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Sarkozy au Vatican: des paroles fortes. Se traduiront-elles dans les faits?.....

          A suivre simplement les étapes de la visite, et à ne faire que lire les communiqués et compte-rendus officiels, la "rupture" avec Chirac, sa personne et sa mentalité, est évidente, et l'on ne peut que s'en féliciter.

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          A quatre jours de Noël, en visite officielle au Saint-Siège, le président français n'a pas ménagé ses encouragements à l'Église catholique. Nicolas Sarkozy, qui a plusieurs fois mis en avant son appartenance au catholicisme, et qui a plusieurs fois qualifié de "déterminante" la part du christianisme dans l'identité nationale française, n'a pas craint de déclarer: «Ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est que, dans ce monde obsédé par le confort matériel, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient». Il a tenu ces propos juste après avoir été installé comme «chanoine d'honneur» du Latran. (qui, comme chacun sait, est la cathédrale de Rome, la Basilique Saint Pierre étant, elle, la cathédrale du monde...).

          La laïcité version Sarkozy tourne le dos à la traditionnelle conception de la laïcité dite «à la française», qui n'est en réalité qu'une haine militante du Christianisme: «Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes», a-t-il martelé, en voulant «assumer pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Église». Une manière de se démarquer de son prédécesseur, mais surtout de rompre avec l'un des piliers les plus essentiels de la tradition républicaine. Chirac, en 1996, n'avait pas souhaité assister à Reims à la messe de Jean-Paul II marquant le quinzième centenaire du baptême de Clovis.

          On se souviendra longtemps du spectacle pénible de Jean-Paul II, déjà atteint par l'épuisement et la maladie, à qui Chirac a imposé a cette occasion, en guise de discours officiel de réception, un pensum sectaire reprenant tous les poncifs de la religion laïciste la plus féroce, la plus éculée et la plus...grossière! Et l'on se souviendra longtemps de la réelle peine que ces propos causaient au Pape, venu en ami: quelle belle occasion gâchée pour la France!.....Le successeur de Jacques Chirac n'est pas loin d'un exercice de repentance -mais dans le bon sens, pour une fois....- lorsqu'il rappelle que «la République laïque a longtemps sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle» et qu'il souligne : «La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû.»....

          Cette défense d'une «laïcité positive» n'est d'ailleurs pas nouvelle chez Sarkozy: on la retrouve développée dans son livre d'entretiens avec le dominicain Philippe Verdin et le philosophe Thibaud Collin (1), livre qu'il a offert à Benoît XVI, à l'issue de son tête-à-tête de plus d'une demi-heure avec lui, et après lui avoir confirmé son invitation à venir en France.....

          Cette "laïcité positive", c'est tout simplement celle qui saura "veiller à la liberté de pensée", mais qui "assume également les racines chrétiennes" de la France....: "La laïcité ne saurait être la négation du passé....(elle) s'affirme comme une nécessité et, oserai-je le dire, comme une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile". "C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité parvenue à maturité".......

          On a bien l'impression que la laïcité ainsi redéfinie pourrait tourner carrément le dos à la tradition laïciste héritée de 1905.....

          Accompagné de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, et d'une délégation allant de l'académicien Max Gallo à l'humoriste Jean-Marie Bigard, en passant par le père Guy Gilbert, le «curé des loubards», Nicolas Sarkozy a visité les fouilles de Saint-Pierre, sous la basilique, avant de se recueillir devant la tombe de Jean-Paul II. En plus de son livre, le chef de l'État a offert au Pape une édition originale de deux romans de Bernanos, "La Joie" et "l'Imposture", s'attirant cette remarque, sympathique et savoureuse: «Je les ai déjà lus dans la Pléiade»! (on sait que le Pape parle un français parfait, appris durant son enfance en Bavière). Mais, comme l'ont finement noté quelques commentateurs, pour le Pape, le meilleur cadeau de Sarkozy reste sa nouvelle approche de la laïcité....

          Cette convergence, à bien des égards extra-ordinaire, sera-t-elle capable de ré-orienter l'Histoire?....

(1): "La République, les Religions, l'Espérance." Cerf, 2004; 176 pages, 17 euros.

Commentaires

  • l'artcle est parfait! il mériterait de constituer le modèle de toutes les communications à venir;ransférer
    Dommage qu'il n'existe pas de possibilités de transfert.

    Jean

  • "Ce n'est pas en criant "Seigneur Seigneur" que nous serons sauvé"... Même si le discours du président de la République me paraît juste et plus que positif, avec confiance et prudence, j'attends (activement) des actes...

  • Je trouve moi aussi que le discours de SARKOZY à Rome va très loin dans la rupture avec son prédecesseur - ce qui après tout n'est peut-être pas très important - mais surtout avec l'un des fondements de notre République qui n'a cessé de combattre le christiansme en raison du fait qu'elle se conçoit elle-même comme une religion. S'en démarquer revient en fait à saper ses bases.
    Le cas SARKOZY doit-il continuer d'être notre préoccupation première ? Croit-il ce qu'il dit ? Agira-t-il dans ce sens ? Nous ne le saurons qu'à la fin. Et encore ... Car les résistances de toutes sortes sont considérables et il n'est pas facile de mesurer la faisabilité des intentions les meilleures.
    Ce qui me semble important c'est que le Chef de l'Etat français les ait prononcées. Après, nous en verrons les conséquences. Importantes ou nulles. Mais les paroles aussi sont des actes. Et avec ou sans SARKOZY, elles peuvent entraîner des développements importants autant qu'imprévisibles.
    La société française - et européenne - en sera-t-elle capable ? C'est une autre affaire... Mais le positif - même s'il n'est que "prononcé" - me paraît devoir être reconnu et, si possible, utilisé....

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