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LAFAUTEAROUSSEAU - Page 1458

  • Pas un de plus

     

    par Jean-Baptiste d'Albaret 

     

    626951329.jpgFrancis Fukuyama pensait que l’histoire s’achèverait dans un large consensus universel sur la démocratie libérale. Les faits lui ont donné tort : l’histoire continue. Elle semble même s’accélérer dangereusement depuis quelque temps, comme on le lira dans ce numéro de Politique magazine.

    A un an du terme du mandat de François Hollande, jamais, en effet, l’horizon n’a été plus chargé de menaces. Car la sourde inquiétude qui a gagné les marchés financiers mondiaux pourrait être les prémisses d’une tempête qui se lève, plus puissante encore que celle de 2008. Certaines prédictions, venues en particulier des Etats-Unis, mettent en garde contre une montée des risques. Le ralentissement de la Chine et la baisse des prix du pétrole ne justifient certes pas en eux-mêmes une nouvelle faillite boursière, mais les dettes des Etats européens redeviennent l’épée de Damoclès qu’elles n’ont, en fait, jamais cessées d’être. Avec ses déficits chroniques et sa dette pharaonique, la France est dans l’œil du cyclone. Et même si le risque d’un Brexit, qui aurait ajouté aux incertitudes, semble – provisoirement – écarté, la crise migratoire déclenchée par Angela Merkel et la Commission européenne continue de déployer ses effets délétères. A son tour, la Belgique a rétabli « temporairement » des contrôles à sa frontière avec la France pour faire face à un éventuel afflux de migrants quittant la jungle de Calais ! La vérité, c’est que l’Europe de Schengen a, concrètement, cessé d’exister. Sur ses ruines, prospère ce que les médias appellent le « populisme » : un divorce au potentiel explosif entre les peuples et les classes dirigeantes, les uns et les autres ne parlant plus du tout le même langage, ni sur l’identité, ni sur l’immigration, ni sur la sécurité…

    A ce propos, l’écrivain algérien Boualem Sansal prévient les Occidentaux : « L’islamisation est en marche (…) et elle a des buts politiques offensifs. La masse critique qui déclenchera la réaction en chaîne n’est pas loin d’être atteinte. Elle posera d’énormes et insolubles problèmes en Europe. » Qui voudra bien comprendre ? Sûrement pas notre gouvernement qui fait voter une loi inutile et électoraliste sur la déchéance de nationalité en se donnant des airs martiaux mais qui continue à sous-évaluer les besoins du budget de la Défense nationale. Politique du pompier pyromane qui conduit à cette situation de « flux tendus » décrite par tous les militaires : sur les fronts extérieurs de la guerre contre l’islamisme, en particulier en Afrique, les opérations se mènent, certes avec brio, mais avec des matériels et des crédits nettement insuffisants. Il en découle fort logiquement que, sur le front intérieur ouvert par les attentats du 13 novembre, l’armée française n’a tout simplement plus les moyens des obligations qui lui sont imposées.

    Des moyens, il en faudrait pourtant à l’heure où le conflit syrien menace d’un embrasement général. La Russie compte ses alliés dans une région où la calamiteuse diplomatie française, à la traîne des états-Unis, l’a laissée seule maîtresse du jeu. L’opposition frontale guette entre Moscou et Ankara qui se comporte de plus en plus en complice de l’état islamique et massacre les Kurdes syriens qui sont pourtant nos alliés dans la lutte contre le califat auto-proclamé. Où est la voix française forte, cohérente et indépendante, que cette région avait l’habitude d’entendre et écoutait ?

    Il reste un an à François Hollande pour prendre la mesure des périls d’un monde en ébullition et répondre à ces nouveaux défis. Mais, pour agir vraiment, il lui faudrait des institutions stables, solides, qui s’inscrivent dans la durée. Pas celles qu’il achève de dévoyer en les réduisant à de dérisoires calculs politiciens et à des petits arrangements entre amis.

    Encore un an ! Pas un de plus. Sinon… 

    Rédacteur en chef de Politique magazine

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    Mars 2016 - Editorial

  • Le Quadrilatère maurrassien

     

    Un Article de Stéphane BLANCHONNET paru sur à-rebours.fr et dans L'AF2000. Et un article qui rappelle utilement les fondamentaux de la politique d'Action française.  LFAR

     

    arton35509-61743.jpg« Oui ou non, l'institution d'une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée est-elle de salut public ? » Telle est la question fameuse posée par Maurras en 1900 à ses contemporains - et particulièrement aux nationalistes français -, dans son Enquête sur la monarchie. Ces quatre adjectifs sont un excellent moyen de résumer l'ensemble de la doctrine d'Action française.

    « Traditionnelle, héréditaire ». L'unité du commandement est bonne en elle-même, - « qu'un seul soit chef, qu'un seul soit roi » selon la formule homérique -, mais elle ne suffit pas. Le dictateur, le César, sorti des urnes ou des circonstances, est un ambitieux, un individu d'exception pour le meilleur mais aussi pour le pire. Napoléon par sa grandeur et par son échec final incarne parfaitement cet écueil. À l'inverse le monarque héréditaire bénéficie d'une légitimité qui dépasse sa seule personne ; il n'a pas non plus à prendre le pouvoir, à intriguer, à séduire pour l'obtenir ; surtout il est préparé à sa tâche dès l'enfance. L'Action française n'envisage donc pas d'autre monarchie que la royauté capétienne qui a fait la France.

    « Antiparlementaire et décentralisée ». Ces deux derniers adjectifs renvoient à la nécessaire remise à l'endroit des institutions politiques. « L'autorité en haut » contre l'anarchie, la culture de la division partisane et l'instabilité du parlementarisme, et « les libertés en bas », la restauration des corps intermédiaires, des « républiques sous le roi », contre le corset jacobin et l'État-administrations. Maurras veut un État fort là où il est nécessaire, c'est-à-dire dans ses missions régaliennes, et faible là où il a usurpé le rôle des autorités naturelles, celles du père de famille, de la commune, de l'Église ou du métier.

    Par l'équilibre politique profondément français de cette formule de la monarchie qu'est le quadrilatère maurrassien, l'AF du début du XXème siècle a su convaincre de très nombreux nationalistes de renoncer à l'illusion d'une bonne République. Son actualité n'est pas moins grande aujourd'hui. 

    A Rebours

     

  • Qabous 1er, monarque arabo-musulman exemplaire

     

    Par Péroncel-Hugoz 

    Au lieu de son habituel « coup de dent », Péroncel-Hugoz soulève cette semaine son chapeau, en hommage au sultan d’Oman. Avec preuves à l’appui.

     

    peroncel-hugoz 2.jpgMes reportages pour « Le Monde », jadis et naguère, me permirent, entre autres, de découvrir le plus secret, le moins connu des pays arabes : le Sultanat d’Oman. La dynastie des Bou-Saïd qui y règne depuis 1793, s’entendit presque aussitôt avec les Anglais pour sauvegarder son indépendance tout en leur laissant les mains libres dans le reste du Sinus Persicus, que nous nommerons ici « Golfe arabo-persique », pour essayer de contenter tous les riverains… En 1970, l’émir Qabous, né en 1940, força son père, le sultan régnant, à abdiquer, et il eut désormais les coudées franches pour faire bénéficier ses sujets des revenus pétroliers, issus des découvertes d’hydrocarbures de 1967. 

    Lors de mes séjours en Oman, libre de circuler jusque dans les régions les plus reculées du Sultanat, notamment cette curiosité naturelle que sont les oasis de montagne, je pus constater à loisir le véritable art avec lequel Qabous 1er a modernisé son pays sans léser son âme arabo-musulmane traditionnelle. Et en revenant aux sources mêmes de l’Islam, Coran et Sunna, en donnant le plus souvent le dernier mot à l’esprit des textes plutôt qu’à leur lettre. Est-ce dû au fait que la dynastie nationale appartient à une version de l’Islam ultraminoritaire, l’ibadisme ? Ou avant tout à l’intelligence politique, à la culture universelle de Qabous ? Je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse. Rappelons que l’ibadisme est aussi l’Islam de la Pentapole du Mzab, au Sahara algérien, de l’île tunisienne de Djerba et de l’île de Zanzibar, ancienne colonie omanaise. Si, théologiquement, les ibadites passent pour être un peu plus près du chiisme que du sunnisme, au quotidien, ils se sentent humainement plus proches des sunnites que des chiites. En tout cas, Oman est de nos jours un modèle de cohabitation interreligieuse, chrétiens et hindous compris, bien que ces derniers ne soient pas « Gens du Livre ». 

    Je ne vais pas dresser ici une liste de toutes les réalisations qaboussiennes mais, à l’heure où les nouvelles de la santé de ce monarque, longtemps soigné en Allemagne, ne sont pas fameuses, je voudrais m’attarder seulement sur un point particulier, important à mes yeux : le traitement réservé aux animaux. Un point sur lequel les musulmans ont en général, il faut bien le reconnaître, pas très bonne réputation. Qabous 1er, au lieu de nier cette réalité, a travaillé et fait travailler ses théologiens sur ce que disent de ce thème, trop négligé par les Arabes, le Coran et la Sunna. 

    Et, en se basant sur ces deux textes sacrés, sans les triturer, le sultan en a fait passer l’essentiel dans l’enseignement scolaire, tout en multipliant les hommages à la beauté animale, sans toutefois cette zoolâtrie débile constatée de nos jours en Occident, notamment en Anglo-Américanie. Ces hommages omanais se sont traduits notamment en statues de gazelles ou de chevaux, innovation absolue en terre d’Islam arabe, sauf dans le Maroc de la fin du XXe siècle où le ministre hippophile Driss Basri fit élever, en sa bonne ville de Settat, une haute colonne surmontée d’une caracolante statue équine. 

    Mais revenons à Oman et regardons les sourates ou les hadiths, relatifs aux bêtes, enseignés depuis que règne Qabous 1er, aux écoliers du Sultanat : 

    CORAN :

    « Au même titre que les anges, les animaux se prosternent devant Dieu » (S16.V51.).

    « Les bêtes forment une communauté pareille à nous, les humains » (S6.V38).

    « Toutes les créatures seront rassemblées un jour, animaux compris ».« Celui qui traite bien son cheval, sera protégé de la pauvreté ». (Cette sourate est applicable aussi aux ânes. S99.V7 et 8). 

    SUNNA :

    « Une femme ira en Enfer parce qu’elle a laissé mourir de faim une chatte » (Bokhari)

    « Ne faites pas de mal (à qui ne vous a rien fait) et ne rendez pas le mal pour le mal » (hadith n° 32, parmi les 40 sûrs d’El Nawawi et, selon l’enseignement omanais, s’appliquant aux animaux).

    « Il est défendu de frapper les bêtes au visage ».

    « Le Prophète de l’Islam essuyait avec son vêtement la face de son cheval ».

    « Il faut jeter des pierres à ceux qui chevauchent à trois une monture ».

    «  Il ne faut pas séparer une bête de ses petits ; ni mettre le feu sans raison à un nid de fourmis ».

    « Il est défendu de tuer des oiseaux sans raison, en particulier pour s’amuser ». (Sounnan d’El Nasaï, t.VII).

    « Le couteau des sacrifices d’animaux doit être bien aiguisé et cela hors de la vue de la victime ; on n’égorge pas une bête en présence d’une autre et celui qui observera cet usage sera récompensé dans l’Au-delà (Moslim ; El Nawawi).

    « Il est défendu de charger une bête au-delà de ses forces. Le calife Omar frappait lui-même les gens qui chargeaient trop les bêtes de somme ; il soignait lui-même les plaies des dromadaires blessés par le bât ».

    « Un imam décida de se consacrer à Allah seul, ayant vu un chat nourrissant un de ses congénères aveugle », etc. etc. 

    J’arrête là ces listes que certains trouveront peut-être par trop « édifiantes »… En tout cas, quiconque séjourne en Oman pourra y constater que les animaux y sont mieux traités, notamment par les jeunes gens, que dans la plupart des autres sociétés arabo-musulmanes.   

    Lire : Georges-Henri Bousquet, « Des animaux et de leur traitement selon le judaïsme, le christianisme et l’islam », « Studia Islamica », n° IX, 1958, Paris ; Ahmed-Hamoud El Maâniny, « Omani Sultans in Zanzibar (1832-1964) » (en anglais), Ed Kumar, La Nouvelle-Delhi, Inde, 1988.

    Péroncel-Hugoz

    Repris du journal en ligne marocain le 360 du 04.03.2016

  • Paris, ce soir, mardi 8 mars • Conférence de Jean-Philippe Delsol : « La faillite de l’Etat providence »

     

    Les mardis de Politique magazine

    Conférence le 8 mars 2016

    La faillite de l’Etat providence

    par Jean-Philippe Delsol
    avocat, essayiste, auteur de L’Injustice fiscale (Desclée de Brouwer)

    Rendez-vous à partir de 19h00 - Conférence à 19h30 précises
    Participation aux frais : 10 euros -  Etudiants et chômeurs : 5 euros

    Salle Messiaen
    3, rue de la Trinité  75009 Paris  Métro: La Trinité, Saint-Lazare

    Renseignements :  Politique magazine, 1, rue de Courcelles, 75008 Paris - Tél. 01 42 57 43 22

  • Le crime de Kamel Daoud

     

    par Louis-Joseph Delanglade

     

    Médias et politiques occidentaux se sont fourvoyés en voulant voir dans les « printemps arabes » les prémices d’un bouleversement démocratique : ils avaient méconnu les pesanteurs culturelles et politiques propres aux sociétés arabo-musulmanes. Aujourd’hui, l’intelligentsia française, dans un accès de dogmatisme inconditionnel, refuse d’admettre ce qui a pu se passer réellement le 31 décembre 2015 à Cologne : on ne peut condamner des migrants « musulmans », même si des violences sexuelles à l’encontre de femmes allemandes sont avérées. 

    Ils sont dix-neuf, dix-huit universitaires « chercheurs » et un journaliste, qui se sont érigés, derrière la dénomination bien commode de « collectif », en tribunal stalinien. Ces inquisiteurs de la pensée unique ont, à ce titre, jugé et excommunié (faute sans doute de pouvoir le faire fusiller ou, à tout le moins, envoyer au goulag) l’écrivain algérien francophone Kamel Daoud. Leur sentence (« Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés » - Le Monde, 11 février) est irrévocable car le crime de M. Daoud est impardonnable : avoir publié (Le Monde, 31 janvier) une tribune intitulée « Cologne, lieu de fantasmes » dans laquelle il n’applique pas aux événements leur grille de lecture, forcément canonique, osant faire en conséquence un lien entre la culture religieuse des agresseurs et la nature des faits. 

    La tribune de M. Daoud est pourtant plutôt équilibrée puisqu’il refuse par principe les deux positions extrêmes face à l’immigration musulmane - angélisme et xénophobie. Que dit M. Daoud ? Sur les Européens : « L’accueil du réfugié […] pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ». Sur les femmes en terre d’islam : « La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée ». Sur les islamistes : « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité […]. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. » 

    Pour le « collectif », les réfugiés musulmans et agresseurs de Cologne ne sont que des hommes, des hommes dont aucun substrat culturel ne saurait expliquer le comportement : des hommes « hors sol » en quelque sorte, qu’il faut accueillir sans prétendre voir en eux ce que nous croyons qu’ils sont. Quant aux femmes, leur sort en Europe n’a au fond rien de bien enviable et nous n’avons, dans ce domaine, aucune leçon de comportement à donner. L’approche de M. Daoud serait « asociologique », car fondée sur l’essentialisme, et psychologisante faisant des musulmans des « déviants » qui relèveraient donc d’un « un projet disciplinaire » : on n’échappe ni à la pédanterie ni à la suffisance propres à toute analyse universitaire mais cette analyse ne tient pas devant des faits, devant les faits. 

    Jugé et condamné par des gens qu’il considérait peut-être comme ses pairs, M. Daoud a décidé de renoncer au journalisme. L’affaire en serait restée là si la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, en prenant la défense de son confrère dans Jeune Afrique, Libération et France Inter, ne lui avait donné une dimension politique. Mme Zouari approuve M. Daoud sur les viols de Cologne, « conséquence logique d'une tradition » et d’« une psychologie de la foule arabe »; elle dénonce la « fatwa laïque » dont il est victime; elle reproche à la gauche française d'instaurer « une sorte d'honorabilité de l'islamisme en France »; elle affirme enfin et surtout « qu’il y a un problème posé par l’Islam de France ». 

    Rien de moins. Quoi que pensent ou puissent penser par ailleurs M. Daoud et Mme Zouari, ils auront eu le mérite de poser le vrai problème. 

  • Camus, prophète de notre actualité : « Le train du monde m'accable en ce moment »

     

    « Le train du monde m'accable en ce moment. A longue échéance, tous les continents (jaune, noir et bistre) basculeront sur la vieille Europe. Ils sont des centaines et des centaines de millions. Ils ont faim et ils n'ont pas peur de mourir. Nous, nous ne savons plus ni mourir, ni tuer. Il faudrait prêcher, mais l'Europe ne croit à rien. Alors, il faut attendre l'an mille ou un miracle. Pour moi, je trouve de plus en plus dur de vivre devant un mur. »

    Albert Camus

    Lettre à Jean Grenier, Paris, le 28 juillet 1958

    Correspondance Camus-Grenier 1923-1960, NRF, Éd. Gallimard, page 220 

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • Littérature & Société • Le salut par la disgrâce ... C’était écrit

     

    par Jérôme Leroy
    Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur

    A vrai dire, nous avons aimé ce dernier billet de Jérôme Leroy, paru dans Causeur [05.03]. Jérôme Leroy sait écrire (bien) et penser. Il ne nous est guère possible d'être toujours d'accord avec lui; avec, parfois telles de ses positions à notre avis scabreuses; mais toujours dignes d'attention. Bainville - qui s'y entendait - dit quelque part que le littéraire n'est pas celui qui est incessamment plongé dans les livres, mais celui qui porte toujours sur toutes choses son regard du point de vue de la littérature. C'est ainsi, nous semble-t-il, que Jérôme Leroy les envisage. Ici avec élégance, indulgence, style et pertinence. Il n'est pas toujours nécessaire d'être méchant. LFAR

     

    Jerome_Leroy0.jpgSi elle n'a pas lu Modiano, peut-être Fleur Pellerin a-t-elle parcouru Chateaubriand ? Le Vicomte a, en son temps, expérimenté la perte d'un ministère... 

    « Mon grand regret est d’avoir mal su expliquer ce que j’étais en train de faire à la tête de ce ministère », a déclaré Fleur Pellerin dans un entretien doux-amer accordé à L’Obs le 17 février, au lendemain de son renvoi. Comment pourrait-on la consoler ? Par la littérature, qui est le meilleur vulnéraire pour les blessures politiques. Elle qui déplorait, après l’incident Modiano, de ne pas avoir le temps de lire mais qui affirme dans ce même entretien avoir lu Joyce en anglais et Musil en allemand – ce qui vaut mieux que le contraire –, trouvera sans mal des auteurs qui feront écho à son infortune. Chateaubriand, par exemple, qui dans ses Mémoires d’outre-tombe, rappelle les circonstances de sa disgrâce.

    Nommé ministre des Affaires étrangères le 28 décembre 1822 après une brillante carrière diplomatique, il est débarqué sans ménagement le 4 août 1824, un ministère à peine plus long que celui de Fleur, rue de Valois. Fleur a été surprise : « Dire que je n’ai pas accusé le coup, que je n’ai pas été choquée par la nouvelle serait mentir. » Chateaubriand aussi : « Et pourtant, qu’avais-je fait ? Où étaient mes intrigues et mon ambition ? »

    Fleur l’a appris par un coup de téléphone tandis que c’est Hyacinthe le valet de l’écrivain, qui lui annonce qu’il n’est plus ministre. Le téléphone, c’est le valet d’aujourd’hui. Il lui remet un billet plus élégant néanmoins mais tout aussi violent que le tweet de l’Élysée annonçant le nouveau gouvernement : « Monsieur le Vicomte, j’obéis aux ordres du roi en transmettant de suite à votre Excellence une ordonnance que Sa Majesté vient de rendre. Le sieur Comte de Villèle, président de notre conseil des ministres, est chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères en remplacement du sieur Vicomte de Chateaubriand. »

    Bien sûr l’important, c’est l’après. Chateaubriand écrit : « On avait compté sur ma platitude, sur mes pleurnicheries, sur mon ambition de chien couchant, sur mon empressement à me déclarer moi-même coupable, à faire le pied de grue auprès de ceux qui m’avaient chassé : c’était mal me connaître. » Si Fleur assure, contrairement à ce qu’ont prétendu des malveillants, avoir évité elle aussi les « pleurnicheries », il n’est pas sûr qu’elle ne fasse pas le pied de grue : « Pour l’avenir, je n’exclus rien. Je ne peux pas imaginer une seconde ne pas jouer un rôle dans le destin de ce pays. » Chateaubriand, pour sa part, préféra ensuite tomber amoureux d’une jeunette et écrire des livres.

    Il a eu raison, chère Fleur : on se souvient plus de lui comme écrivain amoureux que comme ministre.

    Jérôme Leroy

  • Démocratie & Ironie • Porte de Versailles

     

    par Ph. Delelis

     

    Le président des syndicats agricoles est arrivé tôt sur les lieux, ce samedi 29 février 2020, pour inaugurer le nouveau Salon de la Politique qui se tient Porte de Versailles. Suivi d’une impressionnante délégation d’éleveurs, il a parcouru les stands des différents ministères à grandes enjambées. Malgré la délicieuse odeur d’imprimante et la douce chaleur des ordinateurs, l’ambiance était sous haute tension entre les exposants – ministres et fonctionnaires – et les provinciaux venus visiter la plus grande administration de France.

    Les paysans étaient protégés par un important service d’ordre ce qui a permis d’éviter des affrontements directs mais n’a pas empêché les exposants de les huer et, plus généralement, de leur manifester une réelle hostilité. Certains responsables politiques ont ainsi ostensiblement tourné le dos à la délégation agricole. Le reproche majeur fait par l’administration aux professionnels de la terre, depuis des années, est qu’ils ne savent pas apprécier à leur juste valeur les efforts déployés pour leur bien être. Au terme d’un dialogue franc et cordial avec le ministre de l’Agriculture, le président des paysans a conclu que chacun devait faire son devoir et que, s’agissant des reproches qui étaient faits à ses troupes, il fallait prendre en compte l’attitude égoïste de leurs collègues européens sans compter celle de son prédécesseur, incapable notoire.

    L’arrivée des céréaliers, considérés comme les bons élèves de la CSP par l’administration, a permis de relâcher un peu la pression. On a pu échanger quelques bons mots sur le stand du ministère de l’Ecologie et y déguster un nouveau projet de loi transposant la directive sur les produits « bio », lu par un sociétaire de la Comédie Française. On déplore cependant un incident grave sur le stand de Clémentine situé à quelques mètres de là. On sait que cette année, la vedette du Salon est une fonctionnaire émérite du Quai d’Orsay, Clémentine, qui a vécu la dernière session de négociation sur l’ancienne politique agricole commune à Bruxelles. Alors qu’elle paissait tranquillement dans son enclos, racontant ses souvenirs aux badauds, une ramette de papier A4 de fort grammage fut lancée dans sa direction.

    Heureusement, Clémentine n’avait rien perdu des réflexes acquis au cours de sa longue et brillante carrière dans les bureaux : faisant preuve d’une souplesse que sa corpulence ne laissait présager, elle réussit à détourner l’objet contondant par un mouvement de son avant-bras gauche. La police cherche encore à identifier l’auteur de cet attentat. Heureusement, l’état d’urgence a permis d’arrêter une douzaine de personnes, dont trois mineurs, toujours interrogées à l’heure actuelle. En privé, un ministre se plaignait que les agriculteurs « profitent une fois par an du Salon de la Politique pour faire de belles promesses » mais en repartent sans réelle intention ni d’ailleurs possibilité d’améliorer la production et de faire baisser les prix. Désabusé, il concluait : « Tout ça finira mal ». 

  • Royautés & Société • Où la famille royale d'Espagne se veut toujours très catholique ...

     

    Malgré la laïcité constitutionnelle de l'Etat espagnol, qui reconnaît néanmoins à l'Eglise catholique une position particulière, la famille royale semble vouloir, quant à elle, rester fidèle à sa tradition catholique. Le reportage et les photographies qui suivent sont repris en totalité du site officiel de la monarchie espagnole, casareal.es.  LFAR

     

    « Besapié » de la statue de notre Père Jésus Nazaréen, Christ de Medinaceli

    Basilique de Jésus de Medinaceli. Madrid, 04.03.2016

    Sa Majesté la Reine Doña Sofia continue cette tradition de la famille royale.

    Sa Majesté la Reine Doña Sofia reste debout pendant quelques instants devant la statue du Santo Cristo de Medinaceli avant d'embrasser son pied.

    A son arrivée à la basilique, Doña Sofia a été reçue par le supérieur provincial de la communauté des Pères Capucins, le père Benjamín Echeverría ; le supérieur de la communauté des Pères Capucins, le père José María Fonseca ; le père Gregorio Blanco et le frère supérieur de la Confrérie de Jésus de Medinaceli, Manuel Torrijos. Puis, elle s’est dirigée par la nef centrale vers l'autel, où elle a embrassé pied du Saint Christ de Medinaceli et est demeurée face à la statue pour quelques moments de recueillement. Par la suite, sa Majesté la Reine Doña Sofia a eu l'occasion de saluer la communauté et le Conseil d'administration de l'Archiconfrérie par quoi sa sa visite s’est achevée.

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    Depuis plus de 300 ans, il est de tradition qu'un des membres de la famille royale se rende à la Basilique de notre père Jésus de Medinaceli le premier vendredi du mois de mars pour adorer le Christ de Medinaceli.

    Ces dernières années, en 2015, ce fut sa Majesté la reine Sofía qui s’est conformée à cette tradition ; en 2014, son Altesse royale l'Infante Doña Elena ; en 2013, sa Majesté la Reine Doña Sofia ; en 2012, son Altesse royale l'Infante Doña Elena ; en 2011, sa Majesté le roi Don Juan Carlos ; en 2010, ce fut son Altesse royale l'Infant Don Carlos ; en 2009, son Altesse royale l'Infante Doña Elena ; en 2008, son Altesse royale l'Infante Doña Margarita ; en 2007, son Altesse royale l'Infante Doña Cristina ; en 2006, sa Majesté la Reine Doña Sofia ; en 2005, sa Majesté le roi Don Juan Carlos ; en 2004, Don Felipe accompagné de Doña Letizia ; en 2003, sa Majesté le roi Felipe VI ; en 2002, son Altesse royale l'Infant Don Carlos ; en 2001, sa Majesté la Reine Doña Sofia ; en 2000, son Altesse royale l'Infante Doña Cristina ; en 1999, son Altesse royale l'Infante Doña Elena ; en 1998, son Altesse royale l'Infante Doña Cristina ; en 1997, son Altesse royale l'Infante Doña Margarita ; et en 1996, Don Felipe.Doña Margarita; y en 1996, Don Felipe. 

  • Théâtre • Le grand retour de Jean Piat

     

    par Bruno Stéphane-Chambon

     

    image_Piece.2378.0x1200.jpgUne soirée au Bouffes-Parisiens nous prouve que l'art de la conversation n'est pas uniquement l'apanage de l'honnête homme du )(vine siècle. L'illustre sociétaire de la Comédie-Française, Jean Piat, nous conte sa carrière en rebondissant d'un souvenir à l'autre, en évoquant les grands acteurs que furent ses maîtres, ses nombreux partenaires et les grands auteurs dont Sacha Guitry. Piat est entré au conservatoire dans la classe de Béatrix Dussane à qui il porte une vénération filiale. Mis à la porte de cette institution de façon rocambolesque, il se présente toutefois à une audition à la Comédie Française où il est engagé immédiatement. La grande aventure commence. Le comédien nous fait revivre les grands moments de l'illustre théâtre. Devenu sociétaire le ier janvier 1953, il joue avec succès le Don César de Bazan, dans Ruy Blas. Mais la gloire l'attend, le 8 février 1964 : Jean Piat interprète le rôle de Cyrano de Bergerac, qu'il reprendra près de 40o fois !

    À la fin de ce périple, c'est le grand tournant, avec le Tournant, pièce de Françoise Dorin, qui marque son entrée dans le théâtre privé. Se remémorant le répertoire français, Jean Piat cite de nombreux extraits de ses grands rôles et, facétieusement, n'omet pas le monologue de Figaro dans le Mariage (Acte V, scène 3) : « Je broche une comédie dans les moeurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l'instant un envoyé. de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie, de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens... »

    On ne saurait manquer ce moment de grâce teinté d'humour, soutenu par un modulé vocal inimitable. Une soirée en conversation avec un aristocrate des planches. 

    Pièces d’Identité, de Jean Piat, mise en scène de Stéphane Hillel

    Théâtre des Bouffes-Parisiens, 4, Rue Monsigny, Paris 2ème

    Du vendredi au Samedi à 19h et le dimanche à 17h30 et certains jeudi selon disponibilités - Jusqu’au 30 avril 2016

    Réservations : 01 42 96 92 42 (places : 19€/41€).

  • Loisirs • Culture • Traditions ...

  • L'anneau de Jeanne d'Arc au Puy du Fou !

     

    Par Jean-Louis Tremblais [Figaro magazine du 3.03]        

    Volé à Jeanne d'Arc par l'évêque Cauchon lors de son procès, l'anneau de la sainte, propriété des Anglais depuis 1431, vient d'être acheté aux enchères par le Puy du Fou. Nous vous livrons les coulisses d'un raid audacieux aux allures de pièce - historique - en trois actes.    

    ACTE I

    XVM98c7edda-df97-11e5-a4da-fc5ca188cd22-300x390.jpgLe 24 février 016, Me Jacques Trémolet de Villers, qui vient de publier Le Procès de Rouen (Ed. Les Belles Lettres), alerte son ami Philippe de Villiers : l'anneau de Jeanne d'Arc, aux mains des Anglais depuis son martyre en 1431, sera mis aux enchères le 26 février par la maison Timeline Auctions de Londres. L'avocat connaît l'existence de l'objet, mentionné à plusieurs reprises dans les interrogatoires: « Il s'agit d'un anneau décoré de trois croix et sur lequel est inscrit “Jhesus Maria”. L'évêque Cauchon, qui devait condamner sa prisonnière pour sorcellerie, prétendait qu'elle l'avait utilisé pour accomplir de fausses guérisons. Au passage, il le confisqua, puis le donna ou le vendit (sa vénalité étant légendaire) au cardinal anglais Henri Beaufort. À compter de ce moment, le bijou ne quittera plus l'Angleterre.» Cet anneau en laiton aurait ensuite transité par plusieurs propriétaires, du roi Henri VIII (1509-1547) à la demi-mondaine victorienne Ottoline Morrell, avant de terminer chez le fils d'un médecin français venu à Londres avec le général de Gaulle en 1940 ! Si l'évêque Cauchon lui prêtait des pouvoirs magiques, il n'a visiblement pas celui de parler et on ignorera donc le détail exact de ces extravagantes tribulations. Toujours est-il que, son authenticité étant crédible sinon prouvée, le très catholique Philippe de Villiers y voit aussitôt l'occasion inespérée de rapatrier une relique chargée de symbole.

    ACTE II

    XVM8fa70966-df97-11e5-a4da-fc5ca188cd22.jpgMis dans le secret par son père, Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, décide de tenter le tout pour le tout et de racheter l'anneau. Le gouvernement est informé du projet, mais n'intervient pas dans le montage financier. Il reste moins de 36 heures pour réunir les fonds nécessaires. « On se doutait bien que la vente allait battre des records, raconte Nicolas de Villiers. La Fondation Puy du Fou Espérance, en tant que personne morale, pouvait y participer à hauteur de 80.000€, mais pas au-delà. C'était trop peu pour avoir une chance de l'emporter. Nous avons donc fait appel à des donateurs. Une opération délicate car il fallait contacter le maximum de gens tout en maintenant une totale confidentialité. Le résultat a pourtant dépassé nos espérances: non seulement le silence a été gardé, mais, en moins de deux jours, nous avons convaincu une centaine de personnes et nous sommes arrivés à la somme 350.000€ en promesses de dons. Des contributions qui vont de 20 à plusieurs dizaines de milliers d'euros.»

    ACTE III

    XVM8e8f56c8-df97-11e5-a4da-fc5ca188cd22-300x270.jpgLe 26 février, mandaté par la Fondation vendéenne, un avocat se rend à Londres afin de participer aux enchères. Mis en vente à 14.000 livres sterling (19.051€), l'anneau de la sainte affole d'emblée les acheteurs. Les offres fusent, les prix grimpent. Des Britanniques, des Américains, des Asiatiques. En direct au téléphone avec son chargé de pouvoir, Nicolas de Villiers a des sueurs froides : la barre des 350.000€ est maintenant franchie. Quitte ou double ? Il décide de dépasser le plafond initialement prévu et surenchérit. Finalement, les Français raflent la mise. À 297.600 livres sterling, soit 376.833€. Ce qui fait cher le gramme de laiton (même gravé), noteront les hommes de peu de foi et les esprits chagrins. Mais quand on aime, on ne compte pas. En tout cas, il s'en est fallu de peu que le bijou sacré ne s'envole chez un collectionneur de Tokyo ou de Shanghaï. Ou ne demeure captif chez l'ennemi héréditaire… Flegmatique et professionnel, le porte-parole de Timeline Auctions s'est contenté de déclarer: « Le bijou rentre en France.» Sans donner l'identité de l'heureux propriétaire, que nous avons la primeur de vous révéler aujourd'hui.

    Le mot de la fin appartient à Nicolas de Villiers, acteur principal de ce commando mémoriel et salutaire: « J'irai le chercher personnellement le 4 mars, et nous organiserons une cérémonie officielle le 20 au Puy du Fou. Ensuite, l'anneau sera exposé au public dans un lieu dédié du parc. Que chacun puisse le voir, c'était notre objectif premier. Après tout, Jeanne d'Arc est la patronne de la France.» Que l'Anglois se le tienne pour dit ! 

    Jean-Louis Tremblais           

  • Le chaos des référentiels

     

    par Michel MICHEL, sociologue

    Sur l'instabilité structurelle du paysage idéologique en France 

     

    mm.jpgUne société ne se caractérise pas seulement par ce qu’elle est, mais aussi par ce qu’elle vise. L’homme est un être normatif et chaque société est caractérisée par des « utopies » qui constituent son armature morale et lui donnent une échelle commune de valeurs.

    Gramsci avait montré que les idéologies n’étaient pas seulement une « superstructure » passive mais qu’au contraire, elles jouaient un rôle déterminant dans la conquête et l’exercice du pouvoir. 

    Feu le système Don Camillo/Peppone

    Depuis la « philosophie des lumières », la France était traversée par une tension entre le catholicisme et  une religion du « Progrès » (« réforme », « révolution », « changement », « modernité », etc.). Demain avait remplacé le Ciel comme ce qui polarise l’Espérance.

    Aujourd’hui, la croyance au « Progrès » s’est effondrée (les gens ne croient plus que leurs enfants auront une vie meilleure que la leur). Avec la chute du mur de Berlin, la croyance aux « lendemains qui chantent » a perdu ses adeptes. Avec le communisme qui était hégémonique après la guerre de 40, les différentes formes de « progressisme » se sont dissipées.

    Selon Gilles Lipoveski, la « modernité » consistait à jouir de l’avenir, la « post-modernité » à jouir du présent (« nous voulons tout et tout de suite » proclamaient les soixante-huitards). Il est probable que ce déclin du « Progrès » comme valeur se prolongera dans les prochaines années, sauf succès idéologique du « transhumanisme » (mais il me semble que si les gens sont prêts à bénéficier des techniques, ils ne sont pas prêts à en faire une pierre d’angle sur laquelle bâtir leur vie).

    Pendant longtemps, la France a vécu dans une diarchie idéologique de type Don Camillo/Peppone : les conflits avaient été rudes (surtout vers le début du 20e siècle : séparation de l’Eglise et de l’Etat, expulsion des moines, affaire des fiches, etc.) ; mais, après la guerre de 14 – 18 ils s’étaient assoupis, à peine réveillés par la « guerre scolaire » au début du septennat de F. Mitterand.

    L’irruption d’une grosse immigration musulmane est venue modifier cette guerre de tranchée presque ritualisée. 

    Masse amorphe et minorité structurantes

    Sans doute les populations qui composent la France, dans leur immense majorité,  se contentent de vivre « habituellement » avec une conscience limitée des enjeux idéologiques qui n’affectent pas directement leur activité de producteurs, consommateurs, spectateurs.  Comme la limaille dans un champ magnétique, elles s’orientent en fonction des pôles  qui leurs sont les plus proches. Mais aujourd’hui, d’autant plus qu’il n’y a plus de modèle dominant, et que les acteurs sont atomisés sans échelle de valeurs communes, la régulation par le marché reste souvent seule pour orienter les comportements. C’était le destin que promettaient à la fin du XXe siècle – pour s’en réjouir ou pour le déplorer- ceux qui, devant la décrépitude des « grands récits » (religieux et idéologiques) annonçaient « la fin de l’histoire » dans une société confortable insignifiante, régie par une « démocratie procédurale » dépourvue de toute dimension tragique. Depuis pourtant, la prophétie attribuée à André Malraux (personne n’en connaît la source) : « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » semble être justifiée. Par ailleurs le consensus « à gauche » des intellectuels semble mis à mal (cf. Eric Zemmour, Michel Houellebecq, Maurice Dantec,  Philippe Muray,  Alain Finkielkraut, Michel Onfray,  etc.). Cette tendance se confirmera-t-elle les prochaines décennies ? C’est possible. 

    Trois pôles idéologiques

    Aujourd’hui et dans les prochaines années, trois pôles sont susceptibles de proposer un système cohérent de valeurs et un projet de société susceptible de structurer notre société : le pôle « catholique et français toujours », le pôle des « valeurs républicaines » et le pôle « islamiste ».

    - Le pôle « catholique et Français toujours ». Le vieux courant contre-révolutionnaire en est le noyau dur autour duquel se regroupent tous ceux pour qui la France est une réalité charnelle qui n’a pas commencé en 1789.  Ce courant est largement réactivé par les jeunes générations qui ont conservé une pratique religieuse (de la génération Jean-Paul II à La Manif pour tous).   Dans les années 60 à 80 les « progressistes chrétiens » avaient choisi l’enfouissement dans le monde et déconfessionalisaient les structures cléricales produisant la CFDT, la JOC et le deuxième gauche. Mais ce courant, encore largement représenté dans les structures officielles de l’institution ecclésiastiques, n’est pas parvenu à se reproduire. Le poisson dans l’eau a fondu laissant l’Eglise à ceux qu’ils nomment « les chrétiens identitaires » ou « décomplexés ».S’agglomèrent autour de ce mouvement de gros courants qualifiés de « populistes » qui peuvent regrouper des non-pratiquants, voire des athées, mais qui sont particulièrement sensibles à ce qu’on a appelé « la crise d’identité » (« on est chez nous »). 

    - Le pôle des « valeurs républicaines »  réactualise le vieux courant du « contrat social ». Il s’agit d’émanciper l’individu des déterminations qu’il n’a pas choisies : déterminations sociales, culturelles familiales voir « naturelles » (cf. la dénonciation des « stéréotypes de genre »).

    La nationalité française a pour fondement non pas l’appartenance à un groupe humain déterminé, mais l’adhésion aux grands principes du mouvement révolutionnaire : universalisme, égalitarisme, laïcisme… La France est moins la patrie des Français que celle des « droits de l’Homme » (avec un H majuscule).

    En théorie, toutes les institutions de la république sont fondées sur ces principes ; ses promoteurs sont regroupés dans un certain nombre de sociétés de pensée (comme le Grand Orient, La Libre pensée, l’Union Rationaliste ou quelque syndicat d’instituteurs). Toute les « clientèles » qui bénéficient des largesses de l’appareil d’Etat se doivent de tenir ce discours « politiquement correct » (ou « langue de bois »).

    Pendant quelques décennies on a voulu « achever » la révolution française par une « république sociale » qui traduirait dans la vie réelle les principes formels du régime (ce qui est loin d’être évident, cf. les travaux de Jean-Claude Michéa). Mais étant donné l’effondrement de la religion du Progrès et face aux échecs soviétique, maoïste ou cubain, « 1789 » est devenu le dernier bastion du mythe révolutionnaire (cf. par exemple les propos de Vincent Peillon). 

    Cette philosophie contractualiste s’accorde assez facilement avec l’externalisation des fonctions souveraines de l’Etat vers des instances supranationales (Union Européenne, OTAN, TAFTA , etc.). Elle sert aussi de fondement justificatif au libéralisme/libertaire. 

    - Le pôle islamiste : L’immigration de masse a amené en France des populations qui loin de leur cadre de vie coutumier se retrouvent en situation d’anomie. Les cités sont tout sauf des ghettos (par exemple : 56 nationalités au Val Fourré et plus encore d’ethnies différentes). L’Islam est le seul point commun à ces populations maghrébines, subsaharienne ou turques, la seule référence pour dépasser l’identité de la cage d’escalier. La confrontation à l’offre d’intégration par les « valeurs républicaines » et  la société « libérale/libertaire » a suscité une réaction identitaire qui se traduit par un renforcement de la pratiques religieuse (ou plutôt des pratiques puisque dans le sunnisme, il n’y a pas de clergé susceptible d’homogénéiser ces pratiques).

    Ce pôle est dominé par des influences étrangères (heureusement diverses : saoudiennes, qataries, marocaines, turques…) qui subventionnent les mosquées et fournissent les imams suivant des logiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec le bien commun de la nation française. D’autre part, il est normal que les adeptes d’une religion de la Loi espèrent établir une société conforme à la chariah.  

    Naturellement, on trouvera de nombreux exemples qui échappent à cette typologie (serviteurs de l’Etat souverainistes, catholiques bretons militants au PS, ou maghrébins convertis au christianisme ou au laïcisme, aussi il faut comprendre ces trois pôles comme des « idéal-types » qui, à la façon de Max Weber, sélectionnent les traits les plus pertinents pour permettre un raisonnement qui dépasse  une vision atomisée et « nominaliste » de la société française.

    Les enjeux de ces affrontements  idéologiques sont surtout symboliques : voile dans les lieux publics, mariage gay, déchéance nationale…  Mais chaque pôle pourra se prévaloir d’une légitimité qui pourra entrer en concurrence avec les deux autres :

    • celle de l’identité et des traditions coutumières françaises,
    • celle des institutions légales,
    • celle de la jeunesse et d’un accroissement exponentiel.

    Il y a donc, à présent, non plus deux, mais trois projets de société, provoquant le durcissement de chaque « camp », une radicalisation réactionnelle. 

    Deux contre un…

    Quelles alliances sont possibles pour établir une hégémonie ?

    Cependant, aucun de ces trois pôles ne semble – à présent en tout cas -  en capacité de soumettre les deux autres.  Pour construire un socle hégémonique susceptible de fonder un consensus, il est donc nécessaire de suivre une stratégie d’alliance. Trois combinaisons sont possibles :

    1. La stratégie du « think tank » socialiste terra nova. Les « clientèles » suscitées par le contrôle des administrations ne suffisent pas à assurer l’avenir du PS. Il faut donc s’appuyer sur  les groupes  libertaires (minorités de « genre », anciens soixante huitards devenus « bobos »…) -d’où l’ouverture du front des « réformes sociétales »- et pourquoi pas libéral/libertaire( Emmanuel Macron) et d’autre part, il importe aussi de capter les voies des immigrés.  Le thème un peu usé de l’anti-racisme n’y suffit pas. D’où la ralliement au modéle d’une société multi-culturelle, quitte à faire quelques entorses aux principes de « laïcité » au grand dam des intégristes des « valeurs républicaines ».

    Dans cette optique, l’adversaire idéologique principal, le « fédérateur externe », c’est le courant « catholique et français toujours » qu’il faut diaboliser (fascisme, populisme, « guerre civile »…) et écarter des médias contrôlables (en attendant de trouver les moyens de contrôler les réseaux sociaux d’internet). Le roman de Michel Houellebecq Soumission donne une idée du scénario  auquel cette stratégie pourrait aboutir.

    2. La stratégie de la résistance identitaire.  Il s’agit de défendre la France « coutumière »  (« on est chez nous ») particulièrement contre l’immigration de masse. Mais cette position suscite dans le spectacle de médias dominants l’accusation infamante de xénophobie voire de racisme. Il s’agit donc de contrer la diabolisation en  se « justifiant » par le vocabulaire du « consensus légal » de l’idéologie des « valeurs républicaines (d’où par exemple la surenchère laïque et républicaine du Front National).  En outre, comme s’opposer à l’immigration de masse vous fera considérer comme « raciste », il est plus « correct » de tenir un discours contre l‘Islam analogue à celui du « petit père Combe » contre le catholicisme. Bien entendu, ce compromis stratégique soulève l’inquiétude des catholiques les plus traditionnalistes qui comprennent qu’avec ces positions ils ne pourront plus faire de processions ou exposer une crèche dans un espace publique.

    3. La stratégie des communautés en faveur de « l’ordre naturel ». Les attaques frontales contre les « cathos » : lois « sociétales » (mariage des invertis, facilitation du divorce et de l’avortement, euthanasie, théorie du genre) n’ont pas seulement choqué les tenants du pôle « catholique et français toujours» mais aussi des musulmans qui partagent en partie les valeurs des premiers. En particulier pour des populations déracinées, la famille reste une ressource parfois vitale et un des rares moyens de trouver un sens à la vie.  Cette stratégie n’a (pas encore) de traduction électorale mais des indices montre qu’elle est envisageable. Ainsi des groupes musulmans qui ont défilé avec les « cathos » de « La Manif pout Tous». Ainsi de mouvements comme Fils de France de Camel Bechick ou la résistance scolaire de Farida Belghoul. Très populaires dans les milieux issus de l’immigration, Alain Soral (« droite des valeurs, gauche du travail ») et Dieudonné se sont illustrés dans ce positionnement qui se sert de « l’antisionisme » comme fédérateur externe unissant catholiques identitaires et musulmans. Là encore, la coalition ne va pas sans difficultés puisque les musulmans fondamentalistes considèrent les « croisés » comme des mécréants alors que les catholiques traditionalistes rêveraient de Charles Martel ou d’Isabelle la catholique… 

    Dans quinze ans, sauf victoire décisive d’un de ces pôles qui établirait une « hégémonie », je ferais le pari que la situation idéologique de la France demeurera aussi  instable, donnant lieu à des retournements d’alliance multiples, à d’autres bricolages idéoogiques et à des discours qui ne traduiront (quand ils ne les trahissent pas) que très imparfaitement les convictions des différents familles d’esprit qui composent la France.

    Le consensus social  risque donc d’être réduit,  instable et chaotique. 

     

  • Politique magazine, numéro de mars : « L'année de tous les risques »

     

    Découvrez le numéro de mars ! 

    Encore un an !

    Dossier spécial L'année de tous les risques

    Alors qu’il reste un an de mandat à François Hollande, Politique magazine fait un tour d’horizon des points chauds de l’actualité et des défis posés par le monde d’aujourd’hui : risques d’explosion incontrôlable en Syrie et fragilités des armées françaises, montée des populismes en Europe et décrépitude des institutions de la Ve république, turbulences sur les marchés financiers et faiblesses structurelles de l’économie nationale.

    Une année à haut risque attend le chef de l’état… qui semble d’abord préoccupé par l’élection présidentielle de 2017.

    Et aussi dans ce numéro…  54 pages d’actualité et de culture !

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