les cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964...