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  • David Cameron : « Nous sommes un pays chrétien et fier de l’être ! »

    Par cette phrase, c’est tout un pays qui relève la tête, assumant tranquillement son identité

     

    par Gabrielle Cluzel

    Une excellente chronique qu'on ne peut qu'approuver, parue dans Boulevard Voltaire du 30.03 

     

    6a5f58eaa6107945b448b426f88749e4.jpeg.jpgOn ricane. On se paie leur tête. On se moque de leur mâchoire chevaline, de leur cuisine improbable, de leurs ressortissantes mal sapées. On dit d’eux qu’ils sont l’ennemi héréditaire. Er merde pour le roi d’Angleterre ! On jure qu’on ne leur pardonnera jamais Mers el-Kébir, ni Waterloo, ni Trafalgar, ni Azincourt, ni surtout la petite Jeanne, dont on vient d’ailleurs de leur piquer l’anneau, parce que c’est nous les plus beaux. Ils veulent le récupérer, ils peuvent aller se brosser.

    Mais parfois, on les jalouse. On les envie. En plus de l’anneau, ils ont dû garder par-devers eux un autre trésor caché que nous autres avons bazardé : un restant d’âme.

    « Oui, nous sommes un pays chrétien et fier de l’être », a dit le Premier ministre David Cameron le jour de Pâques. « Au cœur de toutes les actions de gentillesse et de courage, il y a les valeurs et les croyances qui ont fait de notre pays ce qu’il est. Des valeurs de responsabilité, de travail, de charité, de compassion, la fierté de travailler pour le bien commun et d’honorer les obligations sociales que nous avons les uns pour les autres, pour nos familles, pour nos communautés. Nous chérissons ces valeurs. Ce sont des valeurs chrétiennes. »

    On ne mesure pas la force symbolique de cette déclaration, qu’il serait faux d’interpréter comme des vœux obligés à destination d’une communauté.

    Par cette phrase, c’est tout un pays qui relève la tête, assumant tranquillement son identité.

    Par cet hommage rendu à la religion qui a imprégné son humus et fait fleurir ses valeurs, c’est tout un pays qui se réarme culturellement – pour ne pas dire spirituellement -, préambule indispensable, dans le combat contre les islamistes, au réarmement militaire : le premier champ de bataille, celui sur lequel l’Occident, impuissant, désorienté, tombe comme à Gravelotte, est ce terrain impalpable.

    Par cette reconnaissance, c’est tout un pays qui est concerné, et pas seulement la partie croyante ou pratiquante de celui-ci, car il en est de la culture religieuse comme de la culture générale : c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Un missionnaire se plaisait à raconter que si l’on n’aimait rien tant, en Afrique, que confier la gérance des entreprises à des Occidentaux, c’était parce qu’on les savait pétris de ces valeurs bénédictines que sont la ponctualité, la rigueur, l’amour du travail bien fait, quand bien même les gaillards en question ne croyaient ni à Dieu ni à diable.

    « Quand nous voyons, en 2016, des chrétiens être persécutés pour leur foi en d’autres parties du monde, nous devons nous affirmer aux côtés de ceux qui pratiquent leur foi avec courage », a encore rajouté Cameron, en ce week-end de Pâques au cours duquel, à Lahore, des dizaines de chrétiens pakistanais ont été assassinés.

    Et cette identification, cette mise en avant de leur passion comme aiguillon pour nous affirmer enfin, vaut mille marques de compassion. Compassion dont n’a pas été seulement capable de faire montre notre gouvernement qui, évoquant les attentats pakistanais, a soigneusement évité le mot « chrétien »

    Nous ne leur rendrons pas l’anneau. Mais on peut leur filer en échange tout un lot de veaux, de sots, de zozos, de manchots. Inutile, ceux-là, de les mettre aux enchères : ils ne valent pas cher. 

    Gabrielle Cluzel

    Ecrivain, journaliste

    Son blog

  • Libye (11 - 21 janvier 2001) De Tripoli à Benghazi par la route côtière (Extraits)

    Vue de Benghazi 

    Par Péroncel-Hugoz

    TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Peroncel-Hugoz, qui fut longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, et a publié plusieurs essais sur l'Islam, travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  principal site de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà publié des extraits. Nous en ferons autant désormais, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR  •

     

    ph - Copie (2).jpgQUAND KADHAFI GOUVERNAIT SANS PARTAGE...  TRISTE ESCALE A BENGHAZI (3/3)

    JANVIER 2001

    Après l'interminable route côtière de Tripoli à Benghazi, « route de l'unité » réalisée jadis par les Italiens (toujours eux, je n'y peux rien !) pour relier enfin la Tripolitaine « romaine » à la Cyrénaïque « grecque », nous voici dans l'ancienne Bérénice devenue Benghazi; un nom peu rassurant pour les chrétiens car « gazi », à prononcer « razi », d'où notre mot « razzia », désigne en arabe et en turc le « pourfendeur des mécréants », c'est-à-dire nous, les non-musulmans... Même le plus ou moins laïque (et en tout cas islamophobe au sens précis du terme) Kémal Ataturk, père de la République turque, fut salué par ses compatriotes de l'avantageux titre, en Islam, d'El Ghazi... Le razzieur... C'est dire...

    Bref nous voilà à Benghazi où il y a  encore moins d'Européens qu'à Tripoli et où la décrépitude et la saleté de cette grande ville font peine. Comme les Benghaziotes passent pour d'incorrigibles monarchistes, on y voit plus qu'ailleurs des types trop bien nippés pour ne pas être des policiers en civil... Il paraît que la prison est archipleine et que, de temps en temps, on fusille quelques prévenus afin de faire de la place, en prévision de nouveaux prisonniers... Et pour « kadhafier » de force les Benghaziotes, partout d'immenses portraits du dictateur, régulièrement renouvelés, contrairement aux banderoles dilatées de la « républicaine » Tripoli où il n'y a pas d'efforts à faire...

    A Benghazi, jamais en retard d'une pose grotesque, le « colonel-guide» apparaît sur de géantes affiches en consommateur du miel local, en casque de mineur, en chef arabe, en chechia caca d'oie, bien sûr aussi en militaire doré sur tranches et toujours, toujours, en tout déguisement, avec de grosses lunettes noires. Kadhafi ad nauseam...

    Selon mon chauffeur-guide-interprète, dont je connais maintenant la fidélité royaliste, lorsque le grand orientaliste Jacques Berque, plutôt favorable en 1969 au jeune putschiste Kadhafi (Berque le pied-noir fut, ne l'oublions pas, malgré ses immenses talents d'arabisant - il a même retraduit le Coran ! -, Berque, donc se serait écrié, tout déconfit, après son séjour en Libye : « Le régime Kadhafi est une des formes socialistes du malheur ! ». Berque, c'est connu, avait conservé un grand fond d'honnêteté. Je me répète sa formule (applicable sans doute aussi à l'Egypte nasserienne ou à l'Algérie indépendante), tout en avalant, dans un restaurant de Benghazi, mes spaghettis trop cuites, arrosées de ketchup américain froid et plus ou moins sucré, et en buvant un infâme coca-cola made in Libya plein de sucre et de produits chimiques...

    Vous avez dit « au bon temps du roi Idriss » ?... •  (Fin)

     

  • Christopher Caldwell : « Les intuitions de Houellebecq sur la France sont justes »

     

    Dans son livre, une Révolution sous nos yeux, le journaliste américain Christopher Caldwell annonçait que l'islam allait transformer la France et l'Europe. Pour FigaroVox [25.03] il réagit aux attentats de Bruxelles. Sa réflexion va souvent à l'essentiel. Nous le suivrons presque en tous points. Même son appréciation sur les Lumières est en fait nuancée. Et, de toute façon, Houllebecq, sans-doute à juste titre, les juge éteintes...  LFAR  

     

    Après Paris, Bruxelles est frappée par le terrorisme islamiste. A chaque fois la majeure partie des djihadistes sont nés dans le pays qu'ils attaquent. Cela révèle-t-il l'échec du multiculturalisme ?

    Peut-être, mais je ne suis pas sûr que le mot « multiculturalisme » signifie encore quelque chose. Il ne faut pas être surpris qu'un homme né européen commette des actes de terrorisme européen. C'est pour l'essentiel une question pratique. Le terrorisme requiert de la familiarité avec le terrain d'opération, le “champ de bataille”. C'est une chose très difficile que de constituer une équipe de terroristes en passant plusieurs frontières pour mener à bien une opération dans un pays étranger - même si cela peut être réalisé, comme les attentats du 11 Septembre l'ont montré.

    Au surplus, l'ensemble des droits et libertés constitutionnels de l'Union européenne, en commençant par Schengen, donne un éventail particulièrement large de possibilités à tout jeune Européen en rupture. Regardez ces terroristes belges. L'artificier Najim Laachraoui est allé en Syrie pour se battre aux côtés de Daech, mais personne n'a su comment il était revenu à Bruxelles. Ibrahim el-Bakraoui a été condamné à 9 ans de prison pour avoir tiré sur un policier en 2010. Mais il a également été arrêté plus récemment par la Turquie à Gaziantep, à la frontière syrienne, et identifié comme un combattant de Daech. Et tout cela est resté sans conséquences.

    Diriez-vous que derrière l'islamisme guerrier de Daesh, l'Europe est également confrontée à une islamisation douce un peu comme dans le dernier livre de Houellebecq, Soumission ?

    Quand j'ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m'a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l'impression qu'elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national.

    La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n'ont pas vraiment besoin d'une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c'est d'équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd'hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s'accommodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d'une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu.

    Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l'immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes.

    Dans votre livre Un révolution sous nos yeux ,vous montriez comment l'islam va transformer la France et l'Europe. Sommes-nous en train de vivre cette transformation ?

    Très clairement.

    Celle-ci passe-t-elle forcément par un choc des cultures ?  

    C'est difficile à prévoir, mais ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture - l'islam - qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l'Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l'Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d'une vitalité évidente.

    Certains intellectuels comme Pierre Manent propose de négocier avec l'islam. Est-ce crédible ? Les «accommodements raisonnables» peuvent-ils fonctionner ?

    Situation de la France de Pierre Manent est un livre brillant à plusieurs niveaux. Il a raison de dire que, comme pure question sociologique, l'Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d'assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d'un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l'Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d'origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd'hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique.

    Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d'offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d'une insistance à ce que l'Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D'abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l'immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l'islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu'elles n'ont aucun intérêt à transiger.

    « Entre une culture qui doute d'elle-même et une culture forte, c'est la culture forte qui va l'emporter... » écrivez-vous en conclusion de votre livre. L'Europe des Lumières héritière de la civilisation judéo-chrétienne et gréco-romaine est-elle appelée à disparaître ?

    L'Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d'immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l'on puisse en accuser l'Europe des Lumières, qui n' a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l'Europe. La menace tient pour l'essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s'ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu'elle remplace. Mais dans l'optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. 

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    Christopher Caldwell est un journaliste américain. Il est l'auteur de Une Révolution sous nos yeux, comment l'islam va transformer la France et l'Europe paru aux éditions du Toucan en 2011. 

    picture-2540921-61yhv5dr.jpgEntretien par

    Journaliste au Figaro et responsable du FigaroVox. Twitter : @AlexDevecchio

     

  • La Semaine de MAGISTRO, une tribune d'information civique et politique

     

    MAGISTRO Adossée à des fondamentaux politiques avérés, Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.  

    A tout un chacun

    Jacques BICHOT  Economiste, démographe, professeur émérite à l'Université Lyon 3 - ancien président de Familles de France  La loi et les contrats de travail

    Du côté des élites

    Christine SOURGINS  Historienne de l'art, essayiste  Peut-on déguiser la corruption en mécénat ?

    Gérard FREMIOT      Docteur en sciences politiques       Le Front national est-il socialiste ou… gaulliste ?

    Eric ZEMMOUR  Journaliste politique  Les coupables confusions de l'extrême gauche

    Malika SOREL-SUTTER  Essayiste, ancien membre du collège du Haut Conseil à l'Intégration et de sa mission Laïcité  Pourquoi la loi El Khomri est communautariste

    En France

    Vincent DESPORTES  Officier, général de division (2S), enseignant à HEC et professeur associé à Sciences po Paris  La Défense ? Une affaire de vision et de volonté !

    Avec l'Europe

    Françoise THIBAUT Essayiste, historienne, professeur des universités  Marche turque

    François JOURDIER  Officier, amiral (2S)  Non au Grand Turc

    De par le monde

    Jean SALVAN  Officier, général de corps d'armée (2S) Qui est l’ennemi ?

    Transmettez, Faites suivre, partagez ... 

  • Bordeaux 31 mars : Conférence de Jean-Marie Le Méné sur le transhumanisme... C'est ce soir !

    Invitation

    Jean-Marie Le Méné

    président de la fondation Jérôme Lejeune

    Enjeux et dangers du transhumanisme  

    jeudi 31 Mars 2016 à 20h30 précises

    BORDEAUX Athénée municipal

    Place saint-Christoly

    Entrée libre

    La chosification du corps humain par un État qui se prend pour Dieu s'aggrave de façon terrifiante. Les dérives de la bioéthique et du transhumanisme ne sont pas seulement un problème d'ordre privé. Nous sommes là en présence d'un problème politique. Certains observateurs s'en inquiètent, comme le philosophe Fabrice Hadjadj ou le président de la fondation Lejeune, Jean-Marie Le Méné. Celui-ci vient de publier : « Les premières victimes du transhumanisme » aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Il sera à Bordeaux le 31 Mars. Nous vous invitons à venir l'écouter et à diffuser cette information autour de vous. Merci. B. Pascaud (Rencontres d'Amitiés françaises)

  • Éric Zemmour : « Molenbeek est en France ! »

     

    Par Eric Zemmour     

    Ne nous voilons pas la face : « des Molenbeek, la France en regorge », écrit Eric Zemmour dans Le Figaro Magazine [24.03]. Pudiquement qualifiées de « territoires perdus de la République », ces villes ont pour nom Trappes, Roubaix, Sevran, Le Mirail à Toulouse, ou les quartiers Nord de Marseille… Zemmour a raison de sonner une fois de plus l'alarme contre les dangers de l'immigration de masse, aujourd'hui  dramatiquement aggravés par le terrorisme. Nous le faisons ici depuis que notre quotidien a été fondé.  Lafautearousseau a neuf ans et dans l'entre-deux la situation n'a fait qu'empirer. Jusqu'à quand ? Et jusqu'à quelles extrémités ? .  LFAR 

     

    ZemmourOK - Copie.jpgEn France, on aime les histoires belges. On aime se moquer de nos voisins, peut-être pour cacher notre dépit qu'ils ne soient plus depuis longtemps nos compatriotes. On se gausse grassement de leur accent, de leur lenteur, de leur lourdeur. De leurs querelles linguistiques et pas qu'une fois! Alors, quand on a arrêté à Molenbeek l'organisateur des attentats à Paris du 13 novembre, on n'a retenu ni nos lazzis ni nos quolibets. On avait oublié un instant, un instant seulement, que Salah Abdeslam a la nationalité française, pour insister avec une joie maligne sur les carences de la police belge et les trous noirs du Bruxellistan. Mais nous allons payer notre arrogance injustifiée au prix fort. Une fois encore.

    Pendant longtemps, on a rêvé que l'Europe serait la France en grand. Désormais, il nous faut admettre que la Belgique est une France en petit. La Belgique n'a jamais été une nation et la France l'est de moins en moins. La Belgique n'a pas d'Etat souverain et la France seule croit qu'elle en a encore un. La police belge est dépassée, et leurs homologues français s'imaginent encore - les ingénus - qu'ils peuvent se payer le luxe de la guerre des services.

    A Molenbeek, les gosses jettent des pierres aux forces de l'ordre venues arrêter Abdeslam qui y avait trouvé un refuge amical. Il y était comme un poisson dans l'eau. Comme un mafieux corse ou sicilien dans son village. C'est ce qui arrive tous les jours aux policiers français qui tentent d'entrer à Trappes, Roubaix, Sevran, Le Mirail à Toulouse, ou les quartiers Nord de Marseille, etc., et qui reçoivent eux aussi crachats, pierres, divers ustensiles de cuisine, quand on ne leur tire pas dessus à balles réelles.

    Des Molenbeek, la France en regorge. La France en crée à profusion. Que mille Molenbeek s'épanouissent ! Avec ses élus clientélistes, socialistes, communistes, humanistes, pacifistes, écologistes, de droite aussi, qui, comme cette élue de Molenbeek, Sarah Turine, estiment qu'il faut « recréer le lien affectif », et « lutter contre les discriminations, pour que les jeunes soient plus forts contre les discours de haine ». On leur a trouvé des noms : les « ghettos », les « territoires perdus de la République », les « zones de non-droit ». Des noms mensongers pour dissimuler la réalité. Pas des ghettos, puisqu'on peut en sortir quand on veut. Des territoires perdus, oui, mais de la France. Pas des zones de non-droit, mais des zones de droit islamique, avec ses liens inextricables entre culture et religiosité, qui font songer à l'Europe du Moyen Age. Les Molenbeek français, comme leur homologue belge, sont des territoires où les mœurs sont musulmanes, où les paysages commerciaux sont musulmans, où les vêtements sont musulmans, où la sociabilité (pas de femmes dans les cafés ni dans les rues) est musulmane. Les Molenbeek français ne sont plus en France mais dans un pays inconnu qu'on pourrait appeler la « Musulmanie », s'il n'avait déjà un nom en langue arabe : l'oumma.

    Dans cette terre d'Islam, les mécréants non musulmans - ou même les mauvais musulmans - n'ont pas leur place. Ils doivent en être chassés, de gré ou de force. On les menace, on les frappe, on les vole. Jusqu'à ce qu'ils partent. Dans les Moleenbeek français, il n'y a pratiquement plus de mécréant non musulman ; il n'y a plus de «Gaulois», de «Français». Plus de chrétien ni de juif. Restent quelques mauvais musulmans. Un mauvais musulman est désormais celui qui ne se plie pas à la version rigoriste et littéraliste du salafisme qu'ont répandu partout - et en particulier parmi la jeunesse arabe des pays d'Europe - les pétrodollars de l'Arabie saoudite. Notre amie l'Arabie saoudite, notre alliée, notre cliente. Celle-ci a réglé à son profit la vieille querelle entre les différents islams, la technologie occidentale (télévision, internet) servant la version la plus archaïque de l'islam sunnite.

    Aux yeux des imams salafistes - les seuls respectés par les jeunes -, les petits délinquants qui trafiquent la drogue, courent après les filles, boivent de l'alcool, ont un moyen de se repentir: le djihad. Pour laver leurs péchés de jeunesse et retrouver un ordre mythique, qu'ils n'ont jamais connu mais dont ils ont la nostalgie, où le père est respecté et où on épouse sa cousine, comme jadis au bled, ils doivent combattre pour l'islam. En Syrie avec les « frères » du califat islamique ou en Europe, à Paris ou Bruxelles.

    Ainsi, ce n'est pas, comme nous le serinent nos politiques et nos bien-pensants, l'islam qui arrêtera l'islamisme, mais au contraire l'islam qui est le terreau de l'islamisme. Ce n'est pas la radicalisation qui s'islamise mais l'islam qui croit le moment venu de se radicaliser. Pour sonner la revanche de l'islam humilié depuis deux siècles par les victoires des « mécréants chrétiens et juifs ». Ce n'est pas en accueillant toujours plus la « diversité » qu'on retrouvera la paix civile, mais en engageant la reconquête des territoires perdus de la France. Sinon, les Belges riront à leur tour, mais riront jaune : Molenbeek sera notre avenir à tous.

    Eric Zemmour           

  • Ténébreuse affaire Barbarin

     

    par Pierre Chalvidan

     

    Pierre CHALVIDAN.jpgQuelle époque opaque ! Précédant – ou suivant… – un sondage affirmant que 63% des Français y sont favorables, la secrétaire d’État à l’Aide aux Victimes exige la démission du Cardinal Barbarin ! Déjà l’intitulé de son « ministère » et l’idéologie victimaire qui le sous-tend mériterait beaucoup, ne serait-ce que pour faire valoir combien, en réalité, elle fonctionne à contre-emploi. L’enfer est pavé…

    Mais là n’est pas dans l’immédiat l’important. L’important, c’est qu’au-delà de la tragique complexité des faits, ce qui est dramatique dans cette affaire (outre l’incapacité contemporaine à assumer cette complexité) c’est qu’elle révèle combien est perdu de vue l’essentiel du message anthropologique chrétien : la distinction de la personne et de ses actes et la foi en la toujours possible rédemption de l’homme.

    C’est là-dessus que l’Église est nécessairement en porte-à-faux face à des adversaires qui se battent, eux aussi, à contre-emploi : ils prétendent défendre la dignité de l’homme mais ils le font sur un registre argumentaire qui ignore à la fois la charité et la justice parce qu’il repose sur une régression anthropologique aussi pernicieuse que celle des pédophiles.

    Sans oublier, bien sûr, l’habituelle exploitation médiatique. Ce n’est plus « du pain et des jeux » mais : faute de pain, des jeux. Mais des jeux dangereux et malsains. On a appris, en incidente, de la bouche même de la ministre de l’Éducation Nationale qu’au cours de l’année dernière – on dit bien : sur une année… – une trentaine de radiations d’enseignants pour pédophilie était intervenue. Quel écho médiatique ?

    Dans une homélie prononcée le 10 août 1978, quatre jours après le décès de Paul VI, le Cardinal Joseph Ratzinger disait : « Mais un pape qui aujourd’hui ne subirait pas la critique manquerait à son devoir devant l’époque. Paul VI a résisté à la télécratie et à la démoscopie (en sociologie : science dont l’objet est de sonder l’opinion), les deux pouvoirs dictatoriaux d’aujourd’hui. Il a pu le faire parce qu’il ne prenait pas comme paramètre le succès et l’approbation mais la conscience qui se mesure sur la vérité, sur la foi. »   

  • Du déni de réalité

     

    par Jean-Louis Faure* 

    On apprend qu’il existe un ministre de la ville nommé Patrick Kanner

    Il vient de déclarer à une feuille de chou régionale : « une centaine de quartiers en France présentent des similitudes potentielles avec Molenbeek ». Hurlements de ce que Charles GAVE appelle joliment « la classe jacassière ». Kanner ne dit rien d’autre que ce que chacun de nous observe d’une communauté qui n’a nulle intention de s’assimiler, en croissance rapide où l’endogamie est la règle.
     
    Le Cambadélis de Solferino y est allé de sa dialectique trotskyste, soixantehuitarde enfumée. Et la totalité du Système politicard est au diapason. Du déni de réalité.
     
    Je suis surpris d’entendre de plus en plus souvent désormais, dans la bouche de gens que je tiens pour raisonnables - professions libérales éduquées et aisées - que la seule solution pour en sortir est une guerre civile … A noter. 
     
    * Reçu dans les commentaires

     

  • Toulon : Causerie du Café Histoire, mercredi 30 mars ... C'est ce soir !

     

    Cette troisième causerie 2016, sera animée par Alain Vignal, agrégé et docteur en histoire.

    Les Confréries de Pénitents sont des associations de laïcs catholiques apparues au Moyen-Age dans l'Europe latine pour répondre à des exigences de charité. Ayant souvent leurs propres chapelles et leurs obligations, elles sont une des multiples expressions de l'exigence de service au prochain contenue dans la religion chrétienne et peuvent être considérées comme une forme précoce de catholicisme social. Si beaucoup ont disparu à la Révolution ou au XXe siècle, certaines perdurent ou se sont reconstituées en Provence, comme les Pénitents noirs de Toulon. En quoi peut-on dire que ces Confréries représentent un catholicisme social original, discret mais toujours actif dans le monde d'aujourd'hui ?

    Le nouveau cycle de causeries est dorénavant organisé dans le cadre des activités culturelles de la paroisse Saint François de Paule. Les Missionnaires de la Miséricorde ouvrent les portes de leur Pub associatif Le Grall aux causeries du Café Histoire de Toulon, le dernier mercredi de chaque mois, d’octobre à juin et de septembre à décembre.

    Le Café Histoire de Toulon est un lieu d’échange et de convivialité pour transmettre les racines chrétiennes à travers la connaissance historique de l'identité de la France. 

    La mission des causeurs du Café Histoire de Toulon, professeurs d'Histoire, de Lettres, de Philosophie, de droit, essayistes de revues, conférenciers des Académies du Var, d'Aix en Provence et Niçoise, porte sur la transmission de l'héritage d'Athènes, Rome et Jérusalem à travers la connaissance de la culture et du patrimoine religieux français et plus particulièrement provençal et méditerranéen.  

    Le Grall, Pub associatif des missionnaires de la Miséricorde (adhésion 1 €)
    377 avenue de la République , 83000 Toulon
    La soirée pourra se poursuivre autour d’une pizza (Participation aux frais)
    Contact : cafehistoiredetoulon@gmail.com

    Café Histoire deToulon Programme 2016 des causeries du Grall

  • Jean-Michel Quatrepoint : « Trump et Sanders, la revanche de l'Amérique sur Wall Street »

     

    La réflexion de Jean-Michel Quatrepoint est toujours intéressante, libre de l'idéologie dominante, réaliste à la maurrassienne. Comment expliquer le succès de Donald Trump et la résistance de Bernie Sanders dans la course à l'investiture présidentielle ? C'est la question à laquelle Jean-Michel Quatrepoint répond ici pour Figarovox [18.03]. Pour lui, Trump et Sanders sont les candidats anti-establishment qui portent les rancœurs et les revendications des classes moyennes étatsuniennes. Et ils sont les archétypes de cette réaction antisystème, de ce retour des nationalismes et des cultures qui parcourt le monde en ce moment et s'oppose au modèle d'un univers globalisé, indifférencié qu'annonçait la doxa. Quels que soient les défauts et les qualités des hommes, cette évolution, pour nous positive, n'échappera pas à ceux qui comme nous sont, pour la France, patriotes et, dans notre cas, royalistes.  LFAR

     

    4163199303.jpgComment expliquer le succès fulgurant de Donald Trump dans les primaires républicaines ?

    Donald Trump et Bernie Sanders, de même que Jeremy Corbyn et l'UKIP en Grande-Bretagne, l'AfD et Die Linke en Allemagne, ou encore le Front national et le Front de gauche en France, en incluant Dupont-Aignan, expriment la voix des classes moyennes paupérisées qui estiment que le système économique actuel les met dans une impasse. Au lieu de se concentrer sur les cheveux de Trump, son aspect bateleur et ses provocations verbales, il faudrait plutôt comprendre les raisons profondes de son succès. La montée des «populistes», comme on les qualifie non sans un certain dédain, est la manifestation de l'échec patent de ceux qui gouvernent et du modèle économique dominant depuis un quart de siècle.

    Trump est un mélange de Jean-Marie Le Pen et de Bernard Tapie: Le Pen, car il est dans la transgression ; il dit ce que plus personne n'osait dire. Tapie, car il n'est pas du sérail politique, et que c'est un meneur d'hommes et un entrepreneur… controversé. Comme Tapie, Trump sait parfaitement utiliser ses qualités de showman et son rapport à la télévision. Tapie s'est fait laminer par un système qui ne voulait pas de lui, parce qu'il n'était pas du sérail. Le Pen ne voulait pas du pouvoir, les gens au pouvoir lui ont laissé son fonds de commerce, car ainsi il ne les menaçait pas.

    Au lieu de pousser des cris d'orfraie sur la vulgarité et les saillies de Trump, il conviendrait de s'interroger sur les mécanismes profonds qui l'ont poussé à se présenter à l'investiture républicaine. L'une des motivations de Trump est sa volonté de revanche sur un système qui l'a humilié et exclu. En 2011, Barack Obama, lors du grand dîner des correspondants de la Maison-Blanche, s'était moqué de lui, en sa présence, provoquant l'hilarité de tous les participants. Par la suite, il a été humilié par l'establishment du parti républicain. En 2012, il a soutenu Mitt Romney. Il voulait jouer un rôle politique important dans sa campagne ; finalement, il a été cantonné à un rôle d'apporteur de capitaux. Il se présente aujourd'hui à un moment où l'Amérique profonde est en plein désarroi.

    Côté démocrate, la victoire du «système» incarné par Hillary Clinton apparaît très probable…

    La base démocrate est pour l'heure très divisée. La victoire d'Hillary Clinton est probable, mais pas aussi spectaculaire qu'on ne le dit. Une partie de la base, jeunes en tête, soutient fermement Bernie Sanders, dont les combats sont populaires à commencer par celui contre la cherté des études supérieures et l'endettement étudiant. Pour eux, Hillary Clinton est l'incarnation de l'establishment.

    Trump et Sanders sont les candidats anti-establishment qui portent les rancœurs et les revendications des classes moyennes, plutôt blanches de la middle-working class, encore majoritaire aux Etats-Unis.

    Chez les républicains, en quoi le programme de Trump tranche-t-il avec celui d'un Romney ou d'un Bush ?

    Le parti républicain traditionnel n'avait pas de candidat qui s'imposait ; Marco Rubio s'est effondré et Ted Cruz, dans la mouvance religieuse évangéliste, est beaucoup plus droitier et conservateur que Trump. La base du parti républicain, les dégoûtés des partis politique et les indépendants qui vont voter dans les caucus et les primaires se déplacent pour protester contre le système en place.

    Paul Krugman, un démocrate, prix Nobel d'économie, a jugé dans le New York Times, le 7 septembre 2015, que le programme économique de Trump méritait l'attention. Outre le fait qu'il prévoit le maintien de l'« Obamacare », son programme est loin d'être conforme au conservatisme républicain. Notamment pour la fiscalité. Ainsi il veut s'attaquer au carried interest, une niche fiscale qui taxait les profits sur plus-values financières à seulement 15%. Les fonds d'investissement se sont développés à partir du carried interest, et une partie de l'establishment, à commencer par Mitt Romney, a ainsi accumulé des fortunes en payant le minimum d'impôts et en fermant et démantelant le maximum d'usines. Trump prône des mesures protectionnistes, et s'oppose aux traités de libre-échange (le traité transpacifique, signé mais pas encore appliqué, et le traité transatlantique, en cours de négociations).

    L'argument principal des anti-Trump repose sur l'idée que s'il accède au pouvoir, ce sera la guerre civile aux Etats-Unis. Mais il va mettre de l'eau dans son vin, notamment vis-à-vis des hispaniques. En réalité, il renoue avec l'isolationnisme traditionnellement ancré dans le parti républicain jusqu'au tournant de la Deuxième guerre mondiale. Sa vision du monde n'est pas unipolaire mais multipolaire ; son slogan « Make America great again » est concentré davantage sur la situation socio-économique interne du pays que sur son implication dans les affaires du monde. S'il est élu, il devrait renouer avec une politique extérieure réaliste, pragmatique et non messianique, à la différence de Clinton.

    S'agit-il d'une remise en cause intégrale d'un développement disproportionné du capitalisme et du libre-échange ?

    Depuis un quart de siècle le libre-échange a été érigé en dogme. Avec un ajustement salarial et social qui a d'abord pesé sur les classes populaires puis sur les classes moyennes qui en ressentent une angoisse croissante. Le triple dumping social, fiscal et environnemental a grippé le traditionnel ascenseur social. Elles vivent dans la peur du déclassement, de la précarité, puis de la pauvreté, pour eux-mêmes ou pour leurs enfants. Avec en parallèle, une montée des inégalités ; les classes moyennes ont été appauvries et l'infime classe des très riches s'est enrichie. Et cela commence à se voir.

    Dans la première partie du vingtième siècle, à l'époque du fordisme, puis pendant les Trente glorieuses, il existait une possibilité d'enrichissement des travailleurs. C'était le rêve américain et en France le rêve républicain. Aujourd'hui, cela apparaît impossible: le modèle économique n'est plus attractif. C'est dû à la globalisation et surtout aux délocalisations avec, hier, cette alliance contre nature entre le PCC, Wall Street et Walmart. Entre 2001 et 2013, les importations de produits chinois par Walmart ont coûté aux Etats-Unis 400 000 emplois, la plupart dans l'industrie manufacturière. Au total, 3,2 millions d'emplois ont disparu ces années-là, dans l'industrie manufacturière. Des délocalisations massives qui se sont conjuguées avec l'irruption du numérique, cette troisième révolution industrielle qui accroît les inégalités, le stress et les transformations massives d'emplois protégés jusqu'alors (parmi lesquels les plus célèbres sont les taxis). L'« iconomie»  met en concurrence tous les secteurs d'activité. L'immigration en provenance de pays pauvres aux salaires plus bas fait partie de ce phénomène de dumping social. D'où les réactions de ces classes moyennes qui voient peu à peu tous leurs avantages disparaître.

    Pourquoi Hillary Clinton incarne-t-elle autant l'establishment politique étasunien ?

    Hillary Clinton, et son mari avant elle, font partie d'un système entièrement lié au système financier américain. Sur le plan de la politique étrangère, elle est un faucon néoconservateur. Elle est très hostile à la Russie - il ne serait pas improbable qu'elle engage une lutte armée contre la Russie avec l'OTAN - alors que Trump souhaite trouver un accord avec Poutine. Elle poussera le traité transatlantique dans le sens des avantages aux multinationales américaines, dont elle est une représentante. Quand on additionne les conférences payantes auxquelles Bill et Hillary Clinton ont participé en quinze ans, on arrive à 125 millions de dollars. La Fondation Clinton a noué des relations très lucratives avec le Qatar, Oman, l'Arabie saoudite. Ou encore avec des oligarques russes pour le rachat de mines d'uranium (Uranium One) au Canada, comme l'a montré une enquête très fouillée du New York Times.

    Le système de financement électoral américain favorise-t-il, compte tenu du rejet populaire qu'il suscite, un Trump qui, lui, n'en profite pas ?

    La démocratie américaine est limitée, et sa limite, c'est le système de financement des élections. À plus forte raison quand les financements sont déplafonnés, souvent d'ailleurs pour payer de gigantesques campagnes de démolition de l'adversaire, plutôt que pour promouvoir ses propres idées. Obama avait réussi à contourner ce système en 2008, en s'appuyant sur de petits donateurs privés, comme Sanders aujourd'hui. Trump a réussi à court-circuiter la machine à financements, car il est auto-suffisant. Il ne dépend de personne, et c'est pour ça que beaucoup d'Américains le soutiennent. C'est la seule manière d'élire quelqu'un qui ne soit pas corrompu et qui ne dépende de personne, d'aucun gros donateur, d'aucun lobby. Comment Hillary Clinton peut-elle être indépendante de Goldman Sachs quand cette banque est l'un des principaux contributeurs du financement de sa campagne ?

    Quelles sont les similitudes avec la situation française ?

    L'UMPS français est l'équivalent du gros axe républicain-démocrate américain. Aux Etats-Unis, les républicains penchent davantage vers le «big business» (grosses entreprises traditionnelles) et les démocrates vers Wall Street (sociétés financières). Pour les électeurs de Trump et Sanders, ces partis se soucient des milieux d'affaires, mais ne s'occupent pas des classes moyennes paupérisées.

    En France, le FN a beaucoup plus percé que le Front de gauche car il s'est approprié une part des revendications sociales autrefois portées par la gauche de la gauche, et a attiré à lui les «petits blancs», la white middle working class qui n'est pas, n'est plus, dans ces grandes métropoles qui se distinguent particulièrement du reste du territoire: le désert français, ou l'Amérique profonde. Les habitants des périphéries sont peut-être mal considérés par l'élite métropolitaine, mais s'expriment par leur vote. Après avoir essayé droite et gauche, et devant l'aggravation de leur situation, ils veulent tenter autre chose. C'est Trump outre-Atlantique, c'est le FN en France.

    Quelles sont les principales différences entre la situation aux Etats-Unis et celle en France ?

    Trump a pris tout monde par surprise, alors que cela fait quarante ans que le FN est installé dans le paysage médiatique et politique. Ses dérapages verbaux ne le desservent pas. Au contraire, ils le font monter dans les sondages. Ses soutiens se disent: «enfin quelqu'un qui parle notre langue et qui nous défend!». Mais il n'a pas gagné, car l'Establishment, le « Big Business », fera tout pour l'abattre. Tout comme le système fait tout pour abattre les Le Pen, dès lors que la fille, contrairement à son père, veut vraiment accéder au pouvoir.

    Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économiste. Il a travaillé entre autres au Monde, à La Tribune et au Nouvel Economiste . Il a écrit de nombreux ouvrages, dont La crise globale en 2008 qui annonçait la crise financière à venir. Il est membre du Comité Orwell.

    Dans son livre, Le Choc des empires. Etats-Unis, Chine, Allemagne: qui dominera l'économie-monde ? (Le Débat, Gallimard, 2014), il analyse la guerre économique que se livrent les trois grands empires qui règnent en maîtres sur la mondialisation.

    Son dernier livre, Alstom, scandale d'Etat - dernière liquidation de l'industrie française, est paru en septembre 2015 aux éditions Fayard.

    Entretien réalisé par Eléonore de Vulpillières            

  • Qu'est-ce que « le Système » ? Retour sur quelques définitions

     

    Contestation de l'establishment aux Etats-Unis - qui fait, selon Jean-Michel Quatrepoint le succès de Donald Trump - et contestation du Système en France et en différents autres pays d'Europe, ce sont, nous semble-t-il des formes de réaction sinon partout identiques, du moins de même parenté. Raison suffisante pour revenir sur la nécessité de définir ce que nous appelons de ce côté-ci de l'Atlantique, le Système.

     

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    Visuel : réalisation Action française Provence        

     

    La question – évidemment importante et légitime - nous a été posée dans les commentaires : « Le "Système"  et sa contestation sont à l'ordre du jour. S'agit-il là d'une tendance lourde ? (…) Il est temps d'éclairer les uns et les autres sur ce que nous nommons " le système ". (…) Pour lutter contre le Système, (…) encore faut-il le définir avec plus de précisions et en dessiner finement le contour.» Mais la réponse ne va pas de soi. Même si, « aujourd'hui, la contestation du Système se généralise massivement et si on ne peut donc pas nier que le terme soit "ressenti".» 

    Par définition, un « système », bien qu’il constitue une unité active, est chose complexe, composite. Il n’est donc pas si simple de le définir. Hasardons néanmoins quelques réflexions qui, si elles n’épuisent pas le sujet, contribueront à y mettre un début d’ordre et de clarté.  

    Qu’est-ce qu’un système ? Classiquement, les dictionnaires en donnent une définition de ce type : « Un système est un ensemble d'éléments interagissant entre eux et se définit par : ses éléments constitutifs ; les interactions entre ces derniers ; sa limite ». Voilà qui correspond bien à notre sujet. 

    Notons que (sans-doute dans les années 1920) Léon Daudet dit son opposition au Régime, celle de l’Action française, alors qu’aujourd’hui nous avons plutôt tendance - par delà Droite et Gauche - à pointer le Système, le second incluant et subordonnant de plus en plus le premier. Tendance lourde ? Sans doute. 

    Lorsque Daudet dit son opposition au Régime, il s’agit évidemment de la République, en l’occurrence de la IIIe. Aujourd’hui comme hier, la Constitution définit les Institutions de la République : la Présidence de la République ; le Gouvernement ; le Parlement, Assemblée Nationale et Sénat ; les Partis politiques qui, de fait, les composent et dont la Constitution consacre le rôle ; le Conseil Constitutionnel … Etc. Tel est notre Régime politique. Mais l’on « ressent » bien que le Système avec lequel, selon la définition des dictionnaires, le Régime interagit - dont il est l’un des éléments, théoriquement le premier - est un ensemble qui s’étend bien au-delà des Institutions politiques proprement dites et se compose d’autres éléments, devenus, somme toute, souvent tout aussi déterminants. Dans l’écart entre ces deux termes (Régime et Système) se trouve sans doute la réponse à la question que nous nous posons. En son temps, l'Action française avait déjà élargi sa critique du régime proprement dit à ce qu'elle nommait le Pays légal. Réalité assez voisine sans-doute du ce qu'aujourd'hui l'on appelle - en un sens communément péjoratif - le Système.          

    Par delà les Institutions de la République proprement dites et leurs différents moyens d’action, les autres éléments constitutifs du Système – en interaction permanente avec les Institutions aussi bien qu’entre eux - sont assez aisément discernables. Pour être brefs, nous nous bornerons, sans les analyser en détails, à les désigner :  

    Une pensée dominante (le Politiquement correct, la Bien-pensance, les sempiternelles et indéfinies valeurs de la République ...) qui, malgré un nombre croissant d’oppositions et de réactions, est très généralement partagée par l’ensemble des composantes du Système ; elle a valeur politique, sociétale, morale, voire religieuse. Rien à voir avec l’une de ces grandes pensées politiques, dont Edgar Morin déplore la disparition. Il s’agit d’un ensemble d’opinions. 

    Les moyens de communication et d’information, notamment audiovisuels, et la grande presse, largement peuplés de journalistes et de managers en grande majorité pénétrés de la doxa que nous avons évoquée précédemment et spontanément appliqués à la diffuser, l’imposer à tous, la ressasser incessamment comme croyances et morale obligées. A noter que cette profession n’est pas loin de constituer, ne serait-ce que du simple point de vue des rémunérations, une communauté de privilégiés. A noter, aussi, les nombreux couplages existant entre le monde politique et celui des médias.  

    Le monde clos des financiers, propriétaires, soutiens et utilisateurs des moyens de communication en question (chaînes de télévision, grands titres de la presse écrite, etc.). Ils les achètent ou ils les vendent. Ils payent leurs factures et assurent leurs fins de mois.         

    Ce que l’on nomme de plus en plus, comme s’agissant d’un tout homogène et mono-orienté, les Associations, à peu près comme l’on dit les Institutions (!). N’ont d’influence et d’interaction avec les autres éléments du Système que les associations conformes à la doxa commune, quelle que soit leur importance réelle. (Aucune chance pour la Manif pour tous d’exercer une influence sur le Régime ou sur le Système).   

    L’Etat, en France, s’en étant attribué la responsabilité et le contrôle, l’Education Nationale  est, à l’évidence, une autre composante essentielle du Système. Monopolisée par une caste de faiseurs de programmes et de pédagogistes - qui se renouvellent, d’ailleurs par cooptation - elle a de moins en moins pour mission la transmission des savoirs, comme l’atteste la dégringolade des niveaux scolaires. Il s’agit bien davantage de former la jeunesse de notre pays aux dogmes et comportements qu’implique la doxa commune, cette Religion républicaine qui, selon Vincent Peillon, doit remplacer les anciennes religions et façonner le citoyen nouveau. L’introduction de la théorie du Genre à l’école, qui implique la négation des sexes, montre que cette Religion nouvelle admet les lubies les plus extrêmes. Terra nova, le nom que s'est donné le principal think tank socialiste, dit tout de l'ambition que poursuit le Système.      

    Si l’on ajoute aux composantes du système, les appareils syndicaux et, malgré leur faible représentativité, leurs cohortes d’apparatchiks, largement intégrés à la classe des bureaucrates de l’Administration ou, même, des grandes entreprises, un certain monde de la culture et des arts ou prétendus tels, l’on comprend que cette imposante conjonction de moyens, d’hommes, de structures et d’argent, puisse exercer sur l’ensemble du peuple français une sorte de totalitarisme mou et qu'il soit, bel et bien, largement ressenti comme tel. 

    Chacune des composantes du Système énumérées ci-dessus mériterait une étude spécifique qui, ici, nous mènerait trop loin. Toutes nous semblent concourir à un même résultat : celui de la destruction ou  - d'un terme suggérant méthode et volonté systématique - déconstruction.   

    Il n’est pas forcément mauvais qu’un peuple, une nation, un Etat soient régis par un Système quasi unanimement reconnu et respecté, sous réserve qu’il n’étouffe ni les libertés, ni les différences légitimes. L’erreur du nôtre, sa spécificité, est qu’il vise la déconstruction : déconstruction nationale, déconstruction sociétale, déconstruction culturelle, déconstruction anthropologique. 

    Nous n’avons pas épuisé ce (trop) vaste sujet. Les réalités multiformes du quotidien nous y ramèneront immanquablement.  

    Lafautearousseau 

    Repris de nos archives et réactualisé.

  • Haut-de-France

     

    sRégime des partiss

     

    par Jacques Paganel

    Ainsi, la décision est maintenant prise – et sera vraisemblablement entérinée- d’attribuer à la nouvelle région regroupant Nord-Pas-de-Calais et Picardie le nom de « Haut-de-France ». Sage et noble décision, pleine de bon sens. En effet, cette nouvelle dénomination offre de très nombreux avantages. Elle permettra, premièrement – et la presse ne s’en est guère avisée -, de relancer l’amitié ou de remettre en route le rapprochement franco-allemand : Haut-de-France d’un côté, Haut-de-Cologne de l’autre, nous aurons désormais, avec l’aide de la réforme de l’orthographe inspirée par le Ministère, une potentialité de jumelage inespéré entre deux régions si proches. Deuxièmement et, dans le même esprit, cette nouvelle dénomination pourrait ouvrir la porte à d’autres redécoupages territoriaux, plus lisibles aux yeux du grand public que les découpages actuels.

    Propulsons-nous dans l’avenir et imaginons donc une région « Bas-de-France« , une région « Gauche-de-France » et, peut être, sans vouloir faire tomber en pâmoison nos dirigeants, et si la Ligue des Droits de l’Homme n’y voit rien à redire, une « Droite de France« . Car il est vrai que les points cardinaux – comme on appelait Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon – ne sont que relatifs. Pour preuve, l’appellation de Zuiderzee (la Mer du Sud) au cœur de la Hollande, mer bien méridionale pour des Vikings, mais tout étrange aux yeux des Gaulois. Certes, certains esprits chagrins auraient préféré que l’on maintînt une appellation plus ancrée dans les mœurs ou la tradition, comme par exemple « Picardie-Artois-Flandres ». Mais, vous rétorquerai-je, c’est ici l’acronyme qui pourrait choquer, car la seule évocation de PAF pourrait à la fois effrayer le touriste ou évoquer encore plus brutalement la bien aimée Police de l’Air et des Frontières : tout ceci créerait désordre, surtout à Calais . Il n’en reste pas moins que tout changement mérite analyse et réflexion.

    Il me revient à l’esprit un petit conciliabule fort ancien, entre un vieux ménage désirant faire l’achat d’un récepteur de télévision et un jeune vendeur : la dame exposait le fait que cet appareil étant destiné à servir en un premier temps à Paris puis, ensuite, en Haute-Savoie où elle et son époux désiraient passer leur retraite, il leur était nécessaire de connaître les réglages s’adaptant aux deux régions. Le vendeur lui expliqua alors et fort savamment que, pour Paris, il était nécessaire de se brancher sur le canal 1 et pour l’ « autre Savoie » sur le canal 3… Pourrions-nous, de la même manière, parler, pour le ci-devant Nord-Pas de Calais, de l’Autre-France?

    Réfléchissons tout de même à l’avenir du « Haut-de-France« . Si, par inadvertance et réchauffement climatique aidant, la France s’avisait demain d’enlever le Haut ? Quel délicieux spectacle, mes amis ! On ne verrait là qu’un juste retour aux valeurs républicaines : car unir, dans un même esprit et un même élan, topless et sans-culottes, c’est à dire, d’un côté la haute société bling-bling et élégante et, de l’autre, le peuple qui a toujours tant de mal à suivre et à comprendre la mode, n’est-ce pas réconcilier la France avec elle-même? Et, dans ce cas de figure, si la France ne devient pas comme Seb, une cocotte révolutionnaire, tout au moins la région deviendrait-elle le « Pas-de-Haut » . Pourquoi “Pas” ? Ce ne serait qu’un juste retour des choses, car, s’il n’y a pas-de-Haut, il n’y a pas-de-Calais non plus.

    A la semaine prochaine.

  • Sainte autorité

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    Afrique, Amérique du Nord, Asie, Europe (Madrid, Londres, Moscou, Paris, Bruxelles) : l’islamo-terrorisme frappe partout dans le monde. Le paradoxe est que ceux-là mêmes qui sont assez vains pour se croire ciblés de préférence (« on a voulu punir Charlie, on a voulu tuer des jeunes qui s’amusaient, on a voulu frapper l’Europe ») se complaisent dans un verbiage compassionnel qui interdit d’envisager sérieusement une véritable guerre intra et extra muros. Ainsi en est-il - sauf exceptions, bien entendu - et de la classe politique dans son ensemble et de la population elle-même, comme le soulignent avec lucidité MM. Domenach et Zemmour sur R.T.L. : le premier dénonce l’aveuglement des élus (« Ils n'ont pas la tête à la guerre. De gauche comme de droite, ils sont dans le déni car ils n’ont pas connu la guerre. Ce sont des enfants de la paix »), le second fustige la veulerie des foules (« Elles ont une idéologie humaniste, un succédané abâtardi et laïcisé du vieil universalisme chrétien, un 'tous les hommes sont frères', dont le seul inconvénient est de ne pas être réciproque »). 

    Drôle de « guerre » vraiment où nos forces armées, quoique notoirement insuffisantes et sous-équipées, interviennent hors du territoire national tout en assurant en métropole d’épuisantes tâches de simple police à l’efficacité contestable. On comprend bien que cela ne pourra pas durer très longtemps : certes, l’Etat islamique paraît désormais sur la défensive, mais la nébuleuse islamiste continuera de constituer une menace pour nous sur notre propre sol, tant que les autorités n’auront pas la volonté politique de porter véritablement le fer dans la plaie pour éradiquer ces « dizaines de Molenbeek » évoqués par Me de Montbrial. Le salut ne réside ni dans l’apathie de politiciens hâbleurs incapables de prendre les mesures énergiques qui s’imposent ni dans les rassemblements de pleurnichards qui n’en finissent pas de tendre l’autre joue. Alors même que le politique est complètement dévalorisé dans l’esprit d’une grande majorité de Français, l’époque va nécessiter de l’autorité. 

    L’autorité, c’est bien ce qui manque à MM. Hollande et Valls. L’élection de 2012 leur a, certes, donné le pouvoir mais ne leur a conféré qu’une légitimité inconsistante, purement légale, et toujours contestée par ceux qui pensent prendre la place : à un an du premier tour de l’élection présidentielle, ils sont déjà plus d’une demi-douzaine de candidats déclarés, sans compter la petite dizaine des candidats à la primaire des Républicains en attendant peut-être les prétendants socialistes. Tous représentent, peu ou prou, un parti politique : le pouvoir suprême n’est plus qu’un enjeu pour les factions. 

    Certains intellos bobos-gauchos qui prônent une utopique « horizontalité » (M. Legrand, France Inter) peuvent bien caricaturer l’autorité politique en la ramenant à une sorte de bonapartisme autoritariste et/ou charismatique. La vérité reste que seule « une institution pérenne, garante de la tradition nationale » (Lafautearousseau) peut fonder un pouvoir légitime à l’autorité naturelle : en tout cas, en France, on n’a jamais trouvé mieux.

  • Europe se déshabille

     

    Par Jean-Louis Faure 

     

    Revenons sur une information économique* passée quasiment inaperçue.

    L’électronique de Défense d’Airbus est rachetée par le fond d’investissement américain KKR.

    Le périmètre de cette activité, qui génère 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires environ par an, inclut les capteurs militaires, la guerre électronique, l'avionique et l'optronique, bref tout ce que l’on appelle du terme générique de Haute Technologie ou Techniques Avancées. Domaine où la France est en tête de classement mondial.

    On imagine un instant une opération financière similaire pour acheter des activités aussi stratégiques et sensibles dans l’industrie américaine, et ce que serait la réaction de l’administration : tout serait immédiatement bloqué au nom de la protection du savoir, du secret de Défense Nationale, ou plus largement des intérêts américains.

    Et pour montrer à quel point, notre haute administration et notre monde politique sont déboussolés, souvenons nous des hurlements quand le PDG d’Alstom a dévoilé que la division turbines de son groupe allait être vendue à General Electric. Montebourg à la tribune de l’AN, cette activité transférée chez les Américains signait la fin du monde … C’est le genre de tintamarre qui me parait toujours suspect. Surtout quand se joignent aux roulements de tambours une cohorte d’officines « d’intelligence économique », agitant des arguments peu documentés et peu sérieux. Il s’agissait manifestement d’avoir la peau de Patrick Kron, comme ledit Montebourg s’en était pris à la famille Peugeot. En l’espèce, les liens de GE avec la France sont anciens et d’une grande complicité, quand on connaît la part de cette entreprise américaine dans l’électronique médicale ultramoderne, et aussi dans le co-dévellopement avec SAFRAN (ex-SNECMA) des plus beaux moteurs d’avions gros porteurs, très en avance sur ses concurrents dans le monde.

    Rien de tel ici. KKR n’est rien d’autre qu’un fond d’investissement agissant en prédateur international au profit du complexe militaro-industriel de son pays, les États-Unis d’Amérique. Il faut avoir perdu tout bon sens pour laisser partir ainsi un fleuron de notre haute technologie. Les Allemands sont décidément de plus en plus décevants; mais à leur décharge nous n’avons plus les organisations crédibles en France qui permettraient de sérieusement « leur tirer les oreilles ». Notre ami le député maire souverainiste de Maisons-Laffitte, Jacques Myard vient d’interpeller par question écrite à l’AN, le ministre de la Défense. Que va-t-il répondre entre deux réunions dans sa région ? On espère qu’il est informé … 

    * http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/airbus-vend-son-electronique-de-defense-au-fonds-kkr-558125.html

  • Décès d'Alain Decaux : selon lui, il y avait 26 millions de royalistes en France en 1788

    Alain Decaux et son épouse au mariage du prince Jean à Senlis en 2009

     

    A l'annonce du décès d'Alain Decaux, qui fut un bon serviteur de l'Histoire, en guise d'hommage, sans-doute celui qu'il nous revient de lui rendre, voici le texte complet d'un excellent article qu'il fit paraître il y a quelques vingt-cinq ans sous le titre : «26 millions de Royalistes. » Il s'agit du premier article d'une série de neuf, écrits chacun par une personnalité différente, et regroupés sous le titre global « Journal de l'Histoire 1788 ». L'ensemble a été publié dans Le Figaro du 13 juillet 1988 au 25 août 1988. Et dans Lafautearousseau le 14 septembre 2007, d'où nous le reprenons. LFAR   

           

    Le 13 juillet 1788, on le sait, un cataclysme tel que nul en France n'en avait gardé la mémoire accabla l'Ouest de la France: la grêle s'abattit partout avec une telle violence qu'elle anéantit la moisson. Fallait-il être grand clerc pour en déduire que le pain, en 1789, serait rare et que donc il serait cher. On n'avait vraiment pas besoin de cela, alors que surgissaient déjà tant de raisons d'inquiétude et non moins de sujets de mécontentement. Quelques temps plus tôt, un voyageur anglais, Arthur Young, agronome de profession et observateur d'instinct, notait: "Une opinion prévalait, c'est qu'on était à l'aurore d'une grande révolution dans le gouvernement." Vers la même époque, un des derniers ministres de Louis XVI, Calonne, avait, dans un rapport adressé au Roi, formulé un diagnostic plus sombre encore: "La France est un royaume très imparfait, très rempli d'abus et, tel qu'il est, impossible à gouverner." Une révolution imminente, un pays impossible à gouverner: pourquoi ?

    L'étrange de l'affaire est que, dans son ensemble, la France ne s'est jamais aussi bien portée. Oubliées, les épouvantables famines qui avaient désolé le règne de Louis XIV, celle de 1709 ayant à elle seule causé deux millions de morts. Éloignées, les grandes épidémies qui, au XVIII° siècle encore, avaient répandu la terreur. Qui plus est -et c'est peut-être l'élément capital- de 1715 à 1792 le territoire national n'a connu aucune invasion étrangère. Que découvre l'étranger qui, en 1788, parcourt la France? Un pays de 26 millions d'habitants -le plus peuplé d'Europe- dont l'opulence le frappe. Une nation en pleine expansion économique. Une agriculture de plus en plus prospère. Un commerce florissant. Paris est, pour le monde entier, l'incarnation d'une civilisation portée à son plus haut degré. Toute l'Europe parle français.

    Le problème, le vrai problème, est que, si la France est riche, l'Etat est ruiné. Du Roi jusqu'au plus humbles des citoyens, les français cherchent éperdument la solution d'une crise dont on sent qu'elle menace jusqu'à l'existence de la nation. Pour le Roi et ses conseillers, cette solution doit rester financière. Pour le plus grand nombre de français, elle ne peut que devenir politique.

    L'évidence des réformes.

    Le colossal déficit accumulé d'année en année depuis si longtemps ne pouvait être réduit à néant que par le vote de nouveaux impôts. Cependant seuls les États Généraux, élus par l'ensemble de la nation, pouvaient voter des impositions supplémentaires. Ils n'avaient pas été convoqués depuis 1614. Fallait-il les réunir ? Le poids total de l'impôt reposait sur le Tiers État. Le clergé et la noblesse en étaient dispensés. L'occasion se présentait d'une plus grande équité fiscale. Fallait-il la saisir ? Le siècle tout entier aspirait, non pas à une révolution mais à des réformes. Le premier, Montesquieu avait souhaité un état libéral. Rousseau avait exposé les principes idéaux d'une démocratie égalitaire. Avec son extraordinaire alacrité, Voltaire avait donné la priorité à la liberté individuelle et à la tolérance. Jamais des théoriciens n'avaient rencontré si prodigieux écho. Toute la France cultivée les avait lus. Pour une raison évidente: ils s'adressaient à des esprits préparés.  

    Depuis plusieurs décennies, la bourgeoisie avait mobilisé une grande partie de la fortune de la France. Elle ne pouvait et ne voulait plus accepter les privilèges réservés à la noblesse, par exemple celui, exorbitant, qui, depuis 1781, accordait aux seuls nobles le droit de devenir officier. Non seulement elle les trouvait injustes mais humiliants. Qui dira la part des humiliations dans la naissance des révolutions ? Les paysans, dans leur majorité, étaient devenus propriétaires de leurs domaines. Mais ils devaient toujours au seigneur dont dépendait autrefois leur terre une incroyable quantité -jusqu'à 70% de leur revenu- de droits en nature ou en argent. Si la bourgeoisie enrageait, la paysannerie gémissait. Les cahiers de doléances qui devaient précéder la convocation des États Généraux allaient unanimement réclamer l'égalité devant l'impôt, l'égalité civile, l'accès aux emplois selon le mérite et non selon la naissance, l'accès de tous aux grades militaires. Tout ce qui pour nous est aujourd'hui la règle. Tout ce qui restait alors à conquérir.

    Demain les États Généraux.

    Comme tout est allé vite! L'année 1788 s'ouvre, le 4 janvier, par un réquisitoire du Parlement contre les lettres de cachet qui permettent, sans jugement et par simple décision royale, de faire arrêter les citoyens. Soutenus par l'opinion, les parlementaires vont plus loin: ils réclament la liberté individuelle comme un droit fondamental. Le 3 mai, le Parlement affirme que le vote des impôts appartient aux États Généraux. En mai et juin, le Parlement de Grenoble entre en rébellion contre l'autorité royale. Le 11 juin, des émeutes éclatent à Dijon et à Toulouse. Le 14 juin, Grenoble réclame la convocation des États Généraux. Le 19 juin, Pau s'enflamme. Le 21 juillet, à Vizille, cinquante ecclésiastiques, cent soixante cinq nobles, deux cent soixante seize membres du Tiers État réclament les Etats Généraux.

    Le 8 août, Louis XVI capitule : les États Généraux seront convoqués pour le 1° mai 1789. Le 16 août, l'État doit suspendre ses paiements. C'est la banqueroute. D'évidence, ceci explique cela. Le 26 août 1788, le Roi rappelle Necker. Le retour aux affaires de ce grand bourgeois, suisse, protestant et libéral, fait croire à un peuple enthousiaste que la France est sauvée. Au début de novembre, une société de pensée qui réunit La Fayette, Mirabeau, Sieyès, Condorcet, Talleyrand, réclame que le nombre des députés du Tiers État soit doublé par rapport à ceux de la noblesse et du clergé. Elle demande que les votes, aux États Généraux, soient comptés par tête et non par ordre. Elle revendique -voilà qui est nouveau- un gouvernement représentatif. Le 27 décembre, Necker accepte le doublement du Tiers.

    Ainsi s'achève l'année 1788. Une immense gratitude monte vers le Roi Louis XVI en qui l'on voit le restaurateur des libertés. Il n'y a pas un seul républicain en France. "Nous sommes nés pour chercher le bonheur", écrit Madame Roland. Il n'est, pour préoccuper les esprits pessimistes, que cette catastrophe climatique qui a anéanti la moisson. Les optimistes répondent que dans un an on n'en parlera plus.

    Dans un an, le 13 juillet 1789... A.D.