Racines & Histoire • Le cheval dans la diplomatie [2/3]
Par Jean-Louis Gouraud
Conférence prononcée par Jean-Louis Gouraud au XIe Salon du Cheval à Mazagan-Eljadida (Maroc) en octobre 2018. Parution en 3 parties dimanche 17, lundi 18 et mardi 19 mars.

Souffleur : ce fut le triste sort réservé deux siècles plus tard à un autre cheval venu d’Afrique du Nord.
Nous sommes en 1975, l’Algérie a accédé à l’indépendance depuis une douzaine d’années lorsqu’enfin le président de l’ancienne métropole s’y rend en visite officielle. C’est un événement, que le président algérien de l’époque, Houari Boumédiène, veut marquer d’un geste solennel.
Bien que simple fantassin et n’ayant jamais mis ses fesses sur un cheval, il connaît la haute valeur symbolique qu’on accorde, dans le monde arabe, au don d’un cheval : c’est un geste de confiance et d’amitié. Il ordonne donc de trouver dans ce qui reste d’un cheptel largement décimé par la guerre et par l’épidémie de peste équine qui frappa le pays dans les années 1966/1967, un bel étalon à offrir au président Giscard d’Estaing.
On en trouve un, dénommé Ouassal, un barbe pur, typique de sa race, gris, 1 m 54 au garrot, âgé de 6 ans. Plus embarrassé qu’honoré par cet encombrant cadeau, le président français en confie la garde aux Haras nationaux, qui ne savent trop qu’en faire, la race n’étant plus reconnue en France depuis 1962, c’est-à-dire la fin de la guerre d’Algérie et la dissolution des derniers régiments de Spahis. Alors on le relégua, le malheureux, au rôle un peu humiliant de simple renifleur… jusqu’à ce que, quinze ans plus tard, et donc en 1989 ou 1990, la race soit à nouveau reconnue (et je me flatte d’y être pour quelque chose !) en France. Voilà alors le brave Ouassal, qui n’est plus tout à fait jeune – il a un peu plus de vingt ans –, mais est encore vigoureux, autorisé enfin à saillir des juments en toute légitimité. A sa troisième saillie, le 1er janvier 1991, son cœur s’arrête brutalement. Mort d’émotion, sans doute.
Loin d’être oubliée, cette triste histoire a connu ces dernières semaines un rebondissement inattendu. Dans un ouvrage intitulé « Le soleil ne se lève plus à l’est » (Plon, 2018), Bernard Bajolet, l’ancien patron de la DGSE – les services secrets français – raconte ses souvenirs de diplomate. Il a de quoi raconter, en effet, ayant été en poste, avant de diriger le Renseignement extérieur, à Sarajevo, Ammam, Alger, Bagdad et Kaboul. Evoquant son premier poste en Algérie, comme simple attaché d’ambassade, il raconte que (je cite) « c’était fâché que j’avais quitté l’Algérie de ce premier séjour en 1978 ». Fâché pourquoi ? Parce qu’on ne l’avait pas autorisé à emmener avec lui un cheval dont il s’était entiché, « un superbe étalon barbe à la robe blanche et aux crins argentés », appelé Qalbi, ce qui en arabe, précise-t-il, signifie Mon cœur : « Les autorités refusèrent, raconte-t-il, de m’accorder le permis d’exportation en dépit de multiples démarches, sous le prétexte que ce cheval appartenait à une race protégée ».
Ces explications ont aussitôt déclenché dans la presse algérienne une vague de protestations d’autant plus véhémentes que Bernard Bajolet [Photo en compagnie de Bouteflika], dans d’autres passages de son livre, n’est pas tendre pour le régime algérien : « S’il semble avoir laissé son cœur en Algérie, écrit non sans ironie la journaliste Ghania Oukazi dans Le Quotidien d’Oran, en enjambant l’histoire, Bernard Bajolet a dû même y laisser sa mémoire ! ».
L’ancien patron des services secrets français semble oublier en effet qu’à l’époque des faits, c’est la France, et non l’Algérie, qui avait nié l’existence du barbe en tant que race d’élevage. Comment reprocher dans ces conditions aux Algériens d’avoir pris, en limitant les exportations, des mesures de sauvegarde de la race ? Interrogé par le journaliste, le Dr Benaïssa, que tout le monde connaît pour avoir été l’un des fondateurs – et le secrétaire général – de l’OMCB (Organisation mondiale du cheval barbe), a rappelé cette chronologie, qui aurait dû amener Bajolet à un peu plus de modération dans ses propos.
Une espèce de fatalité pèse ainsi sur les relations entre la France et l’Algérie à propos des chevaux. Après l’affaire Ouassal, il y eut, en 2003, l’affaire Mebrouk, un cheval offert par le lointain successeur de Boumédiène, Abdelaziz Bouteflika, au lointain successeur de Giscard, Jacques Chirac : pour des raisons qui m’échappent, cet étalon fut jugé par les zootechniciens français auxquels il fut confié, indigne de représenter la race barbe pure, et fut déclassé en « arabe-barbe ». Puis il y eut l’affaire Kheir : ce beau barbe, né comme Ouassal à Tiaret, alors âgé de 4 ans, fut offert à Nicolas Sarkozy. Hélas, à peine arrivé en France (en mars 2008), le pauvre animal – qui devait devenir le reproducteur de référence des Haras français – est atteint par l’épidémie d’artérite virale qui sévit alors… et doit être castré !
Sous le règne du président Hollande, nouvelle malchance : en 2012, le président Bouteflika offre à son nouvel homologue français cette fois non pas un cheval mais deux chevaux. Un mâle et une femelle : un cadeau exceptionnel ! S’il est en effet de tradition d’offrir des étalons, il est rarissime d’offrir des poulinières, sauf à vouloir honorer tout particulièrement le récipiendaire qui se trouve ainsi en mesure de perpétuer une lignée. Hélas, la forte charge symbolique dut échapper au président Hollande, les deux animaux étant séparés dès leur arrivée en France, le mâle confié au Haras du Pin, où d’ailleurs on ne pratique plus de saillies, et à la femelle à la jumenterie de Pompadour, où d’ailleurs l’État a cessé de faire naître des poulains.
L’échange de chevaux s’est toujours mieux passé entre la France et le Maroc. Mais je ne m’étendrai pas sur le sujet.* (À suivre, demain mardi) ■
* J’évoquerai tout de même l’arrivée à Versailles le 16 février 1699 d’un lot de chevaux offerts par le Sultan du Maroc, Moulay-Ismaïl, à Louis XIV. Et l’heureuse surprise de Pierre Loti, lors de son voyage au Maroc, au printemps 1889, d’y voir la descendance de « trois juments normandes offertes par le gouvernement français au sultan Moulay-Hassan » vers 1885.
Voir dans Lafautearousseau ...
De Péroncel-Hugoz : JEAN-LOUIS GOURAUD, « LA PLUS BELLE CONQUÊTE DU CHEVAL »



Deux siècles auparavant, se pratiquait en Chine une autre façon de témoigner sa bonne volonté et son désir de nouer de bonnes relations : en offrant non pas des nounours mais des chevaux.
Or, entre souverains et hommes de cheval, on le sait bien, on ne s’offre que des chevaux entiers. Donner un cheval qui ne peut pas reproduire équivaut à refiler une pendule qui ne marque pas l’heure : c’est presque une insulte.
Cette histoire me rappelle un peu celle du cheval offert au milieu du XVIIIe siècle par le bey de Tunis, Hussein Ben Ali, au roi de France, Louis XV. Une histoire bien connue, puisqu’elle a été merveilleusement racontée (et enjolivée) par deux grands écrivains populaires : Eugène Sue en 1846 et Maurice Druon [Photo] en 1957. L’animal, appelé Cham, n’avait pas eu l’heur de plaire à Louis XV, qui avait ordonné d’en débarrasser ses écuries. La pauvre bête se retrouva alors sur le pavé parisien à tirer une carriole, jusqu’à ce qu’un Anglais, de passage à Paris, discerne un formidable potentiel dans la misérable haridelle qu’était devenu ce cheval.
Un jour, il faut le comprendre, Cham finit par se révolter. Rompant ses liens, il alla honorer une belle alezane qui passait par là. De cette union imprévue naquit onze mois plus tard un poulain extrêmement rapide à la course. Du coup, si je puis m’exprimer ainsi, le propriétaire débaptisa Cham pour lui donner son propre nom, Godolphin, qui devint le principal reproducteur de son élevage, ainsi que l’un des fondateurs d’une race appelée à un bel avenir, que les Britanniques ont le culot d’appeler le « pur-sang anglais » [Photo].

Voir le sidérant trio composé de Paul Meurisse, Marcel Dalio et Robert Dalban chanter sur une scène de beuglant hongkongais J'irai revoir ma Normandie est déjà magnifique ; mais entendre le troisième couplet de cette romance niaise passer sur un rythme de swing est plus sidérant que toutes les audaces de la prétendue Nouvelle Vague. Lautner ne craignait rien, n'hésitait devant rien, se moquait des règles et des bien-pensances ; en trois ou quatre ans (en gros de L’œil du monocle à Galia), il a sûrement été un des cinéastes français les plus inventifs, les plus polissons et les moins conformistes.
Situations délicieuses tournées avec des bouts de ficelle (Lautner raconte assez drôlement le tournage dans le supplément du DVD) et dialogues exceptionnels, dits par un Meurisse sublime ; ainsi le propos du commandant Dromard avec cette fière allure parfaitement décalée, déjà rodée dans les deux premiers opus de la série, à l'arrivée dans la baie de Hong Kong, le propos qu'il tient à son fidèle compagnon, le sergent Poussin (Robert Dalban) : Sentez-vous le parfum des alizés qui vous apportent les douces senteurs de l'Empire du Milieu ? Entendez-vous le tintinnabulement des porcelaines Ming dans des palais verdoyants où des mandarins laissent s'écouler le temps paisible en compagnie de concubines lascives ?. Comment résister ? Et comment résister au grand moment du discours funéraire déclamé par Meurisse en imitation des vastes périodes de Bossuet ?
Le monocle rit jaune est un très très bon film, surtout si l'on passe sur l'insignifiance de l'intrigue et quelques faiblesses de distribution ; ainsi le jeune blanc-bec interprété par Olivier Despax, un de ces beaux garçons interchangeables (comme Gil Vidal ou Jean Sorel) qui tentaient alors de faire la pige à Alain Delon, et qui est particulièrement exaspérant...
Une mention à l'immortel Dalio qui, en plus, interprète un personnage merveilleux de petit Juif de ghetto polonais qui a trouvé en France sa vraie patrie, l'a libérée, a traqué le Boche jusqu'à Berlin, s'est engagé et s'est battu à Dien-Bien-Phu, puis a servi son pays d'adoption en traficotant dans l'import-export aux portes de la vaste Chine.

L’hippologue et hippophile français fait l’unanimité au Maghreb à cause de sa science hippologique. Les Nords-Africains ont une passion commune : le cheval. Ardente, indémentie, pas suffisante pour dépasser les clivages politiques mais permettant à Gouraud, depuis des décennies, d’être partout bien reçu au Maghreb ; chez feu le colonel Kadhafi, au temps de sa rude splendeur, chez les rugueux cactus du sérail politique algérois, à la cour policée de Sa Majesté chérifienne ou encore dans l’ancien Fort-Gouraud en Mauritanie qui reprit un jour son nom français pour honorer le journaliste hippologue en visite.
Gouraud, c’est aussi l’homme d’un fameux raid équestre à travers la Russie, en 1990, au cours duquel il franchit 3333 kilomètres en 75 jours avec la même monture, qu’il offrit ensuite au libérateur Mikhail Gorbatchev, l’ex-apparatchik qui fit sortir son pays du communisme avec le moins de casse possible. Au passage, signalons quand même, pour les curieux, que Gouraud, un vrai Arabe en ce qui concerne sa vie personnelle, est marié à une ressortissante russe qui lui a donné un fils nommé Nicolas-Timour. Les enfants Gouraud, nés auparavant d’autres unions de notre ami, portent les prénoms très évocateurs d’Hannibal (qui ne faisait pas la guerre aux Romains qu’avec des éléphants mais aussi, bien sûr, avec des chevaux) ou d’Attila (qui conquit l’Europe à cheval).
Un des livres les plus captivants de Gouraud est Le Pérégrin émerveillé (Prix Renaudot 2013 du Poche) où il nous fait voyager en croupe « par monts et par chevaux ». Pas avare d’humour envers lui-même, ce qui est fort rare, notre homme a intitulé un de ses ouvrages : Hippomanie… Pour l’anecdote encore, sachez que c’est Gouraud qui révéla au monde la confiscation par le Président François Mitterrand d’un cadeau d’Etat, reçu en Kirghizie, lors d’une visite officielle, à savoir le cheval de la rarissime race Akhal-téké prénommée Gendjim et que Mitterrand avait détourné au profit de sa fille adultérine férue d’équitation…
Grâce à Dieu est un film à charge, totalement à charge.
A charge, - c’est l’objectif avoué -, contre le cardinal Philippe Barbarin, toujours en faisant fi de la présomption d’innocence puisque le film est sorti avant le jugement, alors que la procédure judiciaire était en cours… Mais Mgr Barbarin n’est-il pas l’homme à abattre puisque, « Primat des Gaules », il a été le fer de lance – le film le rappelle - contre « Le Mariage pour Tous » ?
A charge enfin – le but ultime (inavoué) - contre Dieu, avec cette dernière scène où ce même Alexandre s’abstient de répondre – un « silence éloquent » - à son fils qui l’interroge : « Crois-tu encore en Dieu » ?
Face à la gronde du peuple français dont la manifestation bruyante est médiatisée sous l’appellation des Gilets jaunes, le Gouvernement a cru devoir lancer un Grand Débat pour faire croire aux mécontents qu’ils étaient entendus et pour leur laisser penser qu’ainsi les choses iront mieux puisqu’ils pourront – dans une certaine mesure – peser sur les choix politiques à venir. Mais, comme il n’était pas possible non plus de laisser chacun partir sur n’importe quel sujet dans une véritable cacophonie, le Président a tout normalement fixé des limites… quitte à risquer de tout fausser.
Compte tenu des modalités retenues pour ces cahiers des doléances d’un nouveau genre, il n’est absolument pas possible que ce débat permette de mieux appréhender le bien commun. En effet, en se limitant à quelques conséquences secondaires mais visibles, on occulte le fond des problèmes, comme s’il n’y avait pas d’autre politique possible. Pour les hommes au pouvoir c’est tout bénéfice. Cela leur permettra de redorer leur image en faisant penser qu’ils sont à l’écoute des préoccupations de la population sans pour autant remettre en cause les options qu’ils ont choisies et qu’ils imposent à tous. De plus, si les résultats ne satisfont pas les attentes des mécontents, ils pourront se décharger sur le peuple de la responsabilité des mesures parcellaires et technocratiques qui découleront de cette fausse concertation.
Prenons l’exemple de l’énergie éolienne qui est imposée pour le plus grand bien des industriels étrangers et qui coûtera de plus en plus cher aux Français. En effet ces éoliennes sont essentiellement produites par des sociétés allemandes à partir de matériaux dont les plus stratégiques (terres rares) sont importés de Chine. Elles nécessitent pour leur ancrage au sol des tonnes de béton qui stérilisent des terres cultivables et perturbent les nappes phréatiques, et qu’il faudra bien éliminer lorsqu’au bout de vingt ans ces éoliennes seront en fin de vie. De plus ces machines émettent des ultra-sons qui troublent dangereusement le vol des oiseaux portant ainsi atteinte à la biodiversité. Enfin, dans le meilleur des cas ces éoliennes ne fonctionnent qu’à 25 % du temps ce qui suppose de développer parallèlement des centrales suffisamment souples pour prendre le relais en tant que de besoin, c’est-à-dire aujourd’hui des centrales à charbon – puisque le nucléaire est exclu. C’est ainsi que l’Allemagne a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre et de particules fines. Sans parler des autres nuisances provoquées par ces machines.
Comme dans les chapitres précédents les questions posées sont parcellaires et n’abordent pas les questions de fond. La reconnaissance du vote blanc intéresse plus les politologues qui ont envahi les chaînes de télévision et sont payés grâce à la redevance, que le citoyen. « Dans quelle proportion diminuer le nombre des Parlementaires ? » n’est qu’anecdotique. Quant à savoir quel rôle faire jouer au Conseil Economique, Social et Environnemental alors que la plupart des Français ne savent même pas qu’il existe, ce n’est pas ainsi que l’on va rétablir la confiance. La seule question importante est celle de savoir quel doit être le rôle réel du chef de l’État. Il n’est pas le chef du Gouvernement ; il ne doit pas être l’homme d’un parti que celui-ci soit majoritaire ou minoritaire. Son rôle est de représenter le pays, de l’incarner. Il doit être le garant des institutions, l’arbitre de toutes les factions, le défenseur de l’identité nationale. C’est à lui qu’incombe le respect du bien commun ce pourquoi il doit fédérer tout le monde autour de sa personne. Ce n’est pas en se disputant sur les réponses à apporter à des questions de détail qu’on y arrivera.

Puis l'Algérie, les rêves de fraternisation sans lendemain en mai 1958, le putsch — seule manière de ne pas trahir à nouveau la parole donnée, seule réponse possible à « l'abus de confiance » du général de Gaulle —, le procès, la prison, le statut de réprouvé jusqu'à la réhabilitation des années 2000 avec le prix Femina, la grand-croix de la Légion d'honneur. Cet honneur enfin, et légitimement,
