« Le terrorisme islamiste n'est pas soluble dans le bien-être matériel »
Par Guillaume Perrault
« Après des décennies de mauvaise conscience, la France doit retrouver l'estime de soi et se sentir légitime à assumer des décisions » : Malika Sorel-Sutter a donné au Figaro un nouvel entretien [18.07] très intéressant suite à la tragédie de Nice. « Est-ce un état d'esprit qu'il faut changer ? Oui » nous paraît être l'essentiel de cet entretien. Et l'essentiel tout court. LFAR
Que penser de l'identité du terroriste présumé, un Tunisien vivant à Nice, délinquant de droit commun mais inconnu, semble-t-il, des services de renseignements ?
La nationalité n'est plus une donnée suffisante, ni même pertinente, pour comprendre ce qui se produit. Ce même individu aurait pu être tout aussi bien franco-tunisien, ou franco-ce-que-l'on-veut, ou même français de souche récemment converti puis radicalisé sous l'effet d'un prosélytisme soutenu. Le virage amorcé par les principaux pays sources de l'immigration en vue de renouer avec leurs fondamentaux religieux aussi bien que l'évolution géopolitique des dernières décennies incitaient à la plus grande prudence. Or, partout en Europe, ce n'est pas cette option qui a été choisie. Les sociétés occidentales, devenues temples de la consommation, se sont laissé convaincre par les faiseurs d'opinion que le bien-être matériel était la clé de tous les problèmes ou presque. Nice, après d'autres terrifiants événements, y apporte un cinglant démenti.
Quelles politiques de fond vous semblent urgentes ?
Vaste programme! Il faut déployer, simultanément, l'ensemble des actions qui s'imposent. Dès 1981, Georges Marchais réclamait de « stopper l'immigration officielle et clandestine ». C'est une nécessité. En effet, l'importance des flux migratoires a fini par rendre quasi impossible l'intégration culturelle d'une partie de ceux qui se trouvaient déjà sur le sol européen et entraîné la régression du niveau d'intégration d'une partie des enfants de l'immigration. Par ailleurs, une réforme du Code de la nationalité doit être menée pour que les élites ne puissent plus s'affranchir du Code civil, qui ordonne que « nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française ». L'octroi de la nationalité française doit être une mesure individuelle, en aucun cas groupée et encore moins automatique. Affubler un être humain d'une identité qu'il n'a pas pleinement faite sienne peut engendrer souffrance et, en cas de dissonance identitaire, violence retournée contre soi ou les autres. Le droit du sol doit être aboli, ainsi que l'acquisition de la nationalité française par mariage. La carte d'identité française, rappelons-le, outre qu'elle confère le statut d'architecte du projet de société, constitue également un titre de propriété sur une terre.
Est-ce un état d'esprit qu'il faut changer ?
Oui. En dépit des moyens considérables que la France consacrait au volet immigration-intégration, les élites, plutôt que d'en faire état, ont persisté dans la politique de la culpabilisation-repentance et de la « lutte contre les discriminations », qui aboutit à faire passer chaque Français pour un raciste potentiel. Comment espérer une cohabitation harmonieuse après avoir semé tant de graines de ressentiment? Il doit être mis un terme à toutes les actions politiques qui ont pour fondement ces idéologies, à commencer par la discrimination positive que les élites s'appliquent à déguiser sous de nobles appellations. Faire tomber les masques est le chemin obligé pour restaurer notre démocratie. L'éducation des jeunes générations est le nerf de la guerre. Une partie de ce qui a été fait devra être repensée, et parfois défait, à commencer par la dernière réforme du collège ou l'introduction des langues d'origine à l'école primaire. La langue est un enjeu décisif. Enfin, il faut restaurer et sanctuariser la liberté d'expression. Seul un langage de vérité permettra une large prise de conscience de la vulnérabilité de la France.
Peut-on prendre des mesures plus contraignantes que celles qui existent déjà sans que le Conseil constitutionnel les déclare contraires à la Constitution ?
Le défi que les Français doivent relever est celui de la continuité historique de la France et de son peuple. Le général de Gaulle, qui «était d'un réalisme froid», selon l'expression de l'historien François Kersaudy, serait-il resté passif ou aurait-il brisé ses fers pour prévenir l'irrémédiable ? Pour de Gaulle, « un homme peut avoir des amis ; une nation, jamais ». Un homme d'État ne perd jamais de vue l'intérêt supérieur de la nation. Par la gravité extrême de la situation dans laquelle elle se trouve, la France a besoin d'hommes et de femmes de cette trempe. Les autres pourront revenir amuser la galerie quand la paix sera revenue.
Si nous sommes en « guerre », comme l'assure le premier ministre, doit-on renoncer à certaines activités du temps de paix comme les rassemblements de masse, cibles de choix pour des carnages ?
Le président aussi dit que nous sommes en guerre, et tous deux répètent en boucle qu'il nous faut rester unis. Unis sans condition? Pour ce qui est des rassemblements de masse, à moins de considérer que notre pays doit cesser de vivre, nous ne pouvons pas tout interdire. Les annulations ou interdictions ne doivent être prononcées qu'au cas par cas, sur la foi de renseignements faisant état de menaces précises ou de suspicions fortes. Une interdiction globale n'écarterait pas la menace. C'est le fond du sujet qui doit être traité. Nous payons ici le prix de l'impéritie de notre classe politique, dont le renouvellement ne se fait plus qu'à la marge. Les Français ont accepté ce qu'ils n'auraient jamais dû : être dépossédés de leur liberté d'être français. Ils auront à cœur de reconquérir ce droit. •
Dernier ouvrage publié: « Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ? » (Fayard, novembre 2015), prix littéraire « honneur et patrie de la société » des membres de la Légion d'honneur.

Grand reporter au Figaro et à FigaroVox
C’était le 14 juillet au soir, et, comme de nombreux curieux, je contemplais à la télévision les beaux éclats du feu d’artifice de la Tour Eiffel. Et puis, il y a ce bandeau jaune « alerte info » qui défile soudain et qui annonce ce qui n’est encore qu’un « incident », un camion qui a renversé des passants à Nice lors des festivités de la tombée de la nuit. Quelques minutes plus tard et durant toutes les heures qui suivent, ce sont les images de panique d’une foule en course pour éviter le pire, celles d’un camion blanc qui s’engage sur la promenade des Anglais et ce bilan « évolutif » passé de quelques victimes à 74 à deux heures du matin, puis 84 à l’aube : encore, encore le terrorisme, les morts, les larmes !
En 1973, le premier film de Steven Spielberg, le thriller allégorique Duel, mettait en scène un camion semi-remorque personnifié par ses gros phares globuleux, qui poursuivait sans visage ni raison la voiture d'un voyageur de commerce au nom métaphorique, David Mann, afin de l'écraser. Mann, l'Homme, faible et sans défense, se trouvait confronté à une version déshumanisée et arbitraire du mal, dont il finissait par triompher dans une confrontation directe avec la machine, le David à la petite voiture rouge acceptant le duel et projetant dans l'abîme le Goliath de tôle et d'acier. Dans l'attaque terroriste de Nice, le camion criblé de balles et l'homme abattu ne sont en revanche qu'un triomphe piteux sur la machine aveugle, puisque le camion frigorifique, version quatre saisons et maraîchage niçois de Duel, lancé par la volonté démoniaque d'un conducteur parfaitement identifié, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, a réussi à broyer les os de 84 êtres humains. Pourtant, Duel a quelque chose à voir avec cette épouvante. Le choix du camion relève certes en partie d'un terrorisme «artisanal», d'une réponse à l'injonction de l'Etat islamique de tuer les «méchants et sales Français» de « n'importe quelle manière », y compris en les égorgeant au couteau ou en les écrasant en voiture. Mais sa transformation en machine de mort prouve aussi que le terrorisme islamiste appartient pleinement à la civilisation technologique et déshumanisante que dénonçaient Spielberg dans Duel ou Georges Lucas dans l'un de ses premiers films, THX1138. La machine porteuse de progrès retournée contre l'homme, voici ce qu'incarne l'attentat de Nice.
Que dire d'utile, d'efficient, que dire de plus, après le carnage de Nice ? Qui ne soit pas la simple redite de ce que nous avons pensé et écrit après les attentats du 7 janvier et du 13 novembre 2015, à Paris ?



On ne résume ni ne commente en quelques lignes qui se doivent d'être brèves un brillantissime entretien de 50 minutes entre Alain Finkielkraut et Régis Debray*, où sont évoquées en profondeur les vraies questions, les questions essentielles qui se posent à la société contemporaine, dont la France, l'Europe, et, au sens ancien, à l'Occident. Si on a le temps, le goût et le courage, on écoute. Faute de quoi, il sera difficile d'émettre sur les idées et les combats de ces deux intellectuels de haute volée, des jugements autorisés.
Aucun doute à ce sujet : avec son style clair, pur, à la fois classique et moderne, Jean Genet (1910-1986) est une des très grandes plumes françaises du XXe siècle, comparable seulement à quelques rares autres géants du style tels Paul Morand, Henri de Montherlant, André Gide ou François Mauriac. Son « Journal du voleur » (1946 et 1949) est un des joyaux de la littérature française paraissant tombé du ciel tout armé ou bien né d'un coup de baguette magique… Le dur labeur d'écriture qu'implique un tel livre ne se sent à aucun moment, contrairement à tant de « chefs-d’œuvre » laborieux, croulant sous prix et gros tirages.